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POUR PORTER LES PRÉSENS À LA FESTE DES ROYS

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

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SOTIE  POUR  PORTER   LES  PRÉSENS  À  LA  FESTE  DES  ROYS

 

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La Bibliothèque Nationale attribue cette sottie au basochien Jehan d’Abundance1, l’auteur du Joyeulx Mistère des trois Rois, qui met en scène les Rois Mages : « Et portons or, mirrhe et encens/ Avec beaucoup d’autres présens. » Notre sottie fut composée avant 1525, date à laquelle le recueil Trepperel fut clos. Jehan d’Abundance étant né au début du XVIème siècle, nous avons là une œuvre de jeunesse, écrite quand l’auteur appartenait à la Basoche de Paris. Rappelons qu’il signait « Jehan d’Abundance, bazochien ».

Le Roi de la Basoche régnait sur les clercs du Palais de Justice. Le dernier samedi du mois de mai, il présidait au « plant du May », solennité au cours de laquelle on plantait un arbre dans la cour dudit Palais. Il recevait des cadeaux le jour de la Fête des Rois, le 6 janvier ; or, cette fête de l’Épiphanie rappelle que les Rois Mages sont venus pour porter des présents à l’enfant Jésus. Au moment de l’Épiphanie2, les basochiens jouaient du théâtre comique et satirique dans la Grand-Salle du Palais3. On peut supposer que la Sottie pour porter les présents à la Fête des Rois, qui parodie lubriquement l’arrivée des Rois Mages et la plantation du May4, y fut créée par les basochiens après qu’ils eurent tiré les rois. (L’usage voulait qu’on nommât le Roi de la Basoche « roy de la feve », même si ce n’est pas lui qui avait eu la fève.)

Source : Recueil Trepperel, nº 15.

Structure : « Cri », 2 triolets, rimes plates, 1 ballade fourrée dont il manque l’envoi, rimes croisées, 1 ballade sans envoi.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

 

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Sotie nouvelle à cinq personnaiges

Pour porter les présens à la feste des Roys.

 

Trèsbonne

 

*

 

C’est assavoir :

    LE PREMIER SOT

    LE SECOND SOT  [LUCAS]

    LES TROIS SOCTES

 

*

 

 

                               LE PREMIER SOT  commence 5          SCÈNE  I

         Dieu gard tous bons Sotz assoctéz

         Qui Soctie veullent nourrir !

         Céans y a des Sotz entréz.

         Dieu gart tous bons Sotz assoctéz !

5   Au moins, s’il en eust de rentéz6,

         Qu’on les fist devant nous venir !

         Dieu gard tous bons Sotz assoctéz

         Qui Soctie veullent nourrir !

         C’est bien assez pour devenir

10  Hors du sens et estre cocu.

         Et ! comment ? En mon temps, j’ay veu

         Ung Sot soctement gouverné,

         Lequel Sot fut soctement né,

         Sot sailli7 du ventre Soctise.

15  Ce Sot avoit trèsbonne guise,

         Car il se mesloit de tout faire.

         Il me fault tant crie[r] et braire

         Qu’il en vienne8 ung avecques moy,

         Pour m’oster hors de cest esmoy.

20  Pour ce, convient-il que j’appelle,

         Sur peine d’avoir de la pelle9 :

         [Despeschez-vous, Sotz eslentéz !]10

         Oyez-vous point qu’on vous demande11 ?

         Despeschez-vous et vous hastez !

25  [Despeschez-vous, Sotz eslentéz !]

         Se bien tost ne vous esventez12,

         Vous pourrez payer une13 amende.

         Despeschez-vous, Sotz eslentéz !

         Oyez-vous point qu’on vous demande ?

                               LE SECOND SOT 14               SCÈNE  II

30  Qu(i) esse là ?

           LE PREMIER

                                    Ce [sont] Sotz rentéz.

           LE SECOND

         De quel lieu ?

           LE PREMIER

                                    De haultain paraige15.

           LE SECOND

         Vallent-ilz rien16 ?

           LE PREMIER

                                            Ouy quant au couraige.

           LE SECOND

         Et au surplus ?

           LE PREMIER

                                       C’est grant dommaige

         Q’ung Sot n’a tout ce qu’il souhaite.

           LE SECOND

35   Entreray-je ?

           LE PREMIER

                                   C’est fait en mouecte17,

         De proférer tant de langaige !

           LE SECOND

         Encore le dy-je : entrerai-ge ?

           LE PREMIER

         Entre, je le vueil, n’ayes frayeur.

           LE SECOND

         Dieu vous doint oye18, mon seigneur !

           LE PREMIER

40  Et ! couvrez-vous, de par sa Mère !

         Unde19 ?

           LE SECOND

                              D’avecques la chivière20 :

         Je l’ay couschée au Trou Punais21.

           LE PREMIER

         Je te demande dont tu es,

         Dont tu viens, et que tu sces faire.

           LE SECOND

45  Je vous diray tout mon affaire :

         Je viens des Indes les Majours22 ;

         J’en suis venu n’a pas trois jours,

         De peur que je n’eusse dommaige

         À venir faire au Roy hommaige.

50  Mais comme ung vray Sot assoctay,

         Sot parfait, sotement hastay23,

         [Céans je viens]24 d’ung sot arroy,

         Sot assoctay, à vostre Roy,

         Pour le25 saluer soctement.

           LE PREMIER

55  Saint Jehan ! tu parles haultement26 :

         Cuides-tu estre enmy la Halle27 ?

           LE SECOND

         Nenny, je suis en une salle

         Propre à nourrir petis enffans28.

           LE PREMIER

         Comment dis-tu cela ? Tu mens !

           LE SECOND

60  Où suis-je donc(ques) ? En ung estable29 ?

         Vécy le lieu trèsprouffitable

         Où est la science30 trouvée.

           LE PREMIER

         La fièvre te soit espousée !

         Tu as tort de dire cecy.

           LE SECOND

65  Et, bon gré saint Jehan ! qu’esse-cy ?

         Suis-je où l’en sièche les drappeaux31 ?

           LE PREMIER

         Hé ! nous ne sommes pas si veaulx.

           LE SECOND

         Suis-je en une est[a]imerie32 ?

           LE PREMIER

         Et, nenny non, bon gré ma vie !

           LE SECOND

70   Suis-je en l’ostel33 d’ung bergier ?

           LE PREMIER

         Tu me feroyes vif enraiger !

           LE SECOND

         Je suis donc en ung Parlement34 ?

           LE PREMIER

         Messïeurs, devinez s’il ment.

         Sur ma foy, tu es fantastique.

75  Tu es au lieu très ententicque

         Où gist et repose le Roy

         Des clers35, et trèstout son arroy.

         Le vois-tu en sa majesté ?

           LE SECOND

         Ha ! par ma foy, je suis maté.

80  J’ay tort, je me tais, mot ne sonne.

           LE PREMIER

         Tu es trèsmeschante personne.

         Au surplus, tu n’es qu(e) une beste.

           LES TROYS SOTTES 36          SCÈNE  III

         Coc coc coc coc qu’érecte !!

           LE PREMIER SOT

         Escoute !

           [LE SECOND]

                             J’ay eu sur37 la teste.

85  Mon Dieu, soyez-nous amiable38 !

           LE PREMIER

         Jour Dieu ! seroit-ce point ung diable ?

         Oncques je ne fus à telle Feste39 !

           LES SOCTES

         Coc coc coc coc qu’érecte !!

           LE PREMIER

         Saint Jehan ! vous aurez sur la teste,

90  Se je vous puis huy rencontrer.

           LE SECOND SOT

         Il nous les vault mieux conjurer40

         Affin qu’on voye leur pourtraicture.

           LE PREMIER

                Ennemy41, je te conjure,

                       Laide figure,

95       Beste à deux dos42,

         Que tu ne me faces nulz maulx !

           LE SECOND

         Par Dieu ! vélà raige, Dyanne43 !

         Regarde dessoubz ceste manne :

         Je croy que ce soit ung dïolle44.

           LE PREMIER

100  Il me fault avoir une estolle45 :

         Je ne suis point assez hardy.

           LE SECOND

         Tu as dit vray, c’est à jeudy46

         Et ! par bieu, g’y regarderay.

           LE PREMIER

         Saint Jehan ! donc[ques] je m’en iray.

105  Mais auffort, fais ce que tu veux.

           LE SECOND

         Tu faysoyes tant du merveilleux :

         Quant c’est auffort47, tu ne vaulx rien.

           LE PREMIER

         Non, dea ? Et ! tu le verras bien48 :

         Vélà la manne tout debout.

110  Tu vois bien que c’est, ad ce coup.

         Que, tous les diables, faictes-vous49 ?

         Que vous puissez avoir la toux !

         Et qui vous sçavoit en cest aistre50 ?

           LA PREMIÈRE SOTTE

         Hélas ! pour Dieu, mercy51, mon maistre !

115  Nous sommes troys Sottes parfaictes,

         Et de sottie si bien faictes

         Que nous sommes Sottes sottans.

           LA SECONDE SOTTE

         Vous ne vistes, il y a grant temps,

         Telles Sottes céans logées.

120  Pour Sottes si52 oultrecuid[é]es,

         Oncques n’y en eut les pareilles.

           LA TIERCE SOTTE

         Je suis Sotte sans point d’oreilles,

         Mais je sçay, j’entens, je voy tout,

         Depuis le premier jusqu(es) au bout53.

125  Onc on ne vit Socte si socte.

           LE SECOND SOT

         Portons-les dedans une hocte54,

         Affin que tout chascun les voye.

           LE PREMIER SOT

         Je n’y prendroye point trop grant joye :

         De les porter, je m’en depporte.

           LA PREMIÈRE SOTTE

130  Laissez-nous entrer par la porte

         Pour55 qu’on nous voie, c’est le plus fort.

           LE SECOND SOT

         Ha ! sur ma foy, vous avez tort.

         Cuidez-vous que nous soions telz

         Comme56 vo[u]s, qui point ne mettez

135  Ordre ne raison en vos fais ?

         Nous ne sommes point si infetz57

         Que nous n’entendons nostre cas.

           LE PREMIER

         Sces-tu que tu feras, Lucas58 ?

         Sans point faire icy l’allouecte59,

140  Il te fault avoir ta brouette,

         Et nous les mectrons brief dedans,

         Ces Sottes qui n’ont nulles dens,

         Ces Soctes soctans, rassoctées.

         Çà60 venez, Sottes [es]vent[é]es,

145  Soctes sans nul entendement,

         Sottes qui point d’advisement

         N’ont en leurs soctes entreprinses.

                               LE SECOND 61

         Soctes soctans, vous estes prinses,

         Sottes asott[é]es sottement.

150  Je suis Sot ; pourtant, se je mens,

         Sotie me doibt pardonner.

                               LA PREMIÈRE SOCTE

         Au moins, s’il vous plaist nous donner62,

         Sotz assoctéz, de vostre grâce,

         Congié d’entrer, Sotz sans fallace63 :

155  Soctie vous doibt mercïer.

                               LA SECONDE

         Puisque nous sommes d’oultre mer,

         Du royaume de Féménye64,

         Et ! par Dieu, on ne nous doit mye,

         Par-deçà, faire tel rigueur.

                               LA TIERCE

160  Mon sot père estoit le majeur

         De trois Sotz soctement menéz,

         Sotz bruyans65 en soctye néz :

         Oncques ne fut ung tel soctant.

                               LE PREMIER

         Il ne nous fault point estre tant

165  En ce propos, il nous ennuye.

         Or çà ! je vous diray, m’amie,

         [D’]entrer dedans ceste brouette66,

         Affin que mieulx on vous brouecte.

         Saint Jehan ! vous serez brouétées.

                              LA SECONDE SOTTE

170  Et ! nous ne l’avons point estées.

                               LE SECOND

         Vous sçaurez que cecy veult dire.

                               LA TIERCE

         Touteffois, ce n’est pas pour rire :

         Comment on nous maine à l’aboy67 !

                               LE PREMIER

         Saluez bien tost nostre Roy !

175  Dépeschez-vous, chascun de vous,

         Et vous mectez à deux genoux,

         Car sa personne le vault bien.

                               LA PREMIÈRE

         Roy triumphant en tout honneur et bien,

         Roy magnificque : vostre non fort redonde.

180  De roys, de roynes qui sont céans, je tien

         Que vous estes, par-dessus eulx, viconde68.

         En excellance, vostre valleur habonde

         Plus que nul autre, de cela suis certaine.

         Retenez-moy pour la vostre seconde69.

185   Je me soubzmectz en vostre droict demaine70.

                               LE SECOND SOT

         Cessez71 de tirer vostre alayne !

         Saluez le Roy de bon cueur !

                               LA SECONDE SOTE

         Je72 vous salue, mon trèshault[ain] seigneur,

         Comme ad celuy à qui honneur est deue73,

190  Trèshaultement, sans point avoir faveur74 ;

         Car, sur ma foy, g’y suis trèsbien tenue.

         Roy n’a75 céans de si trèsgrant vallue,

         Ne Royne76 aussi, je le vous acertaine.

         Quant je vous voy, tout le cueur me remue.

195  Retenez-moy en vostre droict demaine !

                               LE PREMIER SOT

         Sus, sus, destendez vostre vaine77,

         Socte en ce lieu icy logée.

         Jadis vous y fustes forgée78,

         Sote assotée soctement.

                               LA TIERCE SOTE

200  Roy gracieux [sur tous roys]79 : puissamment

         Je vous salue, moy, très-sote assotée.

         Sote je suis, assotée sotement.

         Car sotie je n’ay point déboutée,

         Mais est trèsfort dedans mon cueur entée ;

205  Doulce me semble comme raisin de vigne80.

         Roy triumphant, qu’el(le) ne soit point ostée !

         Je me soubzmectz en vostre droit demaine.

                                LE PREMIER SOT

         Çà, çà, approuchez vostre layne81,

         Mes Sotes sotement nommées !

210   Le Roy vous a trèsfort aym[é]es

         De ce que vous [l’]avez préféray.

         Je vous diray que je feray :

         Affin que chascun soit content,

         Il nous fault avoir ung présent,

215  Et nous deux luy présenterons.

                                LA PREMIÈRE SOTE

         Et ! par mon âme, non ferons82 !

         Nous ne souffrerons point cela !

                                LE PREMIER SOT

         Paix là ! paix là ! paix là ! paix là !

         Vous oys-je ung seul mot hongner83,

220  Gardez d’avoir à besongner :

         Car vous estes sur nostre terre.

                                LE SECOND SOT

         Attendez ung peu, je le voys querre

         Le présent digne à présenter.

                                LE PREMIER SOT

         Despesche-toy de l’apporter,

225  Affin que tout chascun le voye.

         Je te promectz, j’auray grant joye

         S’il peut estre assez magnificque.

                                LE SECOND SOT 84

         Vécy le présen[t] ententicque

         De quoy je vous avoie parlay.

                                LE PREMIER

230  Pas ne doit estre ravallay85,

         Mais prisay de nous et de vous.

         Je croy que le fruit en est doulx ;

         Nonobstant, il est assez hingre86

         Son non, quel ?

                                LE SECOND

                                       Pommier de malingre87,

235  Franc, courtoys, doulx et amyable.

                                LE PREMIER

         Le Roy l’aira bien agréable.

         Il nous le fault nous deux porter.

                                LA PREMIÈRE [SOTE]

         Vécy assez pour enraigier !

                                LA SECONDE

         S’il vous plaist, que nous le portons !

                                LE PREMIER

240  Garde-le, puisque [le tenons]88.

         Vécy Soctes très-assoctées :

         Sur ma foy, ilz89 sont radobtées.

         Vous nous debvez obéissance !

         Et encore[s], à la présence

245  Du Roy triumphant, sans dommaige

         Vous allez cesser90 tel langaige !

         Cuidez-vous qu’il en soit content ?

                                LA TIERCE

         Baillez-nous doncques ce présent,

         Car il nous le fault présenter.

                                LE SECOND

250  Allez-vous-en bien tost couscher,

         Car vous estes ung peu trop nices91.

         À nous offrit telles offices92 ;

         Allons-luy bien tost présenter.

                                LE PREMIER

         Laysse-moy premier commencer,

255  Mais tien devers toy le présent.

                                 LE SECOND

         Quant ad cella, j’en suis content.

         Dy ce que tu veulx proférer.

                                 LE PREMIER

         Il nous fault premier exposer

         L’arbre, et puis après la pomme93.

                                 LE SECOND

260  Et ! despesche-toy, qu’on luy donne.

         Nous deussions desjà avoir fait.

                                 LE PREMIER

         Je vous salue, [ô] Roy parfait !

         De mon povoir je vous supporte94.

         Regardez que nous avons fait :

265  Pour vous resjouyr on l’apporte.

         Vostre cappacité emporte95

         Nostre pouvre fragilité.

         Tant que je puis, je vous enorte96

         Qu’il soit tout ad cest[e] heure enté97 !

                                 LE SECOND SOT

270  Le présent si fut apporté

         De la terre au bon Prestre Jehan98 ;

         Et l’avoit Golias99 planté

         Dessus une montaigne, antan100.

         Il n’y fut planté de cest an101,

275  Mais avec(ques) moy je l’apportay

         Quant je passay parmy Jourdan102.

         Qu’il soit tout ad ce[ste] heure enté !

           LE PREMIER SOT

         ……………………………………

         Qu’il soit tout ad ceste103 heure enté !

         [………………………….. -té]

         Ce beau présent, je vous en prie !

280  J’ay eu peine à l’avoir osté

         Ad ces troys grans jumens de Brie.

           LE SECOND SOT

         Nulles [d’elles, je vous affie,]104

         Si ne l’a icy apporté.

         Mais voullez-vous que [l’]on vous die ?

285  Qu’il soit tout ad cest[e] heure enté105 !

           LE PREMIER SOT

         Or çà, çà ! c’est assez vanté

         Le fruit que cest arbre soustient.

         Tout incontinent qu’on le tient,

         Par vertu de ceste coctelle106,

290  La créature107 [en] est plus belle

         Cent foiz que le bel Absalon.

         La sapience Salomon

         Est actribuée à la mouelle108

         Qui est des[s]oubz ceste coctelle.

295  Le pépin109, après Salomon,

         J’actribueray au fort Sanson.

         Et tous ces troys110 vous actribue

         Comme ad celluy à qui est deue

         Beaulté, sapience et vigueur.

300  Recepvez en gré, mon seigneur.

         Se [nous] povyons, nous ferions mieulx.

           LE SECOND SOT

         Le présent vient de par nous deux.

        Si, vous prions : prenez en gré

         Ung chascun selon son degré.

305  Aultre chose n’eussions sceu faire

         Pour le Royaulme mieulx complaire.

         Ces Soctes soctans, assoctées,

         Ont esté par nous déboutées,

         Car il[z] vous voulloi[e]nt présenter

310  Ce présent, et encore enter

         Devant vostre grant majesté.

         Nous luy avons trèsbien enté

         Sans avoir conseil de ces Soctes.

         Pour Dieu, prenez en gré noz noctes111,

315  Trèshumblement je vous en prie.

         Dieu gard de mal la compaignie !

 

                  EXPLICIT

*

1 Voir Ung jeune moyne et ung viel gendarme, de Jehan d’Abundance.   2 Voir les Premiers gardonnéz, sottie jouée à l’Épiphanie.   3 Voir le Capitaine Mal-en-point et les Rapporteurs, pièces écrites par des basochiens. La satire allait tellement loin, qu’en juillet 1477, on a défendu au roi de la Basoche Jehan l’Esveillé et à ses comédiens « de jouer Farces, Moralitéz ou Soties au Palais de céans ne ailleurs ». Les basochiens n’épargnaient personne, comme en témoigne la sottie Pour le Cry de la Bazoche ès Jours Gras mil cinq cens quarante-huict (Picot, III, 239-267).   4 Ce terme prête à des équivoques dont les clercs se repaissaient : « Madame, j’ai un may d’une assez longue sorte,/ Roide, ferme et bien droit, et que je veux planter ;/ On dit que vous avez un trou à vostre porte :/ Je vous prie, avisez si le voulez prester. » (La Muse folastre.) Voir aussi Béroalde de Verville : « J’ay un may long et gros et fort également (…),/ Et qui se peut planter assez facilement. » Bref, le may appartient à la même espèce que l’arbre à vits (note 84).   5 Il se tient près de la porte, imitant l’huissier-buvetier de la Basoche, qui était le concierge du Palais.   6 Des rentiers, des riches. Idem au vers 30. La pauvreté des clercs est encore évoquée aux vers 32-34 et 301.   7 T : saillit  (Il est sorti du ventre de Sottise, qui s’appelle Mère Sottie aux vers 2, 151 et 155. D’ailleurs, So-ti-e est également scandé en 3 syllabes.)   8 T : viennent   9 De recevoir un coup de pelle sur les fesses. « D’une grosse pelle de boys,/ Voz troux de culz seront selléz ! » (Folle Bobance, BM 40.) Cf. le Povre Jouhan, vers 195.   10 T : Venez en place sotz assoctez  (C’est le refrain A de ce triolet, comme au v. 28.)   11 T : appelle  (C’est le refrain B de ce triolet, comme au v. 29.)   12 Si vous ne vous précipitez pas.   13 T : ung  (En plus des punitions qu’on leur infligeait, les basochiens payaient des amendes à tout propos. Cf. le Recueil des Statuts du Royaume de la Bazoche. Entre parenthèses, ce royaume était plutôt une république, puisqu’il élisait démocratiquement son roi.)   14 Il se présente à la porte. Le public entrevoit sa brouette, qui contient un arbre.   15 De haut lieu, de qualité. « Sot haultain, Sot de hault paraige. » Les Sotz escornéz.   16 Quelque chose.   17 La mouette est un oiseau bavard, comme l’alouette de 139, ou les poules de 83.   18 Que Dieu vous donne une oie ! Déformation du mot « joie » propre aux basochiens, toujours affamés de nourriture et de calembours. On pensait alors que le mot Basoche venait « de Oche, Oque, une Oie, & de Bas, petit. Basoche : la petite-oie. » (Antoine Court de Gébelin.)   19 D’où (venez-vous) ?   20 T : chiuiniere  (Le 2° Sot, qui n’est pas parisien, emploie une variante normanno-picarde de civière.) « En fin de confession, (il) me dit qu’il avoit besongné une civière…. –Quoy ! est-ce une civière rouleresse, ou à bras ? –Monsieur, elle est à bras, et à bran, et à bouche : c’est une vendeuse de cives [d’oignons]. » (Béroalde de Verville.) Autre vers explicite sur le même modèle : « Je viens d’avecque la femelle. » (Les Sotz qui remetent en point Bon Temps.)   21 Puant. Désigne à la fois l’anus, et le « Cul-de-sac Gloriette », un cloaque où les marchandes ambulantes jetaient leurs détritus : cf. Trote-menu et Mirre-loret, vers 218.   22 Des Grandes-Indes. « En terre de Persie é en Inde Major. » Albéric de Besançon.   23 T : hartay  (Hâté = venu en hâte.)   24 T : Sot ie vient  (Je viens ici d’une sotte manière.)   25 T : te   26 Trop fort.   27 Le marché où tu as rencontré la vendeuse d’oignons (vers 41). Mais l’auteur ne peut s’empêcher de railler ses concurrents qui jouaient aux Halles devant un public beaucoup moins choisi. Cf. le Jeu du Prince des Sotz et Raoullet Ployart.   28 Qui sont friands de gâteau des Rois, dont les reliefs traînent encore sur la célèbre Table de marbre de la Grand-Salle.   29 Ce mot était parfois masculin. Allusion à l’étable où arrivèrent les Rois Mages.   30 La connaissance divine. « Daniel/ Porte la science divine/ En son cuer et en sa poitrine. » (Guillaume de Machaut.)   31 Le linge. En ce jour de fête, la Grand-Salle est pavoisée.   32 Atelier d’un étameur. Les fêtes basochiennes étant très arrosées, les pots et les gobelets en étain n’y manquaient pas. Une des rengaines de la fête des Rois était : « Le Roy boit ! » Et tous les convives devaient alors en faire autant.   33 La maison. Nouvelle référence à l’étable des Rois Mages, et à l’étoile du Berger qu’ils ont suivie.   34 En effet, le Parlement de Paris siégeait dans la Grand-Salle du Palais de la Cité.   35 Des clercs de la Basoche. Son arroi = sa Cour.   36 Près de la porte se trouve une manne, c.-à-d. une grande corbeille en osier ; elle est retournée. Dessous, 3 Sottes qu’on ne voit pas encore imitent le caquetage des poules. Un bien curieux caquetage : COQ = pénis (« Adonc me dit la bachelette :/ –Que vostre coq cherche poulette ! » La Fontaine.) ÉRECTER = ériger (Godefroy). On se demande si les Sottes, qui sont étrangères, ne prononcent pas « cock erect » avec l’accent anglais.   37 T : dessus  (Cf. le vers 89.) J’ai reçu un choc, je suis assommé par la peur.   38 Favorable, bienveillant.   39 Sens figuré : un tel tourment (cf. les Rapporteurs, vers 84). Sens propre : une telle Fête (des Rois).   40 Exorciser, pour les faire apparaître.   41 Démon. « L’homme armé fist le signe de la croix en disant : Ennemy, je te conjure ! » (Cronicques gargantuines.) Le rondeau 166 de Charles d’Orléans s’intitule Ennemy, je te conjure.   42 T : taux  (On connaît surtout des diables à deux têtes. Mais les diables pouvaient eux aussi faire la « bête à deux dos », c’est-à-dire l’amour.)   43 J’ignore de quelle œuvre est tirée cette locution proverbiale. Notre auteur parodie peut-être la phraséologie chrétienne, qui diabolisait le paganisme : « Les Payens y avoient autrefois dressé un temple & un autel à leur Diane enragée. » (Vies des Saincts.) Mais le caractère colérique de la déesse amusait les poètes : « D’autres (…)/ Disent que Diane, enragée,/ S’estoit si rudement vengée/ Contre ce chasseur altéré. » (L’Ovide bouffon.)   44 Un diable. « Mais le grand diole y eut envie, et mist les Allemans par le derrière. » Pantagruel, 12.   45 L’étole est une bande de tissu que les exorcistes portent autour du cou.   46 Ce sera pour la semaine des quatre jeudis.   47 Au pied du mur.   48 Il retourne la manne qui cachait les Sottes, accroupies comme des poules, dont elles ont le langage (v. 83) et peut-être l’apparence : leur bonnet n’a pas d’oreilles d’ânes (v. 122), elles n’ont pas de dents (v. 142), et leur posture accroupie les empêche de marcher comme des humains (v. 126 et 167).   49 Il s’adresse aux 3 Sottes.   50 En ce lieu.   51 Pitié !   52 T : qui soient   53 Depuis le premier rang des spectateurs jusqu’au dernier.   54 Une hotte : la manne d’osier.   55 T : Puis   56 T : Que   57 Infects, pervertis.   58 Le 2° Sot n’a pas dit son nom, à moins qu’il ne manque des vers.   59 Sans bavarder inutilement.   60 T : Sottement  (Éventé = qui a la tête pleine de vent. « Il a le cerveau évanté. » Les Cris de Paris.)   61 Il avance sa brouette après en avoir ôté l’arbre qu’elle contenait.   62 T : pardonner   63 Sans artifices.   64 Du pays des Amazones, qui mirent sur pied une armée de pucelles, « les très plus beles/ Qui en cest monde fussent trouvées./ Ycelles vindrent de Féménye. » (Roman d’Élédus et Sérène.) Apparemment, les trois ambassadrices du royaume n’ont pas les qualités de leurs compatriotes.   65 T : bruyons   66 T : brunette  (On les met dans la brouette du vers 140.) Un de mes professeurs de la Sorbonne affirma un jour que la brouette avait été inventée au XVIIème siècle par Blaise Pascal ; on se demande alors avec quoi les bâtisseurs du Moyen Âge transportaient leurs pierres, et avec quoi les bourgeoises transportaient leurs godemichés.   67 T : labloy  (Mener aux abois = mettre dans une situation sans issue. Dict. du Moyen Français.)   68 Vicomte. Naturellement, le roi est bien au-dessus du vicomte ; mais les sotties prônent le mundus inversus.   69 T : belonde  (Mot inconnu.) Dans un duel à quatre, le second est celui qui prête main-forte : « Si vostre second est à terre, vous en avez deux sur les bras. » (Montaigne.) La Sotte se souvient qu’elle est une amazone. Mais les seuls duels que disputaient les rois de la Basoche étaient les parties de jeu de paume : le sceau royal de Pierre Barbe (qui fut le dernier roi de la Basoche de Rouen avant que ce titre ne soit remplacé par celui de régent) porte une raquette —avec un jeu de cartes et trois dés à jouer. On comprend pourquoi Guillaume Des Autels voyait dans son professeur de droit un « maistre des Raquetes ».   70 À votre pouvoir.   71 T : Despeschez vous  (« Tirer son haleine : Respirer. » <Furetière.> Il faut comprendre : Cessez de parler.)   72 T : Ve   73 Dû. « Du très-illustre Roy de la Bazoche, attendu sa qualité quia illi debetur honor. » (Recueil des Statuts du Royaume de la Bazoche.)   74 T : saueur   75 Il n’y a pas d’autre roi.   76 Sans doute est-ce Dame Bazoche, dont un suppôt tenait le rôle. Quand bien même il s’agirait de la reine de la Fève, dans ce milieu strictement masculin, on aurait aussi affaire à un travesti. La « reine Chicane » n’existait pas encore.   77 Calmez-vous.   78 La Justice a engendré des fous du prétoire, mais aussi des folles, bien avant la comtesse de Pimbesche (Racine, les Plaideurs) et la reine Chicane (note 76).   79 T : trestout troys  (Par-dessus tous les rois.)   80 Il faudrait une rime en -aine.   81 Votre personne. « Je ne me pourray garder de frotter ma laine avec quelque chicanoux. » Harangue de Turlupin le Soufreteux.   82 Nous ne tolérerons pas que vous présentiez un cadeau tous les deux.   83 Grommeler.   84 Il va chercher l’arbre à vits qu’il a apporté dans sa brouette. Naturellement, les Sottes veulent accaparer cet arbre à vits.   85 Dénigré.   86 Maigre.   87 Pommier qui donne des fruits aigres.   88 T : tu le tiens   89 Elles. (Idem au v. 309. Voir aussi « chascun » à 175. Les Sottes étaient jouées par des hommes.)  Radoté = retombé en enfance : « Tant estoit vielle et radotée. » Godefroy.   90 T : sceucer   91 Simplettes.   92 C’est à nous que le roi offrit de telles fonctions. La Basoche était une administration très bureaucratique.   93 Le fruit (lat. pomum). Offrir le fruit d’un arbre à vits était une attention délicate.   94 Je vous soutiens.   95 T : on sapporte  (Votre puissance sexuelle l’emporte sur. « Cest astre [le soleil] emporte tous les autres en splendeur et beauté. » Godefroy.)   96 Je vous exhorte.   97 Planté, comme le May. Avec un sous-entendu : « Je suis si aise quand je cous,/ Si pour un C je mets un F,/ Qu’il m’est advis à tous les coups/ Que j’ente une mignonne greffe. » Béroalde de Verville.   98 Le Gaudisseur est allé lui aussi « en la terre de Prestre Jehan », royaume chrétien qu’on situait notamment en Éthiopie.   99 Cet évêque légendaire inspira les goliards, des basochiens en marge de l’Église. Ils sillonnaient l’Europe, et composaient en latin des poèmes très libres : voir les Carmina Burana.   100 T : a lan  (Antan = l’an dernier.) La rime était déjà chez Villon : « N’enquerez de sepmaine/ Où elles sont, ne de cest an,/ Qu’à ce reffrain ne vous remaine :/ Mais où sont les neiges d’antan ? »   101 Il n’y resta pas planté toute cette année.   102 T : dourdan  (Les bonimenteurs et autres marchands de reliques prétendaient rapporter du Jourdain toutes sortes d’objets fabuleux. « Je viens droit du fleuve Jourdain,/ De la fontaine de Jouvence,/ Où j’ay rapporté à mon sain/ Une beste de grant essence. » Les Sotz nouveaulx farcéz, couvéz.)   103 T : ca  (Avant ce refrain, il manque 7 vers correspondant à la 3° strophe de cette ballade. Dessous, il manque le 1er vers de la 4° strophe.)   104 T : de ces iumens de brie  (Rime du même au même, inadmissible dans une ballade.)  Je vous affie = je vous l’affirme. Cf. le Gaudisseur, vers 44.   105 Les Sots plantent l’arbre à vits devant le roi.   106 De sa peau (la peau du pénis, en l’occurrence).   107 La prostituée. Cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 298.   108 Au sperme. « Elle jugeoit plustost qu’il (le chose viril) fût d’os, pource qu’elle en avoit le matin tiré la moüelle d’un. » Béroalde de Verville.   109 Logiquement, les pépins sont les testicules, qui renferment des graines.   110 Ces trois vertus : la beauté, la sagesse et la force. L’allégorie de l’arbre est redevable aux Complaintes et Épitaphes du Roy de la Bazoche, qu’André de La Vigne dédia au roi Pierre de Baugé, mort en 1501 : « L’arbre fleury, de vertus magnanime,/ Le parangon ayant tiltre de Roy,/ Le tronc d’Honneur, de Triumphe la syme. »   111 Les pièces comiques s’achèvent presque toujours sur une chanson à plusieurs voix. Celle-ci n’est pas arrivée jusqu’à nous, pas plus que le discours de remerciement du Roi de la Basoche.

 

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LES RAPPORTEURS

Recueil Trepperel

 

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LES RAPPORTEURS

*

La première mouture de cette sottie parisienne fut écrite en 1487, probablement par Henri Baude1. Les basochiens, qui en étaient les commanditaires et donc les propriétaires, lui ont adjoint des vers nouveaux jusqu’aux alentours de 1502. Elle est très proche de la sottie des Sotz escornéz, à peu près contemporaine et imprimée elle aussi par Trepperel. On y trouve une vignette identique : Pierre Gringore travesti en Mère Sotte2. On y trouve des personnages similaires : un Prince tyrannique, son éminence grise Gautier, et ses trois Sots en rupture d’obéissance. On y trouve aussi un poème en pentasyllabes, et une ballade mythologique en décasyllabes où l’on croise les mêmes dieux. On y trouve enfin d’innombrables concordances de style. En revanche, notre sottie des Rapporteurs n’a aucun lien avec la farce du Raporteur (LV 30). Les Rapporteurs sont des « reporters ». (Étymologiquement, c’est le même mot français.) Ils vont aux nouvelles et présentent leur rapport ; les actualités qu’ils passent en revue sont truffées d’allusions politiques.

La pièce dénonce3 la répression dont le théâtre des basochiens fut victime en 1486 : Charles VIII fit emprisonner quatre clercs de la Basoche et leur auteur Henri Baude4, coupables d’avoir brocardé sur scène des notables corrompus qui « n’en ont pas esté bien contens5 ». Pendant les jours gras6, les Sots partageaient les prérogatives des vrais fous et des bouffons royaux : ils pouvaient alors caricaturer les abus et les ridicules de leurs contemporains, à condition que ces derniers ne s’en formalisent pas trop. L’auteur de la sottie des Sobres Sotz (LV 64) ne l’oubliera pas :

    –Je le diroys bien, mais je n’ose,

    Car le parler m’est deffendu.

          (…) –Sy je n’avoys peur

    Qu’on me serrast trop fort les doys,

    En peu de mos je vous diroys

    Des choses qui vous feroyent rire.

    –À ces jours-cy, y fault tout dyre

    Ce qu’on sayt : on le prent à bien.

    –Par sainct Jehan ! je n’en diray rien :

    Y m’en pouroyt venir encombre.

Symbole de la lutte contre la censure (et d’un bras-de-fer entre le Parlement de Paris et les courtisans7), la sottie des Rapporteurs tint lieu de défouloir aux contestataires du Palais pendant quinze ans : sur la trame originale qui comptait 250 vers, on placarda au gré de l’actualité8 une centaine de vers anarchiques où éclate une violence jamais atteinte auparavant. Mais cette fois, nul n’a tenu à se reconnaître dans ce jeu de massacre. D’ailleurs, la version que nous connaissons a-t-elle pu être représentée ?

Que reste-t-il du théâtre de « maistre Henry Baulde » ?

* La Pragmatique entre gens de Court et la salle du Palais.  Quoi qu’on ait pu dire, ce dialogue de 1485 n’est pas dramatique.

* La brièvfe Moralité de 1486.  Elle a été détruite par les censeurs, et même son nom est inconnu.

* La sottie des Sotz escornéz.  Rien n’empêche qu’elle soit de Baude : lors du scandale de 1486, on a examiné les « Sotye et Moralité jouéz par lesdictz clercs ledit jour ». La sottie9 en question, dont on ignore tout, ne fut pas censurée ; elle existe peut-être encore.

* La sottie des Rapporteurs.  Baude contesta son emprisonnement dans deux épîtres en octosyllabes adressées au duc de Bourbon. Avec un tel désir d’en découdre, pourquoi aurait-il abandonné à un autre dramaturge le soin (et la jubilation) d’une vengeance publique ?

* Aulcun, Cognoissance et Malice.  Joël Blanchard10 attribue à Baude cette moralité qu’il date de 1484.

Source : Recueil Trepperel, nº 6.

Structure : Ballade, abab/bcbc, rimes plates, 3 triolets, 9 tercets pentasyllabiques. La métrique est très confuse à cause des rimes proliférantes qui furent ajoutées au fil des années. Le squelette de la forme première est parfaitement reconnaissable, mais je n’ai pas cru bon de « censurer » l’œuvre collective qui nous est parvenue.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

*

Sotie nouvelle à quatre parsonnaiges des

Rapporteurs

*

C’est assavoir :

    PROPTER QUOS 11, le Prince

    LE PREMIER SOT

    LE SECOND SOT

    LE TIERS SOT

                                  Les Rapporteurs

*

 

                             PROPTER QUOS,  le Prince,  commence       SCÈNE   I

        Saturne, filz du trosne impérial

        Et de Vesta12 (du plus hault élément13

        Dame et maistresse), au ceptre tribunal14

        [Dut renoncer ………….. -ment.]

5   Divisay fut le siècle15 vivement.

         Mais Jupiter, pour sa porcion [l]égalle16,

         Dessus Phébus a le gouvernement.

         Cuidant soy haulcer17, mainteffois on ravalle.

         Puis Neptunus18 (qui, ès19 lieux fluctueux

10  Et inundans, à Saturne succède),

         Cure receust20 des lieux pérécliteux ;

         Quant Boréas a déchassé si roide21,

         Je22 cuide, moy, qui n’y eust mis remède23,

         Englouty l’eust de ténébreure malle ;

15  Mais Neptunus luy24 monstra face laide.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravalle.

         Touchant Pluto, lieux trèsparfonds et ysmes

         A désiray pour sa porcion avoir,

         Moyen duquel luy ont les [noirs] abismes25

20  Esté donnéz, et là fait son mou[v]oir.

         Proserpine le dev(e)roit bien sçavoir,

         Car des Enfers26 a visité la salle ;

         Mais Sérès sceut27 moyen de la [re]voir.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravale.

25  Prince, pensez qu(e) avant [de] desjuner,

         Voz biberons ont forment face palle28.

         Mais puis après, on se doit pourmener29.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravale.

         Mes Sotz sont-ilz point en la salle ?

30  [Çà, Gaultier,]30 va-les-moy hucher !

         Je croy, moy, qu(e) ilz se vont coucher.

         Touteffois, ilz m(e) avoient promis

         Que pour l’honneur de leurs amis

         Desquelz ilz ont aide et support31,

35  Aujourd’uy feroient leur rapport

         Comme [ilz] ont de bonne coustume.

           LE PREMIER SOT 32              SCÈNE  II

         Jésus, auquel point est la lune !

           LE SECOND [SOT]

         Benoist Dieu, que le temps est rouge33 !

           LE TIERS SOT

         Qui vouldra menger d’une prune,

40   Je vous requier qu’on ne se bouge.

           LE PREMIER

         Feste bieu, que de gens nouveaulx34 !

           LE SECOND

         Que de Dames et de Damoiselles !

           LE PREMIER

         Mais qu’il y35 fauldra de chappeaux !

           LE TIERS

         Feste bieu, que de gens nouveaux !

           [LE SECOND

         …………………………….. -eaux !]

           LE PREMIER

45   Ha ! je n’en vids jamais de telles.

                               LE SECOND

         Feste bieu, que de gens nouveaux !

                               LE TIERS

         Que de Dames et Damoiselles !

                               LE PREMIER

         Que de sotz !

                               LE SECOND

                                  Que d(e) oppiniastres !

                               LE TIERS

         Que de folz36 !

                               LE PREMIER

                                     [Et] que de follastres !

                               LE SECOND

50  Que de gens qui cuident sçavoir !

                               LE TIERS

         Qu(e) il en est qui ne sçavent riens !

                               LE PREMIER

         Que de gens qui ont trop devoir37 !

                               LE SECOND

         Que de gens qui ont trop de biens !

                               LE TIERS

         Que de macquerelles à Paris !

                               LE PREMIER

55  Que de « maisons » en la rue Saint-Denis38 !

                               LE SECOND

         [Qu’il est]39 de paiges macquereaulx !

                               LE TIERS

         Qu’il est de pouvres fringuereaulx40 !

                               LE PREMIER

         Que je voy porter41 brodequins

         À ces povres frans musequins42,

60   Par-dessus leurs chausses persées !

                               LE SECOND

         Mais que j’ay veu, depuis six ans,

         Paistre de grues43 parmy les champs,

         Qui toutesfois s’en sont vollées !

                              LE TIERS

         On a prins, à Sainct-Innocent44,

65  De l’eau, des plains potz plus de cent ;

         Puis n’a-on pas tout emporté.

                              PROPTER QUOS                  SCÈNE   III

         Après qu(e) auray bien escouté,

         Mes Sotz45, viendrez-vous, s’il vous plaist ?

         Vrayement, ilz ont bien tempesté !

70   [Après qu’auray bien escouté,

         ………………………….. -té.]

         Je croy qu’ilz ont le cueur dehait46.

         Après qu(e) auray bien escouté,

         Mes Sotz, viendrez-vous, s’il vous plaist ?

                               LE PREMIER

         Nous n’avons pas encore fait47.

                               LE SECOND

75  Nous ne sçavons par où descendre.

                               LE TIERS

         On nous a mis à faire guet.

                               LE PREMIER

         Taisez-vous, laissez-nous apprendre48.

                               PROPTER QUOS

         Or brief, je ne puis plus attendre.

         Ne cuidez pas que ce soit fable.

80   Se je voys49 là vers ceste table,

         Par tous les sains de Paradis,

         À chascun, des coups plus de dix

         Je vous donray sur vostre teste !

           LE PREMIER

         Je n’ay cure de telle feste.

           LE SECOND

85  Je n’ay cure, moy, qu’on me bate.

           LE TIERS

         Se n’avoyes50 la main à la paste,

         Si m’en fuiray-je du débat.

                              LE PREMIER

         Allons là, ce n’est q’ung esbat51 ;

         Si, verrons qu’il nous vouldra dire.

           LE SECOND

90  Pour me trouver en ung combat,

         Je suis plus vaillant que La Hire52.

           LE TIERS

         Pour m’enfuïr s’on me menace

         Et pour tantost vider la place,

         Jà n’en crains archier de la Garde53.

           LE SECOND

95  Allons là, je croy qu’il luy tarde ;

         Car nostre maistre Propter Quos

         Ayme fort ouÿr noz rappors.

           [LE PREMIER]

         Et ! le vélà qui nous regarde.

           LE SECOND

         J’iray54 quérir ma hallebarde,

100  Car j’ay grant peur qu’il nous oultraige.

           LE TIERS

         Il te part d’ung maulvais couraige55,

         De t’armer contre ton seigneur.

           LE SECOND

           Si à bien plus grant personnage !

           [PROPTER QUOS]56

         (Or s’ilz l’ont fait, c’est leur dommaige,

105  Et auront leur part de la peur.)

           LE PREMIER

         Propter Quos, le vray chief d’onneur,

         Jésus vous doint joye et sancté !

           PROPTER QUOS

         Et à vous, bonne prospérité57 !

         Et vous doint autant de ducatz

110  Comme en ont tous les Lombars

         Par delà le pays de Savoye !

         Mes Sotz, et puis ? Comme58 est la voye ?

         De quel chose estes-vous records59 ?

         Est-il point possible qu’on oye

115   Quelque chose de voz rappors ?

           LE PREMIER

         Voullez-vous qu’on vous die des mors

         Et de ceulx qui sont trespasséz60 ?

           PROPTER QUOS

         Laissez-moy ceulx-là, c’est assez ;

         Ne m’en faictes plus mencion !

           LE SECOND

120  Plusieurs sont aux gaiges casséz61,

         Qui ont receu leur pension.

           LE TIERS

         C’est une grant confusion

         Des choses qu’avons apperceues.

           LE PREMIER

         Nous n’au[r]ons pas la moitié dit

125  Jusques au temps de l’Antécrist,

         Des choses que nous avons veues.

           PROPTER QUOS

         Mes Sotz, de bon cueur je vous prie :

         Resjouyssez la compagnie

         De quelques rappors tous nouveaulx.

           LE PREMIER

130  Premier62, nous avons veu chevreaulx

         Qui voulloient mener paistre chièvres63.

           LE SECOND

         Nous avons veu chiens à monceaulx

         Qui s’enfuyoient devant les lièvres.

           LE TIERS

         Sergens ne sont plus larronceaux :

135  Ilz sont doulx comme jouvenceaulx

         Et ne boyvent plus mais que bière(s)64.

           PROPTER QUOS

         Ilz ne font leur sanglante fièvre,

         Les paillars pouacres65 infâmes !

         Ilz donroient aux dyables leurs âmes

140  Premier qu’ilz ne fussent larrons66 !

         Ces rappors-là ne sont pas bons,

         Car c’est toute[s] pures mensonges67.

         Dia68 ! la grandeur d’ung vieil tonneau

         Ne boit point la moitié tant d’eau

145  Que feroi[e]nt de vin ces yvrongnes !

           LE PREMIER

         Tant plus on les regarde ès trongnes,

         Tant plus les treuve enluminéz.

           LE SECOND

         J’avoue Dieu ! ilz ont sur le nez

         Une69 aulne de rouge esquarlate.

           LE TIERS

150  Que migraine70 de laine plate

         Ne reluise de telle manière !

           PROPTER QUOS

         Ce n’est donc pas de bonne bière,

         Comme ce fol me rapportoit71.

           LE PREMIER

         C’est, pardieu, de faire grant chère ;

155  Et si, ne sçay, moy, qui le poist72.

           PROPTER QUOS

         Sus, sus, mes suppostz ! Qu’on vous voist

         Procédans en ceste matière !

           LE SECOND

         Carmes n’ont plus de chambèrière73 ;

         Aussi n’ont pas les cordeliers.

160  Et, dit-on, sont74 les usuriers

         Sont marris qu’il n’est assez [o]vins75

           PROPTER QUOS

         Ilz ont menty, les chiens mâtins !

         Tousjours carmes auront freppières,

         Et usuriers seront marris

165  Se les laines ne sont fort chières.

         Que de Dieu [ilz] soient tous mauldictz !

           LE TIERS

         Jacobins ont à Dieu promis,

         Mectans tous ès Enffers leurs âmes,

         Que jamais ne permétront femmes

170  En leur maison (tant qu’il se76 sçaiche).

           PROPTER QUOS

         Et ! par sainct Jaques ! Une vache

         Yroit premier querre77 une preune

         Sept piedz au-dessus de la lune

         Ains78 que ces maistres jacobins,

175  Cordeliers, carmes, célestins

         Ne jouent de nature la basse.

         Onc chien puant, de « passe-passe »

         Ne fut si leste79, par mon âmes !

           LE PREMIER

         Moynes ne parlent plus aux dames.

180  Et dit-on qu’il n’en est pas trop80.

           [LE] SECOND

         Laissons cela, ilz sont infâmes :

         Ilz torchent leur cul de leur froc.

           LE TIERS

         Il n’est, par les saincts, rien plus sot

         Que moyne, avec son cappilla[i]re81.

           PROPTER QUOS

185  S’ung82 en avoyes qui fust mon frère

         Et j’eusse femme ung peu mignonne,

         Je lairoye toute la besongne

         Premier que ne m’en [donne garde]83.

         Moynes ? Que le mal feu les arde,

190  Tant portent-ilz la c[o]uille verd84 !

         Ce sont les gens [que plus nazarde]85.

         Je sçay bien de quoy moyne sert.

           LE PREMIER

         Ilz frappent86 à cul descouvert.

         S’en donne garde qui vouldra !

195  Carmes, cordeliers et chanoynes,

         Jacobins, augustins et moynes :

         Mauldit soit qui les espergnera !

           LE SECOND

         Je pry Dieu pour en voir87 le bout :

         Que le grant dyable emporte tout !

           LE TIERS

200  Si m’ont dit les dyables d’Enfer

         Qu’ilz les y feront bien chauffer

         À quelque pris que soit le boys.

           LE PREMIER

         Regnars ne mengeront plus d’oyes88

         Ne poulles : le pac en est fait89.

           LE SECOND

205  On ne verra plus chappellains

         Tromper90 femmes à leur[s] parroissains :

         Chacun sera du tout91 parfait.

           LE TIERS

         Les advocatz de maintenant

         Ne veullent plus prendre d’argent :

210  Ilz font tout pour l’amour de Dieu92.

           LE PREMIER

         Les sermonneurs93 de ceste ville

         Ne prennent plus ne croix, ne pille,

         Et ne partent point d’ung [bas] lieu94.

          LE SECOND

         Gens d’armes95, si, ont fait serment

215  Désormais [de] payer vrayement

         Leurs hostes parmy ces villaiges.

           LE TIERS

         Les ratz96 ont fait à Dieu promesse

         Que jamais, sans ouÿr la messe,

         Ilz ne mengeront nulz fromages.

           PROPTER QUOS

220  Vécy de bons petis langaiges,

         S’ilz sont vrays ; mais j’en fais grant doute.

           LE PREMIER

         En effait, de tous les oultraiges

         Qu’ilz ont fait, il n’en est plus goutte97

           LE SECOND

         Seigneurs ne seront plus gouteux98.

           LE TIERS

225  Maraulx ne seront plus pouilleux.

           LE PREMIER

         Changeurs ne sont99 plus usuriers.

           LE SECOND

         Il n’est plus de larrons cousturiés100.

           LE TIERS

         Maris ne seront plus cocus.

           LE PREMIER

         Grimaulx101 ne seront plus batus.

           LE SECOND

230  Il ne cherra102 jamais d’esglise.

           LE TIERS

         Les blédz n’auront plus de festus.

           LE PREMIER

         On ne verra plus truye qui pisse103.

           LE SECOND

         Marchans tiendront tous loyaulté104.

           LE TIERS

         On fera à chascun raison105.

           LE PREMIER

235  Toutes gelées seront l’esté.

           LE SECOND

         Brebis n’auront plus de toyson106.

           LE TIERS

         En Court ne règne plus envie.

           LE PREMIER

         En Romme n’est plus simonye.

           LE SECOND

         Rommains ayment [tous le]107 Sainct-Père.

           LE TIERS

240  En Ytallye n’a plus ducatz108.

           LE PREMIER

         Yvrongnes ne boyront109 que bière.

           LE SECOND

         Ce sont bonnes gens que Lombards110.

           LE PREMIER

         Normans ayment bien les Bretons111.

           LE SECOND

         Françoys ayment bien ceux de Flandres112.

           LE TIERS

245  L’eau qui passe soubz les moulins,

         Premier qu’i soit quatre matins113,

         Se convertira toute en cendres114.

           LE PREMIER

         Femmes n’auront plus malle115 teste.

           LE SECOND

         Le monde vivra tout en paix.

           LE TIERS

250  Ung mouton ne sera plus beste.

           LE PREMIER

         Quant on se trouvera en presse116,

         Personne ne fera plus vesse,

         Mais on ne fera [plus] que petz117.

           LE SECOND

         Mais que ces Pardons118 soient passéz,

255  Chacun fera des biens assez,

         Sans jamais penser à nul mal.

           LE TIERS

         Tous piétons119 iront à cheval.

           LE PREMIER

         Cloches ne feront plus tintins120.

           LE SECOND

         En oultre plus, les médecins

260  Désire[ro]nt que tous soient sains

         Et qu’il n’en soit plus de malades.

           LE TIERS

         Ménest[r]iers se sont complains,

         Et si, ont juray tous les Saincs

         Que plus ne souffleront aubades121.

           LE PREMIER

265  Tous rimeurs122 sont délibéréz

         Que s’ilz ne sont premier payéz,

         De ne123 faire nulles Balades.

           LE SECOND

         On donne pommes de grenades124

         Aux pourceaulx monsieur125 saint Anthoine.

           LE TIERS

270  On dit que dans126 une sepmainne,

           Bourges sera tout rebasty127.

           LE PREMIER

         Flamans couscheront sur le feurre128,

         Ne buront, ne mengeront beurre

         Jusques Sainct-Omer sera prins129.

           PROPTER QUOS

275  Et ! ont-ilz cela entreprins,

         Les Flamans ? Pleust au roy des Cieulx

         Qu’ilz se deussent grater les yeulx130

         Jusques ad ce que sera fait !

           LE SECOND

         Ha ! par saint Jaques, il n’est pas prest131 !

280  Ilz ont beau mouver la moustarde132 !

         Auffort, ilz sont saoulz ; on les133 garde

         Jusques ad ce qu’il sera nuyt.

           LE PREMIER

         Il fault rapporter sans nul bruit

         Quelques choses de [noz] merveilles.

285  J’ay veu « voller » sans avoir elles134.

           LE SECOND

         J’ay veu lire sans estre clerc.

           LE TIERS

         J’ay veu bailler jaune pour verd135.

           LE PREMIER

         J’ay veu cordenn[i]ers faire toilles.

           LE SECOND

         J’ay veu quarrelleurs136 advocatz.

           LE TIERS

290  Et moy, d’escus faire ducatz137.

           LE PREMIER

         On m’a dit que pour lors, en Court,

         Il n’est mémoire de raport138 :

         Tous sont ensemble bons amys.

           LE SECOND

         Lévriers n’ont cure de connils139.

           LE TIERS

295  Le plus habille140 est le plus lourd.

           LE PREMIER

         Qui mieulx entent est le plus sourd.

           LE SECOND

         Qui a beau nez il boit bien ès bouteilles141.

           LE TIERS

         Qui entent mieulx qui a grans oreilles.

           PROPTER QUOS

         Voz rapors me di[s]ent merveilles ;

300  Et si, ne les puis bien entendre.142

         Je ne puis bien ces motz comprendre.

           LE PREMIER

         Après qu’on aura bien raillié,

         Propter Quos, on n’a plus taillié143 :

         Je croy qu’on ne [nous peult]144 reprendre.

           LE SECOND

305  Cousturiés145 seront bien requis,

         Avant que tout soit bien repris,

         Qu’on a taillié depuis naguère(s).

           LE TIERS

         Encore ne se peut-on taire.

           LE PREMIER

         On frappe d’estoc et de taille,

310  Mais la cousture sera lourde146.

           LE SECOND

         Je doubte qu’i ait jeu sans bourde147.

           LE TIERS

         Se le chat entre dans la bourde148,

         Souris haÿront la chandelle.

         De cela, bien je me vante.

           LE PREMIER

315  Il n’est sepmaine qu’il ne vente,

         Au moins se l’air n’est bien rebelle149.

         LE SECOND

         En mousche qui picque,

         En chat qui repplique,

         Ne donne asseurance.

           LE TIERS

320  En fleuve qui dort,

         En serpent qui mord,

         N’a point d’asseurance.

           PROPTER QUOS

         Balade(s) sans rime

         Ne [que son de]150 lyme

325  N’a151 point d’accordance.

           LE PREMIER

         De folle entreprise152,

         De femme requise,

         Ne vient que meschief153.

           LE SECOND

         Tous membres ont labeur154,

330  Quant il vient douleur

         Qui grièfve le chief155.

           LE TIERS

         Entreprise folle,

         Mainte gens affolle :

         Vélà le salaire.

           PROPTER QUOS

335  Il vauldroit bien mieulx

         Soy grater les yeulx

         Que soy les hors traire.

           LE PREMIER

         Quant la chose est feicte,

         Fol est qui barbette156 :

340  Le conseil est prins.

           LE SECOND

         Pour ne dire mot

         De tout ce qu’on ot157,

         On n’est point reprins.

           LE TIERS

         [À] qui jamais n’eust rapportay158,

           LE PREMIER

345  Saint Jaques, il n’eust pas tant cousté !

           LE SECOND

         Ce n’est159 mon, le dyable y ait part !

         Allons-nous-en, faisons départ.

           LE PREMIER

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         Noz rappors160 avons mis en train.

           LE SECOND

350  Deppartons, car c’est trop songé.

           LE TIERS

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         […………………………………. -gé.]

         Nous reviendrons quelque demain.

           [LE PREMIER

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         Noz rappors avons mis en train.]

                 EXPLICIT

*

1 Mort après 1496. Fonctionnaire des impôts, il compose des poèmes parfois érotiques, et du théâtre souvent polémique.   2 Cela ne signifie pas que Gringore en est l’auteur : le même bois gravé orne les quatre premières sotties du recueil Trepperel.   3 Cf. les vers 33-34, 222-223, 302-311, et 341-346.   4 « Baude, après brisement de portes,/ En effect à mynuict fut pris/ Et au Petit Chastellet mys. » Lectre de Baude audict seigneur de Bourbon. Je cite Henri Baude d’après l’édition de ses Œuvres complètes que prépare mon ami Brian McKay, de l’université d’Auckland.   5 Id. Le roi est plus explicite : « Aucuns, soubz umbre de jouer ou faire jouer certaines moralitéz et farces, ont publiquement dit ou fait dire plusieurs parolles séditieuses sonnans commotion [appelant à l’émeute], principalement touchans à Nous et à nostre Estat. »   6 Mais la Moralité litigieuse de Baude fut donnée le lundi des Rogations (1er mai 1486), ce qui n’était pas très adroit.   7 Au grand dam de la Cour, le Parlement avait autorisé ses clercs à représenter la Moralité de 1486. Il aggrava son cas en les faisant sortir de prison dès que possible.   8 Ces greffons rattachés au jour le jour à un tronc principal sont typiques de la création populaire. Prenons l’exemple du Père Dupanloup : cette chanson paillarde naquit vers 1845. Des plaisantins lui greffèrent un couplet  sur l’Institut en 1854, sur l’Assemblée générale en 1871, sur les ballons dirigeables en 1901, sur Superbagnères en 1912, sur Citroën et la Tour Eiffel en 1924, etc.   9 Les deux ou trois pièces qui constituaient une représentation étaient parfois du même auteur : le Jeu du Prince des Sotz + l’Homme obstiné + Raoullet Ployart sont de Pierre Gringore ; le Mystère de saint Martin + le Munyer + l’Aveugle et le Boiteux sont d’André de la Vigne.   10 Moralité à six personnages. Droz, 2008.   11 « À cause desquels. » Ce nom pourrait venir des « histriones propter quos dissidebatur » <Suétone, III, 37>, qualifiant des comédiens punis après une rixe mortelle entre spectateurs. Je ne crois pas que notre dramaturge ait pu connaître le « propter quos Principis humanitas dedit » de Cassiodore, d’autant que l’humanité du Prince Propter Quos reste à démontrer.   12 T : veste  (Saturne est le fils d’Uranus [le ciel] et de Vesta [la terre].)   13 T : clement  (Vesta est aussi la déesse du feu.)   14 Au sceptre de juge suprême. Saturne fut détrôné par son fils Jupiter, et son empire fut partagé : Jupiter prit la terre et le ciel, Phébus le soleil, Neptune la mer, Borée le vent, Pluton l’enfer.   15 Le monde profane.   16 La portion légale est la part minimale qu’un testateur est tenu de laisser à chacun de ses héritiers.   17 Dans les 4 occurrences de ce refrain, il faut lire s’hausser. « Lecteur, tu vois ainsy que s’hausse le subjait. » (Traduction anonyme de Dante.)   18 T : neptimus  (Je corrige la même coquille au vers 15.)   19 T : les  (Les lieux fluctueux et inondants sont les océans.)   20 T : liura  (Reçut le soin des lieux propices aux naufrages. « Il receust la cure et le gouvernement de tout l’empire. » Godefroy.)   21 Quand Neptune a houspillé Borée si rudement. Au 1er chant de l’Énéide, Neptune menace les Vents, qui ont soufflé sur la mer sans son ordre : « Vous me paierez votre faute par une peine sans pareille ! Fuyez vite, et dites ceci à votre roi [Éole] : ce n’est pas à lui qu’échut l’empire marin, mais à moi ! »   22 T : Et   23 Que si on ne l’avait pas calmé. Virgile n’indique nulle part que quelqu’un a calmé Neptune. Quant au Roman d’Énéas, qui était encore très lu, il ne mentionne même pas l’intervention de Neptune dans cet épisode.   24 T : leur  (Se contenta de lui montrer une mine renfrognée.)   25 Les Enfers. « Démon sorti des noirs abismes. » Quinault. 26 T : anfans  (Elle fut enlevée par Pluton et devint déesse des Enfers.)   27 T : trouuar  (Cérès, déesse des moissons, est la mère de Proserpine. Elle obtint de Jupiter que sa fille passe la moitié de l’année sur terre avec elle.)   28 Vos Sots alcooliques ont fortement la face pâle. « Yvroignes et biberons, esveilliez-vous ! » Godefroy.   29 Faire une promenade digestive.   30 T : Sagultier  (Présent dans les Sotz escornéz, ce conseiller du Prince reste muet dans notre pièce, à moins qu’on ne lui attribue les vers 25-26.)  Hucher = appeler.   31 Plusieurs magistrats du Palais s’étaient porté caution pour faire libérer leurs camarades. Ils assistaient sans aucun doute à cette représentation donnée sur leur territoire.   32 Les trois Sots sont perchés sur des fenêtres (note 49) dont ils descendront après le vers 88. Ils regardent dehors pour avoir des nouvelles à rapporter, avec une prédilection pour les détails indiscrets, comme l’annonce le vers suivant : « Qui vous mettroit le cul à l’esparé [à l’air]/ Pour bien sçavoir en quel point est la lune,/ L’on sçauroit bien, sans faire long narré,/ Si soubz les draps vous estes blanche ou brune. » Parnasse satyrique.   33 Menaçant, d’un point de vue pécuniaire. « –Le temps est rouge./ –Dictes sy feroyt-il beau temps/ Sy vous avyez d’or pleine bouge ? » Mestier et Marchandise (LV 73).   34 À la mode. Cf. la sottie des Gens nouveaulx. Jusqu’au vers 60, le public est pris pour cible.   35 T : il   36 T : sotz  (qui est déjà au vers précédent. Les variations sur un même radical –par exemple fol/folâtre– sont caractéristiques des sotties.)   37 Éternelle opposition entre les pauvres qui ont trop de travail, et les riches qui ne font rien.   38 Il y avait déjà des maisons de passe « rue Sainct-Denys,/ Où sont plus d’oyseaulx que de nidz » (sottie Pour le cry de la Bazoche). L’auteur insère lesdites maisons entre les maquerelles et les maquereaux.   39 T : Qui les  (Sur les pages entremetteurs, voir les naquets de Trote-menu et Mirre-loret, note 31.)   40 Jeunes élégants.   41 T : portes   42 Jeunes galants. Ils dissimulent dans des bottines les trous de leurs bas : « Ces fringans mondains/ Qui portent ces beaux brodequins/ Dessuz la chausse dessirée. » Sermon joyeulx d’ung Fol (T 21).   43 On donnait déjà des noms d’oiseaux aux percepteurs. À partir de 1498, Louis XII diminua l’impôt de la taille. (Cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 351.) Il protégea aussi les paysans contre les exactions des soldats et des fonctionnaires royaux.   44 Le cimetière des Saints-Innocents, qui jouxtait la rue Saint-Denis, fut submergé par une crue de la Seine en janvier 1496.   45 T : solz  (L’imprimeur hésite entre « sotz » et « folz ». Idem à 73.)   46 Joyeux.   47 Fini.   48 Apprendre des nouvelles pour faire nos rapports.   49 Si je vais. Les basochiens jouaient du théâtre comique sur la table de marbre du Palais de la Cité <voir la notice du Capitaine Mal-en-point>. La salle du vers 29 est la Grand-Salle où se trouvait la table, et les rapporteurs font le guet (vers 76) sur ses fenêtres sises en hauteur.   50 T : iauoyes  (Si je n’étais pas en train de faire quelque chose.)  Au sens propre, la « pâte » est peut-être un quignon de pain que grignote le Tiers Sot : déjà au vers 39, il mangeait des prunes.   51 Ce n’est qu’un jeu, qu’une comédie.   52 Ce héros du siège d’Orléans était mort en 1443, mais les joueurs de cartes le célébraient encore : « N’ouÿstes-vous oncques/ Parler des beaux faitz de La Hire,/ Qui fut si vaillant homme en guerre ? » Farce des Coquins (F 53).   53 Dont la poltronnerie était proverbiale. « Je suis tant las,/ Que quatorze archiers de la Garde/ Me battroyent à la halebarde. » Clément Marot.   54 T : Iray ie   55 Cœur.   56 T : le tiers   57 « Honneur, bonne prospérité,/ Santé ! » Lectres de Baude envoyées à Mgr de Bourbon.   58 T : et  (La voie est-elle libre ? Peut-on parler sans crainte ?)   59 Souvenants.   60 Le roi Charles VIII, persécuteur des basochiens, mourut le 7 avril 1498. Propter Quos n’a pas l’air de le regretter.   61 Cassés de gages, renvoyés. Dès qu’il accéda au trône, en 1498, Louis XII fit annuler son mariage avec Jeanne de France, qui fut reléguée à Bourges avec 12 000 écus de pension.   62 Premièrement. Baude employa cet adverbe : « Premier, je vy ung tas de bestes. »   63 La « chèvre », Anne de Beaujeu, exerça la régence de 1483 à 1491, en attendant la majorité du « chevreau » Charles VIII, qui l’aurait bien envoyée « paître ». Dans la Sotye des Croniqueurs, Gringore dira du jeune roi : « C’estoit l’aigneau mené en lesse. »  Cf. les Sotz qui remetent en point Bon Temps, note 2.   64 La bière est moins alcoolisée que le vin : cf. les vers 152 et 241.   65 Galeux.   66 Plutôt que de cesser de voler. Sur la corruption des sergents, voir le Testament Pathelin, vers 469-472. Nos basochiens n’ont pas digéré que des sergents aient cassé leur porte en pleine nuit (note 4).   67 Ce mot était parfois féminin : « C’est une pure mensonge sans fondement ny apparence. » Catherine de Médicis.   68 T : De  (Le volume d’un vieux tonneau n’absorberait pas autant d’eau, ni même la moitié, que ces ivrognes absorbent de vin.)   69 T : Ung  (L’écarlate est une étoffe rouge : « Demie aulne d’escarlate sanguine. »)   70 Étoffe de laine teinte en rouge vif.   71 Au vers 136.   72 Qui paye leurs agapes.   73 Certaines chambrières arrondissaient leurs fins de mois (et parfois leur ventre) en couchant avec leur maître. Cf. la farce des Chambèrières. Les fripières du vers 163 ont le même gagne-pain, et Rabelais les voue « à Vénus, comme putains, macquerelles, (…) chambèrières d’hostèlerie ». (Pantagruéline Prognostication.)   74 T : que  (Un mastic a fait tomber « sont » au début du vers suivant.)   75 S’il n’y a pas assez d’ovins, on manquera de laine (ce qui permettra aux usuriers de spéculer). Ces deux vers ont une réponse en écho à 164-165.   76 T : le  (Pour autant qu’on le sache.)   77 T : querir   78 T : Ha  (Ains que = plutôt que.)   79 T : listre  (Passe-passe = va-et-vient.)   80 Entre autres choses, on reprochait au clergé d’être pléthorique.   81 Scapulaire, froc sans manches.   82 T : Sang  (Si j’en avais un.)   83 T : puisse garder  (Plutôt que de ne pas m’en protéger. « Nous ne vous laisserons en paix, premier que ne nous en ayez dit quelque chose », Amadis de Gaule.)  Cf. le vers 194.   84 Une verge vigoureuse.   85 T : qui plus hazarde  (Nasarder = bafouer : « Battu, nazardé et desrobbé », Rabelais, Tiers Livre.)   86 Ils coïtent. D’où leur surnom de « frères frapparts ». Baude a beaucoup donné dans l’anticléricalisme ; son poème le plus connu, les Lamentacions Bourrien, campe « ung chanoine bien gras » qui joue « en ung mol lict, près d’ung grant feu » avec son fils de deux ans ; il regrette le départ de sa concubine, et se console avec « le bon vin cléret » et « le pot-au-feu ». Le chanoine termine ainsi : « Mon Dieu (dit-il), donne-moy pacience !/ Qu’on a de maulx pour servir Saincte Église ! »   87 T : auoir  (Pour en voir la fin. Mais « bout » ayant un sens phallique, on leur souhaite d’être châtrés par le diable. Un mouvement de marotte pouvait souligner ce vœu pieux.)   88 Une rime masculine serait préférable. Les oies adultes n’ont rien à craindre d’un renard, contrairement à leur progéniture : « Regnarts mengeront maint oison. » Baude.   89 Le pacte est conclu. « Ceste fois, est fait nostre pac. » Les Sotz escornéz.   90 Abuser, suborner.   91 Totalement.   92 Cf. les Gens nouveaulx, vers 45-46.   93 T : sergens  (qui occupent déjà les vers 134 et suivants.)  Les prédicateurs itinérants s’enrichissaient en prêchant la pauvreté. Les Sermons joyeux en font des ivrognes lubriques.   94 Ne sortent pas d’un bordel. « Il alloit de nuyt par ville et en maulvaix et bas lieux. » (Granvelle.) En outre, « chevaulcher ès bas lieux » = coïter (Jehan Molinet).   95 T : darges  (Les soldats se faisaient nourrir et loger gratis par la population.)   96 T : chatz  (qui ne mangent pas de fromage.)  Les ras [rasés] sont les clercs tonsurés. Dans l’argot des coquillards, un « ras » est un homme d’église. On devine un jeu de mots sur rapporteurs et ras porteurs, comme dans la sottie du Roy des Sotz (BM 38) : « –Qu’esse qu’il porte en ceste hotte ?/ –Ce sont ratz. C’est ung rapporteur :/ Vécy Coquibus qui ratz porte. » Baude a écrit un poème intitulé : Ung homme qui porte sur son doz une hotte plaine de ratz et s’appelle le Rapporteur.   97 Le Parlement de Paris avait élargi les quatre clercs malgré « tous les outrages » dont le roi les accusait. Il s’agissait bien de clercs tonsurés, puisque l’évêque de Paris somma le lieutenant-criminel « de luy rendre lesditz prisonniers comme clercs ».   98 Louis XII allait régulièrement au Palais de justice. Lors de ses crises de goutte, il arrivait à la Grand-Salle sur un petit mulet qui avait gravi l’escalier en trottinant sur des planches inclinées. Pour les basochiens, ce spectacle devait être aussi drôle qu’une sottie.   99 T : seront  (Le présent a valeur de futur, comme au vers 134 et au vers suivant.)  Les changeurs de monnaies trafiquaient sur le Pont-au-Change.   100 Certains couturiers détournaient une part du tissu que les clients leur remettaient. Cf. le Cousturier et Ésopet (BM 34). Si Cousturié est bien le nom d’un fonctionnaire corrompu (note 145), le public entendit cette ponctuation : « Il n’est plus larron, Cousturié. »   101 Les écoliers.   102 T : sera  (Cherra : futur du verbe choir.)  Plusieurs églises se sont effondrées dans ces années-là, par exemple en Auvergne lors du « tremble-terre » de mars 1490.   103 Attaque indirecte contre les antonins (note 124). Ces moines laissaient divaguer leurs porcs en ville, ce qui gênait les piétons : Baude a consacré un distique aux Porceaulx qui ont répandu ung plain panier de fleurs. La rue qui menait au couvent des antonins était parfois rebaptisée « rue de la Truye-qui-pisse », ou « rue Pisse-truye ».   104 Ne tricheront plus sur les poids et mesures.   105 On rendra justice à chacun.   106 On ne sera plus obligé de les tondre. Les brebis symbolisaient fréquemment les contribuables.   107 T : tousles  (Le pape espagnol Alexandre VI Borgia imposa son despotisme sanguinaire de 1492 à 1503 ; il fut « extrêmement haï du Peuple Romain », dira Agrippa d’Aubigné.)   108 La France comptait sur cette éventuelle pénurie pour voir finir la première guerre d’Italie (1494-1497). Ducats rime avec Lomba(r)ds, comme à 109-110.   109 T : bouront  (Voir la note 64.)   110 À ceci près qu’on les tenait pour des usuriers (vers 110), des empoisonneurs (Jeu du Prince des Sotz, note 23), et des sodomites (tels les « bougres lombars » du Grant Jubillé de Millan). Baude les a souvent critiqués : « Et les nobles emprunteront/ À belle usure des Lombars. »   111 La rime est fausse. Doit-on lire Picards ? Manque-t-il un vers en -ons ?   112 C’est plutôt les Flamands qui auraient pu se plaindre des humiliations infligées par la France. En 1493, le traité de Senlis aplanit les malentendus, mais une certaine animosité réciproque perdura.   113 Un de ces quatre matins.   114 Des meuniers peu scrupuleux alourdissaient leur farine avec de la cendre.   115 Mauvaise.   116 En société, en public.   117 T : ptez  (Au contraire de la vesse, le pet est bruyant : on reconnaît donc le péteur.) « Ung pet équipolle à deux vesses. » Les Sotz escornéz.   118 Si notre sottie marque le deuxième anniversaire de la moralité censurée en 1486, on évoque ici les trois jours des Rogations, du 12 au 14 mai 1488. (Voir note 6).   119 Fantassins.   120 T : de bruit  (Tintin = tintement. « Le tintin de la cloche », Estienne Pasquier.)   121 Qu’ils ne donneront plus de concert à l’aube sous les fenêtres d’une belle.   122 T : francois  (Rimeur = poète. Un de ces rimeurs à gages est décrit dans la Réformeresse, vers 238-257.)   123 T : me   124 La grenade était notoirement l’emblème de Maximilien d’Autriche, qui protégea les Hospitaliers de Saint-Antoine (les antonins), et leur permit en 1502 d’arborer sur leur écusson les armes de l’Empire. Ces moines vivaient avec des porcs et se conduisaient comme des cochons : « Chacun a sa femme ou sa mie./ Tout en va par gueule et par ventre,/ L’avoir qui à Saint-Antoine entre./ Ils marient moult bien leurs filles./ Ils ne prisent mie deux billes/ Saint Antoine ni son pouvoir./ Trop conquièrent, trop ont d’avoir,/ Trop souvent déçoivent [ils trompent] les gens. » Guiot de Provins (je modernise sa graphie). Voir la note 103.   125 T : mon seigneur  (Il est d’usage d’appeler les saints monsieur : « Le groing/ Du pourceau monsieur sainct Anthoine », farce du Pardonneur <BM 26>.)  Les « pourceaux » étaient les antonins eux-mêmes, à cause de leur goinfrerie : « Les religieux du lieu s’appellent pourceaux de St. Antoine par humilité ; ils sont obligés de faire huit repas ! » Pierre de L’Estoile.   126 T : dedans   127 T : rabesty  (Après l’incendie du 22 juillet 1487, il fallut en réalité plusieurs décennies pour rebâtir complètement la ville de Bourges : ses échevins avaient accaparé 23 000 livres tournois destinées à la reconstruction.)   128 Sur de la paille.   129 Soit repris à la France, qui avait conquis le 27 mai 1487 cette ville flamande unie à la Maison de Bourgogne. Saint-Omer et « les Flammans en servaige » seront libérés par les Bourguignons le 11 février 1489. Nous avons donc le terminus a quo et le terminus ad quem des vers 272-282, qui sont originels d’après le schéma des rimes.   130 Scruter l’avenir en vain. Idem vers 336.   131 On n’en est pas près.   132 Remuer la merde.   133 T : leur  (On attend qu’il fasse nuit.)  Saint-Omer fut investi par surprise en pleine nuit, à l’insu du « guet qui lors estoit fort négligent » : cette litote du Flamand Molinet dans sa Chronique laisse entendre que les sentinelles étaient soûles.   134 « Si la guerre n’estoit un moyen de voler/ Sans ailes et sans plume, on n’y voudroit aller. » Jacques Du Lorens.   135 Faire un marché de dupes, les sceaux de cire jaune ayant moins de valeur que les sceaux de cire verte.   136 Jeu de mots sur carreleurs [savetiers] et querelleurs.   137 J’ai vu de l’argent français devenir italien. En 1495, Charles VIII remboursa des prêts ruineux à la ville de Florence. Gringore en parle dans la Sotye des Croniqueurs : « Noz escus, muéz en ducas/ Furent. »  138 On a oublié les cafardages. « Je metz les seigneurs en soucy,/ Pour rapporter en Court secrettement. » Baude.   139 T : congnins  (« Connil » désigne le lapin, et le sexe de la femme ; or, chacun savait que les lévriers de Charles VIII dormaient sur son lit, et que le blason de son épouse Anne de Bretagne comportait deux lévriers.)  Conni(l)s rime avec amis.   140 Habile.   141 Avoir un grand nez (comme Charles VIII) empêche de boire dans un gobelet. « Qui a beau nez, il boyt à la bouteille. » John Palsgrave.   142 T ajoute une concaténation des vers 296 et 301 : qui mieulx entent ces motz comprendre   143 On n’a plus mis en pièces personne.   144 T : pourra  (Qu’on ne peut rien trouver à nous reprocher.)   145 Dans cette métaphore couturière, tailler retrouve son sens propre, et reprendre signifie « faire des reprises, retoucher ». Mais les répliques 302-311 et le vers 227 semblent viser un personnage réel : le patronyme « Cousturié » (ou « Le Cousturié ») était fort commun. Les basochiens furent-ils dénoncés au roi par un Cousturié traité de larron dans la pièce de 1486 ?   146 La facture sera salée.   147 De jeu théâtral sans plaisanteries.   148 La chaumière. « Et ne demoura quasi bourde ne maison », Godefroy. Ce mot a donné bordel.   149 T : sery   150 T : en son ce  (Pas plus que le son d’une lime n’a d’harmonie.)   151 T : ma   152 Les Folles entreprises de Pierre Gringore datent de 1505.   153 Méchef, inconvénient.   154 Peine.   155 Qui lèse la tête. Mais dans les allégories, le « chef » désigne le roi.   156 Murmure.   157 Oit, entend.   158 À celui qui n’aurait jamais fait de rapports satiriques.   159 T : neust  (Ce n’est mon = ce n’est pas mon avis.)   160 T : rapporteurs