MALLEPAYE ET BÂILLEVANT

Bibliothèque nationale de France

Bibliothèque nationale de France

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MALLEPAYE  ET  BÂILLEVANT

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Ce dialogue de la fin du XVe siècle, qu’on imputait jadis à François Villon, est maintenant attribué à Roger de Collerye1. La virtuosité de sa versification, l’écriture en questions-réponses, l’absence d’intrigue et de scénographie, les caractères stéréotypés qui n’évoluent pas : tout l’apparente au jeu verbal des Sots.

La pièce exploite un cas de figure très courant : un fils de famille délaisse la gestion de son patrimoine pour aller vivre aux abords de la Cour dans l’espoir d’y être admis. L’espoir est vain ; le domaine, mis en coupe réglée par son métayer, ne peut plus entretenir la folie des grandeurs du courtisan, qui meurt de faim. Sauf qu’ici, nous n’avons pas affaire à une Moralité pontifiante, mais à un dialogue mené tambour battant. Nul désespoir et nulle aigreur dans cette partie de jeu de paume survoltée ; uniquement la confiance dans un avenir qui appartient aux plus débrouillards.

Source : Œuvres de Maistre Françoys Villon. Édition princeps de Galliot du Pré, Paris, 1532 <BnF., Inv. Rés. Ye-1295>.

Structure : aabaab/bbcbbc.

Cette édition : Cliquer sur Préface. (Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.)   G = édition Galliot du Pré.

 

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Dyalogue de Messieurs de

Mallepaye & de Bâillevant

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                                      MONSIEUR  DE  BÂILLEVANT2

           Monsïeur de Mallepaye3 !

                                      MALLEPAYE

                                                      Quoy

                                      BÂILLEVANT

           De neuf ?   M.4 On nous tient en aboy5

           Comme despourveux malureux.

           B. Si j’avoye autant que je doy,

5     Sang bieu, je seroye chez le Roy,

           Ung paige après moy, voire deux !

 

           M. Nous sommes francs,   B. adventureux.

           M. Riches ?   B. Bien aises.   M. Plantureux ?

           B. Voyre, de souhais6.   M. C’est assez.

10    B. Gentilz hommes,   M. hardis   B. et preux

           M. Par l’huys7 ;   B. Du joly Souffreteux8

           M. Héritiers ;   B. De gaiges casséz9.

           M. Nous sommes, puis trois ans passéz,

           Si mainces !   B. Si mal compasséz10 !

15    M. Si simples !   B. Ligiers11 comme vent.

           M. Si esbaudiz !   B. Si mal pansés12 !

           M. De donner pour Dieu ?   [B.] Dispenséz,

           Car nous jeusnons assez souvent.

     M.13 Hée ! monsïeur de Bâillevant14 !

 

20    [B.] Qui peûlt15 trouver soubz quelque auvant16

           Deux ou troys mille escus : quel(le) proye !

           M. Nous ferions bruyt.   B. Toutale(s)ment.

           M. Le quartier en vaul[droi]t l’arpent17.

           [B.18] Par Dieu, monsieur de Mallepaye,

25    J’escriptz contre ces murs.   M. Je raye

           Puis de charbon et puis de croye19.

           B. Je raille.   M. Je fays chère20 à tous.

           B. Nous avons beau coucher en [b]raye21,

           L’oreille au vent22, la guelle baye :

30    On ne faict point porchatz23 de nous.

 

           M. Hélas ! serons-nous jamais soûlx24 ?

           B. Il ne fault que deux ou trois coups

           Pour nous remonter.   M. Doux,   B. droictz,   M. drutz25

           B. Pour fringuer26,   M. pour porter le houx27 ;

35    B. Gens   M. à dire : « Dont venez-vous28 ? »

           De [nous, vous] seriez tous recreux29.

           B. Francs,   M. fins,   B. froictz,   M. fors,   B. grans,

                                                                < M. gros,   B. escreux30.

           M. Et ! si(lz) n’avions nulz biens acreuz31 !

           B. Nous debvons.   M. On nous doibt   B. fourraige32.

40    M. Entretenuz   B. comme poux creux33.

 

           M. Jurons « sang bieu ! », nous serons creuz34.

           Arrière, piettons de village35 !

           B. Ne suis-je pas beau personnaige ?

           M. J’ay train de seigneur,   B. pas de saige36 ;

45    M. Ressourdant   B. comme bel alun37.

           M. Pathelin38 en main,   B. dire raige.

 

           M. Et, par la mort bieu ! c’est dommaige

           Que ne mettons villains en run39.

           B. Hée ! cinq cens escus !   M. C’est esgrun40.

50    B. Quant j’en ay, j’en offre à chascun,

           Et suis bien aise quant j’en preste.

           M. 41 Mes rentes sont sur le commun42 ;

           Mais povres gens n’en ont pas ung :

            Je m’y romp(e)roye pour neant la teste.

55    B. S’il nous povoyt venir quelque enqueste,

           Quelque mandement ou requeste,

           Ou quelque bonne commission…

 

           M. Mais, en quelque banquet honneste,

           Faire acroire à cest ou à ceste

60    La Pramatique Sanction43.

           B. Et s(i) elle y croit ?   M. Promission44 !

           B. S(i) elle promect ?   M. Monicion45 !

           B. S(i) on l’admoneste ?   M. Qu(e) on marchande !

           B. S(i) on faict marché ?   M. Fruïctïon46 !

65    B. Se on fruit ?   M. La pétition47

           En forme de belle demande

           D’ung beau cent [d’]escus.   B. Quel vïande !

           M. Qui l’auroit quant on la demande,

           On feroit…   B. Quoy ?48   M. Feu.   B. Sainct Jehan49, voire !

70    M. On tauxeroit50 bien grosse admende

           Sur le faict de ceste demande,

           Se j’en quictoye le pétitoire51.

           B. Quel bien !   M. Quel heur !   B. Quel accessoire52 !

           M. Je me raffroîchiz la mémoire,

75    Quant il m’en souvient.   B. Quel plaisir !

 

           M. S(e) on nous bailloit par inventoire53

           Deux mil escuz en une armaire54,

           Ilz n’auroient garde d(e) y moysir.

           B. Qui peûlt55 prandre,   M. qui peûlt choisir,

80    B. Gaigner,   M. espargner,   B. se saisir :

           Nous serions par tout bien venuz.

 

           M. Ung songe !   B. Mais quel ?   M. De plaisir.

           B. Nous prendrons si bien [le] loisir

           De compter ne sçay quantz escuz56.

85    M. Nous sommes bien entretenuz,

           B. Ayméz,   M. portéz   B. et soustenuz.

           M. De noz parens   B. de bonne race57.

           M. Rentes assez et revenuz ;

           Et s(i) à présent n’en avons nulz,

90    Ce n’est que Malheur qui nous chasse.

           B. Je n’en faiz compte.   M. Je grimasse58.

           B. Je volle par coups.   M. Je tracasse

           Puis au poil [et] puis à la plume59.

           B. Je gaudis ; et si, je rimasse60.

95    Que voulez-vous ? il [ne] tient qu(e) ad ce

           Que je ne l’ay pas de coustume61.

 

           M. D’honneur assez.   B. Chascun en hume.

           M. Je destains le feu.   B. Je l’allume62.

           M. Je m’esbas.   B. Je passe mon dueil.

100   M. Le plus souvent, quant je me fume63,

           Je batt(e)roye comme fer(t) d’enclume,

           Se je [ne] me trouvoye tout seul !

           B. Je ris.   M. Je bave sur mon seuil.

           B. Je donne à quelqu(e) une ung guin d’ueil64.

105   M. Je m’esbas à je ne sçay quoy.

           B. J’entretiens.   M. Je faiz bel acueil.

           B. On me fait [tout] ce que je veueil,

           Quant nous sommes mon paige65 et moy.

 

           M. Je ne demande qu’avoir de…   [B.] Quoy ?

110   [M.] Belle amye ; et vivre à requoy66,

           Faire tousjours bonne entreprise,

           Belles armes, loyal au Roy.

           B. Mais, trois poulx rempans en aboy,

           Pour le gibier de la chemise.

115   M. Je porteroye pour devise

           La marguerite en or assise

           Et le houlx67 par tout estandu.

           B. Vostre cry, quel ?   M. « Nouvelle guise68 ! »

           B. Riens en recepte, tout69 en mise,

120   Et toute somme « item perdu70 ».

 

           M. Je vous seroye, au résidu71,

           Gorgias, sur le hault verdu72 ;

           Le bel estomac d’alouette73.

           B. Robbe ?   M. De gris blanc, gris perdu ;

125   Bien emprunté et mal rendu,

           Payé d’une belle estiquette74.

           B. Puis la chaîne d’or, la baguette75,

           Le latz76 de soye, la cornette

           De velours, le77 bel affiquet.

130   M. Quant nous aurions fait nostre emplète,

           La porte seroit bien estroicte,

           Se nous ne passions jusqu(es) au ticquet78 !

 

           B. Nectelet,   M. gorgias,   B. friquet79.

           M. De vert80 ?   B. Tousjours quelque bouquet,

135   Selon la saison de l’année.

           M. Et de paige ?   B. Quelque naquet81.

           M. S’il vient hasart en un banquet ?

           B. Le prendre entre bont et volée82.

           M. Aux survenans ?   B. Chère meslée.83

140   M. Aux povres duppes ?   B. La havée84.

           M. Et aux rustes ?   B. Le jobelin85.

           M. Aux mignons de Court ?   B. L’accollée.

           M. Aux gens de mesmes ?   B. La risée.

           M. Et aux ouvriers ?   B. Le pathelin86.

145   M. D’entretenir ?   B. Damoiselin87.

           M. Et saluer ?   B. Bas comme clin88.

           M. Et diviser89 ?   B. Motz tous nouveaulz.

 

           M. Pour contenter le féményn90,

           Nous ferions plus, d’un esc[he]lin91,

150   Qu(e) ung aultre de quinze royaulx.

 

           B. Hée ! cueurs joyeulx !   M. Hée ! cueurs loyaulx !

           B. Prestz,   M. prins92B. promps,   M. preux,  B. espéciaulx93,

           M. Ayméz,   B. supportéz94,   M. bien receuz.

           B. Nous dev[e]rions passer aux sceaulx

155   Envers les officier[s] royaulx

           Comme « messieurs les Despourveuz »95.

           M. De congnoissance avons [en sus]96.

           B. ………….…………., on nous a veuz

           Si gent(il)z,   M. si netz,   B. si francs,   M. si doulx.

 

160   B. Hélas ! cent escuz nous sont deubz97.

           M. Au fort, si nous les eussions euz,

           On ne tînt plus compte de nous.

           B. Nous avons faict plaisir à tous.

           M. Chère à dire : « Dont venez-vous ? »

165   B. Émerillonnéz98,   M. advenans.

           B. Cent escuz, et juger des coups99 :

           On auroit beau mettre aux deux bouz100,

           Se ne nous tenions des gaignans !

 

           M. Nous sommes deux si beaulx gallans !

170   B. Fringans,   M. bruyans,   B. allans,   M. parlans101,

           B. Esmeuz de franche volunté,

           M. Aagés de sens   B. et jeunes d’ans,

           M. Bien guetz102   B. [et] assez resc[r]éans,

           M. Povres d’argent,   B. prou de santé.

175   M. Chascun de nous est habité103 :

           B. Maison à Paris ;   M. Bien monté104,

           Aussi bien aux champs qu(e) en la ville.

 

           B. Il y a ceste malheurté

           Que, de l’argent qu(e) avons presté,

180   Nous n’en [avons ne]105 croix ne pille.

           M. Où sont les cens et deux cens mille

           Escus que nous avions en pille106,

           Quant chascun avoit bien du sien ?

           B. Au fort, se107 nous n’en avons mille,

185   Nous sommes (selon l’Évangille108)

           Des bien-heureulx du temps ancien.

           M. J’aymasse mieulx qu’il n’en fust rien !

           B. Trouvons-en par quelque moyen.

           M. Qu(i) en a, à présent ?   B. Je ne sçay.

190   M. Hé ! ung angin109 parisien !

           B. Art lombart110 !   M. Franc praticien111,

           Pour faire à présent ung essay112 !

 

           B. Je vis le temps que j’avanssay

           L’argent de Chose113, et adressay

195   Tel et tel et tel bénéfice114.

           M. Et ! mais moy, quant je commensay115

           Monseigneur Tel, et luy pourchassé116

           Moy-mesmes, tout seul, son office.

           B. [J’estoye tousjours à tous]117 propice.

 

200   Mais je crains…   M. Et quoy ?   B. Qu’Avarice

           Nous surprînt, si devenyons riches.

           M. Riches ? Quoy ! ceste faulce lisse118,

           Povreté, nous tient en sa lisse119.

           B. C’est ce qui nous faict estre chiches.

 

205   M. Nous sommes légiers   B. comme biches,

           M. Rebondis   [B.] comme belles miches,

           M.120 Et frayzés121   [B.] comme beaulx ongnons,

           M. Aussi coutelléz   B. comme chiches122,

           M. Adventureux   B. comme Suÿsses

210   À Nancy, sur les Bourguygnons123.

           M. Entre les gallans ?   B. Compaignons !

           M. Entre les gorgias ?   B. Mignons !

           M. Entre gens d’armes ?   B. Courageux !

           M. S’on barguigne124 ?   B. Nous bargui[g]nons !

215   M. Heureulx   B. comme beaulx champignons,

           Mis sus125 en ung jour ou en deux.

 

           M. Nous sommes les adventureux

           Despourveuz.   B. D’argent ?   M. Planteureux126 !

           B. De nouvelles plaisantes ?   M. Tant !

220   B. Pour servir princes ?   M. Curieux !

           B. Et pour les mignons ?   M. Gracieulx !

           B. Et pour le commun ?   M. Tant à tant127.

           Hée ! monsïeur de Bâillevant !128

 

           [B.] Quant reviendra le bon temps ?   M. Quant ?

225   Quant chascun aura ses souhais129.

           B. Cent mille escus argent content,

           Sur ma foy, je seroye content

           Qu’on ne parlast plus que de paix130.

 

           M. Nous sommes si francs,   B. si parfaiz,

230   M. Si sçavans,   B. si caux en nos faiz131,

           M. Si bien néz,   B. si preux,   M. si hardis,

           B. Saiges,   M. subtilz,   B. adviséz.   M. Mais

           B. Faulte d’argent et les grans prestz

           Nous ont ung peu appaillardis132.

 

235   M. Habandonnéz ?   B. Comme hardis133 !

           M. Requis ?   B. Comme les gras Mardis134 !

           M. Et fiers ?   B. Comme ung beau pet en baing !

           M. J’ay dueil que vieulx villains tarnys135

           Soient d’or et d’argent si garnis,

240   Et mignons en ont tant besoing.

 

           B. Nous avons froit,   M. chault,   B. fain,   M. soif,   B. soing ;

           M. Nous tracasson136   B. çà,   M. là,   B. près,   M. loing,

           B. Sans prouffit,   M. sans quelque adventaige.

           B. Mais s(i) on nous fonsoit137 or au poing,

245   Nous serions pour faire à ung coing

           Nostre prouffit d’aultruy dommaige138.

 

           [M.] Avez[-vous] tousjours l’éritaige

           De Bâillevant ?   B.139 Ouÿ.   M.140 J’enraige

           Qu(e) en Mallepaye n’a vins, bléz, grains.141

250   Cent franc[s] de rente et ung fromaige,

           Vous [m’]oriez142 dire de couraige :

           « Vive le Roy ! »   B. Ronfflez, villains143 !

 

           M. Qui a le vent144 ?   B. Joyeulx mondains.

           M. Gré de dames ?   B. Amoureux crains.

255   M. Et l’argent, qui ?   B. Qui plus embource.

           M. Qu’esse d’entre nous, courtissains145 ?

           B. Nous prenons escus pour146 douzains

           Franchement, et bource pour bource.

           M. Ha, monsïeur !   B. Sang bieu ! l’amourse147

260   M’a trop co[u]sté.   M. Et pourquoy ?   B. Pource148.

           M. Hay, hay !   B. Tout est mal compassé149.

           M. Comment ?   B. On ne joue plus du pousse150.

           Qui ne tire ?   M. Quicte la trousse151 :

           Autant vaul[droit] ung arc cassé.

 

265   B. Monsieur mon père eust amassé

           Plus d’escu[s] qu(e) on n’eust entassé

           En ung hospital152 de vermine.

           M. Mais nous avons si bien sassé

           (Le sang bieu !) que tout est passé,

270   Gros et menu, par l’estamyne153.

 

           B. S’i vient guerre, mort ou famine

           (Dont Dieu nous gard !), quel train, quel myne

           Ferons-nous pour gaigner le broust154 ?

           M. Quant est à moy, je me détermine

275   D’entrer chez voisin et voisine

           Et d’aller veoir se155 le pot bout.

 

           B. Mais regardons à peu de coust(z)

           Quel train nous viendroit mieulx à goust156,

           Pour amasser biens et honneurs.

280   M. Le meilleur est : prendre par tout.

           B. De rendre, quoy ?   M. On s’en absoult

           Pour cinq solz à ces pardonneurs157.

           B. Allons servir quelques seigneurs.

           M. Aucuns sont si petitz donneurs158

285   Qu(e) on n’y a que peine et meschance.

           B. Et prouffit, quel ?   M. Selon les eurs159.

           Mais entre nous, fins estradeurs160,

           Il nous fault esplucher161 la chance.

 

           B. Servons marchans.   M. Pour la pitance,

290   Pour fructus ventris162, pour la pence,

           On y gaigneroit ses despens.

           B. Et de fonsser163 ?   M. Bonne asseurance,

           Petite foy, large conscience :

           Tu n’y scèz riens, et y aprens.

 

295   B. De procès164, quoy ?   M. Si je m’y rens,

           Je veulx estre mis sur les rencz,

           S’ilz ont argent, si je n’en crocque !

           B. Quelz gens sont-ce ?   M. Gros maschesens165

           Qui se font bien servir des gens.

300   [B.] Mais de payer ?   [M.] Quérez qui bloque166 !

 

           B. Officiers, quoy ?   [M.] C’est toute mocque :

           L’ung pourchasse, l’autre desroque167 ;

           Et semble que tout soit pour eulx.

           Laissons-les là.168   B. Ho ! je n’y tocque169 !

305   Il n’est point de pire défroque170

           Que de malheur à malheureux.

 

           M. Pour despourveuz adventureux

           Comme nous, encor c’est le mieulx

           De faire l’ost171 et les gens d’armes.

310   B. En fuitte, je suis couraigeux.

           M. Et à frapper ?   B. Je suis piteux.

           Je crains trop les coups, pour les armes172.

 

           M. Servons donc Cordeliers ou Carmes,

           Et prenons leurs bissatz à fermes173,

315   Car il n’y a pas grant débit174.

           B. Il[z] nous prescheroient en beaulx termes

           Et pleureroyent maintes lermes

           Devant que nous prinssions l’abit175 !

           M. S(e) en ceste malheure et labit176

320   Nous mourions, par quelque acabit177,

           Âme n’y a qui bien nous face178.

           B. J’ay ung vieil harnoys qu’on forbit,

           Sur lequel je fonde ung aubit179.

           Et du surplus, Dieu le parface180 !

 

325   M. Hée ! fault-il que Fortune efface

           Nostre bon bruyt181 ?   B. Malheur nous chasse ;

           Mais il n’a nul bien, qui n’endure.

 

           M. Prenons quelque train182.   B. Suyvons trasse.

           M. Nous trassons, et quelq’ung nous trasse183.

330   À loups rabis184, grosse pasture.

           B. Allons !   M. Mais où ?   B. À l’aventure.

           M. Qui nous admoneste185 ?   B. Nature.

           M. Pour aller ?   B. Où on nous attend.

           M. Par quel chemin ?   B. Par soing ou cure186.

335   M. Logéz où ?   B. Près de la clousture

           De monsïeur d’Angoulevent187.

           M. Comment yrons-nous ?   B. [En marchant]

           …………. jusques à Claquedent188 .

     [M.] Et passerons par Mallepaye.


340   Brief ! c’est le plus expédient189

           Que nous gettons la plume au vent190 :

           Qui ne peult mordre, si abaye191.

           B. Où ung franc couraige s’employe,

           Il treuve à gaigner.   M. Quérons proye !

345   B. Desquelz serons-nous ?   M. Des plus fors !

           B. Il ne m’en chault, mais que j’en aye192,

           Que la plume au vent on envoye.

           M. Puis après ?   B. Alors comme alors193.

           M. La plume au vent !   B. Sus !   M. Là !   B. Dehors !

350   M. Au hault et au loing !   B. Corps pour corps194 !

           Je me tiendray des mieulx venuz.

           M. On n’yra point, quant serons mors,

           Demander au Roy les trésors

           De messïeurs les Despourveuz.195

355   La plume au vent !   B. Je le concluz,

           Pour les povres de ceste année.

           M. Ne demourons plus si confuz :

           Au grat ! la terre est dégelée196.

           B. Allons !   M. Suyvons quelque traînée197,

360   [N]ou[s] faisons cy [grant] demourée198.

           B. Devant199 !   M. Vostre fièvre est tremblée200,

           Car nous sommes tous estourdis201.

 

           B. Dieu doint aux riches riche & bonne année !

           M. Aux despourveuz ?   B. Grasse journée202 !

365   M. Et aux femmes ?   [B.] Pesant[z] maritz203 !

     Prenez en gré, grans et petitz !

*

1 Jean-Claude Aubailly : « Essai d’attribution et de datation du dialogue de MM. de Mallepaye et Baillevent. » Mélanges de langue et de littérature médiévales offerts à Pierre Le Gentil. S.E.D.E.S., 1973, pp. 65-73.   2 Baille-vent = qui rembourse avec de belles paroles. Je préfère lire « Bâille-vent », qui se nourrit de vent : au vers 336, Bâillevant nommera son quasi homonyme, « monsieur d’Angoulevent » [engouler = avaler].   3 Mauvaise paye. Ces deux noms de pauvres génèrent aussi une lecture scatologique : Mâle-pet et Baille-vents. Cf. le vers 237.   4 À partir d’ici, G (Galliot) réduit les noms à leur initiale : M. et B. J’aligne horizontalement ces rubriques et les fragments de vers, pour faciliter la lecture d’une œuvre qui, bien qu’injouable, fut écrite pour être entendue et non pour être lue, comme en témoigne le dernier vers.   5 Les créanciers nous harcèlent. « Vous me tenez en voz aboys ;/ De moy, n’avez mercy aucun. » Mieulx-que-devant (BM 57).   6 Nous prenons nos désirs pour la réalité. Tout le dialogue alterne des rêves éveillés et des retours à la dure réalité.   7 Courageux devant une porte. Cf. les vers 274-276.   8 Héros d’une pièce perdue de Triboulet, le Povre Souffreteux. <Triboulet, la Farce de Pathelin et autres pièces homosexuelles, GayKitschCamp, 2011, pp. 8 et 228.>   9 Allusion possible aux francs-archers, qui furent cassés de gages en 1481.   10 Mal arrangés. Idem vers 261.   11 Légers, ayant le ventre vide. Idem vers 205.   12 G : tapiz  (Pansé = nourri. Mal-pansé est un nobliau famélique dans le Capitaine Mal-en-point.)   13 G : B.   14 G : mallepaye  (qui ne rime pas.)   15 Qui pût = si on pouvait. Idem vers 79.   16 G : amant  (Auvent = abri pour les poules ; d’où la proie du vers suivant. Les paysans cachaient leurs économies dans des lieux inattendus. Cf. les Gens Nouveaulx, vers 87-88.)   17 Le quart en vaudrait le tout : nous nous contenterions de peu.   18 G n’attribue à Bâillevant que le vers 25.   19 De craie. On traçait sur les murs des églises des inscriptions votives, en espérant qu’elles se réalisent.   20 Bonne figure.   21 Dormir habillés, au cas où on nous appellerait à la Cour.   22 Aux aguets. La gueule bée = la bouche ouverte, prête à répondre aux appels.   23 Pourchas : on ne nous réclame pas.   24 Rassasiés.   25 Monosyllabes sur une même initiale. Idem vers 37 et 152.   26 Folâtrer ; trousser une femme.   27 Les bellâtres qui voulaient faire croire qu’ils avaient un cheval se promenaient housés (chaussés de bottes de cavaliers), et tenaient à la main une houssine, baguette de houx servant de cravache.   28 Injonction provocatrice, comme au vers 164. « En ce temps-là, j’estoye ung homme/ Franc pour dire : “ Dont venez-vous ? ” » (Monologue Coquillart.)   29 Vaincus.   30 Naturels.   31 Accru = prêté. Cf. les vers 179 et 233.   32 Nous devons de l’argent, mais on ne nous doit que du fourrage.   33 Aussi bien nourris que des poux affamés.   34 Crus, crédibles. On reconnaissait les hommes (et les femmes) de la bonne société aux jurons dont leurs phrases étaient pleines. On s’affichait comme un « homme de grant affaire » en « jurant fort d’estoc et de taille ». Les Sotz triumphans.   35 Soi-disant fantassins, faux soldats. « Ces pehons de villaige,/ J’entens pehons de plat pays. » Franc-archier de Baignollet.   36 Une démarche de sage. Mais on peut comprendre : Vous n’avez pas un train [un comportement] de sage.   37 G : alain  (Ressuscitant comme l’alun de plume [l’amiante], qui sort du feu plus pur qu’avant. « La toille que l’on faisoit avec l’alun de plume, lors qu’elle estoit sale, on n’avoit qu’à la jetter dans le feu & on la retiroit blanche comme de la neige. » Pierre Pomet.) Prêts à tout pour avoir de l’or, les deux hommes fréquentent des alchimistes : cf. les vers 191-192.   38 Le livret de la Farce de maistre Pathelin. Ce mystificateur sans foi ni loi était un modèle pour tous les chevaliers d’industrie. La première édition connue de Pathelin parut vers 1485.   39 Que nous ne mettions pas nos paysans en rang, au pas. « Nous les mectrons tous en un run ! » (Les Troys Galans et le Badin, LV 40.) En l’absence durable de leur maître, les paysans ne travaillaient plus, ou travaillaient pour leur profit personnel.   40 Une source d’aigreur. « Persévérer en son mal, c’est esgrun. » Clément Marot.   41 G : B.   42 Me sont payées par des gens du peuple.   43 Abuser de sa crédulité. La Pragmatique Sanction de 1438 était un instrument de chantage du roi de France contre le Vatican. À ce titre, elle fut abrogée puis rétablie plusieurs fois, selon que le roi était content ou mécontent du pape. Cette ordonnance devint un sujet de moqueries : dans le Moyen de parvenir, un chanoine la renomme grivoisement « la practique de l’ascension ». Quant à Rabelais, il écrit : « Voyant doncques, dist Baisecul, que la Pragmatique Sanction n’en faisoit nulle mention et que le pape donnoit liberté à un chascun de péter à son aise. »   44 Une promesse de don.   45 Une injonction de payer.   46 La jouissance, l’obtention.   47 La requête.   48 Dessous, G répète : B. Quoy ?   49 Jeu de mots sur le « feu de la Saint-Jean ».   50 On taxerait, on fixerait la somme.   51 Si j’acquittais l’acte pour la reconnaissance de mon droit de propriété.   52 Quel renfort.   53 Inventaire après décès, joint au testament.   54 Armoire, coffre en bois.   55 Si nous pouvions.   56 Je ne sais combien d’écus.   57 De par nos ancêtres, nous sommes de bonne race.   58 G : reimasse  (Grimacer = simuler.)   59 Je traque le gibier à poils et le gibier à plumes : je prends tout ce que je trouve.   60 Je fais le bel esprit, et même, j’écris des vers. « Mieulx que moy rithmassez. » Marot.   61 Que je n’y sois pas accoutumé. « On dit : Avoir de coustume (…), Il avoit de coustume, pour dire : Avoir accoustumé. » Dictionnaire de l’Académie françoise.   62 G : la hume   63 Quand je me fâche. « Quant je me fume,/ Il n’est homme, tant soit subtil,/ Qui osast lever le sourcil. » Mistère du Vieil Testament.   64 Un clin d’œil, une œillade.   65 Bâillevant rêve encore : il n’a pas de page, comme il l’avoue au vers 6.   66 En repos. « Je désire à requoy vivre, content de peu. » J.-A. de Baïf.   67 En héraldique, la marguerite symbolise la pureté, et le houx la persistance.   68 Dernière mode. « Ou soit qu’elle se vête à la nouvelle guise. » Jean Godard.   69 G : tant  (Tout en investissement, sans engranger aucune recette.)   70 À perte, à ne jamais rembourser. « Aux premiers motz de la cédule [du contrat],/ Tu peus bien mettre : Item perdu. » La Jessée, À Lumes, mauvais payeur.   71 Au reste.   72 G : verdi  (Être sur le haut verdu = être gorgias = être élégant. « Vous estes sur le hault verdus. » Le Monde qu’on faict paistre.)   73 Le jabot en avant, comme un oiseau qui se rengorge.   74 D’une reconnaissance de dette, comme Marchebeau et Galop (LV 68) dans un dialogue similaire au nôtre : « Ou nous payons par étiquète. »   75 Petite bague. La sottie de Folle Bobance (BM 40) met en scène des Fols qui se ruinent pour suivre la mode : ils arborent eux aussi des « baguettes » et des « chaînes d’or ».   76 Le lacet, le cordon. Cornette : extrémité longue du chaperon masculin, pouvant servir d’écharpe. Cf. la Farce de la Cornette, de Jehan d’Abundance.   77 G : ce  (Affiquet = bijou agrafé sur le vêtement ou sur le chapeau.)   78 Jusqu’au loquet.   79 Pimpant.   80 Un brin de verdure ?   81 Petit valet. Ou entremetteur : Trote-menu et Mirre-loret, note 61.   82 Saisir l’occasion au vol, comme la balle du jeu de paume. « Contre Fortune l’esvolée,/ Prenez entre bond et vollée. » Maistre Antitus.   83 Montrer aux nouveaux venus un visage mitigé.    84 La poignée de main. Mais aussi, la poignée de pièces qu’on emporte : « (Il) aura, pour toutes ses corvées,/ En ma bource quatre havées. » Villon.   85 Jargon réservé aux initiés, au détriment des rustres.   86 Les paroles trompeuses. Voir la note 38.   87 À la manière des damoiseaux. « Tu as le nez damoiselin. » Godefroy.   88 G : luy  (Clin = inclinaison de tête, révérence.)   89 Deviser, dire.   90 Les femmes, qui sont forcément vénales.   91 Shilling, petite monnaie ; opposé au royal, qui est une pièce d’or. « Eschelins et toutes autres monnoyes. » Histoire de Lorraine.   92 Les premiers. Voir « le prin tans » (le printemps), « le prin some » (le premier sommeil), « de prin saut » (tout d’un coup).   93 Puissants. « Hercules le très espécial. » Godefroy.   94 Entretenus.   95 Nous devrions être enregistrés par les chambellans sous le nom de « Messieurs les Dépourvus ».   96 G : assez  (En sus = à revendre.)   97 Dus. Voir la note 31.   98 Enjoués.   99 Des coups de dés.   100 « On aurait beau mettre des enjeux aux deux bouts de la table. » Édouard Fournier, le Théâtre français avant la Renaissance, p. 119.   101 Accumulation d’homéotéleutes.   102 Gais.   103 Bien logé. (Encore un rêve !)   104 Ayant une bonne monture. Cf. le Gentil homme et son Page, vers 181-182.   105 G : arions  (Ni croix ni pile : pas un sou.)   106 En piles.   107 G : ce  (Se = si.)   108 L’Évangile selon saint Luc : « Beati pauperes : quia vestrum est regnum Dei. » [Heureux vous qui êtes pauvres : car le royaume de Dieu est à vous.]   109 Une ruse de Paris. Cette édition de Galliot du Pré contient aussi les Repues franches, qui dévoilent les ruses des étudiants parisiens pour se procurer le nécessaire.   110 L’usure. Les usuriers lombards prêtaient aux nobles sur la caution de leur patrimoine : « Et les nobles emprunteront/ À belle usure des Lombars. » Henri Baude.   111 Un alchimiste qui transmue le mercure en or. Voir la note 37.   112 Une épreuve de la pureté de l’or sur la pierre de touche des alchimistes. « La pierre de touche fait le premier essay de l’or. » René François.   113 Untel. Cf. la Résurrection Jénin à Paulme, vers 96.   114 Et procurais des charges ecclésiastiques (abbayes, cures, etc.).   115 G : commence  (Commenser = avoir pour commensal, pour invité.)  « Monseigneur » se lit « mon sieur », en 2 syllabes.   116 Et cherchai à obtenir pour lui. « Lorsque Cicéron briguoit et prochassoit son consulat. » Godefroy.   117 G : iay este tousiours a tout  (Propice = serviable.)   118 Cette fausse lice, cette perfide chienne.   119 Dans sa lice, dans son enclos.   120 G : B.   121 Polis. « Gorgias, mignon,/ Franc, fraiz, frasé comme ung ongnon. » G. Coquillart, Monologue du Puys.   122 Ouverts comme des pois chiches fendus.   123 Le 5 janvier 1477 eut lieu la bataille de Nancy, où les troupes suisses du duc de Lorraine battirent les Bourguignons menés par Charles le Téméraire, qui fut tué.   124 Si on marchande.   125 Les champignons poussent en un jour.   126 Abondamment pourvus. « Gens qui sont en biens plantureux. » (Godefroy.) Nos galants continuent à rêver.   127 « Ces mots se disent entre joüeurs & veulent dire : nous voilà égaux en matière de jeu…. Nous voilà tant à tant, quitons. » Richelet.   128 G attribue ce vers à Bâillevant.   129 Ce qu’il souhaite. Le retour de Bon Temps est le moteur de nombreuses sotties.   130 Qu’on fasse la paix (avec nos débiteurs et nos créanciers).   131 Si prudents en nos actes.   132 Mis sur la paille.   133 Livrés à nous-mêmes comme des audacieux. Double sens : Abandonnés comme les hardits, petites pièces de monnaie dont on ne faisait plus grand cas. « Ces chevaliers estoient si très hardis/ Que de leur vie ne donnoyent deux ardiz. » (Godefroy.)   134 Le Mardi gras était notamment recherché par les acteurs de sotties : c’est le jour où ils pouvaient dire tout ce qu’ils voulaient sans craindre la censure.   135 Ternes, sans éclat. (Prononciation dite parisienne.)   136 Nous courons.   137 Payait. (Idem vers 292.) Cf. le Dorellot, vers 132, 141 et 152.   138 Nous profiterions, dans un coin, du préjudice financier d’autrui.   139 G : M.   140 G : B.   141 Les deux hobereaux parlent de leurs terres à l’abandon. G ajoute dessous la rubrique : M.   142 Vous m’entendriez.   143 Allez vous coucher, laissez la place ! « Ronfflez, villains ! Les jeunes ont le gal [l’avantage] ! » (Lefranc.) Cf. les Sotz nouveaulx farcéz, vers 129.   144 Qui a le vent en poupe ?   145 Courtisans, selon la prononciation affectée de la Cour. « Courtissain jusques à la moelle des os, il estoit infatigable à faire des courbettes aux puissans. » Arsène Groulot.   146 G : peur  (Pour = au lieu de.)   147 G : la mousse  (L’amorce = l’appât. « L’amource qu’elle me laissa du feu amoureux par sa gratieuse promesse. » Amadis de Gaule.)   148 Parce que ! Bâillevant refuse de répondre à Mallepaye, qui insiste au vers suivant.   149 Agencé.   150 Les gens ne payent plus. « On tombe aisément d’accord avec eux, mais que on ne soit paresseux à jouer des poulces. » (Godefroy.) Nous avons gardé le geste de frotter notre pouce contre l’index quand nous parlons d’argent : c’est ainsi, en jouant du pouce, que nos aïeux faisaient tomber une à une les pièces qu’ils tenaient dans leur paume.   151 Pose son carquois.   152 Bâtiment religieux qui accordait l’hospitalité aux pauvres et aux pèlerins, dont l’hygiène n’était pas la principale vertu.   153 Par le tamis.   154 Pour trouver quelque chose à brouter. « Ceulx qui ne bougent d’alentour des tables plantureuses et friandes, qui ne cherchent que le broust. » Jacques Amyot.   155 G : ce   156 Quel genre de vie nous conviendrait.   157 Escrocs qui vendaient des indulgences et des fausses reliques. Voir la farce d’un Pardonneur, d’un triacleur et d’une tavernière (BM 26).   158 G : dhonneurs (« Grans promecteurs et petis donneurs. » L’Art d’Amours.)   159 Les heurs, les hasards.   160 Batailleurs. « Ung homme d’armes de Berne, grant pillart et fort estradeur. » Godefroy.   161 Dépouiller. « Celuy-là est plumé et espluché. » Michel Menot.   162 Dans l’Angélus, le « fruit des entrailles » désigne Jésus. Ici, plus prosaïquement, c’est la nourriture. Béroalde de Verville ira même plus loin dans le Moyen de parvenir (chap. 41) : « Fruict de ventre, c’est merde. »   163 Est-ce qu’ils payent bien ? V. la note 137.   164 Après avoir envisagé de servir les seigneurs et les marchands, on examine le cas des gens de Justice. Puis on étudiera les officiers royaux, les militaires, et les moines. Mais rien de tout cela ne rapporte.   165 G : marchesens  (= Sages. « De procureurs et d’advocatz,/ De docteurs et gros mâche-sens. » Coquillart. Cf. les Sotz triumphans, v. 61 et note 30. Cf. le Capitaine Mal-en-point, v. 327.)   166 Cherchez ce qui bloque.   167 Renverse (le contribuable).   168 G attribue cet hémistiche à Mallepaye.   169 Je n’y touche pas.   170 Malheur. « Il l’abbatit et luy cassa le suc [la tête]./ (Le serpent) garde n’avoit de dire, en ce défroc :/ Chantons Noël. » Marot.   171 L’armée. Les gens d’armes sont les soldats.   172 G : carmes   173 Prenons en bail leurs bissacs [besaces], avec lesquels ils mendient de la nourriture. « Nous sommes réduits au bisac…. Nous sommes voléz et ruinéz. » Montluc, Comédie des proverbes.   174 Il n’y a rien à débourser.   175 Avant que nous prenions l’habit religieux, que nous entrions dans les Ordres.   176 Dans ce triste état.   177 Accident.   178 Il n’y a personne qui pourrait nous sauver de l’Enfer (où nous irions en tant que moines). Au très attendu couplet antimilitariste succède le non moins attendu couplet anticlérical.   179 Fonder un obit = instituer une messe anniversaire pour un défunt, afin qu’il sorte plus vite du Purgatoire, moyennant finances. « Me laysser de quoy fonder un obit & fayre les aulmosnes requises. » Marie Stuart.   180 Que Dieu y pourvoie.   181 Notre bonne réputation.   182 Mêlons-nous à la suite qui accompagne une haute personnalité. « Un grand logis où estoit logé le train et l’ordinaire de Mme la princesse de Condé. » Godefroy.   183 Double sens de « tracer » : Nous errons, et quelqu’un nous traque (les créanciers des vers 2-4).   184 G : ravis  (Rabi = enragé. « Ainsi que loups rabis/ Meurtrissans les brebis. » Chansonnier huguenot.)   185 Qui nous y incite ?   186 Souci.   187 Pauvre qui se nourrit de vent. « Noble seigneur d’Angoulle-vent. » (Monologue des Nouveaulx Sotz.) C’est le surnom qu’adoptera le prince des Sots Nicolas Joubert au début du XVIIe siècle. Voir la note 2.   188 Maison qu’on n’a pas les moyens de chauffer. Dans la Chanson sur l’ordre de Bélistrie [mendicité], Jehan Molinet parle du « noble président de Clacquedent. » Les dépensiers de Folle Bobance <note 75> finiront leur vie dans une ruine du même genre, « le chasteau de Pouvreté ».   189 Avantageux.   190 Que nous allions au gré du vent. Idem vers 347.   191 Au moins, il aboie.   192 Du moment que j’ai de l’argent. Cf. le vers 189.   193 Nous aviserons le moment venu. « Le duc respondy qu’alors comme alors, du demain on s’aviseroit comme des autres jours. » George Chastellain.   194 En scellant nos deux destins. « Un geolier respond d’un prisonnier qui est à sa garde corps pour corps. » Furetière.   195 Il semble manquer un vers en -uz.   196 G : degeleee  (Une rime en -uz serait plus juste.)  Grat = action de gratter la terre (quand elle n’est pas gelée) pour trouver des vers à picorer.   197 Trace. À moins que pour finir, nos opportunistes ne se transforment en proxénètes : cf. le Povre Jouhan, vers 115 et 178.   198 Nous tardons trop. « Ne fere ci grant demorée. » Roman de Renart.   199 En avant !   200 Accompagnée de frissons.   201 Cet adjectif qualifie ordinairement les Sots. Cf. le 1er vers du Prince et les deux Sotz et du Jeu du Prince des Sotz, ainsi que le vers 226 des Sotz fourréz de malice.   202 Un jour gras, où il est permis de manger de la viande.   203 Des maris lourdauds, qui se laissent berner.

 

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