LE PÈLERINAGE DE SAINCTE-CAQUETTE

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

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LE  GRANT  VOIAGE  ET  PÈLERINAGE  DE

SAINCTE-CAQUETTE

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Cette farce fut composée à Caen vers 1518. Elle critique les abus du pape Léon X dans la marchandisation des indulgences, abus tellement énormes que, depuis 1515, le scandale ne cessait de croître. En Allemagne, le dominicain Johann Tetzel élevait depuis longtemps le trafic des indulgences au rang d’industrie, allant jusqu’à proclamer : « Lorsque de l’argent tinte dans la caisse, une âme sort du Purgatoire. » En 1517, Luther dénonça le mercantilisme de l’Église dans 95 thèses qui préludèrent à la Réforme. Notre pièce attaque les traficoteurs d’indulgences, de reliques et de pardons à travers un curé et son trésorier qui rentabilisent la fausse relique d’une fausse sainte.

La partie comique de cette farce engagée montre une femme qui nous explique avec de longues phrases qu’elle ne peut plus parler. Dans l’espoir de guérir, l’intarissable muette exige que son mari l’accompagne au pèlerinage de Sainte-Caquette, la patronne des femmes bavardes. L’époux obéit, non sans déplorer que la malade soit incapable de se taire. On notera d’ailleurs qu’il parle plus qu’elle (42 vers de plus).

Source : Recueil Trepperel, nº 23. Comme d’habitude, la vignette n’a aucun rapport avec l’œuvre ; je la remplace par une sculpture de sainte Babille, dont la langue trop bien pendue est munie d’un verrou. (Les Ponts-de-Cé, église Saint-Maurille.)

Structure : 2 rondels doubles, rimes plates, chanson.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

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Le  grant  voiage  et  pèlerinage  de

 

Saincte-Caquette

 

Composé à Caen par le nouveau Général 1

 

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À .IIII. personnages, c’est assavoir :

      LE  CURÉ

      LE  TRÉSORIER

      LE  MARY  [Jehan]

      LA  FEMME

 

Sainte Babille

Sainte Babille

 

                     LE  CURÉ  commence           SCÈNE  I

       Trésorier, mettez noz relicques

       À point pour la feste qui vient ;

       Car, veu2 le peuple qui survient,

       Aujourd’huy aurons grans praticques3.

5     Pour entretenir noz fabricq[u]es4,

       Cecy bien à point nous advient.

       Trésorier, mettez nos reliques

       À point pour la feste qui vient.

                      LE  TRÉSORIER

       [J’ay fayt]5 suffisantes aplicques.

10   Curé, le bon temps nous revient.

       Et ce pour quoy Dieu ne subvient6,

       On le sçait.

                      LE  CURÉ

                          C’est pour7 gens iniques.

       Trésorier, mettez noz reliques

       À point pour la feste qui vient ;

15   Car, veu le peuple qui survient,

       Aujourd’huy aurons grans pratiques.

                      LE  TRÉSORIER

       Il court tant d’abus et trafficques8

       Qu’ilz nous tollent9 robe et jacquette.

       Et les droitz de Saincte-[Caquette]

20   Abollissent10 de jour en jour.

                      LE  CURÉ

       On m’a parlé qu’icy entour11

       S’est eslevé ung Sainct-Frestel12,

       Filz de Babil13, qui a bruit tel

       Qu(e) en fours, rivières et laveux14

25   N’ont15 les reliques sainct Baveux,

       Dont il nous vient maintes oppresses.

                      LE  TRÉSORIER

       Ung tas de vieilles pigneresses16,

       À mesdire d’autruy légières,

       Poissonnières17 et boullengières,

30   Et dévideresses de fil18,

       Qui vont au filz de sainct Babil19,

       Et filleresses20 à rouet,

       Soulloient amener leur couet21

       Icy chacun jour sans contrainte,

35   À nostre glorieuse saincte

       Caquette, en ce digne pourpris22,

       Pour mettre le caquet à pris23

       Au prouffi[t] de la confrarie.

       Mais Sainct-Frestel nous contrarie,

40   À qui vont toutes noz propines24.

                      LE  CURÉ

       Sainct Caquet25 se trouve aux gésines26 ;

       Car commères, de près et loing,

       S’assembleront toutes au baing27.

       [Les] matrosnes et les gardiennes28

45   Chiffreront29 toutes les antiennes,

       Les verseletz et les respons

       De nostre saincte, j’en respons.

       Ilz diront là qui boit et joue30,

       Et qui est tendre de la coue31.

50   On sçaura qui fait la serrée32,

       Et qui franche est de sa derrée33.

       Brief, on sçaura tout en ce lieu.

                      LE  TRÉSORIER

       En troppeau34, de[s] femmes, beau Dieu,

       Fust en Advens35 ou en Karesmes,

55   Plus tost parleroient d’elles-mesmes

       Que nouvelle fust là obmise36.

       Se fait avoient en leur chemise

       Le caqua (sauf l’honneur de vous),

       Révélé sera tous les coups

60   En ung baing37. Ne s’i attende homme38 !

                      LE  CURÉ

       A, dea ! Ce qui est fait à Romme39

       Ou encores cent fois plus loing40

       Sera approuvé sans tesmoing,

       Par monsieur sainct Saulveur de Dive41 !

                      LE  TRÉSORIER

65   En une buée ou lexive42,

       Ce qu(e) onc ne fut fait ne pensé

       Sera là dit et recensé.

       Il(z) semblera qu’el(le)s soient prophètes.

       Les choses, premier qu(e) estre faictes43,

70   Diront sans s’en faire requerre44.

                      LE  CURÉ

       Si pourrons-nous, ce jour45, acquerre

       Richesses, dons et grans offrendes :

       Car vécy le peuple à grans bendes46.

       Prenons [bien] garde entre nous deux.

                      LE  TRÉSORIER

75   De la sentence ne me deux47.

       Et pour abolir tous scrupules,

       Portons perpétuons48 et bulles

       Avec nostre grant matriloge49.

                      LE  CURÉ

       Il est saison que l’on desloge

80   Avec torches et luminaire,

       Pour nostre saint reliquiaire

       Honnorer en meilleure guise.

 

            LA FEMME malade de saincte Caquette, primo50.

       Han Dieux51 ! Quelle angoisse il m’est prise     SCÈNE II

       Maintenant, qui au cueur me touche,

85   Tant qu(e) ouvrir ne puis plus la bouche,

       De taciturnité52 esprise.

                      LE  MARY,  primo.

       Quel mal vous a si tost surprise,

       Que53 dictes en gardant la couche

       « Han Dieux » ?

                      LA  FEMME

                                 Quelle angoisse il m’est prinse,

90   Qui au parfond du cueur me touche !

                      LE  MARY

       Si n’ay-ge point la mode aprinse54

       Que vous soyez ainsi farouche.

       Vous a point picquée quelque mousche,

       Ou ver pelu55 qui se desprise56 ?

                      LA  FEMME

95   Han Dieu ! Quelle angoisse il m’est prinse,

       Qui au parfond du cueur me touche !

       Je ne puis plus ouvrir la bouche,

       De taciturnité esprise.

                      LE  MARY

       Je n’ay science en moy comprinse

100 Qui rendre vous sceust la santé.

       Si57, ay-ge en moult de lieux hanté

       Où se faisoit mainte harengue.

       Où vous tient ce mal ?

                      LA  FEMME

                                             À la langue.

                      LE  MARY

       La langue ? Bénédicité !

105 Et ! j’ay veu qu’en ceste cité

       N’y avoit langue plus esmeue58.

       Je ne sçay dont vous est venue

       La maladie ainsi à haste59.

                      LA  FEMME

       Jamais [plus] de pain ne de paste

110 Ne mangeray s’il ne m’amende60,

       Ou se je ne fais mon offrende

       À madame saincte Caqueste.

                      LE  MARY

       Si loing ?! J’ayme mieulx faire queste

       De santé parmy ceste ville :

115 Vélà monsieur de Croissanville61

       Qui vous garira de légier62,

       Ou monssieur maistre Bellenger.

       Calix ou maistre Jehan Courson63

       Vous arteront64 bien ce frisson

120 Sans [plus] aller si loing65 troter.

                      LA  FEMME

       Il n’en fault point le cul froter66 :

       Plus n’ay santé en nerf ne vaine.

       Si, convient faire ma neufvaine67

       Devant la glorieuse vierge68.

                      LE  MARY

125 Si ne prendray-ge pas la charge

       De conduire si hault mistère69

       Se ne promettez de vous taire

       Tandis que ferons le voyage ;

       Car c’est ung tel pèlerinage

130 Qu’en le faisant, mot on ne sonne70.

       Et, par ma foy, je me s[o]upçonne71

       Que de vous taire n’aurez garde.

       Vélà le point où je regarde.

       En caquet estes trop sçavante.

                      LA  FEMME

135 Me taire ? Par Dieu ! je me vante

       De cela, n’en ayez esmoy72.

                      LE  MARY

       Je ne crains autre chose, moy,

       Fors que le caquet vous eschappe.

       Car quant la maladie vous happe,

140 Vous frestelleriez73 pair à dix.

                      LA  FEMME

       Eschapper ? Dieu de Paradis !

       Je ne diray mot ne demy74.

       Parler ? Hélas, mon doulx amy,

       Je n’en ay pas si grant envye.

                      LE  MARY

145 Or [a]llons donc. Mais, sur ma vie,

       S(e) ung mot je vous os desgueuller75,

       Jamais jour, à vostre voulloir

       Ne chemineray, bas ne hault.

       Despeschez-vous, car il nous fault

150 Aller aujourd’huy longue voye.

                      LA  FEMME

       Allons ! À Dieu, qu’i nous convoye.

       Je viens de faire nostre sac76,

       Et ay mis dedans ce bissac

       La provision nécessaire.

                      LE  MARY

155 Or, pensez mèshuy de vous taire ;

       Mettez vostre langue à remot77.

                      LA  FEMME

       Je ne diray plus que ce mot.

                      LE  MARY

       Taisez-vous, je le vous commande !

                      LA  FEMME

       Si fais-je, Jehan. Mais je demande

160 Se nostre commère78 Jaquette

       Viendra point à Saincte-Caquette :

       Jehan, beau sire, allez [le] luy dire.

                      LE  MARY

       Et, paix ! Dieu vous vueille mauldire !

       Que dyable vous avez de ho(i)gne79 !

                      LA  FEMME

165 Tant ce seroit belle besongne

       S’elle nous tenoit compaignie.

       Ma foy, s’el n’avoit sa mesgnie80,

       Vous l’y81 verriez venir grant erre.

                      LE  MARY

       Et ! taisez-vous, bon gré sainct Pierre !

170 N’aurez-vous mèshuy fin ne cesse ?

                      LA  FEMME

       Fault-il point aller à confesse

       À messir(e)82 Jehan ou à messir(e) Jacques ?

       Dictes, Jehan : je n’y fus puis83 Pasques.

       Lesquelz84 vous sont plus agréables ?

                      LE  MARY

175 Paix, dame85, de par tous les dyables !

       Par Dieu ! se je vous o huy toustre86,

       Je vous feray la bouche coustre87

       Pour ce caquet appetisser.

                      LA  FEMME

       Il me faulsist88 aller pisser,

180 Jehan. Par monseigneur sainct Eutrope89,

       Je ne sçay lieu où je m’acroppe90,

       Tant ay de paour que l’on me voye.

                      LE  MARY

       Pissez illec91, en pleine voye :

       Tant il y a affaire à vous92 !

                      LA  FEMME

185 Bien, Jehan ; mais allez donc tout doulx93.

       Je n’en pisseray que deux larmes.

                      LE  MARY

       Mais tenez, regardez quelz termes !

       C’est miracle que vif n’enrage.

       Qui maine femmes en voyage,

190 Maulgré ’n94 ait bieu des truandelles !

                      LA  FEMME

       Jehan, j’ay oublié mes chandelles95 :

       Il les fault, ou je suis infâme.

                      LE  MARY

       Le diable y ait part, à la femme,

       Tant elle est cauteleuse et faulce !

                      LA  FEMME

195 Il me fault relier ma chaulse96

       Icy endroit97 ceste cousture.

       Encore, voicy ma ceinture

       Jà dévallée dessus la hanche.

                      LE  MARY

       Ouy dea, nous y serons dimenche.

200 Devant98 ! Saint Anthoine vous arde99 !

                      LA  FEMME

       Encor fault-il que je regarde

       Au mirouèr se je suis point belle.

                      LE  MARY

       Vous estes trop belle et rebelle100.

       Serez-vous mèshuy en arroy101 ?

                      LA  FEMME

205 Attendez ung peu, si verray

       Se j’ay bien mis mon chaperon.

                      LE  MARY

       Jamais d’icy n’eschaperon.

       Devant ! Bon gré Dieu de la femme !

                      LA  FEMME

       Affin que le chault ne m(e) infâme102,

210 Ce soye103 mettray par sur ma teste.

                      LE  MARY

       Or sus ! Serez-vous mèshuy preste ?

       Estes-vous bien à l’appétit104 ?

                      LA  FEMME

       Jehan, attendez-moy ung petit !

       J’ay fait, il ne me fault plus rien.

                      LE  MARY

215 Cheminez ; et vous gardez bien,

       Mèshuy, d’une parolle dire.

 

                      LE  CURÉ              SCÈNE  III

       Voicy du peuple qui se tire

       Devers nous en grant multitude.

       Trésorier, par ma foy, je cu(i)de105

220 Qu’ilz viennent gaigner noz pardons106.

                      LE  TRÉSORIER

       Nous aurons offrendes et dons,

       Car vécy compaignie honneste107.

       Et reste que j’en admonneste108

       Les pèlerins, en vostre prosne,

225 D(e) oblation faire et aulmosne.

       Revestez-vous109, et vous hastez !

 

                      LA  FEMME        SCÈNE  IV

       Jehan !

                      LE  MARY

                   Taisez-vous, vous nous gastez110.

       Qu’on ne vous oye mèshuy parler !

                      LA  FEMME

       Ma foy, Jehan, il me fault aller

230 Ung peu à l’esbat111 en derrière.

       Et je n’y arresteray112 guère,

       Je le vous prometz, par mon âme !

                      LE  MARY

       Et, paix ! Maulgré bieu de la femme !

       Mot, mèshuy113, que je ne vous frappe114 !

                      LA  FEMME

235 Je suis morte, Jehan : il115 m’eschappe,

       Je ne le sçaurois plus tenir.

                      LE  MARY

       Et, dehors116 ! Que mésadvenir

       Vous puisse-il ennuyt117, vieille ordouze !

       Elle a plus de babil que douze

240 Vieilles pigneresses de chambre118.

                      LA  FEMME

       Jehan !

                      LE  MARY

                  Paix, paix !

                      LA  FEMME

                                   Mes patenostres119 d’ambre

       Sont demourées120 : tout est perdu !

                      LE  MARY

       Je soyes parmy le col pendu,

       Ou banny ainsi qu(e) ung méseau121,

245 S(e) ennuyt ne vous lye le museau122 !

       Et ! n’aurez-vous mèshuy repos ?

       Mais c’est sans fin, à tous propos,

       Qu’elle a les lèvres desployées.

                      LA  FEMME

       Ma foy, je les ay oubliées,

250 Et mes grandes Heures123 avec.

                      LE  MARY

       Sçauriez-vous tenir vostre bec ?

       Nenny, vous estes enragée.

       Le lempas124 et telle dragée125

       Vous puissent ennuyt126 empoigner !

                      LA  FEMME

255 C’est pour neant127, il fault retourner :

       Jamais je ne m’en passeroye.

                      LE  MARY

       Par la vertu bieu ! je vouldroye

       Que vos patenostres et vous

       Fussiez dedans le ventre aux loups !

260 Mais el fait merveille de dire128 !

                      LA  FEMME

       Jehan !

                      LE  MARY

                   Paix ! Dieu vous vueille mauldire !

       Et pensez de vous despescher.

       Cesserez-vous jà de prescher ?

       Mais que vostre babil est long !

265 Cheminez devant !

                      LA  FEMME

                                       Allon, donc.

                      LE  MARY

       Qu’on ne vous oye mèshuy groucer129 !

                      LA  FEMME

       Ma foy, si me fault-il trousser

       Ma robe, qu’el(le) ne soit crottée.

                      LE  MARY

       Vous aurez la teste frotée,

270 Se vous me faictes eschauffer,

       Par Dieu !

                      LA  FEMME

                        Il me fault recoiffer :

       Mes cheveulx me tumbent au front.

                      LE  MARY

       Vous soyez coiffée d’ung estront !

       C’est tousjours à recommencer.

275 Voicy assez pour incenser130,

       Tant ceste femme icy me fasche.

                      LA  FEMME

       Jehan !

                      LE  MARY

                   Paix !

                      LA  FEMME

                             [Il fault] que je restache

       Le courtois de mon devantel131.

                      LE  MARY

       Et, paix ! Maulgré bieu du frestel !

280 Je n’ouÿs onc telle braierie.

                      LA  FEMME

       Mais sui-ge de la confrarie

       De saincte Caquette [ou non], Jehan ?

                      LE  MARY

       Et, paix ! Dieu vous mette à mal an132,

       Laisarde133, incorrigible garse !

285 Qu(e) eussiez-vous ores la langue arse134 !

       Et ! ne la sçauriez-vous tenir ?

                      LA  FEMME

       Je ne me sçauroies maintenir

       Ainsi sans parler soir ne main135.

                      LE  MARY

       Et ! tenez : mettez vostre main

290 Bien estroit devant vostre bouche ;

       Ou que d’un touppillon la bousche136,

       Affin que parolle n’en saille.

       Aultrement, convient qu’on s’en aille,

       Sur peine d’excommuniement.

           La femme met sa main contre sa bouche

           et gasoille 137 entre ses dens.

295 Paix ! Estouppez-la fermement,

       Que quelque parolle n’en sorte.

              La femme, iterum 138 entre ses dens.

       Mot, mot ! Nous sommes à la porte.

       [Et !] taisez-vous, bon gré saint George,

       Et m’estraignez fort ceste gorge139 ;

300 Ou autrement, tout est perdu.

              La femme, iterum entre ses dens.

       Paix, vous di-ge ! Il est deffendu

       Qu’en venant à Saincte-Caquette

       Femme ne die mot ne caquette,

       S’elle veult santé recevoir.

 

                      LE  CURÉ            SCÈNE  V

305 Que chacun face son devoir,

       Vaillans dames, vaillans preudhoms140 !

       N’oubliez pas ces beaux pardons :

       Il y en a infinis jours141.

                      La femme, admirando 142.

                      LE  MARY

       Mot, mot ! Les dens serr[e]z tousjours

310 Tant qu(e) ayez143 baisé la relique.

                      LE  TRÉSORIER

       Aux bienffaicteurs de la fabricque,

       Y a mille jours d(e) indulgence144 !

                      LE  CURÉ

       Fumelle qui en diligence145

       Sa parolle ne peult avoir,

315 Vous devez entendre et sçavoir

       Qu’il ne reste qu(e) estre saisie146

       D’une herbe nommée jalousie147,

       Destrempée en vin cler ou blanc :

       Cela la fera parler franc

320 Et caquetter pair à148 dix femmes,

       Pour en boire149 deux ou trois dragmes,

       Comme dit nostre librairie150,

       Pourveu que de la confrarie

       De Saincte-Caquette se rende151

325 Et qu’elle y face son offrende.

       Oultre, qui porte la bannière152

       Du mestier terminé en « -yère153 »

       En sont toutes154. Et cetera.

              La femme, iterum entre ses dens.

                      LE  MARY

       (Mais, le grant diable ! el se taira ?

330 Non fera, par saincte Marie !

       Taire ? Elle en seroit bien marrie ;

       Aussi, je ne m’y attens point.)

                      LE  CURÉ

       Davantage155, pour le quart point,

       Fault que femme ayme honneur sur tout156.

335 À la table, avoir le hault bout157

       En nopces ou en relevaille158.

       On n’a garde que caquet faille159

       À tel besoing, doresnavant,

       Pour le derrière et le devant160,

340 Soit à la paix ou à l’offrende161.

                      LE  TRÉSORIER

       S’il y a femme, en ceste bende,

       Malade de saincte Caquette,

       Vienne baiser sans plus d’enqueste

       Les reliques, et je me vante

345 Qu’elle aura santé si puissante

       Que jamais jour ne fut plus aise.

                      LE  MARY

       Et ! que nostre femme la baise,

       Qui en est ainsi entachée162 :

       À peu qu’el163 ne s’est arrachée

350 La langue, à force de caquet !

                       LE  CURÉ

       Voicy la fontaine164. En tant qu’est

       De saincte Caquette le mal165,

       Il convient baiser ce cendal166

       Pour plaine santé ressaisir.

                      LE  MARY

355 Monsieur, se c’est vostre plaisir,

       Nostre femme le baisera.

                      LE  TRÉSORIER167

       Autrement ne s’appaisera

       Qu’en le baisant par-devant nous.

                      LE  CURÉ

       M’amye, mettez-vous à genoulx

360 Sans plus faire longue harengue,

       Affin que vous baisez la langue168

       De la saincte tant glorieuse.

                      LA  FEMME,  en baisant, dit :

       A ! vray Dieu ! Tant je suis eureuse

       D’avoir ma santé recouverte169,

365 Et que je puis à bouche ouverte

       Caqueter à mon apétit.

       Je me suis teue quelque petit170 ;

       Mais j’ay porté telle douleur

       Qu’el171 m’a fait mortir la couleur.

370 On parle de travail d’enfant172 :

       Mais il ne fait point de mal tant,

       Ne ne sçauroit à femme faire,

       Qu(e) essaier à la faire taire.

       Jalousie, qui le front [d]espicque173,

375 N’est de moytié si frénatique

       Qu’est une femme en se taisant174.

       Rage des dens, ne mal cuysant,

       Fièvres, chaumal175, le mal de mère176

       Ne font pas douleur si amère

380 Qu(e) à femme se taire en effect.

                      LE  CURÉ177

       Or çà, donc(ques) : qui esse qui fait

       Mettre haynes en mariage

       Et semer tant de faulx178 langage

       Entre Marion et Jaquette ?

                      LE  MARY

385 C’est le mal de saincte Caquette179.

                      LE  TRÉSORIER

       Qui fait perdre la renommée

       De mainte femme bien nommée180,

       Quant on dit [qu’el court]181 la jaquette ?

                      LE  CURÉ

       C’est le mal de saincte Caquette.

                      LA  FEMME

390 Qui fait que l’homme bat sa femme,

       L’injurie ou l’appelle « infâme »,

       Quant autre que luy n’y taquette182 ?

                      LE  MARY

       C’est le mal de saincte Caquette.

                      LE  CURÉ

       Qui fait déshonorer tousjours

395 Filles qui font le jeu d’amours

       (Où mainte déshonneur acqueste183) ?

                      LE  TRÉSORIER

       C’est le mal de saincte Caquete.

                      LE  CURÉ

       Qui fait femmes tendre[s] du bas184,

       Sinon qu’ilz prennent leurs esbatz

400 À desploier souvent Friquette185 ?

                      LE  MARY

       C’est le mal de saincte Caquette.

                      LE  CURÉ

       Qui fait Dieu provocquer en ire186,

       À veoir ainsi d’autruy mesdire

       À tort, sans faire vraye enqueste ?

                      LE  MARY

405 C’est le mal de saincte Caquette.

                      LA  FEMME

       Qui fait tant femmes détraver187

       À blasonner et à baver188,

       Quant en quelque feste on banquette ?

                      LE  MARY

       C’est le mal de saincte Caquette.

                      LE  TRÉSORIER

410 Qui fait ung tas de marjoletz189

       Courir les rues comme foletz

       Pour faire à la dame requeste ?

                      LA  FEMME

       C’est le mal de saincte Caquette.

                      LE  CURÉ

       Qui a fait à maint homme sain

415 Aller quérir aux huys190 son pain

       Et porter baril et cliquette191 ?

                      LE  TRÉSORIER

       C’est le mal de saincte Caquette.

                      LE  MARY

       Qui faict ung homme cauteleux

       Estre de sa femme jaleux,

420 Et que tousjours sur elle guette ?

                      LA  FEMME

       C’est le mal de saincte Caquett[e].

                      LE  CURÉ

       Qui fait à ung tas de volleurs192

       Venir tant peines et malheurs,

       Quant ilz fouillent en la b[r]aguette193 ?

                      LE  TRÉSORIER

425 C’est le mal de saincte Caquette.

 

                      LE  CURÉ

       Trésorier, que l’on rempaquette

       Noz reliques194. Puis, pour finer,

       Ces pèlerins v[i]endront disner

       Avec nous, au partir d’icy.

                      LE  MARY

430 Monseigneur, je vous remercy :

       Nous avons promis autre lieu195.

                      LE  CURÉ

       À Dieu doncques !

                      LE  MARY

                                      À Dieu !

                      LA  FEMME

                                                   À Dieu !

 

                              EXPLICIT

*

1 « Le chef d’une confrérie joyeuse de Normandie (son général), comme il y en avait tant à cette époque. » André Tissier, Farces françaises de la fin du Moyen Âge, Droz, 1999. Tissier ajoute à propos de cette farce : « Peut-être, à en juger par les préoccupations médicales des personnages, fut-elle jouée devant des étudiants en médecine ou, pourquoi pas ? par eux. » Nous connaissons deux autres pièces écrites à Caen : la sottie de Pates-ouaintes, de Pierre de Lesnauderie, jouée en 1493 par le receveur général Beaunes ; et la moralité de la Cène des dieux (T 17), du même auteur, jouée vers 1497 par le général Saint-Louis. On n’a pas retrouvé le nom du général qui s’attribue Sainte-Caquette.   2 Vu. En pareil cas de figure, les comédiens montraient le public.   3 Une nombreuse clientèle.   4 Le comité qui administre les revenus du sanctuaire de Sainte-Caquette. Idem vers 311.   5 T : Je fays  (Les appliques sont des affiches, que le trésorier a placardées en nombre suffisant. Il s’agit probablement des écriteaux qui annoncent la représentation théâtrale.)   6 Ne subvient pas à nos besoins.   7 À cause de.   8 Des trafics de reliques.   9 Enlèvent. « La cha[i]r lor tolent et la pel. » Godefroy.   10 Ils les effacent comme un péché. « De Luy soyent mes péchiéz abolus ! » Villon.   11 Que près d’ici.   12 Bavardage (idem vers 279). « Pour ouÿr ung peu le frétel/ De ma femme. » (Godefroy.) Cette nouvelle chapelle est une concurrente pour les marchands du Temple qui exploitent Sainte-Caquette.   13 Fils de Babylone, mais surtout du babillage. Bruit = réputation.   14 Les bavardages allaient bon train quand on attendait son tour devant le four commun, et quand on lavait son linge à la rivière ou au lavoir. Le Plaisant Quaquet et resjuyssance des femmes avoue que la renommée est promenée « de bouche en four, de four en bouche ». Le Débat des lavendières de Paris avec leur caquet se tient « au long de la rivière ».   15 T : Sont  (St Frétel a plus de réputation que n’en ont les reliques de St Baveux.)  Baveux = bavard. Cf. l’expression « tailler une bavette ».   16 Les peigneuses de laine ou de chanvre sont médisantes. « Ce gallant cacquette comme une piegneresse de layne. » Palsgrave.   17 Parmi elles, les harengères sont des braillardes redoutables. On les entend jacasser dans la farce des Femmes qui font acroire à leurs maris de vécies que ce sont lanternes (F 15). Par un heureux hasard, leur baquet se nomme « la caquète ». (Richelet.)   18 Les fileuses de quenouilles se réunissent pour « filer et deviser de plusieurs menus et joyeux propos ». Évangiles des quenouilles.   19 À la chapelle de Saint-Frétel (vers 22).   20 On reprochait aux fileuses de faire aller leur langue plus vite que leur rouet.   21 Qui avaient l’habitude d’emmener ici leur paquet de filasse pour causer en travaillant.   22 Dans cette enceinte sacrée. « Ou pourprins de ladite église. » Godefroy.   23 À prix : pour acheter leur droit à bavarder.   24 Les pots de vin qui nous sont dus. « Romme y perdra ses tributz et propines. » G. Flamang.   25 « S. Trotet, S. Caquet & S. Babil sont les plus grands patrons de ce sexe dévot. » Guy Patin.   26 Auprès des femmes en couches. Comme il est dit dans les Caquets de l’accouchée : « Les langues des femmes ne peuvent demeurer arrestées, n’y ayant rien de plus mobile qu’elles. » La 3ème des Quinze Joyes de Mariage est consacrée aux ragots des commères qui entourent une accouchée.   27 Au premier bain du nouveau-né. Ce rituel purificatoire qui annonçait le baptême se déroulait devant toutes les femmes présentes. « Il fault la sage-femme avoir,/ Et des commères un grand tas…./ Vous ne vistes oncq tel caquet…./ Çà, ce baing, ce chrémeau [bonnet], ce laict ! » Les Ténèbres de Mariage.   28 Les sages-femmes et les nourrices. « Les sages-femmes & gardiennes y donnent de bonnes receptes, qu’il y faut appliquer à la première couche. » (Guillaume Bouchet.)   29 Mettront en musique, comme une basse chiffrée.   30 Elles diront le nom des alcooliques et des joueurs.   31 Quel homme est tendre de la queue. (Voir « coue » dans le Dictionnaire érotique de Pierre Guiraud.) Les femmes, elles, sont tendres du bas (vers 398), ou du cul (Deux hommes et leurs deux femmes, dont l’une a malle teste et l’aultre est tendre du cul, BM 10). Un des sujets de conversation favoris des servantes est la sexualité de leur maître. Voir par exemple les Chambèrières : « Si est mon maistre bien garny/ De “vitailles”. »   32 Quelle femme prétend ne pas avoir d’amant. Cf. Sœur Fessue, vers 142.   33 Laquelle est libérale de sa denrée, de sa marchandise. Cf. le Trocheur de maris, vers 164.   34 Quand elles sont en groupe.   35 L’Avent est la période qui précède Noël. Le Carême précède Pâques.   36 Elles diraient du mal d’elles-mêmes plutôt que d’omettre un commérage.   37 Dans un bain public, où les femmes, entre elles, caquetaient beaucoup, comme en témoigne le Banquet des chambrières fait aux estuves (Montaiglon, II).   38 Que nul homme ne s’y fie ! « À Dieu m’atens. » (ATILF.)   39 Le trafic d’indulgences de Léon X. Voir ma notice.   40 En Allemagne, où le marchand de pardons Johann Tetzel se remplissait les poches. V. notice.   41 Par monsieur Jésus-Christ ! Le Christ Saint-Sauveur est honoré à Dives-sur-Mer, près de Caen.   42 Lorsqu’elles font la lessive.   43 Avant qu’elles ne soient faites.   44 Elle les diront sans se faire prier.   45 T : tour  (Voir le vers 4.)   46 Qui arrive en bandes. Il montre encore le public.   47 Je ne me plains pas de votre prédiction.   48 Le perpétuon (perpetuum) et la bulle sont des indulgences vendues par le pape. « Pardons se donnent pour argent./ Ung grant tas de perpétuons (…)/ Ont fait vendre plusieurs mesnages. » (Guillaume Alécis.) « Mais par bulles en parchemin,/ Du pape l’ont acquis par don. » (Jehan Régnier.)   49 Martyrologe : catalogue de saints réels ou fantaisistes dont les églises s’enorgueillissaient. Les porteurs de rogatons n’hésitaient pas à produire de faux certificats, ou des vrais s’ils avaient les moyens de soudoyer un cardinal.   50 Ce mot signifie que le personnage parle pour la première fois. (Mais pas pour la dernière !) La femme, qui se prétend malade, est encore au lit.   51 Ayant la langue paralysée, elle articule difficilement « mon Dieu ». (Au refrain de 95, le « x » disparaît.) Les muettes ont inspiré d’autres étudiants en médecine : Rabelais raconte (Tiers Livre, 34) qu’il joua à Montpellier « la morale comœdie de celluy qui avoit espousé une femme mute…. Le bon mary voulut qu’elle parlast. Elle parla par l’art du médicin et du chirurgien. » Cette femme fut interprétée par un des carabins que nomme Rabelais ; la nôtre fut également jouée par un homme, d’autant qu’il n’y avait pas encore d’étudiantes en médecine.   52 T : tacinturnite  (Forme correcte à 98.)  Taciturnité = perte de la parole, du latin tacere [se taire].   53 T : Qui  (Pour que vous disiez.)   54 Apprise. Je ne suis pas accoutumé.   55 Un ver solitaire. « Un ver pellou/ Qui liat piqua lo cour [le cœur]. » Jean Millet.   56 T : desguise  (Toutes les rimes sont en -prise.)  Se despriser, se desprendre = lâcher prise.   57 Pourtant. Hanter = fréquenter.   58 Plus animée (que la vôtre).   59 Si rapidement.   60 Si mon état ne s’améliore pas.   61 Village à proximité de Caen. « Voilà » pourrait indiquer que ce médecin non identifié assistait à la représentation.   62 Qui vous guérira aisément.   63 François Callix et Jean Du Buisson (dit Courson) étaient alors licenciés en médecine de l’université de Caen. Voir l’édition du Recueil Trepperel par Eugénie Droz, et le Recueil de farces d’André Tissier <tome II, Droz, 1987>.   64 T : arsteront  (Arter est une forme normande de arrester.)  « À cela ne vous fault arter. » Farce d’un Amoureux, BM 13.   65 « Sans plus aller si loing chercher les histoires. » Françoys de Billon.   66 Discuter sans savoir. « Mieulx leur vauldroit se aller froter le cul au panicault [avec des chardons] que de perdre ainsi le temps à disputer de ce dont ilz ne sçavent l’origine. » Pantagruel, 33.   67 Mes neuf jours de prières. Pour saint Babillard aussi, « il fallait faire une neuvaine, et verser une petite obole ». Jacques E. Merceron, Dictionnaire des saints imaginaires et facétieux. Seuil, 2002, p. 564. Cet ouvrage capital recense tous les saints dont parle la pièce.   68 Devant Ste Caquette.   69 Cette procession.   70 Les pèlerines de Sainte-Caquette doivent garder le silence pendant le voyage, « sur peine d’excommuniement » (vers 294). Dans le Pèlerinage de Mariage (LV 19), une pèlerine s’interroge : « Y fault-y aller sans parler ? » Un vieux pèlerin lui répond : « Nénin ; les femmes pas, au moins. » (Le même s’écrie un peu plus tard : « Sancta Quaqueta, ne parlez de nobis ! ») Les pèlerines qui emmenaient à saint Bavoux des enfants « qui tardaient à parler » devaient elles aussi rester muettes : « Une condition essentielle pour la réussite du “voyage” devait être respectée par la femme qui venait conduire l’enfant : s’abstenir de prononcer une seule parole en cours de route. » Merceron, p. 566.   71 Je me doute. « Son mary se souspeçonnoit des amours qui estoient entre eulx. » (ATILF.)   72 T : esmay  (Sens identique, mais rime moins riche.)   73 Vous bavarderiez (note 12). « Pair à dix » = autant que dix. Idem vers 320.   74 Ni même la moitié d’un.   75 Je vous entends déclamer. « –Nous avons oÿ tous voz plaitz./ Maistre Simon, sus, desgueullez !/ –Quant au regard de ses cacquetz,/ Nous en sommes piéçà saoulés. » (Guillaume Coquillart.) « Dégueulèr » rime avec « voulèr », à la manière normande.   76 Elle vient à peine de sortir du lit : donc, le sac était prêt depuis la veille.   77 T : remort  (À l’écart. Cf. Ung jeune moyne et ung viel gendarme, vers 312.)  Ils s’en vont, à pied.   78 Notre voisine. Les commères étant les reines du commérage, on suppose que Jaquette doit beaucoup jaqueter, c.-à-d. jacasser comme une pie. Ce verbe a donné l’argot jacter.   79 De récriminations. Cf. les Femmes qui font escurer leurs chaulderons, vers 156 etc.   80 Sa maisonnée, sa famille.   81 T : luy  (Grande erre : en toute hâte.)   82 On prononçait « messer » : voir la note 74 du Testament Pathelin.   83 Depuis.   84 Quels confesseurs.   85 T : da ne   86 Si je vous entends aujourd’hui tousser.   87 Coudre : vous resterez bouche cousue.   88 Il me faudrait.   89 Il guérissait les hydropiques, qui étaient pleins d’eau, et non d’urine.   90 Où je puisse m’accroupir.   91 Ici.   92 Qu’est-ce que les passants ont à faire de vous ?   93 Marchez moins vite, pour que je puisse vous rattraper. Elle s’accroupit ; sa robe traînante (vers 267-8) l’abrite des regards.   94 Aphérèse normanno-picarde du pronom en. « Bon gré ’n ait bieu ! » (Le Capitaine Mal-en-point.)  Une truandelle est une femme qui ne cesse de quémander.   95 Les bavardes sont considérées comme des têtes de linottes qui ne songent qu’à leur apparence. On ne s’étonnera donc pas que la dévote ait oublié tous ses objets pieux (vers 241-242 et 249-250), mais qu’elle ait emporté son miroir, son fichu de soie et son peigne. La proximité entre caquette et coquette est flagrante : « Saincte Coquette qui caquette. » Clément Janequin.   96 Attacher mon collant avec une jarretière. « Des jartières à lier les chausses à ladicte dame. » (ATILF.)   97 Contre.   98 En avant ! Idem vers 208.   99 Que le feu de St Antoine [l’ergotisme] vous brûle !   100 Jeu de mots banal. « La belle & rebelle Sydérée. » F. de Belleforest.   101 Bientôt prête.   102 Pour que la chaleur ne me flétrisse pas.   103 Ce fichu de soie.   104 Êtes-vous assez appétissante pour les autres hommes ? C’est l’unique allusion à l’adultère dans cette farce qui, pourtant, met en scène le trio habituel composé de la femme, du mari, et du curé.   105 Je pense. Pour la graphie normande « cude », v. Pates-ouaintes, vers 445.   106 Indulgences qu’on obtenait en baisant des reliques (une plume de l’ange Gabriel, du lait de la Sainte Vierge, les deux crânes de St Pierre authentifiés par le Vatican, les 60 doigts de St Jean, les seins de Ste Agathe, les restes de Ste Jeanne d’Arc provenant d’une momie égyptienne, la bouteille contenant le « han ! » que poussa St Joseph en fendant une bûche, le prépuce de Jésus, ou la langue de Ste Caquette). Il fallait payer pour gagner les pardons. Cette lucrative escroquerie avait ses spécialistes, les « pardonneurs » : voir la farce du Pardonneur (BM 26), lequel expose une oreille de St Couillebault et de Ste Velue, ainsi que des os de St Boudin et de Ste Fente. Mais les prêtres, eux aussi, grugeaient beaucoup de pèlerins grâce aux reliquaires ; et ils ne reculaient devant aucun battage publicitaire pour rafler des clients aux églises concurrentes, quitte à organiser de faux miracles. Bref, on voit que les industriels qui profitent du tourisme de Lourdes n’ont rien inventé.   107 On songe au mot de Chamfort : « Honnête ou lucratif, c’est tout un. »   108 Il ne me reste plus qu’à inciter. Le trésorier, qui n’a aucun droit à s’exprimer pendant le prône [le prêche] d’un curé, va tout de même baratiner les spectateurs.   109 Endossez votre chasuble. On constate que c’est le trésorier qui commande : l’argent prime sur la religion.   110 Vous nuisez à nos intérêts. Voir la note 70.   111 Faire mes besoins derrière un arbre. Cf. Troys Gallans et Phlipot, vers 225.   112 Demeurerai.   113 Plus un mot, dorénavant !   114 Ce mari faible se prend pour le héros d’une autre farce : Martin Bâton qui rabbat le caquet des femmes.   115 L’étron.   116 Allez hors de notre vue. Elle s’accroupit comme tout à l’heure, cachée par sa robe. Les jeux de scènes scatologiques, innombrables dans le théâtre médiéval, prouvent que le public en redemandait.   117 Aujourd’hui. Ordeuse = merdeuse.   118 Peigneuses de chanvre (voir le vers 27). Il y a là un coup de griffe contre les femmes de chambres (les illustres chambrières), qui peignent leur maîtresse et qui sont dotées d’un babil à toute épreuve.   119 Mon chapelet.   120 Sont restées à la maison.   121 Qu’un lépreux, qui était exclu de la société. Nos étudiants en médecine évoquent de nouveau la lèpre aux vers 414-416.   122 Si aujourd’hui je ne vous bâillonne la bouche.   123 Mon livre d’Heures, mon missel.   124 Maladie de la bouche des chevaux. Dans la sottie du Roy des Sotz (BM 38), on dit à propos d’un muet : « –Pourquoy ne parles-tu ?/ –Il craint, ainsi, d’estre battu./ –Non faict, mais il a le lempas. »   125 Et autres gâteries du même genre.   126 Aujourd’hui.   127 C’est inutile. « Niant » compte pour 1 syllabe.   128 Elle fait rage de parler.   129 Murmurer. Cf. les Sotz ecclésiasticques, vers 193.   130 Pour devenir fou.   131 Que je rattache le cordon de mon tablier. Le « courtois » est peut-être un normandisme, ou une faute pour « courdon » [cordon] : « Avons trouvé ensuitte les courdons de soye : Six courdons de soye rouge. » Cardinal de Bonzy.   132 En mauvaise année, en malheur.   133 T : laisable  (Lézarde, langue de vipère. « Vostre langue picque comme laisarde. » Parnasse satyrique.)   134 Brûlée, comme les langues envieuses de Villon : « Langues cuisans, flambans et rouges…./ Soient frittes ces langues envieuses ! »   135 Ni matin. « J’ay faict justice soir et main. » Godefroy.   136 Qu’avec un bouchon je la bouche.   137 Gazouille, murmure. « Chanter & gasoiller. » Charles Estienne.   138 De nouveau. Ils arrivent devant la porte de l’église Sainte-Caquette.   139 Serrez votre gorge.   140 Hommes preux. (On prononçait prudon.) Le bateleur, devant l’église, flatte les badauds pour leur vendre des pardons.   141 Un nombre infini de jours. Les indulgences, qui permettaient aux pécheurs de réduire le temps qu’ils passeraient au purgatoire, se comptaient en nombre de jours pour les moins chères, et en années pour les plus chères. Contrairement à ce qu’affirmait l’Église, il y avait la même différence entre les riches et les pauvres après la mort que pendant la vie : les premiers restaient les premiers, et les derniers restaient les derniers.   142 Poussant un cri d’admiration. La déclinaison en -do (au lieu de -da) pourrait indiquer le datif ou l’ablatif d’un admirandum : un prodige, un miracle.   143 Jusqu’à ce que vous ayez.   144 Les indulgences sont en promotion pour les membres bienfaiteurs.   145 Quand une femme rapidement… Le bonimenteur et son comparse imitent les duos de charlatans qui écoulaient leurs herbes miraculeuses en faisant de la réclame en public. Cf. Maistre Pierre Doribus.   146 Munie.   147 C’est aussi une variété d’œillet.   148 Autant que.   149 Si elle en boit. La dragme est une petite unité de poids dont usent les apothicaires. Cf. Maistre Pierre Doribus, vers 7. On prononçait drame : « Qui n’eussent valu d’or une drame. » (ATILF.)   150 Notre bibliothèque. Il y a même une boutique de souvenirs pour les touristes !   151 Elle s’intronise.   152 En plus, celles qui portent l’insigne.   153 Les professions féminines se terminant par -ière avaient mauvaise réputation. Nous avons vu les poissonnières et les boullengières (vers 29) ; Rabelais en rajoute : « Chambèrières d’hostèlerie, nomina mulierum desinentia in -ière, ut  [noms de femmes ayant une désinence en -ière, comme] : Lingière, Advocatière, Tavernière, Buandière, Frippière (…), se doibvent garder de vérolle. » Pantagruéline prognostication.   154 Font toutes partie de la confrérie de Sainte-Caquette.   155 De plus. Le curé arrive déjà au 4ème point de son sermon : il faut croire que les autres points sont résumés dans le « et cetera » du vers 328.   156 Par-dessus tout.   157 La place d’honneur, celle où on est entendu par tout le monde.   158 Banquet à l’issue duquel une accouchée reprenait sa vie normale. « (Il) estoit presque tous les jours de banquet, de festin de nopces, de comméraige, de relevailles. » Rabelais, Tiers Livre, 41.   159 On ne craint pas que la parole fasse défaut.   160 Dans toutes les circonstances. « Je me présente debout et couché, le devant et le derrière, à droite et à gauche, et en tous mes naturels plis. » Montaigne.   161 À n’importe quel moment de l’office. « L’offrande se dit des présens que l’on fait aux curés en allant baiser la paix. » J.-B. Denisart.   162 Atteinte.   163 T : quelle  (Il s’en faut de peu qu’elle…)  Elle s’est abîmé la langue à force de parler.   164 Le reliquaire, considéré comme une fontaine de vie, de grâce, de miséricorde. Et en l’occurrence, comme une fontaine de bénéfices.   165 S’il s’agit du mal de Ste Caquette.   166 Le curé commet une énorme gaffe, qui passe heureusement inaperçue : il avoue que sa relique n’est pas la vraie langue de sainte Caquette, mais un vulgaire morceau de soie rouge. « Ouquel relique [dans ce reliquaire], n’avoit dedens sinon sendail vermeil. » (ATILF.)   167 Il tend l’escarcelle au mari pour qu’il y dépose une obole.   168 Si la langue de sainte Caquette a beaucoup fait bavarder, elle a moins fait jaser que la prétendue langue de saint Antoine, actuellement conservée à Padoue.   169 Recouvré. « La parolle recouverte, elle parla tant et tant que son mary retourna au médicin pour remède de la faire taire. » Rabelais (voir la note 51).   170 Je me suis tue quelque peu.   171 T : Quil  (El = elle : vers 167, 260, 329.)  Mortir = amortir, ternir.   172 Des douleurs de l’enfantement.   173 Pique. « Il m’ont tot dépiqué le dos. » Godefroy.   174 T intervertit les vers 376-377.   175 Le chaud mal : la fièvre continue. « Tel se dit estre médecin/ Qui ne congnoist chaumal ne fièvre. » (G. Alécis.)   176 En dépit de la rime, T semble porter mers. Le mal de mère [de la matrice] désigne l’hystérie accompagnée de vapeurs. « Hystérique (…) se dit d’une femme qui a le mal de mère, ou une suffocation de matrice. » Furetière.   177 Cette revue finale était chantée, ce qui explique le vers de retombée à 426.   178 De discordant.   179 « Ou du mal de saincte Quaquette. » Tout-ménage.   180 Ayant une bonne réputation.   181 T : quelle sourt  (Courir la jaquette = courir après les hommes.)  Certains hommes gardaient leur jaquette sur eux quand ils copulaient. Jénin, filz de rien (BM 20) interroge sa mère : « –Comment doncques fus-je conceu ?/ –Je ne sçay, car je n’apperceu/ Entour moy fors une jacquette/ Estant sur moy…/ –Mais que teniez-vous embrassé/ Quant je fus faict ? –Une jacquette. » Notons que le jaquet désigne le pénis : « Elle t’exhorte à bransler le jaquet. » (Godefroy.)   182 Alors que nul autre que lui n’y besogne. Le verbe taqueter, dérivé de tâche, est inconnu des glossaires normands.   183 Où plus d’une fille acquiert du déshonneur.   184 Sensibles du bas-ventre (voir la note 31). « Il sembloit doncques, à ses ditz,/ Qu’el fût tendre du petit ventre. » Les Chambèrières.   185 Pimpante. Ici, c’est le petit nom qu’on donne à la verge. (Plus tard, on l’appellera Coquette : voir le Dictionnaire érotique de P. Guiraud.) Dans Mince de quaire (F 22), une chambrière portée sur la bagatelle se nomme aussi Fricquette.   186 Mettre en colère.   187 Se dévoyer.   188 À diffamer et à médire. « Caquet de moi blasonne. » Farce de Martin Bâton qui rabbat le caquet des femmes.   189 De freluquets. « Pour contenter sotz marjolletz de ville. » Godefroy.   190 Mendier devant les portes comme le faisaient les lépreux, qui n’avaient pas le droit d’entrer.   191 L’écuelle et la crécelle des lépreux. « Quant lépreux suis, vil et pourry (…),/ Las, rirai-ge d’avoir/ Cliquecte ne barry ? » André de La Vigne.   192 De coupeurs de bourses qui se trahissent par leurs bavardages. Une nouvelle de Bonaventure Des Périers s’intitule : De l’apprenty larron qui fut pendu pour avoir trop parlé.   193 Tel Bon Joan, qui range dévotement son missel dans sa braguette (Gargantua, 35), les hommes « portoyent une ample & grosse brayette, qui avoit deux aisles aux deux costéz, qu’ils attachoyent avec des esguillettes, une de chacun costé ; & en ce grand espace qui estoit entre lesdites deux esguillettes, la chemise & la brayette, ils y mettoyent leurs mouchoirs, une pomme, une orange ou autres fruicts, leur bourse ; ou s’ils se faschoyent de porter des bourses, ils mettoyent leur argent dans une fente qu’ils faisoyent à l’extérieur, environ [près de] la teste & pointe de ladite brayette. » Louis Guyon.   194 Le marché est fini, on remballe le stand.   195 Nous avons accepté une invitation ailleurs.

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POUR PORTER LES PRÉSENS À LA FESTE DES ROYS

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

*

SOTIE  POUR  PORTER   LES  PRÉSENS  À  LA  FESTE  DES  ROYS

*

 

La Bibliothèque Nationale attribue cette sottie au basochien Jehan d’Abundance1, l’auteur du Joyeulx Mistère des trois Rois, qui met en scène les Rois Mages : « Et portons or, mirrhe et encens/ Avec beaucoup d’autres présens. » Notre sottie fut composée avant 1525, date à laquelle le recueil Trepperel fut clos. Jehan d’Abundance étant né au début du XVIème siècle, nous avons là une œuvre de jeunesse, écrite quand l’auteur appartenait à la Basoche de Paris. Rappelons qu’il signait « Jehan d’Abundance, bazochien ».

Le Roi de la Basoche régnait sur les clercs du Palais de Justice. Le dernier samedi du mois de mai, il présidait au « plant du May », solennité au cours de laquelle on plantait un arbre dans la cour dudit Palais. Il recevait des cadeaux le jour de la Fête des Rois, le 6 janvier ; or, cette fête de l’Épiphanie rappelle que les Rois Mages sont venus pour porter des présents à l’enfant Jésus. Au moment de l’Épiphanie2, les basochiens jouaient du théâtre comique et satirique dans la Grand-Salle du Palais3. On peut supposer que la Sottie pour porter les présents à la Fête des Rois, qui parodie lubriquement l’arrivée des Rois Mages et la plantation du May4, y fut créée par les basochiens après qu’ils eurent tiré les rois. (L’usage voulait qu’on nommât le Roi de la Basoche « roy de la feve », même si ce n’est pas lui qui avait eu la fève.)

Source : Recueil Trepperel, nº 15.

Structure : « Cri », 2 triolets, rimes plates, 1 ballade fourrée dont il manque l’envoi, rimes croisées, 1 ballade sans envoi.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

*

Sotie nouvelle à cinq personnaiges

Pour porter les présens à la feste des Roys.

 

Trèsbonne

*

 

C’est assavoir :

    LE  PREMIER  SOT

    LE  SECOND  SOT   [LUCAS]

    LES  TROIS  SOCTES

*

 

                               LE  PREMIER  SOT  commence 5      SCÈNE  I

         Dieu gard tous bons Sotz assoctéz

         Qui Soctie veullent nourrir !

         Céans y a des Sotz entréz.

         Dieu gart tous bons Sotz assoctéz !

5    Au moins, s’il en eust de rentéz6,

         Qu’on les fist devant nous venir !

         Dieu gard tous bons Sotz assoctéz

         Qui Soctie veullent nourrir !

         C’est bien assez pour devenir

10   Hors du sens et estre cocu.

         Et ! comment ? En mon temps, j’ay veu

         Ung Sot soctement gouverné,

         Lequel Sot fut soctement né,

         Sot sailli7 du ventre Soctise.

15   Ce Sot avoit trèsbonne guise,

         Car il se mesloit de tout faire.

         Il me fault tant crie[r] et braire

         Qu’il en vienne8 ung avecques moy,

         Pour m’oster hors de cest esmoy.

20   Pour ce, convient-il que j’appelle,

         Sur peine d’avoir de la pelle9 :

         [Despeschez-vous, Sotz eslentéz !]10

         Oyez-vous point qu’on vous demande11 ?

         Despeschez-vous et vous hastez !

25   [Despeschez-vous, Sotz eslentéz !]

         Se bien tost ne vous esventez12,

         Vous pourrez payer une13 amende.

         Despeschez-vous, Sotz eslentéz !

         Oyez-vous point qu’on vous demande ?

 

           LE  SECOND  SOT14    SCÈNE  II

30   Qu(i) esse là ?

           LE  PREMIER

                                    Ce [sont] Sotz rentéz.

           LE  SECOND

         De quel lieu ?

           LE  PREMIER

                                    De haultain paraige15.

           LE  SECOND

         Vallent-ilz rien16 ?

           LE  PREMIER

                                            Ouy quant au couraige.

           LE  SECOND

         Et au surplus ?

           LE  PREMIER

                                       C’est grant dommaige

         Q’ung Sot n’a tout ce qu’il souhaite.

           LE  SECOND

35    Entreray-je ?

           LE  PREMIER

                                   C’est fait en mouecte17,

         De proférer tant de langaige !

           LE  SECOND

         Encore le dy-je : entrerai-ge ?

           LE  PREMIER

         Entre, je le vueil, n’ayes frayeur.

           LE  SECOND

         Dieu vous doint oye18, mon seigneur !

           LE  PREMIER

40   Et ! couvrez-vous, de par sa Mère !

         Unde19 ?

           LE  SECOND

                              D’avecques la chivière20 :

         Je l’ay couschée au Trou Punais21.

           LE  PREMIER

         Je te demande dont tu es,

         Dont tu viens, et que tu sces faire.

           LE  SECOND

45   Je vous diray tout mon affaire :

         Je viens des Indes les Majours22 ;

         J’en suis venu n’a pas trois jours,

         De peur que je n’eusse dommaige

         À venir faire au Roy hommaige.

50   Mais comme ung vray Sot assoctay,

         Sot parfait, sotement hastay23,

         [Céans je viens]24 d’ung sot arroy,

         Sot assoctay, à vostre Roy,

         Pour le25 saluer soctement.

           LE  PREMIER

55   Saint Jehan ! tu parles haultement26 :

         Cuides-tu estre enmy la Halle27 ?

           LE  SECOND

         Nenny, je suis en une salle

         Propre à nourrir petis enffans28.

           LE  PREMIER

         Comment dis-tu cela ? Tu mens !

           LE  SECOND

60   Où suis-je donc(ques) ? En ung estable29 ?

         Vécy le lieu trèsprouffitable

         Où est la science30 trouvée.

           LE  PREMIER

         La fièvre te soit espousée !

         Tu as tort de dire cecy.

           LE  SECOND

65   Et, bon gré saint Jehan ! qu’esse-cy ?

         Suis-je où l’en sièche les drappeaux31 ?

           LE  PREMIER

         Hé ! nous ne sommes pas si veaulx.

           LE  SECOND

         Suis-je en une est[a]imerie32 ?

           LE  PREMIER

         Et, nenny non, bon gré ma vie !

           LE  SECOND

70    Suis-je en l’ostel33 d’ung bergier ?

           LE  PREMIER

         Tu me feroyes vif enraiger !

           LE  SECOND

         Je suis donc en ung Parlement34 ?

           LE  PREMIER

         Messïeurs, devinez s’il ment.

         Sur ma foy, tu es fantastique.

75   Tu es au lieu très ententicque

         Où gist et repose le Roy

         Des clers35, et trèstout son arroy.

         Le vois-tu en sa majesté ?

           LE  SECOND

         Ha ! par ma foy, je suis maté.

80   J’ay tort, je me tais, mot ne sonne.

           LE  PREMIER

         Tu es trèsmeschante personne.

         Au surplus, tu n’es qu(e) une beste.

 

           LES  TROYS  SOTTES 36     SCÈNE  III

         Coc coc coc coc qu’érecte !!

           LE  PREMIER  SOT

         Escoute !

           [LE  SECOND]

                             J’ay eu sur37 la teste.

85   Mon Dieu, soyez-nous amiable38 !

           LE  PREMIER

         Jour Dieu ! seroit-ce point ung diable ?

         Oncques je ne fus à telle Feste39 !

           LES  SOCTES

         Coc coc coc coc qu’érecte !!

           LE  PREMIER

         Saint Jehan ! vous aurez sur la teste,

90   Se je vous puis huy rencontrer.

           LE  SECOND  SOT

         Il nous les vault mieux conjurer40

         Affin qu’on voye leur pourtraicture.

           LE  PREMIER

                Ennemy41, je te conjure,

                       Laide figure,

95        Beste à deux dos42,

         Que tu ne me faces nulz maulx !

           LE  SECOND

         Par Dieu ! vélà raige, Dyanne43 !

         Regarde dessoubz ceste manne :

         Je croy que ce soit ung dïolle44.

           LE  PREMIER

100  Il me fault avoir une estolle45 :

         Je ne suis point assez hardy.

           LE  SECOND

         Tu as dit vray, c’est à jeudy46

         Et ! par bieu, g’y regarderay.

           LE  PREMIER

         Saint Jehan ! donc[ques] je m’en iray.

105  Mais auffort, fais ce que tu veux.

           LE  SECOND

         Tu faysoyes tant du merveilleux :

         Quant c’est auffort47, tu ne vaulx rien.

           LE  PREMIER

         Non, dea ? Et ! tu le verras bien48 :

         Vélà la manne tout debout.

110  Tu vois bien que c’est, ad ce coup.

         Que, tous les diables, faictes-vous49 ?

         Que vous puissez avoir la toux !

         Et qui vous sçavoit en cest aistre50 ?

           LA  PREMIÈRE  SOTTE

         Hélas ! pour Dieu, mercy51, mon maistre !

115  Nous sommes troys Sottes parfaictes,

         Et de sottie si bien faictes

         Que nous sommes Sottes sottans.

           LA  SECONDE  SOTTE

         Vous ne vistes, il y a grant temps,

         Telles Sottes céans logées.

120  Pour Sottes si52 oultrecuid[é]es,

         Oncques n’y en eut les pareilles.

           LA  TIERCE  SOTTE

         Je suis Sotte sans point d’oreilles,

         Mais je sçay, j’entens, je voy tout,

         Depuis le premier jusqu(es) au bout53.

125  Onc on ne vit Socte si socte.

           LE  SECOND  SOT

         Portons-les dedans une hocte54,

         Affin que tout chascun les voye.

           LE  PREMIER  SOT

         Je n’y prendroye point trop grant joye :

         De les porter, je m’en depporte.

           LA  PREMIÈRE  SOTTE

130  Laissez-nous entrer par la porte

         Pour55 qu’on nous voie, c’est le plus fort.

           LE  SECOND  SOT

         Ha ! sur ma foy, vous avez tort.

         Cuidez-vous que nous soions telz

         Comme56 vo[u]s, qui point ne mettez

135  Ordre ne raison en vos fais ?

         Nous ne sommes point si infetz57

         Que nous n’entendons nostre cas.

           LE  PREMIER

         Sces-tu que tu feras, Lucas58 ?

         Sans point faire icy l’allouecte59,

140  Il te fault avoir ta brouette,

         Et nous les mectrons brief dedans,

         Ces Sottes qui n’ont nulles dens,

         Ces Soctes soctans, rassoctées.

         Çà60 venez, Sottes [es]vent[é]es,

145  Soctes sans nul entendement,

         Sottes qui point d’advisement

         N’ont en leurs soctes entreprinses.

                               LE  SECOND 61

         Soctes soctans, vous estes prinses,

         Sottes asott[é]es sottement.

150  Je suis Sot ; pourtant, se je mens,

         Sotie me doibt pardonner.

                               LA  PREMIÈRE  SOCTE

         Au moins, s’il vous plaist nous donner62,

         Sotz assoctéz, de vostre grâce,

         Congié d’entrer, Sotz sans fallace63 :

155  Soctie vous doibt mercïer.

                               LA  SECONDE

         Puisque nous sommes d’oultre mer,

         Du royaume de Féménye64,

         Et ! par Dieu, on ne nous doit mye,

         Par-deçà, faire tel rigueur.

                               LA  TIERCE

160  Mon sot père estoit le majeur

         De trois Sotz soctement menéz,

         Sotz bruyans65 en soctye néz :

         Oncques ne fut ung tel soctant.

                               LE  PREMIER

         Il ne nous fault point estre tant

165  En ce propos, il nous ennuye.

         Or çà ! je vous diray, m’amie,

         [D’]entrer dedans ceste brouette66,

         Affin que mieulx on vous brouecte.

         Saint Jehan ! vous serez brouétées.

                              LA  SECONDE  SOTTE

170  Et ! nous ne l’avons point estées.

                               LE  SECOND

         Vous sçaurez que cecy veult dire.

                               LA  TIERCE

         Touteffois, ce n’est pas pour rire :

         Comment on nous maine à l’aboy67 !

                               LE  PREMIER

         Saluez bien tost nostre Roy !

175  Dépeschez-vous, chascun de vous,

         Et vous mectez à deux genoux,

         Car sa personne le vault bien.

                               LA  PREMIÈRE

         Roy triumphant en tout honneur et bien,

         Roy magnificque : vostre non fort redonde.

180  De roys, de roynes qui sont céans, je tien

         Que vous estes, par-dessus eulx, viconde68.

         En excellance, vostre valleur habonde

         Plus que nul autre, de cela suis certaine.

         Retenez-moy pour la vostre seconde69.

185   Je me soubzmectz en vostre droict demaine70.

                               LE  SECOND  SOT

         Cessez71 de tirer vostre alayne !

         Saluez le Roy de bon cueur !

                               LA  SECONDE  SOTE

         Je72 vous salue, mon trèshault[ain] seigneur,

         Comme ad celuy à qui honneur est deue73,

190  Trèshaultement, sans point avoir faveur74 ;

         Car, sur ma foy, g’y suis trèsbien tenue.

         Roy n’a75 céans de si trèsgrant vallue,

         Ne Royne76 aussi, je le vous acertaine.

         Quant je vous voy, tout le cueur me remue.

195  Retenez-moy en vostre droict demaine !

                               LE  PREMIER  SOT

         Sus, sus, destendez vostre vaine77,

         Socte en ce lieu icy logée.

         Jadis vous y fustes forgée78,

         Sote assotée soctement.

                               LA  TIERCE  SOTE

200  Roy gracieux [sur tous roys]79 : puissamment

         Je vous salue, moy, très-sote assotée.

         Sote je suis, assotée sotement.

         Car sotie je n’ay point déboutée,

         Mais est trèsfort dedans mon cueur entée ;

205  Doulce me semble comme raisin de vigne80.

         Roy triumphant, qu’el(le) ne soit point ostée !

         Je me soubzmectz en vostre droit demaine.

                                LE  PREMIER  SOT

         Çà, çà, approuchez vostre layne81,

         Mes Sotes sotement nommées !

210   Le Roy vous a trèsfort aym[é]es

         De ce que vous [l’]avez préféray.

         Je vous diray que je feray :

         Affin que chascun soit content,

         Il nous fault avoir ung présent,

215  Et nous deux luy présenterons.

                                LA  PREMIÈRE  SOTE

         Et ! par mon âme, non ferons82 !

         Nous ne souffrerons point cela !

                                LE  PREMIER  SOT

         Paix là ! paix là ! paix là ! paix là !

         Vous oys-je ung seul mot hongner83,

220  Gardez d’avoir à besongner :

         Car vous estes sur nostre terre.

                                LE  SECOND  SOT

         Attendez ung peu, je le voys querre

         Le présent digne à présenter.

                                LE  PREMIER  SOT

         Despesche-toy de l’apporter,

225  Affin que tout chascun le voye.

         Je te promectz, j’auray grant joye

         S’il peut estre assez magnificque.

                                LE  SECOND  SOT 84

         Vécy le présen[t] ententicque

         De quoy je vous avoie parlay.

                                LE  PREMIER

230  Pas ne doit estre ravallay85,

         Mais prisay de nous et de vous.

         Je croy que le fruit en est doulx ;

         Nonobstant, il est assez hingre86

         Son non, quel ?

                                LE  SECOND

                                       Pommier de malingre87,

235  Franc, courtoys, doulx et amyable.

                                LE  PREMIER

         Le Roy l’aira bien agréable.

         Il nous le fault nous deux porter.

                                LA  PREMIÈRE  [SOTE]

         Vécy assez pour enraigier !

                                LA  SECONDE

         S’il vous plaist, que nous le portons !

                                LE  PREMIER

240  Garde-le, puisque [le tenons]88.

         Vécy Soctes très-assoctées :

         Sur ma foy, ilz89 sont radobtées.

         Vous nous debvez obéissance !

         Et encore[s], à la présence

245  Du Roy triumphant, sans dommaige

         Vous allez cesser90 tel langaige !

         Cuidez-vous qu’il en soit content ?

                                LA  TIERCE

         Baillez-nous doncques ce présent,

         Car il nous le fault présenter.

                                LE  SECOND

250  Allez-vous-en bien tost couscher,

         Car vous estes ung peu trop nices91.

         À nous offrit telles offices92 ;

         Allons-luy bien tost présenter.

                                LE  PREMIER

         Laysse-moy premier commencer,

255  Mais tien devers toy le présent.

                                 LE  SECOND

         Quant ad cella, j’en suis content.

         Dy ce que tu veulx proférer.

                                 LE  PREMIER

         Il nous fault premier exposer

         L’arbre, et puis après la pomme93.

                                 LE  SECOND

260  Et ! despesche-toy, qu’on luy donne.

         Nous deussions desjà avoir fait.

                                 LE  PREMIER

         Je vous salue, [ô] Roy parfait !

         De mon povoir je vous supporte94.

         Regardez que nous avons fait :

265  Pour vous resjouyr on l’apporte.

         Vostre cappacité emporte95

         Nostre pouvre fragilité.

         Tant que je puis, je vous enorte96

         Qu’il soit tout ad cest[e] heure enté97 !

                                 LE  SECOND  SOT

270  Le présent si fut apporté

         De la terre au bon Prestre Jehan98 ;

         Et l’avoit Golias99 planté

         Dessus une montaigne, antan100.

         Il n’y fut planté de cest an101,

275  Mais avec(ques) moy je l’apportay

         Quant je passay parmy Jourdan102.

         Qu’il soit tout ad ce[ste] heure enté !

           LE  PREMIER  SOT

         ……………………………………

         Qu’il soit tout ad ceste103 heure enté !

         [………………………….. -té]

         Ce beau présent, je vous en prie !

280  J’ay eu peine à l’avoir osté

         Ad ces troys grans jumens de Brie.

           LE  SECOND  SOT

         Nulles [d’elles, je vous affie,]104

         Si ne l’a icy apporté.

         Mais voullez-vous que [l’]on vous die ?

285  Qu’il soit tout ad cest[e] heure enté105 !

           LE  PREMIER  SOT

         Or çà, çà ! c’est assez vanté

         Le fruit que cest arbre soustient.

         Tout incontinent qu’on le tient,

         Par vertu de ceste coctelle106,

290  La créature107 [en] est plus belle

         Cent foiz que le bel Absalon.

         La sapience Salomon

         Est actribuée à la mouelle108

         Qui est des[s]oubz ceste coctelle.

295  Le pépin109, après Salomon,

         J’actribueray au fort Sanson.

         Et tous ces troys110 vous actribue

         Comme ad celluy à qui est deue

         Beaulté, sapience et vigueur.

300  Recepvez en gré, mon seigneur.

         Se [nous] povyons, nous ferions mieulx.

           LE  SECOND  SOT

         Le présent vient de par nous deux.

        Si, vous prions : prenez en gré

         Ung chascun selon son degré.

305  Aultre chose n’eussions sceu faire

         Pour le Royaulme mieulx complaire.

         Ces Soctes soctans, assoctées,

         Ont esté par nous déboutées,

         Car il[z] vous voulloi[e]nt présenter

310  Ce présent, et encore enter

         Devant vostre grant majesté.

         Nous luy avons trèsbien enté

         Sans avoir conseil de ces Soctes.

         Pour Dieu, prenez en gré noz noctes111,

315  Trèshumblement je vous en prie.

         Dieu gard de mal la compaignie !

 

                  EXPLICIT

*

1 Voir Ung jeune moyne et ung viel gendarme, de Jehan d’Abundance.   2 Voir les Premiers gardonnéz, sottie jouée à l’Épiphanie.   3 Voir le Capitaine Mal-en-point et les Rapporteurs, pièces écrites par des basochiens. La satire allait tellement loin, qu’en juillet 1477, on a défendu au roi de la Basoche Jehan l’Esveillé et à ses comédiens « de jouer Farces, Moralitéz ou Soties au Palais de céans ne ailleurs ». Les basochiens n’épargnaient personne, comme en témoigne la sottie Pour le Cry de la Bazoche ès Jours Gras mil cinq cens quarante-huict (Picot, III, 239-267).   4 Ce terme prête à des équivoques dont les clercs se repaissaient : « Madame, j’ai un may d’une assez longue sorte,/ Roide, ferme et bien droit, et que je veux planter ;/ On dit que vous avez un trou à vostre porte :/ Je vous prie, avisez si le voulez prester. » (La Muse folastre.) Voir aussi Béroalde de Verville : « J’ay un may long et gros et fort également (…),/ Et qui se peut planter assez facilement. » Bref, le may appartient à la même espèce que l’arbre à vits (note 84).   5 Il se tient près de la porte, imitant l’huissier-buvetier de la Basoche, qui était le concierge du Palais.   6 Des rentiers, des riches. Idem au vers 30. La pauvreté des clercs est encore évoquée aux vers 32-34 et 301.   7 T : saillit  (Il est sorti du ventre de Sottise, qui s’appelle Mère Sottie aux vers 2, 151 et 155. D’ailleurs, So-ti-e est également scandé en 3 syllabes.)   8 T : viennent   9 De recevoir un coup de pelle sur les fesses. « D’une grosse pelle de boys,/ Voz troux de culz seront selléz ! » (Folle Bobance, BM 40.) Cf. le Povre Jouhan, vers 195.   10 T : Venez en place sotz assoctez  (C’est le refrain A de ce triolet, comme au v. 28.)   11 T : appelle  (C’est le refrain B de ce triolet, comme au v. 29.)   12 Si vous ne vous précipitez pas.   13 T : ung  (En plus des punitions qu’on leur infligeait, les basochiens payaient des amendes à tout propos. Cf. le Recueil des Statuts du Royaume de la Bazoche. Entre parenthèses, ce royaume était plutôt une république, puisqu’il élisait démocratiquement son roi.)   14 Il se présente à la porte. Le public entrevoit sa brouette, qui contient un arbre.   15 De haut lieu, de qualité. « Sot haultain, Sot de hault paraige. » Les Sotz escornéz.   16 Quelque chose.   17 La mouette est un oiseau bavard, comme l’alouette de 139, ou les poules de 83.   18 Que Dieu vous donne une oie ! Déformation du mot « joie » propre aux basochiens, toujours affamés de nourriture et de calembours. On pensait alors que le mot Basoche venait « de Oche, Oque, une Oie, & de Bas, petit. Basoche : la petite-oie. » (Antoine Court de Gébelin.)   19 D’où (venez-vous) ?   20 T : chiuiniere  (Le 2° Sot, qui n’est pas parisien, emploie une variante normanno-picarde de civière.) « En fin de confession, (il) me dit qu’il avoit besongné une civière…. –Quoy ! est-ce une civière rouleresse, ou à bras ? –Monsieur, elle est à bras, et à bran, et à bouche : c’est une vendeuse de cives [d’oignons]. » (Béroalde de Verville.) Autre vers explicite sur le même modèle : « Je viens d’avecque la femelle. » (Les Sotz qui remetent en point Bon Temps.)   21 Puant. Désigne à la fois l’anus, et le « Cul-de-sac Gloriette », un cloaque où les marchandes ambulantes jetaient leurs détritus : cf. Trote-menu et Mirre-loret, vers 219.   22 Des Grandes-Indes. « En terre de Persie é en Inde Major. » Albéric de Besançon.   23 T : hartay  (Hâté = venu en hâte.)   24 T : Sot ie vient  (Je viens ici d’une sotte manière.)   25 T : te   26 Trop fort.   27 Le marché où tu as rencontré la vendeuse d’oignons (vers 41). Mais l’auteur ne peut s’empêcher de railler ses concurrents qui jouaient aux Halles devant un public beaucoup moins choisi. Cf. le Jeu du Prince des Sotz et Raoullet Ployart.   28 Qui sont friands de gâteau des Rois, dont les reliefs traînent encore sur la célèbre Table de marbre de la Grand-Salle.   29 Ce mot était parfois masculin. Allusion à l’étable où arrivèrent les Rois Mages.   30 La connaissance divine. « Daniel/ Porte la science divine/ En son cuer et en sa poitrine. » (Guillaume de Machaut.)   31 Le linge. En ce jour de fête, la Grand-Salle est pavoisée.   32 Atelier d’un étameur. Les fêtes basochiennes étant très arrosées, les pots et les gobelets en étain n’y manquaient pas. Une des rengaines de la fête des Rois était : « Le Roy boit ! » Et tous les convives devaient alors en faire autant.   33 La maison. Nouvelle référence à l’étable des Rois Mages, et à l’étoile du Berger qu’ils ont suivie.   34 En effet, le Parlement de Paris siégeait dans la Grand-Salle du Palais de la Cité.   35 Des clercs de la Basoche. Son arroi = sa Cour.   36 Près de la porte se trouve une manne, c.-à-d. une grande corbeille en osier ; elle est retournée. Dessous, 3 Sottes qu’on ne voit pas encore imitent le caquetage des poules. Un bien curieux caquetage : COQ = pénis (« Adonc me dit la bachelette :/ –Que vostre coq cherche poulette ! » La Fontaine.) ÉRECTER = ériger (Godefroy). On se demande si les Sottes, qui sont étrangères, ne prononcent pas « cock erect » avec l’accent anglais.   37 T : dessus  (Cf. le vers 89.) J’ai reçu un choc, je suis assommé par la peur.   38 Favorable, bienveillant.   39 Sens figuré : un tel tourment (cf. les Rapporteurs, vers 84). Sens propre : une telle Fête (des Rois).   40 Exorciser, pour les faire apparaître.   41 Démon. « L’homme armé fist le signe de la croix en disant : Ennemy, je te conjure ! » (Cronicques gargantuines.) Le rondeau 166 de Charles d’Orléans s’intitule Ennemy, je te conjure.   42 T : taux  (On connaît surtout des diables à deux têtes. Mais les diables pouvaient eux aussi faire la « bête à deux dos », c’est-à-dire l’amour.)   43 J’ignore de quelle œuvre est tirée cette locution proverbiale. Notre auteur parodie peut-être la phraséologie chrétienne, qui diabolisait le paganisme : « Les Payens y avoient autrefois dressé un temple & un autel à leur Diane enragée. » (Vies des Saincts.) Mais le caractère colérique de la déesse amusait les poètes : « D’autres (…)/ Disent que Diane, enragée,/ S’estoit si rudement vengée/ Contre ce chasseur altéré. » (L’Ovide bouffon.)   44 Un diable. « Mais le grand diole y eut envie, et mist les Allemans par le derrière. » Pantagruel, 12.   45 L’étole est une bande de tissu que les exorcistes portent autour du cou.   46 Ce sera pour la semaine des quatre jeudis.   47 Au pied du mur.   48 Il retourne la manne qui cachait les Sottes, accroupies comme des poules, dont elles ont le langage (v. 83) et peut-être l’apparence : leur bonnet n’a pas d’oreilles d’ânes (v. 122), elles n’ont pas de dents (v. 142), et leur posture accroupie les empêche de marcher comme des humains (v. 126 et 167).   49 Il s’adresse aux 3 Sottes.   50 En ce lieu.   51 Pitié !   52 T : qui soient   53 Depuis le premier rang des spectateurs jusqu’au dernier.   54 Une hotte : la manne d’osier.   55 T : Puis   56 T : Que   57 Infects, pervertis.   58 Le 2° Sot n’a pas dit son nom, à moins qu’il ne manque des vers.   59 Sans bavarder inutilement.   60 T : Sottement  (Éventé = qui a la tête pleine de vent. « Il a le cerveau évanté. » Les Cris de Paris.)   61 Il avance sa brouette après en avoir ôté l’arbre qu’elle contenait.   62 T : pardonner   63 Sans artifices.   64 Du pays des Amazones, qui mirent sur pied une armée de pucelles, « les très plus beles/ Qui en cest monde fussent trouvées./ Ycelles vindrent de Féménye. » (Roman d’Élédus et Sérène.) Apparemment, les trois ambassadrices du royaume n’ont pas les qualités de leurs compatriotes.   65 T : bruyons   66 T : brunette  (On les met dans la brouette du vers 140.) Un de mes professeurs de la Sorbonne affirma un jour que la brouette avait été inventée au XVIIème siècle par Blaise Pascal ; on se demande alors avec quoi les bâtisseurs du Moyen Âge transportaient leurs pierres, et avec quoi les bourgeoises transportaient leurs godemichés.   67 T : labloy  (Mener aux abois = mettre dans une situation sans issue. Dict. du Moyen Français.)   68 Vicomte. Naturellement, le roi est bien au-dessus du vicomte ; mais les sotties prônent le mundus inversus.   69 T : belonde  (Mot inconnu.) Dans un duel à quatre, le second est celui qui prête main-forte : « Si vostre second est à terre, vous en avez deux sur les bras. » (Montaigne.) La Sotte se souvient qu’elle est une amazone. Mais les seuls duels que disputaient les rois de la Basoche étaient les parties de jeu de paume : le sceau royal de Pierre Barbe (qui fut le dernier roi de la Basoche de Rouen avant que ce titre ne soit remplacé par celui de régent) porte une raquette —avec un jeu de cartes et trois dés à jouer. On comprend pourquoi Guillaume Des Autels voyait dans son professeur de droit un « maistre des Raquetes ».   70 À votre pouvoir.   71 T : Despeschez vous  (« Tirer son haleine : Respirer. » <Furetière.> Il faut comprendre : Cessez de parler.)   72 T : Ve   73 Dû. « Du très-illustre Roy de la Bazoche, attendu sa qualité quia illi debetur honor. » (Recueil des Statuts du Royaume de la Bazoche.)   74 T : saueur   75 Il n’y a pas d’autre roi.   76 Sans doute est-ce Dame Bazoche, dont un suppôt tenait le rôle. Quand bien même il s’agirait de la reine de la Fève, dans ce milieu strictement masculin, on aurait aussi affaire à un travesti. La « reine Chicane » n’existait pas encore.   77 Calmez-vous.   78 La Justice a engendré des fous du prétoire, mais aussi des folles, bien avant la comtesse de Pimbesche (Racine, les Plaideurs) et la reine Chicane (note 76).   79 T : trestout troys  (Par-dessus tous les rois.)   80 Il faudrait une rime en -aine.   81 Votre personne. « Je ne me pourray garder de frotter ma laine avec quelque chicanoux. » Harangue de Turlupin le Soufreteux.   82 Nous ne tolérerons pas que vous présentiez un cadeau tous les deux.   83 Grommeler.   84 Il va chercher l’arbre à vits qu’il a apporté dans sa brouette. Naturellement, les Sottes veulent accaparer cet arbre à vits.   85 Dénigré.   86 Maigre.   87 Pommier qui donne des fruits aigres.   88 T : tu le tiens   89 Elles. (Idem au v. 309. Voir aussi « chascun » à 175. Les Sottes étaient jouées par des hommes.)  Radoté = retombé en enfance : « Tant estoit vielle et radotée. » Godefroy.   90 T : sceucer   91 Simplettes.   92 C’est à nous que le roi offrit de telles fonctions. La Basoche était une administration très bureaucratique.   93 Le fruit (lat. pomum). Offrir le fruit d’un arbre à vits était une attention délicate.   94 Je vous soutiens.   95 T : on sapporte  (Votre puissance sexuelle l’emporte sur. « Cest astre [le soleil] emporte tous les autres en splendeur et beauté. » Godefroy.)   96 Je vous exhorte.   97 Planté, comme le May. Avec un sous-entendu : « Je suis si aise quand je cous,/ Si pour un C je mets un F,/ Qu’il m’est advis à tous les coups/ Que j’ente une mignonne greffe. » Béroalde de Verville.   98 Le Gaudisseur est allé lui aussi « en la terre de Prestre Jehan », royaume chrétien qu’on situait notamment en Éthiopie.   99 Cet évêque légendaire inspira les goliards, des basochiens en marge de l’Église. Ils sillonnaient l’Europe, et composaient en latin des poèmes très libres : voir les Carmina Burana.   100 T : a lan  (Antan = l’an dernier.) La rime était déjà chez Villon : « N’enquerez de sepmaine/ Où elles sont, ne de cest an,/ Qu’à ce reffrain ne vous remaine :/ Mais où sont les neiges d’antan ? »   101 Il n’y resta pas planté toute cette année.   102 T : dourdan  (Les bonimenteurs et autres marchands de reliques prétendaient rapporter du Jourdain toutes sortes d’objets fabuleux. « Je viens droit du fleuve Jourdain,/ De la fontaine de Jouvence,/ Où j’ay rapporté à mon sain/ Une beste de grant essence. » Les Sotz nouveaulx farcéz, couvéz.)   103 T : ca  (Avant ce refrain, il manque 7 vers correspondant à la 3° strophe de cette ballade. Dessous, il manque le 1er vers de la 4° strophe.)   104 T : de ces iumens de brie  (Rime du même au même, inadmissible dans une ballade.)  Je vous affie = je vous l’affirme. Cf. le Gaudisseur, vers 44.   105 Les Sots plantent l’arbre à vits devant le roi.   106 De sa peau (la peau du pénis, en l’occurrence).   107 La prostituée. Cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 298.   108 Au sperme. « Elle jugeoit plustost qu’il (le chose viril) fût d’os, pource qu’elle en avoit le matin tiré la moüelle d’un. » Béroalde de Verville.   109 Logiquement, les pépins sont les testicules, qui renferment des graines.   110 Ces trois vertus : la beauté, la sagesse et la force. L’allégorie de l’arbre est redevable aux Complaintes et Épitaphes du Roy de la Bazoche, qu’André de La Vigne dédia au roi Pierre de Baugé, mort en 1501 : « L’arbre fleury, de vertus magnanime,/ Le parangon ayant tiltre de Roy,/ Le tronc d’Honneur, de Triumphe la syme. »   111 Les pièces comiques s’achèvent presque toujours sur une chanson à plusieurs voix. Celle-ci n’est pas arrivée jusqu’à nous, pas plus que le discours de remerciement du Roi de la Basoche.

 

LES SOTZ QUI REMETENT EN POINT BON TEMPS

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

*

LES  SOTZ  QUI  REMETENT

 

EN  POINT  BON  TEMPS

*

 

Cette sottie parisienne vit le jour en 14921. Charles VIII était devenu pleinement roi en mai 14912 ; le peuple crut alors que sa misère allait prendre fin. Pour preuve, trois boulangers qui trichaient comme tous les autres sur le poids du pain furent condamnés « à estre fustigés, nuds, de verges par les carrefours ». Le Parlement de Paris leur fit grâce (à la demande du roi) le 22 novembre 1491 ; mais le peuple3 retint surtout que cet arrêt du Parlement ordonnait aux boulangers « que doresnavant ils facent pain des bonté [qualité], blancheur et poids selon les dictes Ordonnances, sur peine d’estre pugnis corporellement ».

Autre raison d’espérer : le 6 décembre 1491, Charles VIII avait épousé Anne de Bretagne, ce qui mit un terme à la meurtrière et coûteuse guerre franco-bretonne.

La sottie, avec son final patriotique, rend bien compte de la bouffée d’espoir qui anima le pays pendant quelques mois.

Les personnages de la pièce sont connus par ailleurs, tels Bon Temps ou Mère Sottie. Le Général d’Enfance figure dans le Jeu du Prince des Sotz, et Tout dans la moralité Tout, Rien et Chascun (BM 56). Sotte Mine et Tête Légère s’appelaient Fine Mine et Tête Verte dans la sottie des Sotz triumphans.

Source : Recueil Trepperel, nº 12.

Structure : Rimes abab/bcbc, ralenties par une profusion de poèmes à forme fixe où l’on reconnaît 4 rondels doubles et 8 triolets. La quantité inhabituelle des indications scéniques laisse croire que Trepperel a imprimé le livret d’un chef de troupe.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

*

Soctie nouvelle à six personnages des

Sotz qui remetent en point Bon Temps

*

 

C’est assavoir :

    SOCTE  MINE

    TESTE  LIGIÈRE

    [MÈRE  SOCTIE  D’ENFFANCE]

    LE  GÉNÉRAL  D’ENFENCE

    BON  TEMPS

    TOUT 4

*

                             SOCTE MYNE, premier Sot, commence, estant à une fenestre 5.

             Debout ! debout !                  SCÈNE  I

              TESTE  LIGIÈRE,  à une aultre fenestre.

                                                Souffle, Michault6 !

              SOCTE  MYNE

              Les mauvais blédz sont-ilz mengiéz7 ?

              TESTE  LIGIÈRE

     [Le] deable emport8 les boulengiers

     Qui nous font mengier le pain chault9 !

              SOCTE  MYNE

5    De tout cela il ne leur chault.

     Ne seront-ilz point lédengiéz10 ?

              TESTE  LIGIÈRE

     Debout, debout !

              SOCTE  MYNE

              Soufle, Michault !

              TESTE  LIGIÈRE

     Les mauvais blédz sont-il mengiéz ?

              SOCTE  MYNE

     Piller11 pacience nous fault

10    Tant que les vins soient vendengiéz12.

              TESTE  LIGIÈRE

     Ha ! nous en [serons revengiéz]13

     Après aoust, s’il n’y a deffault.

              SOCTE  MYNE

     Debout, debout !

              TESTE  LIGIÈRE

              Souffle, Michault !

              SOCTE  MYNE

     Les mauvais blédz sont-ilz mengiéz ?

              TESTE  LIGIÈRE

15    [Le] deable emport les boulengiers

     Qui nous font mengier le pain chault !

              SOCTE  MYNE

     Force est d’endurer.

              TESTE  LIGIÈRE

                Il le fault.

              SOCTE  MYNE

     Ung jour, serons hors de soucy.

              TESTE  LIGIÈRE

     Mais que jouons sur l’esch[a]uffault14,

20    Je diray d’or !

              SOCTE  MYNE

            Et moy aussi.

              TESTE  LIGIÈRE

     Le pain va bien à tout par luy15 :

     Il est plus grant qu’il ne soulloit16.

              SOCTE  MYNE

     Par le regard qui est sur luy17,

     Le pain va bien à tout par luy.

              TESTE  LIGIÈRE

25    On doit bien mauldire celluy18

     Par qui le commun se doulloit.

              SOTTE  MINE

     Le pain va bien à tout par luy :

     Il est plus grant qu’il ne soulloit.

              TESTE  LIGIÈRE

     Le peuple, brief, plus n’en povoit ;

30    Oncques telle doleur ne vids.

              SOTE  MINE

     Descendre nous fault.

              TESTE  LIGIÈRE

                 Ainsi soit !

              Ilz descendent.

              SOCTE  MINE

     Esse tout ?

              TESTE  LIGIÈRE

          Quoy ?

              SOCTE  [MINE]

              Et puis ?

              TESTE  LIGIÈRE

                   Et puis ?

              SOCTE  MINE

     Qui dit ?

              TESTE  LIGIÈRE

         Qui grongne ?

              SOCTE  MINE

                Qui grumelle19 ?

              TESTE  LIGIÈRE

     Je viens20 d’avec[que] la femelle :

35    J’ay tant scellé21 que plus n’en puis.

               SOCTE  MYNE

     Et de quel lieu ?

              TESTE  LIGIÈRE

             De malpertuys22 :

     Tousjours maintiens l’orde23 jumelle.

              SOCTE  MINE

     Esse tout ?

              TESTE  LIGIÈRE

          Quoy ?

              SOCTE  MINE

              Et puis ?

              TESTE  LIGIÈRE

                  Et puis ?

              SOTTE  MYNE

     Qui dit ?

              TESTE  LIGIÈRE

         Qui grongne ?

              SOCTE  MYNE

                Qui grumelle ?

              TESTE  LIGIÈRE

40    Les bas instrumens24 j’entresuys ;

     Du bas mestier25 souvent me mesle.

              SOCTE  MYNE

     Pour tenir tétin et mamelle,

     Je suis froit com[me] l’eau d’ung puys.

              TESTE  LÉGIÈRE

     Esse tout ?

              SOCTE  MINE

          Quoy ?

              TESTE  LIGIÈRE

             Et puis ?

              SOCTE  MYGNE

                 Et puis ?

              TESTE  LIGIÈRE

45    Qui dit ?

              SOCTE  MINE

          Qui grogne ?

              TESTE  LIGIÈRE

                 Qui grumelle ?

     Je viens [d’avecque la femelle]26 :

     J’ay tant scellay que plus [n’en puis]27.

              [SOCTE  MINE]

     C’est le vray ?

              [TESTE  LIGIÈRE]

            Ad ce jeu me duictz.

              [SOCTE  MINE]

     La raison ?

              [TESTE  LIGIÈRE]

           Je suis baud28 de proys.

              [SOCTE  MINE] 29

50    Le [mal] feu arde tes conduys30 !

              [TESTE  LIGIÈRE]

     Je n’ay plus escus [d’or] de poix31.

              SOCTE  MINE

     Est-il vray ?

              TESTE  [LIGIÈRE]

           Ouÿ.

              SOCTE  MINE

              Je t’en croids.

              TESTE  LIGIÈRE

     Pour hanter l’instrument de bas,

     Je suis banny de saincte croix32.

55    Sainct Anthoine ard[e] le cabas33 !

              SOCTE  MINE

     C’est ung déduit.

              TESTE  [LIGIÈRE]

              Quel abus !

              SOCTE  MINE

                    Las !

              [TESTE  LIGIÈRE

     ……………………… -ète,]34

     Jamais je n’en puis estre las ;

     Et si, m’y romps et cul et teste.

              [SOCTE  MYNE]

     Quel plaisir !

              [TESTE  LIGIÈRE]

            Brief, le « jeu » j’appecte35.

              [SOTE  MINE]

60    J’en ay une qu[e j’]aime ung pou36 :

     Quant je luy fais37, si elle pète,

     [Que] saint Anthoine arde le trou !

     J’en suis tanné38.

              TESTE  LIGIÈRE

              Et moy, tout soû.

              SOTE  MINE

     Si, est-il force que je rive39 ;

65    Mais brief, c’est le port de Chatou :

     On n’y treuve ne fons, ne rive.

              MÈRE  SOCTIE  D’ENFFANCE     SCÈNE  II

     Socte Mine !

              SOCTE  MINE

            Qu(i) est là ?

              MÈRE  SOCTIE

                   Qui vive40 ?

              SOCTE  MINE

     Le41 trèsex[c]ellent Général

     (Pour son nom dire en général)

70    D’Enfance la suppellative42 !

              MÈRE  SOCTIE

     Du tout en tout, je suis pensive

     Qu’il ne vient cy, propos final.

     Teste Ligière !

              TESTE  LIGIÈRE

             Hau !

              MÈRE  SOCTIE

                Qui vive ?

              TESTE  LIGIÈRE

     Le trèsexcellent Général !

              MÈRE  SOCTIE

75    Il viendra la cource hastive43,

     De voulloir franc et libéral,

     Revisiter44 l’original.

     L’eure n’est pas encor(e) tardive.

     Sote Mine !

              SOCTE  MINE

           Qu(i) est là ?

              MÈRE SOCTIE

                  Qui vive ?

              SOCTE  MINE

80    Le trèsexcellant Général

     (Pour son nom dire en général)

     D’Enfance la suppellative !

              TESTE  LIGIÈRE

     De vray, il joue45 à la « fossette ».

              SOCTE  MINE

     Il est sur quelque godinette46.

              TESTE  LIGIÈRE

85    Au bas mestier est déduisant.

              SOCTE  MINE

     C’est son train.

              MÈRE  SOCTIE

             C’est fait en enfant47.

              TESTE  LIGIÈRE

     Joueroit-il point à la « touppie48 » ?

              SOCTE  MINE

     Quelque part il crocque la pye49.

              TESTE  LIGIÈRE

     Il est des dames poursuivant.

              SOCTE  MYNE

90    C’est son train.

              MÈRE  SOCTIE

             C’est fait en enfant.

              TESTE  LIGIÈRE

     Il est aux champs avec les filles.

              SOCTE  MINE

     Il s’esbat voulentiers aux « billes50 ».

              TESTE  LIGIÈRE

     C’est ung jeu où51 est triumphant.

              SOCTE  MINE

     C’est son train.

              MÈRE  SOCTIE

             C’est fait en enfant :

95    Esse [cy son train]52 flourissant,

     Esse cy le joyeux53 rapport.

     Mes Sotz de couraige plaisant,

     Appellez-le, soit droit ou tort54 !

              SOCTE  MINE,  en chantant :

     Général !

              TESTE  LIGIÈRE

          Général !

              SOCTE  MINE

                 Général !  Il dort.

          LE  GÉNÉRAL  D’ENFANCE  monte à cheval 55 et vient.

100   Et ! je fais vos fièvres quartaines !        SCÈNE  III

             Mais tenez, quelz deux cappitaines56 !

     Je viens de mettre cul à bord57 ?

              SOCTE  MINE

     Général !

              TESTE  LIGIÈRE

          [Général !

              SOCTE  MINE]

               Il dort.

              LE  GÉNÉRAL

     Je viens d’avec le pitancier58

105   Du couvent de Serre-Fessier59,

            Là où j’ay scellé ung rapport60.

             SOCTE  MINE

     Général !

              TESTE  LIÉGIÈRE

          Général !

              SOCTE  MY(G)NE

               Il dort.

              [LE]  GÉNÉRAL

     Mes Sotz, par le soleil qui raye61,

     Avecques l’abbesse de Roye62

110   J’ay passay la rivière au port63.

              TESTE  LIGIÈRE

     Général !

              SOCTE  MYNE

          Général !

              TESTE  LIGIÈRE

               Il dort.

              MÈRE  SOCTIE

     Pour moy donner bon réconfort,

     Mon enffant Général d’Enffance,

     De descendre64 mectz ton effort,

115   Pour moy donner65 esjouyssance.

              LE  GÉNÉRAL

     Je l’accepte.

              SOCTE  MYNE

            À tout !

              TESTE  LIGIÈRE

                Vive Enffance !

              LE  GÉNÉRAL

     Je voys à vous, ma mère sote.

              MÈRE  SOCTIE

     Ayez de mon fait souvenance.

              LE  GÉNÉRAL

     Je l’accepte.

              SOCTE  MYNE

           À tout !

              MÈRE  SOCTIE

               Vive Enffance !

120   Pour dire motz à [ma] plaisance,

     Viens, mon enffant, ou je rassocte !

              LE  GÉNÉRAL

     Je l’accepte.

              SOCTE  MINE

            À tout !

              MÈRE  SOCTIE

                Vive Enffance !

              LE  GÉNÉRAL

     Je voys à vous, ma mère sote.

              TESTE  LIGIÈRE

     Il passe au bac66 à la pissocte.

              SOCTE  MINE

125   Comme quoy67 ?

              TESTE  LIGIÈRE

              En fais et en dictz,

     Il ne quiert point l’ordre bigotte68

     Pour serrer le déprofundis69

              SOCTE  MYNE

     C’est ung ouvrier !

              TESTE  LIGIÈRE

               En ses habitz,

     Autant luy [sont] targes qu(e) escus70.

130   Par force de river [le] bis71,

     Il apprent à tendre aux cocus72.

           LES  DEUX  SOTZ  chantent ensemble ce qui s’ensuit :

     Vive Enffance, garny(s) de Sotz testus !

     Par luy, sommes de nouveau [bien] vestus.

     Car le premier si luy est secourable

135   Pour le créer en hault bruit honnorable73.

              LE  GÉNÉRAL

     Tout est venu74, mectez la table !

              LES  DEUX  SOTZ,  en chantant :

     Nous chanterons maulgré tous [co]quibus75.

     Le Général a assez de quibus76 ;

     [Si] en soctie77 il se monstre notable,

140   Il peut tenir gros roussins78 en l’estable.

              Adonc monte le Général sur l’eschauffault.

              SOCTE  MYNE

     Honneur, Général redoubtable !

              LE  GÉNÉRAL

     Pour maintenir esjouyssance,

     Que mon siège soit préparé !

     Ma mère Soct[i]e, à plaisance,

145   Vécy le vostre tout paré.

              MÈRE  SOCTIE

     Vive l’enffant trèshonnouré

     Qui d’Enffance est [le] Général !

     Vostre bruit79 si est repparé

     Par le bon temps espicial80.

              LE  GÉNÉRAL

150   De vouloir franc et libéral,

     Bruyre je vueil de plus en plus.

     Sus, mes Sotz, à mont et à val !

     A-il rien de nouveau81, au surplus ?

              TESTE  LIGIÈRE

     Le chier82 temps nous a ruéz jus.

              SOCTE  MYNE

155   J’ay83 mengié ma vigne en verjus.

              TESTE  LIGIÈRE

     Année84 ne fut onc si parverse.

              SOCTE  MYNE

     Povres gens mengent les pois crus.

              TESTE  LIGIÈRE

     J’en ay mains lourds escotz acrus85.

              LE  GÉNÉRAL

     La saison a esté diverse.

              SOCTE  MINE

160   Le pain a esté si petit !

              TESTE  LIGIÈRE

     J’avoye si bon appétit !

              [SOCTE  MYNE]

     Qui a fain, fault-il qu’on [le] verse ?

              TESTE  LIGIÈRE

     Ung pain tant noir, gras et recuict !

              SOCTE  MYNE

     Ung pain pesant et si mal cuict !

              MÈRE  SOCTIE

165   La saison a esté diverse.

              SOCTE  MYNE

     Les boulengiers m’ont fait jeûner.

              TESTE  LIGIÈRE

     Je fus ung jour sans desjuner.

              SOCTE  MYNE

     Maint en est cheu86 à la reverse.

              TESTE  LIGIÈRE

     Nully ne voulloit rien prester.

              SOCTE  MYNE

170   On ne trouvoit où emprumpter.

              LE  GÉNÉRAL

     La saison a esté diverse.

              SOTE  MYNE

              Le Général plain de sagesse 87

     [Excellente est, grande et haultaine,]88

     [La] Court de Parlement souvraine89 :

175   Sur le pain, el a mis bon rum90.

              LE  GÉNÉRAL

     C’est la nourice du commun91.

             El a fait droict de grant arrum.

              MÈRE  SOCTIE

             C’est la nourice du commun.

              SOCTE  MYNE

     Comme source de sapience,

180   Fontaine de toute science,

     Aiday nous a92, il est commun.

              LE  GÉNÉRAL

     C’est la nourrice du commun.

              TESTE  LIGIÈRE

     Paris, où gist toute saigesse :

     Pour ressourdre93 nostre foiblesse,

185   Tu as resjouy ung chascun.

              MÈRE  SOCTIE

     C’est la nourrice du commun.

              SOCTE  MYNE

     Souverain lieu, porte royal[e] :

     Soubz la couronne espicial[e]94,

     Resjouys nous as en commun.

              LE  GÉNÉRAL

190   C’est la nourrice du commun.

     Dieu la garde d’ennuy aulcun !

     Espérer fault bonnes nouvelles.

              SOCTE  MYNE

     Les blédz sont beaulx.

              TESTE  LIGIÈRE

                 Vignes sont belles.

              MÈRE  SOCTIE

     Gaudéamus95 !

              LE  GÉNÉRAL

             Vive bon temps !

              SOCTE  MINE

195   Maulgré les usurie[r]s rebelles,

     Les blédz sont beaulx.

              TESTE  LIGIÈRE

                 Vignes sont belles.

              SOCTE  MINE

     Le chier96 temps, par façons cruelles

     Nous a chastiéz, bien l’entens.

              TESTE  LIGIÈRE

     Les blédz sont beaulx.

              SOCTE  MINE

                 Vignes sont belles.

              TESTE  LIGIÈRE

200   Gaudéamus !

              LE  GÉNÉRAL

            Vive bon temps !

     …………., j’en suis contens :

     Appellez Bon Temps, et qu’il vienne !

     Affin que de luy il souvienne,

     De le veoir icy je prétens.

              SOCTE  MINE,  en huchant 97 :

205   Bon Temps !

              TESTE  LIGIÈRE

            Bon Temps !

              SOCTE  MINE

                   Bon Temps !

              TESTE  LIGIÈRE

                          Bon Temps !

            BON  TEMPS,  estant à une fenestre.   SCÈNE  IV

     Me vécy ! Suis-je bien en point98 ?

     Maistre suis de[s] povres items99.

              SOCTE  MYNE,  en huchant :

     Bon Temps !

              TESTE  LIGIÈRE

            Bon Temps !

              SOCTE  MINE

                   Bon Temps !

              TESTE  LIGIÈRE

                          Bon Temps !

              BON  TEMPS

     Piéçà100 je ne fus sur les rengs.

210   Le dieu Mars m’a mys en pourpoint101.

              SOCTE  MINE,  en huchant :

     Bon Temps !

              TESTE  LIGIÈRE

            Bon Temps !

              SOCTE  MINE

                   Bon Temps !

              TESTE  LIGIÈRE

                          Bon Temps !

              BON  TEMPS

     Me vécy ! Suis-je bien en point ?

              TOUT,  estant à une fenestre.     SCÈNE  V

     Et moy, des jeux, n’en suis-je point ?

     Me vécy prest de bout en bout.

              SOCTE  MYNE

215   Et comment te nomme[s]-tu ?

              TOUT

                     Tout.

     J’ay esté perdu long espace102 ;

     Mais Bon Temps (qui tout bien compasse)

     Et Bonne Paix m’ont mis debout.

     [………………………… -out

     …………………………. -ace.]

              LE  GÉNÉRAL

     Et comment te nommes-tu ?

              TOUT

                    Tout.

220   [J’ay esté perdu long espace.]

              BON  TEMPS

     De guerre nous avons le bout103,

     Dieu mercy et sa digne grâce !

              TOUT

     La noble Anne104 [a] plaisant[e] face ;

     Si, nous a resjouys du tout105.

              MÈRE  SOCTIE

225   Et comment te nommes-tu ?

              TOUT

                    Tout.

     J’ay esté perdu long espace ;

     Mais Bon Temps (qui tout bien compasse)

     Et Bonne Paix m’ont mis debout.

              BON  TEMPS

     Pour vous en racompter du tout106,

230   En Enffance je me vueil rendre.

              TOUT

     Et moy aussi g’y ay le goust.

     Descendre nous fault sans actendre.

              LE  GÉNÉRAL

     De les recuillir vous fault tendre107.

              BON  TEMPS

     Nous deux, allons veoir les esbatz !

              MÈRE  SOCTIE

235   Bon Temps, mon mignon doulx et tendre :

     Il te plaise descendre à bas !

              BON  TEMPS  et  TOUT  descendent.

             Dis[en]t en chantant ce qui s’ensuit :

     Vive soulas    Et tout esjouyssance108 !

     Sans estre las,   Nous allons en Enffance ;

     Bon Temps le veult, qui n’est perdu.

              SOCTE  MINE  et  TESTE  LIGIÈRE

              cha[n]tent ce qui s’ensuit :

240   Bon Temps, tu soyes le bien venu !

              BON  TEMPS  et  TOUT,

              en chantant ce qui s’ensuit :

     Les usurie[r]s    Nous ont fait grant grevance,

     [Et] boulengiers,  Du mal à grant outrance109.

     Mais ont eu la fessée110 au cul !

              SOCTE  MYNE  et  TESTE  LIGIÈRE

              [chantent] ce qui s’ensuit :

     Bon Temps, tu soyes le bien venu !

              SOCTE  MINE

245   Montez111 !

              TESTE  LIGIÈRE

           Montez !

              SOCTE  MYNE

               Au résidu112,

     Saluez le hault Général !

              BON  TEMPS,  en saluant le Général :

     De vouloir royal,

     Doulx et cordial,

     Hommaige vous rends.

              LE  GÉNÉRAL

250   Bien viengnez, Bon Temps !

              TOUT,  en saluant Mère Soctie :

     Socte triumphante,

     En soctoys113 puissante :

     Vers vous viens la voye.

              MÈRE  SOCTIE

     Tout, Dieu vous doint joye !

              BON  TEMPS

255   Noble Général

     De voulloir royal,

     Je viens sur voz rengs.

              LE  GÉNÉRAL

     Bien viengnez, Bon Temps !

              TOUT

     La Mère d’Enfance,

260   Honneur et114 puissance

     Jésus vous envoye !

              MÈRE  SOCTIE

     Tout, Dieu vous doint joye !

              BON  TEMPS

     Je suis bien de la morte-paye115,

     Il y pert116 bien à mes habitz.

              TOUT

265   Qui n’a point d’argent, rien ne paye.

              BON  TEMPS

     Je suis bien de la morte-paye.

              LE  GÉNÉRAL

     Bon cueur, sus117 !

              TOUT

              Saint Denis, mont-joye118 !

              BON  TEMPS

     On m’a servy de pain trop bis119.

     Je suis bien de la morte-paye,

270   Il y pert bien à mes habitz.

              LE  GÉNÉRAL

     Vray Dieu ! comment Tout est desmis120,

     Tout est deffait, en piteux point !

              SOCTE  MINE

     Bon Temps, qui t’a en ce point mis,

     De malle fièvre soit-il oingt !

              TESTE  LIGIÈRE

275   Bon Temps, tu es en povre point !

              SOCTE  MINE

     Mais comment Tout est desnué !

              BON  TEMPS

     Je n’ay ne robe ne pourpoint.

              MÈRE  SOCTIE

     Bon Temps, tu es en povre point !

              TOUT

     Sur ma robe, on n’y congnoyst point121 ;

280   Cest yver, n’ay guières sué.

              TESTE  [LIGIÈRE]

     Bon Temps, tu es en povre point !

              SOCTE  MINE

     Mais comment Tout est desnué !

              BON  TEMPS

     Pensez, on m’a bien gouverné !

     Depuis vingt ans, sans mesprison,

285   J’ay esté tousjours en prison

     Pire, cent fois, que la Gourdaine122.

              LE  GÉNÉRAL

     Bon Temps, tant tu as eu de paine !

              TOUT

     Et moy, par la guerre terrible,

     Long temps a que ne fus paisible.

290   Chascun jouoyt123 à l’esperdu.

              MÈRE  SOCTIE

     Tout a esté long temps perdu.

              LE  GÉNÉRAL

     Pour mieulx fournir le résidu,

     Je vueil, sans y mectre débat,

     Que Tout soit remys en estat.

295   Et pour mieux entendre le point,

     [………………………. -oint,]

     Et qu’en ce, n’y ait point de lobe124.

              SOCTE  MINE

     Bon Temps, endossez ceste robe

     Et ce chapperon.

              BON  TEMPS

              Vive Enffance !

              TESTE  LIGIÈRE,  en vestant Tout :

     Affin que nul si ne vous lobe125,

300   Çà, Tout : endosse[z] ceste robe.

              LE  GÉNÉRAL

     Que Bon Temps de ma Court ne hobe126,

     Ne Tout aussi : c’est ma plaisance.

              SOCTE  MYNE

     Bon Temps, endossez ceste robe

     Et ce chapperon.

              TOUT

              Vive Enffance !

              LE  GÉNÉRAL

305   Puisque Tout se rend en Enffance,

     Et Bon Temps, je ne puis périr.

              MÈRE  SOCTIE

     Nous au[r]ons des biens habondance,

     Puisque Tout127 se rend en Enffance.

              BON  TEMPS

     De moy on a esjouyssance :

310   Nully ne vous pourra férir128.

              SOCTE  MYNE

     Puisque Tout se rend en Enffance,

     Et Bon Temps, je ne puis périr.

              LE  GÉNÉRAL

     Pour [mieulx] liesse entretenir,

     Çà, Bon Temps : par bon[ne] accordance,

315   Ensemble dancez129 une dance,

     Remerciant Dieu le pasteur.

     [Socte Mine]130, tu es ung chanteur :

     Commence ! Prens-la de bon ton131.

              SOCTE  MYNE,  en chantant :

     Laudate, pueri, Dominum132 !

320   Bon Temps avons icy.

              Les aultres respondent :

     Laudate, pueri !

              SOCTE  MYNE

     Bon Temps avons icy,

     Et Tout nous gouvernon.

              Les aultres respondent :

     Laudate, pueri, Dominum !

              SOCTE  MYNE

325   Paix avons, Dieu mercy !

              Les aultres respondent :

     Laudate, pueri !

              SOCTE  MYNE

     Paix avons, Dieu mercy,

     Maulgré division133.

              Les aultres respondent :

     Laudate, pueri, Dominum !

              LE  GÉNÉRAL

330   Vive [la] France en unyon134,

     Tant que monde sera sur Terre !

              MÈRE  SOCTIE

     Vive le Bon Temps et son non135,

     Qui le povre commun desserre136 !

              TOUT

     Jamais ne puisse-il estre guerre

335   Jusques tant que Bon Temps la face137 !

 

              LE  GÉNÉRAL

     Seigneurs, voyez en ceste place

     Que Tout est remis en estat.

     Bon Temps, avant que je desplace138,

     Est remis en point sans débat.

340   Jésus, qui les péchéz rabat,

     Vueille préserver de souffrance

     Et tenir en joyeulx esbat

     Le noble royaulme de France

     Sans faire nulle déléance139

345   Ne nulle vindication140 !

 

     Socte Myne, à ta plaisance,

     Dy deux motz de collacion141 !

                   EXPLICIT

*

1 Entre le 9 février (note 104) et le 21 avril (note 84). Elle fut probablement créée à l’occasion du Mardi gras, le 6 mars.   2 Depuis 1483, il régnait sous la tutelle de sa sœur aînée, Anne de Beaujeu. (Cf. les Rapporteurs, note 63.) Le peuple ne le tenait donc pas responsable des abus fiscaux de la régente (voir la note 101).   3 La sottie des Premiers gardonnéz en parle aussi, aux vers 146-148.   4 T : Tout estant  (Mauvaise lecture de la didascalie qui précède le vers 213.)   5 Les acteurs apparaissent aux fenêtres d’une maison. Ils vont descendre sur la place (à l’aide d’une échelle ?) pour gagner l’estrade.   6 Locution proverbiale qu’on trouve par exemple dans Mieulx-que-devant (BM 57).   7 Les mauvais jours sont-ils derrière nous ? Par association d’idées, on va passer du blé au pain.   8 « Le diable emport le cousinaige ! » Le nouveau Pathelin.   9 Pour faire un profit immédiat, ils le vendent sans l’avoir laissé reposer. « Après que le pain est cuit et tiré hors du four, il doit reposer à tout le moins par l’espace et distance d’un jour devant que d’estre mangé, pour ce que le pain chauld est mauvais, attractif de mauvais air, et est peu conforme à nature humaine. » (Régime de vivre, et conservation du corps humain.) Cette prescription du « panis non calidus », édictée par l’école de médecine de Salerne, était encore très suivie.   10 T : fredengiez  (Laidenger = blâmer.)   11 Prendre. « Haulcer les espaulles et piller patience. » Jehan Marot.   12 Jusqu’en automne. On espérait une remise en ordre après le mois d’août (vers 12).   13 T : ferons vendengiez  (Nous en serons vengés, nous aurons notre revanche.)   14 Si nous jouons sur un échafaud [sur une estrade], j’en dirai de belles. Les acteurs de sotties passaient en revue les grands et les petits scandales du moment.   15 Par lui-même. « Qui est à tout par luy : Qui se gouverne par soy-mesme. » Robertus Stephanus.   16 Qu’il ne l’était. Voir ma notice.   17 Parce que les autorités surveillent le pain.   18 Le très impopulaire Louis XI, père de Charles VIII, avait multiplié par trois les rentrées d’impôts.   19 Grommelle.   20 T : vieus   21 Tamponné avec mon sceau viril. Confusion fréquente avec seller : « –Toutteffois semble-elle bien saige,/ Et chacun la tient pour pucelle./ –Et que voullez-vous ? On la selle ! » Celuy qui se confesse à sa voisine, F 2.   22 Du mauvais trou, de l’anus, par opposition au pertuis, qui désigne couramment le vagin : cf. Gratien Du Pont, vers 255.   23 T : lordre  (Les jumelles merdeuses sont les fesses des femmes : cf. Raoullet Ployart, vers 57. Il faut comprendre : J’entretiens toujours les fesses.)   24 Les vulves. « L’official condamna la pauvre jeune fille à prester son beau et joly instrument à son mary pour y besongner. » (Bonaventure Des Périers.) Même expression au vers 53.   25 Du coït. (Cf. la Réformeresse, vers 249.) Idem vers 85.   26 T : donce la semelle  (Entre les vers 46 et 50, la distribution des rôles se décale : T donne les répliques de Tête Légère à Sotte Mine, et inversement. Je rétablis entre [ ] les rubriques logiques.)   27 T : rien   28 T : beau  (Être baud de = être avide de. « Ribauds/ Qui de tout prendre sont si bauds. » Godefroy.)  Prois = cul. <Godefroy dit plus chastement : le derrière.> C’est un mot d’argot répertorié dans la Vie généreuse des mercelots : « La forest du prois : hault-de-chausses. Filer du prois : chier. L’aquige-proys [le trompe-cul] : la couille. » La phrase du sodomite Tête Légère se traduit ainsi : Je suis avide de culs.   29 T : teste creuse  (Même négligence aux vers 52, 56 et 280.)  Teste Creuse est également un Sot ; il jouait dans la sottie des Coppieurs et Lardeurs <T 8>, et dans celle des Sotz qui corrigent le Magnificat <T 5>.   30 Tes intestins.   31 Ayant le poids réglementaire. « Vingt escuz d’or de poys. » Archives de Nantes.   32 Je n’ai plus « ni croix ni pile », les femmes m’ont ruiné. Par métonymie, on appelait « croix » les monnaies dont le côté face s’ornait d’une croix : cf. le Testament Pathelin, vers 398.   33 Que le feu de saint Antoine brûle les culs ! (Idem vers 62.)  Cabas = cul : « Rembourreux d’enffuméz cabas,/ Laisser vous fault vostre mestier/ Sans plus fourbir ces vielz harnas. » Ballade.   34 À partir de ce vers manquant et jusqu’à 60, la distribution se décale à nouveau.   35 Je désire le coït. Sotte Mine comprend « jà pète », d’où sa réplique.   36 J’ai une femme que j’aime un peu.   37 Quand je lui fais l’amour. Cf. Colin, filz de Thévot, vers 175.   38 Fatigué.   39 « River : foutre. » (La Vie généreuse des mercelots.) Idem vers 130.   40 Elle pousse le cri de reconnaissance des soldats. En réponse, il faut qu’on acclame son fils, le Général d’Enfance.   41 Vive le Général !   42 La très puissante. Le Général gouverne le pays d’Enfance (vers 146-7). Ce pays de Cocagne où l’on trouve Tout et le Bon Temps (vers 305-6) est une homophonie de « en France ».   43 En courant.   44 T : ie reuisite  (Visiter son origine, sa source : sa mère.)   45 T : iouye  (Fossette = sexe de la femme : « Cons rondelets, corallines fossettes. » Ronsard.)  « Encore qu’il soit desgarni de boules, si peut-il néanmoins jouer à la fossette. » Bruscambille, Des chastréz.   46 Mignonne. « Quant cuyda prendre son délit [plaisir]/ De nuyt avec sa godinette. » Éloy d’Amerval.   47 Les Enfants sont les insouciants habitants du pays d’Enfance (note 42).   48 Cône de bois d’aspect vaguement phallique. Synonyme de toton, qui désigne la toupie et le pénis : « [Elle] reprend le toton, et le dresse/ Aussi-tost qu’il est abbatu. » Pierre Motin.   49 Il boit du vin. Cf. le Gaudisseur, vers 9.   50 Bille [bâton] = pénis. (Cf. Ung jeune moyne et ung viel gendarme, vers 127.) Du coup, on se demande s’il n’est pas au Champ-Gaillard (Jénin à Paulme, note 133) avec les filles de joie.   51 T : qui  (Où il triomphe.)   52 T : si son t tain   53 T : iouyeux  (Un rapport sexuel. Idem vers 106.)   54 Qu’il soit bandé ou débandé. « [Elles] ayment mieux le droit que le tort. » La Fluste à Robin.   55 Dans le Jeu du Prince des Sotz (vers 156), le Général d’Enfance montera encore sur un cheval de bois.   56 Ils me donnent des ordres comme des capitaines de navire. La métaphore maritime continue au vers suivant.   57 Suis-je donc sur un bateau ? « Le cul à bort mettre. » (E. Deschamps, Je vous souhaite entre vous, gens de mer.) La réponse –scatologique– est dans la question, puisque « mettre le cul à bord » = mettre le cul à l’air : « [Le prieur] mit le cul à bort et lui fit un pet. » (Coutumier de France.)   58 J’étais avec l’économe.   59 « Le grant prieur de Bondeculage, à Serrefessier », publia vers 1510 des Ordonnances touchant « la réformation des courtes chausses », autrement dit, des caleçons.   60 Un rapport sexuel (vers 96). Pour sceller, voir la note 21.   61 Rayonne.   62 Raie des fesses. « Vous baiseriez plus tost ma roye ! » (Jehan Molinet.) Le jeu de mots sur la ville picarde de Roye était commun : « Ne nous logeons jamès auprès de Roye ! » (Molinet.)  63 Je l’ai pénétrée.   64 Elle l’invite à descendre de son cheval de bois et à monter sur l’estrade. Il obéira au vers 141.   65 T : doibt  (Même modèle que 112.)   66 Il devient impuissant. (Cf. le Testament Pathelin, note 24.)  Pissote = appareil urinaire des femmes. (C’est l’équivalent féminin du pissot : cf. les Chambèrières, vers 77.)  La phrase est ironique : Tête Légère pense le contraire de ce qu’il dit.   67 Pourquoi ?   68 Il ne recherche pas l’ordre religieux de Serre-Fessier pour coïter. (Encore une antiphrase !)  Ordre était parfois féminin : « Il ne debvoit y avoir deux couvens d’une ordre ne d’une religion des mendians. » Chroniques de la ville de Metz.   69 Un vagin (littéralement : le fond de l’abîme). « Du de profundis nous jouerons./ Le bout des reins nous remuerons. » Le Mariage de Robin Mouton, F 32.   70 La targe est la monnaie des ducs de Bretagne, et donc de la reine (v. ma notice) ; l’écu est la monnaie de la France, et donc du roi. Les riches habits du Général sont le fruit de ces deux sources harmonieuses. Malheureusement, cette parabole édifiante est quelque peu gâchée par les deux vers qui riment avec ceux-ci…   71 Le sexe d’une femme. « La belle fille entre les bras,/ Et river le bis à plaisance/ Dix foys la nuyt. » Folle Bobance, BM 40.   72 À attraper les coucous avec un filet. Pour le jeu de mots sur cocus, voir le Faulconnier de ville, vers 90.   73 Car le premier venu vient à son aide pour lui conférer une bonne renommée.   74 Me voici ! (Au pays d’Enfance, on passe vite du lit à la table.) Ce vers proverbial reviendra dans Maistre Mymin qui va à la guerre <vers 28>.   75 Dans la sottie du Roy des Sotz (BM 38), Coquibus est un rapporteur, un médisant.   76 D’argent. Cf. Maistre Pierre Doribus, vers 50.   77 Dans la condition de Sot.   78 Chevaux. Mais aussi, pénis : « Son roussin cloche/ Et ne sonnoit qu’à une cloche. » (Molinet.)  Étable = vagin : «Mon povre courtault [pénis]/ Que j’ay (…) souvent logé en froide estable,/ Le povre, las ! est recru sur le sable ;/ De servir plus en crouppe ne luy chault. » (Parnasse satyrique.)   79 Votre réputation.   80 Exceptionnel.   81 « Il n’y a rien nouveau soubz le soleil. » Marguerite de Navarre.   82 Cher, onéreux. Idem vers 197.   83 T : Je  (J’ai vendangé avant l’heure, à perte.)   84 L’année commençait le jour de Pâques. Nous sommes donc toujours dans la calamiteuse année 1491, qui s’acheva le 21 avril 1492.   85 J’ai fait crédit de grosses dettes. « [Ilz] vinrent à ung tavernier à qui ilz devoient, prier qu’il leur accreust encores ung escot. » Godefroy.   86 Chu, tombé d’inanition.   87 Le début de ce poème en aabB/ccbB est abîmé. Eugénie Droz le corrige différemment dans son édition (p. 282).   88 T : lexcellente et grant haultesse  (Hautain = suprême.)  Martial d’Auvergne, procureur au Parlement de Paris, applique à la Justice les mêmes termes élogieux : « [Ils] venoient au roy et royaume de France/ (Pour le renom et la haulte excellance/ De la Justice lors régnant très hautaine)/ Quérir justice comme la souveraine. »   89 Villon lui-même avait adressé une Louenge à la Court du Parlement de Paris : « Souvraine Court, par qui sommes icy,/ Vous nous avez gardé de desconfire ;/ Or la langue seule ne peut souffire/ À vous rendre souffisantes louenges. »   90 Bon ordre (run). Voir ma notice.   91 Du peuple.   92 T : as  (La Cour du Parlement nous a aidés.)   93 Pour nous relever de.   94 Sous l’égide de la couronne royale. « Amenez Tibère demain :/ Le premier empereur rommain/ Le feray. Et ne faillez pas :/ Je luy vueil avant mon trespas/ Donner couronne espécialle. » Mystère des Actes des Apostres.   95 Réjouissons-nous !   96 T : cheir  (Cher, onéreux.)   97 En appelant.   98 Bien habillé. Il est vêtu de haillons (vers 210, 264, 277).   99 Des gens qui sont aussi pauvres que moi. (On prononçait itan.)   100 Depuis longtemps.   101 La guerre m’a laissé en chemise. La guerre entre le royaume de France et le duché de Bretagne (1487-1491) avait occasionné des levées d’impôts supplémentaires.   102 Longtemps.   103 La fin. Une fin provisoire, puisque Charles VIII allait bientôt déclencher les interminables guerres d’Italie, où la France n’a rien gagné d’autre que la syphilis.   104 Anne de Bretagne, la nouvelle reine, fit son entrée solennelle dans Paris le 9 février 1492. Séduit par cette jolie fille de 15 ans, le peuple lui réserva un accueil délirant.   105 Tout à fait.   106 Pour tout vous dire.   107 Vous devez les accueillir. (Il parle à ceux qui sont en bas.)   108 E. Droz (p. 256) voit ici une parodie de la chanson Vive le roy et sa noble puissance. Étant donné que ladite chanson est à la gloire de François Ier, c’est plutôt elle qui devrait parodier la nôtre… On remarquera les rimes des césures.   109 T : outraige   110 Des coups de verges. Voir ma notice.   111 Sur l’estrade. (Il s’adresse à Bon Temps et à Tout, qui viennent de descendre sur la place.)   112 T : Anresidu  (Au résidu = au reste.)   113 En sottise. « Il a l’esprit à la cuysine,/ Ce jaune-bec [blanc-bec], en son sotoys. » Sottie de la Pipée.   114 T : a   115 Je suis comme ces vieux soldats qui ne touchent qu’une demi-solde.   116 Cela apparaît.   117 Cri de guerre. « Bon cœur, souldart ! Bon cœur, sus ! Entre, monte, tue ! » Tragédie du sac de Cabrières.   118 Cri de guerre des rois de France.   119 Trop noir, dont la farine contient des scories, comme au vers 163. L’arrêt de 1491 réglementait la blancheur du pain (v. ma notice). Sous ce vers, T ajoute en vedette : Tout   120 Ruiné : à cause de Louis XI et de la régente, Tout est aussi pauvre que Bon Temps.   121 On n’y reconnaît pas un seul point, une maille intacte. « De robe, ne lui remest [reste] poinz. » Godefroy.   122 Une des geôles du Grand Châtelet. Il y a peut-être là une évocation du cardinal Balue : emprisonné par Louis XI de 1469 à 1480, il dormait dans une cage. Cf. les Sotz escornéz, vers 294-7.   123 T : a iouay   124 De tromperie.   125 Ne se moque de vous.   126 Ne bouge.   127 « Bien heureux est-il, en ce monde,/ [Celui] qui a Tout : nul bien ne luy fault. » Tout, Rien et Chascun, BM 56.   128 Frapper.   129 T : dancer  (Ils vont danser sur une parodie liturgique en forme de répons : c’est à peu près ce qu’on voyait dans les églises lors de la Fête des Fous.)   130 T : Soustenu  (« Tu es » se scande « t’es ».)   131 Attaque la chanson dans la bonne tonalité.   132 T : dominuz  (« Louez, enfants, le Seigneur ! » Psaume 112.)  On prononçait « Dominon ».   133 La division entre la couronne de France et le duché de Bretagne. Le mariage royal avait enfin ramené la paix : v. ma notice.   134 On œuvrait à un « édit d’union » entre la Bretagne et la France ; il fut signé 40 ans plus tard.   135 Son nom.   136 Qui libère le pauvre peuple.   137 À la fin du carnaval, une joyeuse mêlée opposait le cortège de Mardigras et celui de l’austère Carême. (Cf. la Bataille de Caresme et de Charnage, le Testament de Carmentrant [Carême-entrant], et surtout la Bataille de sainct Pensard à l’encontre de Caresme.) On considère que notre sottie fut jouée pendant les jours gras, dont l’incontournable Bon Temps était l’un des piliers. Le mot d’ordre du carnaval était de « rouler bon temps », de profiter des bons moments. Cf. les Fanfares (…) des Roule-Bontemps de la haute et basse Coquaigne (1613). Aujourd’hui, la devise « Laissez-les Bon Temps rouler ! » ne retentit plus que chez les Cadiens de Louisiane, lors du Mardi gras.   138 Avant que je ne me déplace, que je ne m’en aille.   139 Sans délai.   140 Revendication.   141 De discours. C’est traditionnellement une chanson.

 

UNG JEUNE MOYNE ET UNG VIEL GENDARME

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

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UNG  JEUNE  MOYNE  ET  UNG  VIEL  GENDARME

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« Jehan d’Abundance, bazochien et notaire royal de la ville de Pont-Sainct-Esprit », mourut au milieu du XVIe siècle. Il est surtout connu pour ses farces : le Testament de Carmentrant, la Cornette. On lui attribue la sottie Pour porter les présens à la feste des Roys, et le Disciple de Pantagruel, une parodie de Rabelais.

La présente pièce appartient au genre bien fourni du débat. Les hommes du Moyen Âge, têtus et procéduriers, perdaient beaucoup de temps et d’argent à débattre ou à plaider sur les sujets les plus invraisemblables1. La formation théologique et juridique des écrivains donnait des armes à leur amour de la dispute.

Sources : Édition T : Recueil Trepperel 2, n° 29. Je corrige tacitement les fautes et les lacunes d’après l’édition R : Recueil de plusieurs farces (éd. Nicolas Rousset, 1612), pp. 121-144. Mon but est de produire une version complète et lisible.

Structure : Rimes abab/bcbc, rimes plates, avec 2 triolets.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

*

Le Procès d’ung jeune moyne et d’ung viel gendarme

qui plaident pour une fille devant Cupido, le dieu d’amours

*

À quatre personnages, c’est assavoir :

    CUPIDO

    LA  FILLE

    LE  MOYNE

    LE  GENDARME 3

*

 

                                      CUPIDO  commence         SCÈNE  I

          À tous amans, mes serviteurs loyaux,

         Tenans de moy par justice royalle,

         Sçavoir je fais qu’à ma Court principalle4

         Comparoissent sans estre desloyaux,

5    Portant aux doys verges, sinetz5, aneaux,

         Rubis, saphirs, turquoyses, dyamans,

         Faisans sonner ménestriéz tous nouveaux6

         Pour se monstrer gens joyeux, esbatans !

         Viennent à moy Bourgui[g]nons et Flamans !

10   Viennent à moy toutes sex[t]es7 du monde !

         Viennent à moy Picars, Bretons, Normans,

         Et toute(s) gens qui en amour se fonde(nt) !

         Viennent à moy ceulx où honneur habonde !

         Viennent à moy sans faire demeur[é]e !

15   Viennent à moy, tous : je tiens table ronde

         Pour les servir de pois et de purée.

             LA  FILLE      SCÈNE  II

         Or suis-je seule demeurée,

          Maintenant : je n’ay point d’amy.

         Et si, n’ay bon jour ne demy.

20   Je pers mon temps et ma jeunesse,

         Ce qui me fait gémir sans cesse.8

         Soulas est de moy fort-bany.

         Mon [gent] corps qui est frais et plany9 ;

         Et quant viellesse orde et chagri(g)ne

25   Aura tout prins en sa saisine,

         N’en tiendra-l’en compte, nenny.

         Mieulx me vault faire tout honni10

         Et prendre en moy désespérance,

         Combien que j’aye encor fiance

30   À Cupido, dieu des amours11 :

         Il fait aux vrays amans aydance.

         J’auray de luy aucun12 secours ;

         Mon fait ira fort à rebours,

         S’aucun petit ne m’en départ13.

35   Sire Cupido, Dieu14 vous gart !      SCÈNE  III

             CUPIDO

         Et vous aus[s]i, gente pucelle !

         Que voulez-vous ?

             LA  FILLE

                                            Je vous appelle,

         À ma grant tribulation.

             CUPIDO

         Et demandez ?

             LA  FILLE

                                     Provision

40   D’amours, car il m’est nécessaire.

             CUPIDO

         Vous estes d’aage pour ce faire,

         Propre, gente, mixte et habille15 ;

         Et me semble, pour une fille,

         Que bien estes appropriée16.

45   Mais n’estes-vous point mariée ?

             LA  FILLE

         Nenny encor, dont ce me poise.

             CUPIDO

         Je vous mariray, ma bourgoise,

         Car vr[a]yement, vous estes en aage.

         Mais les amours de mariage

50   Ne sont pas des plus excellentes.

             LA  FILLE

         Si est-ce une de mes ententes

         Que d’avoir amy nouvelet.

             CUPIDO

         Se vous voulez quelque varlet

         Pour mary, l’aurez voulentiers.

55   Mais je vous diray les dangiers

         Où est une femme boutée :

         Du premier est une rousée

         Qui se passe17 quant vient le chault.

             LA  FILLE

         Comment cela ?

             CUPIDO

                                         Si tost qu’on fault18,

60   Toutes amours si sont faillies.

         Au surplus, quant vient la mesgnie19

         Et qu’il convient estre nourice,

         La plus belle et la plus propice

         Y devient hideuse à merveille.

         [……………………….. -eille]

65   Les draps salles tousjours au lit.

         Vélà comment on s’i conduit.

         Regardez s’il y a dangier.

         Le pire est qu’on ne peut changer,

         Depuis [lors] qu’on est accordé.

             LA  FILLE

70   Veu ce que m’avez recordé20,

         Telle amour ne vault ung formy21 !

             CUPIDO

         Belle, se vous prenez amy

         Par amour, au jour la journée

         Vous serez vestue, aournée22

75   Autant à l’endroit qu’à l’envers.

         Et s’il vous dit riens de travers,

         Adieu jusques au revenir !

         Il ne vous sçauroit retenir

         Contre vostre consentement.

80   Oultre plus, de l’apoinctement23

         Qui se fait à double24 et à quite,

         Vous en serez trèsbien conduite

         Tous les jours, face froit ou chault.

             LA  FILLE

         Cupido, c’est ce qu’il me fault :

85   Je ne requiers que telz plaisances.

             CUPIDO

         Vous yrez aux festes, aux dances,

         Saillir, saulter, bondir en l’air,

         Courir et vous faire valoir25,

         Sans que nulluy [ne] s’i oppose.

             LA  FILLE

90   Las ! je ne requiers autre chose.

             CUPIDO

         Se vous estes en mariage,

         Il fauldra garder le mesnage,

         Avoir des langes et des frettes26,

         Des berseaulx, et tant de souffrettes

95   Que c’est une grande pitié.

             LA  FILLE

         J’aymeroye donc mieulx la moitié

         Avoir amy d’aultre façon,

         Pour me fourrer mon peliçon27,

         Qu’un mary lasche et paresseux.28

             CUPIDO

100  Taisez-vous, m’amye, j’en sçay deulx :

         L’ung est moyne (augustin ou carme,

         Ou jacopin29) ; l’autre est gendarme.

         Ilz sont à pourveoir, ce me semble.

         Vous les verrez tous deulx ensemble,

105  Et puis après vous choysirez.

             LE  MOYNE  commence   SCÈNE  IV

         Povres moynes, gens emmurés,

         Hors du monde, mis en closture,

         Doyvent-ilz estre séparés

         De tous les délitz30 de Nature ?

110  Par Dieu ! je vois31, à l’adventure,

         À Cupido, dieu des amans.

         Et s’il y a quelque pasture32,

         Je v[u]eil estre de ses servans.

         Dieu Cupido, maistre des grans33,     SCÈNE  V

115  Vous soyez en bonne34 sepmaine !

             CUPIDO

         Et vous aussi, mon gentil moyne,

         Vous soyez le bien arrivé35 !

         Tenez, la belle : ay-je trouvé,

         À ceste heure, ung gentil fillault36.

             LE  GENDARME  commence    SCÈNE  VI

120  À l’assault, ribault[z], à l’assault37 !

         C’est commencement de bataille.

         Dieu gard, Cupido ! Bien vous aille !

             CUPIDO

         Gendarme, bien soyez venu !

         Je vous ay long temps attendu,

125  Car j’ay bien cela qu’il vous fault.

             LE  GENDARME

         Je suis prest de donner l’assault38,

         S’il y a quelque jeu de « bille39 » !

             CUPIDO

         Regardez ceste belle fille :

         Est-ce riens ?

             LE  GENDARME

                                 Ouÿ, par saint Jamme !

             CUPIDO

130  A ! par le corps bieu, elle est femme

         Pour recepvoir ung combatant40.

         Et pour ce, regardez contant41

         Qui frappera à la quintaine42.

             LE  GENDARME

         Que demande ce maistre moyne ?

             CUPIDO

135  Il demande en avoir sa part.

             LE  GENDARME

         Allez, vostre fi[è]vre quartaine !

         Vuidez d’icy, frère Frappart43 !

         Et ! voulez-vous estre paillart ?

         Vuidez tost, c’est trop demouré !

             LE  MOYNE

140  Ha ! dictes, par Dieu : j’en auray

         Aussi bien que vous [en] aurez !

             LE  GENDARME

         Se me croyez, vous vous tairez

         Et vuiderez légièrement44.

                                    CUPIDO

         Tout beau ! Faites appoinctement

145  Sans tencer, je le vous commande.

         Çà, ma fille, je vous demande :

         Lequel d’eux voulez-vous eslire ?

             LA  FILLE

         Sur ma foy, Cupido, beau sire,

         Je ne sçay pas trop bien entendre

150  Lequel je dois laisser ou prendre,

         Car chascun est noble personne.

             LE  GENDARME

         Vous serez à moy, ma mignonne,

         Pour estre plus honnestement45.

             CUPIDO

         À vous deulx le département46 ;

155  Il ne m’en chault comment il voise.

             LE  MOYNE

         [Or,] pour estre mieulx à son aise

         S’il luy failloit je ne sçay quoy47,

         Elle seroit mieulx avec moy ;

         Et en doys estre le seigneur48.

             LE  GENDARME

160  Et vous, maistre moine : esse honneur,

         En l’estat de religion,

         D’avoir femme en fruïtion49 ?

         Qu’est cecy que vous sermonnez ?

             LE  MOYNE

         Et ! se nous sommes couronnés50

165  Et moynes, voulez-vous conclure

         Que nous [en] soions séparés

         De tous les délis de Nature

         Comme se nous estions chastrés ?

             LE  GENDARME

         Pour néant cy vous51 débat[r]ez,

170  Car je la merré52 hors ce lieu.

             LE  MOYNE

         Non ferez, j’en fais veu à Dieu53 !

         À cela ne vous attendez54.

             LA  FILLE

         Pour Dieu, Cupido, regardez

         Ung peu à ma provision55.

175  Je requiers eppediction56,

         Il ne me fault point long procès.

             CUPIDO

         Il fault que vous vous avancez57 ;

         Ne la tenez plus en esmoy.

             LE  GENDARME

         Venez-vous-en avecques moy !

             LE  MOYNE

180  Non fera, dea, je m’y oppose !

             CUPIDO

         Se vous ne dictes autre chose,

         Vous empeschez la Court en vain.

             LA  FILLE

         Quant est de moy, vélà mon train :

         Je demande ung gentil gallois58.

             CUPIDO

185  Vous en voulez ung hault la main,

         Prest à vous présenter le « bois59 » ?

             LA  FILLE

         Enné60 ! vélà motz à fin chois61.

         Vous sçavez tout, et plus encor.

             LE  GENDARME

         Je vous bailleray mon trésor,

190  Mon or, mon argent, ma chevance,

         Et vous maineray à l’essor62

         Tous les jours, à vostre plaisance.

         Oultre, ce n’est que l’ordonnance63

         De nous, qui tenons les frontières,

195  Que nous ayons des chambèrières :

         Personne ne s’en scandalise.

             LE  MOINE

         Par Dieu ! quant elle y seroit mise,

         Elle seroit femme perdue :

         Estre tempestée, morfondue64,

200  Cheminer avec la brigade,

         Coucher vestue sur la paillade65

         Avecques ces palefreniers…

         Mais nous qui sommes cloistriers66,

         Nous vivons en paix et sans noise ;

205  Et pour vivre mieulx à son aise67,

         Au monde ne pourroit mieulx estre.

             LE  GENDARME

         Quoy donc ? Moy qui me faicts paroistre68

         Journellement devant les dames,

         Ne doy-je point avoir des femmes

210  Mieulx que vous ? Or respondez donc !

             LA  FILLE

         Vous faictes ung procès si long

         Que c’est raige. Il fault despescher.

         Si, vous supplie, sans plus prescher,

         Cupido, dictes quelque chose.

             LE  MOYNE

215  Je vous auray !

             LE  GENDARME

                                      Je m’y oppose !

         Car vous qui estes gens reclus,

         Vous estes privés et seclus69

         D’avoir femme[s] en posses[s]oire.

             LE  MOYNE

         Je soutiens70 le contradi[c]toire !

220  Et mettez le procès en forme.

             CUPIDO

         Premièrement71 que je m’informe

         Du procès en quelque façon,

         Il fault dire quelque chançon.

         Et puis après, qu’on y revienne.

             LA  FILLE

225  Si vous voulez que je so[u]stienne

         Le « bas », si baillez bon « dessus72 »

         Qui pousse (sans estre Lassuz73)

         Et gringote74 ut ré mi fa sol.

             LE  GENDARME

         Je ne chante75 que de bémol…

             LE  MOYNE

230  Et moy, je chante de bécare76,

         Gros et roide77 comme une barre,

         Quant j’ay ung « dessoubz » de nature.

             LE  GENDARME

         Je ne chante que de mesure,

         Tout bellement, sans me haster.

             LA  FILLE

235  Se vous ne sçavez gringoter

         Dessus mon « bas » de contrepoint78,

         Brief, je ne vous soustiendray point :

         Car je vueil, [moy,] c’on y gringote.

             LE  GENDARME

         Je bailleray note pour note79,

240  Sans d’avantage m’efforcer.

         Et si, ains que80 recommencer,

         Faudra que long temps me repose.81

             LA  FILLE

         Oncque chant où il y a pause

         Ne dénota bonne puissance.

245  Il n’est que chanter à plaisance

         En toutes joyeuses musiques.

             LE  MOYNE

         Quant est d’instrumens organiques82,

         Gros et ouvers pour ung plain champ83,

         J’en suis fourni comme ung marchant84 :

250  Par ma foy, il ne m’en85 fault rien !

             LA  FILLE

         Je vueil ung tel musicien

         Pour fournir une basse contre86 !

                                       LE  MOYNE

         Puis87 une foys que je rencontre

         Unicum88 en ma chanterie,

255  C’est une droicte mélodie

         Et plaisant que de m’escouter.

             LE  GENDARME

         Je ne doubte89 homme pour chanter

         Chant de mesure bien nombré.

             LE  MOYNE

         Ung des vielz chantres de Cambrai90

260  Et vous estes bien assortés :

         Car tout cela que vous chantez

         Est fait du temps du roy Clostaire91.

             LA  FILLE

         Nous dirons vous et moy, beau Père,

         Deux motz à la nouvelle guise92.

             LE  MOYNE

265  Chanson à deux par[s], à voys clère,

         [Nous] dirons vous et moy.

             CUPIDO

                                                          Beau Père,

         Pensez que c’est une commère

         Qui sçait bien « chanter ».

             LA  FILLE

                                                          Sans faintise,

         Nous dirons vous et moy, beau Père,

270  Deux motz à la nouvelle guise.

             Ilz chantent tous deux ensemble :

         « J’ay prins amours à ma devise… »93

             LE  GENDARME

         Vous chantez comme [font] deux ours

         Quant il sentent le vent de bise.

             CUPIDO

         Recommencez […… -ours] !

             Ilz chantent :

275  « J’ay prins amours à ma devise… »

             LE  GENDARME

         Maistre moyne, chantez tousjours,

         Et faictes bien à vostre guise :

         Car voz chants94 tourneront [en plours]95,

         Se je viens à mon entreprinse.

             LE  MOYNE

280  Se vous perdez à ceste assise,

         À l’autre vous [ferez recours]96.

         Allez aillieurs quérir secours,

         Car je vueil chanter sans reprinse97.

             Ilz chantent :

         « J’ay prins amour à ma devise… »

             CUPIDO

285  Or est-il temps qu[e l’]on s’avise,

         De ce procès, qu’il est de faire.

             LE  GENDARME

         Plaidons en procès ordinaire,

         Et mettons la cause à huyttaine98.

             LE  MOYNE

         Non ferez, par la Magdaleine !

290  Je requiers expédicion !

             LE  GENDARME

         Je demende dilation99 !

             LA  FILLE

         Dilation ? Quel capitaine100 !

         Ce n’est pas nostre mencion101

             LE  GENDARME

         Je demande dilation !

             LE  MOYNE

295  J’en auray la pocession ;

         Et puis revenez à quinzaine.

             LE  GENDARME

         Je demande dilation !

             LA  FILLE

         Dilation ? Quel capitaine !

        Et ! n’esse pas chose villaine

300  De se vouloir en procès mettre

         À ung homme, et se dire maistre

         Du fait où on102 ne peult venir ?

             LE  MOYNE

         Quant à moy, je vueil soustenir

         Qu’il a desjà son temps passé,

305  Et qu’il est rompu et cassé

         Pour suivir les amoureux trains.

         Et, qui pis est, le « jeu des rains »

         Ne luy est duisant ne propice.

             LE  GENDARME

         Allez-vous-en, maistre novice,

310  Chanter la messe en vostre église !

         Pourtant, se j’ay la barbe grise,

         Doy-je estre mis a remotis103 ?

         Vous n’estes qu’un jeune aprentis

         Qui ne congnoissez pas telz termes.104

             LA  FILLE

315  Quant ung homme n’a les rains fermes

         Pour jouster et courir la lance105,

         Ce n’est riens que de sa puissance

         À l’encontre d’ung bon escu106.

         Or, veu que vous avez vescu107,

320  Et à bien vous veoir vis-à-vis,

         Vous estes foible, à mon advis.

         Mon oppinion en est telle.

             LE  GENDARME

         Allez vous chier, puterelle !

         Vous sentez la religion108.

325  Mais, par la Saincte Passion,

         S’il advient que vous devez estre

         Avecques ce moyne en son cloistre,

         Il vous en mesprendra du corps.

         Et si, vous en tireray hors,

330  Soit par force, soit autrement.

             CUPIDO

         Procédez résonnablement,

         Sans user de force ou mainmise.109

             LE  GENDARME

         110 voulez-vous qu’elle soit mise,

         Avec ce moyne cloistrier ?

             CUPIDO

335  Je considère le « mestier111 »,

         Qui est pénible en ses ouvraiges.

         Je regarde vos personnaiges ;

         Premier, de ceste jouvencelle :

         Elle est si gracieuse et belle !

340  Oultre plus, le religieulx

         Est jeune, frois112 et gracieulx,

         Et au « mestier » bien disposé.

         En après, il a proposé

         (Ainsi qu’ay entendu de luy)

345  Que vous estes mort et failli,

         Que vous estes foible de reins.

             LE  MOINE

         Ce que j’ay dit, je le maintiens,

         Et le maintiendray par raison.

             LE  GENDARME

         Tout de mesme trotte grison,

350  Et aussi bien comme moreau.113

             LA  FILLE

         Vous ne dictes rien de nouveau :

         Nous ne parlons pas du pellaige,

         Mais de ce qu’estes vieil et d’aage.114

             LE  GENDARME

         Par Dieu ! pourtant, courtoise et saige,

355  Vieil escu vault tousjours son pois115.

             LA  FILLE

         Il n’est feu que de jeune bois.

             LE  GENDARME

         Il n’est aboy que de viel chien.

         Si me prenez à vostre chois,

         Ma mignon(g)ne, vous ferez bien.

             LA  FILLE

360  Par saint Jehan ! je n’en feray rien,

         Se Justice ne m’y condampne.

             LE  MOYNE

         Pensez-vous qu’el(le) soit si insane116

         Et si cocarde117 de vous prendre,

         Veu qu’elle est si gracieuse et tendre118,

365  Miste, gorière119 aux rians yeulx ?

         Et vous les avez chacieulx120

         Ny plus ne moins qu’un chat de may.121

             LE  GENDARME

         Ha ! dieu d’amours, secourez-moy !

         Que doy-je plus cy sermonner122 ?

             CUPIDO

         [Autre conseil ne puis donner,123]

370  Fors que vous voisez seullement

         Vers elle prier doulcement

         Que son amour vous abandonne.

             LE  GENDARME

         Hélas ! je vous prie, ma mignonne,

         Que je ne soye point esconduit :

375  Car sy ce moyne vous conduyt,

         Vous estes femme diffamée.

         Mais de moy vous serez aymée

         Plus que Pâris n’ayma Hélaine.

         Et se vous estes à ce moyne,

380  Tout vostre honneur est desconfit.

             LA  FILLE

         On dit souvent chose certaine :

         Moins d’onneur et plus de prouffit124.

         Car tel qu’il est, il me souffit ;

         Et vous n’estes homme qui fist

385  Ce qu’il fera.125

             LE  GENDARME

                                              À l’aventure,

         Pour aucun des fais de Nature,

         J’ay encore une verte vaine126.

             LA  FILLE

         Ung coup [fait] à la longue alaine127 ?

         Par ma foy, ce seroit grant peine !

390  Si n’esse pas ce qui128 me maine

         En ce lieu que de vous avoir :

         Car vostre puissance est trop vaine

         Pour bien faire vostre devoir.

             LE  GENDARME

         Çà, Cupido : il fault sçavoir,

395  De ce procès, qui gaignera.

             CUPIDO

         Je croy que le moyne l’aura,

         Car vous n’estes point son pareil.

             LE  GENDARME

         Je demande avoir du conseil129,

         Et metz ad octo probandum130.

             LA  FILLE

400  Mais une corde ou ung landon131

         Pour vous attache[r] hault et court !

             LE  GENDARME

         J’auray le terme de la Court,

         Mais qu’il vous plaise, à tout le moins.

         Je vueil produire mes « tesmoingz »132,

405  Et vueil monstrer par voye d’enqueste

         Qu’il est plus licite et honneste

         Qu’elle soit à moy qu’autrement.

             LA  FILLE

         Cupido, faictes jugement :

         Le long procès n’y vault pas maille.

             CUPIDO

410  J’en vois parler, vaille que vaille,

         De133 ce que j’ay veu et congneu ;

         Et puis cell[u]y qui sera gru134,

         Si en prenne une douléance.

         Quant à la première ordonnance,

415  La belle fille icy présente,

         Ce n’est que pour resjouyssance

         D’avoir amours, c’est son enttente.

         Or est-elle mignonne et gente,

         Et de riens el(le) ne se soucie,

420  Fors que d’avoir pour toute rente

         Ung mignon qui bien la manie.

         Ergo, considéré les termes

         Que m’avez ouÿ proposer,

         Ung homme qui n’a les rains fermes

425  Pour néant se doit disposer ;

         Parquoy je luy v[u]eil proposer135

         Ung mignon qui bien la manie136

         De nuyt, et de jour, sans reposer.

         Vélà ce que je sentenc[i]e.

             LA  FILLE

430  Cupido, je vous remercie.

             CUPIDO

         Après que j’ay considéré

         Le fait d’elle totallement,

         Comment je vous ay desclairé

         Cy, devant tous137, en jugement,

435  Je regarde semblablement

         Vous deulx, chascun en sa querelle.

         Celluy qui pourra plainement

         La mieulx servir au plaisir d’elle :

         Primo, ce maistre monachus138

440  Dit qu’il joura ung personnage

         Qui vauldra plus de cent escutz,

         Et se vante de faire raige ;

         Et oultre, dit en son langaige

         Que vostre puissance est faillie.

445  Parquoy il aura l’avantaige.

         Vélà ce que je sentencie.

             LE  GENDARME

         Et ! [de] par la Vierge Marie,

         Vous me faictes ung grant excès !

             CUPIDO

          Vous avez ouÿ mon procès ;

450  Et prenez en gré ma sentence !

             LE  GENDARME

         Je prens ce coup en pacience,

         Combien qu’il ne me plaise pas.

             LE  MOYNE

         Puisque bien avez fait mon cas,

         Cupido, vélà deux ducatz

455  Pour voz peines et vos babis139.

             CUPIDO

         Grates vobis140, grates vobis !

             LA  FILLE

         Quant en aucun débat serons,

         Cupido, nous vous manderons :

        Vous viendrez par-devers nobis.

             CUPIDO

460  Grates vobis, grates vobis !

             LE  GENDARME

         Pourtant, se j’ay esté vaincu,

         Vous aurez de moy cest escu

         Pour entretenir vos habitz.

             CUPIDO

         Grates vobis, grates vobis !

                 EXPLICIT

*

1 Dans la Farce de maistre Trubert et d’Antrongnart, d’Eustache Deschamps, un paysan veut plaider contre un homme qui lui a pris une amande dans son jardin !   2 Ce recueil comporte une pochade en vers de Jehan d’Abundance : les Quinze grans et merveilleuz signes nouvellement descendus du ciel au pays d’Angleterre (n° 26). Elle est suivie d’une très rabelaisienne Lettre d’escorniflerie, en prose.   3 L’homme d’armes, le soldat.   4 Princière. Le Prince des Sots n’aurait d’ailleurs pas renié ce « cri » modelé sur celui qui ouvre les sotties.   5 Verge = bague. Si[g]net = bague ornée d’un sceau.   6 Faisant jouer des musiciens à la mode.   7 Sectes, races, espèces.   8 Leçon de R. T : A leuer de ma forteresse   9 Doux, agréable.   10 R évoque clairement le suicide : Qu’aurois piéçà franchi le pas/ De la mort.  On songe aux Regrets de la belle Heaulmière de François Villon : « Ha ! vieillesse félonne et fière,/ Pourquoy m’as si tost abatue ?/ Qui me tient, qui, que ne me fière/ Et qu’à ce coup je ne me tue ? »   11 T : amans  (Vers 368.)   12 Quelque.   13 S’il ne m’accorde aucun petit secours.   14 Ce mélange de paganisme et de christianisme ne choquait pas : une église de Langon fut dédiée à sainte Vénus. C’est d’ailleurs au fils de Vénus, « à Cupido, dieu d’amourettes », que le franciscain frère Guillebert lègue son âme.   15 Miste [mignonne] et habile.   16 Propre aux choses de l’amour.   17 Qui s’évapore.   18 Qu’on commet une faute.   19 La vie de famille.   20 T : accorde  (Recorder = raconter.)   21 Une fourmi : ne vaut rien.   22 Ornée, parée.   23 Du coït. « Les ungz, par leur fin jobelin [leur persuasion],/ Fournissent à l’apointement. » Guillaume Coquillart, Monologue des Perrucques.   24 T : deux  (À quitte ou double. Cf. Maistre Mymin qui va à la guerre, vers 248.)  Soit on refait l’amour, soit on quitte la partie.   25 Vous mettre en valeur. T intervertit les vers 88 et 89.   26 Des couches.   27 Région poilue de l’anatomie féminine. « Fourby luy as son pelisson/ Maintes fois. » (Les Enfans de Borgneux, F 27.)  Cf. le Gaudisseur, vers 53.   28 Leçon de R. T : Je demande ung tel amoureulx   29 Jacobin. À propos de tous ces moines paillards, v. la Confession Margot, vers 14-15.   30 Plaisirs. (Idem au vers 167.) « Je la baiseray des foys trente/ En faisant l’amoureulx délict. » Le Poulier à VI personnages, LV 27.   31 Je vais. Idem vers 410.   32 De la chair fraîche : une jeune fille.   33 Cupidon imposait sa loi aux dieux les plus importants, comme Jupiter.   34 T : male  (« Dieu vous mecte en bonne sepmaine ! » Mince de quaire, F 22.)   35 Le bienvenu.   36 Garçon.   37 Cette injonction, qu’on trouvait dans le Jeu du Prince des Sotz sous la forme « À l’assault, prélatz, à l’assault ! » paraît issue d’un mystère du XVe siècle, les Actes des Apostres : « À l’assault, diables, à l’assault ! » Tel est l’ordre que Lucifer donne au « dyablotin Panthagruel », dont le patronyme aura la postérité que l’on sait.   38 Le vocabulaire érotique doit beaucoup au lexique guerrier. « Toujours ferme et dispos,/ Il fut vainqueur dans trois assauts. » (Commandant Collier.) Cf. les Premiers gardonnéz, vers 163.   39 De bâton [pénis]. Cf. les Sotz qui remetent en point Bon Temps, vers 92.   40 « Ceulx-là qui sont de plusieurs cons batans,/ Foulz arrogans, se monstrent combatans. » Gratien Du Pont.   41 Estimez content celui…   42 Mannequin contre lequel s’entraînent les cavaliers. « Vous jousterez à la quintaine,/ S’elle s’y vouloit consentir,/ Se vous voulez son con sentir. » Jehan Molinet, le Débat du viel Gendarme et du viel Amoureux. Ce débat offre des similitudes avec le nôtre.   43 Leçon de R. T : a vostre abaye maiste frappart  (Le clerc ne s’appelle pas ainsi, contrairement au cordelier de la Femme qui fut desrobée à son mari <F 23>. « Frère Frappart » est le nom générique des moines paillards : « Ce cordelier, qui estoit ung frère Frappart, embrasé de chaleur naturelle et du désir de luxure. » Pogge+Tardif.)   44 Vous viderez les lieux rapidement.   45 Ce sera plus honnête que d’aller avec un prêtre.   46 Débrouillez-vous pour le partage.   47 Un rapport sexuel. « Lorsque m’amie et moy,/ Tous nuds au lict, faisons je ne sçay quoy. » Ronsard.   48 Le propriétaire. La scène des deux hommes qui se disputent une belle fille évoque celle du Faulconnier de ville, à partir du vers 307.   49 Jouissance. (Leçon de R. T : prouision)   50 Tonsurés.   51 T : Pournent cy vous vous  — R : Pourneant icy  (Pour néant [pour rien] réapparaît à 425.)   52 Je la mènerai.   53 R propose un jurement plus savoureux de la part d’un moine : Je me donne à Dieu !   54 N’y comptez pas.   55 Ce qu’on alloue provisoirement à un plaideur en attendant le jugement.   56 Expédition de mon affaire. Dans les farces, les femmes, qui sont illettrées, déforment le jargon juridique : cf. Colin, filz de Thévot, vers 186-190.   57 T : auancies  (Que vous progressiez.)   58 Un bon amant. « Mon gentil gallois,/ Ailleurs quérir je n’yray mie/ Une “andouille” à faire bons pois. » Parnasse satyrique.   59 Son pénis. Cf. Raoullet Ployart, note 29.   60 Juron féminin.   61 Voilà des mots bien choisis.   62 En plein air, lors de mes déplacements. Voir le vers 199.   63 C’est dans l’ordre des choses.   64 Exposée aux tempêtes et enrhumée.   65 Sur la paille d’une écurie.   66 T : cloistriez  (Qui vivons dans des couvents.)   67 Le « gras chanoine » des Contrediz de Franc Gontier, de Villon, personnifie bien cet éloge du confort et de la luxure dans lesquels se prélassaient les moines conventuels : « Il n’est trésor que de vivre à son aise. »   68 Qui me fais mousser. Leçon de R. T : Et moy beau sire qui fois croistre/ tous les iours deuant les dames   69 Exclus, privés.   70 T : contiens  (Les prêtres de jadis acquittaient une redevance, le couillage, pour avoir le droit d’entretenir une concubine : « Mais oserois-je bien parler de l’infâme tribut qu’on  souloit faire payer aux prestres pour estre dispenséz d’en tenir [autorisés à entretenir des maîtresses], et le nommer par son nom, le couilliage ? » Henri Estienne, Apologie pour Hérodote, XXI.)   71 Avant.   72 Le vocabulaire musical se prêtait à des incartades érotiques. La Fille assure le « bas » (cf. les Femmes qui font renbourer leur bas), et l’homme improvise le « dessus ». On trouvera les mêmes détournements dans une chanson de Pierre Bergeron : « Je pris le dessus, non sans rire,/ Et ma maistresse le dessous./ Nous commençasmes par nature/ Nos sons et accords tout exprès ;/ Et, las de battre la mesure,/ Je finis en bémol [débandade] après. » Cabinet satyrique.   73 Je prends ce vers et le suivant dans R.  (T offre de ce distique une lecture moins claire avec une rime du même au même : Car aucuneffois sans dessus/ Mauuais chantre est par ung desol.)  L’éditeur de 1612 place là un clin d’œil à Roland de Lassus, qui composa plusieurs chansons grivoises, dont la célèbre Fleur de quinze ans, sur un poème de Marot.   74 R : grignote  (Gringoter = chanter. Mais aussi, coïter : « C’est ung plaisant esbatement/ De ce bas clicquant instrument,/ Qui si bien tamboure et gringote. » Molinet, Débat <v. note 42>.)   75 Copule. « Les gens mariéz, par despit, disent qu’ils chantent leur première messe sur “l’autel velu”. » (Béroalde de Verville.) « Bé mol » est la prononciation normande de « bois mol » : pénis mou. Voir la note 72.   76 Prononciation normande de « bois quarre » : pénis dur. J.-J. Rousseau a donné l’étymologie du bécarre : « On l’appella B dur ou B quarre, en Italien B quadro. »   77 Leçon de R. T : Hault et gros   78 En épousant ma ligne mélodique.   79 Coup de reins pour coup de reins.   80 Avant de.   81 Ces 3 vers proviennent de R. T : Tout bellement sans me haster <reprise de 234>/ Et pensere aucuneffois <sans rime>/ Sil est besoing en une clause   82 T : organistes  (Jeu de mots sur l’organe viril.)   83 Jeu de mots sur « plain-chant ». Le « champ » est la partie de la femme qu’il faut labourer : « La sibylle aussitôt dans sa chambre le mène,/ Et lui montre le champ de l’amoureux déduit. » Robbé de Beauveset.   84 J’en ai à revendre.   85 T : nem — R : s’en  (Il ne me manque rien.)   86 Une partie basse contre la mienne. « [Merlin] jouoyt le dessus et trouvoit la basse contre toute preste. » Chroniques gargantuines.   87 T-R : Depuis   88 Jeu de mots sur « uni  con » : vulve lisse. (R : Unisson)   89 Redoute.   90 Ces chanteurs, dépositaires de la tradition grégorienne, passaient alors pour de vieilles barbes. « C’estoyt chose mervelleuse de nous ouÿr accorder noz mélodieuses voix (…), non point sy armonieusement comme font les chantres de Cambray ou Paris, combien touttefoys quasi taliter qualiter [presque aussi bien qu’eux]. » Nicolas Loupvent.   91 Clotaire II, né à Cambrai en 584, symbolisait l’ancien temps. « Il a [des] esperons du temps au roy Cloutaire, dont l’un n’a point de molette. » Quinze Joyes de Mariage.   92 Selon la dernière mode.   93 Ce rondeau est publié dans le Jardin de Plaisance (folio 71 r°). On le chante notamment dans la farce des Amoureux qui ont les botines Gaultier (F 9), et dans le Débat de Molinet <v. note 42>.   94 T : champs   95 T : enpleurs   96 T : seres resours  (Vous déposerez un recours lors d’autres assises.)   97 Sans être repris, sans reproche.   98 Remettons la sentence à huit jours de là. Le Gendarme cherche à gagner du temps.   99 Un report. La Fille, peu faite au jargon juridique (note 56), traduit « dilatation » : érection.   100 Citation narquoise d’un autre débat, « prouffitable pour instruire jeunes filles à marier », l’Embusche Vaillant : « Et dit-on : “Dieu, quel capitaine/ Pour faire armes ou grant conqueste !” »   101 Ce qu’on nous a dit.   102 T : il  (De la dilatation à laquelle on ne peut parvenir.)   103 À l’écart. « Ailleurs, en quelque pays a remotis. » Pantagruel, 7.   104 R : Les vieux sçavent d’amour les termes.   105 Leçon de R. T : ung coup la lance  (Courir la lance = copuler : « Elle se coucha, et luy emprès d’elle. Il n’eurent guères esté couchéz, et plus couru d’une lance. » Cent Nouvelles nouvelles.)   106 L’écu, bouclier contre lequel frappe une lance, désignait le sexe de la femme. Cf. le Trocheur de maris, vers 191.   107 Que vous avez longtemps vécu, que vous êtes vieux.   108 Vous puez le moine.   109 Leçon de R. T ne rime pas : Car iustice vous sera tinse   110 T-R : Et  (Jeu de mots sur la main mise.)   111 Le bas métier, le coït.   112 Frais.   113 Un cheval à poils gris <v. le vers 311> court aussi vite qu’un cheval à poils bruns. J’adopte la lecture de R ; T réduit ces 2 vers à : Aussi bien trotte grison que moreau   114 Leçon de R. T remplace ce vers par : mais tant seullement pource que laage/ vous surmonte cest une fois   115 Un écu déprécié vaut malgré tout son poids en or. On assiste à une bataille de proverbes.   116 T : besiaune  (Insane = folle. Rime avec « condamne ».)   117 Coquard = sot.   118 T-R : gente   119 Mignonne (vers 42), élégante.   120 « Les yeulx chassieux, couilles flastries et victz geléz. » J. d’Abundance, Lettre d’escorniflerie, T 26.   121 Leçon de R. T : Comme ung poure chat de may  (Les chats nés au mois de mai n’avaient aucune valeur : « Et dois sçavoir, si tu es bon devin,/ Que chatz de May ne vallent une puce. » J. Molinet, Débat d’Avril et de May.)   122 Que dois-je dire de plus ?   123 Vers manquant. « Autre conseil ne vous puis donner, fors laisser joindre voz gens. » Thrésor des Amadis.   124 Cet « axiome de Normandie », comme l’appelle Béroalde de Verville, se lit notamment dans la farce des Chambèrières (F 51).   125 Leçon de R. T : & brief de vous ie ne vueil point/ Car vous nestes point quil me fit/ Ce quil me feroit   126 Une raide verge (lat. vena). « –Il a jà une verte vayne./ –Au moyns serez-vous bien joyeuse/ Quant ma queue verte sentirez. » Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.   127 En faisant durer le plaisir. « Pauline, qui n’estoit pas mal contente de ce long travail, s’estonnoit de la longue haleine de son piqueur. » (Bandello+Belleforest.)  Quoi qu’en disent des personnes mal informées, « coup » avait la même acception libre qu’aujourd’hui : « Ung jeune fils qui se fiança,/ À sa fiancée emprunta/ Ung coup sur le temps advenir. » (Sermon joyeux d’un Fiancé.) Cf. Frère Guillebert, vers 90.   128 T : quil   129 Un avocat.   130 Je remets « la cause à huitaine » (vers 288).   131 Une corde de charpentier.   132 Exhiber mes testicules. (Cf. Frère Guillebert, vers 354.)  Avec le même double sens érotico-juridique, les basochiens disaient aussi : « Mettre les pièces dessus le bureau. » Quant aux plaideurs, on les nommait « les parties ». Tout ces termes ambigus simplifiaient la vie aux avocats qui rédigeaient des causes grasses, plaidoiries carnavalesques d’une touchante obscénité. Le jugement de Cupidon (vers 414-446) est lui-même une cause grasse.   133 D’après.   134 Grup = condamné. « Son procès va donc à rebours,/ S’il est grup. » (Mistère de la Passion.) C’est un mot d’argot : « Car qui est grup, il est tout roupieulx [honteux]. » (Villon, Ball. en jargon, VII.)   135 T : disposer  (Rime précédente.)   136 T : maine  (Même vers que 421.)   137 T : toutes   138 Moine.   139 Babils, plaidoiries.   140 Merci à vous. On prononçait « grattez vos bis » : grattez vos sexes, masturbez-vous parce que vous n’aurez rien d’autre. « [Nous en sommes] quites pour un grates vos bis. » (Marchebeau et Galop, LV 68.)  Bis = vulve : « La belle fille entre les bras,/ Et river le bis à plaisance,/ Dix foys la nuyt. » Sottie de Folle Bobance.

LES PREMIERS GARDONNÉZ

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

 

*

LES  PREMIERS  GARDONNÉZ

*

 

Cette sottie parisienne, sans doute jouée le 6 janvier 1492, est une « farce de collièges1 ». Le Principal du collège, nouvel avatar du Prince2 des Sots, retrouve des élèves fugueurs3. Parmi eux, le chouchou du maître, qui sera le premier guerdonné [récompensé].

À l’Épiphanie4, le 6 janvier, les collégiens célébraient la « feste du Roy de la febve ». Ils se déguisaient, puis jouaient des « farces, mommeries ou sottises » composées par eux-mêmes. Le Parlement de Paris confiait au principal du collège la rude tâche d’expurger le texte.

Source : Recueil Trepperel, nº 13.

Structure : Rimes abab/bcbc, rimes plates, avec 1 triolet, et une espèce de lai à trois rimes. Une fois de plus, le travail de l’imprimeur est de plus en plus fautif quand il approche de la fin.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

*

Sotie nouvelle à cinq personnages des

Premiers gardonnéz

*

 

C’est assavoir :

    LE  PRINCIPAL  [BIEN-VENU]

    L’ERMITE

    LE  COQUIN

    LE  PÈLERIN

    LE  QUART 5

*

 

                                          LE  PRINCIPAL  commence       SCÈNE  I

           Esse tout6 ? Où sont mes suppostz ?

           Où suis-je ? Vient-on plus céans ?

           Cecy me vient mal à propos7.

           Esse tout ? Où [sont] mes suppostz ?

5    Je cuide qu’ilz ont prins campos8 ;

          N’auray-je plus d’estudians ?

          Esse tout ? Où sont mes suppostz ?

          Où suis-je ? Vient-on plus céans ?

           Gentilz mignons, gentilz enffans,

10   Devez-vous présent reposer ?

           Ne viendrez-vous point sur les Champs9,

           Pour voz gentilz corps exposer ?

           N’est-il pas temps de composer10

           Chansons et balades nouvelles,

15   Prendre textes et les gloser

           Au vray, selon le contenu

           Par le Principal Bien-venu11 ?

           Que faictes-vous ? Levez voz velles12 !

           Me voullez-vous habandonner ?

20   Vous cherront les plumes des elles13,

           Au temps que vous devez voller

           Et mener jubilacion.

           Est-il temps de se désoller

           Et cheoir en tribulacion ?

25   Ne fust-il pas présent saison

           De mener tout esbatement,

           Actendu que le temps est bon14 ?

           Je ne l’entens point aultrement :

           Il sont mors et au finement15

30   Mes seigneurs, à Dieu je vous dis16.

.

               L’ERMITE    SCÈNE  II

           De profundis, de profundis

           Ad te clamavi, Domine17 !

               LE  PRINCIPAL

           Et ! qu’esse-cy ? Est tout finé18 ?

           Dois-je aller à recullorum19 ?

               L’ERMITE

35   Animabus famulorum

           Famularumque20.

               [LE  PRINCIPAL]

                                          [Est tout]21 perdu ?

           Oncques ne fus si esperdu !

               [L’ERMITE]

           Je vifz comme beste sauvaige,

           Tout reclus en ung hermitaige,

40   Sans que nully me solicite.

               LE  PRINCIPAL

           (Lais[s]ez-moy venir cest hermite ;

           Car je soye par le col pendu,

           Veu ce que je l’ay entendu,

           Se ce n’est ung de mes suppostz22.)

               L’ERMITE

45   Fratres, fratres, nolimus vos,

           Nolimus vos ignorare23

           Je rendray bien raison quare24

           Quant viendra en temps et en lieu.

           C’est grant fait que de servir Dieu ;

50   Ung chascun doit fuÿr le Monde.

               LE  PRINCIPAL 25

           (Je pry à Dieu qu’il me confonde

           Se ne vélà ung de mes gens !

           Je le congnois bien, je l’entens.

           Laissez-le venir, laissez faire.)

               L’ERMITE

55   La paix Dieu soit en ce repaire !

           Qu’i vous doint s’amour et sa grâce !

               LE  PRINCIPAL

           Beau Père, Jésus vous parface26

           Et vous donne perfection !

           Mais de quelle religion27

60   Estes-vous ? Je ne vous congnois.

               L’ERMITE

           Je me tiens, mon seigneur, ou28 bois,

           Pour acquérir mon saulvement.

               LE  PRINCIPAL

           Or, mettez jus29 l’abillement,

           Et puis nous verrons bel estat30 !

               L’ERMITE

65   Ô Dieu ! je seroyes appostat,

           Se je délaissoyes mon habit.

               LE  PRINCIPAL

           Ha ! « frère », que vélà bien dit !

           Par Dieu, si le mettrez-vous jus31 !

               L’ERMITE

           Hélas, mon rédempteur Jhésus !

70   Ne me faictes pas ceste oultraige !

               LE  PRINCIPA[L]

           Vécy ung hermite sauvaige32 ;

           En vistes-vous onc(ques) de la sorte ?

               L’ERMITE

           Vous voyez quel habit je porte,

           Il ne s’en fault plus enquérir.

               LE  PRINCIPAL

75   Pour quoy t’es-tu tant fait quérir ?

           Que ne vins-tu dès l’an passay33 ?

               L’ERMITE

           Venir n’estoit pas tout trassay34 :

           Les Festes estoient35 deffendus.

               LE  PRINCIPAL

           En ung gibet fussent pendus

80   Ceulx qui y misdrent36 empeschement !

           Vient-il que toy, pour le présent ?

           Des autres, en as-tu rien veu ?

               L’ERMITE

           Corps bieu ! il y a longuement

           Que ne les vy ne apparceu.

               LE  PRINCIPAL

85   S’ilz ne viennent, je suis déceu37.

               L’ERMITE

           Il n’est pas qu(e) aulcun ne [vous] faille38.

               LE  PRINCIPAL

           Nostre Estat seroit mal pourveu.

.

               LE  COQUIN 39    SCÈNE  III

           Quelque denier ou quelque maille,

           Ou quelque bon lopin de pain

90   Au povre [homs40] qui se meurt de fain !

           Pour Dieu, qui en a, si m’en baille !

               LE  PRINCIPAL

           Qu’esse que j’oy là ?

               L’ERMITE

                                               Ne vous chaille ;

           Escoutez ung peu le mien train41.

               LE  COQUIN

           Au povre homs qui [se] meurt de fain.

               LE  PRINCIPAL

95   Mais dit-il vray, ou s’il se raille ?

           S’il se mocque, que l’en l’as[s]aille,

           Et l’envoyez fouller le fain42 !

               LE  COQUIN

           Quelque denier ou quelque maille,

           Ou quelque bon loppin de pain

100  Au povre homs qui [se] meurt de fain !

               LE  PRINCIPAL

           Va-le empoingner par la main,

           Et m’admaine cel(le) truandaille43 !

               L’ERMITE

           Vous n’avez garde que g’y faille ;

           Je vous le vois quérir soudain.

               LE  COQUIN

105  Hélas ! fault-il que je m’en aille ?

           Au povre homs qui [se] meurt de fain.

               L’ERMITE

           Tirez avant, coquin villain !

           Venez devant le Principal !

               LE  COQUIN

           Hélas ! je n’ay fait aulcun44 mal :

110  Qu’avez-vous de moy entendu ?

           Je vous pry, se je suis pendu,

           Recommendez-moy à mes gens45.

           Laissez-moy aller, je me rens.

           Jesu Christe46, miserere !

115  Se je meur, je leur escripré

           Que la grant clef de nostre huche

           Est ou pertuys où je la muce47,

           Et qu’ilz gardent bien ma besace.

               L’ERMITE

           Principal, vez-le cy en place.

120  Regardez quel homme notable !

           Je cuide qu’il se tient coupable,

           Car il a grant peur de mourir.

               LE  PRINCIPAL

           Et que vient-il icy [q]uérir ?

           Veult-il présent troubler ma Court ?

125  Despoille-toy et le fais court48 !

           Il gist en mon oppinion

           Qu’il y a quelque fiction49

           Va-le despouiller vistement !

               LE  COCQUIN

           Je n’ay pas grant habillement,

130  Ne guières vestu sur le dos.

               [L’ERMITE]

           [C’est ung Sot !] Ralliamus nos50 !

                                           [LE  COQUIN]

           Je suis au point où je doibs estre51

           Principal, mon redoubtay maistre,

           Je pensoyes que vous fussiez mort.

               LE  PRINCIPAL

135  Par sainct Jehan ! tu avoyes grant tort,

           Car je n’en euz onc le couraige52.

               L’ERMITE

           Aussi seroit-ce grant dommaige

           De perdre ung [aus]si vaillant homme.

               LE  PRINCIPAL

           Or vien çà ! Déclaire-moy53 comme

140  Tu t’es habillié en ce point.

           Qu’as-tu trouvay ? Quel ver t’a point54 ?

           En l’aultre an, pourquoy ne vins-tu ?

               LE  COQUIN

           Tout n’en valloit pas ung festu.

           Nous fusmes bannis en tous lieux55,

145  En la malle grâce des dieux.

           Et puis ces paillards boulengiers

           Qui vendoient sept ou huit deniers

           Le pain qu’on a présent pour ung56.

           Quant je vy ce train et ce run57,

150  Je ne fus fol ne négligent,

           Mais couru[s] à Sainct-Innocent58

           Me fourrer avec les maraulx59.

               LE  PRINCIPAL

           Et de vivre ?

               LE  COQUIN

                                  Soubz beaulx estaulx60.

           Chacun apporte son loppin :

155  L’ung du pain [et] l’autre du vin ;

           L’ung avoit son morceau de lard,

           L’aultre des trippes61, pour sa part,

           [……………………… andouille.]62

           Chacun mect la main à la fouille63,

           Et brouon[s]64 à [la] Gourde Pyenche65.

               L’ERMITE

160  Se treuve point quelque Laurence66

           Aulcuneffoiz sur le terrant67 ?

               LE  COQUIN

           Trouver je n’en vis oncques tant :

           Pensez qu’il y a maints assaulx68 !

               LE  PRINCIPAL

           Et du logis ?

               LE  COQUIN

                                    Soubz beaulx estaulx,

165  Je vous l’ay jà une foiz dit.

           Nous avons du guet sof-conduit69,

           Car il ne nous vient point chercher :

          Sergens n’ont garde d’approcher,

           Car il n’y a point de praticque70 ;

170  S’il viennent, on leur fait la nicque71.

           Car ilz n’y pensent trouver acquest72.

               LE  PRINCIPAL

           J’entens le train, je voy que c’est.

    On [y] brasse maint bon escot.

.

               LE PÈLERIN, en chantant    SCÈNE IV

     « Sancte73 Michael, [da esco]74 !

175  Volo mandare75, Dieu bonum76 !

    Kyrieleyson, Kyrieleyson !

    Alleluya, alleluya ! »

               LE  PRINCIPAL

    Je croy qu’en Court il en y a…77

    Taisez-vous et faictes scilence78 !

               LE  PÈLERIN  [en chantant]

180  « Sancte Michael ! »

               LE  PRINCIPAL

                Il recommence ?

    Si fault-il que j’en voye la fin !

               L’ERMITE

    Habit porte de pèlerin.

         Je ne sçay que ce[la] peut estre.

               LE  COQUIN

         Je cuide que c’est ung fin maistre79.

               LE  PRINCIPAL

185  Par adventure qu’il cuide estre

         Entré en ung aulcun hôpital80.

               L’ERMITE

    Il n’y commence pas trop mal :

    Il en prent assez bien la voye81.

               LE  PRINCIPAL

    Va le quérir, que l’en le voye !

190  Il [est des miens]82, par adventure.

               LE  COQUIN

         Çà83, pèlerin !

               LE  PÈLERIN

             Dieu de Nature

    Le vous rende, mon doulx enfant !

               LE  COQUIN

    Il vous convient venir devant

    Le Principal, qui vous appelle.

               LE  PÈLERIN

195  A-il quelque chose nouvelle84 ?

         Je ne vueil point qu’on me ramposne85.

               LE  COQUIN

    Nenny ; c’est pour avoir l’aulmosne,

    Pour tant que vous la demandez.

               LE  PÈLERIN

    Je vous prie [que] recommendez

200  Vers luy ma [tant] pouvre personne ;

    Car par mon âme, qui me donne,

    Il fait bien et grant charité.

               LE  COQUIN

    Or, enquérez la vérité

    De ce « pèlerin », Principal !

               LE  PRINCIPAL

205  C’est ung mignon espécial,

    Je le congnoys86 bien à sa myne.

    Il ne fault jà qu’on l’examine,

         Par ma foy : je le congnoys à l’œil87.

    Despoullez-le tost, je le vueil !

210  Vous verrez, per sanctum Quoque88,

    Ung pèlerin de quando-que89 ;

    Je le voy bien à sa manière.

               L’ERMITTE

    Avallez90 la robe derrière !

    Principal, voyez quel appostre !

               LE  PÈLERIN

215  Hault le boys91, gallans ! Tout est nostre.

    Arrière, soucy ne92 meschance !

               LE  PRINCIPAL

    Mes gens me vienne[nt à la] chance93.

    Vien çà ! Dy-moy en brief langaige

    Où estoit ton pellerinaige.

               LE  PÈLERIN

220  Corps bieu ! pour vous dire le point,

    Principal, je n’y alloyes point ;

    Je ne faisoyes que par faintise.

               LE  PRINCIPAL

    Et pourquoy ?

               LE  PÈLERIN

                                       Et ! pour tant : se j’advise

    Aulcun paillard garson sergent

225  Qui me void ung baston portant

    Et me rencontre en [ung] chemin,

    Je diray que suis pèlerin94 ;

    Mais soubz l’ombre de ceste feste95,

    On leur baille bien sur la teste.

               LE  PRINCIPAL

230  Vélà trèsbeau pèlerinage !

               LE  PÈLERIN

    Item96, je gaigne davantaige,

    Soubz cest habit, aulcun[s] seigneurs97.

               LE  PRINCIPAL

    Et quelz gens ?

               L’ERMITE,  en sacoutant98

              Ce sont procureurs.

               LE  PRINCIPAL

    Les crains-tu ?

               LE  PÈLERIN

              Plus que nulle gent,

235  Car il ne font rien sans argent.

    Et puis quant tout l’argent est mis99,

    Il n’y a conffort100 ny amys.

    Unde locus101 que l’en doibt estre

    Parmy le trou d’une fenestre

240  Et par le trou d’une serrure,

    Qui n’est point mencion102 [très] seure,

    Veu qu’on ne scet pourquoy ne quant

    Estre excommunié content103.

               [LE  PRINCIPAL]

    Je n’entens point ceste raison.

               [LE  PÈLERIN]

245  Je loge bien en ma maison

    Pour une nuit tant seullement ;

    Ergo104, il s’ensuit clèrement,

    S’aulcun est vers moy despité105,

    Que je seray demain cité106

250  En mettant ung peu de papier

    Soubz la porte. C’est beau mestier !

               LE  PRINCIPAL

    Plusieurs sont en maulvais quartier

    Par maulvaises citacions.

    Combien107 qui doit, il doit payer

255  Sans aultres allégacions ;

    Mais de venir par les maisons

    Exécuter subtillement,

    Ce sont excommunications !

    Autant en emporte le vent108

               L’ERMITE

260  Si se109 fait cela bien souvent.

    Malleur à celluy qui la110 donne,

    S’il n’aparoist à la personne111 !

               LE  PRINCIPAL

    Nul ne peust de chose congnoistre

    Qui112 ne luy en fait apparestre.

265  Mais revenons à noz moutons113,

    Et plus à cecy n’arrestons.

    Est tout venu ? Il en fault ung114,

    Ce n’est pas [là] mon train commun

    Pour servir à mon appétit.

270  Qu(e) est devenu ung [mien] petit ?

    Il m’en convient avoir nouvelle.

               L’ERMITE

    Sercher le fault à la chandelle.

               LE  PRINCIPAL

    Je ne sçay s’on le trouvera.

               LE  COQUIN

    Ho ! je l’ay trouvé, vez-le là,

275  Propre com ung esmerillon115.

.

               LE  QUART    SCÈNE  V

    Fault-il que nous [nous] resveillon ?

    Le bon temps116 est-il revenu ?

    S’il fault que nous appareillon117,

    Je seray des premiers venu :

280  « J’ay tousjours [sotie] maintenu

    Et maintiendray toute ma vie118 ;

    Quelque cas qui soit advenu,

    J’ay tousjours maintenu sotie. »

               LE  PRINCIPAL

    Tu as gentille fantasie :

285  Tu ne fauldras point au besoing.

               LE  QUART

    J’estoye bien près, quoy qu’on [en] die ;

    Mais on ne me voit pas, de loing.

    Nonobstant que je prendray soing

    À bien servir le Principal,

290  Vous aultres qui venez de loing

    Vous l’avez entretenu mal ;

    Et pour vous dire en général,

    Se la lune119 n’est clère et belle,

    Il ne peut à mont ne à val

295  De nuyt cheminer sans chandelle.

          « Je reluys,120

          Je conduys,

      Je monstre la clère voye,

         Je vous duys

300       Et produis.

      Principal, où que je soye121,

      De vostre bien j’ay grant joye.

      Vous m’avez entretenu,

      Posay que tard venu je soye ;

305    Hault Principal Bien-venu,

      Tousjours m’avez soustenu.

      Je fusse plus tost venu, »

    Mais j’actendoye la bienvenue122.

               LE  PRINCIPAL

    Or vien [çà ! Dont]123 t’est advenue

310  Une pensée [aus]si sauvaige ?

    [Puis]que tu n’as eu tel couraige124

    Comme ceulx-cy, mal adviséz,

    Qui en leurs habitz desguiséz

    Estoient venus par-devers moy,

315  Déclaire-moy raison pourquoy

    Tu as maintenu ton est estat125.

               LE  QUART,  en sacoutant

    Escoutez deux motz…126

               LE  PRINCIPAL

                    Quel esbat !

    Pourquoy ont-ilz changié d’abit ?

               LE  QUART,  en sacoutant

    Pour tant que…

               LE  PRINCIPAL

                Paix, c’est assez dit !

320  Ilz se deffyoient ?

               LE  QUART,  en sacoutant

                Je m’en doubte127,

    Car le temps passay…

               LE  PRINCIPAL

                  Ha ! escoute,

    Tu es assez saige et subtil :

    Mes suppostz, que demandent-il ?

               LE  QUART

    De leur estat je m’esmerveil128.

325  Que je parle à vous de conseil…    Dicat in aure.129

               LE  PRINCIPAL

    L’ont-ilz dit ?

               LE  QUART,  en sacoutant

             Encor(e) plus…

               LE  PRINCIPAL

                        Quelz motz ?

               LE  QUART,  en sacoutant

    Item

               LE  PRINCIPAL

          Il va mal à propos.

               LE  QUART

    En effect, j’entens bien à eulx

    Qu’il fault que [vous] leur faciez mieulx.

               LE  PRINCIPAL

330  Fais-les130 tous venir !

.

               LE  QUART 131    SCÈNE  VI

                  Vez-les cy.

               LE  PRINCIPAL

    Par ce migno[nne]t132 que vécy,

    J’entens que mal estes contens,

    Et que par moy servir, aussi,

    Vous avez perdu vostre temps.

335  Vous avez esté diligens

    À moy servir, je le sçay bien.

    Parlez, ne soyez négligens,

    [Et] dictes-moy s’il vous fault rien.

               L’ERMITE

    Pour vous dire du bien le bien133,

340  Nous [vous] avons servy…

               LE  PRINCIPAL

                   Et puis ?

               LE  COQUIN

    Vous voyez l’estat où je suis.

    Je croy qu’il fault que je vous quicte.

               LE  PRINCIPAL

    Et pourquoy ?

               LE  COQUIN

              C’est134 une redicte !

    Jamais ne me fistes nul bien.

               L’ERMITE

345  Aussi, par semblable moyen,

    Il est saison que je m’en voise.

               LE  QUART

    Allons, tout beau, sans faire noise !

    Le moins débat est le meilleur.135

 

    Principal, dictes, mon seigneur :     SCÈNE  VII

350  Après toutes choses bien veuz,

    Il fault que voz gens soient pourveuz,

    Ou la chose ira mal à point.

               LE  PRINCIPAL

    Je regarderay sur ce point.

    Chascun sera content de moy.

355  Mignon, or t’en va, par ta foy,

    Et leur demande qu’il leur fault.

               LE  QUART

    Il convient batre le fer chault,

    Aultrement, tout n’en vauldroit rien.

 

    Compaignons, escoutez : je vien      SCÈNE  VIII

360  Devers vous en espicial136

    Vous dire que le Principal

    Est d’accord de vous contenter.

    Et pour tant, sans plus [cy] tarder,

    Venez sçavoir qu’il vous dira.

               L’ERMITE

365  Vienne ce qu’avenir pourra.

    De cas villain, long souvenir137.

    Au pis ne peut-il qu’avenir

    Que partir, qui138 rien ne donra.

               LE  PÈLERIN

    Aller parler [fault ; on]139 l’orra

370  Sans plus cy tenir long propos140.

.

               LE  QUART     SCÈNE  IX

    Principal, vécy voz suppostz ;

    Regardez que vous en ferez.

               LE  PRINCIPAL

    Je ne vueil pas que murmurez,

    Mes suppostz : dictes qu’il vous fault.

               L’ERMITE

375  Sans141 crier plus [bas ne plus hault]142,

    Après tous beaux motz blasonnéz143,

    Il fault que vous nous gardonnez144 ;

    Aultrement je ne l’entens pas.

               LE  PRINCIPAL

    Enffans, je congnoys vostre cas ;

380  Vous le ferez tirer145 à part.

    Rengez-vous chascun à l’esquart.

    Chascun emportera son don ;

    Vous aurez chascun son gardon146,

    Et ne vous ploignez point de moy.

385  Tien cestuy-cy : vélà pour toy147.

    Autant m’est Gaultier que Michault148.

               L’ERMITE

    Vous l’avez gardonnay bien hault !

               LE  PRINCIPAL

    [J’en veulx faire à mon appétit.]149

               [LE  PÈLERIN]

    [Convient-il que]150 le plus petit

    Soit tout le plus hault gardonnay ?

               LE  PRINCIPAL

390  Ce qui est donnay est donnay,

    Il n’en convient point murmurer.

    Vien çà, je te veil pardonner :

    Porte ce gardon sur151 ta manche.

               LE  COQUIN

    Principal, pour Dieu, qu’on s’avance

395  De moy donner aulcun gardon !

               LE  PRINCIPAL

    Or, tien cecy : vélà ton don152.

               LE  COQUIN

    Vous gardonnez en abaissant !

               LE  PÈLERIN

    Et puis moy, qui suis le plus grant,

    Ne seray-je point gardonnay ?

               LE  PRINCIPAL

400  Cestuy-cy te sera donnay153.

    Pense que [je] ne t’oublye pas.

               LE  PÈLERIN

    Par Dieu, mon gardon est bien bas !

               LE  PRINCIPAL

    So[u]ffise-toy144. N’en parlez plus,

    Aultrement, ce seroit abus.

405  Car selon que tous vous ferez,

    Gardon plus hault vous porterez

    Ou plus bas. Et notez ce point.

               L’ERMITE

    Je n’y entens rien.

               LE COQUIN

                Ne moy point.

               LE PÈLERIN

    Il [me] semble que tout va mal.

               LE  QUART

410  Nous sommes gardonéz à point,

    Ainsi qu’il plaist au Principal.

               LE  PRI[N]CIPAL

    Pour le vous dire en général,

    Enfans, vous estes gardonnéz ;

    Et vous ay assez ordonnéz145,

415  Selon Dieu et selon police146.

    (Il n’est si ferray qui ne glice147.)

    Affin de vous dire content,

    Prenez en gré pour maintenant.

    Tousjours aurez de mes nouvelles

420  En mes chasteaulx et mes tourelles148.

    Et nottez à mont et à val

    Que je suis vostre Principal,

    Qui vous ay tous149 entretenu.

               L’ERMITE

    Trèscher Principal Bien-venu,

425  Tousjours maintiendrons voz querelles150.

               LE  QUART

    De par moy serez soustenu

    Partout, Principal, de [par elles]151.

               LE  COQUIN

    Pour user cinquante semelles

    Soubz mes souliers152, n’en doubtez rien.

               LE  PÈLERIN

430  Principal, [très]tout ira bien,

    N’ayez pensée ne soucy.

               LE  PRINCIPAL

    Mes suppostz, je le vueil aussi.

    Vous sçavez qu’il y a mains jours

    Que mon resgne n’a point de cours153 ;

435  Et maintenant, vécy le temps154

    Que tous vous feray bien contens.

    Pensez tousjours de bien servir,

    Et à Dieu jusqu(es) au revenir !

                   EXPLICIT

*

1 Sottie des Coppieurs et Lardeurs, T 8.   2 Les deux mots viennent du latin princeps. Le Principal règne (vers 434) sur un État (vers 87), il possède une Cour (vers 124) et des châteaux (vers 420), il distribue des décorations à ses troupes (vers 393).   3 La désobéissance des Sots est un lieu commun. Voir le Prince et les deux Sotzles Rapporteurs, les Sotz escornéz  4 Voir l’édition d’Eugénie Droz, Recueil Trepperel, I, p. 96. Droz veut identifier notre pièce avec la « Farce des trois Coquins » dont parle la sottie des Coppieurs et Lardeurs (T 8). Elle a tort : la Farce des [trois] Coquins existe à part entière, et se trouve dans le recueil de Florence (F 53). La présente sottie ne comporte qu’un seul rôle de Coquin.   5 Le 4ème Sot. Les trois autres portent un déguisement par-dessus leur livrée de Sot, ce qui les fait changer de statut et de nom. Le rôle du Quart fut probablement écrit pour un nain ; cf. les vers 270, 272, 287, 388. La proximité des nains et des bouffons est bien connue : voir Dwarfs and jesters in art, d’Erika Tietze-Conrat (New-York, 1957).   6 Même formule – et circonstances analogues – dans le Prince et les deux Sotz, vers 48. La suite du vers se retrouve dans les Sotz escornéz, vers 224.   7 En ce jour de représentation théâtrale.   8 Congé, dans le jargon estudiantin. « Les enfans d’escolle/ Ont souvent campos. » (Godefroy.) Cf. les Sotz escornéz, vers 223.   9 Notre-Dame-des-Champs était l’un des lieux de ralliement des collégiens <Arthur Christian, Études sur le Paris d’autrefois>. Mais, tout comme l’écolier limousin de Pantagruel, ils fréquentaient aussi une rue malfamée qu’on surnommait « Champ-Gaillard » ; Cholières la qualifiait de « Champ-gaillard des bordèleries ». (Cf. la note 133 d’une autre sottie de collège, la Résurrection Jénin à Paulme.) Rappelons enfin que champ vient du latin campus, qui désigne aujourd’hui un cantonnement universitaire.   10 T : proposer   11 Le contenu bien accepté par le Principal (voir notice). Mais « Bien-venu » revient à 305 et à 424. Il peut s’agir d’un prénom, ou d’un patronyme. Ou d’un surnom : le « droit de bienvenue » (vers 308) désignait parfois les écus d’or que les collégiens offraient à leur principal lors de la foire du Lendit, et par extension, toutes les sommes qu’on extorquait aux élèves. « Se nourrissant des bienvenuës qu’il pouvoit attraper des escoliers qui vouloient apprendre à tirer des armes. » (Victor Palma Cayet.)   12 Hissez vos voiles pour venir jusqu’à moi.   13 Les plumes de vos ailes tomberont.   14 Que nous entrons dans les jours gras du Carnaval.   15 Trépassés.   16 La pièce ne pouvant être jouée faute d’acteurs, il prend congé du public.   17 « Du fond de l’abîme, vers toi j’ai crié, Seigneur. » (Psaume 130.) C’est une prière pour les âmes du Purgatoire.   18 Est-ce la fin du monde ?   19 Au piquet, dans le jargon du Quartier Latin, dont se délecte l’auteur. « L’on ne se soucyoit du pauvre Pantagruel, et [l’enfant] demeuroit ainsi à reculorum. » Rabelais.   20 T : Famulabus  (« Aux âmes de tes serviteurs et de tes servantes. » Psaume 130.)   21 T : tout est  (L’interrogation « Est tout » apparaît aussi à 33 et à 267, dans la bouche du Principal.)   22 Lesdits suppôts évoquent « les archisupposts, qui sont les escoliers desbauchéz ». (Olivier Chéreau, Le Jargon, ou langage de l’argot réformé, 1629.)   23 « Frères, nous ne voulons pas que vous ignoriez… » (Saint Paul, 1ère épître aux Thessaloniciens. « Nolumus » serait plus classique.)  L’Ermite répète tous les mots parce qu’il a oublié la fin de la citation : « …de dormientibus. » [ce qui concerne les morts.]   24 Pour laquelle : j’expliquerai pourquoi quand ça me sera revenu.   25 T : premier   26 Vous rende parfait.   27 De quel ordre religieux.   28 Au. Beaucoup d’ermites s’isolaient dans la forêt.   29 Mettez par terre.   30 T : esbat  (Nous verrons que vous avez un statut de Sot. Cf. le vers 316.)   31 Il lui arrache sa robe monacale, et fait apparaître le costume du Sot. Cf. le Prince et les deux Sotz, notes 52 et 54.   32 Pudique, alors que les moines ne rataient jamais une occasion de retrousser leur robe.   33 Ce vers et le vers 142 laissent penser que nous avons ici le second volet d’une pièce jouée l’année précédente. Le cas n’était pas rare : Amédée Porral écrivit à un an d’intervalle la 1ère Moralité de Genève et la 2ème Moralité de Genève ; Triboulet fit la même chose avec la sottie des Coppieurs et Lardeurs (T 8) et la sottie des Sotz qui corrigent le Magnificat (T 5) ; et Guillaume Coquillart avec le Plaidoyer d’entre la Simple et la Rusée et l’Enqueste d’entre la Simple et la Rusée.   34 T : cassay  (Pas tout tracé = pas commode, comme un chemin mal tracé.)   35 T : cestoient  (Le 4 novembre 1488, la Faculté des Arts avait interdit le théâtre scolaire lors des fêtes de la Saint-Martin, de la Sainte-Catherine et de la Saint-Nicolas. Il ne restait plus aux collégiens que la fête des Rois, et encore, avec des restrictions : voir la note 55.)   36 Mirent. Le Principal maudit ses employeurs.   37 Déçu = berné, floué.   38 Il n’est pas possible qu’un seul vous fasse défaut. Par association d’idées, « qu’aucun » semble faire venir le « Coquin ».   39 Le mendiant.   40 Homme. Voir les refrains 94, 100 et 106.   41 Mon histoire.   42 Le foin, la paille d’un cachot. Certains collèges disposaient d’un in pace où les bons pères enfermaient pendant quelques heures ou quelques jours les élèves punis.   43 Ce mendiant.   44 T : nul   45 Aux compagnons d’infortune avec qui je vis en communauté.   46 T : christi  (Jésus Christ, aie pitié !)   47 Musser = cacher. « En sa capeluche,/ On trouva tout incontinent/ Une clef d’une vieille huche. » Sottie des Vigilles Triboullet, T 11.   48 Dépouille-toi vite (de tes hardes). En argot moderne, se dépoiler = se déshabiller.   49 Tromperie.   50 « Réunissons-nous ! » Encore du jargon estudiantin.   51 Me voilà redevenu Sot.   52 Le cœur, l’envie.   53 T : mon  (Dis-moi pourquoi. Le Principal s’adresse au Coquin.)   54 Quelle mouche t’a piqué.   55 Depuis 1488, les collégiens ne pouvaient plus célébrer les fêtes hors de leur propre établissement. De même, ils n’avaient plus le droit de porter des costumes somptueux sur scène ; par défi, les jeunes comédiens se couvrirent de haillons.   56 Le prix du pain restait identique, mais son poids était redevenu réglementaire, suite à un arrêt du Parlement de Paris daté du 22 novembre 1491 (voir la notice des Sotz qui remetent en point Bon Temps). La pièce fut donc jouée l’année suivante.   57 T : ieu  (Cet ordre des choses.)   58 Ce cimetière parisien abritait une véritable cour des Miracles : prostituées, « secrétaires des chambrières » [proxénètes], receleurs, alchimistes, écrivains publics, marchands, fugitifs profitant de l’immunité du lieu saint, vrais ou faux aveugles, prêcheurs, et surtout mendiants. « [Paris] estoit une bonne ville pour vivre mais non pour mourir, car les guenaulx [mendiants] de Sainct-Innocent se chauffoyent le cul des ossemens des mors. » (Pantagruel, 7.) Toute cette faune grouillait devant le miroir grimaçant que lui tendait la fameuse Danse Macabre ornant le charnier des Lingères ; voici par exemple le clerc et l’ermite.   59 Les mendiants.   60 Sous l’étal des marchands établis au cimetière des Saints-Innocents. Villon parlait déjà des clochards « gisans soubz les estaux ». (Laiz, 237.)   61 Les tripières ambulantes se faisaient souvent dévaliser : cf. la Confession du Brigant, note 59.   62 Vers manquant. Je déduis la rime d’après la Chanson sur l’ordre de Bélistrie, de Jehan Molinet, qui décrit les mêmes scènes de la vie de bohème : « Là ruons en nostre entonnoir [gosier]/ Mainte andoulle et maint boudin noir,/ Mainte trippe embrenée./ L’ung rongne au bout d’ung gras tailloir/ Et prend du lard en ung salloir. »   63 T : souille  (Le « s » et le « f » gothiques sont très proches.)  « Fouille ou fouillouze : bourse. » La Vie généreuse des Mercelots, Gueuz et Boesmiens.   64 Nous nous ébrouons, nous fuyons. Ce vers, écrit dans le plus pur argot parisien, emprunte aux Ballades en jargon de Villon : « Poussez de la quille [jambe] et brouez ! » (V.) « Gourde piarde. » (III.)   65 T : pyeuche  (Pianche = vin. « Je n’en puis plus, se je ne pie [bois]/ Quelque pianche bonne et fresche. » Condamnacion de Bancquet.)  Gourde Pyenche [bon vin] est la dénomination argotique de la Bonne Pie, une taverne parisienne fréquentée par des souteneurs : cf. Trote-menu et Mirre-loret, note 50.   66 T : lanreuce  (Une Laurence est l’équivalent d’une Margot, c’est-à-dire une prostituée, comme « Laurence la grant Chicheface » dans l’Enqueste de Coquillart.)  Le cimetière des Innocents était un lieu de racolage.   67 Territoire, en argot. « Par le terrant. » (Villon, Jargon, VIII.)   68 Des assauts sexuels. « Qu’elle ne soit de l’assault de Turquie. » (Villon, Jargon, IX.) Molinet confirme la liberté sexuelle des clochards : « Les ungz font la beste à deux dos/ Avecq joieuses cailles. » Chanson sur l’ordre de Bélistrie.   69 L’autorisation de la police, qui ne pouvait pas intervenir dans une enceinte sacrée. Or, le cimetière des Saints-Innocents appartenait à l’église du même nom.   70 D’autorisation.   71 On les nargue avec un geste obscène de la tête. « On voit que femme qui fornique/ Seult [a l’habitude de] faire à son mary la nique. » (Jehan Le Fèvre.) C’est l’origine du verbe niquer.   72 Ils savent qu’ils n’ont rien à gagner.   73 T : Saincte  (Par saint Michel, comme au vers 180.)   74 T : darescot  (« Donne-moi de la nourriture. » Voici la prière exacte : « Da escam omnibus in tempore opportuno. » Ce pèlerin affamé adore le latin de cuisine.)   75 T : mondent  (Je veux manger, bon dieu !)  Déformation toute collégienne de la parole du Christ au lépreux : « Volo, mundare ! » [Je le veux, sois guéri !]   76 T : sonen  (Bonnon rime avec éleison.)   77 Il y en a (des mendiants). Le Principal continue sa tirade précédente, qu’interrompt le Pèlerin.   78 Il s’adresse au Pèlerin. Cf. les Cris de Paris, où un Sot coupe sans arrêt la parole aux gens.   79 Un trompeur.   80 Il pense peut-être qu’il est entré dans un de ces hospices qui logeaient les pèlerins pour une nuit.   81 Il prend « le grand Chemin de l’Hospital, qui est l’ordre de Bélistrerie [mendicité] ». Pierre de L’Estoile commente ainsi un opuscule de 1490. Son auteur, Robert de Balsac, nous prévient : finiront à l’hôpital les « gens désobéissans à leur prince ».   82 T : er des mieus  (C’est peut-être un de mes Sots.)   83 T : Ce  (Venez ici.)   84 Tous les Sots rêvent de dire ou d’entendre des choses nouvelles. Cf. les Cris de Paris, vers 209.   85 T : ramposme  (Qu’on se moque de moi.)   86 Reconnais.   87 Je le reconnais à vue d’œil.   88 T : quoqz  (« Per sanctum quoque David. » Saint Fulgence.)  Devant l’aspect miteux du Pèlerin, le Principal jure « par saint Coquet ». Les étudiants ont toujours beaucoup joué avec les expressions latines : cf. la Confession Margot, note 45.   89 D’un jour, occasionnel. « Des escolliers de candoque. » Le Maistre d’escolle, LV 69.   90 Faites tomber.   91 Exclamation d’encouragement. (Cf. le Monde qu’on faict paistre, vers 24.) Ici, elle est prise au premier degré : « Levez votre gourdin ! » Voir le vers 229.   92 T : de  (Souci et malchance.)   93 D’une façon aléatoire, comme au jeu de dés. « Sorte de jeu à deux ou à trois déz. Ils joüent à la chance, joüer à la chance. » (Dict. de l’Académie françoise.)   94 Les pèlerins avaient le droit de porter un bâton ferré, qui leur servait de canne dans leurs longues pérégrinations. Cf. Colin, filz de Thévot, vers 223.   95 Sous le prétexte de cette plaisanterie.   96 De même. Formule scolastique qu’on retrouve à 327.   97 J’arrive à attendrir certains hauts personnages.   98 En lui parlant à l’oreille. « On va, on vient, on saccoute à l’aureille. » Godefroy.   99 Leur a été donné.   100 Il n’y a plus d’aide qui tienne.   101 D’où il s’ensuit.   102 Mansion = demeure. C’est naturellement un latinisme (mansio).   103 On peut être expulsé sans discussion.   104 Donc. Formule scolastique.   105 Si quelqu’un est en colère contre moi.   106 Je trouverai sous ma porte une citation à comparaître.   107 Bien que celui.   108 Nouvel emprunt à Villon : Ballade en vieil langage françoys.   109 T : ce  (Pourtant, cela se fait.)   110 T : le  (Qui donne la citation à comparaître.)   111 Si cela ne concerne pas la bonne personne.   112 Si on ne la lui rend pas apparente.   113 « Sus ! revenons à ses moutons. » Farce de Pathelin.   114 Il me manque un quatrième Sot.   115 Un petit faucon, qui est propre parce qu’il se lisse les plumes.   116 Le Carnaval.   117 Que nous nous préparions à jouer.   118 Ce quatrain est chanté. On y reconnaît le refrain « Et le seray toute ma vie » : cf. le Faulconnier de ville (vers 221) et le Gaudisseur (vers 3).   119 T : la luue  (Le clair de lune qui éclaire le Principal.)   120 Encore une chanson. Elle est à la gloire du clair de lune. Pour les rapports entre la lune et la folie, v. le Jeu du Prince des Sotz, vers 184.   121 T : suis   122 T : vonue  (J’attendais la foire du Lendit pour vous payer le droit de bienvenue. Voir la note 11.)   123 T : sa donc  (Dont = d’où. Le Principal entraîne le 4ème Sot à l’écart, pour que les trois autres n’entendent pas.)   124 Tu n’as pas eu le cœur.   125 Ta condition de Sot.   126 Il parle à l’oreille du Principal. Même jeu ci-dessous.   127 Je le crains.   128 T : me smerueille   129 Il lui parle à l’oreille.   130 T : Faictes les  (Le Principal tutoie ses élèves.)   131 Il va chercher ses trois camarades.   132 Favori. « Car il estoit le mignonnet/ Du Sot renommé maistre Mouche. » Les Vigilles Triboullet, T 11.   133 Pour vous dire la vérité. Cf. Colin, filz de Thévot, vers 126.   134 T : Cela est   135 Les trois Sots s’éloignent.   136 Spécialement.   137 S’il use d’un mauvais procédé, nous nous en souviendrons longtemps.   138 T : qung  (Que nous partions, si on ne nous donne rien.)   139 T : ou  (On l’écoutera.)   140 T : proces  (Les quatre Sots retournent devant le Principal.)   141 T : Dans   142 T : hault ne plus bas   143 Prononcés (nuance péjorative).   144 Récompensiez.   145 Mettre à part, comme un « cas d’école ».   146 Guerdon, récompense, galon. Cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 542. Le comique de la situation réside dans le fait qu’il s’agit là de gardons, c’est-à-dire de poissons, découpés dans du papier. Les sotties prennent toujours les expressions au pied de la lettre. Cela explique pourquoi l’auteur n’emploie jamais les formes courantes guerdon et guerdonner. Le poisson renvoie traditionnellement au Carême, qui suit les réjouissances festives et théâtrales du Carnaval, dont l’Épiphanie donne le départ. Usant d’une symbolique parfaitement claire, l’auteur nous dit que les jours maigres sont déjà là.   147 Il épingle un énorme gardon sur la manche du 4ème Sot.   148 J’en donne autant à l’un qu’à l’autre. Mais l’auteur avait intérêt à mettre le véritable nom des comédiens, pour faire rire leurs camarades dans le public.   149 Vers manquant. Je le supplée en piochant dans une lettre de Louis XI au Parlement de Paris (1480) : « J’en veulx faire à mon appétit, et non pas au vostre ! »   150 T : Comment il quel   151 T : sier  (Il épingle un gardon moins gros sur la manche de l’Ermite.)  Le galon que les sous-officiers portent sur leur manche s’appelle aujourd’hui la « sardine ».   152 Il épingle un petit gardon au Coquin.   153 Il épingle un gardon minuscule au Pèlerin.   154 Que cela te suffise. Allusion possible à une chanson : « Souffise-toy, povre cueur douloureux. » Löpelmann, n° 562.   155 Je vous ai donné assez de décorations.   156 Selon ma méthode de gouvernement.    157 Même les chevaux bien ferrés peuvent glisser : tout le monde peut avoir un moment de faiblesse. « N’est si ferré, comme on dit, qu’il ne glisse,/ Ne si saiges qui n’ayent sottes cervelles. » Pierre Gringore.   158 Certains collèges gothiques ressemblaient à des châteaux.   159 T : tousiours   160 Nous soutiendrons votre cause. « Maintenir la bone querele du royaume de France. » Jehanne d’Arc.   161 T : parrelles  (En leur nom, au nom de vos querelles.)   162 En marchant pour votre cause… ou en donnant des coups de pied aux fesses de vos ennemis.   163 Qu’il y a beaucoup de jours dans l’année où mon règne de Prince des Sots n’a pas cours.   164 La période du Carnaval.

 

LES FEMMES QUI FONT RENBOURER LEUR BAS

 

Boccace, Décaméron, BnF.

Boccace, Décaméron, BnF.

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LES  FEMMES  QUI  FONT

RENBOURER  LEUR  BAS

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Cette farce normande fut écrite au début du XVIe siècle.

Un bât est une selle d’âne1 composée de deux couches de cuir, molletonnées avec du rembourrage. Lorsque ce rembourrage se tasse et rend le bât inconfortable, on le fait changer par un sellier. Voilà l’action qui est décrite au premier degré. Au second degré, le « bas » désigne le sexe des femmes, qu’un « rembourreur de bas » doit fourrer avec son bâton afin d’y répandre de la bourre.

Source : Recueil de Florence, nº 36.

Structure : Rimes plates, mêlées de rimes croisées. Avec 2 triolets.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

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Farce nouvelle des

Femmes qui font

renbourer leur bas

 

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À quatre personnages, c’est assavoir :

    LA  PREMIÈRE  FEMME

    LA  SECONDE  FEMME

    ESPOIR

    DE  MIEULX 2

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                                   LA  PREMIÈRE  FEMME  commence    SCÈNE  I

            Ma voisine, en cest esté,