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FRÈRE GUILLEBERT

Recueil du British Museum

Recueil du British Museum

*

FRÈRE  GUILLEBERT

*

 

Cette farce normande ou picarde, écrite peut-être en 15051, est inspirée notamment par deux fabliaux : les Braies au Cordelier, et les Braies le priestre. Elle offre un précieux répertoire du vocabulaire érotique ayant cours à son époque. On l’a couplée ultérieurement avec un sermon joyeux2 dans le même ton. Le « héros » du sermon s’appelle Guillebert3, comme en témoigne le vers 67 ; mais celui de la farce avait peut-être un nom plus court : les vers 124, 307, 330 et 503, qui nomment Guillebert, sont trop longs.

Source : Recueil du British Museum, nº 18.

Structure : Sermon joyeux (avec 7 strophes en ababbcC), 2 triolets, abab/bcbc, rimes plates, 5 strophes en ababbcC. La versification est très soignée, les rimes sont riches, ce qui permet de « décorriger » certaines corrections maladroites commises par l’imprimeur.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

 

*

Farce nouvelle de

Frère Guillebert

trèsbonne et fort joyeuse

*

 

À quatre personnages, c’est assavoir :

    FRÈRE GUILLEBERT

    L’HOMME VIEIL [MARIN]

    SA FEMME JEUNE

  LA COMMÈRE [AGNÈS]

*

                                            FRÈRE  GUILLEBERT  commence        SCÈNE  I

               Foullando in calibistris,

               Intravit per bouchan ventris

              Bidauldus, purgando renes.4

             Noble assistence, retenez

5     Ces motz pleins de dévotion.

           C’est touchant5 l’incarnation

           De l’ymage6 de la brayette

           Qui entre –corps, aureille7 et teste–

           Au précieulx ventre des dames.

10   Si demandez entre voz8, femmes :

           « Or çà, beau Père, quomodo9 ? »

           Le texte dict que foullando

           En foullant10 et faisant zic-zac,

           Le gallant se trouve au bissac11.

15   Entendez-vous bien, mes fillettes ?

           S’on s’encroue12 sur voz mamelettes

           Et qu’on vous chatouille le bas,

           N’en sonnez mot, ce sont esbatz ;

           Et n’en dictes rien à voz mères.

20   De quoy serviroient voz aumoyres13

          Si ne vouliez bouter dedens ?

           Se vous couchez tousjours à dens14,

           Jamais n’aurez les culz meurtris,

    Foullando in calibistris.

25   Gentilz gallans de rond bonnet15,

           Aymantz le [se]xe féminin,

           Gardez se l’atellier16 est net

           Devant que larder le connin17 :

           Car s’on prent en queue le venin18,

30   On est pirs qu’au trou Sainct-Patris19,

    Foullando in calibistris.

           Tétins voussus20, doulces fillettes

           Qui aimez bien faire cela21

           Et, en branlant voz mamelettes,

35   Jamais ne direz « [Hau !] Hollà22 ! »,

           Un point y est23 : guettez-vous là

           Que vous n’ayez fructus ventris24,

    Foullando in calibistris !

           Vous, jeunes dames mariées

40   Qui n’en avez pas à demy25

           [Et n’en estes rassasiées,]

           N’escondissez26 point un amy :

           Car restent27 –fust-il endormy–

           Au papa28 ceulx qui son[t] pestris

    Foullando in calibistris.

45   Je vous recommande, à mon prosne,

           Tous noz frères de robe grise29.

           Je vous promectz, c’est belle aumosne30

           Que faire bien à gens d’Église.

           Grans pardons a31, je vous advise,

50   À leur prester bouchan ventris,

    Foullando in calibistris.

           Plusieurs beaulx testins32 espiés

           Se font « batre » sans nul mercy ;

           Et puis qu’ilz ont des petis piedz

55   Au ventre33, ilz sont en soucy :

           « La[s] ! (se disent), d’où vient cecy ? »

          Et ! le veulx-tu sçavoir, Biétris34 ?

    Intravit per bouchan ventris.

           Un tas de vieilles esponnées35

60   Qui vous font tant de preudefemmes36,

           Il semble qu’ilz soient estonnées

           S’ilz oyent parler qu’on ayme dames ;

           Et ! vous croyez que les infâmes

           Ont tous les bas espoitronnéz37,

65   De servir purgando renes !

           Mes dames, je vous recommande

           Le povre frère Guillebert.

           Se l’une de vous me demande

           Pour fourbir un poy38 son haubert,

70   Approchez, car g’y suis expert.

           Plusieurs harnois39 ay estrénéz,

    Bidauldus purgando renes.

               LA  FEMME  commence 40            SCÈNE  II

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

           Et vous doint santé et soulas !

               LA  COMMÈRE

75   Ha ! ma commère, bien venez !

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès !

               LA  COMMÈRE

           Que maigre et palle devenez !

           Qu’avez-vous, ma commère, hélas ?

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

80   Et vous doint santé et soulas !

           Que cent foys morte me souhaitte !

               LA  COMMÈRE

           Et pourquoy ?

               LA  FEMME

                                        D’estre mise ès lacz41

           D’un vieillart, et ainsi subjette42

           De jour, de nuict, je vous souhette !

85   Mais de poindre43, c’est peu ou point.

           Quel plaisir a une fillette

           À qui le gentil tétin point ?

               LA  COMMÈRE

           Sçait-il plus rien du bas pourpoint44 ?

               LA  FEMME

           Hélas, ma mye, il s’est cassé.

90   S’en un moys un coup est appoint45,

           Il [en] est ainsi tost lassé.

           Je l’ay beau tenir embrassé :

           Trouve46 autant de goust qu’en vieil lard.

           Mauldict soit-il, qui a brassé47

95   Me marier à tel vieillard !

           Quel plaisir d’ung tel papelard48,

           Pour avoir en amour pasture !

               LA  COMMÈRE

           Il vous fault un amy gaillard

           Pour supplier49 à l’escripture.

100  Dieu n’entend point, aussi Nature,

           Que jeunes dames ayent souffrette50.

           Mais cerchez une créature

           Qui ayt la langue un poy51 segrette.

               LA  FEMME

           Il est vray [que] quand on en quette,

105  On est regardé de travers ;

           Mais quoy qu’on jase ou [qu’on] barbette,

           Je jouray de bref à l’anvers52.

           Doibt mon beau cor[p]s pourrir en vers

           Sans voir53 ce que faisoit ma mère ?

110  Vienne, fust-il moyne ou convers54 :

           Je luy presteray mon aumoyre.

               LA  COMMÈRE

           Enda ! c’est bien dict, ma commère.

           J’en ay faict, à mon temps, ainsi.

           C’est une chose bien amère

115  De languir tousjours en soucy.

               LA  FEMME

           Adieu donc, je m’en voys d’icy

           En attendant quelque advantage.

               FRÈRE  GUILLEBERT             SCÈNE  III

           Ma dame, ayez de moy mercy55,

           Ou mourir me fault avant aage.

120  Mon las cœur vous baille en ostage :

           Plaise-vous le mettre à son aise.

           Je vous dis en poy de langaige

           Ce qui me tient en grant mésaise.

               LA  FEMME

           Frère Guil(le)bert56, ne vous desplaise,

125  Ce n’est pas ainsi qu’on amanche57.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Ma mye, je vous pry qu’il vous plaise

           Endurer trois coups de la « lance » :

           C’est belle osmosne, sans doubtance,

           Donner pour Dieu aux souffretteux58.

               LA  FEMME

130  S[i] on savoit nostre accointance,

           Mes gens me saqueroient59 les yeulx.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! nous ferons si bien noz jeux

           Qu’on ne sçaura rien du hutin60.

           S’une foys je suys sur mes œufz61,

135  Je baulmeray62 sur le tétin.

               LA  FEMME

           Venez donc demain, bien matin :

           J’envoyray Marin au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Plaisir sera au63 vieil mastin

           De trouver le pâtis herch(i)é64.

               LA  FEMME

140  Le vieillart a trop bon marché65.

                                           L’HOMME                 SCÈNE  IV

           Et dont vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Que me voulez[-vous donc] si tost ?

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune této[t] ?

145  Que vous [m’]engainez ung petiot66 !

               LA  FEMME

           Vostre « bas » est trop eslauché67

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Enda ! j’ay le cœur si fâché

150  Que vouldrois estre en Purgatoire !

               L’HOMME

           Vous fault-il ung suppositoire,

           Ou [ung] clistère barbarin68 ?

               LA  FEMME

           Vous m’avez abusée, Marin :

           Avec vous, je vis en langueur.

               L’HOMME

155  Je ne vous bas, ne fais rigueur.

           Demandez-moy s’il vous fault rien69.

               LA  FEMME

           Ce n’est point –vous n’entendez rien–

           Là où me tient la maladie70.

           Voulez-vous que je le vous die ?

160  Je suis par trop jeune pour vous.

               L’HOMME

           En ung moys, je fais mes cinq coups ;

           La sepmaine, ung coup justement71.

               LA  FEMME

           Cela, [ce] n’est qu’afemmement72 !

           J’aymerois tout aussi cher rien73.

               L’HOMME

165  Comment ! Vous vous passiez [très] bien

           De causquéson74, chez vostre mère.

               LA  FEMME

           La douleur est bien plus amère :

           Mourir de soif emprès le puis75 !

               L’HOMME

           Je fais tout le mieulx que je puis.

170  J’en suis, par Dieu, tout trèsbatu76,

           Combien que j’aye combatu77.

           Encor78, vous dictes estre enceinte.

               LA  FEMME

           [C’est d’avoir]79 prié une saincte

           Que pleine suis, de peu de chose…

175  Encor[e] dire ne vous ose

           Sçais bien quoy.

               L’HOMME

                                          Et dictes, bécire80 !

               LA  FEMME

           Marin, mon amy, je désire…

           Las ! je crains81 tant le povre fruict…

               L’HOMME

           Dictes-le-moy : soit cru ou cuit82,

180  Vous me verrez courir la rue.

               LA  FEMME

           Je désire de la morue

           Fresche, des moules, du pain mollet ;

           Et si, vouldrois bien d’ung collet

           D’ung gras mouton83, et d’ung vin doulx.

185  Et si, Marin (entendez-vous ?),

           De cela qui estoit si blanc

           Quand nous mariâmes.

               L’HOMME

                                                         Du flan ?

               LA  FEMME

           Et voyre, vous y estes tout droict84 !

           Je n’en puis durer, [or]endroit85.

               L’HOMME

190  J(e) iray donc demain, bien matin,

           Au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT                 SCÈNE  V

            Hé ! gentil tétin86 !

           Que tant tu me tiens en l’oreille87 !

 

               RONDEAU88

           Pour une qui [bien] s’appareille89

           Ung vray chef-d’œuvre de Nature,

195  Mon corps veulx mettre à l’avanture

           À les sangler pour la pareille90.

 

           Mon corps et membre(s) j’appareille91

           N’escondire pas créature,

           Pour une92.

 

200  Si ton mary dort ou si veille,

           Mais qu(e) accès j’aye à ta93 figure,

           Je veulx que l’on me défigure

           Se point un grain94 je m’esmerveille

           Pour une.

 

               L’HOMME                SCÈNE  VI

205  Il est [grand] temps que je m’esveille95.

           Adieu, je m’en vois au marché.

               LA  FAMME

           Adieu ! Et prenez bon marché96.

           Mais, je vous prie, n’oubliez rien.

               L’HOMME

           Nennin, non, il m’en souvient bien.97

               FRÈRE  GUILLEBERT                SCÈNE  VII

210  Holà, hay ! Je viens bien à point98.

               LA  FEMME

           Oy. Dévestez chausses et pourpoint,

           Et approchez : la place est chaulde.

               FRÈRE  GUILLEBERT  se  despouille 99

           Au moins, y a-il point de fraulde ?

           Je crains la touche100, sur mon âme !

                                          LA  FEMME

215  Pas n’estes digne d’avoir dame,

           Puis que vous estes si paoureux.

               L’HOMME              SCÈNE  VIII

           Et ! suis-je point bien malheureux

           D’avoir oublié mon bissac ?

           Je n’ay pennier, pouche101 ne sac

           [Où pourray mettre la vitaille.]102

220  Il fault bien tost que je m’en aille

           Requérir le mien…

                                                Hay ! holà !103

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! vertu sainct Gens104 ! Qu’esse-là ?

           Monsieur sainct Françoys105 ! que peult-ce estre ?

               LA  FEMME

           Par [mon enda]106 ! C’est nostre maistre.

225  Je croy qu’il se doubte du jeu.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Que c’est ? vostre homme ? Vertu bieu !

           Hélas ! je suys bien malheureux.

           Le dyable m’a faict amoureux,

           Je croy ; ce n’a pas esté Dieu.

               LA  FEMME

230  Muchez-vous107 tost en quelque lieu :

           S’il vous trouve, vous estes frit.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! mon Dieu, je suis bien destruit !

           Vertu sainct Gens ! le cul me tremble108.

           Or çà, s’il nous trouvoit ensemble,

235  Me turoit-il, à vostre advis ?

               LA  FEMME

           Jamais pire homme je ne vis.

           Et si, crains bien vostre instrument109.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Le dyable ayt part au hochement110

           Et à toute la cauquéson !

240  Accoustré seray en oyson111 :

           Je n’auray plus au cul que plume112.

               LA  FEMME

           S’il est engaigné113, il escume ;

           Semble, à veoir, ung homme desvé114.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! Pater noster et Avé !

245  Vertu bieu ! je suis bien hoché115.

               LA  FEMME

           Las ! mon amy, c’est trop presché ;

           Venez çà, je vous mucheray.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Qui m’en croira, je m’en fuyray,

           Par Dieu, le cas bien entendu.

               LA  FEMME

250  Mais que soyez bien estendu,

           Point ne vous voirra soubz ce coffre116.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Or çà donc, puis que le cas s’offre,

           Me voicy bouté à l’acul117.

           Et ! couvrez-moy un poy le cul118 :

255  Je sens bien le vent119 qui me frappe.

           S’une foys du danger j(e) eschape,

           S’on m’y r’a, je seray sapeur120.

                                           LA  FEMME

           Taisez-vous, n’ayez point de peur ;

           Je vous serviray, si je puis.

               L’HOMME

260  Et puys, hay ! m’ouvrirez-vous l’huis ?

               LA  FEMME 121

           Las ! mon amy, qui vous ramaine ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il me fault cy estendre en raine122.

           Qu’au dyable soit-il ramené !)

               L’HOMME

           Hé ! suis-je point bien fortuné ?

265  J’avois oublié mon bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (À ce coup, je suis à bazac123 :

           Je suis, par Dieu, couché dessus !

           Et ! sainct Frémin et puis Jésus !

           C’est faict, hélas, du povre outil124 !

270  Vray Dieu ! il estoit si gentil,

           Et si gentement encresté125.)

               LA  FEMME

           Je vous l’avois, hier, apresté

           Sur ce coffre avant que coucher.

               L’HOMME

           Couchez-vous, je le voys cercher.

275  Et gardez-vous que n’ayez froid.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il s’en vient, par Dieu, cy tout droict.

           Hé ! sainct Valéry126 ! Qu’esse-cy ?

           Ha ! s’il me prenoit en mercy127,

           Et qu’il print toute ma robille128

280  Mais hélas ! perdre la coquille129 ?

           Mon Dieu ! c’est pour fienter par tout130.)

               LA  FEMME

           Ne cerchez point là vers ce bout :

           Il n’y est point.

               L’HOMME

                                        Et où est-il don ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Mon Dieu, je demande pardon ;

285  Tout fin plat131, je te cry mercy !)

               L’HOMME

           On sent, par Dieu, cy le vessy132 :

           Vertu sainct Gens, quel puanteur !

               [LA  FEMME]

           Et ! on faict sa malle puteur133.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (S’il estoit aussi tourmenté,

290  Il eust, par Dieu, piéçà fienté.)

               LA  FEMME

           Et puis ? l’avez-vous, Marin ?

               L’HOMME

                                                                 Peaulx134 !

           Point n’est cy parmy les drapeaulx135 ;

           On l’a quelque part mis en mue136.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Je suys mort si je me remue.

295  J’ay desjà le cul descouvert.

           Et pource, frère Guillebert,

           Mourras-tu si piteusement ?

           Deux motz feray de testament137,

           Devant que laisser ma cuiller138

300  Et qu’on139 m’ait couppé le couiller.

           À Cupido, dieu d’amourettes,

           Je laisse mon âme à pourveoir

           Pour la mettre avec des fillettes,

           Car j’estois140 bien aise à les veoir.

305  La dame aura mon cœur, pour voir141,

           Pour qui me fault icy périr.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir142 ?

           Tétins143 poinctifz comme linotz144,

           Qui portent faces angélicques,

310  Pour fourbir leur custodinos145

           Auront l’ymage et mes brelicques146 :

           Ne les logez point parmy flicques147 ;

           Dedens jambons148 les fault nourrir.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

315  Jeunes dames, friantz tétotz,

           Vous aurez mes brayes149 pour tout gaige,

           Pour vous fourbir un poy le dos

           Quant vous avez faict le bagaige150.

           Frotez rains et ventre : g’y gaige,

320  Cela vous fera secourir151.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Aux muguetz, grateurs de pareilz152,

           Laisse ma dernière ordonnance ;

           On153 leur fera leurs appareilz

325  Sur l’orifice de la pance

           De leurs femmes. S’en est la chance154,

           Ilz en auront plus beau férir155.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Je prie à tous ces bons yvrongnes,

330  Se frère Guillebert est trespassé,

           Qu’ilz disent en [lavant leurs brongnes]156

           […………………………… -ssé :]

           « J’ay bien gardé, le temps passé,

           Mon gentil gosier de sorir157. »

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?)

               L’HOMME

335  Je ne sçay plus où le quérir.

           Il y a de la dyablerie.

               LA  FEMME

           Parlez de la Vierge Marie158 !

               L’HOMME

           Vertu bieu ! je suis trop fasché.

           Si fault-il qu’il soit cy caché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

340  (In manus tuas, Domine159

           Nisi quia Domine ne…

           Tedet spiritus160 Et pelli…

           Confiteor, Deo celi…

           Ut queant quod chorus vatum…

345  Hé ! te perdray-je, beau baston161 ?

           C’est faict, ce coup. Povre couiller !

           Il vient, pardieu, tout droict fouiller

           Cy sur moy. Et ! vertu sainct Gens !

           Fault-il tuer ainsi les gens ?

350  Par Dieu ! je varie162 de crier.

           Gaignerois-je rien à prier,

           Et à luy monstrer ma couronne163 ?

           mon Dieu, comme tu me gravonne(s)164 !

           À Dieu, gentilz tesmoins165 pelus !)

               LA  FEMME

355  Mon amy, ne cherchez là plus :

           Qu’est cela pendu à ceste cheville166 ?

               L’HOMME

           Et, çà ! Au dyable, çà ! C’est ille167 !

           Venez, que vous vous faictes chercher.

               Nota qu’il doit prendre le hault-de-chaulses

               à frère Guillebert pour son bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Encor pourray-je bien hocher168.

360  Vertu sainct Gens, que je suis aise !)

               L’HOMME

           Adieu, ma mye ! Que je vous baise

           Ung poy à mon département169.

               LA  FEMME

           N’espargnez point l’esbatement170.

               L’HOMME

           Je feray le cas171 au retour.

               FRÈRE  GUILLEBERT

365  Par sainct Gens ! revoycy bon tour.

           Encor pourra paistre pelée172.

               LA  FEMME

           Hélas ! j’estois bien désolée :

           Je cuydois qu’il vous mist à sac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Où, gibet, [print-il]173 ce bissac ?

370  J’estois, par Dieu, couché dessus.

               LA  FEMME

           Et qu’a-il donc emporté174, Jésus ?

           Il sera bien tost cy rapoint175.

               FRÈRE  GUILLEBERT 176

           Par Dieu ! si ne m’y lairez177 point

           Rouge178 cul ravoir, sainct Françoys !

375  Par Nostre Dame ! je m’en vois,

           Mais que j’aye reprins [mes despoilles]179

           Vertu Dieu ! où est mon sac à coilles ?

           Comment ! je ne le trouve point.

               LA  FEMME

           Où est[oit]-il180, frère Gnillebert ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

                                              Emprès mon pourpoint,

380  Pendus cy en ceste cheville.

               LA  FEMME

           Hé ! Vierge Marie, ce sont ille

           Qu’il a prins en lieu de bissac.

           Las ! mon Dieu, je suis à bazac :

           Il me tuera, mais qu’il le voye.

               FRÈRE  GUILLEBERT

385  (Ma foy, je m’en voys mettre en voye ;

           Je croy qu’il ne m’y verra181 point.

           Je prandray mon vit à mon poing :

           Mes mains me serviront de brayette.)182

               LA  FEM[M]E

           Hélas ! et suis-je bien meffaicte ?

390  N’est-ce point bien icy malheur ?

           En amours, je n’euz jamais eur183.

           Las ! je ne sçay que deviendray ;

           M’en fuyray-je, ou s[i] l’atendray ?

           Se je l’atens, il me tuera.

395  Je m’en vois veoir que me dira

           Ma commère…184

                                              Hélas, Dieu vous gard !        SCÈNE  IX

               LA  COMMÈRE

           Que vous avez piteux regard !

           Vous n’avez pas esté bastue ?

               LA  FEMME

           Hélas ! ma mye, je suis perdue.

400  Je ne sçauray que devenir.

               LA  COMMÈRE

           Bo[n], il ne fault point tant gémir :

           À tous maulx on trouve remède.

               LA  FEMME

           Donnez-moy conseil et ayde,

           Aultrement, je suis mise à sac.

405  Las ! ma mye, en lieu de bissac,

           Nostre homme a prins, comme [il apert]185,

           Les brayes de frère Guillebert,  plorando 186

           Et s’en va à tout187 au march[i]é.

               LA  COMMÈRE

           Cela, mon Dieu, c’est bien chié188 !

410  N’est-ce aultre chose qui vous point ?

               LA  FEMME

           Ha ! vous ne le congnoissez point :

           Il dira que j’en fais beaucoup ;

           Et si, jamais qu’un povre coup

           N’en fis189, par le prix de mon âme !

               LA  COMMÈRE

415  N’est-ce aultre chose ? Nostre Dame !

           Allez-vous-en à la maison.

           Je luy prouveray par raison

           Que ce sont les brayes sainct Françoys.

           Tenez gestes190, je m’y en vois.

420  Qu’on me fesse se ne l’appaise.

               [LA  FEMME]

           Hé ! mon Dieu, que me faictes aise !

           Je m’en voys191 trotant bien menu.

               L’HOMME              SCÈNE  X

           Me voicy donc tantost venu.

           Mais je suis quasi estouffé

425  Tant le bissac sent l’eschauffé192

           Et ! vertu sainct Gens, qu’esse-cy ?

           Bissac ? A ! Bissac, pardieu, non est :

           C’est l’abit d’un cul guères net,

           Car y voycy l’estuy à couilles.

430  En voulez-vous menger, des « moules »193 ?

           Me le faict-on194 ? Belle froissure195,

           Se je vous tiens, je vous asseure !

           Le dyable vous cauquera196 bien !

           Le diable enport se j’en fais rien,

435  Que n’ayez le gosier couppé !

           [……………………… -pé.]

           Hon ! me voicy bien atourné.

           Le margout197, quand suis retourné,

           Estoit muché en quelque lieu ;

           Ne le198 sçavois-je, vertu Dieu !

440  Je vous eusses bien foutiné199,

           Par Dieu, et fust-ce ung domine200 !

           Vous faictes fourbir le buhot201,

           Et on m’apellera Hu(ih)ot202 ?

           Et ! pardieu, j’en seray vengé.

445  Le grant diable m’a bien engé203

           De vostre corps, belle bourgeoise !

               LA  COMMÈRE            SCÈNE  XI

           Mon compère, vous faictes grand noyse :

           [Et si,] on ne vous a faict rien ?

               L’HOMME

           Vertu bieu ! on m’en baille bien.

450  Est-ce ainsi qu’on envoye les gens

           (Hon ! hon204 !) cauquer ? Vertu sainct Gens !

           La cauquéson sera amère !

               LA  COMMÈRE

           Et ! pensez-vous que ma commère

           Voulsist205, hélas, se mesporter ?

               L’HOMME

455  Le diable la206 puist emporter !  Monstrat caligas. 207

           Voyez : voylà la prudhomie208.

               LA  COMMÈRE

           Las ! mon amy, ne pensez mye

           Qu’il y ait icy de sa faulte.

           Le cœur dedens mon ventre saute,

460  Quant manier je vous les vois :

           Las ! ce sont les bray[e]s sainct Françoys,

           Ung si précieux reliquère.

               L’HOMME

           Et ! vertu sainct Gens, à quoy faire

           Les eust-on mises à ma maison ?

               LA  COMMÈRE

465  Vrayement, il y a bien raison :

           Et ! pensez-vous bien (Dieux avant209 !)

           Que vous eussiez faict un enfant

           Sans l’aide du sainct reliquaire ?

               L’HOMME

           Et pourquoy n’en sçaurois-je faire ?

               LA  COMMÈRE 210

470  Hélas ! vous estes esponné211.

               L’HOMME

           Encor, pardieu, suis estonné

           Comment cecy y peult servir.

               LA  COMMÈRE

           Quant du joyau on peult chevir212,

           Il en fault froter rains et pance

475  Sept foys, et dire sa Créance213 ;

           Puis après, rendre le debvoir214.

           On[c] ne les cuidasmes onc avoir ;

           Encor, s’on ne nous eust congneues215,

           Jamais nous216 ne les eussions eues.

480  Et si, da, les fault renvoyer.

               L’HOMME

           Je les yray donc convoyer

           Moy-mesmes jusques au convent217.

               LA  COMMÈRE

           Frère Guillebert vient souvent :

           Il ne les luy fault que bailler.

               L’HOMME

485  Or bien, donc. Il s’en fault aller

           Pour veoir qu’en dira nostre femme.218

 

           Pardonnez-moy, par Nostre Dame,          SCÈNE  XII

           Ma mye : j’ay failly219 lourdement.

               LA  COMMÈRE

           Vous ne sçavez pas, voyrement,

490  Qu’il estimoit220 de vous, ma mye ?

           Le bon homme ne pensoit mye

           Que eussiez les brayes sainct Françoys,

           Et en faisoit tout plain d’effrois221.

           Il ne sçavoit comme il en estoit222.

               LA  FEMME

495  Le cœur bien me l’admonnestoit223,

           Quand [ne] les ay trouvées ceans.

           J’aymerois mieulx pourrir en fiens224

           Que de me daigner mesporter !

               LA  COMMÈRE

           Ma mye, il les fault reporter.

               LA  FEMME

500  Las ! voyre, il nous ont bien servys.

               L’HOMME

           Par Dieu, ma mye, jamais [n’en vis]225

           Qu’à ceste heure-cy, Dieu avant !

               LA  COMMÈRE 226

           C’est frère Guil(le)bert là-devant.

           Il vaul[droi]t mieulx les luy bailler.

               L’HOMME

505  C’est bien dict.227

                Venez cy parler

           Un petit, s’il vous plaist, beau Père !

               FRÈRE  GUILLEBERT         SCÈNE  XIII

           A-t-on céans de moy affaire ?

           Je croy que ouy, comme je voys.

               LA  FEMME

           Ce sont les chausses228 sainct Françoys,

510  Que remporterez, s’il vous plaist.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Je le feray sans plus de plaict229 ;

           Mais boutez-vous tous à genoulx,

           Affin que le sainct prie pour nous.

           Et si, vous fault baiser tous trois

515  Les brayes de monsieur sainct Françoys230 :

           Vous aurez la laine231 plus doulce.

               LA  FEMME

           Baillez-m’en une bonne touche232,

           Puis qu’en ay eu si grand doulceur…

               FRÈRE  GUILLEBERT

           C’est trèsbien faict, ma bonne seur ;

520  Car c’est un fort beau reliquère.

               L’HOMME

           Allons les reporter, beau Père ;

           Que chascun voyse à son degré233.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Adieu, messieurs : prenez en gré234.

 

FINIS

Du jeune clergie de Meulleurs. 235

M P U

*

1 Voir la note 235. Elle fut imprimée à Rouen par Jehan de Prest, entre 1542 et 1559.   2 Jelle Koopmans l’a inclus dans son Recueil de Sermons joyeux (pp. 585-589). Il a aussi publié, dans la Revue Romane, un article qui éclaire la scénographie : Frère Guillebert : taxinomies et visualisations d’une farce. La meilleure édition de la pièce est due à André Tissier : Recueil de farces, VI, Droz, 1990. Citons encore les trouvailles normandes d’Emmanuel Philipot : Notice sur la farce de Frère Guillebert. (Mélanges Mario Roques, II, 1953.)   3 Ce nom fait penser à couille vert [verge vigoureuse] : « Moynes ? Que le mal feu les arde,/ Tant portent-ilz la couille verd ! » (Les Rapporteurs.) En outre, le guille-là désignait le pénis : voir l’Épitaphe du membre viril de frère Pierre, de Jodelle.   4 En fouillant dans le calibistri, le bidaud entra par la bouche du ventre, purgeant les reins.  Fouiller = coïter : « Fouillez et ne soyez piteux !/ Or fouillez bien au fond du pot ! » (Joyeusetéz, XIII).  Calibistri = vulve : « [Elle] laissa aux Cordeliers d’icy/ Son si joly callibistry. » (Le Duchat.)  Bidaud = pénis : « Maujoinct [la vulve] se mouille,/ Le povre bidault là s’abaisse. » (Le pourpoint fermant à boutons.)  Bouche = vulve : « Mets icy ton gros “doigt”, et bouche/ Bien hardiment ma basse bouche ! » (Parnasse satyrique.)   5 Au sujet de.   6 Statuette, qui de loin, avait l’apparence d’un godemiché. (Voir la morphologie humaine du phallus au vers suivant.) On dit que les nonnes employaient toutes sortes d’objets sacrés à des fins profanes. Cf. aussi le vers 311.   7 Testicules. « Le membre de Colin, deffaict,/ Se retira, penchant l’oreille. » (Cabinet satyrique.) Voir aussi le vers 192.   8 Entre vous. « Entre vos, femmes, (…)/ Vous pouriez demander : “Beau Père,/ Où se prend ce doulx ongnement [sperme] ?” » Sermon joyeulx pour rire, LV 3.   9 De quelle manière ?   10 En copulant. « Et jà montoit dès son jeune aage/ Sur les filles de son village,/ Et les culoit et les fouloit. » (Jodelle.) « Faire zic-zac » [zigzag = va-et-vient] est répertorié par Rose M. Bidler (Dictionnaire érotique. Ancien français, Moyen français, Renaissance).   11 Vulve. « Y vous la couche sur le dos,/ Et après cinq ou sis bons mos,/ Feist entrer “Geufray” au bissaq. » L’Oficial, LV 22.   12 Si on se cramponne à.   13 Armoire = ventre (Takeshi Matsumura, Dictionnaire du français médiéval, p.238). Idem au vers 111.   14 À plat ventre.   15 Bacheliers. « Il est bien temps que vous soyez/ Graduées, et que vous ayez/ Sur la teste le bonnet ront. » Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.   16 Regardez si la vulve est saine. « Eussent-ils, sur le déclin de leur aage, bandé à l’attelier de Vénus ? » Jean Dagoneau.   17 Avant d’y pénétrer. « Moy (…) qui sçais proprement mettre l’andouille au pot/ Et larder le connin. » J. de Schelandre.   18 La syphilis.   19 L’entrée du Purgatoire, mais aussi l’anus. Cf. le Gaudisseur, vers 64 et note 7.   20 BM : moussus  (Voussu = bombé, arrondi.)   21 Faire l’amour. « C’est une femme qui a fait/ Cela cent foys sans son mary. » Farce d’un Amoureux, BM 13.   22 Assez ! « Je cuydoys qu’el me dist “ Hollà ! ”,/ Mais elle me disoit : “ Là, là !/ Houssez fort ! ” » Sermon joyeux d’un Ramonneur de cheminées.   23 Il y a un hic. Se guetter = se garder, se méfier.   24 Préservez-vous d’une grossesse. Allusion au « fruit du ventre » de la Vierge Marie. Il est encore question d’un tel fruit au vers 178.   25 Qui n’avez pas la moitié du plaisir que vous souhaiteriez avoir.   26 N’éconduisez pas votre amant.   27 BM : rest &  (Car les enfants conçus pendant que vous copulez avec votre ami seront attribués au père officiel, même s’il dormait.)   28 BM : papar  (Papa = cocu qui reconnaît l’enfant d’un autre. « Et qui qu’en soit le père,/ Tu seras le papa. » Régnault qui se marie, F 7.)   29 Les moines franciscains, très défavorablement connus sous le nom de cordeliers, portaient une robe grise. Frère Guillebert est vêtu de ladite robe pour prononcer le sermon initial, mais il se rend au rendez-vous galant <vers 191> en civil, avec un pourpoint et un haut-de-chausses ; il reparaîtra en robe au vers 507, quand il aura perdu son habit séculier. Rabelais révèle que les béats Pères ne portent point de chausses sous leur froc : voilà pourquoi « leur pauvre membre s’estend en liberté à bride avallée, et leur va ainsi triballant sur les genoulx ». (Pantagruel, 16.)   30 « Mes dames, je suis d’avis que vous mestiez vos jambons parmy nos andouilles : vous ferez belle aumosne. » (Marguerite de Navarre, Propos facétieux d’un Cordelier en ses sermons.) Même expression au vers 128.   31 On gagne beaucoup d’indulgences. La Confession Margot exploite ce thème.   32 Femmes. On trouve cette métonymie aux vers 32, 52, 191 et 308 ; et sous la forme « tétot » aux vers 141 et 315. Épié = pointu comme le sommet d’un clocher, qu’on nommait l’épi ; cf. le vers 87.   33 Depuis qu’elles sont enceintes.   34 « Il y engrossa une gouge/ Qui avoit nom dame Biétrix. » Le Gaudisseur.   35 Épuisées (par la luxure).   36 Qui font tant les bégueules.   37 Ont les fesses usées par les frottements du lit (vers 23). « Une vieille espoitronée. » Roman de Renart.   38 Un peu. « Fourbir le haubert à une femme » est répertorié dans le Dictionnaire érotique de Bidler.   39 Vulves. « Rembourreux d’enffumés cabas [culs] :/ Laisser vous fault vostre mestier/ Sans plus fourbir ces vielz harnas. » (Ballade.) Étrenner = dépuceler.   40 C’est effectivement le vrai début de la pièce. Une jeune femme mal mariée va chez sa voisine Agnès, une veuve quelque peu entremetteuse.   41 Lacets, liens du mariage.   42 Esclave.   43 D’avoir une érection. « Il point droictement sur le dart. » Le Povre Jouhan.   44 De la braguette ? L’expression exacte est : « Savoir –ou entendre– le contrepoint. » C’est-à-dire, être habile dans les choses de l’amour.   45 Tiré.   46 BM : Tout  (J’y trouve.)   47 Celui qui a combiné de. Les parents mariaient souvent leurs filles à des vieux barbons, d’où le nombre de cocus.   48 Hypocrite.   49 Suppléer. Encore très lu à cette époque, le Roman de la Rose <Lettres gothiques, vv. 19633-19680> développe une longue métaphore sur l’écriture et le coït ; on y voit par exemple Orphée, l’inventeur de la pédérastie, « qui ne set arer [labourer] ne escrire/ Ne forgier en la droite [bonne] forge ». Quant à ses adeptes qui « pervertissent l’escripture », il faut que « les greffes [leur stylet] leur soient tollu [coupé],/ Quant escrire n’en ont vollu/ Dedenz les précieuses tables [vulves]/ Qui leur estoient convenables ».   50 Pénurie. « J’ey du jeu d’aymer grand soufreste. » Sermon joyeulx de la Fille esgarée, LV 44.   51 BM : pey  (Poy = peu.)  Avoir la langue un peu secrète : être discret.   52 « [Frère Colin] confessa tant l’une des plus jeunettes,/ Qu’à son plaisir la fit mettre à l’envers. » Germain Colin.   53 Sans connaître, sans faire.   54 Nouveau moine.   55 Pitié.   56 Trop long (voir ma notice). Faut-il lire Guilbert ? « Assemblées en la présence dudit nostre vénérable Frère Guilbert en nostre chapitre, au son de la cloche. » Histoire et antiquitéz du païs de Beauvaisis.   57 Le discours du frère, puisé aux meilleures sources de la poésie courtoise, manque de verdeur. La femme lui tend la perche (si j’ose dire) en jouant sur le double sens de emmancher : amorcer, et pénétrer. « N’est-il pas temps que vous emmenche ?/ Du temps perdu je suis marry,/ N’en desplaize à vostre mary. » Bonaventure Des Périers.   58 À ceux qui souffrent de la misère sexuelle.   59 Sacher = arracher.   60 Coït. « Ne furent culz de putain sans hutin. » Ballade.   61 Si je marche sur des œufs, si je suis sur mes gardes. Mais œufs = testicules : « Une prébende de moine, qui est une saucisse entre deux œufs. » Joyeusetéz.   62 J’éjaculerai sur vos seins pour ne pas vous inséminer. Baume = sperme : « Ce baume précieux qui donne la vie. » Nerciat.   63 BM : en  (Ce vieux chien aura le plaisir de trouver le pâturage de sa femme labouré.)   64 Hersé, labouré. Cf. Raoullet Ployart.   65 S’en tire à trop bon compte. Ici, elle rentre à la maison.   66 Je veux que vous me mettiez un peu mon bas de chausse. Jeu de mots involontaire : engainer = coïter. « Puis Martin jusche, et lourdement engaine. » (Clément Marot.)   67 Votre bas de chausse est trop disloqué. Mais bas = pénis.   68 À la manière des barbares turcs, qui passaient pour des sodomites indécrottables. « Qu’avecques moy elle s’en vienne,/ Et je luy bauldray ung clistoire/ Qu’on dit barbarin. » (Farce d’une femme à qui son voisin baille ung clistoire, F 28.) Voir note 70.   69 S’il vous manque quelque chose.   70 « La maladye de la trop-fille », comme on l’appelle dans Tout-ménage, tourmente aussi Perrete dans la farce de Frère Phillebert (LV 63) : pour la guérir, il faut que « Dieu luy doinct chose qui se dresse ». Et donc, frère Phillebert lui prescrit « un bon clistère barbarin ».   71 Dans la juste observance de la prescription de Celse : Semel in hebdomada [une seule fois par semaine].   72 Ce n’est bon que pour m’affamer. Le jeu de mots sur « femme » est réservé aux lecteurs.   73 J’aimerais tout autant n’avoir rien.   74 D’être côchée, saillie comme une poule par un coq. (Idem vers 239.) « Les cerfs rutent, les poissons frayent, les cocqs côchent. » Béroalde de Verville.   75 Référence à Charles d’Orléans, et surtout à Villon : « Je meurs de seuf auprès de la fontaine. »   76 BM : st rebatu  (Trébattu = transpercé <Godefroy>. « Une pluie tant grosse et sy espesse dont li uns et ly aultres furent tous moulliés et trèsbatus. » Froissart.)   77 Tellement j’ai battu votre con. Cf. Gratien Du Pont, vers 165.   78 D’ailleurs, au surplus.   79 BM : Ca este de  (Ce vers préfigure le dénouement.)   80 Exclamation. « Pourquoy cela ? Pourquoy, béchire !…./ Béchire ! celle fille-là/ Ne m’aime point. » (Les Enfans de Borgneux, F 27.) C’est peut-être une variante normanno-picarde de l’interjection « pécherre ! » [pécheur] : « Ha ! las, péchierres ! » (Godefroy.)   81 BM : crarins  (J’ai si peur pour l’apparence de mon bébé. On passait toutes ses « envies » à une femme enceinte, « affin que le fruit qu’elle porte n’en apporte enseigne [aucun stigmate] sur son corps ». Évangiles des Quenouilles.)   82 Que vous désiriez de la nourriture crue ou cuite. Elle la préfère crue : « [Ce Cordelier] demanda à toute l’assistence des femmes si elles ne sçavoient que c’estoit de manger de la chair crue de nuict. » Marguerite de Navarre.   83 BM : montom  (Elle veut du collier de mouton.)   84 Ce « tout droit » moqueur, précédé par un « entendez-vous » insistant, laisse penser que le produit blanc qu’elle a eu pendant sa nuit de noces n’était pas du flan…   85 Je ne peux plus y tenir, présentement.   86 Le moine soliloque dans la rue. Cette habile transition permet de faire passer la nuit et d’arriver au matin.   87 Tu me tiens par l’oreille… ou par les couilles (note 7).   88 BM met ce titre sous la rubrique. Or, ce rondeau simple de 12 vers commence au vers 193. Il était chanté.   89 Qui est pareille à, qui semble.   90 De les besogner toutes pour celle-là. « Voulez-vous bien que je vous sengle/ Par le ventre ? » Le Cousturier et son varlet, LV 20.   91 Je prépare à.   92 BM ajoute : & ce. [etc.]  Il n’est pas utile de résoudre la clausule à racine du refrain.   93 BM : la  (Pour peu que j’aie accès à ta personne.)   94 Si un peu je m’émerveille pour une autre.   95 Le couple est couché dans un lit.   96 Achetez à bon marché. Elle souhaite que son époux marchande longuement pour qu’il rentre plus tard.   97 Il sort, et le moine entre. La femme reste au lit.   98 J’arrive au bon moment. Mais à point = en érection. Cf. les Sotz fourréz de malice, vers 361.   99 Il accroche son pourpoint et son haut-de-chausses à un clou, ne conservant que sa chemise longue.   100 L’épreuve. Mais aussi, un coup d’épée : « Avec l’espée rabatue, je donne simplement une touche. » Tabourot.   101 Ni panier, ni poche. Le bissac est un sac à deux poches : on le porte sur le col, et les poches pendent de part et d’autre sur le devant, comme les jambes d’un pantalon.   102 Vers manquant. Vitaille = victuailles (Capitaine Mal-en-point, vers 428 et 719), mais aussi provision de vits (Chambèrières, vers 31). Ce même sac à vits deviendra un « sac à couilles » au vers 377.   103 Il frappe à la porte de sa maison.   104 Saint Jean.   105 Le moine appartient à l’Ordre des franciscains, fondé par saint François d’Assise, qui est encore invoqué à 374.   106 BM : en da  (« Par mon enda ! » est un juron féminin. Voir Godefroy.)   107 Mussez-vous, cachez-vous.   108 « Mais de grand peur le cul me tremble. » Le Marchant de pommes, LV 71.   109 Aussi, j’ai très peur pour votre instrument. Ce vieil époux conciliant n’est pas bien dangereux (scène IV) ; mais sa femme joue d’une manière sadique avec la pleutrerie du moine.   110 Action de hocher une femme (vers 359).   111 Jeune jars qu’on a châtré pour qu’il n’importune pas les oies.   112 Que des poils : « Agneaulx de divers plumaiges. » (Godefroy.) Autrement dit, je n’aurai plus de couilles au cul. Même l’anatomiste Rabelais considère que les couilles sont pendues au cul : « Je te monstreray par évidence que tes couillons pendent au cul d’ung veau, coquart ! » (Quart Livre, 21.)   113 BM : en gaigne  (S’engaigner = s’irriter. « La femme à son mari s’engagne,/ Qui despend [dépense] son bien sans raison. » Godefroy.)   114 Fou furieux.   115 Secoué.   116 L’amant est bien sous le coffre, et pas dedans, sinon le public ne pourrait ni l’entendre, ni le voir. Beaucoup de coffres médiévaux étaient surélevés par des pieds, comme celui-ci (Musée de Cluny).   117 BM : la cul  (Bouté à l’accul = acculé.)   118 BM : col  (Le moine, accroupi en grenouille <vers 262>, a caché son buste sous le coffre, mais son postérieur dénudé reste visible. Sa maîtresse va poser du linge dessus.)   119 Il sent peut-être un avant-goût du pet qui va venir à 281.   120 BM imprime ainsi ce vers difficile : Son my ra ie seray asseure (Si on m’y reprend <vb « ravoir »>, je me ferai creuseur de tunnels.)  Ma conjecture permet d’obtenir une rime riche et un sens logique.   121 Elle ouvre, et son mari entre.   122 Dans la posture d’une rainette, genoux pliés et cuisses écartées. Pour plus de confort, il met sous ses genoux le bissac que la femme avait posé la veille sur le coffre (vers 272-273).   123 Je suis fichu. Idem vers 383.   124 Pénis. Cf. Raoullet Ployart, vers 29.   125 BM : en creste  (Le gland rouge est comparé à la crête d’un coq <note 129> : « Oncques creste de coq/ Ne fut plus rouge que le manche. » Le Faulconnier de ville.)   126 L’église de Meulers <note 235> est consacrée à saint Valéry.   127 En pitié, et qu’il prenne tout ce que j’ai en compensation.   128 « La robille, c’est à sçavoir tous ses vestemens, robes, chaperons, ceintures. » Guillaume Terrien.   129 Mon pénis. Dérivé de coq (anglais cock). « À qui vendez-vous voz coquilles,/ Entre vous, amans pèlerins ?/ Vous cuidez bien, par voz engins,/ À tous pertuis trouver chevilles. » (Charles d’Orléans.) Saint Coquilbault est un saint priapique invoqué contre la stérilité <note 149>.   130 Il ne peut se retenir de péter.   131 Humblement. Mais aussi : aplati sur le sol.   132 Une odeur de pet.   133 BM attribue ce vers au frère Guillebert ; or, il est dit par la femme, qui assume le pet afin de couvrir son amant. Male pu(an)teur = mauvaise odeur. Jeu de mots sur pute.   134 BM : Ouy et de beaulx  (Je n’en ai pas même la peau. Cf. l’actuel « Peau de balle ! ».)   135 Le linge.   136 Dans une cachette.   137 Ce testament paralyse l’action pendant 35 vers ; il a peut-être été mis là par l’auteur du sermon initial, où on trouvait déjà la forme rare du septain à refrain. Depuis François Villon, les testaments burlesques inspiraient les auteurs de farces. Voir par exemple le Testament Pathelin : « Et faire ung mot de testament. »   138 BM : maccueillir  (Cuillère = pénis. « –Mon mari l’a menu, mais il est long. –Bien, voilà qui est bon, quand la cueiller va jusqu’au fonds du pot. » Béroalde de Verville.)   139 BM : quant  (Le couiller désigne les bourses. Idem vers 346.)   140 BM : iay este   141 BM : veoir  (Pour vrai, en vérité. Il s’agit de la femme qui est dans le lit.)   142 Ce refrain est un décasyllabe à césure médiane, ce qui était fort rare. Sa musique en rappelle un autre, tout aussi interrogatif et suppliant, celui de l’Épistre de François Villon : « Le lesserez là, le povre Villon ? »   143 C’est toujours la métonymie symbolisant les femmes (note 32).   144 Pointus comme le bec des linottes.   145 Custodi nos ! Cet impératif a subi l’attraction du génitif custodis [du geôlier] : il désigne ici le sexe des femmes, qui garde prisonnier celui des hommes.   146 Mon pénis (vers 7) et mes breloques.   147 Tranches de lard salé : entre des cuisses maigres.   148 Entre des cuisses grasses. « Et couldre jambons et andouilles/ Tant que le lait en monte aux têtes. » Villon.   149 Les femmes qui ne parvenaient pas à procréer se frottaient avec les reliques de certains saints. À défaut d’un saint Guillebert, on pouvait par exemple invoquer son quasi homonyme saint Couillebaud. « Quant aux brayes [de S. François ou ses disciples], miraclifiquement elles faisoyent enfler le ventre aux femmes qui de nature estoyent stériles…. Combien de femmes brehaignes [stériles] sont devenues joyeuses mères de beaux enfans pour avoir baisé les brayes de S. François ? » (Henri Estienne.)   150 Le coït, l’action de baguer le pénis du mari : « –Et ! que je manye vostre chose…./ –Vous ne parlez que de bagaige. » (Farce de Jolyet, BM 5.) Passer la bague au doigt est connu comme un rite phallique : « Pour enfiler la bague et rembourer le bas/ De celle qu’il avoit choisi pour ses esbats. » (Th. de Viau.)   151 BM : recourir  (Cela vous sera d’un grand secours.)   152 Aux muguets [jeunes galants] qui grattent leur muguet [mycose syphilitique]. « Soupçonnant qu’un muguet ne luy fasse l’amour. » (Satyre Ménippée.) « La syphilis déguisée sous la forme d’un muguet très-intense. » (Archives générales de médecine.)   153 BM : Quon  (Appareils = pansements : « Vous nettoyerez la playe après en avoir ôté le premier apareil. »)  On mettra leur pansement sur le sexe de leur femme.   154 Si la chance en est, si elle est de la partie.   155 Ils frapperont mieux, au sens libre.   156 BM : launnt leurs brongues  (En rinçant leur gorge.)   157 BM : sotir  (Saurir = sécher comme un hareng saur. « Que nul ne puisse sorir, en la ville de Paris, harenc. » Godefroy.)   158 Et non pas du diable : cela portait malheur.   159 On reconnaît ici le début de l’extrême-onction. Mais la suite est un joyeux fatras où surnagent quelques bribes mal digérées. Quand ils ont peur, les hommes d’Église en perdent leur latin : cf. la Confession du Brigant. André Tissier <p.246> s’est évertué à traduire ce collage ; saluons son travail méritoire : « À moins que, Seigneur, / ton esprit ne soit fatigué d’être sollicité, / je confesse au Dieu du ciel, / pour que le chœur des prophètes puisse… »   160 Sedet spiritum eût été un peu moins aberrant, mais on n’en est plus là.   161 Pénis. Cf. le Faulconnier de ville, vers 54-78. Rime avec « vaton ».   162 Je diffère, je me retiens.   163 Les cheveux qui encerclent ma tonsure monacale, pour lui inspirer du respect.   164 Tourmentes.   165 BM : tesniers  (Au contraire de cet hapax, témoins [latin testis] est couramment employé dans le sens de testicules : « Et que j’ay, comme maint moines,/ Queue roide et tesmoings velus. » Eustache Deschamps.)  Pelus = poilus.   166 Qu’est-ce qui est pendu à ce clou ? Dans la pénombre matinale, Robin prendra les chausses du moine pour son bissac (note 99).   167 C’est lui (idem vers 381). En bon vieillard myope et gâteux, il parle ensuite au bissac, qu’il vouvoie.   168 Copuler. Cf. le Monde qu’on faict paistre, note 33.   169 Avant mon départ. « Baisez-moy, mon doulx plaisir,/ Au moins, à vo’ département. » Le Povre Jouhan.   170 Ne lésinez plus sur les ébats sexuels. « Sa femme,/ Qui de son clerc prenoit esbatement. » Joyeusetéz, XIII.   171 L’amour : « Quant venez pour faire le cas/ Avec moy. » (Le Badin qui se loue, BM 11.) Le mari s’en va, et Guillebert sort de sa cachette.   172 Pelée [décalottée] = verge. « [Elle] a porté verge pelée…./ Trop est vielle sa puterie. » Roman de Renart.   173 BM : a il prins  (« Gibet » renforce l’interrogation : cf. Maistre Mymin, vers 303.)   174 BM : apporte   175 De retour, quand il s’apercevra qu’il n’a pas son bissac.   176 BM : Guilleret   177 BM : rairez vous  (Lairrez = laisserez.)   178 BM : Ronge  (Vous ne m’y ferez plus avoir le cul rouge : le moine a eu les fesses rougies par le froid <vers 275>, mais il a surtout failli avoir le cul ensanglanté par la castration.)   179 BM : ma despoille  (Dès que j’aurai repris les vêtements dont je m’étais dépouillé.)   180 On scande « wé-té », comme on scande « wé » aux vers 183 et 377. Cf. ma préface.   181 BM : trouverra  (Il est si myope qu’il ne me verra pas dans la rue encore obscure.)   182 Il s’enfuit en pourpoint, et toujours en chemise longue.   183 Heur = chance.   184 Elle va chez sa voisine Agnès.   185 BM : bien expert  (Comme il appert = apparemment.)   186 En pleurant.   187 Avec elles.   188 C’est bien dit (avec une nuance ironique : la bouche qui expulse des mots est assimilée à un anus). Cf. le Faulconnier de ville, vers 297.   189 BM : fist  (Et pourtant, je n’ai tiré qu’un pauvre coup.)   190 Contrôlez-vous.   191 BM : doys  (Voys = vais. Elle rentre chez elle, tandis qu’Agnès guette le retour de Robin.)  Trotter menu = courir vite. Cf. Trote-menu et Mirre-loret.   192 Il examine le « bissac » malodorant qu’il portait sur son col.   193 Au vers 182, sa femme réclamait des moules au féminin, mais elle voulait des moules au masculin, c’est-à-dire des godemichés. « [Elle] en fut quitte pour faire élection des plus gros moules qu’elle pouvoit trouver…. Elle en fit tenter le gué [sonder son passage] par des plus menus et petits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands. » Brantôme.   194 Me fait-on cocu ?   195 BM : fresaye  (Je vous promets une bonne fracture ! « Ceulx recevans coulps de poings ou de baston, dont n’y auroit blessure ou froisseure. » Loix, chartres et coutumes.)   196 Vous baisera (note 74) : je vous expédierai en Enfer.   197 Marcou, gros chat reproducteur.   198 BM : te   199 Ces deux vers visent l’amant de sa femme. Foutiner = donner des coups de verges… ou de verge.   200 Un prêtre.   201 Il déblatère de nouveau contre sa femme.  BM : huihot  (Buhot = orifice anal <Matsumura, Dictionnaire, p.474>.)   202 Un huihot, ou wihot, est un mari trompé : « Huyho, qui est à dire en françois : coux [cocu]. » (Godefroy.) « Ce mot Huyau est un synonyme de Huet » (Ducatiana.) Huet est un prénom de cocu entériné par les nombreuses variantes de l’expression « appeler Huet » (voir leur liste complète dans l’article HUET ), qui devient ici « appeler Huot ». Dans le fabliau des Braies le priestre, le cocu se fait traiter de huihot.   203 Pourvu, fait un cadeau empoisonné.   204 Il pleure : cf. le Munyer, vers 115 et note 31. Envoyer côcher = envoyer se faire foutre.   205 Ait voulu. Se méporter = mal se comporter. Idem vers 498.   206 BM : le   207 Il montre les chausses.   208 La sagesse de ma femme.   209 Que Dieu m’assiste ! Idem vers 502.   210 BM : femme   211 BM : esprouue  (Esponné = épuisé. Rimait déjà avec « estonné » aux vers 59-61.)   212 Quand on arrive à se procurer ce trésor. Un des modèles de notre farce est une facétie de Pogge intitulée en français Des reliques des brayes sainct François : « Pour ravoir ses brayes publicquement comme ung très sainct joyau. »   213 Réciter le Credo.   214 Accomplir le devoir conjugal. « Si l’espousée estoit point, la nuyt, morte ;/ Et si l’espoux avoit faict son devoir. » Marot.   215 Si les religieux ne nous avaient pas connues charnellement.   216 BM : ie   217 Au couvent des franciscains. La farce a dû être écrite pour Rouen, comme une bonne partie du théâtre comique de cette époque.   218 Ils vont retrouver la femme à la maison.   219 Je me suis trompé. Agnès l’interrompt vite pour informer la femme de son subterfuge.   220 Ce qu’il s’imaginait.   221 De bruit.   222 Il devenait fou. Cf. le Gentil homme et son page : « Je ne sçay plus comme je suys. »   223 M’en avertissait : je m’en suis douté.   224 Dans de la fiente. Rime avec cians.   225 BM : ny pensis  (Je n’en avais jamais vu. « Et puis allèrent plusieurs aultres femmes au convent faire honneur aux brayes de sainct François, [elles] qui jamais ne les avoient veues. » Pogge.)   226 Elle voit passer frère Guillebert devant la porte restée ouverte. Il a eu le temps de retourner au couvent pour revêtir son froc.   227 Il appelle le moine.   228 BM : choses  (La confusion s’explique : choses = parties sexuelles.)   229 De plaid, de discussions.   230 « Prindrent les Religieux celles brayes, et les firent baiser au mary et à tous les assistans. » Pogge.   231 On attendrait « l’haleine ». Laine = poils du pubis.   232 De votre laine, ou de votre alêne [poinçon] : « –C’est trèsgrand peine/ Que de ramonner à journée./ –Voyre, pour gens à courte alaine. » (Le Ramonneur de cheminées, BM 36.) La femme réclame un bon coup du goupillon avec lequel Guillebert bénit les protagonistes ; on se croirait dans la farce des Chambèrières.   233 Se place dans la procession selon son rang.   234 Prenez en patience l’infidélité de votre épouse.   235 Cette signature garde son mystère. Il y avait peut-être des jeunes clercs à Meulers, près de Dieppe. Mais « jeune clergie » pourrait traduire « frère mineur » ; or, les franciscains se nommaient officiellement « Ordre des frères mineurs ». Et le fabliau des Braies au Cordelier stipule bien : « les braies d’un Frère Menor. » Ce que confirme Henri Estienne dans l’Apologie pour Hérodote : « Ce furent les brayes de S. François qui couvrirent le déshonneur du haut-de-chausse qui avoit esté laissé par le Frère Mineur. » Plusieurs médiévistes voient dans les lettres MPU la date MDV : 1505.

 

LES FEMMES QUI FONT ESCURER LEURS CHAULDERONS

British Museum

British Museum

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LES  FEMMES  QUI  FONT  ESCURER LEURS  CHAULDERONS

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Quelques fabliaux littéraires du Moyen Âge furent adaptés pour la scène à la Renaissance. Le Maignien qui foti la dame1 fut ainsi transformé en farce dans les années 1510-1520. Le « chaudron » des deux femmes désigne la partie la plus chaude de leur anatomie. Ce chaudron étant troué, le chaudronnier doit y mettre un « clou » suffisamment gros pour le boucher. Tout est dit.

Source : Recueil du British Museum, n° 29.

Structure : Rimes plates, avec 2 triolets, et 4 huitains en aabBaabB.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

*

Farce nouvelle et fort joyeuse

des femmes qui font escurer leurs chaulderons

et deffendent que on ne mette la pièce auprès du trou

*

À troys personnages, c’est assavoir :

    LA  PREMIÈRE  FEMME

    LA  SECONDE  [FEMME]

    LE  MAIGNEN 2

*

 

                                     LA PREMIÈR[E]  commence                      SCÈNE  I

          Ma commère !

             LA SECONDE

                                         Plaist-il, m’amye ?

             LA PREMIÈRE

         Escoutez un peu !

             LA SECONDE

                                          Bien j(e) y voys3.

         Qu’avez-vous ?

             LA PREMIÈRE

                                     Que j’ay ? Je n’ay mie4,

         Ma commère.

             LA SECONDE

                                   Plaist-il, m’amye ?

5    Que n’av’ous5 ?

             LA PREMIÈRE

                                        Heure ne demye

         De soulas6.

             LA SECONDE

                                Par Dieu ! je le croy.

             LA PREMIÈRE

         Ma commère !

             LA SECONDE

                                    Plaist-il, m’amye ?

             LA PREMIÈRE

         Escoutez un peu !

             LA SECONDE

                                              Bien j(e) y voys.

             LA PREMIÈRE

         Il m’est advis, quand je le voy[s],

10   Nostre homme7 (vous m’entendez bien),

         Que j’ay souppé8.

             LA SECONDE

                                              N’en dictes rien,

         Il peult estre qu’il nous escoute.

             LA PREMIÈRE

         Je feray plustost sa grand goute9 !

         Je me tairay pour cest infâme ?

15   Fus-je point bien meschante femme

         De m’estre liée en ce point,

         Quand de plaisir en luy n’ay point ?

         Commère, pensez la destresse.

             LA SECONDE

         Il luy fault jouer de finesse10,

20   À ce villain.

             LA PREMIÈRE

                                 Ha ! hardiment !

         Que j’en auray d’estorement11

         Pour mon user !

             LA SECONDE

                                      Et pourquoy donc ?

             LA PREMIÈRE

         Se j’en debvoys avoir le jonc12

         Et bastue de jour en jour,

25   Si luy en jourray-je le tour.

         Et de bref, car j(e) y vueil penser.

             LA SECONDE

         Av’ous encor à commencer13 ?

         Craignez-vous tant ces mesdisans ?

         Quoy ! il y a plus de dix ans

30   Que commençay premièrement.

         Faisons-le tout secrètement,

         Il sera demy pardonné14

             LA PREMIÈRE

         S’eusse voulu, on m’eust donné

         Foison de bagues et d’anneaulx,

35   Belles ceintures et cousteaulx,

         Par un amy le plus gentil15.

             LA SECONDE

         Et que dyable vous failloit-il ?

             LA PREMIÈRE

         J’ay refusé habitz nouveaulx,

         Or et argent à grands monceaulx

40   Par un amoureux tant subtil.

             LA SECONDE

         Que grand dyable vous failloit-il ?

         Estes-vous si belle ou si grande16,

         D’avoir reffusé telle offrande ?

         Je ne sçay que vous voulez faire.

             LA PREMIÈRE

45   Jamais ne me voulu[s] forfaire17.

             LA SECONDE

         Mon arbelestre au croc18 je bende.

         Jamais ne refusez prébende19,

         Quand c’est homme de tel affaire20.

             LA PREMIÈRE

         Jamais ne me voulus forfaire.

50   Mais j’entens bien, par mon serment,

         Qu’il fault par tout commencement.

         Et si, fault (puis qu’on s’en démente21)

         Mettre le marteau en la vente22

         En despit de luy, ma commère.

             LA SECONDE

55   Ilz vont bien à d’autres le faire,

         Noz maris, les villains jaloux !

         Et pourquoy ne le ferons-nous

         Aussi bien comme eulx ?

             LA PREMIÈRE

                                                C’est raison.

         Pourquoy n’aurons-nous [en saison]23,

60   Pour nous (ré)conforter, un amy ?

         À trompeur, trompeur et demy24!

         Pensent-ilz que la court soit beste25 ?

             LA SECONDE

         S’ilz s’en devoient rompre la teste

         De dueil, par Dieu, je le feray

65   (Mal gré [soit] d’eulx26 !) et gaudiray

         Cheulx27 mes cousins.

             LA PREMIÈRE

                                                 Dieu l’a permis :

         Pourquoy nous a-il icy mis,

         Se n’est pour œuvre de nature ?

         Et puis, c’est la loy de droicture28,

70   Faire plaisir les uns aux autres.

         Se j’en devois aller en peaultre[s]29

         Et batue, j’en ay juré :

         Si sera-ce que je feray

         Plaisir à ceulx qui m’en feront.

             LA SECONDE

75   Rire avecques ceulx qui riront,

         Il n’est point de meilleure vie ;

         Et puis laissez parler Envie.

             LE MAIGNEN                  SCÈNE  II

         Av’ous que faire de maignen ?

         Du maignen, commère, du maignen30 !

                             LA PREMIÈRE

80   Commère, avez-vous rien ouÿ

         Crier, là-dehors ?

             [LA SECONDE]

                                         Par Dieu, ouy.

         Escoutez…

             LE MAIGNEN

                               Le maignen, le maignen !

             LA SECONDE

         J’ay ouÿ, par monseigneur sainct Aignen31,

         Aucun crier emmy ceste estre32.

             LA PREMIÈRE

85   Hélas ! voyez que ce peust estre.

         Se c’est quelque bon compaignon

         Qui de gaudir ayt bon regnom,

         Faictes-le venir.

             LA SECONDE 33

                                     Hau ! compère !

         Venez, car nous avons affaire

90   Un peu de vous !

             LE MAIGNEN

                                           Allons, maistresse34.

             LA PREMIÈRE

         Venez çà ! Dictes-nous, maistre : esse

         Vostre plaisir de nous servir ?

             LE MAIGNEN

         Vrayement, je me vueil asservir

         Vous faire plaisir et service.

95   Mais premier, fauldroit que je visse

         L’œuvre35 où voulez que [je] besongne.

             LA PREMIÈRE

         Vous n’aurez point vieille besongne,

         Ne qui soit forte à esclarcir36.

             LA SECONDE

         Faictes vostre broche endurcir,

100  Que ne rebourse37 en nostre ouvrage.

             LE MAIGNEN

         Rebourser ? Vous me dictes raige !

         Garde n’a d’y estre ployée,

         Car par le bout est achiérée38.

             [LA SECONDE]

         Monstrez çà !

             LA PREMIÈRE

                                    Tenez, nostre maistre,

105  Sçavez qu’il est ? N’allez pas mettre

         Icy la « pièce » auprès39 du trou.

             LE MAIGNEN

         Maistresse, j(e) y mettray un clou

         Gros et rivé par les deux boutz40.

             LA SECONDE

         Qu’il m’y soit congné en deux coups !

110  Faictes quelque œuvre de nouveau41 !

             LA PREMIÈRE

         [Moy,] mon chaulderon fait de l’eau

         Auprès du cul quand il est chault ;

         Et pour cause, maignen, il fault

         Qu(e) y mettez une bonne pièce,

115  Affin que plus ne se dépièce

         Et que bien me soit esclarcy.

             LE MAIGNEN

         Et quand je l’auray adoulcy42,

         N’auray-je pas, la foys, à boire ?

             LA PREMIÈRE

         Ainsi le debvez-vous bien croire.

             LA SECONDE

120  Servez-nous à nostre appétit.

         N’y mettez point clou si petit

         Que le trou n’en soit estouppé.

             LE MAIGNEN

         Voyez cestuy : il a tappé43.

         Est-il rivé de bonne sorte ?

125  Qu’en dictes-vous ?

             LA PREMIÈRE

                                            Le Dieu m’en porte !

         Vous estes ouvrier parfait.

         Un maistre, on le cognoist, par fait,

         À son ouvrage.

             LA SECONDE

                                       Nous buron44.

         Frappez fort sur le chaulderon :

130  Vous frappez dessus si en paix45 !

         Il a le cul assez espaix

         Pour endurer la refaçon46.

             LA PREMIÈRE

         C’est un chaulderon de façon47

         Que le mien, et est assez fort

135  (Mais qu’on ne luy face point tort)

         Quasi pour servir deux mesnages.

             LE MAIGNEN

         Vous avez assez doulx ouvrages,

         Cela ne vueil contrarier48.

             LA SECONDE

         Ne reste49 qu(e) un bon ouvrier

140  Pour nous servir en nostre appoint.

             LE MAIGNEN

         Je croy que ne vous plaindrez point

         De ma besongne.

             LA PREMIÈRE

                                            Je le croy.

         Servez-nous bien, et sur ma foy,

         Payé(z) serez à vostre dit50.

145  Mais comme on vous a [des]jà dit,

         Gardez bien de tirer le clou

         Ne les pièces auprès du trou,

         Comme maignens ont de coustume51.

             LA SECONDE

         N’espargnez marteau n[e] enclume52 :

150  Frappez fort, rivez fermement !

         Car s’il dégoute aucunement

         Ou face de l’eau par le trou

         Où vous aurez frappé le clou,

         Vous perdrez en nous bon crédit.

             LA PREMIÈRE

155  Entendez ce que l’on vous dit :

         Gardez-vous d’avoir de la hongne53 ;

         Ne prenez point nostre besongne

         Se vous n’y pensez bien fournir.

         Ayez cela en souvenir,

160  Et regardez que vous ferez.

             LE MAIGNEN

         Je m’en gage que vous direz

         Que ne fustes, de vostre vie,

         À vostre vouloir mieulx servie

         De compagnon de mon mestier !

             LA PREMIÈRE

165  Vrayement, nous avions bien mestier54

         D’un autel homme comme vous.

         Frappez fort, car je vous advoues55 !

         Espargnez-vous frapper dessus ?

             LE MAIGNEN

         Regardez-moy comme je sues56.

170  À vous servir je prens grand peine.

         J’en suis quasi tout hors d’alaine.

         Voyez, vostre cas57 est bien fait.

         Ne pensez plus sinon du fait

         De disner. Vostre « cas » est prest.

             LA SECONDE 58

175  Çà, maignen : monstrez-moy que c’est,

         Que je voye vostre besongne.

             LE MAIGNEN

         Je ne crains pas en avoir hongne

         Ne reproche devant tout homme.

             LA SECONDE

         Çà, monstrez-moy, que je voye comme

180   Vous y avez bien oppéré.

             LE MAIGNEN

         Je m’en gaige que je beuray59

         Fermement. Feray pas, maistresse ?

             LA PREMIÈRE

         Voyre. Mais dictes-moy, maistre : esse

         Le mieulx besongné que sçavez ?

             LE MAIGNEN

185  Je vueil mourir se vous avez60

         Quelque besongne de nouveau !

         Et se vostre chauld(e)ron fait eau

         Ne si court61, je vueil estre mort,

         Mais que ne luy facez point de62 tort

190  En le faisant trop fort chauffer :

         Car quand viendroit à eschauffer,

         Il pourroit bien encor courir.

             LA SECONDE

         De malle mort puisse-il mourir

         Qui en vouldroit [donner dix souz]63 !

             LE MAIGNEN

195  Regardez-le dessus, dessoubz :

         Est-il esclarcy nettement ?

         S’il fait eaue aucunement

         (Mais qu’il ne soit point trop chault,

         Comme, j’ay dit, cela y fault),

200  J’abandonne d’estre damné64 !

         Je croy que je fus en mars65 né,

         Car j’ayme tousjours à « combatre66 »…

             LA PREMIÈRE

         De cela ne se fault débatre.

         Allons bancqueter vistement !

             LA SECONDE

205  Je voys devant premièrement

         Mettre la nappe.67

             LE MAIGNEN

                                          C’est bien dit.

             LA PREMIÈRE

         Voulez-vous pas faire un édit68

         Qui donnera le premier mot69 ?

             LE MAIGNEN

         Tout sera payé sur l’escot.70

210  Commère, est nostre souper prest ?

             LA SECONDE

         Long temps y a.

                                     LE MAIGNEN

                                      Ha ! par Dieu, c’est

         À vous besongné de manière71.

             LA PREMIÈRE

         Séons-nous ! Faisons bonne chère !

         Maignen, ayez le souvenir

215  D’amander72 vostre tard-venir.

         Buvez à moy, je vous en prie !

             LE MAIGNEN  bibit 73

         À vous, dame !

             LA PREMIÈRE

                                      Je vous mercie.

         Vous soyez le trèsbien venu !

             LE MAIGNEN

         Le grand diable m’a bien tenu

220  De venir plus souvent, d’Enfer74.

             LA SECONDE

         Maignen, il nous fault eschauffer

         Par la goulle, comment un four75.

             LA PREMIÈRE

         Or çà ! quand ferez-vous retour

         Par-devers nous ?

             LE MAIGNEN

                                         Je vous diray :

225  Tout au plus tost que je pourray

         Et que me trouveray apoint76.

             LA SECONDE

         Je vous pry, ne nous faillez point,

         Car nous nous attendrons à vous.

             LA PREMIÈRE

         Maignen, souvienne-vous de nous,

230  Mais n’oubliez pas vostre « broche » :

         Tousjours avons un fer qui loche77

         Ou quelque trou à restoupper.

             LE MAIGNEN

         Je vous pry, laissez-moy soupper,

         Et puis je vous rendray responce.

             LA SECONDE

235  Qui eust un chappon en la ponce78,

         Cela nous viendroit bien apoint.

             LA PREMIÈRE

         Je vous pry, ne nous faillez point :

         Venez tout premièr(e)ment céans.

             LA SECONDE

         N’allez plus courir Orléans ;

240  Venez nous servir plus souvent,

         Car nous sommes asseurément

         Pour bien vous fournir de besongne.

             LE MAIGNEN

         Ce mestier ne veult point de hongne.

             LA PREMIÈRE

         Venez céans asseurément

245  Boire et menger, ou autrement,

         Nous vous ferons de la vergongne79.

             LE MAIGNEN

         Ce mestier ne veult point de hongne.

         Mais dictes, dame, s’il vous plaist,

         Sans me tenir icy long plait80,

250  Si vous fustes en vostre vie

         À vostre plaisir mieulx fourbie81

         Qu’avez esté de moy, en somme.

             LA PREMIÈRE

         Vous estes un trèshabille82 homme.

             LE MAIGNEN

         De vous servir j’ay grand envie.

255  Mais dictes-moy, je vous emprie,

         Se plus gentil a jusque à Rome83.

             LA SECONDE

         Vous estes un trèshabille homme,

         Ouvrier de vostre mestier.

             LA PREMIÈRE

         Nous avons de vous grand mestier

260  Pour escla[r]cir nostre mesnage84 :

         Ce n’estoit plus que vieil bagage ;

         Il estoit tout mengé de rouil85.

         Quand viendrez-vous, nostre amy doulx ?

             LE MAIGNEN

         Je m’en rapporte bien à vous :

265  Dictes-moy quand je reviendray.

             LA PREMIÈRE

         Venez demain, je vous advoues !

             LE MAIGNEN

         Je m’en rapporte bien à vous.

             LA SECONDE

         Sçavez qu’il est ? Pensez de nous.

         Quand à moy, je vous attendray.

             LE MAIGNEN

270  Je m’en rapporte bien à vous :

         Dictes-moy quand je reviendray.

         Adieu, dames !

             LA PREMIÈRE

                                       Je vous diray :

         Allez à Dieu, qu’i vous condye !86

         Ma foy, quelque chose qu’on dye,

275  Vélà un ouvrier parfait.

             LA SECONDE

         À bonnement parler du fait,

         De s’en aller c’estoit folie.

             LE MAIGNEN

         Messeigneurs, à tous vous supplie

         Que prenez nostre esbat en gré,

280  Un chascun selon son degré,

         En vous disant d’amour polie :

         Adieu toute la compagnie !

                   FIN

*

1 Pages 179-183.   2 Le chaudronnier ambulant.   3 J’y vais (vous écouter).   4 Demandez-moi plutôt ce que je n’ai pas.   5 BM : dictes vous  (Que n’avez-vous ? Cf. vers 27 et 78.)   6 Plaisir.   7 Mon mari.   8 Que j’en ai soupé, que j’en suis dégoûtée.   9 Entre mille autres imprécations, on souhaitait à ses ennemis d’être atteints par la « grande goutte », la « male [mauvaise] goutte », ou la « sanglante goutte ».   10 Ruse.   11 Une bonne provision (de ruses).   12 Des coups de verges.   13 En êtes-vous encore à vos débuts (en matière d’adultère) ?   14 Comme dira Tartuffe : « Le scandale du monde est ce qui fait l’offense,/ Et ce n’est pas pécher que pécher en silence. »   15 Noble.   16 Si grande dame.   17 Je n’ai voulu fauter.   18 L’arbalète à croc se bande grâce à un crochet. Mais on peut comprendre « aux crocs », avec mes dents. « Bander l’arbalète » avait un sens libre (P. Guiraud, Dictionnaire érotique) : « Faict bander l’arbalestre de nature. » Bruscambille.   19 Double sens : « Une prébende de moine, qui est une saucisse entre deux œufs. » Joyeusetéz.   20 Un homme important. Mais l’affaire désignait aussi le pénis (Guiraud) : « Je suis petit et foible, quoy que j’eusse une affaire très-importante. » D’Assoucy.   21 Tourmente.   22 Conclure une transaction amoureuse. « Telle a mys cent foys le martel/ En vente. » Sermon joyeulx de la Fille esgarée (LV 44). En outre, le marteau a un sens phallique (vers 149) : « Il n’est pas trop beau ;/ Mais en récompence,/ Il a bon marteau. » Chansons follastres des comédiens.   23 BM place ces mots à la suite du vers précédent.   24 C’est la morale des Sotz triumphans.   25 On songe –mais sans conviction– au rondel de maître Antitus : La Court est une estrange beste.  26 Qu’ils en aient un mauvais contentement !   27 BM : Cieulx  (Cheulx = chez : « Cheulx mes amys. » Troys Gallans et Phlipot, vers 442 et 437.)   28 C’est la règle.   29 À tous les diables. « J’avois pour cet ingrat écarté tous les autres, / Les envoyant trétous, comme l’on dit, aux piautres. » Le Vice puni.   30 Ce monorime trop long est un « cri » de marchand ambulant. Déjà dans le fabliau primitif, les femmes « oïrent un maingnien/ Qui son mestier aloit criant ».   31 Bien que titulaire de nombreux miracles, saint Aignan (évêque d’Orléans au V° siècle) n’a pas pu guérir cet octosyllabe boiteux.   32 Cette place. Le vers devait rimer en « fenestre » : les deux femmes sont censées être dans une maison qui donne sur la rue ; et contrairement à « fenestre », le substantif « estre » est du genre masculin.   33 Elle sort du logis de la Première. Le mur donnant sur la rue était généralement symbolisé par un rideau.   34 Il la suit dans la maison. 35 L’objet. Idem pour « ouvrage » à 100 et 237.   36 Difficile à polir. Éclaircir est synonyme de écurer (titre) et de adoucir (vers 117). Au propre et au figuré, on peut traduire par « dérouiller » (cf. vers 262), ou « faire reluire ».   37 Pour qu’elle ne s’émousse pas.   38 Acérée.   39 À côté, dans l’anus. « Pensant boucher son devant,/ Il luy boucha le derrière./ –Fy, fy ! ostez-moy ce fou :/ Sa pièce est auprès du trou…./ Un certain chauderonnier,/ Pour ne sçavoir la manière/ Ny les traicts du “bas mestier”,/ Il mit sa pièce à costière./ –Fy, fy ! ostez-moy ce fou :/ Sa pièce est auprès du trou. » Estienne Bellonne.   40 Un seul bout suffirait, mais le célèbre « baston à deux bouts » entérine cet abus.   41 Recommencez.   42 Dérouillé, note 36.   43 Il a tapé au fond.   44 Nous boirons. C’est la réponse au vers 118.   45 Si paisiblement, si mollement.   46 La réfection, la réparation.   47 De bonne facture.   48 Je ne dis pas le contraire.   49 Il ne manque.   50 Selon vos prétentions. Le maignan du fabliau réclamait 26 sous.   51 « On reproche aux Chauderonniers qu’ils sont sujets à mettre la pièce auprès du trou. » (Furetière.) Anthoine Truquet a noté ce cri en 1545 : « Chaudronnier, chaudronnier !/ Je metz la pièce auprès du trou ! »   52 Ni votre objet qui frappe, ni notre objet qui est frappé. Double sens érotique : « Forgés du marteau naturel sur l’enclume de la nature. » Bruscambille.   53 Des reproches. Idem vers 177, 243, 247.   54 Besoin.   55 La formule orthodoxe est : « J’advoue Dieu ! » [Je crois en Dieu.] Cf. Gargantua, chap. 8 et 39. La même irrévérence clôt le vers 266, avec la même rime irrégulière.   56 « Or regardez comme il en sue », dira-t-on d’un artisan dans les Troys Gallans et Phlipot. Dans notre farce, la rime est irrégulière.   57 Cas = sexe de la femme (Guiraud) : « Les tétons mignars de la belle,/ Et son petit cas qui tant vault. » Marot. Idem à 174.   58 BM : premiere  (La Seconde veut voir si le chaudron de la Première a été bien dérouillé.)   59 Boirai (note 43).   60 BM : nauez  (Si vous avez un nouveau problème.)   61 Courir = fuir. Idem vers 192.   62 Je corrige sur le modèle du vers 135.   63 BM : tenir dix solz  (Celui qui voudrait donner 10 sous seulement pour mon chaudron.)   64 BM : marne  (J’accepte d’être damné !)   65 Sous le signe de Mars, dieu de la guerre, et amant de Vénus.   66 Con battre = frapper une vulve : Gratien Du Pont, vers 153-4.   67 Elle regagne sa maison.   68 Un contrat.   69 BM : pot  (Le premier mot est la première offre d’un marchandage : « Le marchand, surpris & scandalisé, ne rabat rien du tout de son premier mot. » Journal des sçavans. C’est le contraire du dernier mot.)   70 Par le repas. La Première et le Maignan vont chez la Seconde, qui les attend devant une table garnie.   71 De main de maître.   72 BM : Demander  (En Droit ancien, amender son tard-venir = réparer son retard. « Faire amender au défaillant son tard-venir. » Guillaume Terrien. « Le Jeune, présent, amenda son tart-venir. » Registre de la vicomté d’Elbeuf.)   73 Boit.   74 « Le grand diable d’Enfer m’a retenu de venir plus souvent. » Ce janotisme de l’artisan inculte provoque un effet comique au 1° degré.   75 On nourrissait certains fours à bois par la gueule, pour les chauffer. Comment au lieu de comme est un archaïsme. L’effet du vin explique peut-être le relâchement syntaxique et les doublons de la scène finale.   76 En point, en érection.   77 Quelque chose qui cloche. « Une fille toujours a quelque fer qui loche. » Régnard.   78 Si quelqu’un avait un chapon dans son poing. Ce coq châtré ne vient pas bien à point dans une pareille conversation !   79 Honte.   80 Plaid, discours.   81 Frottée, au sens érotique. Mais un distique analogue (vers 162-3) postule pour la rime « servie ».   82 Très habile.   83 S’il y a un homme plus vaillant d’ici jusqu’à Rome. Il suppose donc que la Première a testé tous les hommes jusqu’au Vatican.   84 Pour faire reluire notre ustensile.   85 De rouille. « Elle avoit toujours ung homme qui (….) entretenoit son “ouvrouer” de paour que le rouil ne s’i prenist. » Cent Nouvelles nouvelles.   86 Le Maignan retourne dans la rue.

RAOULLET PLOYART

Bibliothèque nationale de France

Bibliothèque nationale de France

*

RAOULLET  PLOYART

*

Cette farce de Pierre Gringore fut jouée aux Halles de Paris le 23 février 1512, à la suite du Jeu du Prince des Sots et de l’Homme obstiné. Elle fourmille d’équivoques obscènes. Le mari, Ployart, dont la « bêche ploie1 », est trop vieux pour labourer la « vigne » de sa femme, qui cherche donc des ouvriers munis d’une « bêche plus ferme »…

Sources : Édition a de 1512, BnF, Rés. Ye-1317. Je la corrige sur l’édition b de 1513, Bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence, Rés. D.493.

Structure : Rimes plates, avec 2 triolets.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

*

La  Farce  de

Raoullet  Ployart

*

    [RAOULLET  PLOYART,  mary

    DOUBLETTE,  la  femme

    MAUSECRET,  varlet2

    FAIRE

     DIRE

  LE  SEIGNEUR  DE  BALLETREU]

*

                              RAOULLET  PLOYART,  mary               SCÈNE  I

         Mon tendron, ma gorge frazée3,

         Mon petit téton, ma rosée,

         Ma petite trongne, approchez !

                              DOUBLETTE,  la  femme

         Laissez-m’en paix, vous me fâchez !

                              RAOULLET

5       Quant je vous voy, je suis tant aise !

         Belle dame, que je vous baise

         Ung tantinet, je vous en prie !

                              MAUSECRET,  varlet

         (Elle fait [fort] la renchérie4

         Pour ce que mon maistre est jà vieulx.

10     Par Dieu ! je voy bien à ses yeulx

         Qu’el luy fera quelque finesse5.)

                             DOUBLETTE

         Mausecret !

                             MAUSECRET

                                   Qu’esse, ma maistresse ?

                              DOUBLETTE

          Il ne fault point que je le flate :

          Par ma foy, ma vigne se gaste

15      Par deffaulte de labourage.

                             RAOULLET

         J(e) y ay besongné de courage,

         Autresfois.

                             DOUBLETTE

                                   Vous n’en povez plus.

                              RAOULLET

          Si fais, dea !

                              MAUSECRET

                                        Si est-il conclus

           Qu’il y fault besongner, mon maistre ;

20     Ou ma maistresse y fera mettre

          D’autres ouvriers.

                              DOUBLETTE

                                               R(a)oullet6 Ployart,

          Je prens plaisir que tost ou tart

          Labourer ma vigne on se joue.

                              RAOULLET

         Et, par mon âme ! quant j(e) y houe7

25     Une journée, à motz exprès8,

         Les rains m’en font trois jours après

         Tant de mal, Doublette, ma femme !

                              MAUSECRET

          Mon maistre, c’est, par Nostre Dame,

          Par deffaulte de bons ostilz9.

                              DOUBLETTE

30     Permettez que vostre apprentis

          Y besongne10.

                              MAUSECRET

                                            Je feroye raige !

                              RAOULLET

           Qu’il besongnast à mon ouvrage ?

           Jamais je ne l’endureroye !

                              MAUSECRET

           A ! par Dieu, j(e) y besongneroye

35     Mieulx que vous.

                             DOUBLETTE

                                                 Quant la terre11 est seiche

          Et on n’a point de bonne besche,

          On ne la fait qu(e) esgratigner.


                              MAUSECRET

          Qui me laisseroit prouvigner12

          En la vigne de ma maistresse,

40    La terre seroit bien espesse

          Se ma besche n(e) alloit au fons.

                              DOUBLETTE

          R(a)oullet Ployart, je vous respondz

          Que ma vigne est quasi en frische13.

                              RAOULLET

          Brief, point ne vueil que d’aultre y fische

45   Eschallatz14 ; c’est à moy à faire.

          Qui esse qui va au contraire ?

          Moy tout seul fischer les y doys.

                              MAUSECRET

          On y en fische aucunesfois15

          De quoy mon maistre ne sçait rien…

                              DOUBLETTE

50   Te tairas-tu ?

                              MAUSECRET

                                       Je le sçay bien :

          Aussi faictes-vous, ma maistresse.

                              DOUBLETTE

          Par mon âme ! je prens lyesse

          Quant je voy qu’on houe de bon cueur.

                              MAUSECRET

          Ma foy ! il luy fault ung foulleur16

55   Qui renverse soubdain la terre.

          Et cuydez-vous comme elle serre

          La vendenge entre les jumelles17 ?

          Oncques ne veistes choses telles,

          Quant le pressoir18 est bien estrainct.

                              DOUBLETTE

60   R(a)oullet Ployart, mon mary, jainct19

          Comme ung pourceau dedans son tect20,

          Quant il a foullé ung tantet

          La vendenge.

                              RAOULLET

                                         Qui la vouldroit

          Servir à gré21, il luy fauldroit

65   Houer sa vigne jour et nuyt.

                              DOUBLETTE

          Cuydez-vous que prenne déduit

          À vostre labourage ? Non.

                              RAOULLET

          J’ay eu autresfois le renom

          De si bien fouller la vendenge !

                              DOUBLETTE

70   Et maintenant, quoy ?

                              RAOULLET

                                                      Je me renge,

          Me deultz22, et ne puis plus fouller.

                              MAUSECRET

          Vous ne povez faire couller

          La vendenge.

                              DOUBLETTE

                                           Par mon serment !

          Il besongne si laschement

75    Que souvent m’en treuve fâchée.

                              MAUSECRET

          Une belle terre gachée23

          Ne peult porter jamais bon fruict.

                              DOUBLETTE

          En effect ma terre est en bruit24.

          Il ne fault que trouver ouvriers

80   Qui y besongnent voulentiers

          Et qui aient des besches friandes25.

                               FAIRE                        SCÈNE  II26

          Voisin, les eaues seront bien grandes,

          Mais que les neiges soient fondues.

                              DIRE

         Sont point noz vignes morfondues

85   De ces gellées ?

                              FAIRE

                                          Nenny, voisin.

          J’ay espoir que quelque matin

          Ma vigne soit bien prouvignée.

                              DIRE

          Les vins sont bien vers, ceste année,

          Dont il fait mal aux bons buveux.

                              FAIRE

90   Ceulx qui ont gardé les vins vieulx

          N’y perdront rien.

                              DIRE

                                                Si nous fault-il

          Labourer d’ung engin27 subtil ;

     Car, ainsi comme je congnois28,

     Les vignes n’eurent si beau boys29

95   Long temps y a.

           FAIRE

                                            Loué soit Dieu !

          Transporter nous fault quelque lieu,

          Et labourer de bon courage.

           DOUBLETTE                     SCÈNE  III

         Vous estes tant lasche à l’ouvraige,

          R(a)oullet Ployart !

           RAOULLET

                                                 Je m’y employe

100  De bon cueur, mais ma besche ploye.

     Entendez-vous pas bien le terme30 ?

           DOUBLETTE

          Fy, fy ! s(e) une besche n’est ferme,

          Je n’en donroye pas ung festu.

           MAUSECRET

          Le procès est trop débatu31 :

105  Maistresse, laissez là mon maistre.

          D’aultres ouvriers il y fault mettre,

          Ou la vigne sera en frische.

           DOUBLETTE

          C’est ton maistre qui est si chiche

          Qu’il ne veult point qu(e) autre que luy

110  Y besongne. Par le jourd’huy ! 

     D’avoir de bons ouvriers me targe32.

           MAUSECRET

     Par Dieu ! vous n’estes que trop large33,

          Ma maistresse, chascun le dit.

          Je n’y metz point de contredit :

115  Trop vous ay veue habandonnée34.

           DOUBLETTE

          Il fault qu(e) à ceste après-disnée

     En ma vigne on besongne en tâche35.

           MAUSECRET

     Voullez-vous que je me destache36,

          Affin que je ploye mieulx les rains ?

120  Je vous coucheray les prouvains37

          Gentement, sans aller ailleurs38.

                              FAIRE                               SCÈNE  IV

          Vous fault-il point de laboureurs,

          Ma dame ?

                              DIRE

                                     Vécy des ouvriers

          Qui laboureront voulentiers

125  En vostre vigne.

                              DOUBLETTE

                                             Il me semble

          Que n’y povez tous deux ensemble

          Labourer.

                              MAUSECRET

                                   Vécy qu’on fera :

          Tandis que l’ung labourera,

          L’autre préparera sa besche.

130  Je feray le guet à la bresche39,

          De peur que mon maistre le voye.

                              DOUBLETTE

          S’il le sçavoit, je m’en fuyroye,

          Mausecret.

                              MAUSECRET

                                      Il n’en sçaura rien,

          Maistresse, vous m’entendez bien.

135  Après que labouré auront,

          Il fauldra, quant ilz s’en yront,

          Que laboure ung peu après eulx.

          Entendez-vous bien ?

                              DOUBLETTE

                                                      Je le veulx.

                              MAUSECRET

          Par ma foy ! je feray merveille.

140  Tandis, vois veoir se ma « bouteille »

          Sent l’esvent40.

                              DOUBLETTE

                                        C’est bien dit.

                              MAUSECRET

                                                                     Mon maistre

          En aura tantost belle lettre41 :

          On labourera bien sa terre.

                             DOUBLETTE

          Çà, labou(re)rons sans plus enquerre !…

145  Labourez, il vous est permis.

                              DIRE

          Puis qu(e) à labourer suis commis

          Vostre terre, je feray raige.

          Oncques ne veistes tel ouvrage

         Que j(e) y feray, je vous prometz.

                              DOUBLETTE

150  Sus ! besongnez.

                              DIRE

                                              Jamais, jamais

          Ung tel ouvrier ne fut congneu.

          J(e) y besongne dru et menu,

          De jour, de nuyt, songneusement ;

          C’est merveille !

                              DOUBLETTE

                                             Monstrez comment

155  Vous besongnez ; despeschez-vous !

                              DIRE

          Je suis ouvrier par-dessus tous,

          Maistre passé de la science.

                              DOUBLETTE

          Monstrez donc par expérience

          Ce que sçavez, bon gré mon âme !

                              DIRE

160  Je cuyde qu’il n’y a, ma dame,

          Tel ouvrier au monde que moy.

          Quant je laboure, par ma foy,

          C’est sucre42.

                              DOUBLETTE

                                         Vous ne faictes rien.

                              DIRE

          Par ma foy ! je laboure bien ;

165  Âme n’y sçauroit contredire.

                              DOUBLETTE

          [Et] comment vous nommez-vous ?

                              DIRE

                                                                          Dire.

                              DOUBLETTE

          Dire ? Nostre Dame, quel hoste !

          Vuydez tost, jouez de la botte43 !

          Dire ne sert rien en tel cas.

170   Sans rien faire vous estes las.

          Quoy ! vous n’estes qu(e) ung blasonneur44 !

                              DIRE

          Tenu suis pour bon laboureur.

          J’ay en plusieurs « terres » renom.

                              MAUSECRET

          Et ma maistresse dit que non45.

                              DOUBLETTE

175  Tais-toy, garçon ; tu me fais rire.

                              MAUSECRET

          Bref, vous ne voullez point de Dire,

          Je le voy bien à vostre trongne.

                              FAIRE

          Si vous voullez que j(e) y besongne,

          Dictes-le-moy.

                              DOUBLETTE

                                         Là, hardiment !

                              MAUSECRET

180  Comment il y va asprement !

          Il se congnoist en tel affaire.

                             DOUBLETTE

          Et vostre nom, mon amy ?

                              FAIRE

                                                            Faire.

                              MAUSECRET

          Par Dieu ! c’est ung merveilleux sire.

                              DOUBLETTE

          J’ayme bien mieulx Faire que Dire ;

185  Je veuil bien que chascun le sache.

                              MAUSECRET

          Il en œuvre comme de cyre46.

                              DOUBLETTE

          J’ayme bien mieulx Faire que Dire.

                              MAUSECRET

        Dire sans faire, il n’est rien pire.

                              DOUBLETTE

          Par ma foy, non, cela me fasche.

190  J’ayme bien mieulx Faire que Dire ;

          Je vueil bien que chascun le saiche.

                              FAIRE

          Ay-je pas bien tost fait ma tâche ?

                              DOUBLETTE

          Ouÿ, à toute dilligence.

                              FAIRE

          Voullez-vous que je recommence

195  De rechef ?

                              DOUBLETTE

                                   Mais je vous emprie !

          Point ne feray la renchérie.

          Besongnez, je vous ayderay.

                              FAIRE

          Et touchant quoy47 ?

                              DOUBLETTE

                                                     J’acolleray.

          Mais houez ferme, entendez-vous ?

200  Renversez c’en dessus dessoubz

          La « terre ».

                              FAIRE

                                       Ne vous soucyez,

          Mais48 que trèsbien servye soyez :

          Je n’ay garde d’estre endormy.

          Acollez !

                              DOUBLETTE

                               Là, là, mon amy.

205  Je serre les « bourjons » ensemble.

                              RAOULLET  PLOYART               SCÈNE  V

          (Je n’y entens ne fa, ne my49 !)

                              FAIRE

          Acollez !

                              DOUBLETTE

                               Là, là, mon amy.

                              RAOULLET

          (Qu’esse-là, bon gré sainct Rémy ?

          Ce jeu pas trop beau ne me semble.)

                              FAIRE

210  Acollez !

                              DOUBLETTE

                                 Là, là, mon amy.

          Je serre les bourjons ensemble.

                              RAOULLET

          (Il n’y a remède. Je tremble

          De despit. Ha ! je suis mutin50.

          Toutesfois je vueil veoir la fin ;

215  Et si, en suis peu resjouy.)

                              FAIRE

          Voullez-vous que je tierce51 ?

                              DOUBLETTE

                                                                 Ouÿ,

          Tandis que vous estes en cours52.

                              FAIRE

          Acollez et serrez tousjours !

                              DOUBLETTE

          Si feray-je, n’ayez soucy.

                              RAOULLET

220  (Ha, ha ! quel laboureur vécy !

          Saincte vertu bieu, quel mignon !

          Quel maistre gallant ! Hon, hon, hon !

          Vient-il labourer à mon estre53 ?)

                              MAUSECRET

          Ma maistresse, vécy mon maistre !

                              FAIRE

225  Il me fault retirer à part.     Il s’en fuyt.

                              DOUBLETTE

          Despeschez-vous, R(a)oullet Ployart,

          Mon amy, mon plaisant dorlot :

          Acollez-moy !

                              RAOULLET

                                           Ne me dy mot !

                              DOUBLETTE

          Estes-vous courroucé à moy ?

                              RAOULLET

230  Voy-je pas bien ce que je voy ?

                              DOUBLETTE

          Et qu(e) avez-vous veu, Dieu mercy ?

                              RAOULLET

          Ung gallant qui se part d’icy,

          Qui besongnoit en mon ouvrage.

                              DOUBLETTE

          Je n’ay pas si lasche courage54

235  Que vous cuydez, R(a)oullet Ployart.

                              MAUSECRET

          Il s’est retiré à l’escart

          Si tost qu’il vous a veu, mon maistre.

                              DOUBLETTE

          Tay-toy, Mausecret !

                              MAUSECRET

                                                    Il peult estre

          Qu’il ne le faisoit pour nul mal ;

240  Car il est si trèscordial

          Qu’on ne vit onc de meilleur homme.

                              DOUBLETTE

          J’aymeroye plus cher estre à Romme

          Que vous avoir fait quelque tort.

                              MAUSECRET

          Ilz labouroient eulx deux, d’accord

245  Quant faire binet et tiercet55.

          Ma maistresse accolloit, serroit :

          C’estoit merveille que d’y estre !

                              RAOULLET

          Je donray le cas à congnoistre

          Au Prince des Sotz.

                              DOUBLETTE

                                                     Touchant quoy ?

                              RAOULLET

250  Ha ! j’auray vengeance de toy

          Tout maintenant ; je sçais ton cas.

                              MAUSECRET

          Le Prince des Sotz n’y est pas56.

                              RAOULLET

          Quelq’ung a, pour ce cas, commis.

                              LE  SEIGNEUR  DE  BALLETREU       SCÈNE  VI

          Qu’esse qu’il y a, mes amys ?

                             RAOULLET

255  Nous ne venons pas pour ung peu57.

                              MAUSECRET

          Ma foy, monseigneur58 de Balletreu,

          Ilz sont soubz vostre seigneurie.

                              LE  SEIGNEUR  DE  BALLETREU

          Dictes-moy qu’il y a, m’amye.

          Despeschéz serez à deux coups59.

                             DOUBLETTE

260  C’est mon mary qui est jaloux.

                             RAOULLET

          Par Dieu ! je n’ay pas tort de l’estre.

                              MAUSECRET

          El est bonne femme, mon maistre ;

          Et aussi, vous estes bon homme60

                              LE  SEIGNEUR  DE  BALLETREU

          Or çà, çà, que je saiche comme

265  Vostre discord est advenu !

                              RAOULLET

          Il est vray que je suis venu

          En ma vigne pour prouvigner ;

          Doublette y faisoit besongner

          Des autres. Ayez-y regard61.

                              LE  SEIGNEUR  [DE  BALLETREU]

270  Qu’en dictes-vous ?

                              DOUBLETTE

                                                   R(a)oullet Ployart

          Tousjours tence, riotte ou grongne,

          Et est si lasche à la besongne,

          Monseigneur de Balletreu, qu’il laisse

          Ma vigne en frische.

                              MAUSECRET

                                                      Ma maistresse

275  Dit vérité : il n’y sçait rien,

          Et les autres besongnent bien.

          Entendez-vous ? C’est pour empreu62 !

                              DOUBLETTE

          La seigneurie de Balletreu

          Entretiens au mieulx que je puis.

                              LE  SEIGNEUR  [DE  BALLETREU]

280  Quant à moy, d’oppinion suis,

          Puis que dictes qu’il est si lâche,

          Qu(e) y facez besongner en tasche63.

          Et si, le dis par jugement64.

                              RAOULLET

          Monseigneur de Balletreu, comment

285  L’entendez-vous ? Je luy prometz

          La labourer bien, désormais,

          Tant qu’il n’y aura que redire.

                              MAUSECRET

          El ayme mieulx faire que dire :

          Ne faictes pas donc, ma maistresse ?

                              DOUBLETTE

290  Ouÿ, par ma foy !

                              LE  SEIGNEUR  [DE  BALLETREU]

                                                C’est simplesse

          D’en débatre. Sans plus enquerre,

          Faictes labourer vostre terre

          Hardiment, car ce n’est que jeu.

                              DOUBLETTE

          Certes, monseigneur de Balletreu,

295  Je congnois qu(e) à vous suis subgecte65.

                              RAOULLET

          Monseigneur de Balletreu, j’en jecte66

          Ung appel !

                              LE  SEIGNEUR  [DE  BALLETREU]

                                            Il se videra67 :

          Et toutesfois on conclura

          Que les femmes, sans contredire,

300  Ayment trop mieulx Faire que Dire.

*

                   FINIS

                                                                     *

1 Chez Jehan Molinet, c’est souvent Collin Ploiart qui personnifie l’impuissance.   2 C’est-à-dire apprenti (vers 30) de Ployart, lequel doit être artisan plutôt que vigneron, puisqu’il n’a visiblement aucun don pour le labourage, et que la vigne appartient à sa femme. Beaucoup de maris s’occupaient de la vigne que leur épouse avait reçue en dot.   3 Poitrine polie. « Une gorge blanche et frazée. » Coquillart.   4 « On dit qu’une femme fait fort la renchérie quand elle est vaine & dédaigneuse. » Dictionnaire de Furetière. Idem au v. 196.   5 Un mauvais coup. Le nom de Doublette nous informe déjà qu’elle fait preuve de doubleté [duplicité] : « Mais la doublette affine les plus rouges [trompe les plus rusés]. » Molinet.   6 On prononçait « Roulet » ou « Rolet », comme dans Maistre Mymin qui va à la guerre (vers 192, 276, 316).   7 Je la pioche. « [Elle] veult que je soye heure et demye/ Sur elle, à houer comme en vigne. » La Résolution d’Amours.   8 Pour parler clairement.   9 Outil = verge. « Mais quant ce vint à l’embrocher,/ Son outil ne se pust dresser. » Sermon de l’Endouille.   10 On ne présente plus le double sens grivois de ce verbe : cf. le Dictionnaire érotique de Pierre Guiraud.   11 Équivoque graveleuse. « Bien foible [il] me semble/ Pour labourer à deux terres ensemble. » Marot.   12 Si on me laissait « coucher les provins » (vers 120), c’est-à-dire : aplatir les poils du pubis.   13 Est laissée à l’abandon. « Votre vigne est en friche,/ Petite Janeton./ Ne faites point la chiche :/ Prenez un vi… » Si tu voulois, Lisette.   14 Échalas = pieu, et pénis. « M’estimez-vous indigne/ De ficher mon échalas dans votre quarquié de vigne ? » La Comédie de chansons, III, 2.   15 Quelquefois. Mausecret [secret mal gardé] porte bien son nom, lui aussi : cf. les vers 236-247.   16 a : fouilleur  –  b : foulleur  (Elle cherche un homme qui lui « foulera la vendange », comme aux vers 62 et 69. Cf. le Roman de Renart : « Ge vous ai folé la vendenge. »)   17 Ici comme à 73, la vendange est le jus de la « grappe », autrement dit le sperme. Les jumelles sont les fesses : « [Elle] offrait à son œil lubrique deux jumelles dont Ganymède aurait été jaloux. » Mirabeau.   18 Le vagin. « Madelon Chiquet fait voir chez elle (rue TireBoudin) à toute heure de relevée un pressoir à vis [vits]. » Le Plat de Carnaval.   19 Geint.   20 Toit, porcherie.   21 Si on voulait la satisfaire.   22 Se douloir = être endolori (vers 26-27).   23 En jachère. Cf. André Tissier, Recueil de Farces, II, p. 263, n. 76.   24 Est réputée. Mais aussi : est en rut. Cf. Tissier, note 78.   25 Appétissantes ; ou gourmandes.   26 Ce dialogue occupe une autre partie de l’estrade.   27 Esprit. Mais aussi : pénis. « Un basteleur/ Fourny d’engin comme un mullet,/ Monstrant au loing son flageollet. » Cabinet satyrique.   28 Jeu de mots sur « je connais » et « je cognais » [je coïtais].   29 Pénis. « Ores ton bois, naguères s’eslevant,/ Est tout penchant du costé d’Occident. » Cabinet satyrique.   30 Gringore venait d’écrire dans le Jeu du Prince des Sotz : « C’est assez pour le vendengier./ Entendez-vous pas bien le terme ? »   31 Raoullet s’en va.   32 Il me tarde.   33 Trop bonne. Mais aussi : trop élargie… Cette tirade de Mausecret est d’une rare insolence.   34 Généreuse. Mais aussi : de mauvaise vie.   35 Besogner en tâche = Travailler à la pièce (et non à la journée). « Peintres et doreurs qui ont besongné en tasche. » Comptes des bâtiments du Roi. Même expression au v. 282.   36 Que je détache mon pourpoint.   37 Les poils du pubis. V. note 12.   38 Sans que vous ayez besoin d’aller chercher ailleurs.   39 Devant votre « bresche d’amour », comme l’appelle Guillaume Colletet. « Passant la main à la bresche, et n’y trouvant point de poil. » (Béroalde de Verville.)   40 Cependant, je vais voir si mon biberon sent les vents. [Je vais aérer mon pénis : je vais pisser.] Dans le Sermon joyeulx pour rire, les bouteilles sont les testicules : « Deulx bouteilles/ Qui sont pendues certainement/ Entre le cul et l’instrument. »   41 Une grande contrariété. « Tu me l’as ostée,/ Ma bourse ; j’en ay belle lettre ! » Farce du Savetier Calbain (BM 33).   42 C’est un plaisir. Mais n’oublions pas que le sucre désignait aussi le sperme : « Et mon pauvre vit barbouillé/ De sucre plus blanc que l’albastre. » Cabinet satyrique.   43 Marchez, allez-vous-en !   44 Un discoureur. C’est la différence entre ceux qui en parlent sans le faire, et ceux qui le font sans en parler : « J’ayme beaucoup mieulx vous le faire/ Trois fois que vous en dire un mot. » Farce de Naudet (BM 15).   45 Dire s’en va.   46 Il fait d’elle ce qu’il veut. « Ces phisiciens m’ont tué/ De ces broulliz qu’ilz m’ont fait boire ;/ Et toutesfois les fault-il croire :/ Ilz en œuvrent comme de cire. » Pathelin.   47 De quelle manière ? Mais on pourrait comprendre : Et en touchant quoi ? D’ailleurs, au vers 205, elle lui « serre les bourgeons » [les testicules, comparés ici à des excroissances duveteuses].   48 Pourvu.   49 Je n’y entends note : je n’y comprends rien. Raoullet assiste à la scène, mais on ne le remarquera qu’au vers 224.   50 Révolté. « Je suis mutin : pour un rien je me bats. » Les Matières du temps.   51 « Tiercer : Soumettre (la terre) à un troisième labour. » Godefroy.   52 En érection.   53 À mon aître, à mon domicile.   54 Un si faible cœur.   55 Un deuxième et un troisième labour.   56 Le Prince figurait dans le Jeu qui ouvrait le triptyque, mais il est déjà parti. (Gringore ne pouvait décemment compromettre le roi Louis XII dans cette pochade !) Il a laissé un de ses Sots pour rendre la Justice en son nom : Balletrou est en effet le seigneur du lieu (vers 257, 278, 295). Ce Balle-trou, sans rapport direct avec l’actuel trou de balle, désignait le phallus : « Ma seulle braguette espoussètera tous les hommes, et sainct Balletrou, qui dedans y repose, décrottera toutes les femmes. » Rabelais, Pantagruel 26.   57 Pour des broutilles. Les trois protagonistes ont rejoint Balletrou, qui trône de l’autre côté de la scène.   58 On prononçait « mon sieur », en 2 syllabes. Cf. le Testament Pathelin, v. 517.   59 Il prend d’emblée le parti de Doublette, et ne recule pas devant une galanterie.   60 Bonne poire.   61 Prenez cela en considération.   62 Et d’une ! (Cf. les Sotz ecclésiasticques, vers 164.) Mausecret, déçu de n’avoir pu profiter de Doublette, compte se venger en distillant plusieurs vacheries.   63 Note 35.   64 Il applique un des Nouveaulx Droitz de Guillaume Coquillart : « Ce Droit deffend à povre, à riche,/ De laisser par longues journées/ Povres femmelettes en friche/ Par faulte d’estre labourées. »   65 Je suis votre sujette, je dois vous obéir.   66 J’interjette.   67 Il sera jugé. Et les conclusions de cet appel servent de « morale » à la pièce.

LE MUNYER

Bibliothèque nationale de France

Bibliothèque nationale de France

*

LE  MUNYER

*

André (ou Andrieu) de La Vigne composa cette pièce scatologique pour servir d’intermède à son très édifiant Mystère de saint Martin1. (Saint Martin est le patron des meuniers.) La farce fut représentée à Seurre, en Bourgogne, le 9 octobre 1496. « Les meusniers, qui sont ordinairement larrons »2, avaient une réputation exécrable : on les accusait de vendre « paille pour grain » et « bran pour farine ».

Source : Ms. fr. 24332 de la Bibliothèque nationale de France, folios 241 recto à 254 verso.

Structure : abab/bcbc, aabaab/bbcbbc, aababb/ccdccd.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

*

Farce du Munyer

de qui le Deable emporte l’âme en Enffer

*

     [LE  MUNYER

     LA  FEMME

     LE CURÉ

     LUCIFFER

     SATHAN

     ASTAROTH

     PROSERPINE3

     BÉRITH]

*

                     LE MUNYER, couché en ung lit, comme malade4     SCÈNE  I

        Or suis-je en piteux desconfort

        Par maladie grièfve et dure ;

        Car espoir je n’ay de confort

        Au grant mal que mon cueur endure.

                       LA FEMME

5   Fault-il, pour ung peu de froidure,

        Tant de fatras mectre dessus ?

                       MUNYER

        J’ay moult grant peur, si le froit dure,

        Qu’aulcuns en seront trop déceux5.

        A ! les rains !

                       FEMME

                                      Sus, de par Dieu ! sus,

10  Que plus grant mal ne vous coppie6 !

                       MUNYER

        Femme, pour me mectre au-dessus,

        Baillez-moy…

                       FEMME

                                      Quoy ?

        MUNYER

                     La gourde pie7.

        Car Mort de si trèsprès m’espie

        Que je vaulx mains que trespassé.

        FEMME

15  Mais qu’ayez tousjours la roupie

        Au nez !

        MUNYER

            C’est bien compassé8 !

        Avant que j’aye au moins passé

        Le pas, pour Dieu, donnez-m’à boire !

        [………………………………… -passé.]

        A ! Dieu, le ventre !

         FEMME

                  Et voire, voire ;

20  J’ay ung trèsgracieux douaire

        De vostre corps, quant bien j(e) y pence !

         MUNIER

        Le cueur me fault9 !

         FEMME

                  Bien le doy croire.

         MUNYER

        Mort suis pour toute récompence,

        Se je ne refforme ma pence

25  De vendange délicieuse.

        Ne me plaignez poinct la despence,

        Femme ; soyez-moy gracieuse.

         FEMME

        Estre vous doybs malicieuse10

        À tout le moins ceste journée :

30  Car vie trop maulgracieuse

        M’avez en tous temps démenée.

         MUNYER

        Femme ne sçay de mère née

        Qui soit plus aise que vous estes.

         FEMME

        Je suis bien la malle assenée11,

35  Car nuyt ne jour, rien ne me faictes.

         MUNYER

        Aux jours ouvriers et jours de festes,

        Je foys tout ce que vous voulez.

        Et tant de petis tours…

         FEMME

                  Parfaictes12 !

         MUNYER

        [Ha ! ha !]13

         FEMME

               Dictes tout !

         MUNYER

                         Vous vollez,

40  Vous venez, et…

         FEMME

               Quoy ?

         MUNYER

                       Vous allez

        Puis chetz Gaultier, puys chetz Martin ;

        L’un gauldissez, l’autre gallez,

        Aultant de soir que de matin.

        Pencez que dens mon advertin14,

45  Les quinzes joyes15 n’en ay mye.

         FEMME

        L’avez-vous dit, villain mastin16 ?

        Vous en aurez !     Elle fait semblant de le batre.

         MUNYER

               Dictes, m’amye :

        Ou nom de la vierge Marie,

        Maintenant ne me batez poinct !17

         FEMME

50  Tenez, tenez !     Elle le bat.

         MUNYER

              Qui se marye

        Pour avoir ung tel contrepoinct ?

        Je ne sçay robe ne pourpoint

        Qui tantost n’en fust descousu.     Il pleure.

          FEMME

        Cella vous vient trop bien à poinct18.

          MUNYER

55  A ! c’est le bon temps qu’avez heu,

        Et le bien.

          FEMME

            Commant ?

          MUNYER

                      Ho ! Jhésu !

        Que gaignez-vous à me férir19 ?

          FEMME

        (Il en est taillé et cousu20.)

          MUNYER

        Vous me voulez faire mourir ?

60  Mais se je puis ung coup guérir,

        Mort bieu ! je [vous] fe…

          FEMME

                     Vous grongnez ?

        Encore faictes ?

          MUNYER

               Requérir,

        Mains joinctes, vous veulx.

          FEMME

                    Empoignez    (Elle frappe)

        Ceste prune !

          MUNYER

              Or besongnez,

65  Puis que vous l’avez entrepris.

          FEMME

        Par la croix bieu ! si vous fongnez21

          MUNYER

        A ! povre munyer, tu es pris,

        Et trop à tes despens repris.

        Que bon gré sainct Pierre de Romme…

          FEMME

70  Vous m’avez le mestier appris

        À mes despens, Mais[tre].22

          MUNYER                   

                       En somme,

        De grant despit vécy ung homme

        Mort, pour toute solucion.

          FEMME

        Je n’en donne pas une pomme23.

          MUNYER

75  En l’onneur de la Passion,

        Je demande confession,

        Pour mourir catholiquement.

          FEMME

        Mais plus tost la potacion24,

        Tandis qu’avez bon santement25.

          MUNYER

80  Vous vous mocquez, par mon serment !

        Quant mes douleurs seront estainctes26,

        Se par vous vois à dampnement,

        À Dieu je feray mes complainctes.

          LE CURÉ                          SCÈNE II

        Il y a des sepmaynes maintes

85  Que je ne vis nostre munyère.

        Pour ce, je m’en vois aux actaintes27

        La trouver.

          MUNYER                         SCÈNE III

             [De mal] coustumyère28,

        À ceste extrémyté dernyère,

        Estes trop.

          FEMME

             Qu’esse que tu dis ?

          MUNYER

90  Je conteray vostre manyère,

        Mais que je soye en Paradis.

        Avoir tous les membres roidis,

        Estre gisant sur une couche,

        Et batre ung homme ! Je mauldis     (Il pleure)

95  L’eure que jamais, bonne bouche29

          FEMME

        Fault-il qu’encore je vous touche ?

        Qu’esse-cy ? Faictes-vous la beste ?

          MUNYER

        Laissez-m’en pay ! Trop fine mouche

        Estes pour moy.

          FEMME

               Ho ! qui barbecte30 ?

100  Qui gronde ? qui ? Qu’esse-cy ? qu’esse ?

        Commant ! serai-ge poinct maistresse ?

        Que mèshuy plus ung mot je n’oye !

          LE CURÉ                          SCÈNE IV

        Madame, Dieu vous doinct lyesse,

        Et planté d’escus vous envoye !

          FEMME

105  Bien venu soyez-vous ! J’avoye

        Vouloir de vous aller quérir,

        Et maintenant partir debvoye.

          CURÉ

        Pour quoy ?

          FEMME

              Pour ce que mourir

        Veult mon mary, dont j’en ay joye.

          CURÉ

110  Il fauldra bien qu’on se resjoye,

        S’ainsi est.

          FEMME

            Chose toute seure.

        À son cas fault que l’on pourvoye

        Sagement, sans longue demeure.

          MUNYER

        Hellas ! et fault-il que je meure

115  (Hon, hon, hon31) ainsi meschamment ?     Il pleure.

          FEMME

        Jamais il ne vivra une heure ;

        Regardez.

          CURÉ32

           A ! par mon serment,

        Est-il vray. À Dieu vous commant,

        Munyer ! Baa, il est despesché.

          FEMME

120  Curé, nous vivrons gayement,

        S’il peult estre en terre couché33.

          CURÉ

        Trop long temps vous a empesché.

          FEMME

        Je n’y eusse peu contredire.

          MUNYER

        Que mauldit de Dieu (sans péché,

125  Touteffois, le puissé-je dire)

        Soit la pu…34

          FEMME

              Qu’esse-cy à dire ?

        Convient-il qu’à vous je revoise ?

          CURÉ

        Gauldir fauldra !

          FEMME

                Chanter35 !

          CURÉ

                        Et rire !

          FEMME

        Vous me verrez bonne galloise36.

          CURÉ

130  Et moy gallois.

          FEMME

              Sans bruyt37.

          CURÉ

                        Sans noyse.

          FEMME

        Des tours ferons ung million.

          CURÉ

        De nuyt et de jours.

          MUNYER

                 Quel(z) bourgeoise !

        T(u) en es bien, povre munyer !

          FEMME

                        Hon ?

          MUNYER

        Robin a trouvé Marion ;

135  Marion tousjours Robin treuve.     [Il chante :]

        Hellas ! pour quoy se marye-on ?38

          FEMME

        Je feray faire robe neufve,

        Si la Mort ung petit s’espreuve39

        À le me mectre [à une]40 part.

          CURÉ

140  Garde n’a que de là se meuve,

        Ne que plus en face départ,

        M’amye.     Il l’embrace.

          MUNYER

          Le deable y ait part

        À l’amytié, tant ell’ est grande !

        A ! En faict-on ainsi ?

          FEMME

                   Paix, coquart !

          CURÉ

145  Ung doulx baiser je vous demande.     Il l’embras[s]e.

          MUNYER

        Orde vielle putain ! truande !

        En faictes-vous ainsi ? Non mye,

        Vécy pour moy trop grant esclandre !

        Par le sainct sang…

                 Il fait semblant de se lever, et la fe[mme]

                vient à luy et fait semblant de le batre.

          FEMME

                  Quoy ?

          MUNYER

                         Rien, m’amye.

          FEMME

150  Hoon !

          MUNYER

           C’est le cueur qui me frémye41

        Dedens le corps, et me fait braire

        Il a plus d’une heure et demye.

          CURÉ

        Mais commant vous le faictes taire !

          FEMME

        S’il dit rien qui me soit contraire,

155  Causer le fois à mon devis.

          CURÉ

        Vous avez povoir voluntaire

        Dessus luy, selon mon advis.

          MUNYER

        Congé me fault prandre des vifz,

        Et m’en aller aux trespasséz

160  De bon cueur, et non pas envis42,

        Puis que mes beaux jours sont passéz…

           CURÉ

        Avez-vous rien43 ?

           FEMME

                Assez, assez,

        De cella ne fault faire doubte.

           MUNYER

        Qu’esse que tant vous rabassez44 ?

           FEMME

165  Je cuyde, moy, que tu radoubte45.

           MUNYER

        Vous semble-il que je n’oy goucte ?

        Si fois, dea ! Qui est ce gallant ?

        Il vous guérira de la goucte,

        Bien le sçay.

           FEMME

             C’est vostre parent,

170  À qui vostre mal apparent

        A esté par moy figuré.

           MUNYER

        Ce lignaige est trop différant.

           FEMME

        Par Dieu ! non est.

           MUNIER

                 C’est bien juré !

        Commant deable nostre curé

175  Est-il de nostre parentaige ?

           FEMME

        Quel curé ?

           MUNIER

              C’est bien procuré46 !

           FEMME

        Par mon âme !

           MUNIER

               Vous dictes raige !

           FEMME

        [Hé ! hé !]47

           MUNIER

             Ho ! [ho !]

           FEMME

                      Tant de langaige !

        C’est il, à payne d’un escu48.

           MUNYER

180  Sainct Jehan ! s’il est de mon lignaige,

        C’est du cartier devers le cu.

        Je sçay bien que je suis coquu49.

        Mais quoy ? Dieu me doint pascience !

           FEMME

        A ! paillart, esse bien vescu

185  De dire ainsi ? Ma conscience !

        Vous verrez vostre grant science,

        Car je le vois faire venir.     Elle vient au curé.

           CURÉ

        Qu’i a-il ? Quoy ?

           FEMME

                  Faictes scilence.

        Pour mieulx à noz fins parvenir,

190  Bonne myne vous fault tenir,

        Quant serez devant mon villain ;

        Et veillez tousjours maintenir

        Qu’estes son grant cousin germain.

        Entendez-vous ?

           CURÉ

                Oÿ.

           FEMME

                     La main

195  Luy mectrez dessus la poitryne,

        En luy affermant que demain

        Le doibt venir voir sa cousine ;

        Et advienra quelque voisine

        Pour luy donner alégement.

200  Mais il vous fault légyèrement50

        De ceste robe revestir

        Et ce chappeau.

           CURÉ

               Par mon serment !

        Pour faire nostre effect sortir,

        Si vous ne voyez bien mentir,

205  Je suis contant que l’on me pende

        Sans plus de ce cas m’advertir.

           MUNYER

        […………………………………. -ande.]

        A ! très orde vielle truande,

        Vous me baillez du cambouys51.

        Mais quoy ! vous en pairez l’amende,

210  Se jamais de santé joÿs.

        Qu’esse-cy ? Dea ! je m’esbaÿs :

        Qui deable la tient ? Somme toute,

        J’en despescheré52 le pays,

        Par le sang bieu, quoy qu’il me couste53 !

           CURÉ

215  Que faictes-vous là ?

           FEMME

                  [Paix !] j’escoute54

        La complainte de mon badin.

           CURÉ

        (Il fault qu’en bon train on le boute.)55

        Dieu vous doinct bon jour, mon cousin !

           MUNYER

        Il suffit bien d’estre voisin56

220  Sans estre de si grant lignaige.

           FEMME

        Regardez ce grox Lymosin57

        Qui a tousjours son hault couraige !

        Parlez à vostre parentaige,

        S’il vous plaist, en luy faisant feste.

           CURÉ

225  Mon cousin, quelle est votre raige58 ?

           MUNYER

        Haÿ ! vous me rompez la teste.

           FEMME

        Par mon serment ! c’est une beste :

        Ne pencez poinct à ce qu’il dit,

        Je vous en prie.

           MUNYER

              Celle requeste

230  Aura devers luy bon crédit.

           CURÉ

        Vous ai-ge meffait ne mesdit,

        Mon cousin ? Dont nous vient cecy ?

           FEMME

        Sus, sus ! que de Dieu soit mauldit

        Le villain ! Et ! parlez icy.

           MUNYER

235  Laissez-m’en paix !

           FEMME

                 Est-il ainsi ?

        Voire, ne parlerez-vous point ?

           MUNIER

        J’ay de dueil59 le corps tout transsi.

           CURÉ

        Par ma foy ! je n’en doubte poinct.

        Où esse que le mal vous poinct ?

240  Parlez à moy, je vous emprie.

           MUNYER

        Las ! mectez-moy la teste appoinct60,

        Car la Mort de trop près m’espie.

           FEMME

        Parlez à Régnault Croque-pie,

        Vostre cousin, qui vous vient voir.61

           MUNIER

245  Croque-pie ?

           FEMME

               Oÿ, pour voir62 !

        Pour faire vers vous son debvoir,

        Il est venu légièrement.

           MUNYER

   Se n’est-il pas.

           FEMME

              Si est, vrayment !

           MUNIER

        Ha ! mon cousin, par mon serment,

250  Humblement mercy vous demande

        De bon cueur.

           CURÉ

               Et puis commant63,

        Mon cousin, dictes-moy, s’amende

        Vostre douleur ?

           MUNIER

                Ell’ est si grande

        Que je ne sçay commant je dure.

           CURÉ

255  Pour sçavoir qui se recommande

        À vous, mon cousin, je vous jure

        Ma foy (dea, poinct ne me parjure)

        Que c’est Biétris vostre cousine,

        Ma femme Jehenne Turelure64,

260  Et Mélot65 sa bonne voisine,

        Qui ont pris du chemin saisine

        Pour vous venir réconforter.

           MUNIER

        Loué soit la grâce divine !

        Cousin, je ne me puis porter66.

           CURÉ

265  Il vous fault ung peu déporter,

        Et pencer de faire grant chière.

           MUNIER

        Je ne me puis plus comporter,

        Tant est ma malladie chière67.

        Femme, sans faire la renchière68,

270  Mectez acoup la table icy

        Et luy apportez une chière69 :

        Si se serra.

           CURÉ

            A ! grant mercy,

        Mon cousin, je suis bien ainsi ;

        Et si, ne veulx menger ne boire.

           MUNYER

275  J’ay si trèsgrant douleur par cy !

           CURÉ

        A ! cousin, il est bien à croire.

        Mais s’il plaist au doulx Roy de gloire70,

        Tantost recouvrerez santé.

           FEMME

        Je vois quérir du vin.

           MUNIER

                  Voir(e), voire.

280  Et apportez quelque pasté.

           FEMME

        Oncques de tel ne fut tasté71.

        Séez-vous.

           MUNYER

            Cousin, prenez place.

           FEMME

        Vécy pain et vin à planté72.

        Vous serrez-vous ?

           CURÉ

                 Sauf vostre grâce !

           MUNYER

285  Fault-il que tant de myne on face ?

        Par le sang bieu ! c’est bien juré :

        Vous vous serrez !

           CURÉ

                 Sans plus d’espace73,

         Que vous ne soyez parjuré.

           MUNYER

        A ! si c’estoit nostre curé,

290  Pas tant je ne l’en prieroye !

           CURÉ

        Et pour quoy ?

           MUNIER

               Il m’a procuré

        Aulcun cas que je vous diroye

        Voluntiers ; mais je n’oseroye,

        De peur.

           CURÉ

           Dictes hardi[e]ment !

           MUNIER

295  Non feray, car batu seroye.

           CURÉ

        Rien n’en diray, par mon serment !

           MUNIER

        Or bien donc, vous sçavez commant

        Ces prestres sont adventureux ;

        Et nostre curé, mesmement,

300  Est fort de ma femme amoureux.

        De quoy j’ay le cueur douloureux

        Et remply de proplexité74 :

        Car coquu je suis, maleureux,

        Bien le sçay.

           CURÉ

             Bénédicité !

           MUNIER

305  Le poinct de mon adversité

        Gist illec75, sans nul contredit.

        Gardez qu’il ne soit récité.

           CURÉ

        Jamais, [jamais] !

           FEMME

                 Qu’esse qu’il dit ?

        Je suis certayne qu’il mesdit

310  De moy ou d’aulcun myen amy,

        [Ce ……………………… mauldit.]

        Ne fait pas ?

           MUNIER

              Non, par sainct Rémy !

           CURÉ

        Il me disoit qu’il n’a dormy

        Depuis quatre ou cinq jours en çà,

        Et qu’il n’a si grox c’un fremy76

315  Le cueur ne les boyaulx.

           FEMME

                    Or çà !

        Beuvez delà, menge[z] deçà,

        Mon cousin, sans plus de langaige.

           LUCIFFER                        SCÈNE V

        Haro ! deables d’Enffer ! J’enraige,

        Je meurs de dueil, je pers le sens ;

320  J’ay laissé puissance et couraige

        Pour la grant douleur que je sens.

           SATHAN

        Nous sommes bien mil et cinq cens77

        Devant toy (que nous veulx-tu dire ?),

        Fiers, fors, félons, deables puissans

325  Pour tout le monde à mal induyre78.

           LUCIFFER

        Coquin[s], paillars, il vous fault duyre79

        D’aller tout fouldroyer sur terre,

        Et de mal faire vous déduyre ?

        Que la sanglante Mort vous serre !

330  S’il convient que je me defferre80

        De ceste gouffrineuse lice81,

        Je vous mectray, sans plus enquerre,

        En ung ténébreux maleffice !

           ASTAROTH

        Chacun de nous a son office82,

335  En Enffer : que veulx-tu qu’on face ?

           PROSERPINE

        De faire nouvel édiffice

        Tu n’as pas maintenant espace83.

           ASTAROTH

        Je me contente.

           SATHAN

               Et je me passe

        De demander une aultre charge.

           ASTAROTH

340  Je joue icy de passe-passe

        Pour mieulx faire mon tripotaige.

           BÉRITH

        Luciffer : à peu de langaige,

        En Enffer, je ne sçay que faire ;

        Car je n’ay office ne gaige

345  Pour ma volunté bien parfaire.

           LUCIFFER

        Qu’on te puisse au gibet deffaire,

        Filz de putain ort et immunde !

        Doncques, pour ton estat reffaire,

        Il te fault aller par le monde,

350  À celle fin que tu confonde

        Bauldement84 ou à l’aventure

        Dedens nostre habisme parfonde85

        L’âme d’aulcune créature.

           BÉRITH

        Puis qu’il fault que ce mal procure,

355  Dy-moy doncques légièrement

        Par où l’âme faict ouverture,

        Quant elle sort premièrement.

           LUCIFFER

        Elle sort par le fondement86 ;

        Ne faiz le guet qu’au trou du cu.

           BÉRITH

360  Ha ! j’en auray subtillement

        Ung millier pour moins d’un escu.

        Je m’y en voys.     Il s’en va.

           MUNIER                         SCÈNE VI

              D’avoir vescu

        Si long temps en vexacion,

        De la Mort est mon corps vaincu.

365  Pour toute résolucion,

        Doncques, sans grant dilacion,

        Allez-moy le prestre quérir,

        Qui me donrra confession,

        S’il luy plaist, avant que mourir.

           CURÉ

370  Or me dictes : fault-il courir,

        Ou se j’yray87 tout bellement ?

           MUNIER

        S’il ne me vient tost secourir,

        Je suis en ung piteux tourment.

           Il se va desvestir, et revestir en curé.

           BÉRITH                         SCÈNE VII

        (Vellà mon faict entièrement.

375  Munyer, je vous voys soulager.

        L’âme en auray soubdaynement,

        Avant que d’icy me bouger.

        Or me fault-il, pour abréger,

        Soubz son lit ma place comprandre88 :

380  Quant l’âme vouldra desloger,

        En mon sac je la pourray prandre.)

            Il se musse soubz le lit du munier, atout son sac.

            CURÉ                         SCÈNE VIII

        Commant dea ! je ne puis entendre

        Vostre cas, munyer : qu’esse-cy ?

            MUNIER

        À la mort me convient estandre.

385  Avant que je parte d’icy,

        Pourtant, je crie à Dieu mercy,

        Devant que le dur pas passer.

        Sur ce poinct, mectez-vous icy,

        Et me veillez tost confesser.

            CURÉ

390  Dictes.

            MUNIER

          Vous devez commancer,

        Me disant mon cas en substance89.

            CURÉ

        Et ! commant ? Je ne puis pencer90

        L’effect de vostre conscience.

            MUNIER

        A ! curé, je pers pascience.

            CURÉ

395  Commancez tousjours, ne vous chaille ;

        Et ayez en Dieu confience.

            MUNIER

        Or çà donques, vaille que vaille,

        Quoy qu’à la mort fort je travaille,

        Mon cas vous sera relaté.

400  Jamais je ne fus en bataille ;

        Mais pour boire en une boutaille,

        J’ay tousjours le mestier hanté.

        Aussi (fust d’iver, fust d’esté),

        J’ay bons champions91 fréquenté,

405  Et gourmetz de fine vinée ;

        Tant que, rabatu et conté92,

        Quelque chose qu’il m’ait costé,

        J’ay bien ma face enluminée.

        Apprès, tout le long de l’année,

410  J’ay ma volunté ordonnée

        (Comme sçavez) à mon moulin93,

        Où, plus que nul de mère née,

        J’ay souvant la trousse94 donnée

        À Gaultier, Guillaume ou Colin.

415  Et en sacs de chanvre ou de lin,

        De bléd valent plus d’un carlin95,

        Pour la doubte des adventures96,

        Atout ung petit picotin97,

        Je pris de soir et de matin

420  Tousjours d’un sac doubles moustures98.

        De cela fis mes nourritures,

        Et rabatis mes grans coustures99

        Quoy qu’il soit, faisant bonne myne,

        Somme, de toutes créatures.

425  Pour surporter100 mes forfaictures,

        Tout m’estoit bon, bran101 et faryne.

            CURÉ

        Celuy qui ès haulx [cieulx] domine

        Et qui les mondains enlumyne102

        Vous en doint pardon par sa grâce !

            MUNIER

430  Mon ventre trop se détermine.

        Hellas ! je ne sçay que je face.

        Ostez-vous !

            CURÉ

              A ! sauf vostre grâce.

            MUNIER

        Ostez-vous, car je me conchye !

            CURÉ

        Par sainct Jehan ! sire, preu vo[us] face103 !

435  Fy [fy]104 !

            MUNIER

             C’est merde reffreschie.

        Apportez tost une bréchie105

        Ou une casse106, sans plus braire,

        Pour faire ce qu’est neccessaire.

        Las ! à la mort je suis eslit107.

            FEMME

440  Pencez, si vous voulez, de traire

        (Pour mieulx prandre vostre délit108)

        Vostre cul audehors du lit :

        Par là s’en peult vostre âme aller.

            MUNIER

        Hellas ! regardez si voller

445  La verrez poinct par l’er du temps.

            Il mect le cul dehors du lict. Et le deable tend son sac,

         cepend[ant] qu’il chie dedans, puis s’en va cryant et hurlant.

            BÉRITH                        SCÈNE IX

        J’ay beau gauldir109, j’ay beau galler !

        Roy Luciffer, à moy entens !

        J’en ay fait de si maulxcontens110,

        Que proye nouvelle j’apporte.

            LUCIFFER

450  Actens, ung bien petit111 actens !

        Je te voys faire ouvrir la porte.

        Deables d’Enffer, sus ! Qu’on luy porte

        Une chauldière112 en ce lieu-cy !

        Et saichez comme se comporte

455  Le butin qu’il admayne icy.

            Ilz luy apportent une chauldière ; puis il vuyde

             son sac, qui est plain de bran mou[i]llé.

            SATHAN

   Qu’esse-là ?

            PROSERPINE

              Que deable esse-cy ?

        Se semble merde toute pure.

            LUCIFFER

        C’est mon113 : je la sens bien d’icy.

        Fy fy, ostez-moy celle ordure !

            BÉRITH

460  D’un munier remply de froidure,

        Voy-en cy l’âme toute entière,

        [……………………………… dure.]

            LUCIFFER

        D’un munyer ?

            SATHAN

               Fy ! quelle matière !

            LUCIFFER

        Par où la prins-tu ?

            BÉRITH

                  Par-derrière,

        Voyant le cu au descouvert.

            LUCIFFER

465  Or, qu’il n’y ait coing ne carrière

        D’Enffer que tout ne soit ouvert !

        Ung tour nous a baillé trop vert.

        Brou ! je suis tout enpuanti.

        Tu as mal ton cas recouvert114.

           SATHAN

470  Oncques tel(z) chose ne senty.

           LUCIFFER

        Sus ! acoup qu’il soit assorty,

        Et batu trèsvillaynement !

           SATHAN

        Je luy feray maulvais party.     Ilz le batent.

           BÉRITH

        À la mort !

           LUCIFFER

              Frappez hardiment !

           BÉRITH

475  À deux genoulx, trèshumblement,

        Luciffer, je te cry mercy,

        Te promectant certaynement

        (Puis que congnoys mon cas ainsi)

        Que jamais n’apporteray cy

480  Âme de munyer ne munyère.

           LUCIFFER

        Or te souviengne de cecy,

        Puis que tu as grâce planyère.

        Et garde d’y tourner arrière

        D’aultant que tu ayme ta vie.

485  Aussi, devant ne de costière115,

        Sur payne de haynne assouvye116,

        Deffens que nulluy117, par envie,

        Désormais l’âme ne procure

        De munyer estre icy ravie :

490  Car ce n’est que bran et ordure.

*

1 Publié par André Duplat. Droz, 1979. Ce spectacle de quatre jours s’acheva sur une autre farce du même auteur, l’Aveugle et le Boiteux. (André Tissier, Recueil de farces, XI. Droz, 1997.)   2 Rabelais, Tiers Livre, 2.   3 Avant d’être récupérée par le folklore catholique, Proserpine était l’épouse de Pluton, dieu des enfers. La nôtre fut jouée par messire Ponsot. Les cinq diables et le décor infernal font partie du Mystère.   4 Faisant semblant d’être malade. Les didascalies furent ajoutées dans la marge à l’intention exclusive des acteurs.   5 Déçus, trompés.   6 Frappe.   7 Le bon vin (argot). « Pier [boire] de la plus gourde pie. » (Coquillart, Monologue des perrucques.) Nous aurons un Croque-pie à 243.   8 Disposé.   9 Me manque (verbe faillir).   10 Méchante.   11 Mal mariée. Cf. Trote-menu et Mirre-loret, vers 40.   12 Finissez votre phrase !   13 Ms : Haaa   14 Ma fureur.   15 Les quinze Joyes de Nostre-Dame est une bluette virginale. Elle sera transformée en satire misogyne dans Les quinze Joyes de Mariage.   16 Sale chien. Mais « vilain » [paysan], qui revient à 191 et 234, n’est pas un hasard : notre farce s’inspire d’un fabliau de Rutebeuf, le Pet au Vilain.   17 Ms ajoute dessous : Malade suis   18 Vous pleurez en temps utile.   19 Frapper.   20 Réduit au silence. « – Je vis sans soing et sans soulcy/ Malgré vous, Science, ma dame…./ – Tu en es cousu et taillé. » Science et Asnerye (LV 50).   21 Grognez.   22 « Il a tant appris d’un tel maistre/ Le mestier de fourbe et de traistre. » La Miliade.   23 Pas plus cher qu’une pomme. « Qu’el ne prise pas une pomme. » Roman de la Rose.   24 Beuverie.   25 Sentiment, conscience.   26 Quand je serai mort.   27 À l’improviste.   28 « Souvent repris,/ Et de mal coustumier. » Proverbe au Vilain.   29 Obéissant au mors. « Ceus qui ont la bouche bonne, c’est-à-dire qui ne sont endurcis en leurs folies. » Dampmartin.   30 Grommelle. Rupture du schéma des rimes (il manque un vers en -ette, un en -esse et un en -ette). Même licence après 108, 199, 317 et 443. Mais la farce fut écrite en quelques jours.   31 Représentation sonore des pleurs, comme au v. 184 des Sotz triumphans.   32 Jusqu’au v. 217, il reste à l’entrée avec la femme. Le meunier, couché, ne peut pas les voir ; mais il entend certaines de leurs paroles et leurs baisers bruyants.   33 Ms : perche   34 Le meunier terminera son mot au vers 146.   35 Ms : chantez   36 Jouisseuse.   37 Sans publicité. Les « prêtresses », concubines des curés, restaient discrètes pour ne pas être victimes d’un charivari de la part des jeunes gens du village.   38 Début d’une chanson citée dans la farce de Marchebeau (LV 68). Le Jeu de Robin et Marion est d’Adam de la Halle.   39 S’évertue un peu.   40 Ms : dune  (À une part = à l’écart : « Et metre à une part les muebles. » Continuation de Guillaume de Tyr.)   41 Vu les problèmes intestinaux du meunier, cette expression peut renfermer le même sens scatologique que dans Maistre Mymin qui va à la guerre, v. 313, note 60.   42 Malgré moi.   43 Avez-vous de l’argent ? Cf. le vers 104.   44 Rabâchez.   45 Tu radotes.   46 Plaidé.   47 Ms : Hee   48 C’est votre parent, je suis prête à parier un écu.   49 « – C’est vostre cousin,/ Bien prochain de vostre lygnage./ – Et, vertu bieu ! quel cousinage !/ C’est donc lignage de cul./ Cousin, me faictes-vous coqu ? » Le Poulier à quatre personnages (LV 45).   50 Rapidement.   51 Vous essayez de me duper.   52 Débarrasserai.   53 Ms : gouste   54 « – S’en est-il alé ? – Paix ! j’escoute/ Ne sçay quoy qu’il va flageolant. » Farce de Pathelin.   55 Le curé entre dans la chambre.   56 Même vers dans Pernet qui va au vin (BM 12), où la femme fait passer son amant pour le cousin du mari, comme ici.   57 Ce rustre (cf. le villain de la note 16). « Tousjours quelque besongne entame,/ Dont ne peult ce gros Lymosin/ Sortir qu’à sa honte et diffame. » Marot.   58 Où avez-vous mal ? Il appuie sa main sur le front du malade.   59 De douleur.   60 Arrangez mon oreiller.   61 Il paraît manquer un vers en -pie, de même qu’un vers en -voir après 247. Croquepie [boit vin] est un personnage des Vigilles Triboullet (T 11), une sottie qui montre aussi un mourant alcoolique.   62 Oui, vraiment.   63 Ms : commande   64 Pourquoi la femme de Croque-pie n’a-t-elle pas le même nom que son mari ? La turelure [cornemuse] pourrait bien être l’origine de la turlute [fellation] : l’homosexuel Cambacérès aura pour sobriquet « tante Turlurette ». Au XVe s., Jennin Turelurette et Robin Turlure étaient des noms de cocus.   65 Prénom féminin : « Je te prie, Mélot m’amie,/ Aime-moy à fond. » L’autrier, jà piéçà.   66 Je me porte très mal.   67 Pénible.   68 La renchérie, la difficile.   69 Chaire, chaise.   70 À Dieu.   71 Goûté : « Le pasté/ De quoy je n’ay oncques tasté. » Farce des III nouveaulx martirs (F 40). On trouve les mêmes rimes dans la Farce du Pasté (F 19).   72 En quantité.   73 De retard.   74 Perplexité. « Tant suis en grant proplexité. » La Vigne, Mystère de St Martin.   75 La cause de mon malheur se trouve là.   76 Qu’une fourmi : « Le cueur n’ay si grox c’un fremy. » La Vigne, Mystère de St Martin.   77 Il englobe le public parmi les démons.   78 Ms : produyre   79 Il faut que je vous enseigne…?   80 Que je brise mes fers. D’après l’Apocalypse, Lucifer a été enchaîné dans un gouffre. Il s’en plaint au v. 5451 du Mystère de St Martin : « J’enraige, maulgré Dieu, du lyen ! »   81 De ce caverneux enclos : « Puyts infernal, dampné gouffrineux roc. » (La Vigne, Mystère de St Martin.) La lice est également le filet du diable : « C’est li Maufé [le diable] qui là nous maine,/ Qui tant nous fait plongier ès vices/ Qu’il nous enclot dedanz ses lices. » (Bestiaire divin.)   82 A déjà une charge.   83 Le temps.   84 Franchement.   85 Notre abîme profond.   86 « Ainsi leur sort l’âme par le cul. » Rabelais, Quart Livre, 43.   87 Ms : jey ray   88 Prendre.   89 Le meunier est si peu pratiquant qu’il ignore tout de la confession. Même cas de figure (avec un autre mourant alcoolique) dans le Testament Pathelin, vers 325-332.   90 Deviner.   91 Buveurs. « Quel vray champion de taverne ! » Sermon joyeux de bien boire.   92 Au bout du compte.   93 Vin et moulin sont réunis dans un dicton bourguignon, sous l’égide de St Martin : « À la Saint-Martin, bois ton vin/ Et laisse l’eau courre au moulin. »   94 Un croc-en-jambe, une tromperie.   95 De blé valant plus d’une pièce d’argent.   96 Par crainte des vicissitudes.   97 Avec une dosette.   98 Il utilise au sens propre l’expression : Prendre d’un sac deux moutures [double profit].   99 Rabattre la couture = battre quelqu’un. (Littré.)   100 Favoriser.   101 Le bran désigne la partie du son la plus grossière ; mais c’est aussi la merde, comme on le verra plus loin.   102 Qui éclaire les terriens.   103 Que cela vous fasse bon profit !   104 Le redoublement du fy permet de combler la mesure, et de faire un jeu de mots sur « maistre fy-fy », le surnom des vidangeurs, qu’on invoquait en présence d’excréments : « Maistre Fyfy, je croy que j’ay/ Le cul aussy foireux qu’ung geay. » (Jehan Molinet, Mistère de saint Quentin.) Même jeu de mots v. 459.   105 Cruche.   106 Bassin de métal.   107 Admis.   108 Vos aises.   109 J’ai des raisons de me réjouir.   110 J’ai causé tant de mécontentement (au meunier).   111 Un petit peu.   112 Un chaudron pour faire bouillir l’âme.   113 C’est mon avis.   114 Recouvré, rattrapé.   115 Devant ou de côté : d’une manière ou d’une autre.   116 Le copiste a d’abord écrit (puis biffé) : perdre la vie   117 Nul, personne.

CONS SENSUELS

Gratien Du Pont

Gratien Du Pont

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CONS  SENSUELS

*

Les Grands Rhétoriqueurs et leurs disciples ne reculaient jamais devant un jeu de mots, fût-il obscène. Voici quelques exercices de virtuosité dont les rimes sont constituées d’équivoques sur le mot « con », qui désignait le sexe de la femme.

Si tant d’hommes ne pouvaient « con sentir » (Molinet) et ne voulaient plus être « con tenant » (Lasphrise), c’est que le « con fort » (Collerye) n’était souvent qu’un « flac con » (Rabelais, Tabourot). Dès lors, ceux que le « con tente » (Parnasse satyrique) finissent toujours par le « con battre » (Triumphe de haulte et puissante Dame Vérolle, Franc-archier de Cherré, Sermon joyeux des barbes et des brayes, ou de Saint Velu, lequel est un « con fesseur » de « cons nus »). Étienne Tabourot soupirait : « Compromis, qu’est-ce autre chose qu’une fille qui est fiancée ? Controuvé, c’est de ces putains qui suyvent le hazard, et qui se présentent en un chemin. Consommé, c’est une bonne galoise, ou galeuse [syphilitique], qui est sommée de venir à certaine heure. » Ce grand maître de l’équivoque l’affirmait de source sûre : « Mes dames, on a faict vos maris coquus ; et qui ? Vos cons !0 » Alors, équivoquons… Voici les cons promis¹.

*

Tabourot : Ainsi con se trouve

Tabourot : Ainsi con se trouve.

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Quatre  cens  quarante-deux  bourdons 2  par  équivoques

Gratien  Du  Pont,  seigneur  de  Drusac 

(†  avant  1545)

*

        Sotz ébétéz mettans au con fiance :

        Las ! vous avez maulvaise confiance.

        À telle beste ne vous fault confier ;

        Ne vous veuillez jamais en con fier !

        Il est bien fol, celluy qui s’y confie.

        Ung homme saige ne se point en con fie.

        Que mauldict soit qui s’y confiera,

        Et qui son corps en nul con fiera !

        Maintz-ungs3, jadiz, se tant au con fièrent

10     Qu’ilz en mauldis[s]ent que tant s’y confièrent.

        Maintz de grandz gens se sont en con fiéz

        Qu’ilz en sont mortz pour s’y estre confiéz.

        Qui corps ou biens en nul con fieront,

        À rien que vaille ne se confieront.

        Seigneurs, qui tant noz corps en con fions :

        Dorénavant, ne nous y confions.

        C’est belle chose que de s’en contenir.

        Peu ne se charge qu(i) entreprend con tenir !

        Bien eureulx est celluy qui s’en contient,

20     Et malheureulx celluy-là qui con tient.

        Vous informer pouvez du contenu

        Avecques cil lequel4 a con tenu.

        De grandz dangiers telles choses contiennent,

        Tesmoings ceulx-là qui, nuict et jour, con tiennent :

        Grandz maulx contiennent et sans fin contiendront.

        Mal en prendra à ceulx qui con tiendront.

        Et pour ce, doncq, de ce nous contenons

        Sans que jamais (vous prie) con tenons.

        De ce, soyons trèstous vrays contenans5,

30     Et jamais plus ne soyons con tenans.

        Saige sera qui bien s’en contiendra,

        Et trèsgrand fol celluy qui con tiendra.

        Quelques moyens qu’on saiche controuver6,

        Ne désirez jamais plus con trouver.

        Par les abuz que pour luy l’on controuve,

        Malheureulx est celluy qui le con trouve !

        Tel dire n’est sans cause controuvé.

        J’en mauldiz l’heure que j’ay oncq con trouvé !

        Qui du contraire, sur ce, controuvera,

40     Est abusé : faulx7 tout con trouvera.

        Sur ce, beaucoup sy bien y controuvèrent

        Que mortz en sont pour ce que con trouvèrent :

        Onc bons remèdes n’y furent controuvéz.

        Maintz sont destruictz pour avoir con trouvéz.

        De meschans tours les femmes y controuvent.

        Mal fortunéz sont ceulx qui les cons trouvent.

        Chose louable point ne controuveront

        Ceulx qui party8, par le con, trouveront.

        Au corps n(e) à l’âme proffit ne controuva

50     Celluy qu(i) user9, premier, du con trouva.

        Pour les avoir, maintz tours y controuvons,

        Que fort nous nuyt, à nous qui con trouvons.

        Sy sommes saiges, plus n’y controuverons ;

        Seurs10 ne serons tant que con trouverons.

        Ce non obstant que bien nous cognoissons

        Qu’il est bien vray que tous, du con, naissons :

        Petitz et grans, telle chose cognoissent

        Que tous humains il fault que du con naissent.

        Tous l’ont cogneu, et tous les cognoistront :

60     Hommes et femmes, trèstous, du con naistront.

        Tel dire vray11 d’un chascun est cogneu :

        Trèstous naissons de ce villain con nud.

        Point autrement nully ne cognoistra,

        Car vrayement, chascun du con naistra.

        De ce, nous sommes trèstous bien cognoissans :

        Saiges et folz sommes du con naissans.

        Fallu nous a trèstous le con sentir ;

        Bon gré, maugré, il s’y fault consentir.

        Si possible est, estre plus consentant

70     Je ne vouldroys : trop est le con sentant12 !

        Tous qui naistront, ilz s’y consentiront ;

        Soient Roys ou Roynes, tous le con sentiront.

        Ceulx devant nous trèstous le con sentirent

        Sans résistance : à ce se consentirent.

        De m’accorder ung chascun soit consent13

        Qu’au faguenas14 vrayement tout con sent.

        Chascun m’en croyre il se consentira ;

        Au moins, celluy qui le con sentira.

        Et mesmement, trèstous nous consentons

80     Qu’aux grasses femmes, trop plus le con sentons.

        Plus n’y approcher ne m’y consentiray ;

        Parquoy, à peine, plus nul con sentiray.

        De les sentir, maintz s’y sont consentiz :

        Bonne senteur oncques du con sentis.

        Plus consentir à ce ne me consens.

        Je rendz ma gorge15 despuis que le con sens !

        Ilz sont bien folz, ceulx-là qui s’y consentent.

        Villaine chose, certes, tous les cons sentent.

        Leur sentement16 n’est pas fort condécent17

90     Au povre corps, quant il du con descend.

        Triste, souvent, suis du con descendu,

        Dont les haÿr me suis condescendu18.

        À telle chose chascun condescendra

        (S’il dit le vray) quant du con descendra.

        Jeunes et vieulx, ilz y condescendront

        (Si bien y pensent) quant du con descendront.

        Maintz oppiniastres y sont condescenduz

        Après qu’ilz furent dudit con descenduz.

        Facilement ilz y condescendirent

100   (Comme me dirent) quant du con descendirent.

        C’est par raison que tous y condescendent

        (Si bien y pensent) ceulx qui du con descendent.

        Il fault que tous nous y condescendons,

        Pour la senteur, quant du con descendons.

        Ne soyons plus de nul con descendans ;

        De les fouyr, soyons condescendans19.

        Maincte on endure, par le con, passion20,

        Qu’à bref parler, grande est compassion.

        Ung, de tel dire, s’en compassionna21 ;

110   Mais despuis, grande, par con, passion a.

        De quoy qui s’en compassionnera,

        Par icelluy con, passion aura.

        J’en suis esté fort compassionné,

        Par quoy maint-une, par con, passion ay.

        Tous ceulx qui s’en compassionneront,

        Par celle beste con, passion auront,

        Qui que s’en veuille rire ou desconforter.

        Bref ! il en sort par trop, des cons, fort air !

        Qui du plaisir, donc, des cons fort aura,

120   Avant long temps s’en desconfortera.

        Qui du confort grand, des cons, fort auront,

        En l’autre monde s’en desconforteront :

        À maintz tormentz celluy fait condamner,

        Et de grans gens le villain con damner !

        À grandes peines maintz en sont condamnéz

        À tout jamais, par ces faulx cons damnéz.

        Ung chascun jour, le grand Dieu en condamne ;

        Grant est le peuple que ce meschant con damne !

        Et qui n’y pense qu’il en condemnera22,

130   Maint-ung paillard, Dieu, par con, damnera.

        Telz desmérites maint-ung condemneront,

        De quoy maintz-ungz, par le con, damneront.

        Semblans péchéz, jadis, maintz condemnèrent

        (L’on lyst de maintz23), lesquelz par con damnèrent.

        Maintz, de parolle, tous les jours condemnons ;

        Mais j’ay grand paour que tous, par con, damnons.

        Au grand Déluge, Dieu beaucoup condemna ;

        Et de ce temps, maint-ung, par con, damna.

        Les saiges-femmes de cela se condamnent,

140   Lesquelles, tous24, par ce meschant con, damnent.

        Sathan en a gaignéz et convaincuz

        Maintz-ungz, lesquelz il a, par con, vaincuz.

        Et si, me doubte que plus en convaincra ;

        Bien fort sera celluy qui con vaincra !

        Plus tost cent hommes cinq cens en convaincront,

        Qu’en cestuy monde, les susdictz, cons vaincront.

        Point ne se trouve que nul ait con vaincu ;

        D’homme mortel ne fust onc convaincu.

        Bref, noz ancestres jamais n’en convainquirent ;

150   Tant gaillardz feussent, oncques nul con vainquirent.

        Et pource donc, qui plus que d’ung con bat,

        Il entreprend ung dangereux combat.

        Il ne sçait pas qu’est-ce que de combatre,

        Cil qu’entreprend de plusïeurs cons batre.

        Ceulx-là qui sont de plusieurs cons batans,

        Foulz arrogans, se monstrent combatans.

        En grand dangier je dis que combatront

        Tous et chascuns qui25 à maintz cons batront,

        Ainsi que maintz qui jadis combatirent,

160   Qui meurtriz26 feurent pource que cons batirent.

        Pour ce, tous ceulx qui par raison combatent,

        Tant seulement, fors sans plus, ung con batent ;

        Et pour ce donc, celluy qui con battra,

        S’il est bien saige, plus il n’en combatra.

        Il y a maintz qu’ont tant de cons batuz

        Qu’en la fin sont vaincuz et combatuz.

        Esvitons donc tous ces villains combas :

        C’est laide beste que ce villain con bas.

        Bref, telle chose bien convient compartir27 :

170   C’est très mal fait plus que d’un con partir28.

        Bien ses adviz il ne compartira,

        Qui plus que d’un (certes) con partira.

        Comme j’en sçay qui mal les compartirent,

        Car vrayement, ceulx, maintz-ungs cons partirent.

        Mal par raison leur cas compartiront

        Ceulx-là qui plus que d’un con partiront.

        Tel fait surdict29, donc, si bien compartons,

        Que point, jamais, plus que d’un con partons.

        De s’en garder nous est bien convenant,

180   Pour le mal qu’est souvent du con venant.

        Plusïeurs maulx avons, par cons, venans,

        À nostre honneur non guières convenans30

        Donc, les fouyr nous est bien convenable.

        Pour beau qu’il soit, ou duysant con venable31,

        À ce nous fault trèstous bien convenir

        Que de grans maulx voyons, par con, venir.

        Les esviter doncques tous nous convient.

        Trèsgros malheur et dangier du con vient.

        Plusïeurs hommes Justice a convenuz32

190   Pour les esclandres qu’estoient du con venuz.

        Tout nostre mal (j’ay paour) du con viendra ;

        Parquoy, chasser trèstous les conviendra.

        De ce, les saiges ne se desconviendront

        Que s(i) avons maulx, trèstous des cons viendront.

        De ceulx qu’avons, aussi bien se conviennent

        Que vrayement, certes, du dict con viennent.

        Femmes, de dict33 vous pourriez consoler ;

        Mais quant au faict, oncques leur con saouler !

        De quelques dons on les consolera ;

200   Du demourant, nul, onc, con saoullera.

        Quelque petit34 les en consoleront,

        Mais nulz vivans, jamais, cons saoulleront.

        On lyst d’aucuns que femmes consolèrent

        De maintz plaisirs, mays point leurs cons saoullèrent.

        Aucunesfois, d’argent en consolons ;

        Mais de pasture, jamays, leur con saoullons.

        Maintz, de parolle ilz sont fort consolans ;

        Mais quant au fait, ne sont onc cons saoullans.

        À plusieurs folz ce faulx villain con duyt35 ;

210   Mais quant aux saiges, le disent laid conduyt.

        En quelque sorte qu’on en soit conduysant,

        Au grand jamays ne trouviz con duysant.

        D’honnestes gens il n’est point conduysable36 ;

        À gens de bien ne fust onc con duysable.

        À celluy-là à qui le con duyra,

        Droit en Enfer celluy le conduyra !

        S(y) honneur mondain voulons bien compenser37,

        Ne vueillons plus, doncques, en con penser.

        C’est au rebours qu’honneur mondain compense

220   Cil qui par trop, nuyct et jour, au con pense.

        Ung chascun l’a meschamment compensé

        Depuis qu’on a au villain con pensé.

        Et si trèsmal ilz le compenseront

        Ceulx qui par trop, audict con, penseront.

        N’a pas long temps que maintz le compensèrent

        Villainement, car trop au con pensèrent.

        Dont, tous les jours, trèsmal le compensons,

        Quant si souvent, en ce faulx con, pensons.

        Trèsmal à point il le compensera,

230   Celluy qui donc, en ce con, pensera.

        Bref ! par mesure il ne compassera38,

        Celluy qui plus que d’un con passera.

        Il n’entend pas qu’est-ce de compasser,

        Celluy qui veult plus que d’un con passer.

        Selon bon art, icelluy ne compasse

        Qui, nuyt et jour, par plus que d’un con passe.

        Je croy que cil qui premier compassa,

        Tant seulement, sans plus, ung con passa.

        Jadis, plusieurs, par bon art compassèrent ;

240   Mais onc, sans plus fors q’ung seul con, passèrent.

        De bonne sorte ceulx ne compasseront,

        Qui plus que d’ung (je dis) con passeront.

        D’ors-en-avant, seigneurs qui compassons,

        Je vous supplie que plus nul con passons.

        Il y a maintz (dont je suis des compris39)

        Qui de grans maulx ilz ont, par le con, pris.

        Et tous les jours, si bien y comprenons,

        En maintes sortes de maulx du con prenons.

        Dont tous ceulx-là qui bien n’y comprendront,

250   De trèsgrans maulx, certes, du con prendront.

        Qu(i) à s’en garder ordre n’y comprendra,

        J’ay paour que pis que moy du con prendra.

        Grant est le mal (qui bien au vray comprend)

        Que le povre homme, de ce maudit con, prend.

        Ce faulx pertuys est plus mal compétent40

        Que le trou n’est, au-près du con, pettant.

        Ceulx qui les ayment sont pires que convers41 !

        Maint-ung y trouve bien souvent, au con, verms42 :

        Vous le sçavez, ceulx qu(i) avez cons verséz43,

260   Et qui plusieurs encor en conversez44.

        Ordure telle ne veulx onc converser,

        Ny (tant que vive) jamais plus, con verser.

        J’en sçay aucuns qui maintz en conversèrent,

        Mais se repentent que jamais con versèrent ;

        Si feront-ilz ceulx qu(i) en converseront.

        Mauldictz seront ceulx qui cons verseront.

        Aussi sont bien tous ceulx qui les conversent :

        Infâmes sont ceulx-là qui les cons versent.

        Ainsi sera qui les conversera.

270   Mauldict soit-il, qui plus con versera !

        Repentons-nous et plus n’en conversons.

        Damnéz serons, sy plus les cons versons.

        Qui soubstient con par bonne contenance,

        Damnéz seront tous, par le con tenans ce45.

        De ce, me croyre ung chascun se concorde46

        Que maint, souvent, a gaigné par con corde47.

        Je n’ay trouvé qui m’aye concordé

        Que l’on trouvast jamays le con cordé48.

        Qui sera saige, il se concordera

280   Que de noz femmes l’on, leur con, cordera.

        On lyst d’aulcuns qu(e) à ce se concordèrent,

        Et de leurs femmes, chascun, le con cordèrent49.

        Saiges seront qui s’y concorderont,

        Et de leurs femmes, tost, le con corderont.

        À ce nous fault trèstous bien concorder :

        Tost veuillons doncques, trèstous, leur con corder.

        Ceulx qu(i) à ce faire promptement se concordent,

        Ilz sont trèssaiges ; mays que bien le con cordent.

        Maulgré qu’en ayt Prince ny Connestable,

290   À maint-ung vit fera le con estable.

        Mon sens ne peut bonnement comporter50

        Que si gros faix puisse le con porter ;

        Grant est le faix que le villain con porte,

        Quant soy charger une foys il comporte51.

        Aucun en sçay qui cela comporta,

        Mais grandissime charge ce con porta !

        Plus que cheval trèstout con portera,

        Quant soy charger celluy comportera.

        J’en sçay plusieurs qui cela comportèrent ;

300   Et de grans faix, les mauldictz cons portèrent.

        Et quant encores ilz les comporteront,

        Plus que jamais, les faulx cons porteront.

        De grans malheurs, par ce faulx con, portons,

        Quant de noz femmes les plaisirs comportons.

        Cause nous sommes, pour bien le con tracter52,

        Que plusieurs viennent à elles contracter53 :

        À celluy-là qui mieulx ce faulx con tracte,

        Cocqu le faire, plus tost femme contracte.

        Point ne mérite d’estre fort con tractable.

310   Et qui ce fait, il le rend contractable54.

        Je le cognoys par ceulx qui mieulx cons tractent,

        Car voys leurs femmes qui, nuyt et jour, contractent.

        J’en sçay plusieurs qui bien leurs cons tractèrent ;

        Mais puis, leurs femmes autre part contractèrent.

        Elles contractent et si contracteront,

        Celles de qui myeulx leurs cons tracteront.

        Ceulx-là qui sont les meilleurs cons-tractans55,

        Ceulx-là les rendent autre part contractans.

        Je vous prometz : qui mieulx con tractera,

320   Il le rendra qu’ailleurs contractera.

        Il n’est si borgne, si boyteux ne contraict56

        Qu’il n’entrepreigne de tirer au con traict57.

        Bon épythète58 ne sçaura au con poser59

        Qui bien, au vray, le vouldra composer60.

        Le plus sçavant qui jamais composa,

        Nulle louange, oncques, du con posa ;

        Ny ne feront ceulx qui composeront

        (Si le vray disent), qui de con poseront

        Ainsi que ceulx qui jadis composèrent :

330   Lesquelz nul bien, jamais, du con posèrent.

        Non comme maintz, qui maintenant composent,

        Qui menteries fort grandes du con posent.

        Mais touchant nous61, ainsi ne composons :

        Sont choses vrayes, ce que du con posons,

        Ainsi qu’appert par ces vers composéz ;

        Car que dictz vrays62 n’avons du con poséz.

        De grans biens couste à qui le tient condroit63,

        Et si, fait perdre bien souvent le con droit ;

        Qu’or fussent tous (pleust à Dieu !) confonduz,

340   Car de grans biens maintz ont, par con, fondus.

        Qui leurs souhaitz sur ce villain con fondent,

        De corps, de biens et d’âme se confondent.

        Au puis d’Enfer telles gens confondront,

        Et comme plomb, par ce faulx con, fondront !

        Je cognoys bien que maint bien y confondz,

        Sans ce que trouve point, jamais, au con fons.

        Cil qui s’y fonde, tost son corps confondra,

        Et tous ses biens, par ce faulx con, fondra.

        Plusieurs, jadis, par ledict con fondirent,

350   Puys en Enfer pour jamais confondirent.

        Dieu ayde à cil qui se confermera64,

        Et qui de cueur, trèstout con fermera !

        Saiges seront qui se confermeront,

        Et qui trèstous lesdictz cons fermeront.

        À trèsbon droit, tous ceulx-là se conferment

        Qui, de pensée et de fait, tout con ferment.

        Jamais paillard tel dit ne conferma,

        Ny consentit qu’on (jamais) con ferma.

        Plusieurs, jadis, telz dictz ont conferméz

360   En désirant estre tous cons ferméz.

        Pour rien que soit, ne voulons con sommer65,

        Car corps et biens nous feroit consommer66.

        J’en sçay quelqu’ung lequel maint con somma ;

        Mais en bref temps, tout son bien consomma.

        Aussi feront ceulx qui cons sommeront :

        Bien tost après, ilz se consommeront.

        D’icelluy hanter l’on se doibt contrister67,

        Car il en sort trop, de ce con, triste air.

        Ceulx qui sont saiges, ilz s’en contristeront,

370   Car maint malheur, de ce con triste, auront.

        Qui de l(e) hanter ne se contristera,

        Mainte douleur, par ce con triste, aura.

        Mon cueur, naguières, tant fort s’en contrista,

        Que gros regret, despuis ce con triste, a.

        Pour si trèsbien qu’on saiche con parer,

        À rien que vaille ne le fault comparer.

        Par luy, en Justice maintz y sont comparuz,

        Et fort nuysable ont trouvé con par eulx.

        Tant qu’en ce monde aucun con parestra,

380   En jugement, maint-ung comparestra.

        Maintz y comparent68, maintz y comparestront.

        Et durera tant que cons parestront.

        Il s’est trouvé maint malheureulx compaing

        Qui va quérant, par ce villain con, pain69.

        Villaine chose est veoir du con panaige70,

        Mais plus villaine encor son companaige71 !

        Onc, en ma vie, aucun plaisant con viz,

        Quoy qu’on les veuille en banquetz et conviz.

        Maintz bons gallans ont perdu, par con, vitz ;

390   Et maintz sont mortz qui feussent, sans con, vifz.

        En quelque sorte que l’on ce mot « con » tourne,

        Honneste n’est, quoy que l’on le contourne72.

        Je sçay ung homme qui tant le contourna

        Que, d’homme saige, trèsfol par con tourna !

        J’ay paour que maintz tant le contourneront

        Qu’aussi bien folz, par le con, tourneront.

        Et pource, plus ne le veulx contourner,

        Que fol ne puisse je, par le con, tourner,

        Comme plusieurs qui tant le contournèrent

400   Que (comme est dit) trèsfolz, par con, tournèrent.

        Par fantasie, tant fort les contournons

        Que puis après, grans folz, par con, tournons.

        Qu(i) en sa jeunesse trop les contournera,

        En sa vieillesse, fol, par con, tournera.

        S’en abstenir il nous fault contenter,

        Sans que jamais veuillons plus con tempter73.

        Car celluy-là qui le con temptera,

        Après ses jours, mal s’en contentera,

        Ainsy que maintz qui jadis cons temptèrent,

410   Lesquelz trèsmal, en fin, s’en contentèrent.

        Si sommes saiges, nous en contenterons,

        Et jamais plus aucun con tempterons.

        Et pour ce donc, ung chascun se contente

        N’estre si fol que jamais plus con tempte.

        Heureux serons si plus nulz cons temptons.

        Les éviter : de ce nous contentons.

        De ce qu’est faict, ung chascun se confesse

        Avec propos que jamais plus con fesse74.

        De bon vouloir il s’en fault confesser,

420   Délibérant de plus, onc, con fesser.

        Jadis, maint-ung trèsbien s’en confessa

        Sans que jamais plus aucun con fessa.

        Pardon aura qui s’en confessera,

        Propos ayant qu(e) onc plus con fessera,

        Ainsi que maintz, lesquelz s’en confessèrent

        Et, d’or-en-là75, jamais plus con fessèrent.

        Les bien-heureux, ilz s’en confesseront,

        Et plus jamais aucuns cons fesseront.

        Saiges serons, si nous en confessons,

430   Sans ce que plus ce villain con fessons.

        Au monde sont de grans maulx par con faictz ;

        Pource, de ce, trèstous soyons confèz76.

        En grand dangier sont tous les con-fessans77 ;

        À saulveté, aussi, vrays confessans.

        Entièrement tous vous en confessez,

        Sans ce que plus ce meschant con fessez.

        Bons catholicques qui ces meschans cons fessent,

        De telle chose, de bon cueur, se confessent !

        Si m’en croyez, plus nulz cons fesserons,

440   Et du mal faict, nous en confesserons.

*

*

Complainte  d’ung  gentilhomme  à  sa  dame,

aggressé  de  la  maladie  de  Naples  ou  de  pocques 78.

Jehan  Molinet  (1435 – 1507)

*

        Ah ! la belle, pour79 qui plus de maulx je comporte

        Que pour femme aujourd’huy qui sus terre con porte :

        Oyez les grandz regretz que faire me convient

        Pour le mal que sur moy, pour vostre seul con, vient !

        Je fus bien malheureux, il fault que le confesse,

        Quand oncques vous touchay tétins, cuisses, con, fesses ;

        Et chier80 m’est le bancquet, la feste et le convys,

        Qui fust premier moyen par quoy vostre con vys.

        Car j’endure grands maulx sans espoir de confort81,

10     Seullement pour avoir aymé vostre con fort.

        Hellas ! mieux m’eust valut à tous maulx condescendre

        Que, dessus les motis82 de vostre con, descendre !

        Mais vos ryans regardz, vostre beau contenir83,

        Me firent grand tallent84 de vostre con tenir ;

        Et vostre amour tant faulse à mon amour conjoindre

        A faict aussy mon corps près de vostre con joindre.

        Dont puis, sans arbitrage ou aultre compromis,

        Moyennant cent escus, me fust vo85 con promis.

        [Quand l’argent fut conté, de si près vous connu]86

20     Seul à seul, en ung lit, que tins vostre con nud.

        Sy, tâchay87 promptement d’emplir vostre conduyt.

        Las ! pour fol affoller, femme a bien le con duyt88 !

        Mais avant, fus privé de mon argent comptant,

        Dont je fus par trop fol d’achetter ung con tant.

        C’est là ce qui trop plus ma follye conferme,

        Vut qu’on m’avoit tant dit d’entrer en ung con ferme.

        Nyentmains89, tout embrasé et en amour confit,

        Je fis autant d’explois qu’onque homme en ung con fit,

        Et hurtay tant de cops (se bien vous les comptez)

30     Qu’onque faire on ne vit assaulx à ung con tels.

        Jà tant d’Espaignos n’a Fernande90 consolé

        Que de foys a esté, par moy, vo con saullé91.

        Fort92 d’isope ou fenoul, de quoy on fait conserve,

        Que de fois ay-je faict ma char à vo con serve93 !

        Or cuidoy-je estre ung Roy ou ung grand Connestable,

        Quand mon courtault94 eust fait de vostre con estable ;

        Mais je trouvay tel plache95, à bon sens contourner,

        Que ung chariot se pœult96 en vostre con tourner !

        Et combien que sur vous toute horreur soit comprise,

40     Encor, devant plusseurs, souvent je vo con prise97 ;

        Et contre plusseurs gens bien fort je me combas,

        Qui dient qu’estes folle et portez le con bas.

        Quoy qu’il soit, nul n’y va que chier ne le compère98,

        Au goufre de Rapant99 (où fut vostre con père),

        Plus maigre qu(e) ung soret100, plus barbus qu(e) ung convers.

        Il est entre tous cons (cons rouges101 et cons vers)

        Un abisme cruel où nul ne doibt contendre,

        Veu que chascun, pour nyent102, pœult à ung tel con tendre.

        Tous les jours, avec vous, moisnes se conjoïssent ;

50     Carmes et cordelliers de vostre con joïssent :

        Ils y vont tour à tour, puis abbé, puis convent103.

        Certes femme peu vault, qui ainsy son con vent !

        On le me disoit bien ; mais (par ma conscience !)

        Par ung con perd-on sens, et par ung con, science.

        Tout homme devient fol, tant soit sage et constant,

        S’il met son estudie à aymer ces cons tant.

        Et trop est malheureux qui, pour soy consoler,

        Cuide à force de cops jamès ung con soler104.

        On debvroit ung tel homme assommer et confondre,

60     Qui sa force et vertus va dedens ung con fondre !

        Car trop est chose inepte et par trop peu congrue,

        Quand ung homme devient ainsy, par ung con, grue105.

        Combien de folz escripts106 en voit-on condamnés,

        Et combien de grands clercz sont par ung con damnés !

        Je suis à l’hospital, attaint et convaincut107,

        Par ung con mis au bas, et par ung con vaincut.

        Mon plaisir est perdu et mon ris consommé108.

        D’aller mon pain quérir109 suis par ung con sommé.

        Doresnavant vivray par rigle et pas compas110 ;

70     Au moins, je ne feray jamès, pour ung con, pas.

        Josnes gens, escoutez de quoy je me complains !

        Regardez le dangier de quoy est ung con plains :

        Les gouttes et bouttons sont en moy congellés111 ;

        Tous mes membres et sens sont par ung con gellés.

        [Je vous sers de miroir plein de compassion :

        Gardez-vous bien d’avoir pour un con passion !]112

        Aïez l’œul à mon cas113, et point ne consentez

        D’endurer que telz maux, par aucun con, sentez.114

        *

        [Gardez-vous désormays, je vous prie, de conbaptre ;

80     Car il n’est pas bien saige, celuy qui veult con baptre.

        Vous ferez saigement, si vous voulez conduyre115

        Durant vostre jeunesse sans avoir à con duyre116.

        Retenez bien ces motz (c’est pour vous consoler),

        Qu’i[l] est bien hors du sens qui veult ung con soûler.

        Bien souvent maulditz l’heure que j’en heuz cognoissance.

        Pleust à Dieu que jamais ne fust de con naissance !

        Mauldit soit le premier qui tant vouldra complaire

        De perdre honneurs et biens pour vouloir à con plaire !

        Las ! on doibt bien avoir de moy compassion,

90     Qui souffre grièfvement, pour ung con, passion.

        Faisant fin à mes dictz, gardez de convenir117,

        Car nul ne sçait le mal qui peult, par con, venir.]

*

*

Responce  de  la  Dame  au  vérolé 118

*

        Desloyal mesdisant, il est mal consonnant

        Que d’oÿr de ta bouche telz motz de con sonnant119.

        Je m’esbaÿs beaucoup que tu n’as cognoissance

        Que quant sur terre vins, tu prins de con naissance.

        Et que tous beaulx esp(e)ritz qui le monde cognoissent

        Dient que tous plaisirs de femme et de con naissent.

        Ne parle plus des dames ! Tu sçais assez combien

        Plusieurs hommes très pouvres ont heu, par ung con, bien120

        Si au pourchatz d’amours as quelque mal conquis,

10     Tu l’es allé chercher, pas ne t’a mon con quis121.

        Quant premier vins vers moy, tu sceuz bien controuver

        Nulles faulces cautelles122 pour le myen con trouver,

        Bien pensant à toy-mesmes que je t’eusse escond(u)ict

        Si tu m’eusses123 telz motz de « femme » et de « con » dit.

        [Mais tu me blandis124 tant, qu’à toy me consentis,

        Dont et joye et plaisir, lors, par mon con sentis.]

        Sy humainne te fuz, sans aller au contraire125,

        Et que à moy prins soulas126 telz qu’on peult de con traire127.

        [Et pour tousjours plus belle à tes yeux comparer128,]

20     Bien vouluz corps et teste, tectins et con parer.

        Mais toy, insaciable, non de mon corps content,

        Ton vouloir mis a[i]lleurs et en aultre con tant :

        Car lors tu t’abusas129 d’une jeune connecte130,

        Assez belle de corps maiz mal de son con necte131,

        [Laquelle consentit et souffrit132 sans commis133

        Que ton membre honteux fût dedans son con mis.]

        Lors, la grosse vérolle et la goute consceuz134,

        Parquoy tous maulx du monde tu as, par ung con, sceuz135.

        Hélas ! comme osas-tu136 telle faulte commectre,

30     Veu que toy seul estoys de mon corps et con maistre ?

        [Tu pensois que le texte accordast au comment137 ;

        Mais à la grand beauté, plusieurs fois le con ment.]

        S(i) à moy te138 fusses tins, jamais n’eusses cogneu

        Celle faulce139 vérolle que tu as par con heu,

        Laquelle te contrainct cecy commémorant140 :

        « Que (hélas !) je m’en voys141, par ung con me mourant. »

        Las ! que mes esp[er]itz furent de maulx confuz,

        Quant je sceuz qu(e) amoureux d’ung estrange142 con fuz.

        Car mon vouloir estoit de toy si confermé,

40     Qu(e) à tous aultres – fors toy – tenoys mon con fermé.

        [Mais en oubliant celle à qui pus commander,

        Il te pleut143, en ta chambre, un autre con mander,

        Qui le fin mal de Naple fit sur toy condescendre ;

        Donc, trop mieux t’eust vallu d’un autre con descendre.

        Je te jure et proteste par tous les saincts qu’on sçait

        Qu’à moy n’auras affaire, eussé-je des cons sept !]

        Si, te pourvoys ailleurs, et d’aultre te contente :

        Car ton vit ne fera jamais, de mon con, tente.

        Que mauldit soit le con qu(e) adont fuz conquestant,

50     Car il fauldra que soies ton pain, par con, questant144.

        Mais pourquoy alas-tu aultre amour contraicter145,

        Veu que [je] t’avoye sceu si bien, de con, tracter146 ?

        Tu ne sçauroys nyer, si vérité confère,

        Qu’il ne t’aye servy de ce que peult con faire ;

        Car quant d’amours vouloys faire tes doulx combas,

        Touste preste j’estoye de metre le con bas.

        Et si, ne sçauroys dire ne te venter qu’onc fraiz

        Ne [misas-tu au]147 faict pour avoir mon con fraiz.

        Hélas ! que j’euz de toy piteuse récompence,

60     D’aller habiter148 femme don[t] barbier le con pence149 !

        Ô vous, loyaulx amans et gracieulx compains150 :

        Gardez que de tel(le)s rongnes ne soyez [par con pains]151.

        Dont, pour appercevoir ce lieu de mal concierge152,

        Alumé porterez au-devant de con sierge.

        Fu[y]ez telles villaynnes qui font telle(s) composte153 !

        Mais s(i) ainsi est qu(e) ayez [en] ung joly con poste154,

        Ne soyez si meschans d’ailleurs vous commuer ;

        Car telles maladies viennent par cons muer155.

        Semblablement156, mes dames, s’aucun(e)s bons conquérans

70     Sont, par dons ou requestes, vos jolys con[s] quérans,

        Humblement je vous prie qu(e) avec eulx concordez :

        Car d’huÿ en vingt ans157, aurez les cons cordés158.

        Toutesfoys, pour conclurre, la vérité commect

        Qu(e) une femme se dampne qui159 à mal son con mect.

        Si, nous rendons au[x] bien[s] qui n’ont comparaison160,

        Que faire ne devons de noz cons, par raison.

        Bien heureuse est la dame qui chasteté conserve,

        Car l’on en a veue161 mainte(s) venir, par son con, serfve162.

        Faisons doncques du bien, car lors confinera163.

80     Putain, en grant tourment, par son con finera.

*

        [Retournant au propos du deuil qui vous contriste,

        Triste suis de te voir estre, par un con, triste.

        Je te vays dire adieu, disant, prenant congé,

        Qu’onc mal n’as eu de moi : car net corps et con j’ay.]164

*

*

La  Complaincte  sur  les  cons 165

Clément  Marot  (1496 – 1544)

*

        Dieu vous gard, la paignie166 ! Je n’ose dire « com »,

        Car je hetz toutes choses où on nomme le con.

        Je hetz en l’Escripture « Dominus vosbiscum167 »,

        Et l’Ave168 Maria pour « Dominus tecum ».

        Je hetz les Pseaulmes169 pour l’amour de « in lacum »,

        Cousturiers, savetiers pour l’amour du tacon170.

        Je hetz toutes ces poultres pour l’amour du bracon171,

        Maquereaulx, maquerelles pour l’amour de leur con.

        Je hetz arb[r]es et boys pour l’amour du fourcon172,

10     Et quennes173 et bouteilles pour l’amour du flacon.

        Je hetz toutes citéz pour l’amour de Mâcon,

        Et tous oyseaulx de proye pour l’amour du faulcon.

        Je hetz tous les convers, consors et compromis,

        Conseillers et contractz, controuvéz et commis.

        Je hetz contricion, contumas et contrains174,

        Compaignons, compaignie, compaignes et compains.

        Je hetz comprins, conffins175, conffès et contenuz,

        Et Contes et Contesses, contrictz et convenus.

        Je hetz les confro[n]téz, conjoingtz et confondus,

20     Congeléz, condampnéz, conrreurs176 et contendus177.

        Je hetz contredisans, conducteurs et conduictz,

        Composeurs178, consentans, conferméz et conduictz179.

        Je hetz tous combatus, combatans et combas,

        Compétans, composés, compasséz et compas.

        Je hetz complotz, congiés, compères et commères,

        Confrarie [et] confitte180, et conseurs et confrères.

        Je hetz confermement181, consuyvy182 et contraire,

        Car trop con converse[r]183 m’est confus et contraire.

        Jamais n’aymeray con, car il m’a trop cousté.

30     Au diable soit184 le con, car il m’a tout gasté185 !

*

*

La  Complaincte  sur  les  vitz

Clément  Marot  (1496 – 1544)

*

        Puis qu(e) en malheur je dure… Je n’ose dire « vis »,

        Car je hetz toutes choses où on parle de vitz :

        Je hetz tous charpentiers pour les monstées186 à vis,

        Et délays de praticque pour l’amour de l’advis.

        Je hetz toute assemblée à cause du devis187,

        Et les bonnes maisons pour l’amour du parvis.

        Je hetz toutes les festes pour l’amour du convys188,

        Et les nopces aussi à cause du revys189.

        Je hetz tous les oiseaulx pour l’amour des mauvys190,

10     Et tous les jeux de tables pour cause des envys191.

        Je hetz ceulx qui sont mors pour ceulx qui furent vifz,

        Et si, hetz mes deux yeulx pource que par eulx vidz.

        Je hetz vis192 et visaiges, vivres et vitailliers193,

        Vicieux, vitupère, vitailles194 et viviers.

        Je hetz Victry, Villiers, et villaiges et villes,

        Vipères, vilz et vieulx, villains, vireurs et viles195.

        Je hetz envye en vie, et si, hetz vie d’âmes196,

        Viconté197, Vicontesse, et civilz et vidames.

        Je hetz viste198, viseur, villoteux199 et navires,

20     Et visgneux200, vignerons, [et] viretons et vires201.

        Je hetz villipendés, villicain202 et Viconte,

        Et pour tout deviser203, je ne tieng de vy[t] conte :

        Si les cons m’ont faict mal, aussi ont fait les vitz204 ;

        Au diable soient-il205 doncq, puis qu’en malheur je viz !

*

0 Chapitre « Des équivoques françois », dans Les Bigarrures du Seigneur des Accords (édition de 1588).   1 André de La Vigne dit à propos des femmes : « –Jamays n’arez ce qu’ont promis./ –Est-il promys ? » Sotise à huit personnaiges.   2 Joutes, plaisanteries. En fait, il n’y a que 440 vers. Tabourot proposait fort justement de « les réduire en meilleur françois ». On trouve ce morceau de bravoure dans les Controverses des sexes masculin et féménin, du Toulousain Gratien Du Pont. (Édition de 1534, corrigée et simplifiée en 1536.)   3 Plus d’un.   4 Celui qui.   5 Abstinents.   6 Trouver, inventer.   7 Traître.   8 Une bonne situation.   9 Qui un usage. Allusion à Adam.   10 En sûreté.   11 Cette parole véridique.   12 Puant.   13 Consentant, d’accord.   14 Odeur de sueur. Cf. Trote-Menu et Mirre-Loret, v.174.   15 Je vomis.   16 Senteur.   17 Décent, convenable.   18 Prêté.   19 Daignons les fuir.   20 Souffrance.   21 En éprouva de la compassion.   22 Qu’il en sera damné.   23 On lit cela à propos de beaucoup d’hommes.   24 Tous les nouveaux-nés.   25 Éd. : que  (Plusieurs confusions entre « que » et « qui » laissent penser que les éditeurs ont mal résolu certains tildes du ms.)   26 Tués.   27 Soupeser.   28 Partager en deux, fendre.   29 Témoigne négativement.   30 Les maladies honteuses.   31 Ou plaisant con digne d’être capturé.   32 Assignés.   33 Le dit désigne les paroles. Le fait des vers 198 et 208 désigne l’acte sexuel. Gringore campa les personnages de Dire et Faire dans sa farce érotique Raoullet Ployart, où « les femmes, sans contredire,/ Ayment trop mieulx Faire que Dire ».   34 Quelque peu.   35 Duire = plaire.   36 Gouvernable.   37 Companser = soigner.   38 Compasser = observer une juste mesure.   39 Dont je fais partie.   40 Convenable. Le trou pétant auprès du con, c’est l’anus.   41 Moines. Adj. : inversés, invertis.   42 Des vers, de la vermine.   43 Verser = renverser, culbuter.   44 Converser = fréquenter.   45 Obtenant cela.   46 Se concorder = s’accorder.   47 A fini pendu.   48 Attaché avec des cordes.   49 Allusion aux ceintures de chasteté.   50 Admettre.   51 Comporter = supporter.   52 Traiter.   53 S’engager.   54 Maniable.   55 Les meilleurs amants.   56 Contrefait.   57 Une flèche (sens phallique).   58 Une épithète favorable.   59 Poser sur le papier.   60 Mettre par écrit.   61 En ce qui me concerne.   62 Uniquement des paroles vraies.   63 Entretenu.   64 Se confermer = s’affermir contre.   65 Payer.   66 Consumer.   67 Attrister.   68 Comparoir = comparaître.   69 Qui est réduit à la mendicité à cause d’un con.   70 Droit de faire paître les porcs.   71 Sa compagnie.   72 Contourner = tourner autour.   73 Tenter, essayer.   74 Fesser = battre (sens érotique).   75 Dorénavant.   76 Confessés.   77 Les frappeurs de cons.   78 Le mal de Naples et la poque désignent la syphilis. Le ms. 105 de la bibliothèque communale de Tournai, qui contenait ce poème, a été détruit en 1940. Par chance, Noël Dupire l’avait partiellement transcrit en 1937 dans les Faictz et Dictz de Molinet (SATF, II, p.729). Le ms. fr. 3939 de la BNF propose une copie de cette complainte beaucoup moins fiable : Épistre d’ung vérolé à sa dame.   79 À cause de.   80 Cher, coûteux.   81 Réconfort.   82 Proéminences de la motte (mont de Vénus).   83 Maintien.   84 Désir.   85 Votre. Molinet était picard.   86 Dupire : Et tant vous poursuÿs tout wé et tout cognut  (Les versions apocryphes de ce poème figurant dans les Bigarrures de Tabourot et dans les Délices satyriques donnent ici une leçon préférable que je conserve.)   87 Dupire : cachay   88 Instruit.   89 Néanmoins.   90 Dupire : Ferrande  (Fernande = Ferdinand le Catholique. Dans l’Épytaphe de dame Ysabeau, Molinet l’appelle « Damp Fernande ».)   91 Votre con soûlé, comblé.   92 Dupire : ne  (Aidé d’hysope ou de fenouil, plantes aphrodisiaques.)   93 Ai-je rendu ma chair esclave de votre con. Cha(i)r = pénis : « Il luy convient tous les jours char nouvelle/ Pour reffreschir le cul, qu’elle a sy chault. » Parnasse satyrique.   94 Canon ; et pénis : « J’avoye tousjours pitié des dames :/ Vu qu’ung courtault tresperce ung mur,/ Elz auroyent le ventre bien dur/ S’il ne passoit outre. » Franc archier de Baignollet.   95 Tant de place (prononciation picarde).   96 Pût.   97 Je vante votre con.   98 Sans le payer cher.   99 Dupire : rapail  (Ce con est aussi profond que le gouffre de Rappant, près d’Aubonne.)   100 Hareng saur.   101 Trop mûrs.   102 Pour rien, gratuitement.   103 Tout le couvent.   104 Soûler, combler.   105 Un pigeon.   106 Version Tabourot : hauts esprits   107 Vaincu.   108 Mon rire est consumé. Version Délices satyriques : « Mon vit est consommé. »   109 Mendier.   110 D’une façon réglée et mesurée.   111 Solidifiés.   112 Ce distique provient des versions Tabourot et Muse folastre.   113 Jeu de mots : cas = pénis. Cf. les Sotz fourréz de malice, v. 285, note 49.   114 La conclusion qui suit est tirée du ms. 3939.   115 Vous conduire.   116 Plaire.   117 De vous unir (à un con).   118 Cette réponse, que le XVIIe siècle attribuait à une improbable Joane de la Belle-Motte, fut écrite par un homme (Molinet lui-même, ou Jehan Lemaire de Belges). Elle suit la complainte dans le ms. fr. 3939 de la BNF, qui en est la source la plus ancienne et la plus correcte, bien qu’inédite jusqu’à cette transcription.   119 Parlant.   120 Se sont enrichis grâce aux femmes.   121 Quérir = rechercher, solliciter.   122 Trouver de sournoises ruses.   123 Ms : neusse   124 Caressas. Ce distique provient de l’édition tardive des Bigarrures de Tabourot par Jean Richer en 1614. Cf. l’édition de Francis Goyet (Droz, 1986, II, p.199).   125 Sans me refuser à toi.   126 Tu pris du plaisir.   127 Tirer, obtenir.   128 Comparaître. J’emprunte ce vers aux versions tardives. Ms : Et par tousjours devant toy belle comparer   129 Ms : tabuson   130 Jeune fille.   131 Nette, saine : non vérolée.   132 Je prends ces 2 vers dans la version Richer, qui donne ici : s’offrit  (Le copiste du ms. a écrit puis rayé un vers dont il manquait le pendant : Laquelle bien souffrit sans nul aultre convys)   133 Témoin.   134 Concevoir = développer un germe. La grosse vérole est la syphilis, par opposition à la petite vérole, ou variole.   135 Savoir = connaître.   136 Ms : ousatus   137 Au commentaire. Ces 2 vers viennent de la version Richer.   138 Ms : tu  (Si tu t’en étais tenu à moi.)   139 Cette perfide.   140 De te rappeler ceci.   141 Je m’en vais, je meurs.   142 Étranger, autre que le mien.   143 Plut. Ces 6 vers proviennent de la version Délices satyriques.   144 Que tu mendies ton pain à cause d’un con.   145 Contracter.   146 Traiter.   147 Ms : mises tu aus  (Que tu as dû payer. Cf. la version Richer : « Tu ne sçaurois encor te vanter qu’onques frais/ Aucuns tu ayes faict pour avoir mon con frais. »)   148 Que tu sois allé posséder.   149 Dont un chirurgien panse le con.   150 Compagnons.   151 Ms : pas compains  (Par con peints = tachés à cause d’un con. La rogne est une maladie de peau due au mal de Naples : « Que la maudicte roigne,/ Grayne de Naples, vous tiengne sans respit ! » La Vigne, Mystère de saint Martin.)   152 Qui est le gardien de la maladie.   153 Compote, tambouille.   154 Un emplacement.   155 Quand on change souvent de con.   156 Ms : Senblan[suivi d’un pâté d’où émerge bl]   157 D’ici à 20 ans.   158 Ridés comme une vieille lamproie.   159 Ms : quisat  (Quand elle met à mal son con.)   160 Adonnons-nous aux biens spirituels, qui ne se pratiquent pas avec le con…   161 Ms : vise   162 Devenir esclave de son con.   163 Un jour, nous mourrons.   164 Conclusion de la version Richer.   165 Ms. fr. 17527 de la BNF. Ce poème paraphrase une Complaincte sur les vitz qui occupe la page précédente, et qu’on trouvera ci-dessous, pour finir sur un sujet sérieux.   166 Ms : compaignie  (Mais le vers est trop long, et le narrateur n’ose pas prononcer le « com- » de compaignie.)   167 « Le Seigneur est avec vous. » Les finales latines en -um se prononçaient -on.   168 Ms : la vie  (Dans l’Ave Maria, « Dominus tecum » = le Seigneur est avec toi.)   169 Ms : sepseaulmes  (Dans sa traduction du Psaume 28, Marot traduit « in lacum » par : « au sépulcre ».)   170 Pièce cousue à un vêtement ou à une chaussure.   171 Support en bois.   172 Fourquon, fourchon : branche fourchue.   173 Cruches.   174 Ceux qui ne comparaissent pas à leur procès, et ceux qu’on y traîne de force.   175 Les enclos, les frontières.   176 Peut-être conréeurs (corroyeurs).   177 Contestataires.   178 Poètes.   179 Les endurcis et les assistés.   180 Confiture.   181 Confirmation.   182 Poursuivi.   183 Fréquenter.   184 Ms : voit   185 Contaminé.   186 Escaliers.   187 De la conversation.   188 Banquet.   189 Cadeau de noces.   190 Grives.   191 Enjeux, surenchères.   192 Figures.   193 Marchands de vivres.   194 Victuailles.   195 Ms : villetz  (qui est trop long et ne rime pas.)   196 La survie des âmes.   197 Juridiction d’un vicomte. Je garde le vicomte pour la rime au v. 21.   198 Vue, visée.   199 Débauchés.   200 Vignobles.   201 Flèches et traits d’arbalètes rotatifs.   202 Vilicque, receveur d’un seigneur.   203 Dire.   204 Ils m’ont fait cocu.   205 Ms : voirent il  (Cf. le dernier vers de la Complaincte sur les cons.)

LE DORELLOT AUX FEMMES

Adultère (XVº s.)

Adultère (XVº s.)

*

LE  DORELLOT

AUX  FEMMES

*

Cette farce date probablement de la fin du XVe siècle. Outre le caractère de la femme vénale, du mari faible et de l’amant idéaliste, elle fait de nombreux emprunts au Povre Jouhan : vers 26, 62-63, 71, 328, 368, etc. On peut aussi lui trouver des points communs avec les Amoureux qui ont les botines Gaultier (F 9). Notre pièce illustre une expression, « avoir la chemise [de] Bertrand », c’est-à-dire : se contenter des restes dont un autre ne veut plus.

Source : Recueil de Florence, nº 24.

Structure : Rimes plates, avec 2 chansons, 2 triolets.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

*

Farce nouvelle trèsbonne & fort joyeuse du

Dorellot aux femmes

qui en a la chemise Bertrand

*

À quatre personaiges, c’est assavoir :

      BERTRAND

      SADINETTE

      LE DORELOT

      FAICTE-AU-MESTIER

*

               BERTRAND  commence         SCÈNE I

             Mon tecton !

                                              SADINETTE,  femme Bertrand

                                        Et ! hay avant, hay !

                                             BERTRAND

             Sans me faire plus de délay,

             Seray-je point baisé en l’œil ?

                                            SADINETTE

             Haro ! Et d’où vient cest orgueil ?

                                           BERTRAND

5    Ma poupée !

                                           SADINETTE

                                    Tant de fatras !

                                           BERTRAND

             Le vous feray-je1 ?

                                           SADINETTE

                                              Ouy dea, trois,

             Encore beaucop, par saint Pierre !

                                          BERTRAND

             M’amye !

                                          SADINETTE

                               Quoy ?

                                         BERTRAND

                                               Dont vient tel guerre ?

             Qu’avez-vous, ma doulce rousée ?

                                        SADINETTE

10     Et ! rien, rien.

                                        BERTRAND

                                           Estes-vous coursée

             Contre moy ? [Hélas !] qu’ay-je fait ?

                                        SADINETTE

             Tant dire !

                                       BERTRAND

                                   Mon cueur !

                                       SADINETTE

                                                             Tant de plait !

             Ha ! que vous estes ennuyeulx.

             Laissez-m(oy) en paix !

                                       BERTRAND

                                                         Bien je le veulx.

15     Mais belle dame, dictes-moy

             Ung bon mot2.

                                       SADINETTE

                                         Aÿe ! laissez-moy !

                                      BERTRAND

             Qu’avez-vous, estes-vous malade ?

                                      SADINETTE

             Nenny, que vous estes maussade !

                                      BERTRAND

             Acollez-moy, ma doulce conne3.

20     Ferez-vous ?

                                      SADINETTE

                                            Encor(e) ?

                                     BERTRAND

                                                                  Ma mignonne !

                                     SADINETTE

             Cecy !

                                    BERTRAND

                            Mon tout, mon entretant4,

             Baisez-moy !

                                   SADINETE

                                      Et trut, trut avant !

             Fouet à l’huys5 ! (Ilz sont passéz6 ?)

             Tant de mines !

                                   BERTRAND

                                           Vous vous farsez ?

25     Et don[t] viennent ces petis motz ?

                                   SADINETE

             Mon Dieu, qu’il en y a de sotz !

             (Quant tout le monde est [es]levay7,

             [L’]est-il ?)

                                  BERTRAND

                                    Suis-je bien arrivay ?

             Tournez-vous deçà, mon trèstout,

30     Et d’ung beau baston à ung bout8

             Aurez, avant que je repose,

             Doze fois.

                                   SADINETE

                                Hélas, doulce chose !

              (Vueillez m’acoller ce pourceau9 !)

                                  BERTRAND

             Ma femme…

                                  SADINETE

                                     Tenez, quel joyau10 !

35     (Hélas ! et qu’ilz ne le me font !)

                                  BERTRAND

             Qu’esse-ci ? Comment on respond !

             Auffort, il n’est que d’endurer.

                                 SADINETE

             Vous deveriez beaucop durer.

                                 BERTRAND

             Comme quoy ?

                                 SADINETE

                                           Vous estes bien neuf.

                                 BERTRAND

40     (Ataché !)

                                 SADINETE

                                      Avez-vous point seuf ?

             Il vous fault boire ceste honte.

                                  BERTRAND

             Ha, dea ! vous avez vostre compte.

             Nous sommes bien : ma dame sue.11

                                  SADINETTE

             Tenez cy : suis-je bien pourveue,

45     Ne suis-je pas bien endouée ?

                                  BERTRAND

             Allons !

                                  SADI[NETTE]

                              (Je suis ailleurs vouée,

             C’est bien du moins de mon soucy.)

             Tant de prières !

                                  BERTRAND

                                             Qu’esse-cy ?

             Et ! dictes-moy, se vous voulez,

50     Qu’il y a.

                                 SADINETE

                                (Quoy ! ilz sont couchéz ?)

             Mon amy, le logis est plain ;

             Nous sommes bien ! C’est à demain.

     (Je n’ai rien, encor une fois.

             Vécy grant hideur !)

                                   BER[TRAND]12

                                                    Je m’en vois,

55     Par le ventre bieu, par despit.

                                   SADINETTE

             Par Nostre Dame, c’est bien dit :

             Vous me pugnirez par ce point.

                                   BERTRAND

             Ventre Dieu ! me baill’on de l’oingt ?

             Je suis fort en sa malle grâce.

60     Quel remède ? Ho ! je m’en passe,

             Pour le présent, d’en plus parler.

             Se ne luy laisse bien ronger

             Son frain, que je n’en aye rien !

                                 FAICTE-AU-MESTIER,  maquerelle       SCÈNE II

             Qui est céans ? Y puis-je bien,

65     Tant doulcette ?

                                   SADINETTE

                                                  Hay ! ma commère,