MALLEPAYE ET BÂILLEVANT

Bibliothèque nationale de France

Bibliothèque nationale de France

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MALLEPAYE  ET  BÂILLEVANT

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Ce dialogue de la fin du XVe siècle, qu’on imputait jadis à Villon, est maintenant attribué à Roger de Collerye1. Il est très proche du dialogue initial de Marchebeau et Galop (LV 68). La virtuosité de sa versification, l’écriture en questions-réponses, l’absence d’intrigue et de scénographie, les caractères stéréotypés qui n’évoluent pas : tout l’apparente au jeu verbal des Sots.

Source : Œuvres de Maistre Françoys Villon. Édition princeps de Galliot du Pré, Paris, 1532 <BnF., Inv. Rés. Ye-1295>.

Structure : aabaab/bbcbbc.

Cette édition : Cliquer sur Préface. (Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.)   G = édition Galliot du Pré.

 

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Dyalogue de Messieurs de

Mallepaye & de Bâillevant

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                  MONSIEUR DE BÂILLEVANT2

     Monsïeur de Mallepaye3 !

                  MALLEPAYE

                      Quoy

                  BÂILLEVANT

     De neuf ?   M.4 On nous tient en aboy5

     Comme despourveux malureux.

     B. Si j’avoye autant que je doy,

5     Sang bieu, je seroye chez le Roy,

     Ung paige après moy, voire deux !

     M. Nous sommes francs,   B. Adventureux,

     M. Riches,   B. Bien aises,   M. Plantureux.

     B. Voyre, de souhais6…   M. C’est assez.

10    B. Gentilz hommes,   M. Hardis   B. Et preux

     M. Par l’huys7 ;   B. Du joly Souffreteux8

     M. Héritiers ;   B. De gaiges casséz9.

     M. Nous sommes, puis trois ans passéz,

     Si mainces !   B. Si mal compasséz !

15    M. Si simples !   B. Ligiers comme vent.

     M. Si esbaudiz !   B. Si mal pansés10 !

     M. De donner pour Dieu ?   [B.] Dispenséz,

     Car nous jeusnons assez souvent.

     M.11 Hée ! monsïeur de Bâillevant12 !

20    [B.] Qui peûlt13 trouver soubz quelque auvant14

     Deux ou troys mille escus : quel(le) proye !

     M. Nous ferions bruyt.   B. Toutale(s)ment.

     M. Le quartier en vault [bien] l’arpent.

     [B.15] Par Dieu, monsieur de Mallepaye,

25    J’escriptz contre ces murs.   M. Je raye

     Puis de charbon et puis de croye16.

     B. Je raille.   M. Je fays chère17 à tous.

     B. Nous avons beau coucher en [b]raye18,

     L’oreille au vent, la guelle baye :

30    On ne faict point porchatz de nous.

     M. Hélas ! serons-nous jamais soûlx ?

     B. Il ne fault que deux ou trois coups

     Pour nous remonter.   M. Doux,   B. Droictz,   M. Drutz19

     B. Pour fringuer,   M. Pour porter le houx ;

35    B. Gens   M. À dire : « Dont venez-vous ?20 »

     De [nous, vous] seriez tous recreux.

     B. Francs,   M. Fins,   B. Froictz,   M. Fors,   B. Grans,

                            M. Gros,   B. Escreux.

     M. Et ! si(lz) n’avions nulz biens acreuz21 !

     B. Nous debvons.   M. On nous doibt   B. Fourraige.

40    M. Entretenuz   B. Comme poux creux22.

     M. Jurons « sang bieu ! », nous serons creuz23.

     Arrière, piettons de village24 !

     B. Ne suis-je pas beau personnaige ?

     M. J’ay train de seigneur,   B. Pas de saige,

45    M. Ressourdant   B. Comme bel alun25.

     M. Pathelin en main,   B. Dire raige.

     M. Et, par la mort bieu ! c’est dommaige

     Que ne mettons villains en run26.

     B. Hée ! cinq cens escus !   M. C’est esgrun27.

50    B. Quant j’en ay, j’en offre à chascun,

     Et suis bien aise quant j’en preste.

     M.28 Mes rentes sont sur le commun,

     Mais povres gens n’en ont pas ung ;

     Je m’y romp(e)roye pour neant la teste.

55    B. S’il nous povoyt venir quelque enqueste,

     Quelque mandement ou requeste,

     Ou quelque bonne commission…

     M. Mais, en quelque banquet honneste,

     Faire acroire à cest ou à ceste

60    La Pramatique Sanction29.

     B. Et s(i) elle y croit ?   M. Promission30 !

     B. S(i) elle promect ?   M. Monicion31 !

     B. S(i) on l’admoneste ?   M. Qu(e) on marchande !

     B. S(i) on faict marché ?   M. Fruïctïon32 !

65    B. Se on fruit ?   M. La pétition33

     En forme de belle demande

     D’ung beau cent [d’]escus.   B. Quel vïande !

     M. Qui l’auroit quant on la demande,

     On feroit…   B. Quoy ?34   M. Feu.   B. Sainct Jehan, voire !

70    M. On tauxeroit bien grosse admende

     Sur le faict de ceste demande,

     Se j’en quictoye le pétitoire35.

     B. Quel bien !   M. Quel heur !   B. Quel accessoire !

     M. Je me raffroîchiz la mémoire,

75    Quant il m’en souvient.   B. Quel plaisir !

     M. S(e) on nous bailloit par inventoire

     Deux mil escuz en une armaire,

     Ilz n’auroient garde d(e) y moysir.

     B. Qui peûlt prandre,   M. Qui peûlt choisir,

80    B. Gaigner,   M. Espargner,   B. Se saisir :

     Nous serions par tout bien venuz.

     M. Ung songe !   B. Mais quel ?   M. De plaisir.

     B. Nous prendrons si bien [le] loisir

     De compter ne sçay quantz escuz.

85    M. Nous sommes bien entretenuz,

     B. Ayméz,   M. Portéz   B. Et soustenuz.

     M. De noz parens   B. De bonne race,

     M. Rentes assez et revenuz.

     Et s(i) à présent n’en avons nulz,

90    Ce n’est que Malheur qui nous chasse.

     B. Je n’en faiz compte.   M. Je grimasse36.

     B. Je volle par coups.   M. Je tracasse

     Puis au poil [et] puis à la plume37.

     B. Je gaudis ; et si, je rimasse.

95    Que voulez-vous ? il [ne] tient qu(e) ad ce

     Que je ne l’ay pas de coustume.

     M. D’honneur assez.   B. Chascun en hume.

     M. Je destains le feu.   B. Je l’allume38.

     M. Je m’esbas.   B. Je passe mon dueil.

100   M. Le plus souvent, quant je me fume39,

     Je batt(e)roye comme fer(t) d’enclume,

     Se je [ne] me trouvoye tout seul !

     B. Je ris.   M. Je bave sur mon seuil.

     B. Je donne à quelqu(e) une ung guin d’ueil.

105   M. Je m’esbas à je ne sçay quoy.

     B. J’entretiens.   M. Je faiz bel acueil.

     B. On me fait [tout] ce que je veueil,

     Quant nous sommes mon paige40 et moy.

     M. Je ne demande qu’avoir de…   [B.] Quoy ?

110   [M.] Belle amye; et vivre à requoy41,

     Faire tousjours bonne entreprise,

     Belles armes, loyal au Roy.

     B. Mais, trois poulx rempans en aboy,

     Pour le gibier de la chemise.

115   M. Je porteroye pour devise

     La marguerite en or assise

     Et le houlx42 par tout estandu.

     B. Vostre cry, quel ?   M. « Nouvelle guise43 ! »

     B. Riens en recepte, tout44 en mise,

120   Et [somme toute]45 item perdu.

     M. Je vous seroye, au résidu,

     Gorgias, sur le hault verdu46 ;

     Le bel estomac d’alouette47.

     B. Robbe ?   M. De gris blanc, gris perdu ;

125   Bien emprunté et mal rendu,

     Payé d’une belle estiquette48.

     B. Puis la chaîne d’or, la baguette49,

     Le latz de soye, la cornette

     De velours, le50 bel affiquet.

130   M. Quant nous aurions fait nostre emplète,

     La porte seroit bien estroicte,

     Se nous ne passions jusqu(es) au ticquet51 !

     B. Nectelet,   M. Gorgias,   B. Friquet.

     M. De vert ?   B. Tousjours quelque bouquet,

135   Selon la saison de l’année.

     M. Et de paige ?   B. Quelque naquet52.

     M. S’il vient hasart en un banquet ?

     B. Le prendre entre bont et volée53.

     M. Aux survenans ?   B. Chère meslée.54

140   M. Aux povres duppes ?   B. La havée55.

     M. Et aux rustes ?   B. Le jobelin56.

     M. Aux mignons de Court ?   B. L’accollée.

     M. Aux gens de mesmes ?   B. La risée.

     M. Et aux ouvriers ?   B. Le pathelin57.

145   M. D’entretenir ?   B. Damoiselin.

     M. Et saluer ?   B. Bas comme clin58.

     M. Et diviser59 ?   B. Motz tous nouveaulz.

     M. Pour contenter le féményn,

     Nous ferions plus, d’un esc[he]lin60,

150   Qu(e) ung aultre de quinze royaulx.

     B. Hée ! cueurs joyeulx !   M. Hée ! cueurs loyaulx !

     B. Prestz,   M. Prins61B. Promps,   M. Preux,  B. Espéciaulx,

     M. Ayméz,   B. Supportéz,   M. Bien receuz.

     B. Nous dev[e]rions passer aux sceaulx

155   Envers les officier[s] royaulx

     Comme « messieurs les Despourveuz »62.

     M. De congnoissance avons [en sus]63.

     B. [……………………….,] on nous a veuz

     Si gent(il)z,   M. Si netz,   B. Si francs,   M. Si doulx.

160   B. Hélas ! cent escuz nous sont deubz64.

     M. Au fort, si nous les eussions euz,

     On ne tînt plus compte de nous.

     B. Nous avons faict plaisir à tous.

     M. Chère à dire : « Dont venez-vous ? »

165   B. Émerillonnéz,   M. Advenans.

     B. Cent escuz et juger des coups :

     On auroit beau mettre aux deux bouz65,

     Se ne nous tenions des gaignans !

     M. Nous sommes deux si beaulx gallans !

170   B. Fringans,   M. Bruyans,   B. Allans,   M. Parlans66,

     B. Esmeuz de franche volunté,

     M. Aagés de sens   B. Et jeunes d’ans,

     M. Bien guetz   B. [Et] assez resc[r]éans,

     M. Povres d’argent,   B. Prou de santé.

175   M. Chascun de nous est habité67 :

     B. Maison à Paris ;   M. Bien monté68,

     Aussi bien aux champs qu(e) en la ville.

     B. Il y a ceste malheurté

     Que, de l’argent qu(e) avons presté,

180   Nous n’en [avons ne]69 croix ne pille.

     M. Où sont les cens et deux cens mille

     Escus que nous avions en pille,

     Quant chascun avoit bien du sien ?

     B. Au fort, se70 nous n’en avons mille,

185   Nous sommes (selon l’Évangille)

     Des bien-heureulx du temps ancien.

     M. J’aymasse mieulx qu’il n’en fust rien !

     B. Trouvons-en par quelque moyen.

     M. Qu(i) en a, à présent ?   B. Je ne sçay.

190   M. Hé ! ung angin71 parisien !

     B. Art lombart72 !   M. Franc praticien73,

     Pour faire à présent ung essay !

     B. Je vis le temps que j’avanssay

     L’argent de Chose74, et adressay

195   Tel et tel et tel bénéfice.

     M. Et ! mais moy, quant je commensay75

     Monseigneur Tel et pourchassay76

     Moy-mesmes, tout seul, son office.

     B. [J’estoye tousjours à tous]77 propice.

200   Mais je crains…   M. Et quoy ?   B. Qu’Avarice

     Nous surprînt, si devenyons riches.

     M. Riches ? Quoy ! ceste faulce lisse78,

     Povreté, nous tient en sa lisse.

     B. C’est ce qui nous faict estre chiches.

205   M. Nous sommes légiers   B. Comme biches,

     M. Rebondis   [B.] Comme belles miches,

     M.79 Et frayzés80   [B.] Comme beaulx ongnons,

     M. Aussi coutelléz   B. Comme chiches81,

     M. Adventureux   B. Comme Suÿsses

210   À Nancy, sur les Bourguygnons82.

     M. Entre les gallans ?   B. Compaignons !

     M. Entre les gorgias ?   B. Mignons !

     M. Entre gens d’armes ?   B. Courageux !

     M. S’on barguigne ?   B. Nous bargui[g]nons !

215   M. Heureulx   B. Comme beaulx champignons,

     Mis sus83 en ung jour ou en deux.

     M. Nous sommes les adventureux

     Despourveuz.   B. D’argent ?   M. Planteureux !

     B. De nouvelles plaisantes ?   M. Tant !

220   B. Pour servir princes ?   M. Curieux !

     B. Et pour les mignons ?   M. Gracieulx !

     B. Et pour le commun ?   M. Tant à tant.

     Hée ! monsïeur de Bâillevant !84

     [B.] Quant reviendra le bon temps ?   M. Quant ?

225   Quant chascun aura ses souhais.

     B. Cent mille escus argent content,

     Sur ma foy, je seroye content

     Qu’on ne parlast plus que de paix !

     M. Nous sommes si francs !   B. Si parfaiz !

230   M. Si sçavans !   B. Si caux en nos faiz !

     M. Si bien néz !   B. Si preux !   M. Si hardis !

     B. Saiges !   M. Subtilz !   B. Adviséz !   M. Mais

     B. Faulte d’argent et les grans prestz

     Nous ont ung peu appaillardis85.

235   M. Habandonnéz ?   B. Comme hardis !

     M. Requis ?   B. Comme les gras Mardis !

     M. Et fiers ?   B. Comme ung beau pet en baing !

     M. J’ay dueil que vieulx villains tarnys

     Soient d’or et d’argent si garnis,

240   Et mignons en ont tant besoing.

     B. Nous avons froit,   M. Chault,   B. Fain,   M. Soif,   B. Soing ;

     M. Nous tracasson,   B. Çà,   M. Là,   B. Près,   M. Loing,

     B. Sans prouffit,   M. Sans quelque adventaige.

     B. Mais s(i) on nous fonsoit86 or au poing,

245   Nous serions pour faire à ung coing

     Nostre prouffit d’aultruy dommaige.

     [M.] Avez[-vous] tousjours l’éritaige

     De Bâillevant ?   B.87 Ouÿ.   M.88 J’enraige

     Qu(e) en Mallepaye n’a vins, bléz, grains.89

250   Cent franc[s] de rente et ung fromaige,

     Vous [m’]oriez dire de couraige :

     « Vive le Roy ! »   B. Ronfflez, villains90 !

     M. Qui a le vent91 ?   B. Joyeulx mondains.

     M. Gré de dames ?   B. Amoureux crains.

255   M. Et l’argent, qui ?   B. Qui plus embource.

     M. Qu’esse d’entre nous, courtissains92 ?

     B. Nous prenons escus pour93 douzains

     Franchement, et bource pour bource.

     M. Ha, monsïeur !   B. Sang bieu ! l’amourse94

260   M’a trop co[u]sté.   M. Et pourquoy ?   B. Pource.

     M. Hay, hay !   B. Tout est mal compassé.

     M. Comment ?   B. On ne joue plus du pousse95.

     Qui ne tire ?   M. Quicte la trousse96 :

     Autant vaul[droit] ung arc cassé.

265   B. Monsieur mon père eust amassé

     Plus d’escu[s] qu(e) on n’eust entassé

     En ung hospital de vermine.

     M. Mais nous avons si bien sassé,

     Le sang bieu, que tout est passé,

270   Gros et menu, par l’estamyne.

     B. S’i vient guerre, mort ou famine

     (Dont Dieu nous gard !), quel train, quel myne

     Ferons-nous pour gaigner le broust97 ?

     M. Quant est à moy, je me détermine

275   D’entrer chez voisin et voisine

     Et d’aller veoir se98 le pot bout.

     B. Mais regardons à peu de coust(z)

     Quel train nous viendroit mieulx à goust,

     Pour amasser biens et honneurs.

280   M. Le meilleur est : prendre par tout.

     B. De rendre, quoy ?   M. On s’en absoult

     Pour cinq solz à ces pardonneurs.

     B. Allons servir quelques seigneurs.

     M. Aucuns sont si petitz donneurs99

285   Qu(e) on n’y a que peine et meschance.

     B. Et prouffit, quel ?   M. Selon les eurs.

     Mais entre nous, fins estradeurs,

     Il nous fault esplucher la chance.

     B. Servons marchans.   M. Pour la pitance,

290   Pour fructus ventris100, pour la pence,

     On y gaigneroit ses despens.

     B. Et de fonsser ?   M. Bonne asseurance,

     Petite foy, large conscience :

     Tu n’y scèz riens, et y aprens.

295   B. De procès, quoy ?   M. Si je m’y rens,

     Je veulx estre mis sur les rencz,

     S’ilz ont argent, si je n’en crocque !

     B. Quelz gens sont-ce ?   M. Gros maschesens101

     Qui se font bien servir des gens.

300   [B.] Mais de payer ?   [M.] Quérez qui bloque !

     B. Officiers, quoy ?   [M.] C’est toute mocque :

     L’ung pourchasse, l’autre desroque102 ;

     Et semble que tout soit pour eulx.

     Laissons-les là.103   B. Ho ! je n’y tocque !

305   Il n’est point de pire défroque

     Que de malheur à malheureux.

     M. Pour despourveuz adventureux

     Comme nous, encor c’est le mieulx

     De faire l’ost et les gens d’armes.

310   B. En fuitte, je suis couraigeux.

     M. Et à frapper ?   B. Je suis piteux…

     Je crains trop les coups, pour les armes104.

     M. Servons donc cordeliers ou carmes,

     Et prenons leurs bissatz105 à fermes,

315   Car il n’y a pas grant débit.

     B. Il[z] nous prescheroient en beaulx termes

     Et pleureroyent maintes lermes

     Devant que nous prinssions l’abit !

     M. S(e) en ceste malheure et labit106

320   Nous mourions, par quelque acabit,

     Âme n’y a qui bien nous face.

     B. J’ay ung vieil harnoys qu’on forbit,

     Sur lequel je fonde ung aubit107.

     Et du surplus, Dieu le parface !

325   M. Hée ! fault-il que Fortune efface

     Nostre bon bruyt ?   B. Malheur nous chasse ;

     Mais il n’a nul bien, qui n’endure.

     M. Prenons quelque train.   B. Suyvons trasse.

     M. Nous trassons, et quelq’ung nous trasse :

330   À loups rabis108, grosse pasture.

     B. Allons !   M. Mais où ?   B. À l’aventure.

     M. Qui nous admoneste ?   B. Nature.

     M. Pour aller ?   B. Où on nous attend.

     M. Par quel chemin ?   B. Par soing ou cure.

335   M. Logéz où ?   B. Près de la clousture

     De monsïeur d’Angoulevent109.

     M. Comment yrons-nous ?   B. [……… -ent

     ……………….] jusques à Claquedent110.

     [M.] Et passerons par Mallepaye.
340   Brief ! c’est le plus expédient

     Que nous gettons la plume au vent111 :

     Qui ne peult mordre, si abaye.

     B. Où ung franc couraige s’employe,

     Il treuve à gaigner.   M. Quérons proye !

345   B. Desquelz serons-nous ?   M. Des plus fors !

     B. Il ne m’en chault, mais que j’en aye,

     Que la plume au vent on envoye.

     M. Puis après ?   B. Alors comme alors.

     M. La plume au vent !   B. Sus !   M. Là !   B. Dehors !

350   M. Au hault et au loing !   B. Corps pour corps !

     Je me tiendray des mieulx venuz.

     M. On n’yra point, quant serons mors,

     Demander au Roy les trésors

     De messïeurs les Despourveuz.112

355   La plume au vent !   B. Je le concluz,

     Pour les povres de ceste année.

     M. Ne demourons plus si confuz :

     Au grat ! la terre est dégelée113.

     B. Allons !   M. Suyvons quelque traînée114,

360   [N]ou[s] faisons cy [grant] demourée115.

     B. Devant !   M. Vostre fièvre est tremblée,

     Car nous sommes tous estourdis.

     B. Dieu doint aux riches riche & bonne année !

     M. Aux despourveuz ?   B. Grasse journée !

365   M. Et aux femmes ?   [B.] Pesant[z] maritz !

     Prenez en gré, grans et petitz !

*

1 Jean-Claude Aubailly : « Essai d’attribution et de datation du dialogue de MM. de Mallepaye et Baillevent. » Mélanges de langue et de littérature médiévales offerts à Pierre Le Gentil. S.E.D.E.S., 1973, pp. 65-73.   2 Bâille-vent = qui avale du vent. Au v. 336, Bâillevant nommera son quasi homonyme, « monsieur d’Angoulevent » [engouler = avaler].   3 Mauvaise paye. Ces deux noms de pauvres génèrent aussi une lecture scatologique : Mâle-pet et Baille-vent. Cf. le vers 237.   4 À partir d’ici, G (Galliot) réduit les noms à leur initiale : M. et B. J’aligne ces rubriques et les fragments de vers, pour faciliter la lecture d’une œuvre destinée à être entendue et non à être lue, comme en témoigne le dernier vers.   5 « Vous me tenez en voz aboys ;/ De moy, n’avez mercy aucun. » Mieulx-que-devant (BM 57).   6 Nous prenons nos désirs pour la réalité. (Tout le dialogue alterne des rêves éveillés et des retours à la dure réalité.)   7 Courageux devant une porte. Cf. les vers 274-276.   8 Héros d’une pièce perdue de Triboulet, le Povre Souffreteux. <Triboulet, la Farce de Pathelin et autres pièces homosexuelles, GayKitschCamp, 2011, pp. 8 et 228.>   9 Allusion possible aux francs-archers, qui furent cassés de gages en 1481.   10 G : tapiz  (Mal-pansé est un personnage famélique du Capitaine Mal-en-point.)   11 G : B.   12 G : mallepaye  (qui ne rime pas.)   13 Qui pût = si on pouvait. Idem vers 79.   14 G : amant  (Auvent = abri pour les poules ; d’où la proie du vers suivant. Faute de banques, les paysans cachaient leur argent n’importe où : on découvre encore leurs trésors dans des lieux inattendus. Cf. les Gens Nouveaulx, vv. 87-88.)   15 G n’attribue à Bâillevant que le v. 25.   16 De craie. On traçait sur les murs des églises des inscriptions votives, en espérant qu’elles se réalisent.   17 Bonne figure.   18 Dormir habillés, au cas où on nous appellerait.   19 Monosyllabes sur une même initiale. Idem vers 37 et 152.   20 Injonction provocatrice, comme au v. 164. « En ce temps-là, j’estoye ung homme/ Franc pour dire : “ Dont venez-vous ? ” » (Monologue Coquillart.)   21 Accru = prêté. Cf. les vers 179 et 233.   22 Aussi bien nourris que des poux affamés.   23 Crus, crédibles.   24 Soi-disant fantassins, faux soldats. « Ces pehons de villaige,/ J’entens pehons de plat pays. » Franc archier de Baignollet.   25 G : alain  (Brillant comme du cristal d’alun.)   26 En rang, au pas. « Nous les mectrons tous en un run ! » Les Troys Galans et le Badin (LV 40).   27 Une source d’aigreur. « Persévérer en son mal, c’est esgrun. » Clément Marot.   28 G : B.   29 L’ordonnance de 1438 fut abolie en 1461, rétablie en 1464, abolie en 1467, rétablie en 1478 : il était permis de ne pas croire à son existence !   30 Une promesse de don.   31 Une injonction de payer.   32 La jouissance, l’obtention.   33 La requête.   34 Dessous, G répète : B. Quoy ?   35 Si j’acquittais l’acte pour la reconnaissance de mon droit de propriété.   36 G : reimasse  (Grimacer = simuler.)   37 Je chasse tous les gibiers.   38 G : la hume   39 Quand je me fâche. « Quant je me fume,/ Il n’est homme, tant soit subtil,/ Qui osast lever le sourcil. » Mistère du Vieil Testament   40 Bâillevant rêve encore : il n’a pas de page, comme il l’avoue au v. 6.   41 En repos. « Je désire à requoy vivre, content de peu. » Baïf.   42 En héraldique, la marguerite symbolise la pureté, et le houx la persistance. Mallepaye se voyait déjà porter du houx au v. 34.   43 Dernière mode. « Ou soit qu’elle se vête à la nouvelle guise. » Jean Godard.   44 G : tant   45 G : toute somme  (Et tout ce que j’ai misé est également perdu.)   46 G : verdi  (Être sur le haut verdu = être élégant. Cf. le Monde qu’on faict paistre, v. 310.)   47 Le jabot en avant.   48 D’une reconnaissance de dette, comme Marchebeau et Galop (LV 68) dans un dialogue similaire au nôtre : « Ou nous payons par étiquète. »   49 Petite bague.   50 G : ce   51 Loquet.   52 Petit valet. Mais cf. Trote-menu et Mirre-loret, note 31.  53 Saisir l’occasion au vol, comme la balle du jeu de paume. « Contre Fortune l’esvolée,/ Prenez entre bond et vollée. » Maître Antitus.   54 Montrer un visage mitigé.   55 Action de prendre avidement.   56 Jargon réservé aux initiés, au détriment des rustres.   57 La tromperie.   58 G : luy  (Clin = inclinaison de tête, révérence.)   59 Deviser, dire.   60 Shilling, petite monnaie ; opposé au royal, qui est une pièce d’or.   61 Les premiers.   62 Nous devrions être enregistrés par les chambellans sous le nom de « Messieurs les Dépourvus ».   63 G : assez  (En sus = à revendre.)   64 Dus. Cf. note 21.   65 « On aurait beau mettre des enjeux aux deux bouts de la table. » Édouard Fournier, le Théâtre français avant la Renaissance, p. 119.   66 Accumulation d’homéotéleutes.   67 Bien logé. (Encore un rêve !)   68 Ayant une bonne monture.   69 G : arions   70 G : ce   71 Une ruse. Cette édition de Galliot du Pré contient aussi les Repues franches, qui dévoilent les ruses des étudiants parisiens pour se procurer le nécessaire.   72 L’usure.   73 Un alchimiste. Essai = épreuve de la pureté de l’or sur la pierre de touche.   74 Cf. la Résurrection Jénin à Paulme, v. 96.   75 G : commence  (Commenser = avoir pour commensal, pour invité.)   76 G : luy pourchasse   77 G : iay este tousiours a tout   78 Fausse lice = perfide chienne.   79 G : B.   80 Polis. « Gorgias, mignon,/ Franc, fraiz, frasé comme ung ongnon. » Coquillart, Monologue du Puys.   81 Ouverts comme des pois chiches fendus.   82 Le 5 janvier 1477 eut lieu la bataille de Nancy, où les troupes suisses du duc de Lorraine battirent les Bourguignons menés par Charles le Téméraire, qui fut tué.   83 Les champignons poussent en un jour.   84 G attribue ce vers à Bâillevant.   85 Mis sur la paille.   86 Payait. Idem v. 292.   87 G : M.   88 G : B.   89 Les deux hobereaux parlent de leurs domaines. G ajoute dessous la rubrique : M.   90 Allez vous coucher, laissez la place ! « Ronfflez, villains ! Les jeunes ont le gal [l’avantage] ! » Lefranc.   91 Qui est « dans le vent », à la mode ?   92 Courtisans, selon la prononciation affectée de la Cour. « Courtissain jusques à la moelle des os, il estoit infatigable à faire des courbettes aux puissans. » Arsène Groulot.   93 G : peur   94 G : la mousse  (Amorce = appât.)   95 Jouer du pouce = donner de l’argent. « On tombe aisément d’accord avec eux, mais que on ne soit paresseux à jouer des poulces. » (Godefroy.)   96 Pose son carquois.   97 Pour trouver quelque chose à brouter.   98 G : ce   99 G : dhonneurs   100 Dans l’Angélus, le « fruit des entrailles » désigne Jésus. Ici, plus prosaïquement, c’est la nourriture. Béroalde de Verville ira même plus loin dans le Moyen de parvenir (chap. 41) : « Fruict de ventre, c’est merde. »   101 G : marchesens  (= Sages. « De procureurs et d’advocatz,/ De docteurs et gros mâche-sens. » Coquillart, L’Enqueste. Cf. les Sotz triumphans, v. 61 et note 13. Cf. le Capitaine Mal-en-point, v. 327.)   102 Renverse.   103 G attribue cet hémistiche à Mallepaye.   104 G : carmes   105 Leurs bissacs [besaces], avec lesquels ils mendient de la nourriture. « Nous sommes réduits au bisac (…) Nous sommes voléz et ruinéz. » Montluc, Comédie des proverbes.   106 Détresse.   107 Fonder un obit = instituer une messe anniversaire pour un défunt. « Me laysser de quoy fonder un obit & fayre les aulmosnes requises. » Marie Stuart.   108 G : ravis  (Rabi = enragé. « Ainsi que loups rabis/ Meurtrissans les brebis. » Chansonnier huguenot.)   109 « Noble seigneur d’Angoulle-vent. » (Monologue des Nouveaulx Sotz.) C’est le surnom qu’adoptera le prince des Sots Nicolas Joubert au début du XVIIe siècle. Voir la note 2.   110 Maison qu’on n’a pas les moyens de chauffer. Dans la Chanson sur l’ordre de Bélistrie [mendicité], Jehan Molinet parle du « noble président de Clacquedent. »   111 Que nous allions au gré du vent.   112 Il semble manquer un vers en -uz.   113 G : degeleee  (Une rime en -uz serait plus juste. Grat = action de gratter la terre pour trouver des vers à picorer.)   114 Trace. À moins que pour finir, nos opportunistes ne se transforment en proxénètes… Cf. le Povre Jouhan, vers 115 et 178.   115 Nous tardons trop. « Ne fere ci grant demorée. » Roman de Renart.

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