POUR PORTER LES PRÉSENS À LA FESTE DES ROYS

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

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SOTIE  POUR  PORTER   LES  PRÉSENS  À  LA  FESTE  DES  ROYS

 

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La Bibliothèque Nationale attribue cette sottie au basochien Jehan d’Abundance1, l’auteur du Joyeulx Mistère des trois Rois, qui met en scène les Rois Mages : « Et portons or, mirrhe et encens/ Avec beaucoup d’autres présens. » Notre sottie fut composée avant 1525, date à laquelle le recueil Trepperel fut clos. Jehan d’Abundance étant né au début du XVIème siècle, nous avons là une œuvre de jeunesse, écrite quand l’auteur appartenait à la Basoche de Paris. Rappelons qu’il signait « Jehan d’Abundance, bazochien ».

Le Roi de la Basoche régnait sur les clercs du Palais de Justice. Le dernier samedi du mois de mai, il présidait au « plant du May », solennité au cours de laquelle on plantait un arbre dans la cour dudit Palais. Il recevait des cadeaux le jour de la Fête des Rois, le 6 janvier ; or, cette fête de l’Épiphanie rappelle que les Rois Mages sont venus pour porter des présents à l’enfant Jésus. Au moment de l’Épiphanie2, les basochiens jouaient du théâtre comique et satirique dans la Grand-Salle du Palais3. On peut supposer que la Sottie pour porter les présents à la Fête des Rois, qui parodie lubriquement l’arrivée des Rois Mages et la plantation du May4, y fut créée par les basochiens après qu’ils eurent tiré les rois. (L’usage voulait qu’on nommât le Roi de la Basoche « roy de la feve », même si ce n’est pas lui qui avait eu la fève.)

Source : Recueil Trepperel, nº 15.

Structure : « Cri », 2 triolets, rimes plates, 1 ballade fourrée dont il manque l’envoi, rimes croisées, 1 ballade sans envoi.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

 

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Sotie nouvelle à cinq personnaiges

Pour porter les présens à la feste des Roys.

 

Trèsbonne

 

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C’est assavoir :

    LE PREMIER SOT

    LE SECOND SOT  [LUCAS]

    LES TROIS SOCTES

 

*

 

 

                               LE PREMIER SOT  commence 5          SCÈNE  I

         Dieu gard tous bons Sotz assoctéz

         Qui Soctie veullent nourrir !

         Céans y a des Sotz entréz.

         Dieu gart tous bons Sotz assoctéz !

5   Au moins, s’il en eust de rentéz6,

         Qu’on les fist devant nous venir !

         Dieu gard tous bons Sotz assoctéz

         Qui Soctie veullent nourrir !

         C’est bien assez pour devenir

10  Hors du sens et estre cocu.

         Et ! comment ? En mon temps, j’ay veu

         Ung Sot soctement gouverné,

         Lequel Sot fut soctement né,

         Sot sailli7 du ventre Soctise.

15  Ce Sot avoit trèsbonne guise,

         Car il se mesloit de tout faire.

         Il me fault tant crie[r] et braire

         Qu’il en vienne8 ung avecques moy,

         Pour m’oster hors de cest esmoy.

20  Pour ce, convient-il que j’appelle,

         Sur peine d’avoir de la pelle9 :

         [Despeschez-vous, Sotz eslentéz !]10

         Oyez-vous point qu’on vous demande11 ?

         Despeschez-vous et vous hastez !

25  [Despeschez-vous, Sotz eslentéz !]

         Se bien tost ne vous esventez12,

         Vous pourrez payer une13 amende.

         Despeschez-vous, Sotz eslentéz !

         Oyez-vous point qu’on vous demande ?

                               LE SECOND SOT 14               SCÈNE  II

30  Qu(i) esse là ?

           LE PREMIER

                                    Ce [sont] Sotz rentéz.

           LE SECOND

         De quel lieu ?

           LE PREMIER

                                    De haultain paraige15.

           LE SECOND

         Vallent-ilz rien16 ?

           LE PREMIER

                                            Ouy quant au couraige.

           LE SECOND

         Et au surplus ?

           LE PREMIER

                                       C’est grant dommaige

         Q’ung Sot n’a tout ce qu’il souhaite.

           LE SECOND

35   Entreray-je ?

           LE PREMIER

                                   C’est fait en mouecte17,

         De proférer tant de langaige !

           LE SECOND

         Encore le dy-je : entrerai-ge ?

           LE PREMIER

         Entre, je le vueil, n’ayes frayeur.

           LE SECOND

         Dieu vous doint oye18, mon seigneur !

           LE PREMIER

40  Et ! couvrez-vous, de par sa Mère !

         Unde19 ?

           LE SECOND

                              D’avecques la chivière20 :

         Je l’ay couschée au Trou Punais21.

           LE PREMIER

         Je te demande dont tu es,

         Dont tu viens, et que tu sces faire.

           LE SECOND

45  Je vous diray tout mon affaire :

         Je viens des Indes les Majours22 ;

         J’en suis venu n’a pas trois jours,

         De peur que je n’eusse dommaige

         À venir faire au Roy hommaige.

50  Mais comme ung vray Sot assoctay,

         Sot parfait, sotement hastay23,

         [Céans je viens]24 d’ung sot arroy,

         Sot assoctay, à vostre Roy,

         Pour le25 saluer soctement.

           LE PREMIER

55  Saint Jehan ! tu parles haultement26 :

         Cuides-tu estre enmy la Halle27 ?

           LE SECOND

         Nenny, je suis en une salle

         Propre à nourrir petis enffans28.

           LE PREMIER

         Comment dis-tu cela ? Tu mens !

           LE SECOND

60  Où suis-je donc(ques) ? En ung estable29 ?

         Vécy le lieu trèsprouffitable

         Où est la science30 trouvée.

           LE PREMIER

         La fièvre te soit espousée !

         Tu as tort de dire cecy.

           LE SECOND

65  Et, bon gré saint Jehan ! qu’esse-cy ?

         Suis-je où l’en sièche les drappeaux31 ?

           LE PREMIER

         Hé ! nous ne sommes pas si veaulx.

           LE SECOND

         Suis-je en une est[a]imerie32 ?

           LE PREMIER

         Et, nenny non, bon gré ma vie !

           LE SECOND

70   Suis-je en l’ostel33 d’ung bergier ?

           LE PREMIER

         Tu me feroyes vif enraiger !

           LE SECOND

         Je suis donc en ung Parlement34 ?

           LE PREMIER

         Messïeurs, devinez s’il ment.

         Sur ma foy, tu es fantastique.

75  Tu es au lieu très ententicque

         Où gist et repose le Roy

         Des clers35, et trèstout son arroy.

         Le vois-tu en sa majesté ?

           LE SECOND

         Ha ! par ma foy, je suis maté.

80  J’ay tort, je me tais, mot ne sonne.

           LE PREMIER

         Tu es trèsmeschante personne.

         Au surplus, tu n’es qu(e) une beste.

           LES TROYS SOTTES 36          SCÈNE  III

         Coc coc coc coc qu’érecte !!

           LE PREMIER SOT

         Escoute !

           [LE SECOND]

                             J’ay eu sur37 la teste.

85  Mon Dieu, soyez-nous amiable38 !

           LE PREMIER

         Jour Dieu ! seroit-ce point ung diable ?

         Oncques je ne fus à telle Feste39 !

           LES SOCTES

         Coc coc coc coc qu’érecte !!

           LE PREMIER

         Saint Jehan ! vous aurez sur la teste,

90  Se je vous puis huy rencontrer.

           LE SECOND SOT

         Il nous les vault mieux conjurer40

         Affin qu’on voye leur pourtraicture.

           LE PREMIER

                Ennemy41, je te conjure,

                       Laide figure,

95       Beste à deux dos42,

         Que tu ne me faces nulz maulx !

           LE SECOND

         Par Dieu ! vélà raige, Dyanne43 !

         Regarde dessoubz ceste manne :

         Je croy que ce soit ung dïolle44.

           LE PREMIER

100  Il me fault avoir une estolle45 :

         Je ne suis point assez hardy.

           LE SECOND

         Tu as dit vray, c’est à jeudy46

         Et ! par bieu, g’y regarderay.

           LE PREMIER

         Saint Jehan ! donc[ques] je m’en iray.

105  Mais auffort, fais ce que tu veux.

           LE SECOND

         Tu faysoyes tant du merveilleux :

         Quant c’est auffort47, tu ne vaulx rien.

           LE PREMIER

         Non, dea ? Et ! tu le verras bien48 :

         Vélà la manne tout debout.

110  Tu vois bien que c’est, ad ce coup.

         Que, tous les diables, faictes-vous49 ?

         Que vous puissez avoir la toux !

         Et qui vous sçavoit en cest aistre50 ?

           LA PREMIÈRE SOTTE

         Hélas ! pour Dieu, mercy51, mon maistre !

115  Nous sommes troys Sottes parfaictes,

         Et de sottie si bien faictes

         Que nous sommes Sottes sottans.

           LA SECONDE SOTTE

         Vous ne vistes, il y a grant temps,

         Telles Sottes céans logées.

120  Pour Sottes si52 oultrecuid[é]es,

         Oncques n’y en eut les pareilles.

           LA TIERCE SOTTE

         Je suis Sotte sans point d’oreilles,

         Mais je sçay, j’entens, je voy tout,

         Depuis le premier jusqu(es) au bout53.

125  Onc on ne vit Socte si socte.

           LE SECOND SOT

         Portons-les dedans une hocte54,

         Affin que tout chascun les voye.

           LE PREMIER SOT

         Je n’y prendroye point trop grant joye :

         De les porter, je m’en depporte.

           LA PREMIÈRE SOTTE

130  Laissez-nous entrer par la porte

         Pour55 qu’on nous voie, c’est le plus fort.

           LE SECOND SOT

         Ha ! sur ma foy, vous avez tort.

         Cuidez-vous que nous soions telz

         Comme56 vo[u]s, qui point ne mettez

135  Ordre ne raison en vos fais ?

         Nous ne sommes point si infetz57

         Que nous n’entendons nostre cas.

           LE PREMIER

         Sces-tu que tu feras, Lucas58 ?

         Sans point faire icy l’allouecte59,

140  Il te fault avoir ta brouette,

         Et nous les mectrons brief dedans,

         Ces Sottes qui n’ont nulles dens,

         Ces Soctes soctans, rassoctées.

         Çà60 venez, Sottes [es]vent[é]es,

145  Soctes sans nul entendement,

         Sottes qui point d’advisement

         N’ont en leurs soctes entreprinses.

                               LE SECOND 61

         Soctes soctans, vous estes prinses,

         Sottes asott[é]es sottement.

150  Je suis Sot ; pourtant, se je mens,

         Sotie me doibt pardonner.

                               LA PREMIÈRE SOCTE

         Au moins, s’il vous plaist nous donner62,

         Sotz assoctéz, de vostre grâce,

         Congié d’entrer, Sotz sans fallace63 :

155  Soctie vous doibt mercïer.

                               LA SECONDE

         Puisque nous sommes d’oultre mer,

         Du royaume de Féménye64,

         Et ! par Dieu, on ne nous doit mye,

         Par-deçà, faire tel rigueur.

                               LA TIERCE

160  Mon sot père estoit le majeur

         De trois Sotz soctement menéz,

         Sotz bruyans65 en soctye néz :

         Oncques ne fut ung tel soctant.

                               LE PREMIER

         Il ne nous fault point estre tant

165  En ce propos, il nous ennuye.

         Or çà ! je vous diray, m’amie,

         [D’]entrer dedans ceste brouette66,

         Affin que mieulx on vous brouecte.

         Saint Jehan ! vous serez brouétées.

                              LA SECONDE SOTTE

170  Et ! nous ne l’avons point estées.

                               LE SECOND

         Vous sçaurez que cecy veult dire.

                               LA TIERCE

         Touteffois, ce n’est pas pour rire :

         Comment on nous maine à l’aboy67 !

                               LE PREMIER

         Saluez bien tost nostre Roy !

175  Dépeschez-vous, chascun de vous,

         Et vous mectez à deux genoux,

         Car sa personne le vault bien.

                               LA PREMIÈRE

         Roy triumphant en tout honneur et bien,

         Roy magnificque : vostre non fort redonde.

180  De roys, de roynes qui sont céans, je tien

         Que vous estes, par-dessus eulx, viconde68.

         En excellance, vostre valleur habonde

         Plus que nul autre, de cela suis certaine.

         Retenez-moy pour la vostre seconde69.

185   Je me soubzmectz en vostre droict demaine70.

                               LE SECOND SOT

         Cessez71 de tirer vostre alayne !

         Saluez le Roy de bon cueur !

                               LA SECONDE SOTE

         Je72 vous salue, mon trèshault[ain] seigneur,

         Comme ad celuy à qui honneur est deue73,

190  Trèshaultement, sans point avoir faveur74 ;

         Car, sur ma foy, g’y suis trèsbien tenue.

         Roy n’a75 céans de si trèsgrant vallue,

         Ne Royne76 aussi, je le vous acertaine.

         Quant je vous voy, tout le cueur me remue.

195  Retenez-moy en vostre droict demaine !

                               LE PREMIER SOT

         Sus, sus, destendez vostre vaine77,

         Socte en ce lieu icy logée.

         Jadis vous y fustes forgée78,

         Sote assotée soctement.

                               LA TIERCE SOTE

200  Roy gracieux [sur tous roys]79 : puissamment

         Je vous salue, moy, très-sote assotée.

         Sote je suis, assotée sotement.

         Car sotie je n’ay point déboutée,

         Mais est trèsfort dedans mon cueur entée ;

205  Doulce me semble comme raisin de vigne80.

         Roy triumphant, qu’el(le) ne soit point ostée !

         Je me soubzmectz en vostre droit demaine.

                                LE PREMIER SOT

         Çà, çà, approuchez vostre layne81,

         Mes Sotes sotement nommées !

210   Le Roy vous a trèsfort aym[é]es

         De ce que vous [l’]avez préféray.

         Je vous diray que je feray :

         Affin que chascun soit content,

         Il nous fault avoir ung présent,

215  Et nous deux luy présenterons.

                                LA PREMIÈRE SOTE

         Et ! par mon âme, non ferons82 !

         Nous ne souffrerons point cela !

                                LE PREMIER SOT

         Paix là ! paix là ! paix là ! paix là !

         Vous oys-je ung seul mot hongner83,

220  Gardez d’avoir à besongner :

         Car vous estes sur nostre terre.

                                LE SECOND SOT

         Attendez ung peu, je le voys querre

         Le présent digne à présenter.

                                LE PREMIER SOT

         Despesche-toy de l’apporter,

225  Affin que tout chascun le voye.

         Je te promectz, j’auray grant joye

         S’il peut estre assez magnificque.

                                LE SECOND SOT 84

         Vécy le présen[t] ententicque

         De quoy je vous avoie parlay.

                                LE PREMIER

230  Pas ne doit estre ravallay85,

         Mais prisay de nous et de vous.

         Je croy que le fruit en est doulx ;

         Nonobstant, il est assez hingre86

         Son non, quel ?

                                LE SECOND

                                       Pommier de malingre87,

235  Franc, courtoys, doulx et amyable.

                                LE PREMIER

         Le Roy l’aira bien agréable.

         Il nous le fault nous deux porter.

                                LA PREMIÈRE [SOTE]

         Vécy assez pour enraigier !

                                LA SECONDE

         S’il vous plaist, que nous le portons !

                                LE PREMIER

240  Garde-le, puisque [le tenons]88.

         Vécy Soctes très-assoctées :

         Sur ma foy, ilz89 sont radobtées.

         Vous nous debvez obéissance !

         Et encore[s], à la présence

245  Du Roy triumphant, sans dommaige

         Vous allez cesser90 tel langaige !

         Cuidez-vous qu’il en soit content ?

                                LA TIERCE

         Baillez-nous doncques ce présent,

         Car il nous le fault présenter.

                                LE SECOND

250  Allez-vous-en bien tost couscher,

         Car vous estes ung peu trop nices91.

         À nous offrit telles offices92 ;

         Allons-luy bien tost présenter.

                                LE PREMIER

         Laysse-moy premier commencer,

255  Mais tien devers toy le présent.

                                 LE SECOND

         Quant ad cella, j’en suis content.

         Dy ce que tu veulx proférer.

                                 LE PREMIER

         Il nous fault premier exposer

         L’arbre, et puis après la pomme93.

                                 LE SECOND

260  Et ! despesche-toy, qu’on luy donne.

         Nous deussions desjà avoir fait.

                                 LE PREMIER

         Je vous salue, [ô] Roy parfait !

         De mon povoir je vous supporte94.

         Regardez que nous avons fait :

265  Pour vous resjouyr on l’apporte.

         Vostre cappacité emporte95

         Nostre pouvre fragilité.

         Tant que je puis, je vous enorte96

         Qu’il soit tout ad cest[e] heure enté97 !

                                 LE SECOND SOT

270  Le présent si fut apporté

         De la terre au bon Prestre Jehan98 ;

         Et l’avoit Golias99 planté

         Dessus une montaigne, antan100.

         Il n’y fut planté de cest an101,

275  Mais avec(ques) moy je l’apportay

         Quant je passay parmy Jourdan102.

         Qu’il soit tout ad ce[ste] heure enté !

           LE PREMIER SOT

         ……………………………………

         Qu’il soit tout ad ceste103 heure enté !

         [………………………….. -té]

         Ce beau présent, je vous en prie !

280  J’ay eu peine à l’avoir osté

         Ad ces troys grans jumens de Brie.

           LE SECOND SOT

         Nulles [d’elles, je vous affie,]104

         Si ne l’a icy apporté.

         Mais voullez-vous que [l’]on vous die ?

285  Qu’il soit tout ad cest[e] heure enté105 !

           LE PREMIER SOT

         Or çà, çà ! c’est assez vanté

         Le fruit que cest arbre soustient.

         Tout incontinent qu’on le tient,

         Par vertu de ceste coctelle106,

290  La créature107 [en] est plus belle

         Cent foiz que le bel Absalon.

         La sapience Salomon

         Est actribuée à la mouelle108

         Qui est des[s]oubz ceste coctelle.

295  Le pépin109, après Salomon,

         J’actribueray au fort Sanson.

         Et tous ces troys110 vous actribue

         Comme ad celluy à qui est deue

         Beaulté, sapience et vigueur.

300  Recepvez en gré, mon seigneur.

         Se [nous] povyons, nous ferions mieulx.

           LE SECOND SOT

         Le présent vient de par nous deux.

        Si, vous prions : prenez en gré

         Ung chascun selon son degré.

305  Aultre chose n’eussions sceu faire

         Pour le Royaulme mieulx complaire.

         Ces Soctes soctans, assoctées,

         Ont esté par nous déboutées,

         Car il[z] vous voulloi[e]nt présenter

310  Ce présent, et encore enter

         Devant vostre grant majesté.

         Nous luy avons trèsbien enté

         Sans avoir conseil de ces Soctes.

         Pour Dieu, prenez en gré noz noctes111,

315  Trèshumblement je vous en prie.

         Dieu gard de mal la compaignie !

 

                  EXPLICIT

*

1 Voir Ung jeune moyne et ung viel gendarme, de Jehan d’Abundance.   2 Voir les Premiers gardonnéz, sottie jouée à l’Épiphanie.   3 Voir le Capitaine Mal-en-point et les Rapporteurs, pièces écrites par des basochiens. La satire allait tellement loin, qu’en juillet 1477, on a défendu au roi de la Basoche Jehan l’Esveillé et à ses comédiens « de jouer Farces, Moralitéz ou Soties au Palais de céans ne ailleurs ». Les basochiens n’épargnaient personne, comme en témoigne la sottie Pour le Cry de la Bazoche ès Jours Gras mil cinq cens quarante-huict (Picot, III, 239-267).   4 Ce terme prête à des équivoques dont les clercs se repaissaient : « Madame, j’ai un may d’une assez longue sorte,/ Roide, ferme et bien droit, et que je veux planter ;/ On dit que vous avez un trou à vostre porte :/ Je vous prie, avisez si le voulez prester. » (La Muse folastre.) Voir aussi Béroalde de Verville : « J’ay un may long et gros et fort également (…),/ Et qui se peut planter assez facilement. » Bref, le may appartient à la même espèce que l’arbre à vits (note 84).   5 Il se tient près de la porte, imitant l’huissier-buvetier de la Basoche, qui était le concierge du Palais.   6 Des rentiers, des riches. Idem au vers 30. La pauvreté des clercs est encore évoquée aux vers 32-34 et 301.   7 T : saillit  (Il est sorti du ventre de Sottise, qui s’appelle Mère Sottie aux vers 2, 151 et 155. D’ailleurs, So-ti-e est également scandé en 3 syllabes.)   8 T : viennent   9 De recevoir un coup de pelle sur les fesses. « D’une grosse pelle de boys,/ Voz troux de culz seront selléz ! » (Folle Bobance, BM 40.) Cf. le Povre Jouhan, vers 195.   10 T : Venez en place sotz assoctez  (C’est le refrain A de ce triolet, comme au v. 28.)   11 T : appelle  (C’est le refrain B de ce triolet, comme au v. 29.)   12 Si vous ne vous précipitez pas.   13 T : ung  (En plus des punitions qu’on leur infligeait, les basochiens payaient des amendes à tout propos. Cf. le Recueil des Statuts du Royaume de la Bazoche. Entre parenthèses, ce royaume était plutôt une république, puisqu’il élisait démocratiquement son roi.)   14 Il se présente à la porte. Le public entrevoit sa brouette, qui contient un arbre.   15 De haut lieu, de qualité. « Sot haultain, Sot de hault paraige. » Les Sotz escornéz.   16 Quelque chose.   17 La mouette est un oiseau bavard, comme l’alouette de 139, ou les poules de 83.   18 Que Dieu vous donne une oie ! Déformation du mot « joie » propre aux basochiens, toujours affamés de nourriture et de calembours. On pensait alors que le mot Basoche venait « de Oche, Oque, une Oie, & de Bas, petit. Basoche : la petite-oie. » (Antoine Court de Gébelin.)   19 D’où (venez-vous) ?   20 T : chiuiniere  (Le 2° Sot, qui n’est pas parisien, emploie une variante normanno-picarde de civière.) « En fin de confession, (il) me dit qu’il avoit besongné une civière…. –Quoy ! est-ce une civière rouleresse, ou à bras ? –Monsieur, elle est à bras, et à bran, et à bouche : c’est une vendeuse de cives [d’oignons]. » (Béroalde de Verville.) Autre vers explicite sur le même modèle : « Je viens d’avecque la femelle. » (Les Sotz qui remetent en point Bon Temps.)   21 Puant. Désigne à la fois l’anus, et le « Cul-de-sac Gloriette », un cloaque où les marchandes ambulantes jetaient leurs détritus : cf. Trote-menu et Mirre-loret, vers 218.   22 Des Grandes-Indes. « En terre de Persie é en Inde Major. » Albéric de Besançon.   23 T : hartay  (Hâté = venu en hâte.)   24 T : Sot ie vient  (Je viens ici d’une sotte manière.)   25 T : te   26 Trop fort.   27 Le marché où tu as rencontré la vendeuse d’oignons (vers 41). Mais l’auteur ne peut s’empêcher de railler ses concurrents qui jouaient aux Halles devant un public beaucoup moins choisi. Cf. le Jeu du Prince des Sotz et Raoullet Ployart.   28 Qui sont friands de gâteau des Rois, dont les reliefs traînent encore sur la célèbre Table de marbre de la Grand-Salle.   29 Ce mot était parfois masculin. Allusion à l’étable où arrivèrent les Rois Mages.   30 La connaissance divine. « Daniel/ Porte la science divine/ En son cuer et en sa poitrine. » (Guillaume de Machaut.)   31 Le linge. En ce jour de fête, la Grand-Salle est pavoisée.   32 Atelier d’un étameur. Les fêtes basochiennes étant très arrosées, les pots et les gobelets en étain n’y manquaient pas. Une des rengaines de la fête des Rois était : « Le Roy boit ! » Et tous les convives devaient alors en faire autant.   33 La maison. Nouvelle référence à l’étable des Rois Mages, et à l’étoile du Berger qu’ils ont suivie.   34 En effet, le Parlement de Paris siégeait dans la Grand-Salle du Palais de la Cité.   35 Des clercs de la Basoche. Son arroi = sa Cour.   36 Près de la porte se trouve une manne, c.-à-d. une grande corbeille en osier ; elle est retournée. Dessous, 3 Sottes qu’on ne voit pas encore imitent le caquetage des poules. Un bien curieux caquetage : COQ = pénis (« Adonc me dit la bachelette :/ –Que vostre coq cherche poulette ! » La Fontaine.) ÉRECTER = ériger (Godefroy). On se demande si les Sottes, qui sont étrangères, ne prononcent pas « cock erect » avec l’accent anglais.   37 T : dessus  (Cf. le vers 89.) J’ai reçu un choc, je suis assommé par la peur.   38 Favorable, bienveillant.   39 Sens figuré : un tel tourment (cf. les Rapporteurs, vers 84). Sens propre : une telle Fête (des Rois).   40 Exorciser, pour les faire apparaître.   41 Démon. « L’homme armé fist le signe de la croix en disant : Ennemy, je te conjure ! » (Cronicques gargantuines.) Le rondeau 166 de Charles d’Orléans s’intitule Ennemy, je te conjure.   42 T : taux  (On connaît surtout des diables à deux têtes. Mais les diables pouvaient eux aussi faire la « bête à deux dos », c’est-à-dire l’amour.)   43 J’ignore de quelle œuvre est tirée cette locution proverbiale. Notre auteur parodie peut-être la phraséologie chrétienne, qui diabolisait le paganisme : « Les Payens y avoient autrefois dressé un temple & un autel à leur Diane enragée. » (Vies des Saincts.) Mais le caractère colérique de la déesse amusait les poètes : « D’autres (…)/ Disent que Diane, enragée,/ S’estoit si rudement vengée/ Contre ce chasseur altéré. » (L’Ovide bouffon.)   44 Un diable. « Mais le grand diole y eut envie, et mist les Allemans par le derrière. » Pantagruel, 12.   45 L’étole est une bande de tissu que les exorcistes portent autour du cou.   46 Ce sera pour la semaine des quatre jeudis.   47 Au pied du mur.   48 Il retourne la manne qui cachait les Sottes, accroupies comme des poules, dont elles ont le langage (v. 83) et peut-être l’apparence : leur bonnet n’a pas d’oreilles d’ânes (v. 122), elles n’ont pas de dents (v. 142), et leur posture accroupie les empêche de marcher comme des humains (v. 126 et 167).   49 Il s’adresse aux 3 Sottes.   50 En ce lieu.   51 Pitié !   52 T : qui soient   53 Depuis le premier rang des spectateurs jusqu’au dernier.   54 Une hotte : la manne d’osier.   55 T : Puis   56 T : Que   57 Infects, pervertis.   58 Le 2° Sot n’a pas dit son nom, à moins qu’il ne manque des vers.   59 Sans bavarder inutilement.   60 T : Sottement  (Éventé = qui a la tête pleine de vent. « Il a le cerveau évanté. » Les Cris de Paris.)   61 Il avance sa brouette après en avoir ôté l’arbre qu’elle contenait.   62 T : pardonner   63 Sans artifices.   64 Du pays des Amazones, qui mirent sur pied une armée de pucelles, « les très plus beles/ Qui en cest monde fussent trouvées./ Ycelles vindrent de Féménye. » (Roman d’Élédus et Sérène.) Apparemment, les trois ambassadrices du royaume n’ont pas les qualités de leurs compatriotes.   65 T : bruyons   66 T : brunette  (On les met dans la brouette du vers 140.) Un de mes professeurs de la Sorbonne affirma un jour que la brouette avait été inventée au XVIIème siècle par Blaise Pascal ; on se demande alors avec quoi les bâtisseurs du Moyen Âge transportaient leurs pierres, et avec quoi les bourgeoises transportaient leurs godemichés.   67 T : labloy  (Mener aux abois = mettre dans une situation sans issue. Dict. du Moyen Français.)   68 Vicomte. Naturellement, le roi est bien au-dessus du vicomte ; mais les sotties prônent le mundus inversus.   69 T : belonde  (Mot inconnu.) Dans un duel à quatre, le second est celui qui prête main-forte : « Si vostre second est à terre, vous en avez deux sur les bras. » (Montaigne.) La Sotte se souvient qu’elle est une amazone. Mais les seuls duels que disputaient les rois de la Basoche étaient les parties de jeu de paume : le sceau royal de Pierre Barbe (qui fut le dernier roi de la Basoche de Rouen avant que ce titre ne soit remplacé par celui de régent) porte une raquette —avec un jeu de cartes et trois dés à jouer. On comprend pourquoi Guillaume Des Autels voyait dans son professeur de droit un « maistre des Raquetes ».   70 À votre pouvoir.   71 T : Despeschez vous  (« Tirer son haleine : Respirer. » <Furetière.> Il faut comprendre : Cessez de parler.)   72 T : Ve   73 Dû. « Du très-illustre Roy de la Bazoche, attendu sa qualité quia illi debetur honor. » (Recueil des Statuts du Royaume de la Bazoche.)   74 T : saueur   75 Il n’y a pas d’autre roi.   76 Sans doute est-ce Dame Bazoche, dont un suppôt tenait le rôle. Quand bien même il s’agirait de la reine de la Fève, dans ce milieu strictement masculin, on aurait aussi affaire à un travesti. La « reine Chicane » n’existait pas encore.   77 Calmez-vous.   78 La Justice a engendré des fous du prétoire, mais aussi des folles, bien avant la comtesse de Pimbesche (Racine, les Plaideurs) et la reine Chicane (note 76).   79 T : trestout troys  (Par-dessus tous les rois.)   80 Il faudrait une rime en -aine.   81 Votre personne. « Je ne me pourray garder de frotter ma laine avec quelque chicanoux. » Harangue de Turlupin le Soufreteux.   82 Nous ne tolérerons pas que vous présentiez un cadeau tous les deux.   83 Grommeler.   84 Il va chercher l’arbre à vits qu’il a apporté dans sa brouette. Naturellement, les Sottes veulent accaparer cet arbre à vits.   85 Dénigré.   86 Maigre.   87 Pommier qui donne des fruits aigres.   88 T : tu le tiens   89 Elles. (Idem au v. 309. Voir aussi « chascun » à 175. Les Sottes étaient jouées par des hommes.)  Radoté = retombé en enfance : « Tant estoit vielle et radotée. » Godefroy.   90 T : sceucer   91 Simplettes.   92 C’est à nous que le roi offrit de telles fonctions. La Basoche était une administration très bureaucratique.   93 Le fruit (lat. pomum). Offrir le fruit d’un arbre à vits était une attention délicate.   94 Je vous soutiens.   95 T : on sapporte  (Votre puissance sexuelle l’emporte sur. « Cest astre [le soleil] emporte tous les autres en splendeur et beauté. » Godefroy.)   96 Je vous exhorte.   97 Planté, comme le May. Avec un sous-entendu : « Je suis si aise quand je cous,/ Si pour un C je mets un F,/ Qu’il m’est advis à tous les coups/ Que j’ente une mignonne greffe. » Béroalde de Verville.   98 Le Gaudisseur est allé lui aussi « en la terre de Prestre Jehan », royaume chrétien qu’on situait notamment en Éthiopie.   99 Cet évêque légendaire inspira les goliards, des basochiens en marge de l’Église. Ils sillonnaient l’Europe, et composaient en latin des poèmes très libres : voir les Carmina Burana.   100 T : a lan  (Antan = l’an dernier.) La rime était déjà chez Villon : « N’enquerez de sepmaine/ Où elles sont, ne de cest an,/ Qu’à ce reffrain ne vous remaine :/ Mais où sont les neiges d’antan ? »   101 Il n’y resta pas planté toute cette année.   102 T : dourdan  (Les bonimenteurs et autres marchands de reliques prétendaient rapporter du Jourdain toutes sortes d’objets fabuleux. « Je viens droit du fleuve Jourdain,/ De la fontaine de Jouvence,/ Où j’ay rapporté à mon sain/ Une beste de grant essence. » Les Sotz nouveaulx farcéz, couvéz.)   103 T : ca  (Avant ce refrain, il manque 7 vers correspondant à la 3° strophe de cette ballade. Dessous, il manque le 1er vers de la 4° strophe.)   104 T : de ces iumens de brie  (Rime du même au même, inadmissible dans une ballade.)  Je vous affie = je vous l’affirme. Cf. le Gaudisseur, vers 44.   105 Les Sots plantent l’arbre à vits devant le roi.   106 De sa peau (la peau du pénis, en l’occurrence).   107 La prostituée. Cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 298.   108 Au sperme. « Elle jugeoit plustost qu’il (le chose viril) fût d’os, pource qu’elle en avoit le matin tiré la moüelle d’un. » Béroalde de Verville.   109 Logiquement, les pépins sont les testicules, qui renferment des graines.   110 Ces trois vertus : la beauté, la sagesse et la force. L’allégorie de l’arbre est redevable aux Complaintes et Épitaphes du Roy de la Bazoche, qu’André de La Vigne dédia au roi Pierre de Baugé, mort en 1501 : « L’arbre fleury, de vertus magnanime,/ Le parangon ayant tiltre de Roy,/ Le tronc d’Honneur, de Triumphe la syme. »   111 Les pièces comiques s’achèvent presque toujours sur une chanson à plusieurs voix. Celle-ci n’est pas arrivée jusqu’à nous, pas plus que le discours de remerciement du Roi de la Basoche.

 

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