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UNG JEUNE MOYNE ET UNG VIEL GENDARME

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

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UNG  JEUNE  MOYNE  ET  UNG  VIEL  GENDARME

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« Jehan d’Abundance, bazochien et notaire royal de la ville de Pont-Sainct-Esprit », mourut au milieu du XVIe siècle. Il est surtout connu pour ses farces : le Testament de Carmentrant, la Cornette. On lui attribue le Disciple de Pantagruel, une parodie de Rabelais.

La présente pièce appartient au genre bien fourni du débat. Les hommes du Moyen Âge, têtus et procéduriers, perdaient beaucoup de temps et d’argent à débattre ou à plaider sur les sujets les plus invraisemblables1. La formation théologique et juridique des écrivains donnait des armes à leur amour de la dispute.

Sources : Édition T : Recueil Trepperel 2, n° 29. Je corrige tacitement les fautes et les lacunes d’après l’édition R : Recueil de plusieurs farces (éd. Nicolas Rousset, 1612), pp. 121-144. Mon but est de produire une version complète et lisible.

Structure : Rimes abab/bcbc, rimes plates, avec 2 triolets.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

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Le Procès d’ung jeune moyne et d’ung viel gendarme

qui plaident pour une fille devant Cupido, le dieu d’amours

*

À quatre personnages, c’est assavoir :

    CUPIDO

    LA  FILLE

    LE  MOYNE

    LE  GENDARME 3

*

 

                                      CUPIDO  commence                      SCÈNE  I

          À tous amans, mes serviteurs loyaux,

         Tenans de moy par justice royalle,

         Sçavoir je fais qu’à ma Court principalle4

         Comparoissent sans estre desloyaux,

5   Portant aux doys verges, sinetz5, aneaux,

         Rubis, saphirs, turquoyses, dyamans,

         Faisans sonner ménestriéz tous nouveaux6

         Pour se monstrer gens joyeux, esbatans !

         Viennent à moy Bourgui[g]nons et Flamans !

10  Viennent à moy toutes sex[t]es7 du monde !

         Viennent à moy Picars, Bretons, Normans,

         Et toute(s) gens qui en amour se fonde(nt) !

         Viennent à moy ceulx ou honneur habonde !

         Viennent à moy sans faire demeur[é]e !

15  Viennent à moy, tous : je tiens table ronde

         Pour les servir de pois et de purée.

             LA  FILLE         SCÈNE  II

         Or suis-je seule demeurée,

          Maintenant : je n’ay point d’amy.

         Et si, n’ay bon jour ne demy.

20  Je pers mon temps et ma jeunesse,

         Ce qui me fait gémir sans cesse.8

         Soulas est de moy fort-bany.

         Mon [gent] corps qui est frais et plany9 ;

         Et quant viellesse orde et chagri(g)ne

25  Aura tout prins en sa saisine,

         N’en tiendra-l’en compte, nenny.

         Mieulx me vault faire tout honni10

         Et prendre en moy désespérance,

         Combien que j’aye encor fiance

30  À Cupido, dieu des amours11 :

         Il fait aux vrays amans aydance.

         J’auray de luy aucun12 secours ;

         Mon fait ira fort à rebours,

         S’aucun petit ne m’en départ13.

35  Sire Cupido, Dieu14 vous gart !         SCÈNE  III

             CUPIDO

         Et vous aus[s]i, gente pucelle !

         Que voulez-vous ?

             LA  FILLE

                                            Je vous appelle,

         À ma grant tribulation.

             CUPIDO

         Et demandez ?

             LA  FILLE

                                     Provision

40  D’amours, car il m’est nécessaire.

             CUPIDO

         Vous estes d’aage pour ce faire,

         Propre, gente, mixte et habille15 ;

         Et me semble, pour une fille,

         Que bien estes appropriée16.

45  Mais n’estes-vous point mariée ?

             LA  FILLE

         Nenny encor, dont ce me poise.

             CUPIDO

         Je vous mariray, ma bourgoise,

         Car vr[a]yement, vous estes en aage.

         Mais les amours de mariage

50  Ne sont pas des plus excellentes.

             LA  FILLE

         Si est-ce une de mes ententes

         Que d’avoir amy nouvelet.

             CUPIDO

         Se vous voulez quelque varlet

         Pour mary, l’aurez voulentiers.

55  Mais je vous diray les dangiers

         Où est une femme boutée :

         Du premier est une rousée

         Qui se passe17 quant vient le chault.

             LA  FILLE

         Comment cela ?

             CUPIDO

                                         Si tost qu’on fault18,

60  Toutes amours si sont faillies.

         Au surplus, quant vient la mesgnie19

         Et qu’il convient estre nourice,

         La plus belle et la plus propice

         Y devient hideuse à merveille.

         [……………………….. -eille]

65  Les draps salles tousjours au lit.

         Vélà comment on s’i conduit.

         Regardez s’il y a dangier.

         Le pire est qu’on ne peut changer,

         Depuis [lors] qu’on est accordé.

             LA  FILLE

70  Veu ce que m’avez recordé20,

         Telle amour ne vault ung formy21 !

             CUPIDO

         Belle, se vous prenez amy

         Par amour, au jour la journée

         Vous serez vestue, aournée22

75  Autant à l’endroit qu’à l’envers.

         Et s’il vous dit riens de travers,

         Adieu jusques au revenir !

         Il ne vous sçauroit retenir

         Contre vostre consentement.

80  Oultre plus, de l’apoinctement23

         Qui se fait à double24 et à quite,

         Vous en serez trèsbien conduite

         Tous les jours, face froit ou chault.

             LA  FILLE

         Cupido, c’est ce qu’il me fault :

85  Je ne requiers que telz plaisances.

             CUPIDO

         Vous yrez aux festes, aux dances,

         Saillir, saulter, bondir en l’air,

         Courir et vous faire valoir25,

         Sans que nulluy [ne] s’i oppose.

             LA  FILLE

90  Las ! je ne requiers autre chose.

             CUPIDO

         Se vous estes en mariage,

         Il fauldra garder le mesnage,

         Avoir des langes et des frettes26,

         Des berseaulx, et tant de souffrettes

95  Que c’est une grande pitié.

             LA  FILLE

         J’aymeroye donc mieulx la moitié

         Avoir amy d’aultre façon,

         Pour me fourrer mon peliçon27,

         Qu’un mary lasche et paresseux.28

             CUPIDO

100  Taisez-vous, m’amye, j’en sçay deulx :

         L’ung est moyne (augustin ou carme,

         Ou jacopin29) ; l’autre est gendarme.

         Ilz sont à pourveoir, ce me semble.

         Vous les verrez tous deulx ensemble,

105  Et puis après vous choysirez.

             LE  MOYNE  commence     SCÈNE  IV

         Povres moynes, gens emmurés,

         Hors du monde, mis en closture,

         Doyvent-ilz estre séparés

         De tous les délitz30 de Nature ?

110  Par Dieu ! je vois31, à l’adventure,

         À Cupido, dieu des amans.

         Et s’il y a quelque pasture32,

         Je v[u]eil estre de ses servans.

         Dieu Cupido, maistre des grans33,       SCÈNE  V

115  Vous soyez en bonne34 sepmaine !

             CUPIDO

         Et vous aussi, mon gentil moyne,

         Vous soyez le bien arrivé35 !

         Tenez, la belle : ay-je trouvé,

         À ceste heure, ung gentil fillault36.

             LE  GENDARME  commence      SCÈNE  VI

120  À l’assault, ribault[z], à l’assault37 !

         C’est commencement de bataille.

         Dieu gard, Cupido ! Bien vous aille !

             CUPIDO

         Gendarme, bien soyez venu !

         Je vous ay long temps attendu,

125  Car j’ay bien cela qu’il vous fault.

             LE  GENDARME

         Je suis prest de donner l’assault38,

         S’il y a quelque jeu de « bille39 » !

             CUPIDO

         Regardez ceste belle fille :

         Est-ce riens ?

             LE  GENDARME

                                 Ouÿ, par saint Jamme !

             CUPIDO

130  A ! par le corps bieu, elle est femme

         Pour recepvoir ung combatant40.

         Et pour ce, regardez contant41

         Qui frappera à la quintaine42.

             LE  GENDARME

         Que demande ce maistre moyne ?

             CUPIDO

135  Il demande en avoir sa part.

             LE  GENDARME

         Allez, vostre fi[è]vre quartaine !

         Vuidez d’icy, frère Frappart43 !

         Et ! voulez-vous estre paillart ?

         Vuidez tost, c’est trop demouré !

             LE  MOYNE

140  Ha ! dictes, par Dieu : j’en auray

         Aussi bien que vous [en] aurez !

             LE  GENDARME

         Se me croyez, vous vous tairez

         Et vuiderez légièrement44.

                                    CUPIDO

         Tout beau ! Faites appoinctement

145  Sans tencer, je le vous commande.

         Çà, ma fille, je vous demande :

         Lequel d’eux voulez-vous eslire ?

             LA  FILLE

         Sur ma foy, Cupido, beau sire,

         Je ne sçay pas trop bien entendre

150  Lequel je dois laisser ou prendre,

         Car chascun est noble personne.

             LE  GENDARME

         Vous serez à moy, ma mignonne,

         Pour estre plus honnestement45.

             CUPIDO

         À vous deulx le département46 ;

155  Il ne m’en chault comment il voise.

             LE  MOYNE

         [Or,] pour estre mieulx à son aise

         S’il luy failloit je ne sçay quoy47,

         Elle seroit mieulx avec moy ;

         Et en doys estre le seigneur48.

             LE  GENDARME

160  Et vous, maistre moine : esse honneur,

         En l’estat de religion,

         D’avoir femme en fruïtion49 ?

         Qu’est cecy que vous sermonnez ?

             LE  MOYNE

         Et ! se nous sommes couronnés50

165  Et moynes, voulez-vous conclure

         Que nous [en] soions séparés

         De tous les délis de Nature

         Comme se nous estions chastrés ?

             LE  GENDARME

         Pour néant cy vous51 débat[r]ez,

170  Car je la merré52 hors ce lieu.

             LE  MOYNE

         Non ferez, j’en fais veu à Dieu53 !

         À cela ne vous attendez54.

             LA  FILLE

         Pour Dieu, Cupido, regardez

         Ung peu à ma provision55.

175  Je requiers eppediction56,

         Il ne me fault point long procès.

             CUPIDO

         Il fault que vous vous avancez57 ;

         Ne la tenez plus en esmoy.

             LE  GENDARME

         Venez-vous-en avecques moy !

             LE  MOYNE

180  Non fera, dea, je m’y oppose !

             CUPIDO

         Se vous ne dictes autre chose,

         Vous empeschez la Court en vain.

             LA  FILLE

         Quant est de moy, vélà mon train :

         Je demande ung gentil gallois58.

             CUPIDO

185  Vous en voulez ung hault la main,

         Prest à vous présenter le « bois59 » ?

             LA  FILLE

         Enné60 ! vélà motz à fin chois61.

         Vous sçavez tout, et plus encor.

             LE  GENDARME

         Je vous bailleray mon trésor,

190  Mon or, mon argent, ma chevance,

         Et vous maineray à l’essor62

         Tous les jours, à vostre plaisance.

         Oultre, ce n’est que l’ordonnance63

         De nous, qui tenons les frontières,

195  Que nous ayons des chambèrières :

         Personne ne s’en scandalise.

             LE  MOINE

         Par Dieu ! quant elle y seroit mise,

         Elle seroit femme perdue :

         Estre tempestée, morfondue64,

200  Cheminer avec la brigade,

         Coucher vestue sur la paillade65

         Avecques ces palefreniers…

         Mais nous qui sommes cloistriers66,

         Nous vivons en paix et sans noise ;

205  Et pour vivre mieulx à son aise67,

         Au monde ne pourroit mieulx estre.

             LE  GENDARME

         Quoy donc ? Moy qui me faicts paroistre68

         Journellement devant les dames,

         Ne doy-je point avoir des femmes

210  Mieulx que vous ? Or respondez donc !

             LA  FILLE

         Vous faictes ung procès si long

         Que c’est raige. Il fault despescher.

         Si, vous supplie, sans plus prescher,

         Cupido, dictes quelque chose.

             LE  MOYNE

215  Je vous auray !

             LE  GENDARME

                                      Je m’y oppose !

         Car vous qui estes gens reclus,

         Vous estes privés et seclus69

         D’avoir femme[s] en posses[s]oire.

             LE  MOYNE

         Je soutiens70 le contradi[c]toire !

220  Et mettez le procès en forme.

             CUPIDO

         Premièrement71 que je m’informe

         Du procès en quelque façon,

         Il fault dire quelque chançon.

         Et puis après, qu’on y revienne.

             LA  FILLE

225  Si vous voulez que je so[u]stienne

         Le « bas », si baillez bon « dessus72 »

         Qui pousse (sans estre Lassuz73)

         Et gringote74 ut ré mi fa sol.

             LE  GENDARME

         Je ne chante75 que de bémol…

             LE  MOYNE

230  Et moy, je chante de bécare76,

         Gros et roide77 comme une barre,

         Quant j’ay ung « dessoubz » de nature.

             LE  GENDARME

         Je ne chante que de mesure,

         Tout bellement, sans me haster.

             LA  FILLE

235  Se vous ne sçavez gringoter

         Dessus mon « bas » de contrepoint78,

         Brief, je ne vous soustiendray point :

         Car je vueil, [moy,] c’on y gringote.

             LE  GENDARME

         Je bailleray note pour note79,

240  Sans d’avantage m’efforcer.

         Et si, ains que80 recommencer,

         Faudra que long temps me repose.81

             LA  FILLE

         Oncque chant où il y a pause

         Ne dénota bonne puissance.

245  Il n’est que chanter à plaisance

         En toutes joyeuses musiques.

             LE  MOYNE

         Quant est d’instrumens organiques82,

         Gros et ouvers pour ung plain champ83,

         J’en suis fourni comme ung marchant84 :

250  Par ma foy, il ne m’en85 fault rien !

             LA  FILLE

         Je vueil ung tel musicien

         Pour fournir une basse contre86 !

                                       LE  MOYNE

         Puis87 une foys que je rencontre

         Unicum88 en ma chanterie,

255  C’est une droicte mélodie

         Et plaisant que de m’escouter.

             LE  GENDARME

         Je ne doubte89 homme pour chanter

         Chant de mesure bien nombré.

             LE  MOYNE

         Ung des vielz chantres de Cambrai90

260  Et vous estes bien assortés :

         Car tout cela que vous chantez

         Est fait du temps du roy Clostaire91.

             LA  FILLE

         Nous dirons vous et moy, beau Père,

         Deux motz à la nouvelle guise92.

             LE  MOYNE

265  Chanson à deux par[s], à voys clère,

         [Nous] dirons vous et moy.

             CUPIDO

                                                          Beau Père,

         Pensez que c’est une commère

         Qui sçait bien « chanter ».

             LA  FILLE

                                                          Sans faintise,

         Nous dirons vous et moy, beau Père,

270  Deux motz à la nouvelle guise.

             Ilz chantent tous deux ensemble :

         « J’ay prins amours à ma devise… »93

             LE  GENDARME

         Vous chantez comme [font] deux ours

         Quant il sentent le vent de bise.

             CUPIDO

         Recommencez […… -ours] !

             Ilz chantent :

275  « J’ay prins amours à ma devise… »

             LE  GENDARME

         Maistre moyne, chantez tousjours,

         Et faictes bien à vostre guise :

         Car voz chants94 tourneront [en plours]95,

         Se je viens à mon entreprinse.

             LE  MOYNE

280  Se vous perdez à ceste assise,

         À l’autre vous [ferez recours]96.

         Allez aillieurs quérir secours,

         Car je vueil chanter sans reprinse97.

             Ilz chantent :

         « J’ay prins amour à ma devise… »

             CUPIDO

285  Or est-il temps qu[e l’]on s’avise,

         De ce procès, qu’il est de faire.

             LE  GENDARME

         Plaidons en procès ordinaire,

         Et mettons la cause à huyttaine98.

             LE  MOYNE

         Non ferez, par la Magdaleine !

290  Je requiers expédicion !

             LE  GENDARME

         Je demende dilation99 !

             LA  FILLE

         Dilation ? Quel capitaine100 !

         Ce n’est pas nostre mencion101

             LE  GENDARME

         Je demande dilation !

             LE  MOYNE

295  J’en auray la pocession ;

         Et puis revenez à quinzaine.

             LE  GENDARME

         Je demande dilation !

             LA  FILLE

         Dilation ? Quel capitaine !

        Et ! n’esse pas chose villaine

300  De se vouloir en procès mettre

         À ung homme, et se dire maistre

         Du fait où on102 ne peult venir ?

             LE  MOYNE

         Quant à moy, je vueil soustenir

         Qu’il a desjà son temps passé,

305  Et qu’il est rompu et cassé

         Pour suivir les amoureux trains.

         Et, qui pis est, le « jeu des rains »

         Ne luy est duisant ne propice.

             LE  GENDARME

         Allez-vous-en, maistre novice,

310  Chanter la messe en vostre église !

         Pourtant, se j’ay la barbe grise,

         Doy-je estre mis a remotis103 ?

         Vous n’estes qu’un jeune aprentis

         Qui ne congnoissez pas telz termes.104

             LA  FILLE

315  Quant ung homme n’a les rains fermes

         Pour jouster et courir la lance105,

         Ce n’est riens que de sa puissance

         À l’encontre d’ung bon escu106.

         Or, veu que vous avez vescu107,

320  Et à bien vous veoir vis-à-vis,

         Vous estes foible, à mon advis.

         Mon oppinion en est telle.

             LE  GENDARME

         Allez vous chier, puterelle !

         Vous sentez la religion108.

325  Mais, par la Saincte Passion,

         S’il advient que vous devez estre

         Avecques ce moyne en son cloistre,

         Il vous en mesprendra du corps.

         Et si, vous en tireray hors,

330  Soit par force, soit autrement.

             CUPIDO

         Procédez résonnablement,

         Sans user de force ou mainmise.109

             LE  GENDARME

         110 voulez-vous qu’elle soit mise,

         Avec ce moyne cloistrier ?

             CUPIDO

335  Je considère le « mestier111 »,

         Qui est pénible en ses ouvraiges.

         Je regarde vos personnaiges ;

         Premier, de ceste jouvencelle :

         Elle est si gracieuse et belle !

340  Oultre plus, le religieulx

         Est jeune, frois112 et gracieulx,

         Et au « mestier » bien disposé.

         En après, il a proposé

         (Ainsi qu’ay entendu de luy)

345  Que vous estes mort et failli,

         Que vous estes foible de reins.

             LE  MOINE

         Ce que j’ay dit, je le maintiens,

         Et le maintiendray par raison.

             LE  GENDARME

         Tout de mesme trotte grison,

350  Et aussi bien comme moreau.113

             LA  FILLE

         Vous ne dictes rien de nouveau :

         Nous ne parlons pas du pellaige,

         Mais de ce qu’estes vieil et d’aage.114

             LE  GENDARME

         Par Dieu ! pourtant, courtoise et saige,

355  Vieil escu vault tousjours son pois115.

             LA  FILLE

         Il n’est feu que de jeune bois.

             LE  GENDARME

         Il n’est aboy que de viel chien.

         Si me prenez à vostre chois,

         Ma mignon(g)ne, vous ferez bien.

             LA  FILLE

360  Par saint Jehan ! je n’en feray rien,

         Se Justice ne m’y condampne.

             LE  MOYNE

         Pensez-vous qu’el(le) soit si insane116

         Et si cocarde117 de vous prendre,

         Veu qu’elle est si gracieuse et tendre118,

365  Miste, gorière119 aux rians yeulx ?

         Et vous les avez chacieulx120

         Ny plus ne moins qu’un chat de may.121

             LE  GENDARME

         Ha ! dieu d’amours, secourez-moy !

         Que doy-je plus cy sermonner122 ?

             CUPIDO

         [Autre conseil ne puis donner,123]

370  Fors que vous voisez seullement

         Vers elle prier doulcement

         Que son amour vous abandonne.

             LE  GENDARME

         Hélas ! je vous prie, ma mignonne,

         Que je ne soye point esconduit :

375  Car sy ce moyne vous conduyt,

         Vous estes femme diffamée.

         Mais de moy vous serez aymée

         Plus que Pâris n’ayma Hélaine.

         Et se vous estes à ce moyne,

380  Tout vostre honneur est desconfit.

             LA  FILLE

         On dit souvent chose certaine :

         Moins d’onneur et plus de prouffit124.

         Car tel qu’il est, il me souffit ;

         Et vous n’estes homme qui fist

385  Ce qu’il fera.125

             LE  GENDARME

                                              À l’aventure,

         Pour aucun des fais de Nature,

         J’ay encore une verte vaine126.

             LA  FILLE

         Ung coup [fait] à la longue alaine127 ?

         Par ma foy, ce seroit grant peine !

390  Si n’esse pas ce qui128 me maine

         En ce lieu que de vous avoir :

         Car vostre puissance est trop vaine

         Pour bien faire vostre devoir.

             LE  GENDARME

         Çà, Cupido : il fault sçavoir,

395  De ce procès, qui gaignera.

             CUPIDO

         Je croy que le moyne l’aura,

         Car vous n’estes point son pareil.

             LE  GENDARME

         Je demande avoir du conseil129,

         Et metz ad octo probandum130.

             LA  FILLE

400  Mais une corde ou ung landon131

         Pour vous attache[r] hault et court !

             LE  GENDARME

         J’auray le terme de la Court,

         Mais qu’il vous plaise, à tout le moins.

         Je vueil produire mes « tesmoingz »132,

405  Et vueil monstrer par voye d’enqueste

         Qu’il est plus licite et honneste

         Qu’elle soit à moy qu’autrement.

             LA  FILLE

         Cupido, faictes jugement :

         Le long procès n’y vault pas maille.

             CUPIDO

410  J’en vois parler, vaille que vaille,

         De133 ce que j’ay veu et congneu ;

         Et puis cell[u]y qui sera gru134,

         Si en prenne une douléance.

         Quant à la première ordonnance,

415  La belle fille icy présente,

         Ce n’est que pour resjouyssance

         D’avoir amours, c’est son enttente.

         Or est-elle mignonne et gente,

         Et de riens el(le) ne se soucie,

420  Fors que d’avoir pour toute rente

         Ung mignon qui bien la manie.

         Ergo, considéré les termes

         Que m’avez ouÿ proposer,

         Ung homme qui n’a les rains fermes

425  Pour néant se doit disposer ;

         Parquoy je luy v[u]eil proposer135

         Ung mignon qui bien la manie136

         De nuyt, et de jour, sans reposer.

         Vélà ce que je sentenc[i]e.

             LA  FILLE

430  Cupido, je vous remercie.

             CUPIDO

         Après que j’ay considéré

         Le fait d’elle totallement,

         Comment je vous ay desclairé

         Cy, devant tous137, en jugement,

435  Je regarde semblablement

         Vous deulx, chascun en sa querelle.

         Celluy qui pourra plainement

         La mieulx servir au plaisir d’elle :

         Primo, ce maistre monachus138

440  Dit qu’il joura ung personnage

         Qui vauldra plus de cent escutz,

         Et se vante de faire raige ;

         Et oultre, dit en son langaige

         Que vostre puissance est faillie.

445  Parquoy il aura l’avantaige.

         Vélà ce que je sentencie.

             LE  GENDARME

         Et ! [de] par la Vierge Marie,

         Vous me faictes ung grant excès !

             CUPIDO

             Vous avez ouÿ mon procès ;

450  Et prenez en gré ma sentence !

             LE  GENDARME

         Je prens ce coup en pacience,

         Combien qu’il ne me plaise pas.

             LE  MOYNE

         Puisque bien avez fait mon cas,

         Cupido, vélà deux ducatz

455  Pour voz peines et vos babis139.

             CUPIDO

         Grates vobis140, grates vobis !

             LA  FILLE

         Quant en aucun débat serons,

         Cupido, nous vous manderons :

        Vous viendrez par-devers nobis.

             CUPIDO

460  Grates vobis, grates vobis !

             LE  GENDARME

         Pourtant, se j’ay esté vaincu,

         Vous aurez de moy cest escu

         Pour entretenir vos habitz.

             CUPIDO

         Grates vobis, grates vobis !

                 EXPLICIT

*

1 Dans la Farce de maistre Trubert et d’Antrongnart, d’Eustache Deschamps, un paysan veut plaider contre un homme qui lui a pris une amande dans son jardin !   2 Ce recueil comporte une pochade en vers de Jehan d’Abundance : les Quinze grans et merveilleuz signes nouvellement descendus du ciel au pays d’Angleterre (n° 26). Elle est suivie d’une très rabelaisienne Lettre d’escorniflerie, en prose.   3 L’homme d’armes, le soldat.   4 Princière. Le Prince des Sots n’aurait d’ailleurs pas renié ce « cri » modelé sur celui qui ouvre les sotties.   5 Verge = bague. Si[g]net = bague ornée d’un sceau.   6 Faisant jouer des musiciens à la mode.   7 Sectes, races, espèces.   8 Leçon de R. T : A leuer de ma forteresse   9 Doux, agréable.   10 R évoque clairement le suicide : Qu’aurois piéçà franchi le pas/ De la mort. On songe aux Regrets de la belle Heaulmière de François Villon : « Ha ! vieillesse félonne et fière,/ Pourquoy m’as si tost abatue ?/ Qui me tient, qui, que ne me fière/ Et qu’à ce coup je ne me tue ? »   11 T : amans  (Vers 368.)   12 Quelque.   13 S’il ne m’accorde aucun petit secours.   14 Ce mélange de paganisme et de christianisme ne choquait pas : une église de Langon fut dédiée à sainte Vénus. C’est d’ailleurs au fils de Vénus, « à Cupido, dieu d’amourettes », que le franciscain frère Guillebert lègue son âme.   15 Miste [mignonne] et habile.   16 Propre aux choses de l’amour.   17 Qui s’évapore.   18 Qu’on commet une faute.   19 La vie de famille.   20 T : accorde  (Recorder = raconter.)   21 Une fourmi : ne vaut rien.   22 Ornée, parée.   23 Du coït. « Les ungz, par leur fin jobelin [leur persuasion],/ Fournissent à l’apointement. » Guillaume Coquillart, Monologue des Perrucques.   24 T : deux  (À quitte ou double. Cf. Maistre Mymin qui va à la guerre, vers 248.)  Soit on refait l’amour, soit on quitte la partie.   25 Vous mettre en valeur. T intervertit les vers 88 et 89.   26 Des couches.   27 Région poilue de l’anatomie féminine. « Fourby luy as son pelisson/ Maintes fois. » (Les Enfans de Borgneux, F 27.)  Cf. le Gaudisseur, vers 53.   28 Leçon de R. T : Je demande ung tel amoureulx   29 Jacobin. À propos de tous ces moines paillards, v. la Confession Margot, vers 14-15.   30 Plaisirs. (Idem au vers 167.) « Je la baiseray des foys trente/ En faisant l’amoureulx délict. » Le Poulier à VI personnages, LV 27.   31 Je vais. Idem vers 410.   32 De la chair fraîche : une jeune fille.   33 Cupidon imposait sa loi aux dieux les plus importants, comme Jupiter.   34 T : male  (« Dieu vous mecte en bonne sepmaine ! » Mince de quaire, F 22.)   35 Le bienvenu.   36 Garçon.   37 Cette injonction, qu’on trouvait dans le Jeu du Prince des Sotz sous la forme « À l’assault, prélatz, à l’assault ! » paraît issue d’un mystère du XVe siècle, les Actes des Apostres : « À l’assault, diables, à l’assault ! » Tel est l’ordre que Lucifer donne au « dyablotin Panthagruel », dont le patronyme aura la postérité que l’on sait.   38 Le vocabulaire érotique doit beaucoup au lexique guerrier. « Toujours ferme et dispos,/ Il fut vainqueur dans trois assauts. » (Commandant Collier.) Cf. les Premiers gardonnéz, vers 163.   39 De bâton [pénis]. « Il est des dames poursuivant…./ Il est aux champs avec les filles :/ Il s’esbat voulentiers aux billes. » Les Sotz qui remetent en point Bon Temps, T 12.   40 « Ceulx-là qui sont de plusieurs cons batans,/ Foulz arrogans, se monstrent combatans. » Gratien Du Pont.   41 Estimez content celui…   42 Mannequin contre lequel s’entraînent les cavaliers. « Vous jousterez à la quintaine,/ S’elle s’y vouloit consentir,/ Se vous voulez son con sentir. » Jehan Molinet, le Débat du viel Gendarme et du viel Amoureux. Ce débat offre des similitudes avec le nôtre.   43 Leçon de R. T : a vostre abaye maiste frappart  (Le clerc ne s’appelle pas ainsi, contrairement au cordelier de la Femme qui fut desrobée à son mari <F 23>. « Frère Frappart » est le nom générique des moines paillards : « Ce cordelier, qui estoit ung frère Frappart, embrasé de chaleur naturelle et du désir de luxure. » Pogge+Tardif.)   44 Vous viderez les lieux rapidement.   45 Ce sera plus honnête que d’aller avec un prêtre.   46 Débrouillez-vous pour le partage.   47 Un rapport sexuel. « Lorsque m’amie et moy,/ Tous nuds au lict, faisons je ne sçay quoy. » Ronsard.   48 Le propriétaire. La scène des deux hommes qui se disputent une belle fille évoque celle du Faulconnier de ville, à partir du vers 307.   49 Jouissance. (Leçon de R. T : prouision)   50 Tonsurés.   51 T : Pournent cy vous vous  — R : Pourneant icy  (Pour néant [pour rien] réapparaît à 425.)   52 Je la mènerai.   53 R propose un jurement plus savoureux de la part d’un moine : Je me donne à Dieu !   54 N’y comptez pas.   55 Ce qu’on alloue provisoirement à un plaideur en attendant le jugement.   56 Expédition de mon affaire. Dans les farces, les femmes, qui sont illettrées, déforment le jargon juridique : cf. Colin, filz de Thévot, vers 186-190.   57 T : auancies  (Que vous progressiez.)   58 Un bon amant. « Mon gentil gallois,/ Ailleurs quérir je n’yray mie/ Une “andouille” à faire bons pois. » Parnasse satyrique.   59 Son pénis. Cf. Raoullet Ployart, note 29.   60 Juron féminin.   61 Voilà des mots bien choisis.   62 En plein air, lors de mes déplacements. Voir le vers 199.   63 C’est dans l’ordre des choses.   64 Exposée aux tempêtes et enrhumée.   65 Sur la paille d’une écurie.   66 T : cloistriez  (Qui vivons dans des couvents.)   67 Le « gras chanoine » des Contrediz de Franc Gontier, de Villon, personnifie bien cet éloge du confort et de la luxure dans lesquels se prélassaient les moines conventuels : « Il n’est trésor que de vivre à son aise. »   68 Qui me fais mousser. Leçon de R. T : Et moy beau sire qui fois croistre/ tous les iours deuant les dames   69 Exclus, privés.   70 T : contiens   71 Avant.   72 Le vocabulaire musical se prêtait à des incartades érotiques. La Fille assure le « bas » (cf. les Femmes qui font renbourer leur bas), et l’homme improvise le « dessus ». On trouvera les mêmes détournements dans une chanson de Pierre Bergeron : « Je pris le dessus, non sans rire,/ Et ma maistresse le dessous./ Nous commençasmes par nature/ Nos sons et accords tout exprès ;/ Et, las de battre la mesure,/ Je finis en bémol [débandade] après. » Cabinet satyrique.   73 Je prends ce vers et le suivant dans R.  (T offre de ce distique une lecture moins claire avec une rime du même au même : Car aucuneffois sans dessus/ Mauuais chantre est par ung desol.)  L’éditeur de 1612 place là un clin d’œil à Roland de Lassus, qui composa plusieurs chansons grivoises, dont la célèbre Fleur de quinze ans, sur un poème de Marot.   74 R : grignote  (Gringoter = chanter. Mais aussi, coïter : « C’est ung plaisant esbatement/ De ce bas clicquant instrument,/ Qui si bien tamboure et gringote. » Molinet, Débat <v. note 42>.)   75 Copule. « Les gens mariéz, par despit, disent qu’ils chantent leur première messe sur “l’autel velu”. » Béroalde de Verville. « Bé mol » est la prononciation normande de « bois mol » : pénis mou. Voir la note 72.   76 Prononciation normande de « bois quarre » : pénis dur. J.-J. Rousseau a donné l’étymologie du bécarre : « On l’appella B dur ou B quarre, en Italien B quadro. »   77 Leçon de R. T : Hault et gros   78 En épousant ma ligne mélodique.   79 Coup de reins pour coup de reins.   80 Avant de.   81 Ces 3 vers proviennent de R. T : Tout bellement sans me haster <reprise de 234>/ Et pensere aucuneffois <sans rime>/ Sil est besoing en une clause   82 T : organistes  (Jeu de mots sur l’organe viril.)   83 Jeu de mots sur « plain-chant ». Le « champ » est la partie de la femme qu’il faut labourer : « La sibylle aussitôt dans sa chambre le mène,/ Et lui montre le champ de l’amoureux déduit. » Robbé de Beauveset.   84 J’en ai à revendre.   85 T : nem — R : s’en  (Il ne me manque rien.)   86 Une partie basse contre la mienne. « [Merlin] jouoyt le dessus et trouvoit la basse contre toute preste. » Chroniques gargantuines.   87 T-R : Depuis   88 Jeu de mots sur « uni  con » : vulve lisse. (R : Unisson)   89 Redoute.   90 Ces chanteurs, dépositaires de la tradition grégorienne, passaient alors pour de vieilles barbes. « C’estoyt chose mervelleuse de nous ouÿr accorder noz mélodieuses voix (…), non point sy armonieusement comme font les chantres de Cambray ou Paris, combien touttefoys quasi taliter qualiter [presque aussi bien qu’eux]. » Nicolas Loupvent.   91 Clotaire II, né à Cambrai en 584, symbolisait l’ancien temps. « Il a [des] esperons du temps au roy Cloutaire, dont l’un n’a point de molette. » Quinze Joyes de Mariage.   92 Selon la dernière mode.   93 Ce rondeau est publié dans le Jardin de Plaisance (folio 71 r°). On le chante notamment dans la farce des Amoureux qui ont les botines Gaultier (F 9), et dans le Débat de Molinet <v. note 42>.   94 T : champs   95 T : enpleurs   96 T : seres resours  (Vous déposerez un recours lors d’autres assises.)   97 Sans être repris, sans reproche.   98 Remettons la sentence à huit jours de là. Le Gendarme cherche à gagner du temps.   99 Un report. La Fille, peu faite au jargon juridique (note 56), traduit « dilatation » : érection.   100 Citation narquoise d’un autre débat, « prouffitable pour instruire jeunes filles à marier », l’Embusche Vaillant : « Et dit-on : “Dieu, quel capitaine/ Pour faire armes ou grant conqueste !” »   101 Ce qu’on nous a dit.   102 T : il  (De la dilatation à laquelle on ne peut parvenir.)   103 À l’écart. « Ailleurs, en quelque pays a remotis. » Pantagruel, 7.   104 R : Les vieux sçavent d’amour les termes.   105 Leçon de R. T : ung coup la lance  (Courir la lance = copuler : « Elle se coucha, et luy emprès d’elle. Il n’eurent guères esté couchéz, et plus couru d’une lance. » Cent Nouvelles nouvelles.)   106 L’écu, bouclier contre lequel frappe une lance, désignait le sexe de la femme. Cf. le Trocheur de maris, vers 191.   107 Que vous avez longtemps vécu, que vous êtes vieux.   108 Vous puez le moine.   109 Leçon de R. T ne rime pas : Car iustice vous sera tinse   110 T-R : Et  (Jeu de mots sur la main mise.)   111 Le bas métier, le coït.   112 Frais.   113 Un cheval à poils gris <v. le vers 311> court aussi vite qu’un cheval à poils bruns. J’adopte la lecture de R ; T réduit ces 2 vers à : Aussi bien trotte grison que moreau   114 Leçon de R. T remplace ce vers par : mais tant seullement pource que laage/ vous surmonte cest une fois   115 Un écu déprécié vaut malgré tout son poids en or. On assiste à une bataille de proverbes.   116 T : besiaune  (Insane = folle. Rime avec « condamne ».)   117 Coquard = sot.   118 T-R : gente   119 Mignonne (vers 42), élégante.   120 « Les yeulx chassieux, couilles flastries et victz geléz. » J. d’Abundance, Lettre d’escorniflerie, T 26.   121 Leçon de R. T : Comme ung poure chat de may  (Les chats nés au mois de mai n’avaient aucune valeur : « Et dois sçavoir, si tu es bon devin,/ Que chatz de May ne vallent une puce. » J. Molinet, Débat d’Avril et de May.)   122 Que dois-je dire de plus ?   123 Vers manquant. « Autre conseil ne vous puis donner, fors laisser joindre voz gens. » Thrésor des Amadis.   124 Cet « axiome de Normandie », comme l’appelle Béroalde de Verville, se lit notamment dans la farce des Chambèrières (F 51).   125 Leçon de R. T : & brief de vous ie ne vueil point/ Car vous nestes point quil me fit/ Ce quil me feroit   126 Une raide verge (lat. vena). « –Il a jà une verte vaiyne./ –Au moyns serez-vous bien joyeuse/ Quant ma queue verte sentirez. » Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.   127 En faisant durer le plaisir. « Pauline, qui n’estoit pas mal contente de ce long travail, s’estonnoit de la longue haleine de son piqueur. » (Bandello+Belleforest.)  Quoi qu’en disent les personnes mal informées, « coup » avait la même acception libre qu’aujourd’hui : « Ung jeune fils qui se fiança,/ À sa fiancée emprunta/ Ung coup sur le temps advenir. » (Sermon joyeux d’un Fiancé.) Cf. Frère Guillebert, vers 90.   128 T : quil   129 Un avocat.   130 Je remets « la cause à huitaine » (vers 288).   131 Une corde de charpentier.   132 Exhiber mes testicules. (Cf. Frère Guillebert, vers 354.)  Avec le même double sens érotico-juridique, les basochiens disaient aussi : « Mettre les pièces dessus le bureau. » Quant aux plaideurs, on les nommait « les parties ». Tout ces termes ambigus simplifiaient la vie aux avocats qui rédigeaient des causes grasses, plaidoiries carnavalesques d’une touchante obscénité. Le jugement de Cupidon (vers 414-446) est lui-même une cause grasse.   133 D’après.   134 Grup = condamné. « Son procès va donc à rebours,/ S’il est grup. » (Mistère de la Passion.) C’est un mot d’argot : « Car qui est grup, il est tout roupieulx [honteux]. » (Villon, Ball. en jargon, VII.)   135 T : disposer  (Rime précédente.)   136 T : maine  (Même vers que 421.)   137 T : toutes   138 Moine.   139 Babils, plaidoiries.   140 Merci à vous. On prononçait « grattez vos bis » : grattez vos sexes, masturbez-vous parce que vous n’aurez rien d’autre. « [Nous en sommes] quites pour un grates vos bis. » (Marchebeau et Galop, LV 68.)  Bis = vulve : « La belle fille entre les bras,/ Et river le bis à plaisance,/ Dix foys la nuyt. » Sottie de Folle Bobance.

FRÈRE GUILLEBERT

Recueil du British Museum

Recueil du British Museum

*

FRÈRE  GUILLEBERT

*

 

Cette farce normande ou picarde, écrite peut-être en 15051, est inspirée notamment par deux fabliaux : les Braies au Cordelier, et les Braies le priestre. Elle offre un précieux répertoire du vocabulaire érotique ayant cours à son époque. On l’a couplée ultérieurement avec un sermon joyeux2 dans le même ton. Le « héros » du sermon s’appelle Guillebert3, comme en témoigne le vers 67 ; mais celui de la farce avait peut-être un nom plus court : les vers 124, 307, 330 et 503, qui nomment Guillebert, sont trop longs.

Source : Recueil du British Museum, nº 18.

Structure : Sermon joyeux (avec 7 strophes en ababbcC), 2 triolets, abab/bcbc, rimes plates, 5 strophes en ababbcC. La versification est très soignée, les rimes sont riches, ce qui permet de « décorriger » certaines corrections maladroites commises par l’imprimeur.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

 

*

Farce nouvelle de

Frère Guillebert

trèsbonne et fort joyeuse

*

 

À quatre personnages, c’est assavoir :

    FRÈRE GUILLEBERT

    L’HOMME VIEIL [MARIN]

    SA FEMME JEUNE

  LA COMMÈRE [AGNÈS]

*

                                            FRÈRE  GUILLEBERT  commence        SCÈNE  I

               Foullando in calibistris,

               Intravit per bouchan ventris

              Bidauldus, purgando renes.4

             Noble assistence, retenez

5     Ces motz pleins de dévotion.

           C’est touchant5 l’incarnation

           De l’ymage6 de la brayette

           Qui entre –corps, aureille7 et teste–

           Au précieulx ventre des dames.

10   Si demandez entre voz8, femmes :

           « Or çà, beau Père, quomodo9 ? »

           Le texte dict que foullando

           En foullant10 et faisant zic-zac,

           Le gallant se trouve au bissac11.

15   Entendez-vous bien, mes fillettes ?

           S’on s’encroue12 sur voz mamelettes

           Et qu’on vous chatouille le bas,

           N’en sonnez mot, ce sont esbatz ;

           Et n’en dictes rien à voz mères.

20   De quoy serviroient voz aumoyres13

          Si ne vouliez bouter dedens ?

           Se vous couchez tousjours à dens14,

           Jamais n’aurez les culz meurtris,

    Foullando in calibistris.

25   Gentilz gallans de rond bonnet15,

           Aymantz le [se]xe féminin,

           Gardez se l’atellier16 est net

           Devant que larder le connin17 :

           Car s’on prent en queue le venin18,

30   On est pirs qu’au trou Sainct-Patris19,

    Foullando in calibistris.

           Tétins voussus20, doulces fillettes

           Qui aimez bien faire cela21

           Et, en branlant voz mamelettes,

35   Jamais ne direz « [Hau !] Hollà22 ! »,

           Un point y est23 : guettez-vous là

           Que vous n’ayez fructus ventris24,

    Foullando in calibistris !

           Vous, jeunes dames mariées

40   Qui n’en avez pas à demy25

           [Et n’en estes rassasiées,]

           N’escondissez26 point un amy :

           Car restent27 –fust-il endormy–

           Au papa28 ceulx qui son[t] pestris

    Foullando in calibistris.

45   Je vous recommande, à mon prosne,

           Tous noz frères de robe grise29.

           Je vous promectz, c’est belle aumosne30

           Que faire bien à gens d’Église.

           Grans pardons a31, je vous advise,

50   À leur prester bouchan ventris,

    Foullando in calibistris.

           Plusieurs beaulx testins32 espiés

           Se font « batre » sans nul mercy ;

           Et puis qu’ilz ont des petis piedz

55   Au ventre33, ilz sont en soucy :

           « La[s] ! (se disent), d’où vient cecy ? »

          Et ! le veulx-tu sçavoir, Biétris34 ?

    Intravit per bouchan ventris.

           Un tas de vieilles esponnées35

60   Qui vous font tant de preudefemmes36,

           Il semble qu’ilz soient estonnées

           S’ilz oyent parler qu’on ayme dames ;

           Et ! vous croyez que les infâmes

           Ont tous les bas espoitronnéz37,

65   De servir purgando renes !

           Mes dames, je vous recommande

           Le povre frère Guillebert.

           Se l’une de vous me demande

           Pour fourbir un poy38 son haubert,

70   Approchez, car g’y suis expert.

           Plusieurs harnois39 ay estrénéz,

    Bidauldus purgando renes.

               LA  FEMME  commence 40            SCÈNE  II

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

           Et vous doint santé et soulas !

               LA  COMMÈRE

75   Ha ! ma commère, bien venez !

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès !

               LA  COMMÈRE

           Que maigre et palle devenez !

           Qu’avez-vous, ma commère, hélas ?

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

80   Et vous doint santé et soulas !

           Que cent foys morte me souhaitte !

               LA  COMMÈRE

           Et pourquoy ?

               LA  FEMME

                                        D’estre mise ès lacz41

           D’un vieillart, et ainsi subjette42

           De jour, de nuict, je vous souhette !

85   Mais de poindre43, c’est peu ou point.

           Quel plaisir a une fillette

           À qui le gentil tétin point ?

               LA  COMMÈRE

           Sçait-il plus rien du bas pourpoint44 ?

               LA  FEMME

           Hélas, ma mye, il s’est cassé.

90   S’en un moys un coup est appoint45,

           Il [en] est ainsi tost lassé.

           Je l’ay beau tenir embrassé :

           Trouve46 autant de goust qu’en vieil lard.

           Mauldict soit-il, qui a brassé47

95   Me marier à tel vieillard !

           Quel plaisir d’ung tel papelard48,

           Pour avoir en amour pasture !

               LA  COMMÈRE

           Il vous fault un amy gaillard

           Pour supplier49 à l’escripture.

100  Dieu n’entend point, aussi Nature,

           Que jeunes dames ayent souffrette50.

           Mais cerchez une créature

           Qui ayt la langue un poy51 segrette.

               LA  FEMME

           Il est vray [que] quand on en quette,

105  On est regardé de travers ;

           Mais quoy qu’on jase ou [qu’on] barbette,

           Je jouray de bref à l’anvers52.

           Doibt mon beau cor[p]s pourrir en vers

           Sans voir53 ce que faisoit ma mère ?

110  Vienne, fust-il moyne ou convers54 :

           Je luy presteray mon aumoyre.

               LA  COMMÈRE

           Enda ! c’est bien dict, ma commère.

           J’en ay faict, à mon temps, ainsi.

           C’est une chose bien amère

115  De languir tousjours en soucy.

               LA  FEMME

           Adieu donc, je m’en voys d’icy

           En attendant quelque advantage.

               FRÈRE  GUILLEBERT             SCÈNE  III

           Ma dame, ayez de moy mercy55,

           Ou mourir me fault avant aage.

120  Mon las cœur vous baille en ostage :

           Plaise-vous le mettre à son aise.

           Je vous dis en poy de langaige

           Ce qui me tient en grant mésaise.

               LA  FEMME

           Frère Guil(le)bert56, ne vous desplaise,

125  Ce n’est pas ainsi qu’on amanche57.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Ma mye, je vous pry qu’il vous plaise

           Endurer trois coups de la « lance » :

           C’est belle osmosne, sans doubtance,

           Donner pour Dieu aux souffretteux58.

               LA  FEMME

130  S[i] on savoit nostre accointance,

           Mes gens me saqueroient59 les yeulx.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! nous ferons si bien noz jeux

           Qu’on ne sçaura rien du hutin60.

           S’une foys je suys sur mes œufz61,

135  Je baulmeray62 sur le tétin.

               LA  FEMME

           Venez donc demain, bien matin :

           J’envoyray Marin au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Plaisir sera au63 vieil mastin

           De trouver le pâtis herch(i)é64.

               LA  FEMME

140  Le vieillart a trop bon marché65.

                                           L’HOMME                 SCÈNE  IV

           Et dont vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Que me voulez[-vous donc] si tost ?

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune této[t] ?

145  Que vous [m’]engainez ung petiot66 !

               LA  FEMME

           Vostre « bas » est trop eslauché67

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Enda ! j’ay le cœur si fâché

150  Que vouldrois estre en Purgatoire !

               L’HOMME

           Vous fault-il ung suppositoire,

           Ou [ung] clistère barbarin68 ?

               LA  FEMME

           Vous m’avez abusée, Marin :

           Avec vous, je vis en langueur.

               L’HOMME

155  Je ne vous bas, ne fais rigueur.

           Demandez-moy s’il vous fault rien69.

               LA  FEMME

           Ce n’est point –vous n’entendez rien–

           Là où me tient la maladie70.

           Voulez-vous que je le vous die ?

160  Je suis par trop jeune pour vous.

               L’HOMME

           En ung moys, je fais mes cinq coups ;

           La sepmaine, ung coup justement71.

               LA  FEMME

           Cela, [ce] n’est qu’afemmement72 !

           J’aymerois tout aussi cher rien73.

               L’HOMME

165  Comment ! Vous vous passiez [très] bien

           De causquéson74, chez vostre mère.

               LA  FEMME

           La douleur est bien plus amère :

           Mourir de soif emprès le puis75 !

               L’HOMME

           Je fais tout le mieulx que je puis.

170  J’en suis, par Dieu, tout trèsbatu76,

           Combien que j’aye combatu77.

           Encor78, vous dictes estre enceinte.

               LA  FEMME

           [C’est d’avoir]79 prié une saincte

           Que pleine suis, de peu de chose…

175  Encor[e] dire ne vous ose

           Sçais bien quoy.

               L’HOMME

                                          Et dictes, bécire80 !

               LA  FEMME

           Marin, mon amy, je désire…

           Las ! je crains81 tant le povre fruict…

               L’HOMME

           Dictes-le-moy : soit cru ou cuit82,

180  Vous me verrez courir la rue.

               LA  FEMME

           Je désire de la morue

           Fresche, des moules, du pain mollet ;

           Et si, vouldrois bien d’ung collet

           D’ung gras mouton83, et d’ung vin doulx.

185  Et si, Marin (entendez-vous ?),

           De cela qui estoit si blanc

           Quand nous mariâmes.

               L’HOMME

                                                         Du flan ?

               LA  FEMME

           Et voyre, vous y estes tout droict84 !

           Je n’en puis durer, [or]endroit85.

               L’HOMME

190  J(e) iray donc demain, bien matin,

           Au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT                 SCÈNE  V

            Hé ! gentil tétin86 !

           Que tant tu me tiens en l’oreille87 !

 

               RONDEAU88

           Pour une qui [bien] s’appareille89

           Ung vray chef-d’œuvre de Nature,

195  Mon corps veulx mettre à l’avanture

           À les sangler pour la pareille90.

 

           Mon corps et membre(s) j’appareille91

           N’escondire pas créature,

           Pour une92.

 

200  Si ton mary dort ou si veille,

           Mais qu(e) accès j’aye à ta93 figure,

           Je veulx que l’on me défigure

           Se point un grain94 je m’esmerveille

           Pour une.

 

               L’HOMME                SCÈNE  VI

205  Il est [grand] temps que je m’esveille95.

           Adieu, je m’en vois au marché.

               LA  FAMME

           Adieu ! Et prenez bon marché96.

           Mais, je vous prie, n’oubliez rien.

               L’HOMME

           Nennin, non, il m’en souvient bien.97

               FRÈRE  GUILLEBERT                SCÈNE  VII

210  Holà, hay ! Je viens bien à point98.

               LA  FEMME

           Oy. Dévestez chausses et pourpoint,

           Et approchez : la place est chaulde.

               FRÈRE  GUILLEBERT  se  despouille 99

           Au moins, y a-il point de fraulde ?

           Je crains la touche100, sur mon âme !

                                          LA  FEMME

215  Pas n’estes digne d’avoir dame,

           Puis que vous estes si paoureux.

               L’HOMME              SCÈNE  VIII

           Et ! suis-je point bien malheureux

           D’avoir oublié mon bissac ?

           Je n’ay pennier, pouche101 ne sac

           [Où pourray mettre la vitaille.]102

220  Il fault bien tost que je m’en aille

           Requérir le mien…

                                                Hay ! holà !103

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! vertu sainct Gens104 ! Qu’esse-là ?

           Monsieur sainct Françoys105 ! que peult-ce estre ?

               LA  FEMME

           Par [mon enda]106 ! C’est nostre maistre.

225  Je croy qu’il se doubte du jeu.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Que c’est ? vostre homme ? Vertu bieu !

           Hélas ! je suys bien malheureux.

           Le dyable m’a faict amoureux,

           Je croy ; ce n’a pas esté Dieu.

               LA  FEMME

230  Muchez-vous107 tost en quelque lieu :

           S’il vous trouve, vous estes frit.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! mon Dieu, je suis bien destruit !

           Vertu sainct Gens ! le cul me tremble108.

           Or çà, s’il nous trouvoit ensemble,

235  Me turoit-il, à vostre advis ?

               LA  FEMME

           Jamais pire homme je ne vis.

           Et si, crains bien vostre instrument109.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Le dyable ayt part au hochement110

           Et à toute la cauquéson !

240  Accoustré seray en oyson111 :

           Je n’auray plus au cul que plume112.

               LA  FEMME

           S’il est engaigné113, il escume ;

           Semble, à veoir, ung homme desvé114.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! Pater noster et Avé !

245  Vertu bieu ! je suis bien hoché115.

               LA  FEMME

           Las ! mon amy, c’est trop presché ;

           Venez çà, je vous mucheray.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Qui m’en croira, je m’en fuyray,

           Par Dieu, le cas bien entendu.

               LA  FEMME

250  Mais que soyez bien estendu,

           Point ne vous voirra soubz ce coffre116.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Or çà donc, puis que le cas s’offre,

           Me voicy bouté à l’acul117.

           Et ! couvrez-moy un poy le cul118 :

255  Je sens bien le vent119 qui me frappe.

           S’une foys du danger j(e) eschape,

           S’on m’y r’a, je seray sapeur120.

                                           LA  FEMME

           Taisez-vous, n’ayez point de peur ;

           Je vous serviray, si je puis.

               L’HOMME

260  Et puys, hay ! m’ouvrirez-vous l’huis ?

               LA  FEMME 121

           Las ! mon amy, qui vous ramaine ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il me fault cy estendre en raine122.

           Qu’au dyable soit-il ramené !)

               L’HOMME

           Hé ! suis-je point bien fortuné ?

265  J’avois oublié mon bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (À ce coup, je suis à bazac123 :

           Je suis, par Dieu, couché dessus !

           Et ! sainct Frémin et puis Jésus !

           C’est faict, hélas, du povre outil124 !

270  Vray Dieu ! il estoit si gentil,

           Et si gentement encresté125.)

               LA  FEMME

           Je vous l’avois, hier, apresté

           Sur ce coffre avant que coucher.

               L’HOMME

           Couchez-vous, je le voys cercher.

275  Et gardez-vous que n’ayez froid.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il s’en vient, par Dieu, cy tout droict.

           Hé ! sainct Valéry126 ! Qu’esse-cy ?

           Ha ! s’il me prenoit en mercy127,

           Et qu’il print toute ma robille128

280  Mais hélas ! perdre la coquille129 ?

           Mon Dieu ! c’est pour fienter par tout130.)

               LA  FEMME

           Ne cerchez point là vers ce bout :

           Il n’y est point.

               L’HOMME

                                        Et où est-il don ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Mon Dieu, je demande pardon ;

285  Tout fin plat131, je te cry mercy !)

               L’HOMME

           On sent, par Dieu, cy le vessy132 :

           Vertu sainct Gens, quel puanteur !

               [LA  FEMME]

           Et ! on faict sa malle puteur133.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (S’il estoit aussi tourmenté,

290  Il eust, par Dieu, piéçà fienté.)

               LA  FEMME

           Et puis ? l’avez-vous, Marin ?

               L’HOMME

                                                                 Peaulx134 !

           Point n’est cy parmy les drapeaulx135 ;

           On l’a quelque part mis en mue136.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Je suys mort si je me remue.

295  J’ay desjà le cul descouvert.

           Et pource, frère Guillebert,

           Mourras-tu si piteusement ?

           Deux motz feray de testament137,

           Devant que laisser ma cuiller138

300  Et qu’on139 m’ait couppé le couiller.

           À Cupido, dieu d’amourettes,

           Je laisse mon âme à pourveoir

           Pour la mettre avec des fillettes,

           Car j’estois140 bien aise à les veoir.

305  La dame aura mon cœur, pour voir141,

           Pour qui me fault icy périr.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir142 ?

           Tétins143 poinctifz comme linotz144,

           Qui portent faces angélicques,

310  Pour fourbir leur custodinos145

           Auront l’ymage et mes brelicques146 :

           Ne les logez point parmy flicques147 ;

           Dedens jambons148 les fault nourrir.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

315  Jeunes dames, friantz tétotz,

           Vous aurez mes brayes149 pour tout gaige,

           Pour vous fourbir un poy le dos

           Quant vous avez faict le bagaige150.

           Frotez rains et ventre : g’y gaige,

320  Cela vous fera secourir151.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Aux muguetz, grateurs de pareilz152,

           Laisse ma dernière ordonnance ;

           On153 leur fera leurs appareilz

325  Sur l’orifice de la pance

           De leurs femmes. S’en est la chance154,

           Ilz en auront plus beau férir155.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Je prie à tous ces bons yvrongnes,

330  Se frère Guillebert est trespassé,

           Qu’ilz disent en [lavant leurs brongnes]156

           […………………………… -ssé :]

           « J’ay bien gardé, le temps passé,

           Mon gentil gosier de sorir157. »

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?)

               L’HOMME

335  Je ne sçay plus où le quérir.

           Il y a de la dyablerie.

               LA  FEMME

           Parlez de la Vierge Marie158 !

               L’HOMME

           Vertu bieu ! je suis trop fasché.

           Si fault-il qu’il soit cy caché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

340  (In manus tuas, Domine159

           Nisi quia Domine ne…

           Tedet spiritus160 Et pelli…

           Confiteor, Deo celi…

           Ut queant quod chorus vatum…

345  Hé ! te perdray-je, beau baston161 ?

           C’est faict, ce coup. Povre couiller !

           Il vient, pardieu, tout droict fouiller

           Cy sur moy. Et ! vertu sainct Gens !

           Fault-il tuer ainsi les gens ?

350  Par Dieu ! je varie162 de crier.

           Gaignerois-je rien à prier,

           Et à luy monstrer ma couronne163 ?

           mon Dieu, comme tu me gravonne(s)164 !

           À Dieu, gentilz tesmoins165 pelus !)

               LA  FEMME

355  Mon amy, ne cherchez là plus :

           Qu’est cela pendu à ceste cheville166 ?

               L’HOMME

           Et, çà ! Au dyable, çà ! C’est ille167 !

           Venez, que vous vous faictes chercher.

               Nota qu’il doit prendre le hault-de-chaulses

               à frère Guillebert pour son bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Encor pourray-je bien hocher168.

360  Vertu sainct Gens, que je suis aise !)

               L’HOMME

           Adieu, ma mye ! Que je vous baise

           Ung poy à mon département169.

               LA  FEMME

           N’espargnez point l’esbatement170.

               L’HOMME

           Je feray le cas171 au retour.

               FRÈRE  GUILLEBERT

365  Par sainct Gens ! revoycy bon tour.

           Encor pourra paistre pelée172.

               LA  FEMME

           Hélas ! j’estois bien désolée :

           Je cuydois qu’il vous mist à sac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Où, gibet, [print-il]173 ce bissac ?

370  J’estois, par Dieu, couché dessus.

               LA  FEMME

           Et qu’a-il donc emporté174, Jésus ?

           Il sera bien tost cy rapoint175.

               FRÈRE  GUILLEBERT 176

           Par Dieu ! si ne m’y lairez177 point

           Rouge178 cul ravoir, sainct Françoys !

375  Par Nostre Dame ! je m’en vois,

           Mais que j’aye reprins [mes despoilles]179

           Vertu Dieu ! où est mon sac à coilles ?

           Comment ! je ne le trouve point.

               LA  FEMME

           Où est[oit]-il180, frère Gnillebert ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

                                              Emprès mon pourpoint,

380  Pendus cy en ceste cheville.

               LA  FEMME

           Hé ! Vierge Marie, ce sont ille

           Qu’il a prins en lieu de bissac.

           Las ! mon Dieu, je suis à bazac :

           Il me tuera, mais qu’il le voye.

               FRÈRE  GUILLEBERT

385  (Ma foy, je m’en voys mettre en voye ;

           Je croy qu’il ne m’y verra181 point.

           Je prandray mon vit à mon poing :

           Mes mains me serviront de brayette.)182

               LA  FEM[M]E

           Hélas ! et suis-je bien meffaicte ?

390  N’est-ce point bien icy malheur ?

           En amours, je n’euz jamais eur183.

           Las ! je ne sçay que deviendray ;

           M’en fuyray-je, ou s[i] l’atendray ?

           Se je l’atens, il me tuera.

395  Je m’en vois veoir que me dira

           Ma commère…184

                                              Hélas, Dieu vous gard !        SCÈNE  IX

               LA  COMMÈRE

           Que vous avez piteux regard !

           Vous n’avez pas esté bastue ?

               LA  FEMME

           Hélas ! ma mye, je suis perdue.

400  Je ne sçauray que devenir.

               LA  COMMÈRE

           Bo[n], il ne fault point tant gémir :

           À tous maulx on trouve remède.

               LA  FEMME

           Donnez-moy conseil et ayde,

           Aultrement, je suis mise à sac.

405  Las ! ma mye, en lieu de bissac,

           Nostre homme a prins, comme [il apert]185,

           Les brayes de frère Guillebert,  plorando 186

           Et s’en va à tout187 au march[i]é.

               LA  COMMÈRE

           Cela, mon Dieu, c’est bien chié188 !

410  N’est-ce aultre chose qui vous point ?

               LA  FEMME

           Ha ! vous ne le congnoissez point :

           Il dira que j’en fais beaucoup ;

           Et si, jamais qu’un povre coup

           N’en fis189, par le prix de mon âme !

               LA  COMMÈRE

415  N’est-ce aultre chose ? Nostre Dame !

           Allez-vous-en à la maison.

           Je luy prouveray par raison

           Que ce sont les brayes sainct Françoys.

           Tenez gestes190, je m’y en vois.

420  Qu’on me fesse se ne l’appaise.

               [LA  FEMME]

           Hé ! mon Dieu, que me faictes aise !

           Je m’en voys191 trotant bien menu.

               L’HOMME              SCÈNE  X

           Me voicy donc tantost venu.

           Mais je suis quasi estouffé

425  Tant le bissac sent l’eschauffé192

           Et ! vertu sainct Gens, qu’esse-cy ?

           Bissac ? A ! Bissac, pardieu, non est :

           C’est l’abit d’un cul guères net,

           Car y voycy l’estuy à couilles.

430  En voulez-vous menger, des « moules »193 ?

           Me le faict-on194 ? Belle froissure195,

           Se je vous tiens, je vous asseure !

           Le dyable vous cauquera196 bien !

           Le diable enport se j’en fais rien,

435  Que n’ayez le gosier couppé !

           [……………………… -pé.]

           Hon ! me voicy bien atourné.

           Le margout197, quand suis retourné,

           Estoit muché en quelque lieu ;

           Ne le198 sçavois-je, vertu Dieu !

440  Je vous eusses bien foutiné199,

           Par Dieu, et fust-ce ung domine200 !

           Vous faictes fourbir le buhot201,

           Et on m’apellera Hu(ih)ot202 ?

           Et ! pardieu, j’en seray vengé.

445  Le grant diable m’a bien engé203

           De vostre corps, belle bourgeoise !

               LA  COMMÈRE            SCÈNE  XI

           Mon compère, vous faictes grand noyse :

           [Et si,] on ne vous a faict rien ?

               L’HOMME

           Vertu bieu ! on m’en baille bien.

450  Est-ce ainsi qu’on envoye les gens

           (Hon ! hon204 !) cauquer ? Vertu sainct Gens !

           La cauquéson sera amère !

               LA  COMMÈRE

           Et ! pensez-vous que ma commère

           Voulsist205, hélas, se mesporter ?

               L’HOMME

455  Le diable la206 puist emporter !  Monstrat caligas. 207

           Voyez : voylà la prudhomie208.

               LA  COMMÈRE

           Las ! mon amy, ne pensez mye

           Qu’il y ait icy de sa faulte.

           Le cœur dedens mon ventre saute,

460  Quant manier je vous les vois :

           Las ! ce sont les bray[e]s sainct Françoys,

           Ung si précieux reliquère.

               L’HOMME

           Et ! vertu sainct Gens, à quoy faire

           Les eust-on mises à ma maison ?

               LA  COMMÈRE

465  Vrayement, il y a bien raison :

           Et ! pensez-vous bien (Dieux avant209 !)

           Que vous eussiez faict un enfant

           Sans l’aide du sainct reliquaire ?

               L’HOMME

           Et pourquoy n’en sçaurois-je faire ?

               LA  COMMÈRE 210

470  Hélas ! vous estes esponné211.

               L’HOMME

           Encor, pardieu, suis estonné

           Comment cecy y peult servir.

               LA  COMMÈRE

           Quant du joyau on peult chevir212,

           Il en fault froter rains et pance

475  Sept foys, et dire sa Créance213 ;

           Puis après, rendre le debvoir214.

           On[c] ne les cuidasmes onc avoir ;

           Encor, s’on ne nous eust congneues215,

           Jamais nous216 ne les eussions eues.

480  Et si, da, les fault renvoyer.

               L’HOMME

           Je les yray donc convoyer

           Moy-mesmes jusques au convent217.

               LA  COMMÈRE

           Frère Guillebert vient souvent :

           Il ne les luy fault que bailler.

               L’HOMME

485  Or bien, donc. Il s’en fault aller

           Pour veoir qu’en dira nostre femme.218

 

           Pardonnez-moy, par Nostre Dame,          SCÈNE  XII

           Ma mye : j’ay failly219 lourdement.

               LA  COMMÈRE

           Vous ne sçavez pas, voyrement,

490  Qu’il estimoit220 de vous, ma mye ?

           Le bon homme ne pensoit mye

           Que eussiez les brayes sainct Françoys,

           Et en faisoit tout plain d’effrois221.

           Il ne sçavoit comme il en estoit222.

               LA  FEMME

495  Le cœur bien me l’admonnestoit223,

           Quand [ne] les ay trouvées ceans.

           J’aymerois mieulx pourrir en fiens224

           Que de me daigner mesporter !

               LA  COMMÈRE

           Ma mye, il les fault reporter.

               LA  FEMME

500  Las ! voyre, il nous ont bien servys.

               L’HOMME

           Par Dieu, ma mye, jamais [n’en vis]225

           Qu’à ceste heure-cy, Dieu avant !

               LA  COMMÈRE 226

           C’est frère Guil(le)bert là-devant.

           Il vaul[droi]t mieulx les luy bailler.

               L’HOMME

505  C’est bien dict.227

                Venez cy parler

           Un petit, s’il vous plaist, beau Père !

               FRÈRE  GUILLEBERT         SCÈNE  XIII

           A-t-on céans de moy affaire ?

           Je croy que ouy, comme je voys.

               LA  FEMME

           Ce sont les chausses228 sainct Françoys,

510  Que remporterez, s’il vous plaist.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Je le feray sans plus de plaict229 ;

           Mais boutez-vous tous à genoulx,

           Affin que le sainct prie pour nous.

           Et si, vous fault baiser tous trois

515  Les brayes de monsieur sainct Françoys230 :

           Vous aurez la laine231 plus doulce.

               LA  FEMME

           Baillez-m’en une bonne touche232,

           Puis qu’en ay eu si grand doulceur…

               FRÈRE  GUILLEBERT

           C’est trèsbien faict, ma bonne seur ;

520  Car c’est un fort beau reliquère.

               L’HOMME

           Allons les reporter, beau Père ;

           Que chascun voyse à son degré233.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Adieu, messieurs : prenez en gré234.

 

FINIS

Du jeune clergie de Meulleurs. 235

M P U

*

1 Voir la note 235. Elle fut imprimée à Rouen par Jehan de Prest, entre 1542 et 1559.   2 Jelle Koopmans l’a inclus dans son Recueil de Sermons joyeux (pp. 585-589). Il a aussi publié, dans la Revue Romane, un article qui éclaire la scénographie : Frère Guillebert : taxinomies et visualisations d’une farce. La meilleure édition de la pièce est due à André Tissier : Recueil de farces, VI, Droz, 1990. Citons encore les trouvailles normandes d’Emmanuel Philipot : Notice sur la farce de Frère Guillebert. (Mélanges Mario Roques, II, 1953.)   3 Ce nom fait penser à couille vert [verge vigoureuse] : « Moynes ? Que le mal feu les arde,/ Tant portent-ilz la couille verd ! » (Les Rapporteurs.) En outre, le guille-là désignait le pénis : voir l’Épitaphe du membre viril de frère Pierre, de Jodelle.   4 En fouillant dans le calibistri, le bidaud entra par la bouche du ventre, purgeant les reins.  Fouiller = coïter : « Fouillez et ne soyez piteux !/ Or fouillez bien au fond du pot ! » (Joyeusetéz, XIII).  Calibistri = vulve : « [Elle] laissa aux Cordeliers d’icy/ Son si joly callibistry. » (Le Duchat.)  Bidaud = pénis : « Maujoinct [la vulve] se mouille,/ Le povre bidault là s’abaisse. » (Le pourpoint fermant à boutons.)  Bouche = vulve : « Mets icy ton gros “doigt”, et bouche/ Bien hardiment ma basse bouche ! » (Parnasse satyrique.)   5 Au sujet de.   6 Statuette, qui de loin, avait l’apparence d’un godemiché. (Voir la morphologie humaine du phallus au vers suivant.) On dit que les nonnes employaient toutes sortes d’objets sacrés à des fins profanes. Cf. aussi le vers 311.   7 Testicules. « Le membre de Colin, deffaict,/ Se retira, penchant l’oreille. » (Cabinet satyrique.) Voir aussi le vers 192.   8 Entre vous. « Entre vos, femmes, (…)/ Vous pouriez demander : “Beau Père,/ Où se prend ce doulx ongnement [sperme] ?” » Sermon joyeulx pour rire, LV 3.   9 De quelle manière ?   10 En copulant. « Et jà montoit dès son jeune aage/ Sur les filles de son village,/ Et les culoit et les fouloit. » (Jodelle.) « Faire zic-zac » [zigzag = va-et-vient] est répertorié par Rose M. Bidler (Dictionnaire érotique. Ancien français, Moyen français, Renaissance). « Eaue de vie [sperme] qui soustient vie [vit]/ Et ziques-zaques au verd-jus [sperme]. » (Une femme à qui son voisin baille ung clistoire, F 28.)   11 Vulve. « Y vous la couche sur le dos,/ Et après cinq ou sis bons mos,/ Feist entrer “Geufray” au bissaq. » L’Oficial, LV 22.   12 Si on se cramponne à.   13 Armoire = ventre (Takeshi Matsumura, Dictionnaire du français médiéval, p.238). Idem au vers 111.   14 À plat ventre.   15 Bacheliers. « Il est bien temps que vous soyez/ Graduées, et que vous ayez/ Sur la teste le bonnet ront. » Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.   16 Regardez si la vulve est saine. « Eussent-ils, sur le déclin de leur aage, bandé à l’attelier de Vénus ? » Jean Dagoneau.   17 Avant d’y pénétrer. « Moy (…) qui sçais proprement mettre l’andouille au pot/ Et larder le connin. » J. de Schelandre.   18 La syphilis.   19 L’entrée du Purgatoire, mais aussi l’anus. Cf. le Gaudisseur, vers 64 et note 7.   20 BM : moussus  (Voussu = bombé, arrondi.)   21 Faire l’amour. « C’est une femme qui a fait/ Cela cent foys sans son mary. » Farce d’un Amoureux, BM 13.   22 Assez ! « Je cuydoys qu’el me dist “ Hollà ! ”,/ Mais elle me disoit : “ Là, là !/ Houssez fort ! ” » Sermon joyeux d’un Ramonneur de cheminées.   23 Il y a un hic. Se guetter = se garder, se méfier.   24 Préservez-vous d’une grossesse. Allusion au « fruit du ventre » de la Vierge Marie. Il est encore question d’un tel fruit au vers 178.   25 Qui n’avez pas la moitié du plaisir que vous souhaiteriez avoir.   26 N’éconduisez pas votre amant.   27 BM : rest &  (Car les enfants conçus pendant que vous copulez avec votre ami seront attribués au père officiel, même s’il dormait.)   28 BM : papar  (Papa = cocu qui reconnaît l’enfant d’un autre. « Et qui qu’en soit le père,/ Tu seras le papa. » Régnault qui se marie, F 7.)   29 Les moines franciscains, très défavorablement connus sous le nom de cordeliers, portaient une robe grise. Frère Guillebert est vêtu de ladite robe pour prononcer le sermon initial, mais il se rend au rendez-vous galant <vers 191> en civil, avec un pourpoint et un haut-de-chausses ; il reparaîtra en robe au vers 507, quand il aura perdu son habit séculier. Rabelais révèle que les béats Pères ne portent point de chausses sous leur froc : voilà pourquoi « leur pauvre membre s’estend en liberté à bride avallée, et leur va ainsi triballant sur les genoulx ». (Pantagruel, 16.)   30 « Mes dames, je suis d’avis que vous mestiez vos jambons parmy nos andouilles : vous ferez belle aumosne. » (Marguerite de Navarre, Propos facétieux d’un Cordelier en ses sermons.) Même expression au vers 128.   31 On gagne beaucoup d’indulgences. La Confession Margot exploite ce thème.   32 Femmes. On trouve cette métonymie aux vers 32, 52, 191 et 308 ; et sous la forme « tétot » aux vers 141 et 315. Épié = pointu comme le sommet d’un clocher, qu’on nommait l’épi ; cf. le vers 87.   33 Depuis qu’elles sont enceintes.   34 « Il y engrossa une gouge/ Qui avoit nom dame Biétrix. » Le Gaudisseur.   35 Épuisées (par la luxure).   36 Qui font tant les bégueules.   37 Ont les fesses usées par les frottements du lit (vers 23). « Une vieille espoitronée. » Roman de Renart.   38 Un peu. « Fourbir le haubert à une femme » est répertorié dans le Dictionnaire érotique de Bidler.   39 Vulves. « Rembourreux d’enffumés cabas [culs] :/ Laisser vous fault vostre mestier/ Sans plus fourbir ces vielz harnas. » (Ballade.) Étrenner = dépuceler.   40 C’est effectivement le vrai début de la pièce. Une jeune femme mal mariée va chez sa voisine Agnès, une veuve quelque peu entremetteuse.   41 Lacets, liens du mariage.   42 Esclave.   43 D’avoir une érection. « Il point droictement sur le dart. » Le Povre Jouhan.   44 De la braguette ? L’expression exacte est : « Savoir –ou entendre– le contrepoint. » C’est-à-dire, être habile dans les choses de l’amour. Mais par métonymie, un pourpoint est aussi un amant : « Vous voulez trop souvent/ Estre couverte d’ung pourpoint ! » Les botines Gaultier, F 9.   45 Tiré.   46 BM : Tout  (J’y trouve.)   47 Celui qui a combiné de. Les parents mariaient souvent leurs filles à des vieux barbons, d’où le nombre de cocus.   48 Hypocrite.   49 Suppléer. Encore très lu à cette époque, le Roman de la Rose <Lettres gothiques, vv. 19633-19680> développe une longue métaphore sur l’écriture et le coït ; on y voit par exemple Orphée, l’inventeur de la pédérastie, « qui ne set arer [labourer] ne escrire/ Ne forgier en la droite [bonne] forge ». Quant à ses adeptes qui « pervertissent l’escripture », il faut que « les greffes [leur stylet] leur soient tollu [coupé],/ Quant escrire n’en ont vollu/ Dedenz les précieuses tables [vulves]/ Qui leur estoient convenables ».   50 Pénurie. « J’ey du jeu d’aymer grand soufreste. » Sermon joyeulx de la Fille esgarée, LV 44.   51 BM : pey  (Poy = peu.)  Avoir la langue un peu secrète : être discret.   52 « [Frère Colin] confessa tant l’une des plus jeunettes,/ Qu’à son plaisir la fit mettre à l’envers. » Germain Colin.   53 Sans connaître, sans faire.   54 Nouveau moine.   55 Pitié.   56 Trop long (voir ma notice). Faut-il lire Guilbert ? « Assemblées en la présence dudit nostre vénérable Frère Guilbert en nostre chapitre, au son de la cloche. » Histoire et antiquitéz du païs de Beauvaisis.   57 Le discours du frère, puisé aux meilleures sources de la poésie courtoise, manque de verdeur. La femme lui tend la perche (si j’ose dire) en jouant sur le double sens de emmancher : amorcer, et pénétrer. « N’est-il pas temps que vous emmenche ?/ Du temps perdu je suis marry,/ N’en desplaize à vostre mary. » Bonaventure Des Périers.   58 À ceux qui souffrent de la misère sexuelle.   59 Sacher = arracher.   60 Coït. « Ne furent culz de putain sans hutin. » Ballade.   61 Si je marche sur des œufs, si je suis sur mes gardes. Mais œufs = testicules : « Une prébende de moine, qui est une saucisse entre deux œufs. » Joyeusetéz.   62 J’éjaculerai sur vos seins pour ne pas vous inséminer. Baume = sperme : « Ce baume précieux qui donne la vie. » Nerciat.   63 BM : en  (Ce vieux chien aura le plaisir de trouver le pâturage de sa femme labouré.)   64 Hersé, labouré. Cf. Raoullet Ployart.   65 S’en tire à trop bon compte. Ici, elle rentre à la maison.   66 Je veux que vous me mettiez un peu mon bas de chausse. Jeu de mots involontaire : engainer = coïter. « Puis Martin jusche, et lourdement engaine. » (Clément Marot.)   67 Votre bas de chausse est trop disloqué. Mais bas = pénis.   68 À la manière des barbares turcs, qui passaient pour des sodomites indécrottables. « Qu’avecques moy elle s’en vienne,/ Et je luy bauldray ung clistoire/ Qu’on dit barbarin. » (Une femme à qui son voisin baille ung clistoire, F 28.) Voir note 70.   69 S’il vous manque quelque chose.   70 « La maladye de la trop-fille », comme on l’appelle dans Tout-ménage, tourmente aussi Perrete dans la farce de Frère Phillebert (LV 63) : pour la guérir, il faut que « Dieu luy doinct chose qui se dresse ». Et donc, frère Phillebert lui prescrit « un bon clistère barbarin ».   71 Dans la juste observance de la prescription de Celse : Semel in hebdomada [une seule fois par semaine].   72 Ce n’est bon que pour m’affamer. Le jeu de mots sur « femme » est réservé aux lecteurs.   73 J’aimerais tout autant n’avoir rien.   74 D’être côchée, saillie comme une poule par un coq. (Idem vers 239.) « Les cerfs rutent, les poissons frayent, les cocqs côchent. » Béroalde de Verville.   75 Référence à Charles d’Orléans, et surtout à Villon : « Je meurs de seuf auprès de la fontaine. »   76 BM : st rebatu  (Trébattu = transpercé <Godefroy>. « Une pluie tant grosse et sy espesse dont li uns et ly aultres furent tous moulliés et trèsbatus. » Froissart.)   77 Tellement j’ai battu votre con. Cf. Gratien Du Pont, vers 165.   78 D’ailleurs, au surplus.   79 BM : Ca este de  (Ce vers préfigure le dénouement.)   80 Exclamation. « Pourquoy cela ? Pourquoy, béchire !…./ Béchire ! celle fille-là/ Ne m’aime point. » (Les Enfans de Borgneux, F 27.) C’est peut-être une variante normanno-picarde de l’interjection « pécherre ! » [pécheur] : « Ha ! las, péchierres ! » (Godefroy.)   81 BM : crarins  (J’ai si peur pour l’apparence de mon bébé. On passait toutes ses « envies » à une femme enceinte, « affin que le fruit qu’elle porte n’en apporte enseigne [aucun stigmate] sur son corps ». Évangiles des Quenouilles.)   82 Que vous désiriez de la nourriture crue ou cuite. Elle la préfère crue : « [Ce Cordelier] demanda à toute l’assistence des femmes si elles ne sçavoient que c’estoit de manger de la chair crue de nuict. » Marguerite de Navarre.   83 BM : montom  (Elle veut du collier de mouton.)   84 Ce « tout droit » moqueur, précédé par un « entendez-vous » insistant, laisse penser que le produit blanc qu’elle a eu pendant sa nuit de noces n’était pas du flan…   85 Je ne peux plus y tenir, présentement.   86 Le moine soliloque dans la rue. Cette habile transition permet de faire passer la nuit et d’arriver au matin.   87 Tu me tiens par l’oreille… ou par les couilles (note 7).   88 BM met ce titre sous la rubrique. Or, ce rondeau simple de 12 vers commence au vers 193. Il était chanté.   89 Qui est pareille à, qui semble.   90 De les besogner toutes pour celle-là. « Voulez-vous bien que je vous sengle/ Par le ventre ? » Le Cousturier et son varlet, LV 20.   91 Je prépare à.   92 BM ajoute : & ce. [etc.]  Il n’est pas utile de résoudre la clausule à racine du refrain.   93 BM : la  (Pour peu que j’aie accès à ta personne.)   94 Si un peu je m’émerveille pour une autre.   95 Le couple est couché dans un lit.   96 Achetez à bon marché. Elle souhaite que son époux marchande longuement pour qu’il rentre plus tard.   97 Il sort, et le moine entre. La femme reste au lit.   98 J’arrive au bon moment. Mais à point = en érection. Cf. les Sotz fourréz de malice, vers 361.   99 Il accroche son pourpoint et son haut-de-chausses à un clou, ne conservant que sa chemise longue.   100 L’épreuve. Mais aussi, un coup d’épée : « Avec l’espée rabatue, je donne simplement une touche. » Tabourot.   101 Ni panier, ni poche. Le bissac est un sac à deux poches : on le porte sur le col, et les poches pendent de part et d’autre sur le devant, comme les jambes d’un pantalon.   102 Vers manquant. Vitaille = victuailles (Capitaine Mal-en-point, vers 428 et 719), mais aussi provision de vits (Chambèrières, vers 31). Ce même sac à vits deviendra un « sac à couilles » au vers 377.   103 Il frappe à la porte de sa maison.   104 Saint Jean.   105 Le moine appartient à l’Ordre des franciscains, fondé par saint François d’Assise, qui est encore invoqué à 374.   106 BM : en da  (« Par mon enda ! » est un juron féminin. Voir Godefroy.)   107 Mussez-vous, cachez-vous.   108 « Mais de grand peur le cul me tremble. » Le Marchant de pommes, LV 71.   109 Aussi, j’ai très peur pour votre instrument. Ce vieil époux conciliant n’est pas bien dangereux (scène IV) ; mais sa femme joue d’une manière sadique avec la pleutrerie du moine.   110 Action de hocher une femme (vers 359).   111 Jeune jars qu’on a châtré pour qu’il n’importune pas les oies.   112 Que des poils : « Agneaulx de divers plumaiges. » (Godefroy.) Autrement dit, je n’aurai plus de couilles au cul. Même l’anatomiste Rabelais considère que les couilles sont pendues au cul : « Je te monstreray par évidence que tes couillons pendent au cul d’ung veau, coquart ! » (Quart Livre, 21.)   113 BM : en gaigne  (S’engaigner = s’irriter. « La femme à son mari s’engagne,/ Qui despend [dépense] son bien sans raison. » Godefroy.)   114 Fou furieux.   115 Secoué.   116 L’amant est bien sous le coffre, et pas dedans, sinon le public ne pourrait ni l’entendre, ni le voir. Beaucoup de coffres médiévaux étaient surélevés par des pieds, comme celui-ci (Musée de Cluny).   117 BM : la cul  (Bouté à l’accul = acculé.)   118 BM : col  (Le moine, accroupi en grenouille <vers 262>, a caché son buste sous le coffre, mais son postérieur dénudé reste visible. Sa maîtresse va poser du linge dessus.)   119 Il sent peut-être un avant-goût du pet qui va venir à 281.   120 BM imprime ainsi ce vers difficile : Son my ra ie seray asseure (Si on m’y reprend <vb « ravoir »>, je me ferai creuseur de tunnels.)  Ma conjecture permet d’obtenir une rime riche et un sens logique.   121 Elle ouvre, et son mari entre.   122 Dans la posture d’une rainette, genoux pliés et cuisses écartées. Pour plus de confort, il met sous ses genoux le bissac que la femme avait posé la veille sur le coffre (vers 272-273).   123 Je suis fichu. Idem vers 383.   124 Pénis. Cf. Raoullet Ployart, vers 29.   125 BM : en creste  (Le gland rouge est comparé à la crête d’un coq <note 129> : « Oncques creste de coq/ Ne fut plus rouge que le manche. » Le Faulconnier de ville.)   126 L’église de Meulers <note 235> est consacrée à saint Valéry.   127 En pitié, et qu’il prenne tout ce que j’ai en compensation.   128 « La robille, c’est à sçavoir tous ses vestemens, robes, chaperons, ceintures. » Guillaume Terrien.   129 Mon pénis. Dérivé de coq (anglais cock). « À qui vendez-vous voz coquilles,/ Entre vous, amans pèlerins ?/ Vous cuidez bien, par voz engins,/ À tous pertuis trouver chevilles. » (Charles d’Orléans.) Saint Coquilbault est un saint priapique invoqué contre la stérilité <note 149>.   130 Il ne peut se retenir de péter.   131 Humblement. Mais aussi : aplati sur le sol.   132 Une odeur de pet.   133 BM attribue ce vers au frère Guillebert ; or, il est dit par la femme, qui assume le pet afin de couvrir son amant. Male pu(an)teur = mauvaise odeur. Jeu de mots sur pute.   134 BM : Ouy et de beaulx  (Je n’en ai pas même la peau. Cf. l’actuel « Peau de balle ! ».)   135 Le linge.   136 Dans une cachette.   137 Ce testament paralyse l’action pendant 35 vers ; il a peut-être été mis là par l’auteur du sermon initial, où on trouvait déjà la forme rare du septain à refrain. Depuis François Villon, les testaments burlesques inspiraient les auteurs de farces. Voir par exemple le Testament Pathelin : « Et faire ung mot de testament. »   138 BM : maccueillir  (Cuillère = pénis. « –Mon mari l’a menu, mais il est long. –Bien, voilà qui est bon, quand la cueiller va jusqu’au fonds du pot. » Béroalde de Verville.)   139 BM : quant  (Le couiller désigne les bourses. Idem vers 346.)   140 BM : iay este   141 BM : veoir  (Pour vrai, en vérité. Il s’agit de la femme qui est dans le lit.)   142 Ce refrain est un décasyllabe à césure médiane, ce qui était fort rare. Sa musique en rappelle un autre, tout aussi interrogatif et suppliant, celui de l’Épistre de François Villon : « Le lesserez là, le povre Villon ? »   143 C’est toujours la métonymie symbolisant les femmes (note 32).   144 Pointus comme le bec des linottes.   145 Custodi nos ! Cet impératif a subi l’attraction du génitif custodis [du geôlier] : il désigne ici le sexe des femmes, qui garde prisonnier celui des hommes.   146 Mon pénis (vers 7) et mes breloques.   147 Tranches de lard salé : entre des cuisses maigres.   148 Entre des cuisses grasses. « Et couldre jambons et andouilles/ Tant que le lait en monte aux têtes. » Villon.   149 Les femmes qui ne parvenaient pas à procréer se frottaient avec les reliques de certains saints. À défaut d’un saint Guillebert, on pouvait par exemple invoquer son quasi homonyme saint Couillebaud. « Quant aux brayes [de S. François ou ses disciples], miraclifiquement elles faisoyent enfler le ventre aux femmes qui de nature estoyent stériles…. Combien de femmes brehaignes [stériles] sont devenues joyeuses mères de beaux enfans pour avoir baisé les brayes de S. François ? » (Henri Estienne.)   150 Le coït, l’action de baguer le pénis du mari : « –Et ! que je manye vostre chose…./ –Vous ne parlez que de bagaige. » (Farce de Jolyet, BM 5.) Passer la bague au doigt est connu comme un rite phallique : « Pour enfiler la bague et rembourer le bas/ De celle qu’il avoit choisi pour ses esbats. » (Th. de Viau.)   151 BM : recourir  (Cela vous sera d’un grand secours.)   152 Aux muguets [jeunes galants] qui grattent leur muguet [mycose syphilitique]. « Soupçonnant qu’un muguet ne luy fasse l’amour. » (Satyre Ménippée.) « La syphilis déguisée sous la forme d’un muguet très-intense. » (Archives générales de médecine.)   153 BM : Quon  (Appareils = pansements : « Vous nettoyerez la playe après en avoir ôté le premier apareil. »)  On mettra leur pansement sur le sexe de leur femme.   154 Si la chance en est, si elle est de la partie.   155 Ils frapperont mieux, au sens libre.   156 BM : launnt leurs brongues  (En rinçant leur gorge.)   157 BM : sotir  (Saurir = sécher comme un hareng saur. « Que nul ne puisse sorir, en la ville de Paris, harenc. » Godefroy.)   158 Et non pas du diable : cela portait malheur.   159 On reconnaît ici le début de l’extrême-onction. Mais la suite est un joyeux fatras où surnagent quelques bribes mal digérées. Quand ils ont peur, les hommes d’Église en perdent leur latin : cf. la Confession du Brigant. André Tissier <p.246> s’est évertué à traduire ce collage ; saluons son travail méritoire : « À moins que, Seigneur, / ton esprit ne soit fatigué d’être sollicité, / je confesse au Dieu du ciel, / pour que le chœur des prophètes puisse… »   160 Sedet spiritum eût été un peu moins aberrant, mais on n’en est plus là.   161 Pénis. Cf. le Faulconnier de ville, vers 54-78. Rime avec « vaton ».   162 Je diffère, je me retiens.   163 Les cheveux qui encerclent ma tonsure monacale, pour lui inspirer du respect.   164 Tourmentes.   165 BM : tesniers  (Au contraire de cet hapax, témoins [latin testis] est couramment employé dans le sens de testicules : « Et que j’ay, comme maint moines,/ Queue roide et tesmoings velus. » Eustache Deschamps.)  Pelus = poilus.   166 Qu’est-ce qui est pendu à ce clou ? Dans la pénombre matinale, Robin prendra les chausses du moine pour son bissac (note 99).   167 C’est lui (idem vers 381). En bon vieillard myope et gâteux, il parle ensuite au bissac, qu’il vouvoie.   168 Copuler. Cf. le Monde qu’on faict paistre, note 33.   169 Avant mon départ. « Baisez-moy, mon doulx plaisir,/ Au moins, à vo’ département. » Le Povre Jouhan.   170 Ne lésinez plus sur les ébats sexuels. « Sa femme,/ Qui de son clerc prenoit esbatement. » Joyeusetéz, XIII.   171 L’amour : « Quant venez pour faire le cas/ Avec moy. » (Le Badin qui se loue, BM 11.) Le mari s’en va, et Guillebert sort de sa cachette.   172 Pelée [décalottée] = verge. « [Elle] a porté verge pelée…./ Trop est vielle sa puterie. » Roman de Renart.   173 BM : a il prins  (« Gibet » renforce l’interrogation : cf. Maistre Mymin, vers 303.)   174 BM : apporte   175 De retour, quand il s’apercevra qu’il n’a pas son bissac.   176 BM : Guilleret   177 BM : rairez vous  (Lairrez = laisserez.)   178 BM : Ronge  (Vous ne m’y ferez plus avoir le cul rouge : le moine a eu les fesses rougies par le froid <vers 275>, mais il a surtout failli avoir le cul ensanglanté par la castration.)   179 BM : ma despoille  (Dès que j’aurai repris les vêtements dont je m’étais dépouillé.)   180 On scande « wé-té », comme on scande « wé » aux vers 183 et 377. Cf. ma préface.   181 BM : trouverra  (Il est si myope qu’il ne me verra pas dans la rue encore obscure.)   182 Il s’enfuit en pourpoint, et toujours en chemise longue.   183 Heur = chance.   184 Elle va chez sa voisine Agnès.   185 BM : bien expert  (Comme il appert = apparemment.)   186 En pleurant.   187 Avec elles.   188 C’est bien dit (avec une nuance ironique : la bouche qui expulse des mots est assimilée à un anus). Cf. le Faulconnier de ville, vers 297.   189 BM : fist  (Et pourtant, je n’ai tiré qu’un pauvre coup.)   190 Contrôlez-vous.   191 BM : doys  (Voys = vais. Elle rentre chez elle, tandis qu’Agnès guette le retour de Robin.)  Trotter menu = courir vite. Cf. Trote-menu et Mirre-loret.   192 Il examine le « bissac » malodorant qu’il portait sur son col.   193 Au vers 182, sa femme réclamait des moules au féminin, mais elle voulait des moules au masculin, c’est-à-dire des godemichés. « [Elle] en fut quitte pour faire élection des plus gros moules qu’elle pouvoit trouver…. Elle en fit tenter le gué [sonder son passage] par des plus menus et petits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands. » Brantôme.   194 Me fait-on cocu ?   195 BM : fresaye  (Je vous promets une bonne fracture ! « Ceulx recevans coulps de poings ou de baston, dont n’y auroit blessure ou froisseure. » Loix, chartres et coutumes.)   196 Vous baisera (note 74) : je vous expédierai en Enfer.   197 Marcou, gros chat reproducteur.   198 BM : te   199 Ces deux vers visent l’amant de sa femme. Foutiner = donner des coups de verges… ou de verge.   200 Un prêtre.   201 Il déblatère de nouveau contre sa femme.  BM : huihot  (Buhot = orifice anal <Matsumura, Dictionnaire, p.474>.)   202 Un huihot, ou wihot, est un mari trompé : « Huyho, qui est à dire en françois : coux [cocu]. » (Godefroy.) « Ce mot Huyau est un synonyme de Huet » (Ducatiana.) Huet est un prénom de cocu entériné par les nombreuses variantes de l’expression « appeler Huet » (voir leur liste complète dans l’article HUET ), qui devient ici « appeler Huot ». Dans le fabliau des Braies le priestre, le cocu se fait traiter de huihot.   203 Pourvu, fait un cadeau empoisonné.   204 Il pleure : cf. le Munyer, vers 115 et note 31. Envoyer côcher = envoyer se faire foutre.   205 Ait voulu. Se méporter = mal se comporter. Idem vers 498.   206 BM : le   207 Il montre les chausses.   208 La sagesse de ma femme.   209 Que Dieu m’assiste ! Idem vers 502.   210 BM : femme   211 BM : esprouue  (Esponné = épuisé. Rimait déjà avec « estonné » aux vers 59-61.)   212 Quand on arrive à se procurer ce trésor. Un des modèles de notre farce est une facétie de Pogge intitulée en français Des reliques des brayes sainct François : « Pour ravoir ses brayes publicquement comme ung très sainct joyau. »   213 Réciter le Credo.   214 Accomplir le devoir conjugal. « Si l’espousée estoit point, la nuyt, morte ;/ Et si l’espoux avoit faict son devoir. » Marot.   215 Si les religieux ne nous avaient pas connues charnellement.   216 BM : ie   217 Au couvent des franciscains. La farce a dû être écrite pour Rouen, comme une bonne partie du théâtre comique de cette époque.   218 Ils vont retrouver la femme à la maison.   219 Je me suis trompé. Agnès l’interrompt vite pour informer la femme de son subterfuge.   220 Ce qu’il s’imaginait.   221 De bruit.   222 Il devenait fou. Cf. le Gentil homme et son page : « Je ne sçay plus comme je suys. »   223 M’en avertissait : je m’en suis douté.   224 Dans de la fiente. Rime avec cians.   225 BM : ny pensis  (Je n’en avais jamais vu. « Et puis allèrent plusieurs aultres femmes au convent faire honneur aux brayes de sainct François, [elles] qui jamais ne les avoient veues. » Pogge.)   226 Elle voit passer frère Guillebert devant la porte restée ouverte. Il a eu le temps de retourner au couvent pour revêtir son froc.   227 Il appelle le moine.   228 BM : choses  (La confusion s’explique : choses = parties sexuelles.)   229 De plaid, de discussions.   230 « Prindrent les Religieux celles brayes, et les firent baiser au mary et à tous les assistans. » Pogge.   231 On attendrait « l’haleine ». Laine = poils du pubis.   232 De votre laine, ou de votre alêne [poinçon] : « –C’est trèsgrand peine/ Que de ramonner à journée./ –Voyre, pour gens à courte alaine. » (Le Ramonneur de cheminées, BM 36.) La femme réclame un bon coup du goupillon avec lequel Guillebert bénit les protagonistes ; on se croirait dans la farce des Chambèrières.   233 Se place dans la procession selon son rang.   234 Prenez en patience l’infidélité de votre épouse.   235 Cette signature garde son mystère. Il y avait peut-être des jeunes clercs à Meulers, près de Dieppe. Mais « jeune clergie » pourrait traduire « frère mineur » ; or, les franciscains se nommaient officiellement « Ordre des frères mineurs ». Et le fabliau des Braies au Cordelier stipule bien : « les braies d’un Frère Menor. » Ce que confirme Henri Estienne dans l’Apologie pour Hérodote : « Ce furent les brayes de S. François qui couvrirent le déshonneur du haut-de-chausse qui avoit esté laissé par le Frère Mineur. » Plusieurs médiévistes voient dans les lettres MPU la date MDV : 1505.

 

LES FEMMES QUI FONT ESCURER LEURS CHAULDERONS

British Museum

British Museum

*

LES  FEMMES  QUI  FONT  ESCURER LEURS  CHAULDERONS

*

Quelques fabliaux littéraires du Moyen Âge furent adaptés pour la scène à la Renaissance. Le Maignien qui foti la dame1 fut ainsi transformé en farce dans les années 1510-1520. Le « chaudron » des deux femmes désigne la partie la plus chaude de leur anatomie. Ce chaudron étant troué, le chaudronnier doit y mettre un « clou » suffisamment gros pour le boucher. Tout est dit.

Source : Recueil du British Museum, n° 29.

Structure : Rimes plates, avec 2 triolets, et 4 huitains en aabBaabB.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

*

Farce nouvelle et fort joyeuse

des femmes qui font escurer leurs chaulderons

et deffendent que on ne mette la pièce auprès du trou

*

À troys personnages, c’est assavoir :

    LA  PREMIÈRE  FEMME

    LA  SECONDE  [FEMME]

    LE  MAIGNEN 2

*

 

                                     LA PREMIÈR[E]  commence                      SCÈNE  I

          Ma commère !

             LA SECONDE

                                         Plaist-il, m’amye ?

             LA PREMIÈRE

         Escoutez un peu !

             LA SECONDE

                                          Bien j(e) y voys3.

         Qu’avez-vous ?

             LA PREMIÈRE

                                     Que j’ay ? Je n’ay mie4,

         Ma commère.

             LA SECONDE

                                   Plaist-il, m’amye ?

5    Que n’av’ous5 ?

             LA PREMIÈRE

                                        Heure ne demye

         De soulas6.

             LA SECONDE

                                Par Dieu ! je le croy.

             LA PREMIÈRE

         Ma commère !

             LA SECONDE

                                    Plaist-il, m’amye ?

             LA PREMIÈRE

         Escoutez un peu !

             LA SECONDE

                                              Bien j(e) y voys.

             LA PREMIÈRE

         Il m’est advis, quand je le voy[s],

10   Nostre homme7 (vous m’entendez bien),

         Que j’ay souppé8.

             LA SECONDE

                                              N’en dictes rien,

         Il peult estre qu’il nous escoute.

             LA PREMIÈRE

         Je feray plustost sa grand goute9 !

         Je me tairay pour cest infâme ?

15   Fus-je point bien meschante femme

         De m’estre liée en ce point,

         Quand de plaisir en luy n’ay point ?

         Commère, pensez la destresse.

             LA SECONDE

         Il luy fault jouer de finesse10,

20   À ce villain.

             LA PREMIÈRE

                                 Ha ! hardiment !

         Que j’en auray d’estorement11

         Pour mon user !

             LA SECONDE

                                      Et pourquoy donc ?

             LA PREMIÈRE

         Se j’en debvoys avoir le jonc12

         Et bastue de jour en jour,

25   Si luy en jourray-je le tour.

         Et de bref, car j(e) y vueil penser.

             LA SECONDE

         Av’ous encor à commencer13 ?

         Craignez-vous tant ces mesdisans ?

         Quoy ! il y a plus de dix ans

30   Que commençay premièrement.

         Faisons-le tout secrètement,

         Il sera demy pardonné14

             LA PREMIÈRE

         S’eusse voulu, on m’eust donné

         Foison de bagues et d’anneaulx,

35   Belles ceintures et cousteaulx,

         Par un amy le plus gentil15.

             LA SECONDE

         Et que dyable vous failloit-il ?

             LA PREMIÈRE

         J’ay refusé habitz nouveaulx,

         Or et argent à grands monceaulx

40   Par un amoureux tant subtil.

             LA SECONDE

         Que grand dyable vous failloit-il ?

         Estes-vous si belle ou si grande16,

         D’avoir reffusé telle offrande ?

         Je ne sçay que vous voulez faire.

             LA PREMIÈRE

45   Jamais ne me voulu[s] forfaire17.

             LA SECONDE

         Mon arbelestre au croc18 je bende.

         Jamais ne refusez prébende19,

         Quand c’est homme de tel affaire20.

             LA PREMIÈRE

         Jamais ne me voulus forfaire.

50   Mais j’entens bien, par mon serment,

         Qu’il fault par tout commencement.

         Et si, fault (puis qu’on s’en démente21)

         Mettre le marteau en la vente22

         En despit de luy, ma commère.

             LA SECONDE

55   Ilz vont bien à d’autres le faire,

         Noz maris, les villains jaloux !

         Et pourquoy ne le ferons-nous

         Aussi bien comme eulx ?

             LA PREMIÈRE

                                                C’est raison.

         Pourquoy n’aurons-nous [en saison]23,

60   Pour nous (ré)conforter, un amy ?

         À trompeur, trompeur et demy24!

         Pensent-ilz que la court soit beste25 ?

             LA SECONDE

         S’ilz s’en devoient rompre la teste

         De dueil, par Dieu, je le feray

65   (Mal gré [soit] d’eulx26 !) et gaudiray

         Cheulx27 mes cousins.

             LA PREMIÈRE

                                                 Dieu l’a permis :

         Pourquoy nous a-il icy mis,

         Se n’est pour œuvre de nature ?

         Et puis, c’est la loy de droicture28,

70   Faire plaisir les uns aux autres.

         Se j’en devois aller en peaultre[s]29

         Et batue, j’en ay juré :

         Si sera-ce que je feray

         Plaisir à ceulx qui m’en feront.

             LA SECONDE

75   Rire avecques ceulx qui riront,

         Il n’est point de meilleure vie ;

         Et puis laissez parler Envie.

             LE MAIGNEN                  SCÈNE  II

         Av’ous que faire de maignen ?

         Du maignen, commère, du maignen30 !

                             LA PREMIÈRE

80   Commère, avez-vous rien ouÿ

         Crier, là-dehors ?

             [LA SECONDE]

                                         Par Dieu, ouy.

         Escoutez…

             LE MAIGNEN

                               Le maignen, le maignen !

             LA SECONDE

         J’ay ouÿ, par monseigneur sainct Aignen31,

         Aucun crier emmy ceste estre32.

             LA PREMIÈRE

85   Hélas ! voyez que ce peust estre.

         Se c’est quelque bon compaignon

         Qui de gaudir ayt bon regnom,

         Faictes-le venir.

             LA SECONDE 33

                                     Hau ! compère !

         Venez, car nous avons affaire

90   Un peu de vous !

             LE MAIGNEN

                                           Allons, maistresse34.

             LA PREMIÈRE

         Venez çà ! Dictes-nous, maistre : esse

         Vostre plaisir de nous servir ?

             LE MAIGNEN

         Vrayement, je me vueil asservir

         Vous faire plaisir et service.

95   Mais premier, fauldroit que je visse

         L’œuvre35 où voulez que [je] besongne.

             LA PREMIÈRE

         Vous n’aurez point vieille besongne,

         Ne qui soit forte à esclarcir36.

             LA SECONDE

         Faictes vostre broche endurcir,

100  Que ne rebourse37 en nostre ouvrage.

             LE MAIGNEN

         Rebourser ? Vous me dictes raige !

         Garde n’a d’y estre ployée,

         Car par le bout est achiérée38.

             [LA SECONDE]

         Monstrez çà !

             LA PREMIÈRE

                                    Tenez, nostre maistre,

105  Sçavez qu’il est ? N’allez pas mettre

         Icy la « pièce » auprès39 du trou.

             LE MAIGNEN

         Maistresse, j(e) y mettray un clou

         Gros et rivé par les deux boutz40.

             LA SECONDE

         Qu’il m’y soit congné en deux coups !

110  Faictes quelque œuvre de nouveau41 !

             LA PREMIÈRE

         [Moy,] mon chaulderon fait de l’eau

         Auprès du cul quand il est chault ;

         Et pour cause, maignen, il fault

         Qu(e) y mettez une bonne pièce,

115  Affin que plus ne se dépièce

         Et que bien me soit esclarcy.

             LE MAIGNEN

         Et quand je l’auray adoulcy42,

         N’auray-je pas, la foys, à boire ?

             LA PREMIÈRE

         Ainsi le debvez-vous bien croire.

             LA SECONDE

120  Servez-nous à nostre appétit.

         N’y mettez point clou si petit

         Que le trou n’en soit estouppé.

             LE MAIGNEN

         Voyez cestuy : il a tappé43.

         Est-il rivé de bonne sorte ?

125  Qu’en dictes-vous ?

             LA PREMIÈRE

                                            Le Dieu m’en porte !

         Vous estes ouvrier parfait.

         Un maistre, on le cognoist, par fait,

         À son ouvrage.

             LA SECONDE

                                       Nous buron44.

         Frappez fort sur le chaulderon :

130  Vous frappez dessus si en paix45 !

         Il a le cul assez espaix

         Pour endurer la refaçon46.

             LA PREMIÈRE

         C’est un chaulderon de façon47

         Que le mien, et est assez fort

135  (Mais qu’on ne luy face point tort)

         Quasi pour servir deux mesnages.

             LE MAIGNEN

         Vous avez assez doulx ouvrages,

         Cela ne vueil contrarier48.

             LA SECONDE

         Ne reste49 qu(e) un bon ouvrier

140  Pour nous servir en nostre appoint.

             LE MAIGNEN

         Je croy que ne vous plaindrez point

         De ma besongne.

             LA PREMIÈRE

                                            Je le croy.

         Servez-nous bien, et sur ma foy,

         Payé(z) serez à vostre dit50.

145  Mais comme on vous a [des]jà dit,

         Gardez bien de tirer le clou

         Ne les pièces auprès du trou,

         Comme maignens ont de coustume51.

             LA SECONDE

         N’espargnez marteau n[e] enclume52 :

150  Frappez fort, rivez fermement !

         Car s’il dégoute aucunement

         Ou face de l’eau par le trou

         Où vous aurez frappé le clou,

         Vous perdrez en nous bon crédit.

             LA PREMIÈRE

155  Entendez ce que l’on vous dit :

         Gardez-vous d’avoir de la hongne53 ;

         Ne prenez point nostre besongne

         Se vous n’y pensez bien fournir.

         Ayez cela en souvenir,

160  Et regardez que vous ferez.

             LE MAIGNEN

         Je m’en gage que vous direz

         Que ne fustes, de vostre vie,

         À vostre vouloir mieulx servie

         De compagnon de mon mestier !

             LA PREMIÈRE

165  Vrayement, nous avions bien mestier54

         D’un autel homme comme vous.

         Frappez fort, car je vous advoues55 !

         Espargnez-vous frapper dessus ?

             LE MAIGNEN

         Regardez-moy comme je sues56.

170  À vous servir je prens grand peine.

         J’en suis quasi tout hors d’alaine.

         Voyez, vostre cas57 est bien fait.

         Ne pensez plus sinon du fait

         De disner. Vostre « cas » est prest.

             LA SECONDE 58

175  Çà, maignen : monstrez-moy que c’est,

         Que je voye vostre besongne.

             LE MAIGNEN

         Je ne crains pas en avoir hongne

         Ne reproche devant tout homme.

             LA SECONDE

         Çà, monstrez-moy, que je voye comme

180   Vous y avez bien oppéré.

             LE MAIGNEN

         Je m’en gaige que je beuray59

         Fermement. Feray pas, maistresse ?

             LA PREMIÈRE

         Voyre. Mais dictes-moy, maistre : esse

         Le mieulx besongné que sçavez ?

             LE MAIGNEN

185  Je vueil mourir se vous avez60

         Quelque besongne de nouveau !

         Et se vostre chauld(e)ron fait eau

         Ne si court61, je vueil estre mort,

         Mais que ne luy facez point de62 tort

190  En le faisant trop fort chauffer :

         Car quand viendroit à eschauffer,

         Il pourroit bien encor courir.

             LA SECONDE

         De malle mort puisse-il mourir

         Qui en vouldroit [donner dix souz]63 !

             LE MAIGNEN

195  Regardez-le dessus, dessoubz :

         Est-il esclarcy nettement ?

         S’il fait eaue aucunement

         (Mais qu’il ne soit point trop chault,

         Comme, j’ay dit, cela y fault),

200  J’abandonne d’estre damné64 !

         Je croy que je fus en mars65 né,

         Car j’ayme tousjours à « combatre66 »…

             LA PREMIÈRE

         De cela ne se fault débatre.

         Allons bancqueter vistement !

             LA SECONDE

205  Je voys devant premièrement

         Mettre la nappe.67

             LE MAIGNEN

                                          C’est bien dit.

             LA PREMIÈRE

         Voulez-vous pas faire un édit68

         Qui donnera le premier mot69 ?

             LE MAIGNEN

         Tout sera payé sur l’escot.70

210  Commère, est nostre souper prest ?

             LA SECONDE

         Long temps y a.

                                     LE MAIGNEN

                                      Ha ! par Dieu, c’est

         À vous besongné de manière71.

             LA PREMIÈRE

         Séons-nous ! Faisons bonne chère !

         Maignen, ayez le souvenir

215  D’amander72 vostre tard-venir.

         Buvez à moy, je vous en prie !

             LE MAIGNEN  bibit 73

         À vous, dame !

             LA PREMIÈRE

                                      Je vous mercie.

         Vous soyez le trèsbien venu !

             LE MAIGNEN

         Le grand diable m’a bien tenu

220  De venir plus souvent, d’Enfer74.

             LA SECONDE

         Maignen, il nous fault eschauffer

         Par la goulle, comment un four75.

             LA PREMIÈRE

         Or çà ! quand ferez-vous retour

         Par-devers nous ?

             LE MAIGNEN

                                         Je vous diray :

225  Tout au plus tost que je pourray

         Et que me trouveray apoint76.

             LA SECONDE

         Je vous pry, ne nous faillez point,

         Car nous nous attendrons à vous.

             LA PREMIÈRE

         Maignen, souvienne-vous de nous,

230  Mais n’oubliez pas vostre « broche » :

         Tousjours avons un fer qui loche77

         Ou quelque trou à restoupper.

             LE MAIGNEN

         Je vous pry, laissez-moy soupper,

         Et puis je vous rendray responce.

             LA SECONDE

235  Qui eust un chappon en la ponce78,

         Cela nous viendroit bien apoint.

             LA PREMIÈRE

         Je vous pry, ne nous faillez point :

         Venez tout premièr(e)ment céans.

             LA SECONDE

         N’allez plus courir Orléans ;

240  Venez nous servir plus souvent,

         Car nous sommes asseurément

         Pour bien vous fournir de besongne.

             LE MAIGNEN

         Ce mestier ne veult point de hongne.

             LA PREMIÈRE

         Venez céans asseurément

245  Boire et menger, ou autrement,

         Nous vous ferons de la vergongne79.

             LE MAIGNEN

         Ce mestier ne veult point de hongne.

         Mais dictes, dame, s’il vous plaist,

         Sans me tenir icy long plait80,

250  Si vous fustes en vostre vie

         À vostre plaisir mieulx fourbie81

         Qu’avez esté de moy, en somme.

             LA PREMIÈRE

         Vous estes un trèshabille82 homme.

             LE MAIGNEN

         De vous servir j’ay grand envie.

255  Mais dictes-moy, je vous emprie,

         Se plus gentil a jusque à Rome83.

             LA SECONDE

         Vous estes un trèshabille homme,

         Ouvrier de vostre mestier.

             LA PREMIÈRE

         Nous avons de vous grand mestier

260  Pour escla[r]cir nostre mesnage84 :

         Ce n’estoit plus que vieil bagage ;

         Il estoit tout mengé de rouil85.

         Quand viendrez-vous, nostre amy doulx ?

             LE MAIGNEN

         Je m’en rapporte bien à vous :

265  Dictes-moy quand je reviendray.

             LA PREMIÈRE

         Venez demain, je vous advoues !

             LE MAIGNEN

         Je m’en rapporte bien à vous.

             LA SECONDE

         Sçavez qu’il est ? Pensez de nous.

         Quand à moy, je vous attendray.

             LE MAIGNEN

270  Je m’en rapporte bien à vous :

         Dictes-moy quand je reviendray.

         Adieu, dames !

             LA PREMIÈRE

                                       Je vous diray :

         Allez à Dieu, qu’i vous condye !86

         Ma foy, quelque chose qu’on dye,

275  Vélà un ouvrier parfait.

             LA SECONDE

         À bonnement parler du fait,

         De s’en aller c’estoit folie.

             LE MAIGNEN

         Messeigneurs, à tous vous supplie

         Que prenez nostre esbat en gré,

280  Un chascun selon son degré,

         En vous disant d’amour polie :

         Adieu toute la compagnie !

                   FIN

*

1 Pages 179-183.   2 Le chaudronnier ambulant.   3 J’y vais (vous écouter).   4 Demandez-moi plutôt ce que je n’ai pas.   5 BM : dictes vous  (Que n’avez-vous ? Cf. vers 27 et 78.)   6 Plaisir.   7 Mon mari.   8 Que j’en ai soupé, que j’en suis dégoûtée.   9 Entre mille autres imprécations, on souhaitait à ses ennemis d’être atteints par la « grande goutte », la « male [mauvaise] goutte », ou la « sanglante goutte ».   10 Ruse.   11 Une bonne provision (de ruses).   12 Des coups de verges.   13 En êtes-vous encore à vos débuts (en matière d’adultère) ?   14 Comme dira Tartuffe : « Le scandale du monde est ce qui fait l’offense,/ Et ce n’est pas pécher que pécher en silence. »   15 Noble.   16 Si grande dame.   17 Je n’ai voulu fauter.   18 L’arbalète à croc se bande grâce à un crochet. Mais on peut comprendre « aux crocs », avec mes dents. « Bander l’arbalète » avait un sens libre (P. Guiraud, Dictionnaire érotique) : « Faict bander l’arbalestre de nature. » Bruscambille.   19 Double sens : « Une prébende de moine, qui est une saucisse entre deux œufs. » Joyeusetéz.   20 Un homme important. Mais l’affaire désignait aussi le pénis (Guiraud) : « Je suis petit et foible, quoy que j’eusse une affaire très-importante. » D’Assoucy.   21 Tourmente.   22 Conclure une transaction amoureuse. « Telle a mys cent foys le martel/ En vente. » Sermon joyeulx de la Fille esgarée (LV 44). En outre, le marteau a un sens phallique (vers 149) : « Il n’est pas trop beau ;/ Mais en récompence,/ Il a bon marteau. » Chansons follastres des comédiens.   23 BM place ces mots à la suite du vers précédent.   24 C’est la morale des Sotz triumphans.   25 On songe –mais sans conviction– au rondel de maître Antitus : La Court est une estrange beste.  26 Qu’ils en aient un mauvais contentement !   27 BM : Cieulx  (Cheulx = chez : « Cheulx mes amys. » Troys Gallans et Phlipot, vers 442 et 437.)   28 C’est la règle.   29 À tous les diables. « J’avois pour cet ingrat écarté tous les autres, / Les envoyant trétous, comme l’on dit, aux piautres. » Le Vice puni.   30 Ce monorime trop long est un « cri » de marchand ambulant. Déjà dans le fabliau primitif, les femmes « oïrent un maingnien/ Qui son mestier aloit criant ».   31 Bien que titulaire de nombreux miracles, saint Aignan (évêque d’Orléans au V° siècle) n’a pas pu guérir cet octosyllabe boiteux.   32 Cette place. Le vers devait rimer en « fenestre » : les deux femmes sont censées être dans une maison qui donne sur la rue ; et contrairement à « fenestre », le substantif « estre » est du genre masculin.   33 Elle sort du logis de la Première. Le mur donnant sur la rue était généralement symbolisé par un rideau.   34 Il la suit dans la maison. 35 L’objet. Idem pour « ouvrage » à 100 et 237.   36 Difficile à polir. Éclaircir est synonyme de écurer (titre) et de adoucir (vers 117). Au propre et au figuré, on peut traduire par « dérouiller » (cf. vers 262), ou « faire reluire ».   37 Pour qu’elle ne s’émousse pas.   38 Acérée.   39 À côté, dans l’anus. « Pensant boucher son devant,/ Il luy boucha le derrière./ –Fy, fy ! ostez-moy ce fou :/ Sa pièce est auprès du trou…./ Un certain chauderonnier,/ Pour ne sçavoir la manière/ Ny les traicts du “bas mestier”,/ Il mit sa pièce à costière./ –Fy, fy ! ostez-moy ce fou :/ Sa pièce est auprès du trou. » Estienne Bellonne.   40 Un seul bout suffirait, mais le célèbre « baston à deux bouts » entérine cet abus.   41 Recommencez.   42 Dérouillé, note 36.   43 Il a tapé au fond.   44 Nous boirons. C’est la réponse au vers 118.   45 Si paisiblement, si mollement.   46 La réfection, la réparation.   47 De bonne facture.   48 Je ne dis pas le contraire.   49 Il ne manque.   50 Selon vos prétentions. Le maignan du fabliau réclamait 26 sous.   51 « On reproche aux Chauderonniers qu’ils sont sujets à mettre la pièce auprès du trou. » (Furetière.) Anthoine Truquet a noté ce cri en 1545 : « Chaudronnier, chaudronnier !/ Je metz la pièce auprès du trou ! »   52 Ni votre objet qui frappe, ni notre objet qui est frappé. Double sens érotique : « Forgés du marteau naturel sur l’enclume de la nature. » Bruscambille.   53 Des reproches. Idem vers 177, 243, 247.   54 Besoin.   55 La formule orthodoxe est : « J’advoue Dieu ! » [Je crois en Dieu.] Cf. Gargantua, chap. 8 et 39. La même irrévérence clôt le vers 266, avec la même rime irrégulière.   56 « Or regardez comme il en sue », dira-t-on d’un artisan dans les Troys Gallans et Phlipot. Dans notre farce, la rime est irrégulière.   57 Cas = sexe de la femme (Guiraud) : « Les tétons mignars de la belle,/ Et son petit cas qui tant vault. » Marot. Idem à 174.   58 BM : premiere  (La Seconde veut voir si le chaudron de la Première a été bien dérouillé.)   59 Boirai (note 43).   60 BM : nauez  (Si vous avez un nouveau problème.)   61 Courir = fuir. Idem vers 192.   62 Je corrige sur le modèle du vers 135.   63 BM : tenir dix solz  (Celui qui voudrait donner 10 sous seulement pour mon chaudron.)   64 BM : marne  (J’accepte d’être damné !)   65 Sous le signe de Mars, dieu de la guerre, et amant de Vénus.   66 Con battre = frapper une vulve : Gratien Du Pont, vers 153-4.   67 Elle regagne sa maison.   68 Un contrat.   69 BM : pot  (Le premier mot est la première offre d’un marchandage : « Le marchand, surpris & scandalisé, ne rabat rien du tout de son premier mot. » Journal des sçavans. C’est le contraire du dernier mot.)   70 Par le repas. La Première et le Maignan vont chez la Seconde, qui les attend devant une table garnie.   71 De main de maître.   72 BM : Demander  (En Droit ancien, amender son tard-venir = réparer son retard. « Faire amender au défaillant son tard-venir. » Guillaume Terrien. « Le Jeune, présent, amenda son tart-venir. » Registre de la vicomté d’Elbeuf.)   73 Boit.   74 « Le grand diable d’Enfer m’a retenu de venir plus souvent. » Ce janotisme de l’artisan inculte provoque un effet comique au 1° degré.   75 On nourrissait certains fours à bois par la gueule, pour les chauffer. Comment au lieu de comme est un archaïsme. L’effet du vin explique peut-être le relâchement syntaxique et les doublons de la scène finale.   76 En point, en érection.   77 Quelque chose qui cloche. « Une fille toujours a quelque fer qui loche. » Régnard.   78 Si quelqu’un avait un chapon dans son poing. Ce coq châtré ne vient pas bien à point dans une pareille conversation !   79 Honte.   80 Plaid, discours.   81 Frottée, au sens érotique. Mais un distique analogue (vers 162-3) postule pour la rime « servie ».   82 Très habile.   83 S’il y a un homme plus vaillant d’ici jusqu’à Rome. Il suppose donc que la Première a testé tous les hommes jusqu’au Vatican.   84 Pour faire reluire notre ustensile.   85 De rouille. « Elle avoit toujours ung homme qui (….) entretenoit son “ouvrouer” de paour que le rouil ne s’i prenist. » Cent Nouvelles nouvelles.   86 Le Maignan retourne dans la rue.

SŒUR FESSUE

Manuscrit La Vallière

Manuscrit La Vallière

 

*

 

SŒUR FESSUE

 

*

 

Dans la première moitié du XVIe siècle, un auteur de farces eut l’idée de combiner deux histoires connues : celle d’une nonne trop discrète, et celle d’une abbesse trop pressée.

Source : Manuscrit La Vallière1, folios 204 verso à 211 verso.

Structure : Rimes plates, truffées d’adjonctions apocryphes que j’ai barrées.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

 

*

 

Farce nouvelle

 

*

 

À cinq personnages, c’est assavoir :

    L’ABEESSE

    SEUR DE BON-CŒUR

    SEUR ESPLOURÉE

    SEUR SAFRÈTE 2

    SEUR FESSUE

 

*

 

                             SEUR ESPLOURÉEE  commence                      SCÈNE  I

        Seur de Bon-cœur, je suys perdue,

        Et me treuve tant esperdue

        Que plus n’en puys !

          [SEUR DE BON-CŒUR] 3

                                              Qu’esse, ma seur ?

        Quel nouvèle av’ous entendue ?

5   Quoy ! vous estes-vous estendue

        Sur l’erbe, atendant la doulceur4 ?

                           SEUR ESPLOURÉE

        Nénin.

                           SEUR DE BON-CŒUR

                     Rendez mon esprit seur5.

         SEUR ESPLOURÉE

         Je ne le diray poinct.

                             SEUR DE BON-CŒUR

                                          Hélas !

         Donner je vous pouroys soulas,

10   Et vous garder de desplaisir.

         Dictes-le-moy tout [à] loysir :

         À ses amys, rien ne se celle.

          SEUR ESPLOURÉE

         A ! ma mye…

          SEUR DE BON-CŒUR

                                   Prenez une selle6.

         Vous estes bien fort couroucée.

15   Déclarez-moy vostre pencée :

         Qu’avez-vous ?

           SEUR ESPLOURÉE

                                        Rien.

          SEUR DE BON-CŒUR

                                                     À brief parler,

         Dictes-moy et [ne] mentez poinct.

         Vous estes-vous laissée aler7,

        Que8 vous tourmentez en ce poinct ?

20  Dictes !

          SEUR ESPLOURÉE

                    Je ne le diray poinct.

         Agardez, l’honneur en despent.

          SEUR DE BON-CŒUR

         C’est mal chanté son contrepoinct ;

         L’honneur sy près du cul ne pent.

          SEUR ESPLOURÉE

         Sy vous avez hapé le roide9,

25   Agardez, il n’y a remède :

          Nostre abesse en faict bien autant !

          SEUR DE BON-CŒUR

         Par ma foy ! mon cœur se repent

         Qu’i fault que j’en oye parler tant.

          SEUR ESPLOURÉE

         Je vous veuil dire tout contant

30   Que c’est que céans il y a :

         Vous congnoyssez bien seur Fessue ?

         Frère Roydimet l’a déseue10

         Et gastée11.

          SEUR DE BON-CŒUR

                          Avé Maria !

          SEUR ESPLOURÉE

         Elle est deigà grosse et ensaincte.

35   Sceur, ouez12, dea ! ce n’est pas faincte :

         Nous sommes toutes à quia13

         Par son faict.

          SEUR DE BON-CŒUR

                               Avé Maria !

         Et ! Jésus ! Et ! je l’ay tant faict,

         Et à mon plaisir satisfaict

40   Sans estre grosse !

          SEUR ESPLOURÉE

                                           Hélas, mon Dieu !

         Aussy l’ai-ge faict en mainct lieu,

         Comme elle.

          SEUR DE BON-CŒUR

                                 Avé Maria !

         Que j’en ay au cœur de détresse

         Et de douleur !

          SEUR SAFRÈTE                    SCÈNE  II

                                  Et ! qu’esse ? qu’esse ?

45   Que j’entende vostre débat !

         Comptez-moy, par forme d’esbat,

         Ce que maintenant vous disiez.

          SEUR ESPLOURÉE

         Ce n’est rien, non.

          SEUR SAFRÈTE

                                                Vous devisiez

         D’amour, en ce lieu, en commun ?

50   Mais c’est tout un, ouy, c’est tout un :

          Je n’en fais pas moins, en tout temps,

         Que les bonnes seurs de céans.

         Dictes hardiment !

          SEUR DE BON-CŒUR

                                               On le sçayt bien

         Que toutes on n’espargnons rien

55  Du nostre ; mais tel pissendalle14

         Sera cause d’un grand scandalle

         Dont nous serons désonoré[e]s15.

          SEUR SAFRÈTE

         Vous me semblez fort esplouré[e]s :

         Quelle chose av’ous aperceue ?

60   Qui a failly ?

          SEUR ESPLOURÉE et SEUR DE BON-CŒUR ensemble disent :

                                  C’est sceur Fessue

         Qui a faict…

          SEUR SAFRÈTE

                            Quoy ?

          SEUR DE BON-CŒUR

                                           Nous n’osons dire.

          SEUR SAFRÈTE

         Dictes, sy ce n’est que pour rire.

          SEUR ESPLOURÉE

         Rire ? Hélas ! Mais j’en pleure et plains,

         Et de larmes sont mes yeulx plains,

65   Pour la douleur que j’ey conceue.

          SEUR SAFRÈTE

         Qui cause cela ?

          SEUR DE BON-CŒUR et SEUR ESPLOURÉE ensemble disent :

                                    Seur Fessue.

          SEUR ESPLOURÉE

         Dormir je n’en peulx nuict ne jour ;

         Je n’ay ne repos, ne séjour,

         Ains de douleur je tremble et sue.

          SEUR SAFRÈTE

70   Qui vous faict ce mal ?

          SEUR DE BON-CŒUR et SEUR ESPLOURÉE ensemble disent :

                                                   Sceur Fessue,

         Qui a faict…

          SEUR SAFRÈTE

                              Ouy, mectre à genoulx16

         Quelque un ?

          SEUR ESPLOURÉE

                               Elle a faict comme nous ;

         Mais le pire, c’est qu’el est grosse.

          SEUR SAFRÈTE

         Grosse ? Jésuchrist ! quel endosse17 !

75   Esbahy[e] suys qu’on le permect.

         Mais déclarez-nous, je vous prye,

         Sans que son honneur on descrye,

         Qui l’a faict ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                  Frère Rèdymet.

          SEUR SAFRÈTE

         Hélas ! el est déshonorée.

80   Et ! Vierge Marie honorée !

         Où la pourons-nous [bien] cacher,

         Le jour qu’el poura acoucher ?

          SEUR DE BON-CŒUR

         Je ne sçay.

          SEUR ESPLOURÉE

                            J’ey bien descouvert

         Aultre foys, qu’el estoyt joyeuse,

85   Et qu’el avoyt l’engin18 trop ouvert

         Pour estre faicte religieuse.

          SEUR SAFRÈTE

         Elle est plaisante et amoureuse.

         Long temps il y a qu’el aymoyt.

          SEUR ESPLOURÉE

         Qui, ma sœur ?

          SEUR SAFRÈTE

                                     Frère Rèdymet,

90   Rouge comme un beau chérubin19.

         Un jour, avec frère Lubin20,

         In caméra charitatis21,

         Tout doulcement je m’esbatis ;

         Mais il [n’est sy]22 fort compaignable.

          SEUR DE BON-CŒUR

95   Il est tant doulx et amyable,

         Sœur Safrète, quant y s’y mect !

          SEUR ESPLOURÉE

         Ouy, le bon frère Rèdymet,

         Quant il a la « teste » dressée

         Et que de luy suys embrassée,

100  Ma leçon23 bien tost se comprent.

          SEUR DE BON-CŒUR

         A ! jamais il ne me reprent24.

         Nous vivons no[u]z deulx comme amys :

         Aussy mon cœur luy ay promys.

         Bon Amour25 ainsy le permect.

          SEUR ESPLOURÉE

105  Quant au bon frère Rèdymet,

         Je le congnoy digne d’aymer.

         Mais afin de n’estre à blasmer,

         Pour faindre estre de saincte vye,

         Je veuil déclarer par envye26

110  À nostre abesse (ce n’est faincte)

         Comme sœur Fessue est ensaincte.

          SEUR DE BON-CŒUR

         C’est bien faict.

          SEUR SAFRÈTE

                                     C’est bien faict, ma sœur.

         Nostre bon père confesseur

         En orra27 le miséréré.

          SEUR DE BON-CŒUR

115  Je vouldroys qu’i28 fust enserré

         En ma chambre, pour sa prison.

          SEUR SAFRÈTE

         Sainct Pierre ! vous avez rayson :

         D’amour, aparence il y a

         En vos dictz.

          SEUR ESPLOURÉE, allant à l’abeesse pour parler à elle :    SCÈNE  III

                                      Avé Maria !

          L’ABEESSE

120  Gratia pléna29 ! Qu’avez-vous,

         Qui vous amène devers nous30 ?

          SEUR ESPLOURÉE

         Sans cause je [ne] vous viens voyr31.

          L’ABEESSE

         Certes, j’estoys en ce parloyr,

         En saincte… contemplation

125  Des mos d’édiffication32,

         Atendant l’heure du… menger33.

          SEUR ESPLOURÉE

         Sy Mort m’estoyt venue charger,

        Hélas ! je seroys bien heureuse.

          L’ABEESSE

         Et ! qu’esse ? Estes-vous amoureuse ?

130  Regrétez-vous encor le monde ?

                           SEUR ESPLOURÉE

         Nénin, non.

          L’ABEESSE

                               Céans, il habonde

         Autant de plaisir[s] savoureulx

         Comme au monde. Et qu’il ne soyt ainsy,

         [De]dens ceste maison icy,

135  Povez avoir un amoureulx.

          SEUR ESPLOURÉE

         Hélas ! mon cœur trop douloureulx

         Ne peult oultrer34. D’effort j’en sue.

          L’ABEESSE

         Et ! qu’esse, ma mye ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                                   Seur Fessue,

         Qui a faict…

          L’ABEESSE

                              Vous dict-elle injure ?

140  Croyez-moy, par Dieu ! sy j’en jure,

         Elle en sera incarsérée.

         Comment ! faict-el la reserrée35 ?

          SEUR ESPLOURÉE

         Elle a faict…

          L’ABEESSE

                                     Je n’y entens rien en effaict.

          SEUR ESPLOURÉE

         Elle a faict…

          L’ABEESSE

                                Et quoy ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                                         F[r]icatorès36.

          L’ABEESSE

145  Ô le grosson peccatorès37 !

         Per Dieu38, [elle] habuyct grandos

        Punitionnès39 sur le dos !

         Qui l’eust pencé ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                            Elle [l’]a faict,

         Et a son péché satisfaict,

150  Car elle est grosse.

          L’ABEESSE

                                            Ô la laide !

         Il y convient mectre remède.

         Mais à qui a-elle adonné

         Son corps ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                [El l’a]40 habandonné

         À frère Rèdymet, le moynne,

155  Il y a long temps.

          L’ABEESSE

                                           Que de peine41 !

         Tenamus chapitrum totus !42

         Sonnaté43 clochétas bien totus !

         Qu’el véniat44 !

          SEUR DE BON-CŒUR                  SCÈNE  IV

                                        Sus ! entre nous,

         Y nous convient mectre à genoulx45,

160  À ce chapitre.

          SEUR SAFRÈTE

                                       C’est bien dict ;

         Je n’y mectray nul contredict.

          L’ABEESSE

         Or, chantez !

          SEUR ESPLOURÉE

                                 Bénédicité !      O lieu de le dire, y chantent 46 :

                 Voz « huys » sont-il tous fermés ?

                 Fillètes, vous dormez.47

165      Quant pour vous sont consumméz48

                 Dormez-vous,

                 (Fillètes, fillètes vous dormez)

                 [Mes sens d’amour]49 enflamés,

                 Dormez-vous, fillètes ?

                 Fillètes, vous dormez.50

          SEUR FESSUE  entre                SCÈNE  V

170  A ! j’éray quelque advercité ;

         Je crains fort le punis[s]antés51.

          L’ABEESSE

         Vénité, et aprochantez !

         Madamus, agenouillaré,

         Quia vo[u]z fécit mouillaré

175  Le boudin52 : il est bon à voir !

          SEUR DE BON-CŒUR

        Vous avez laissé décepvoir

         Vostre honneur, dont le nostre en souffre.

          L’ABEESSE

         Vous en sentirez feu et souffre

         En Enfer ; et de vostre vye,

180  N’irez en bonne compaignye

         Sans injure. Et ! comme a-ce esté

         Qu’avez faict ceste lascheté ?

         Vous en souffrirez le trespas !

          SEUR FESSUE

         A ! mon Dieu, vous ne voyez pas

185   Ce qui vous pent devant les yeulx ?

          L’ABEESSE

         Mon cœur ne fust onc curieulx

         D’estre d’honneur tant descouverte53.

          SEUR FESSUE

         Hélas ! vostre veue est couverte,

         Dont vostre grand faulte despent :

190  Ce que devant les yeulx vous pent

         N’est pas de tous en congnoissance54.

          L’ABEESSE

         Puys que sur vous j’ey la puissence,

         Je vous pugniray bien à poinct.

          SEUR FESSUE

         A ! mon Dieu, vous ne voyez poinct

195  Ce qui est devant vostre veue ?

         J’ey failly comme despourveue

         De sens, dont coupable me sens.

         Mais…

          L’ABESSE

                       Quel mais ?

          SEUR FESSUE

                                                Il en est cinq cens

         Qui n’en ont causé nul55 esmoy ;

200  Et sy56, ne font pas mieulx que moy.

          L’ABEESSE

         [Encore vous]57 levez la teste ?

         Vous estes une faulse58 beste,

         Et avez grandement erré.

          SEUR ESPLOURÉE

         Y luy fault le Miséréré,

205  Pour la faulte qui est yssue59.

          SEUR FESSUE

         Et ! pardonnez à sœur Fessue !

          SEUR SAFRÈTE

         Y luy fault donner telle peine

         Que de douleur soyt toute plaine,

         Puysqu’on la void ainsy déceue.

          SEUR FESSUE

210  Et ! pardonnez à seur Fessue,

         Pour cela qu’el a entour60 elle.

          SEUR ESPLOURÉE

         Vrayment, el a juste querelle61 :

         Y ne fault pas son fruict62 gaster.

          SEUR FESSUE

         Qui vous eust voulu trop63 haster,

215  Lors qu’estiez ainsy comme moy,

         En plus grand douleur et esmoy

         Eussiez esté que je ne suys.

          L’ABEESSE

         Demeurez ! Plus oultre poursuys64 :

         Qui vous a ainsy oultragée ?

220  Vous estes grosse, et tant chergée65

         Que plus n’en povez.

         SEUR FESSUE

                                                A ! ma dame,

         Frère Rèdymet faict ce blasme

         En mainte religion66 bonne.

         Mais je vous pry qu’on me pardonne.

          L’ABEESSE

225  Où fusse ?

          SEUR FESSUE

                              [De]dens le dorteur67,

         À ma chambre, près le monteur68.

         Ici tant enquérir ne s’en fault69

          SEUR DE BON-CŒUR

         Et que ne criez-vous bien hault ?

          SEUR FESSUE

         Crier ? Je ne sçay qui en crye70.

          SEUR SAFRÈTE

230  Comment ! voécy grand moquerye !

         Nostre abeesse en sera blasmée.

          SEUR FESSUE

         Comment, crier ? J’estoys pasmée.

         Et puys en nostre reigle est dict

         (Où je n’ay faict nul contredict)

235  Qu’au dorteur on garde silence.

         Et sy j’eusse faict insolence,

         Bruict ou tumulte, ou quelque plaincte,

         C’estoyt, contre nostre Ordre, faincte71.

         Voyélà pourquoy n’osay mot dire.

          SEUR ESPLOURÉE

240  Vouélà bonne excuse pour rire !

          SEUR DE BON-CŒUR

         Très bien le silence el garda…

          L’ABEESSE

         Mais escoustez : qui vous garda

         De faire signe pour secours ?

         On y fust alé le grand cours72,

245  Et n’ussiez receu tel acul73.

                           SEUR FESSUE

         Las ! je faisoys signe du cul,

         Mais nul(e) ne me vint secourir74.

          SEUR SAFRÈTE

         Je n’eusse eu garde d’y courir.

          SEUR ESPLOURÉE

         Signe du cul ?

          SEUR SAFRÈTE

                                   Il est possible :

250  Frère Rèdymet est terrible ;

         Et n’eust sceu ceste povre ânière75

         Faire signe d’aultre manière.

          SEUR ESPLOURÉE

         C’est le signe d’un tel mestier76

          L’ABEESSE

         Mais il y a un an entier

255  Qu’el est grosse77 ; et ! n’eust-elle sceu

         Nous dire qu’el avoyt conceu ?

          SEUR FESSUE

         Dire ? Hélas !

          SEUR DE BON-CŒUR

                                    Ouy, dire, ouy, dire.

          SEUR FESSUE

         J’ey bien cause d’y contredire.

          SEUR SAFRÈTE

         Et comment ?

          SEUR FESSUE

                                 Hélas ! quant j’eu failly,

260  Mon cœur alors fut assailly

         De repentance et de grand peur

         Que l’Ennemy78, qui est trompeur,

         Ne m’enportast pour telle faulte.

         Demanday à la bonté haulte79

265  Pardon, lequel aulx bons permect.

         Et au bon frère Rèdymect

         Je demanday confession ;

         Lequel, à l’asolution80,

         Lors que bien il me descharga81,

270  Absolutement m’encharga

         De ne dire ce qu’avions faict

         No[u]z deulx, ce que j’ey bien parfaict

         Pour craincte de dannation :

         Car dire sa confession

275  Et dire le secrect du prestre,

         C’est assez pour à jamais estre

         Danné avec les obstinés82.

          SEUR ESPLOURÉE

          Certes, nous voélà bien menés !

         Ses excuses sont suffisantes.

          L’ABEESSE

280  Punye en serez, je me vantes.

         Ô la [grand] faulte ! ô le grand blasme !

          SEUR FESSUE

         Hélas ! je vous suply, ma dame :

         Ne regardez tant mon péché,

         Que le vostre (qui est caché)

285  Ne considérez83.

          L’ABEESSE

                                         Ha ! rusée,

         Suys-je de toy scandalisée84 ?

          SEUR FESSUE

         On veoyt à l’œuil d’aultruy tout oultre

         Un petit festu odieulx,

         Mais on ne veoyt poinct une poultre

290  Qu’on a souvent devant les yeulx85

          L’ABEESSE

         Ma renommée se porte mieulx

         Que la tienne.

          SEUR FESSUE

                                       Ne jugez poinct86 !

         Les jugemens sont odieulx

         Au Seigneur, qui est dieu des dyeulx.

295  Vous le sçavez de poinct en poinct.

         Paul87, glorieulx apostre sainct,

         Dict que celuy n’aura refuge

         D’excuse, qui sera tasché ;

         Et que luy-mesme il se juge

300  S’il est subject à tel péché.

          L’ABEESSE

         Voyélà suffisamment presché !88

         Suys-je comme toy, dy, meschante ?

         Par Celle-là de qui on chante89 !

         Je te feray bien repentir.

          SEUR SAFRÈTE

305  Elle se poura convertir,

         Ma dame : ce sera le myeulx.

          SEUR FESSUE

         Ce qui vous pent devant les yeulx,

         Qui faict vostre faulte congnoistre,

         Nous démonstre qu’i ne peult estre

310  Que vous ne fassiez de beaulx jeux90.

          L’ABEESSE

         Ce qui me pent devant les yeux ?

         Avé Maria ! qu’esse-cy ?

         Vous m’avez trop hastée, aussy :

         De venir, j’estoys empeschée.

315  Et ! mon Dieu, que je suys faschée !

          SEUR ESPLOURÉE

         Croyez, sy les loix ne sont faulces,

         Que c’est icy un hault-de-chaulces.

          L’ABEESSE

         Avé Maria ! Saincte Dame !

         Je ne suys moins digne de blasme

320  Que sœur Fessue.

          SEUR DE BON-CŒUR

                                              Sont-il d’usance91,

         Hault-de-chaulses ?

          L’ABEESSE

                                               J’ey desplaisance

         De mon faict.

          SEUR SAFRÈTE

                                      Et ! Dieu, quel outil !

         Les abeesses en portent-il,

         Maintenant ? J’en suys en soucy92.

          SEUR ESPLOURÉE

325  Un hault-de-chaulses !

          SEUR DE BON-CŒUR

                                              Qu’esse-cy ?

          L’ABEESSE

         Et ! n’en parlons plus.

          SEUR SAFRÈTE

                                             C’est pour rire ?

         A ! vous ne debvez escondire

         Seur Fessue d’absolution.

          SEUR DE BON-CŒUR

         C’est bien nouvelle invention,

330  Porter des chaulces sur la teste.

          L’ABEESSE

         On en puisse avoir male feste !

                           SEUR SAFRÈTE

         Or sus, sus ! chantons-en93 d’une aultre.

         On dict bien c’un barbier raid94 l’aultre,

         Et q’une main l’autre suporte95.

335  Y convient faire en ceste sorte :

         Donnez-luy l’asolution.

          SEUR ESPLOURÉE

         Voeylà très bonne invention.

         Vous estes à noz96 audinos.

          L’ABEESSE

         Tu fessisti sicut et nos97 ;

340  Parquoy absolvo te gratis

         In pécata98. Nunc dimitis

         [In cor bonnum]99, comme au passé100.

         Plus oultre, vadé in passé101 !

          SEUR FESSUE

         Gratias ! Me voeylà garie.

345  Je n’ay cause d’estre marie102.

          SEUR ESPLOURÉE                   SCÈNE  VI

         Conclusion : Je trouve erreur caché

         Que cestuy-là veult un péché reprendre,

         Duquel il est taché et empesché,

         Et par lequel en fin on le peult prendre.

350  Vous le pouvoez en ce lieu-cy comprendre.

         La faulte en est à vo[u]z deulx aperceue,

         Tesmoing l’abeesse aveques seur Fessue. 103

         En prenant congé de ce lieu,

         Unne chanson pour dire « à Dieu » !

 

                 FINIS

 

*

 

1 Dans ce même manuscrit, la sottie de la Mère de ville (composée vers 1541) fait dire au Garde-cul : « Il ne fault c’une seur Fessue/ Ayant vouloir estre pansue. »   2 Lascive.   3 LV : la IIe seur esplouree  (Je rétablis le nom des trois sœurs ; LV les numérote : la p[remiere], la IIe, la IIIe.)   4 Au 1° degré, la sœur demande à Éplorée si elle a pris froid. Au 2° degré, douceur se réfère au membre viril : « Quant elle eut la doulceur sentie/ De ce doulx membre qui fut roys [roide]. » Parnasse satyrique du XVe siècle.   5 Sûr : éclairez mon esprit.   6 Un siège.   7 Avez-vous fauté ?   8 LV : qui   9 Le raide, le phallus. V. note 10.   10 Déçue, abusée. « Raide y met » est un calembour latin : « Quel verset des Pseaumes aiment mieux les femmes ? C’est (…) Et ipse redimet, c’est-à-dire, Rède y met, ou roide y met. » Tabourot.   11 Engrossée.   12 LV : oues  (Ouez = oyez, écoutez.)   13 En mauvaise posture.   14 Un pisse-en-dalles est un acte inconvenant.   15 J’ai féminisé le masculin ici, à 58, et à 75 ; mais je n’ai pas touché à l’effarant Madamus de 173. Les cinq rôles de femmes étaient tenus par des hommes.   16 Pour coïter, l’amant se met à genoux sur le lit. On pourrait renforcer le comique de répétition des vers 61 et 144 en écrivant « Quoy ? » au lieu de « Ouy, ».   17 Fardeau. « Le maistre à son clerc persuade/ De donner l’amoureuse aubade/ À la pauvre pucelle grosse,/ Affin que le clerc eust l’andosse/ D’espouser la mère et l’enfant. » Sottie Pour le Cry de la Bazoche.   18 L’esprit ; mais aussi, le sexe. « Et l’autre devroit estre saige,/ Car elle a ung trèsgrant engin. » Guillaume Coquillart.   19 « Sotz rouges comme chérubins. » (Monologue des Sotz joyeulx.) Mais on associe traditionnellement la couleur rouge au phallus : la Confession Margot <v. 89>, le Faulconnier de ville <v. 64 et note 13>.   20 Un des innombrables prototypes de moines paillards : « Pour desbaucher par un doulx style/ Quelque fille de bon maintien,/ Frère Lubin le fera bien. » Clément Marot.   21 Dans la salle de charité, une pièce du couvent qu’on ouvrait lorsqu’il fallait nourrir des pèlerins.   22 LV : est bien  (Lubin n’est pas aussi bon compagnon que Raidymet. « [Ils] ne sont pas si compaignables à boire & et à manger. » Miroir de la navigation.)   23 Lecture d’un texte biblique. Double sens érotique : « L’un la fout en cul, l’autre en con./ Pour s’exercer en ce manège,/ Elle répète sa leçon/ Avecque le Sacré Collège.» Blot.    24 Il ne trouve rien à corriger lors de ma « leçon ».   25 La Bonne Amour, c’est l’amour courtois, d’après le Roman de la Rose, le Dit de la Rose, ou le Libro de buen amor de Juan Ruiz. Voilà un habillage bien romantique pour de vulgaires histoires de fesses et de Fessue !   26 Les trois jalouses vont se venger de leur amant volage, et de sœur Fessue qui déshonore le couvent.   27 LV : aura  (Orra = ouïra, entendra notre prière. Miserere mei = aie pitié de moi.)   28 Qu’il (frère Raidymet) soit incarcéré. On emprisonnait les religieux fautifs dans un cachot nommé in pace. Cf. vers 141.   29 Je vous salue, Marie, pleine de grâce. Contre toute attente, il s’agit là d’une farce mariale : vers 33, 37, 42, 80, 119, 303, 312, 318, 345.   30 Lapsus : elle était censée être seule dans sa cellule.   31 LV : voyer  (Je ne viens pas vous voir sans raisons.)   32 Je lisais mon bréviaire. En fait, elle était au lit avec frère Raidymet (note 41). Dérangée par sœur Éplorée, elle a mis sur sa tête la culotte du frère au lieu de son voile. En s’appuyant sur Boccace, La Fontaine déplorera sa bévue dans le conte du Psautier : « Madame n’estoit/ En oraison, ny ne prenoit son somme :/ Trop bien alors dans son lit elle avoit/ Messire Jean, curé du voisinage…./ Elle se lève en haste, étourdiment,/ Cherche son voile, et malheureusement,/ Dessous sa main tombe du personnage/ Le haut-de-chausse, assez bien ressemblant/ (Pendant la nuit, quand on n’est éclairée)/ À certain voile aux Nonnes familier…./ La voilà donc de grègues affublée. »   33 Elle a failli commettre un nouveau lapsus : l’heure du berger est « l’heure favorable à un amant pour gagner sa maîtresse ». (Furetière.)   34 Aller plus loin.   35 La fausse pucelle : les jeunes mariées qui voulaient passer pour vierges usaient d’un astringent à base de myrte pour « resserrer les parties naturelles » avant la nuit de noce.   36 Des frottements. Le sens érotique s’appliquait surtout aux lesbiennes : « Tribades se disent fricatrices. » Brantôme.   37 Ô le gros péché ! (Le latin de sacristie va s’aggraver en même temps que l’indignation de l’abbesse.)   38 LV : perdien  (Le « n » et le « u » sont souvent confondus. La forme courante est per Diem, mais Noël Du Fail emploie per Dieu.)   39 Elle aura de grandes pénitences. (Au futur, il faudrait habebit.)   40 LV : elle a   41 Le chagrin de l’abbesse montre que c’est bien frère Raidymet qui était dans son lit.   42 Tenons ensemble chapitre [une assemblée].   43 LV : sonnare  (Sonnez toutes les cloches.)   44 Qu’elle vienne.   45 Les sœurs étant à genoux, elles ne pourront voir le haut-de-chausses qui coiffe l’abbesse.   46 Au lieu de dire le Benedicite, les nonnes chantent une chanson paillarde, insérée après coup entre les vers 162 et 170, qui riment ensemble. Je corrige ce texte (mis en musique entre 1536 et 1547 par Robert Godard) d’après une partition publiée en 1547. Cf. André Tissier, Recueil de Farces, XI, Droz, 1997, pp. 246-7.   47 La partition ajoute : Ouvrez-les-moy, si m’aymez./ Dormez-vous, fillettes ?/ Fillettes, vous dormez./ Dormez-vous seulettes ?   48 Partition : consummez    LV : consommes   49 Partition : Mes sens damour    LV : mais sans amours   50 La partition ajoute : Dormez-vous seulettes ?   51 La punition, en langage macaronique.   52 Madame, agenouillez-vous, parce que vous avez fait mouiller le boudin. Ce mot avait le même sens phallique que l’andouille : « Membre de moine, exorbitant boudin. » (Sénac de Meilhan.) On ne sort d’ailleurs pas de la religion, puisque sainct Boudin allait de pair(e) avec saincte Fente (farce du Pardonneur, BM 26).   53 Dégarnie.   54 N’est pas (encore) connu de tous.   55 LV : ny   56 Et pourtant.   57 LV : leues  (L’insolente ose lever la tête… et contempler la coiffe de l’abbesse.)   58 Perfide. Ce vers provient d’une Moralité imprimée en 1507, la Condamnacion de Bancquet.   59 Il lui faut le pardon, pour la faute qui est avouée.   60 En latin de sacristie, on pourrait mettre : inter (à l’intérieur d’elle). Cf. le vers 213.   61 Elle a raison de se plaindre.   62 Son enfant.   63 LV : tant  (Si on avait voulu trop vous hâter : si on était entré dans votre cellule, au lieu d’attendre que vous en sortiez.)   64 Restez ici ! Je continue.   65 Chargée, alourdie.   66 Maison de religion, couvent. « Du jeune garçon qui se nomma Thoinette pour estre receu à une religion de nonnains. » Bonaventure Des Périers.   67 LV : dortoueur  (qui n’est pas une rime riche. Dorteur = dortoir, vers 235.)   68 Près de « l’échelle pour monter au dorteur des dames » (Comptes de l’aumosnerie de S. Berthomé).   69 Toutes les nonnes l’ont fait au même endroit.   70 Je ne sais pas quelle autre aurait crié.   71 Une tromperie. (On peut préférer : fraincte [infraction].) Jean-Baptiste de Grécourt opposera une abbesse à une nonne enceinte dans son poème le Silence, qui s’achève ainsi : « –Vous n’aviez qu’à crier de tout votre pouvoir./ –Oui, mais (dit la nonnain) c’étoit dans le dortoir,/ Où notre règle veut qu’on garde le silence. »   72 En courant.   73 Une telle contrainte.   74 « Je (respondit la Fessue) leur faisois signes du cul tant que povois, mais personne ne me secourut. » Rabelais, Tiers Livre <1546> : le chapitre 19 emprunte à notre farce les aventures de sœur Fessue et du frère Royddimet.   75 Et cette oie blanche n’aurait pas pu.   76 Qu’on connaît l’amoureux métier, le bas métier.   77 Cf. Gargantua (chap. 3) : « Elle engroissa d’un beau filz et le porta jusques à l’unziesme moys. Car autant, voire dadvantage, peuvent les femmes ventre porter. » Le docteur Rabelais conclut malicieusement que les veuves peuvent donc jouer du serre-croupière deux mois après le trépas de leur mari.   78 Le diable.   79 À Dieu.   80 LV : la solution  (L’absolution, confirmée par le jeu de mots de 270. Idem vers 336.)   81 Me déchargea. 2° degré : me procura un orgasme : « Sophie décharge à son tour. » (Sade, la Nouvelle Justine.)   82 Les hérétiques.   83 Saint Paul, Épître aux Romains, II-3.   84 Transformée en objet de scandale.   85 Évangile selon saint Matthieu, VII-3.   86 Matthieu, VII-1.   87 Romains, II-1.   88 L’ennuyeux passage 291-301, envahi de rimes proliférantes, est visiblement interpolé : une simple nonne ignorant le latin n’argumente pas une discussion théologique !   89 Au nom de la Vierge, dont on chante les louanges.   90 Qu’il n’est pas possible que vous ne vous adonniez à des jeux amoureux. Les trois nonnes agenouillées vont enfin relever la tête et voir l’objet du délit.   91 Est-ce la mode (de porter sur la tête).   92 LV : esmoy  (Cf. les Gens nouveaulx, v. 244.)   93 LV : changons en  (Chantons d’une autre manière, changeons de ton.)   94 Rase. « On dit qu’un Barbier rait l’autre, pour dire qu’il faut que chacun dans sa profession se rende des offices réciproques. » Furetière.   95 Qu’une main aide l’autre.   96 LV : voz  (Vous êtes soumise à notre volonté [audi nos = écoute-nous]. « I li fet tous ses audinos » : il lui passe toutes ses volontés.)   97 Tu as fait comme nous.   98 Je t’absous sans pénitence pour tes péchés.   99 LV : Incorbennem  (Dans un cœur bon : « In cor bonum et devotum. » Nicolai de Gorrani.)   100 Maintenant, tu peux t’en aller avec un cœur pur, comme par le passé.   101 Va en paix.   102 Ultime pirouette sur le nom de Marie, qui avait elle aussi conçu sans péché.   103 Ces décasyllabes aux rimes mal disposées recyclent maladroitement les vers 283-285. Le congé final est commun à beaucoup de farces et de sotties.

LA CONFESSION MARGOT

Recueil du British Museum

Recueil du British Museum

 

 

*

 

LA  CONFESSION  MARGOT

 

*

 

Ce dialogue remontant au début du XVIe siècle exploite l’inépuisable filon de la confession parodique et, en l’occurrence, lubrique1.

Sources : BM1 = Édition conservée au British Museum de Londres sous la cote C 22 a 33 <141 vers>.  BM2 = Recueil du British Museum, nº 21 <167 vers>.  Sév. = Édition tardive et sans intérêt de la Bibliothèque colombine de Séville. Je publie la version longue (BM2), qui améliore considérablement BM1.2

Structure : Rimes plates.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

 

*

 

 

La  Confession  de  Margot  la bénigne 3

 

*

 

À deux personnaiges, c’est assavoir :

     LE  CURÉ

     MARGOT

 

*

 

                           MARGOT  se met à genoulx devant le Curé, et dit en plourant :

          Je me confesse à vous, beau Père.

          J’ay anuyt4 secouru ung frère

          En sa grande nécessité.

          Je l’ay faict par joyeuseté,

5    Car il en estoit empesché5.

          Parquoy, sire, se j’ay péché,

          J’en requiers absolution.

                             LE CURÉ

          Fille, dictes vostre raison

         Jusqu’à la fin de voz péchéz.

             MARGOT

10   Sire, bien veulx que les sachez ;

          Je diray tout sans riens rabatre.

          Il le me fit6 troys foys ou quatre

          Sans descendre, le beau Robin7.

          Ne sçay s’il estoit Jacobin,

15   Cordelier, Augustin ou Carme8,

          Mais je vous jure sur mon âme

          Qu’il le faisoit de trèsbon hayt9 !

             LE CURÉ

          De péché n’y avez point faict :

          Il gaigne la gloire des Cieulx,

20   Qui faict bien10 aux religieux.

          De cela soyez [bien] certaine.

             MARGOT

          Avecques moy coucha ung moyne

          Dedans la meilleur de noz chambres ;

          Ses genoulx mist entre mes jambes

25   Plus de sept foys, celle nuytée !

          Je ne sçay se j’en suis dampnée :

          Qu’en dictes-vous sur ce passage ?

             LE CURÉ

          Je vous tiens pour trèsbonne et sage

          D’avoir faict si trèsbelle aulmosne.

30   De tous les cardinaulx de Romme11

          Vous donray absolution.

             MARGOT

          Sire, entendez ma raison :

          Souvent mon voysin je secours,

          Et si, m’en voys à luy le cours,

35    Laissant mon mary quant il dort.

          Le péché si fort me remort

          Que je ne sçay se je m’en repente.

             LE CURÉ

          La chose n’est pas convenante

          De soy repentir de bien faire.

40   Des grans peines de Purgatoire

          Et d’Enfer le tourment villain

          Je vous absouldray tout à plain12.

             MARGOT

          Sire, entendez d’ung pèlerin

          Qu’alloit l’autre jour son chemin

45   Et ne sçavoit où aberger13.

          Or je vous dis, pour abréger,

          Que j’eux14 de luy trèsgrant pitié ;

          Et lors, d’une grant amytié,

          En ma chambre le fis loger.

50    Si, luy donnay bien à manger

          Et à boire pour ce repas.

          Puis après, je ne faillis pas

          À mon lit faire et arrancher15,

          Et avec(ques) moy le fis coucher.

55   Lors, nous mismes en si grand peine

          Qu’à peu ne nous faillit l’aleine,

          Par force de tarrabaster16.

          Nostre lict ne peult arrester17,

          Car l’ostel si fort en trembla

60    Que le lict à terre tomba,

          Dont j’en fus trèsfort esbahye !

          Sire, je ne sçay que j’en die,

          Ne se je m’en doy repentir ;

          Mais je vous dis bien sans mentir

65   Que j’en fus trèsfort desplaisante.

          Ne cuydez pas que je vous mente ;

          Par ma foy, je dis vérité.

             LE CURÉ

          M’amye, vous avez esté

          Femme d’une trèsgrand constance,

70   Quant le pèlerin à plaisance

          Avez bien logé, et au large18

             MARGOT,  en plorant

          Sire, ung aultre cas me charge,

          Mais ne sçay se je l’ose dire.

             LE CURÉ

          Pourquoy non ?

             MARGOT

                                        Hélas ! c’est le pire

75   Péché que je fis en ma vie.

             LE CURÉ

          Si fault-il bien qu’on [me] le die,

          Ou la confession ne vault oncques.

             MARGOT

           Sire, je vous [le] diray doncques,

          Affin que de tout soye quitte.

80    L’aultre jour, trouvay ung hermite

          Près d’ung grant chemin, en ung boys ;19

          Lequel tenoit entre ses doys,

          À plain poing, une gente chose.

             LE CURÉ

          Il ne fault point parler par glose20 :

85   Qu’estoit-ce ?

             MARGOT

                                       Je croy q’une endo[u]ille

          Toute vive…

             LE CURÉ

                                    Ou [bien] une couille21 ?

          Avisez bien lequel c’estoit.

             MARGOT

          Sire, par ma foy, ell’ avoit

          La teste bien rouge22 devant,

90   Et ung chapperon23 pour le vent,

          Qui estoit dessus la couronne24.

          Elle estoit d’une façon bonne,

          Grosse, belle à l’avenant,

          Dure, roide au remanant25 ;

95   Et au pied, deux belles sonnettes26

          Tant belles et tant joliettes,

          Qui sonnoyent si doulx que rage.

          Quant je la vis, j’eux grand courage

          De m’aprocher pour mieux la27 veoir.

             LE CURÉ

100   Et puis ?

             MARGOT

                                À le vous dire voir28,

          Me dit29 que celle belle chose

          Avoit grand froid (dont30 je suppose

          Qu’il la tenoit entre ses mains).

             LE CURÉ

          Après, m’amye, c’est du moins31.

105   Et puis ?

             MARGOT

                           Je la prins par la teste,

          Cuidant que ce fust une beste,

          Et la mis entre mes deux cuisses

          Pour l’eschauffer.

             LE CURÉ

                                             Ce sont grandz vices !32

          La mistes-vous en vostre ventre ?

             MARGOT

110   Elle s’i mist ; puis sault33, puis entre,

          Si doulcement que c’estoit raige.

             LE CURÉ

          En cela, n’a point de dommaige :

          Ce n’est que bien, comme j’entens.

             MARGOT

          Quant il eut fatrouillé34 long temps

115   Et qu’il voulut la chose reprendre,

          Elle fut si povre, si tendre,

          Si molle que c’estoit pitié,

          Et plus petite la moytié

          Que n’estoit au commencement.

120   Et si, plouroit fort tendrement,

          Dont (lasse !) je fus esperdue,

          Quant je la vis ainsi fondue

          Et gastée par mon meschief35.

          Car quant il cuida de rechief

125   S’en jouer comme premièr(e)ment,

          Il ne peult ; car, par mon serment,

          Elle plia par le milieu.

          Si, en requier pardon à Dieu,

          Et à vous absolution.

             LE CURÉ

130   Vous av[i]ez grand dévotion

          D’eschauffer celle pouvre beste.

             MARGOT

          Je luy frottay trop fort36 la teste,

          Et vélà dont vint le dommaige.

             LE CURÉ

          Il vous partoit d’ung bon couraige37.

135   Qu’i a-il plus ?

             MARGOT

                                         Sire, j’ay dit

          Tout tant que j’ay faict ne mesdit,

          Au moins dont j’aye souvenance.

             LE CURÉ

          Vous estes femme de conscience.

          Et ! qu’avez vescu sainctement !

140   Or, m’amye, premièrement,

          Pour pénitence, vous irez

          Visiter les lieux où sçaurez

          Que sont les frères de nostre Ordre

          (Comme les frères de la corde38,

145   Prescheurs, Carmes et Jacobins)

          Tous les soirs ou tous les matins,

          Tant que vous serez en jeunesse.

          Au curé de vostre paroisse,

          S’il a de vostre corps mestier39,

150   Ne luy en faictes pas dangier40 :

          Paradis gaignera41 terrestre,

          Qui fera bien au povre prestre

          Et grand prouffit au povre moyne.

          Et s’il survient sur la sepmaine

155   Quelque pèlerin deslogé,

          Qu’en vostre chambre soit logé,

          Et avecques vous le couchez,

         Et près de luy vous approchez.42

          J’ordonne que faciez debvoir

160   De souvent visiter et veoir

          L’hermite du boys, au ramage43 ;

          Et portez, comme femme sage,

          De bon vin la plaine bouteille,

          Pour vous festoyer soubz la feuille44 ;

165   Et apportez ung bon jambon.

             Il luy met la main sur la teste, et dit :

          Ainsi gaignerez le pardon,

          Et voz péchéz s’effaceront.

          In secula seculorum45.

             MARGOT

          Amen !

 

            Cy  fine  la  Confession  Margot

 

 *

 

1 Con fesser = frapper une vulve : Gratien Du Pont, vv. 417-430.   2 On consultera avec profit le travail exhaustif d’André Tissier : Recueil de farces, VI, Droz, 1990, pp. 369-422.   3 La bienveillante. S’agit-il de son patronyme, ou d’un sobriquet ? En tout cas, le prénom Margot était peu reluisant : Trote-menu et Mirre-loret, note 13.   4 Cette nuit.   5 Il était gêné par une érection.   6 Il me fit l’amour. « Vous ne me le ferez plus : ma mère m’a mariée. » Brantôme.   7 Prototype du berger en rut. « Un jour, Robin vint Margot empoigner/ En luy monstrant l’oustil de son ouvraige,/ Et sur le champ la voulut besongner. » Clément Marot.   8 Les moines affiliés à un Ordre souffraient apparemment de priapisme : « Ung des beaulx religieux de tout nostre Ordre, aussi bien fourny de ce que ung homme doit avoir que nul de ce royaume. » (Cent Nouvelles nouvelles.) On dit encore : « Bander comme un Carme. »   9 De très bon cœur.   10 Celui qui fait du bien. Idem vers 152. BM1 remplace les vers 21-24 par ce passage non expurgé, où la rime « membre » est plus pertinente que « jambes » :

         MARGOT

     Ha ! sire, de ce suis honnye,

     Car le curé de nostre ville

     Angrossie m’a d’une fille,

     Que j’ay donnée à mon mary.

         LE CURÉ

     Dame, faictes tousjours ainsi.

     En Paradis sera saulvé

     Qui fera bien à son curé.

         MARGOT

     Ha ! sire, encor(e) suys-je certaine

     Qu’avec[ques] moy coucha ung moyne

     Nu à nu dedans ma chambre ;

     Entre mes jambes mist son membre

 

11 BM1 : du Rosne  (qui rime mieux, bien qu’on trouve ailleurs la rime aumône/Rome. Le Rhône évoque le Palais des Papes d’Avignon au temps où les cardinaux s’y livraient à la débauche.)   12 Pleinement.   13 Héberger, loger. Dans BM1, ce pèlerin « avoit ung bourdon en charge ». Bourdon [bâton] = pénis (P. Guiraud, Dictionnaire érotique) : « En la main de madame la nonnain il mist son bel et trèspuissant bourdon, qui gros et long estoit. » Cent Nouvelles nouvelles.   14 J’eus. Idem vers 98.   15 Arranger, préparer.   16 Faire du tapage.   17 Ne put rester en place. On songe aux Dames galantes de Brantôme : « Elle et luy s’esmeurent et se remuèrent tellement toute la nuict, qu’ils en rompirent et enfoncèrent le fonds du châlit. » BM1 remplace les vers 59-60 par :

     Car sur moy trois foys [il] monta,

     Tant que [le] lict en tresbucha

     Et que la couche cheut à terre,

     Et y cheusmes aussi grant erre.

     Nous fusmes bien mis à cul jus,

     Et moy dessoubz et luy dessus.

 

18 On trouve la même pique dans les Récréations de Des Périers : « Madame la Fourrière, vous me logeastes l’autre nuict bien au large ! »   19 BM1 remplace les vers 81-134 par :

     Qui tenoit en son poing ung membre

     Très dur ; l’a bouté à mon ventre

     Plus q’ung petit, à faire « saulce ».

     Il parut bien que je fus faulse :

     Quant son membre tyra l’hermite,

     Il estoit plus mol q’une mitte…

     Je m’en confesse et [me] repens.

                         LE CURÉ

     Dame, vous feistes ung grant sens.

     Plaine fustes de patience

     Quant l’hermite fist sa plaisance

     De vous, à son bon vouloir.

     Je vous absoulbz de ce, pour voir.

 

20 Par énigmes. Des énigmes bien transparentes, puisque « chose » = pénis (Guiraud) : Les troys Gallans et Phlipot, note 26.   21 Couille (au singulier) et andouille désignent le pénis. « Prenez en gré du manche de ma couille…./Il est tout fait en façon d’une andouille. » Parnasse satyrique du XVe siècle.   22 « Il avoit la teste rouge et un petit trou par le bout, avec deux pendants en forme de couillons. » L’Escole des filles.   23 Un prépuce. « L’usage du prépuce est de servir de chaperon & de couverture au gland. » Pierre Dionis.   24 « Bourrelet circulaire à la base du gland. » P. Guiraud.   25 De reste, largement.   26 Testicules (Guiraud). « Nostre oyseau ne se perdra point :/Il a de fort bonnes sonnettes. » Gaultier-Garguille.   27 BM2 : le  (qui peut s’appliquer à l’ermite.)   28 Pour vous dire la vérité.   29 Il me dit.   30 Et que c’est pour cela.   31 C’est le moins qu’on puisse supposer.   32 Tu parles d’un drame !   33 Saillir = sauter, sortir, saillir une femelle.   34 Coïté (Guiraud). « Fatrouiller sans danger de chancre, vérole, pisse-chaude. » Rabelais, Cinquième Livre.   35 Mon méchef, ma faute. Les vers 105-127 rappellent un épisode similaire du fabliau Trubert.   36 « Fort », qui manque dans BM2, est suppléé par Sév.   37 Cela partait d’un bon sentiment.   38 Les cordeliers, qui portaient une corde en guise de ceinture.   39 Besoin.   40 Difficulté.   41 BM2 : gaigneres  (Construit sur le même modèle que 19-20.)   42 Ce vers, qui manque dans BM2, est reconstitué par Sév.   43 Sous la ramée.   44 Pour qu’il vous fasse « voir la feuille à l’envers » (Guiraud), pour qu’il vous couche sur l’herbe : « Soubz arbre de fueilles ramu,/ C’est ung plaisir d’estre à l’envers/ Pour ouÿr chanter le coqu. » Les quattre Femmes (F 46). Festoyer = coïter (Guiraud). BM1 propose une autre fin, dont le dernier vers prouve que cette farce a bien été jouée en public :

     Pareillement, au povre moyne

     Qui pour vous prendra quelque peine

     À vous venir veoir soir et matin :

     De vostre corps, aulcun desda[i]ng

     Ne luy faictes, pour quelque sy.

     Ainsi vous aura à mercy

     Dieu, s’il n’est trèsffort empesché…

     Affin que je soye despesché

     De vous pour ceste heure présente,

     Vous yrez demain, moult fervente,

     À Sainct-Germain (sans estre folle)

     Des-Prés, où est la grant ydolle ;

     Et la salurez de la porte,

     Disant : « Le grant diable t’emporte ! »

     Ainsi gaignerez Paradis,

     Le cul dehors, la teste à l’huys ;

     De cela je vous certiffie.

     Adieu toute la compaignie !

 

45 On prononçait alors : Ces culs-là, ces culs l’auront. Les « équivoques latins-françois » (comme les nomme Tabourot dans ses Bigarrures) émaillaient toute la littérature comique, souvent écrite par des clercs.

SECONDE MORALITÉ

Bibliothèque municipale de Grenoble, Ms.916 Rés.

Bibliothèque municipale de Grenoble, Ms.916 Rés.

 

*

 

SECONDE MORALITÉ

 

*

 

Cette sottie d’Amédée Porral fut créée le dimanche 14 février 1524 à Genève, sur la place de la Fusterie. Elle conclut la Première Moralité jouée l’année précédente par la même troupe : « Les Enfants de Bontemps estoyent habilléz de vestements de fil noir, et n’avoyent que l’oreille gauche, comme ils estoyent demeuréz l’an devant. »

Source : Manuscrit 916 Rés. de la Bibliothèque municipale de Grenoble1, folios 315 verso à 323 verso. (Ms. copié fin XVIe siècle ou début XVIIe, ce qui explique les ajouts postérieurs à 1524 : v. note 19.) Les éditions tardives sont mauvaises.

Structure : Rimes croisées, rimes plates.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

 

*

 

Seconde  Moralité

 

*

 

 

    LE  PRESTRE  estoit frère Mulet de Palude

    LE  MÉDECIN :  Jehan Bonatier

    LE  CONSEILLIER :  Claude Rolet

    [LE  MASSON]2

    LE  BONNETIER

    LE  COUSTURIER

    LE  SAVETIER :  Claude, le gros Rousset3

    LE  CUISINIER

    GRAND-MÈRE  SOTTIE :  Maistre Pettreman4

    LE  MONDE :  Antoine Le Dorier

 

*

 

                                         LE  PRESTRE  commence                          SCÈNE  I

        L’homme propose et Dieu dispose.

                LE  MÉDECIN

        Fol cuide d’un5, et l’autre advient.

                [LE  MASSON]6

        Du jour au lendemain survient

        Tout autrement qu’on ne propose.

                LE  BONNETIER

5   En folle teste, folle chose :

        Point n’est vray tout ce que fol pense.

                LE  COUSTURIER

        Au temps qui court n’y a fiance :

        Maintenant joye et demain pleur.

                                            LE  SAVETIER

        Aujourd’huy vous verrez Monsieur,

10  Et demain simple maistre Jehan7.

                                            LE  CUISINIER

        Tel cuide vivre plus d’un an

        Qui meurt dans trois jours.

                                            LE  MÉDECIN

                                                          À propos,

         Nous som(me)s les pauvres enfants sots

          Qui joyeusement, l’an passé,

15   Voyants que n’estoit trépassé

         Nostre père Bontemps, soudain

         Posâmes le deuil, et d’un train,

         Reprîmes nos habits de Sots

         Pour jouer. Mais (nottez les mots)

20   Pource que chasque habit estoit

         Sans chaperon, tout demeuroit.

         Toutesfois, nostre Mè[re] Sotte

         Renversa vistement sa cotte,

         Et du beau bout de sa chemise

25   Nous embéguina à sa guise.

         Or en ces béguins, par merveilles,

         Ne se trouvèrent les aureilles

         Droittes ; mais se tenoyent à colle

         Forte au cul de ladite Folle8.

30   Ainsi, à faulte de la droitte

         Oreille, comme on peut cognoistre,

         Tout demeura.

                LE  CONSEILLER

                                                Vous dites vray.

          Et là fut conclud, je le sçay,

         Que nous attendrions le Bontemps,

35   Nostre père, en nous esbattants

         À boyre.

                [LE  MASSON]9

                                     Depuis ce temps-là,

         Jamais teste ne nous parla

         De Bon Temps.

                LE  COUSTURIER

                                             Nous prétend[i]ons

         De faire cinq cents millions

40   Passetemps pour esbattement.

                LE  SAVETIER

         Sur cela, la Mort, promptement,

   Au lieu de quelque allégement,

         Nous a nostre mère emporté(e).

                LE  BONNETIER

         En Paradis, au droit costé10,

45   Puisse estre colloquée son âme !

                LE  CUISINIER

    Amen !

                LE  CONSEILLIER11

            Amen !

                LE  PRESTRE

                    Amen ! La femme

         Sotte n’estoit pas trop cassée.

                LE  MÉDECIN

         Ainsi est-elle trépassée

         En bon poinct12.

                LE  MASSON

                                            Et aussi en grâce

50   De tout le monde. Dieu luy face

         Mercy à l’âme !

                LE  BONNETIER

                                              Ainsi [il soit]13 !

                LE  COUSTURIER

         Par ainsi, comme chascun void,

         Au lieu de faire esbattements,

         Nous a fallu nos vestements

55   Teindre en noir.

                LE  SAVETIER

                                                   Et davantage,

         Contrefaire nous fault le sage

         Pour faire qu’on nous prise fort.

                LE  CUISINIER

         Nous n’avons à autre confort14,

         Maintenant, qu’à nostre grand-mère.

                LE  CONSEILLIER

60    Non. Et si15, ne nous peut [pas] faire

         Grosse aide, n’est-il pas ainsi ?

                LA  GRAND-MÈRE  SOTTIE16               SCÈNE  II

         Ha ! mes enfants, je suis icy.

         Telle comme vous me voyez,

         Il ne fault pas que vous soyez

65   Si sots que cuidiez que voussisse17

         Estre tousjours vostre nourrisse,

         Car je ne le pourroy[e] pas.

         Guerroyé vous a le trespas

         De vostre bonne mère, et l’absence

70   De vostre père ; sans doutance,

         Bontemps ne vous y aide en rien.

         Je pourroy bien manger mon bien

         Sans vous.

                LE  PRESTRE

                                    Ouÿ, et de belle heure !

                LE  MÉDECIN

         Qu’est-ce donc de faire ?

                LA  MÈRE  G[RAND]

                                                            Qu’on labeure18

75   Chascun trèsbien de son mestier.

                                             LE  MASSON

         Nous n’y faisons pas volontier(s) ;

         Toutesfois court une planette

         Qui contrainct les Fols à cela.

                LE  BONNETIER

         Nous ne soms plus soubs la comette

80   Qui régnoit quand Galla19 vêla.

                LE  COUSTURIER

         Le temps que Perrotin20 mesla

         Et fit jouer clers et marchands

         Est passé.

                LE  SAVETIER

                                       Aussi est le temps

         Que De Nanto21 et Du Villard(s)

85   Firent leurs nopces, au Molard,

         De l’espousée du Sapey.

                LE  CUISINIER

         Le temps n’est plus tel que je l’ay

         Veu, pour toute conclusion.

                LE  CONSEILLIER

         Pourtant suyvrons l’intention

90   De nostre grand-mère.

                LE  PRESTRE

                                                            Comment ?

                LE  MÉDECIN

         Que nous travaillons roidement,

         Ou nous aurons bien froid aux dents.

                LE  MASSON

         Par ma foy, nous en soms contents :

         Il ne nous fault que de l’ouvrage.

95   Qui nous en donra ?

                LA  GRAND-MÈRE

                                                           Qui ? le sage

         Monde, mes enfants, largement.

                LE  BONNETIER

         Voudroit-il point d’esbattement

         Quelques fois de nous ?

                LA  GRAND-MÈRE

                                                             Ouÿ bien,

         Mais qu’il ne luy [en] couste rien :

         [………………………….. -ray.]

                LE  COUSTURIER

100  Bien tost vous en apporteray.

         J’y vay, attendez-moy icy.

                 Pose.22

         Voycy aureilles, Dieu mercy,

          Et l’argent : prenez-en trèstous.

                LE  SAVETIER

         [Gra]n-Mère [Sotti]e, menez-nous

105  [Mai]ntenant [vers le] Monde.

                LA  MÈRE

                                                                            Allons !

         Mais marchez droict sur vos talons

         Sans fléchir ni faillir en rien ;

         Encor ne sçaurez-vous si bien

          Marcher qu’il n’y ait à redire23.

                LE  CUISINIER

110  Le Monde devient tousjours pire ;

         Je ne sçay que24 sa fin sera.

                LE  CONSEILLIER

         Nous ferons comme il nous fera.

         Suyvons seulement la gran-mère.

                Vadunt ad Mundum.25

                LA  MÈRE                           SCÈNE  III

         Dieu gard, Monde !

                LE  MONDE

                                                 Dieu gard, [grand-]mère !

115  Qu’est-ce qu’il y a de nouveau ?

                LA  MÈRE

         Je vous ameine un beau troupeau

         De Sots, Monde, pour vostre train.

                LE  MONDE

         Quels sont-ils ?

                LA  MÈRE

                                             Qu’ils sont ? Pour certain,

         Orphelins, enfants de Bontemps,

120  Qu’est perdu, et, comme j’entends,

         Fils de ma fille le Rousset26,

         Qu’est trespassé.

                LE  MONDE

                                            Voylà que c’est.

         [……………………………… loing]

         De moy, femme ! Je n’en prens point

         Qui ne sache quelque mestier.

                LA  MÈRE

125  Bien sçavent : l’un est savetier,

         L’autre prestre, l’autre masson.

         Voyez bien là ce viellasson27 :

         Il est cousturier28. Cestuy-ci,

         Bon bonnetier, la Dieu mercy !

130  L’autre est sçavant, bon conseiller,

         Qui vous conduira volontier(s)

         Ainsi comme il appartiendra.

                 LE  MONDE

         Tout cela bien me conviendra.

         Or bien, je les retiens trèstous.

                LA  MÈRE

135  À Dieu, donc.

                LE  PRESTRE

                                                   Et ! nous lairrez-vous

         Au Monde ?

                LA MÈRE

                                        Ouÿ, mes enfants.

         Souffrez en attendant Bontemps.

         À Dieu !

                LE  MÉDECIN

                                À Dieu29 !

                LE  MASSON

                                                              À Dieu soyez !

                LE  MONDE                                SCÈNE  IV

         Or sus, maistre[s] Sots ! Vous voyez

140  À peu près tout ce qu’il me fault.

         Cousturier, faites-moy à hault

         Collet une robbe bien faitte.

                LE  COUSTURIER

         La voulez-vous large ou estroitte ?

                LE  MONDE

         Que sçay-je ?

                [LE]  COUSTURIER

                                        Voyez ceste-cy :

145  Elle est trèsbien.

                LE  MONDE

                                                 Encores [si

          Elle]30 fust, d’un peu, plus large,

         Je l’aimeroy mieux.

                LE  COUSTURIER

                                                       De vostre aage,

         Vous n’en portastes de31 mieulx faitte

         Que ceste-cy.

                LE  MONDE

                                        Ha ! trop estroitte32 !

150  Ostez, ostez. Faittes-m’en une

         À mon gré.

                LE  COUSTURIER

                                          Ce sera fortune

         Si je luy fais. Par Ste Gille33,

         Monde, vous estes difficile

         Par trop !

                LE  MONDE

                                    Venez çà, savetier34 !

155  Servez-moy de vostre mestier,

         Et je vous contenteray bien.

                LE  SAVETIER35

         Tenez, Monsieur.

                LE  MONDE

                                                Ce ne dit rien36.

         Faites-m’en d’autres à mon plaisir.

                LE  [SAVETIER]

         J’ay beau les faire à mon loisir,

160  Bien cousus, de bonne matière :

         Encore(s) en seray-je en arrière.

         Monde, vous estes dégousté.

                LE  MONDE

         Masson, il nous fault remonter

         Les fenestrages.

                [LE  MASSON

                                    …………. -ants ?

                LE  MONDE

165  Un peu plus bas.

                LE  MASSON]

                                                   Ainsi estants,

         Seront-ils bien à vostre gré ?

                LE  MONDE

         Je les veux plus hauts d’un degré.

                LE  MASSON

         Ainsi ?

                LE  MONDE

                            Non, mais un peu plus bas.

                LE  MASSON

         Vostre vouloir n’accorde pas

170  Avec le mien pour maintenant.

                LE  MONDE

         Bien, à demain. Çà, vistement,

         Bonnetier, baillez un bonnet !

                LE  BONNETIER

         Si cestuy-cy bon ne vous est37,

         Je renonceray au mestier.

                LE  MONDE

175  C’est un bonnet de ménestrier38 !

         Comment ? te moques-tu de moy ?

                LE  BONNETIER

         Tenez cestuy-cy : sur ma foy,

         Il est bon.

                LE  MONDE

                                   Il est…39 Ton gibet !!

         Va, va, trouve-m’en un plus net !

180  Conseiller !

                LE  CONSEILLER

                                  Que vous plaist, Monsieur ?

                LE  MONDE40

         Que vous [en] semble ? Suis-je seur

         D’avoir la sentence pour moy ?

                LE  CONSEILLER

         Je croy bien qu’ouÿ.

                LE  MONDE

                                                       Et pourquoy ?

                LE  CONSEILLIER

         Pource que vous avez déduict

185  Trèsbien vostre cas, et conduict

         Le reste tout comme il falloit.

                LE  MONDE

         Mais, par ma foy, ne m’en challoit41.

                LE  CONSEILLIER

         Je le crois. […………… -ray

         ………]

                LE  MONDE

                           Certes non feray !

190  Or allez mieux estudier !

         Çà, prestre, venez deslier42

         Icy vos messes, que je voye

         Comme elles sont.

                LE  PRESTRE

                                                Dieu vous doint joye,

         Monde ! Comment les voulez-vous ?

                LE  MONDE

195  Ainsi que les demandent tous.

                LE  PRESTRE

         Courtes ?

                LE  MONDE

                              Ouÿ.

                LE  PRESTRE.  Il monstre les messes escriptes.

                                                    Or tenez donc

         De celles de dom Ami Bon43 :

         Elles sont belles.

                LE  MONDE

                                            Ce sont mon44 ;

         Mais longues sont comme un sermon.

200  Baillez-m’en d’autres de L’Huillier45.

                LE  PRESTRE

         Ceux-cy sont de dom Rattelier46 ;

         En voulez-vous ?

                LE  MONDE

                                              Non, mettez là ;

         Elles sont trop courtes.

                LE  PRESTRE

                                                      Voylà :

         Vous ne sçavez que vous voulez.

205  Il vous en fault qui soyent meslé(e)s,

         Et jetté(e)s au molle47, sans peine,

         Des pierres d’une sarbataine.

                LE  CONSEILLIER

         Certes, Monde, il n’est supposé48

         Que ne soyez mal disposé.

                LE  MONDE

210  Pourquoy ?

                LE  CONSEILLIER

                                       Au texte de la Bible,

         Qu[i] est chose irrépréhensible,

         Vous n’y trouverez pas bon goust.

                LE  COUSTURIER

         Croyez, Monde, qu’il n’est si fou

         Qui ne le cognoisse.

                LE  MONDE

                                                     Est-il vray ?

                LE  MASSON

215  Ouÿ.

                LE  MONDE

                            Qu’on sache tost que j’ay !

         Sus, sus, portez de mon urine

         Au médecin !

                LE  SAVETIER,  en la regardant

                                         Bien a la mine

         D’une maladie de teste.

                LE  CONSEILLIER

         Allez tost ! Vous estes une beste.

220  Faittes cela que l’on vous dit.

                LE  SAVETIER

         J’y vay.

                LE  CONSEILLIER  dat ipsi pecuniam.49

                               Si vous n’avez crédit,

         Boutez-lui en la main ceci.

                Vadit cum urinâ ad Medicum.50  Pose.

                [LE  SAVETIER]                        SCÈNE  V

         Monsieur, je vous apporte ici

         De l’urine de nostre maistre,

225  Afin que vous puissiez cognoistre

         Quel mal il a.

                LE  MÉDECIN

                                           Il est blessé

         Du cerveau.

                LE  SAVETIER

                                         Que je soye laissé

         [Dessus le carreau]51 s’il n’est vray !   Dat Medico pecuniam.52

                [LE  MÉDECIN]

         Or çà, bene, il fault que j’ay(e)

230  Un peu avec luy conférence.

                LE  SAVETIER

         Allons donc, car j’ay espérance

         Que vous serez bien contenté.

                LE  MÉDECIN

         Tanto melius, silete !53

         Bonsoir, Monde !                                     SCÈNE  VI

                LE  MONDE

                                               Monsieur, bonsoir !

                LE  MÉDECIN

235  Comment vous va ? Çà, monstrez voir

         Vostre main54… Vous estes perclus55.

         Qu’est-ce qui vous fait mal le plus ?

                LE  MONDE

         La teste. Je suis tout lassé,

         Tout troublé, et tant56 tracassé

240  De ces folies qu’on a dit

         Que j’en tombe tout plat au lict.

                LE  MÉDECIN

         Quelles folies ?

                LE  MONDE

                                                Qu’il viendroit

         Un déluge, et que l’on verroit