UNG JEUNE MOYNE ET UNG VIEL GENDARME

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

*

UNG  JEUNE  MOYNE  ET  UNG  VIEL  GENDARME

*

« Jehan d’Abundance, bazochien et notaire royal de la ville de Pont-Sainct-Esprit », mourut au milieu du XVIe siècle. Il est surtout connu pour ses farces : le Testament de Carmentrant, la Cornette. On lui attribue le Disciple de Pantagruel, une parodie de Rabelais.

La présente pièce appartient au genre bien fourni du débat. Les hommes du Moyen Âge, têtus et procéduriers, perdaient beaucoup de temps et d’argent à débattre ou à plaider sur les sujets les plus invraisemblables1. La formation théologique et juridique des écrivains donnait des armes à leur amour de la dispute.

Sources : Édition T : Recueil Trepperel 2, n° 29. Je corrige tacitement les fautes et les lacunes d’après l’édition R : Recueil de plusieurs farces (éd. Nicolas Rousset, 1612), pp. 121-144. Mon but est de produire une version complète et lisible.

Structure : Rimes abab/bcbc, rimes plates, avec 2 triolets.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

*

Le Procès d’ung jeune moyne et d’ung viel gendarme

qui plaident pour une fille devant Cupido, le dieu d’amours

*

À quatre personnages, c’est assavoir :

    CUPIDO

    LA  FILLE

    LE  MOYNE

    LE  GENDARME 3

*

 

                                      CUPIDO  commence                      SCÈNE  I

          À tous amans, mes serviteurs loyaux,

         Tenans de moy par justice royalle,

         Sçavoir je fais qu’à ma Court principalle4

         Comparoissent sans estre desloyaux,

5   Portant aux doys verges, sinetz5, aneaux,

         Rubis, saphirs, turquoyses, dyamans,

         Faisans sonner ménestriéz tous nouveaux6

         Pour se monstrer gens joyeux, esbatans !

         Viennent à moy Bourgui[g]nons et Flamans !

10  Viennent à moy toutes sex[t]es7 du monde !

         Viennent à moy Picars, Bretons, Normans,

         Et toute(s) gens qui en amour se fonde(nt) !

         Viennent à moy ceulx ou honneur habonde !

         Viennent à moy sans faire demeur[é]e !

15  Viennent à moy, tous : je tiens table ronde

         Pour les servir de pois et de purée.

             LA  FILLE         SCÈNE  II

         Or suis-je seule demeurée,

          Maintenant : je n’ay point d’amy.

         Et si, n’ay bon jour ne demy.

20  Je pers mon temps et ma jeunesse,

         Ce qui me fait gémir sans cesse.8

         Soulas est de moy fort-bany.

         Mon [gent] corps qui est frais et plany9 ;

         Et quant viellesse orde et chagri(g)ne

25  Aura tout prins en sa saisine,

         N’en tiendra-l’en compte, nenny.

         Mieulx me vault faire tout honni10

         Et prendre en moy désespérance,

         Combien que j’aye encor fiance

30  À Cupido, dieu des amours11 :

         Il fait aux vrays amans aydance.

         J’auray de luy aucun12 secours ;

         Mon fait ira fort à rebours,

         S’aucun petit ne m’en départ13.

35  Sire Cupido, Dieu14 vous gart !         SCÈNE  III

             CUPIDO

         Et vous aus[s]i, gente pucelle !

         Que voulez-vous ?

             LA  FILLE

                                            Je vous appelle,

         À ma grant tribulation.

             CUPIDO

         Et demandez ?

             LA  FILLE

                                     Provision

40  D’amours, car il m’est nécessaire.

             CUPIDO

         Vous estes d’aage pour ce faire,

         Propre, gente, mixte et habille15 ;

         Et me semble, pour une fille,

         Que bien estes appropriée16.

45  Mais n’estes-vous point mariée ?

             LA  FILLE

         Nenny encor, dont ce me poise.

             CUPIDO

         Je vous mariray, ma bourgoise,

         Car vr[a]yement, vous estes en aage.

         Mais les amours de mariage

50  Ne sont pas des plus excellentes.

             LA  FILLE

         Si est-ce une de mes ententes

         Que d’avoir amy nouvelet.

             CUPIDO

         Se vous voulez quelque varlet

         Pour mary, l’aurez voulentiers.

55  Mais je vous diray les dangiers

         Où est une femme boutée :

         Du premier est une rousée

         Qui se passe17 quant vient le chault.

             LA  FILLE

         Comment cela ?

             CUPIDO

                                         Si tost qu’on fault18,

60  Toutes amours si sont faillies.

         Au surplus, quant vient la mesgnie19

         Et qu’il convient estre nourice,

         La plus belle et la plus propice

         Y devient hideuse à merveille.

         [……………………….. -eille]

65  Les draps salles tousjours au lit.

         Vélà comment on s’i conduit.

         Regardez s’il y a dangier.

         Le pire est qu’on ne peut changer,

         Depuis [lors] qu’on est accordé.

             LA  FILLE

70  Veu ce que m’avez recordé20,

         Telle amour ne vault ung formy21 !

             CUPIDO

         Belle, se vous prenez amy

         Par amour, au jour la journée

         Vous serez vestue, aournée22

75  Autant à l’endroit qu’à l’envers.

         Et s’il vous dit riens de travers,

         Adieu jusques au revenir !

         Il ne vous sçauroit retenir

         Contre vostre consentement.

80  Oultre plus, de l’apoinctement23

         Qui se fait à double24 et à quite,

         Vous en serez trèsbien conduite

         Tous les jours, face froit ou chault.

             LA  FILLE

         Cupido, c’est ce qu’il me fault :

85  Je ne requiers que telz plaisances.

             CUPIDO

         Vous yrez aux festes, aux dances,

         Saillir, saulter, bondir en l’air,

         Courir et vous faire valoir25,

         Sans que nulluy [ne] s’i oppose.

             LA  FILLE

90  Las ! je ne requiers autre chose.

             CUPIDO

         Se vous estes en mariage,

         Il fauldra garder le mesnage,

         Avoir des langes et des frettes26,

         Des berseaulx, et tant de souffrettes

95  Que c’est une grande pitié.

             LA  FILLE

         J’aymeroye donc mieulx la moitié

         Avoir amy d’aultre façon,

         Pour me fourrer mon peliçon27,

         Qu’un mary lasche et paresseux.28

             CUPIDO

100  Taisez-vous, m’amye, j’en sçay deulx :

         L’ung est moyne (augustin ou carme,

         Ou jacopin29) ; l’autre est gendarme.

         Ilz sont à pourveoir, ce me semble.

         Vous les verrez tous deulx ensemble,

105  Et puis après vous choysirez.

             LE  MOYNE  commence     SCÈNE  IV

         Povres moynes, gens emmurés,

         Hors du monde, mis en closture,

         Doyvent-ilz estre séparés

         De tous les délitz30 de Nature ?

110  Par Dieu ! je vois31, à l’adventure,

         À Cupido, dieu des amans.

         Et s’il y a quelque pasture32,

         Je v[u]eil estre de ses servans.

         Dieu Cupido, maistre des grans33,       SCÈNE  V

115  Vous soyez en bonne34 sepmaine !

             CUPIDO

         Et vous aussi, mon gentil moyne,

         Vous soyez le bien arrivé35 !

         Tenez, la belle : ay-je trouvé,

         À ceste heure, ung gentil fillault36.

             LE  GENDARME  commence      SCÈNE  VI

120  À l’assault, ribault[z], à l’assault37 !

         C’est commencement de bataille.

         Dieu gard, Cupido ! Bien vous aille !

             CUPIDO

         Gendarme, bien soyez venu !

         Je vous ay long temps attendu,

125  Car j’ay bien cela qu’il vous fault.

             LE  GENDARME

         Je suis prest de donner l’assault38,

         S’il y a quelque jeu de « bille39 » !

             CUPIDO

         Regardez ceste belle fille :

         Est-ce riens ?

             LE  GENDARME

                                 Ouÿ, par saint Jamme !

             CUPIDO

130  A ! par le corps bieu, elle est femme

         Pour recepvoir ung combatant40.

         Et pour ce, regardez contant41

         Qui frappera à la quintaine42.

             LE  GENDARME

         Que demande ce maistre moyne ?

             CUPIDO

135  Il demande en avoir sa part.

             LE  GENDARME

         Allez, vostre fi[è]vre quartaine !

         Vuidez d’icy, frère Frappart43 !

         Et ! voulez-vous estre paillart ?

         Vuidez tost, c’est trop demouré !

             LE  MOYNE

140  Ha ! dictes, par Dieu : j’en auray

         Aussi bien que vous [en] aurez !

             LE  GENDARME

         Se me croyez, vous vous tairez

         Et vuiderez légièrement44.

                                    CUPIDO

         Tout beau ! Faites appoinctement

145  Sans tencer, je le vous commande.

         Çà, ma fille, je vous demande :

         Lequel d’eux voulez-vous eslire ?

             LA  FILLE

         Sur ma foy, Cupido, beau sire,

         Je ne sçay pas trop bien entendre

150  Lequel je dois laisser ou prendre,

         Car chascun est noble personne.

             LE  GENDARME

         Vous serez à moy, ma mignonne,

         Pour estre plus honnestement45.

             CUPIDO

         À vous deulx le département46 ;

155  Il ne m’en chault comment il voise.

             LE  MOYNE

         [Or,] pour estre mieulx à son aise

         S’il luy failloit je ne sçay quoy47,

         Elle seroit mieulx avec moy ;

         Et en doys estre le seigneur48.

             LE  GENDARME

160  Et vous, maistre moine : esse honneur,

         En l’estat de religion,

         D’avoir femme en fruïtion49 ?

         Qu’est cecy que vous sermonnez ?

             LE  MOYNE

         Et ! se nous sommes couronnés50

165  Et moynes, voulez-vous conclure

         Que nous [en] soions séparés

         De tous les délis de Nature

         Comme se nous estions chastrés ?

             LE  GENDARME

         Pour néant cy vous51 débat[r]ez,

170  Car je la merré52 hors ce lieu.

             LE  MOYNE

         Non ferez, j’en fais veu à Dieu53 !

         À cela ne vous attendez54.

             LA  FILLE

         Pour Dieu, Cupido, regardez

         Ung peu à ma provision55.

175  Je requiers eppediction56,

         Il ne me fault point long procès.

             CUPIDO

         Il fault que vous vous avancez57 ;

         Ne la tenez plus en esmoy.

             LE  GENDARME

         Venez-vous-en avecques moy !

             LE  MOYNE

180  Non fera, dea, je m’y oppose !

             CUPIDO

         Se vous ne dictes autre chose,

         Vous empeschez la Court en vain.

             LA  FILLE

         Quant est de moy, vélà mon train :

         Je demande ung gentil gallois58.

             CUPIDO

185  Vous en voulez ung hault la main,

         Prest à vous présenter le « bois59 » ?

             LA  FILLE

         Enné60 ! vélà motz à fin chois61.

         Vous sçavez tout, et plus encor.

             LE  GENDARME

         Je vous bailleray mon trésor,

190  Mon or, mon argent, ma chevance,

         Et vous maineray à l’essor62

         Tous les jours, à vostre plaisance.

         Oultre, ce n’est que l’ordonnance63

         De nous, qui tenons les frontières,

195  Que nous ayons des chambèrières :

         Personne ne s’en scandalise.

             LE  MOINE

         Par Dieu ! quant elle y seroit mise,

         Elle seroit femme perdue :

         Estre tempestée, morfondue64,

200  Cheminer avec la brigade,

         Coucher vestue sur la paillade65

         Avecques ces palefreniers…

         Mais nous qui sommes cloistriers66,

         Nous vivons en paix et sans noise ;

205  Et pour vivre mieulx à son aise67,

         Au monde ne pourroit mieulx estre.

             LE  GENDARME

         Quoy donc ? Moy qui me faicts paroistre68

         Journellement devant les dames,

         Ne doy-je point avoir des femmes

210  Mieulx que vous ? Or respondez donc !

             LA  FILLE

         Vous faictes ung procès si long

         Que c’est raige. Il fault despescher.

         Si, vous supplie, sans plus prescher,

         Cupido, dictes quelque chose.

             LE  MOYNE

215  Je vous auray !

             LE  GENDARME

                                      Je m’y oppose !

         Car vous qui estes gens reclus,

         Vous estes privés et seclus69

         D’avoir femme[s] en posses[s]oire.

             LE  MOYNE

         Je soutiens70 le contradi[c]toire !

220  Et mettez le procès en forme.

             CUPIDO

         Premièrement71 que je m’informe

         Du procès en quelque façon,

         Il fault dire quelque chançon.

         Et puis après, qu’on y revienne.

             LA  FILLE

225  Si vous voulez que je so[u]stienne

         Le « bas », si baillez bon « dessus72 »

         Qui pousse (sans estre Lassuz73)

         Et gringote74 ut ré mi fa sol.

             LE  GENDARME

         Je ne chante75 que de bémol…

             LE  MOYNE

230  Et moy, je chante de bécare76,

         Gros et roide77 comme une barre,

         Quant j’ay ung « dessoubz » de nature.

             LE  GENDARME

         Je ne chante que de mesure,

         Tout bellement, sans me haster.

             LA  FILLE

235  Se vous ne sçavez gringoter

         Dessus mon « bas » de contrepoint78,

         Brief, je ne vous soustiendray point :

         Car je vueil, [moy,] c’on y gringote.

             LE  GENDARME

         Je bailleray note pour note79,

240  Sans d’avantage m’efforcer.

         Et si, ains que80 recommencer,

         Faudra que long temps me repose.81

             LA  FILLE

         Oncque chant où il y a pause

         Ne dénota bonne puissance.

245  Il n’est que chanter à plaisance

         En toutes joyeuses musiques.

             LE  MOYNE

         Quant est d’instrumens organiques82,

         Gros et ouvers pour ung plain champ83,

         J’en suis fourni comme ung marchant84 :

250  Par ma foy, il ne m’en85 fault rien !

             LA  FILLE

         Je vueil ung tel musicien

         Pour fournir une basse contre86 !

                                       LE  MOYNE

         Puis87 une foys que je rencontre

         Unicum88 en ma chanterie,

255  C’est une droicte mélodie

         Et plaisant que de m’escouter.

             LE  GENDARME

         Je ne doubte89 homme pour chanter

         Chant de mesure bien nombré.

             LE  MOYNE

         Ung des vielz chantres de Cambrai90

260  Et vous estes bien assortés :

         Car tout cela que vous chantez

         Est fait du temps du roy Clostaire91.

             LA  FILLE

         Nous dirons vous et moy, beau Père,

         Deux motz à la nouvelle guise92.

             LE  MOYNE

265  Chanson à deux par[s], à voys clère,

         [Nous] dirons vous et moy.

             CUPIDO

                                                          Beau Père,

         Pensez que c’est une commère

         Qui sçait bien « chanter ».

             LA  FILLE

                                                          Sans faintise,

         Nous dirons vous et moy, beau Père,

270  Deux motz à la nouvelle guise.

             Ilz chantent tous deux ensemble :

         « J’ay prins amours à ma devise… »93

             LE  GENDARME

         Vous chantez comme [font] deux ours

         Quant il sentent le vent de bise.

             CUPIDO

         Recommencez […… -ours] !

             Ilz chantent :

275  « J’ay prins amours à ma devise… »

             LE  GENDARME

         Maistre moyne, chantez tousjours,

         Et faictes bien à vostre guise :

         Car voz chants94 tourneront [en plours]95,

         Se je viens à mon entreprinse.

             LE  MOYNE

280  Se vous perdez à ceste assise,

         À l’autre vous [ferez recours]96.

         Allez aillieurs quérir secours,

         Car je vueil chanter sans reprinse97.

             Ilz chantent :

         « J’ay prins amour à ma devise… »

             CUPIDO

285  Or est-il temps qu[e l’]on s’avise,

         De ce procès, qu’il est de faire.

             LE  GENDARME

         Plaidons en procès ordinaire,

         Et mettons la cause à huyttaine98.

             LE  MOYNE

         Non ferez, par la Magdaleine !

290  Je requiers expédicion !

             LE  GENDARME

         Je demende dilation99 !

             LA  FILLE

         Dilation ? Quel capitaine100 !

         Ce n’est pas nostre mencion101

             LE  GENDARME

         Je demande dilation !

             LE  MOYNE

295  J’en auray la pocession ;

         Et puis revenez à quinzaine.

             LE  GENDARME

         Je demande dilation !

             LA  FILLE

         Dilation ? Quel capitaine !

        Et ! n’esse pas chose villaine

300  De se vouloir en procès mettre

         À ung homme, et se dire maistre

         Du fait où on102 ne peult venir ?

             LE  MOYNE

         Quant à moy, je vueil soustenir

         Qu’il a desjà son temps passé,

305  Et qu’il est rompu et cassé

         Pour suivir les amoureux trains.

         Et, qui pis est, le « jeu des rains »

         Ne luy est duisant ne propice.

             LE  GENDARME

         Allez-vous-en, maistre novice,

310  Chanter la messe en vostre église !

         Pourtant, se j’ay la barbe grise,

         Doy-je estre mis a remotis103 ?

         Vous n’estes qu’un jeune aprentis

         Qui ne congnoissez pas telz termes.104

             LA  FILLE

315  Quant ung homme n’a les rains fermes

         Pour jouster et courir la lance105,

         Ce n’est riens que de sa puissance

         À l’encontre d’ung bon escu106.

         Or, veu que vous avez vescu107,

320  Et à bien vous veoir vis-à-vis,

         Vous estes foible, à mon advis.

         Mon oppinion en est telle.

             LE  GENDARME

         Allez vous chier, puterelle !

         Vous sentez la religion108.

325  Mais, par la Saincte Passion,

         S’il advient que vous devez estre

         Avecques ce moyne en son cloistre,

         Il vous en mesprendra du corps.

         Et si, vous en tireray hors,

330  Soit par force, soit autrement.

             CUPIDO

         Procédez résonnablement,

         Sans user de force ou mainmise.109

             LE  GENDARME

         110 voulez-vous qu’elle soit mise,

         Avec ce moyne cloistrier ?

             CUPIDO

335  Je considère le « mestier111 »,

         Qui est pénible en ses ouvraiges.

         Je regarde vos personnaiges ;

         Premier, de ceste jouvencelle :

         Elle est si gracieuse et belle !

340  Oultre plus, le religieulx

         Est jeune, frois112 et gracieulx,

         Et au « mestier » bien disposé.

         En après, il a proposé

         (Ainsi qu’ay entendu de luy)

345  Que vous estes mort et failli,

         Que vous estes foible de reins.

             LE  MOINE

         Ce que j’ay dit, je le maintiens,

         Et le maintiendray par raison.

             LE  GENDARME

         Tout de mesme trotte grison,

350  Et aussi bien comme moreau.113

             LA  FILLE

         Vous ne dictes rien de nouveau :

         Nous ne parlons pas du pellaige,

         Mais de ce qu’estes vieil et d’aage.114

             LE  GENDARME

         Par Dieu ! pourtant, courtoise et saige,

355  Vieil escu vault tousjours son pois115.

             LA  FILLE

         Il n’est feu que de jeune bois.

             LE  GENDARME

         Il n’est aboy que de viel chien.

         Si me prenez à vostre chois,

         Ma mignon(g)ne, vous ferez bien.

             LA  FILLE

360  Par saint Jehan ! je n’en feray rien,

         Se Justice ne m’y condampne.

             LE  MOYNE

         Pensez-vous qu’el(le) soit si insane116

         Et si cocarde117 de vous prendre,

         Veu qu’elle est si gracieuse et tendre118,

365  Miste, gorière119 aux rians yeulx ?

         Et vous les avez chacieulx120

         Ny plus ne moins qu’un chat de may.121

             LE  GENDARME

         Ha ! dieu d’amours, secourez-moy !

         Que doy-je plus cy sermonner122 ?

             CUPIDO

         [Autre conseil ne puis donner,123]

370  Fors que vous voisez seullement

         Vers elle prier doulcement

         Que son amour vous abandonne.

             LE  GENDARME

         Hélas ! je vous prie, ma mignonne,

         Que je ne soye point esconduit :

375  Car sy ce moyne vous conduyt,

         Vous estes femme diffamée.

         Mais de moy vous serez aymée

         Plus que Pâris n’ayma Hélaine.

         Et se vous estes à ce moyne,

380  Tout vostre honneur est desconfit.

             LA  FILLE

         On dit souvent chose certaine :

         Moins d’onneur et plus de prouffit124.

         Car tel qu’il est, il me souffit ;

         Et vous n’estes homme qui fist

385  Ce qu’il fera.125

             LE  GENDARME

                                              À l’aventure,

         Pour aucun des fais de Nature,

         J’ay encore une verte vaine126.

             LA  FILLE

         Ung coup [fait] à la longue alaine127 ?

         Par ma foy, ce seroit grant peine !

390  Si n’esse pas ce qui128 me maine

         En ce lieu que de vous avoir :

         Car vostre puissance est trop vaine

         Pour bien faire vostre devoir.

             LE  GENDARME

         Çà, Cupido : il fault sçavoir,

395  De ce procès, qui gaignera.

             CUPIDO

         Je croy que le moyne l’aura,

         Car vous n’estes point son pareil.

             LE  GENDARME

         Je demande avoir du conseil129,

         Et metz ad octo probandum130.

             LA  FILLE

400  Mais une corde ou ung landon131

         Pour vous attache[r] hault et court !

             LE  GENDARME

         J’auray le terme de la Court,

         Mais qu’il vous plaise, à tout le moins.

         Je vueil produire mes « tesmoingz »132,

405  Et vueil monstrer par voye d’enqueste

         Qu’il est plus licite et honneste

         Qu’elle soit à moy qu’autrement.

             LA  FILLE

         Cupido, faictes jugement :

         Le long procès n’y vault pas maille.

             CUPIDO

410  J’en vois parler, vaille que vaille,

         De133 ce que j’ay veu et congneu ;

         Et puis cell[u]y qui sera gru134,

         Si en prenne une douléance.

         Quant à la première ordonnance,

415  La belle fille icy présente,

         Ce n’est que pour resjouyssance

         D’avoir amours, c’est son enttente.

         Or est-elle mignonne et gente,

         Et de riens el(le) ne se soucie,

420  Fors que d’avoir pour toute rente

         Ung mignon qui bien la manie.

         Ergo, considéré les termes

         Que m’avez ouÿ proposer,

         Ung homme qui n’a les rains fermes

425  Pour néant se doit disposer ;

         Parquoy je luy v[u]eil proposer135

         Ung mignon qui bien la manie136

         De nuyt, et de jour, sans reposer.

         Vélà ce que je sentenc[i]e.

             LA  FILLE

430  Cupido, je vous remercie.

             CUPIDO

         Après que j’ay considéré

         Le fait d’elle totallement,

         Comment je vous ay desclairé

         Cy, devant tous137, en jugement,

435  Je regarde semblablement

         Vous deulx, chascun en sa querelle.

         Celluy qui pourra plainement

         La mieulx servir au plaisir d’elle :

         Primo, ce maistre monachus138

440  Dit qu’il joura ung personnage

         Qui vauldra plus de cent escutz,

         Et se vante de faire raige ;

         Et oultre, dit en son langaige

         Que vostre puissance est faillie.

445  Parquoy il aura l’avantaige.

         Vélà ce que je sentencie.

             LE  GENDARME

         Et ! [de] par la Vierge Marie,

         Vous me faictes ung grant excès !

             CUPIDO

             Vous avez ouÿ mon procès ;

450  Et prenez en gré ma sentence !

             LE  GENDARME

         Je prens ce coup en pacience,

         Combien qu’il ne me plaise pas.

             LE  MOYNE

         Puisque bien avez fait mon cas,

         Cupido, vélà deux ducatz

455  Pour voz peines et vos babis139.

             CUPIDO

         Grates vobis140, grates vobis !

             LA  FILLE

         Quant en aucun débat serons,

         Cupido, nous vous manderons :

        Vous viendrez par-devers nobis.

             CUPIDO

460  Grates vobis, grates vobis !

             LE  GENDARME

         Pourtant, se j’ay esté vaincu,

         Vous aurez de moy cest escu

         Pour entretenir vos habitz.

             CUPIDO

         Grates vobis, grates vobis !

                 EXPLICIT

*

1 Dans la Farce de maistre Trubert et d’Antrongnart, d’Eustache Deschamps, un paysan veut plaider contre un homme qui lui a pris une amande dans son jardin !   2 Ce recueil comporte une pochade en vers de Jehan d’Abundance : les Quinze grans et merveilleuz signes nouvellement descendus du ciel au pays d’Angleterre (n° 26). Elle est suivie d’une très rabelaisienne Lettre d’escorniflerie, en prose.   3 L’homme d’armes, le soldat.   4 Princière. Le Prince des Sots n’aurait d’ailleurs pas renié ce « cri » modelé sur celui qui ouvre les sotties.   5 Verge = bague. Si[g]net = bague ornée d’un sceau.   6 Faisant jouer des musiciens à la mode.   7 Sectes, races, espèces.   8 Leçon de R. T : A leuer de ma forteresse   9 Doux, agréable.   10 R évoque clairement le suicide : Qu’aurois piéçà franchi le pas/ De la mort. On songe aux Regrets de la belle Heaulmière de François Villon : « Ha ! vieillesse félonne et fière,/ Pourquoy m’as si tost abatue ?/ Qui me tient, qui, que ne me fière/ Et qu’à ce coup je ne me tue ? »   11 T : amans  (Vers 368.)   12 Quelque.   13 S’il ne m’accorde aucun petit secours.   14 Ce mélange de paganisme et de christianisme ne choquait pas : une église de Langon fut dédiée à sainte Vénus. C’est d’ailleurs au fils de Vénus, « à Cupido, dieu d’amourettes », que le franciscain frère Guillebert lègue son âme.   15 Miste [mignonne] et habile.   16 Propre aux choses de l’amour.   17 Qui s’évapore.   18 Qu’on commet une faute.   19 La vie de famille.   20 T : accorde  (Recorder = raconter.)   21 Une fourmi : ne vaut rien.   22 Ornée, parée.   23 Du coït. « Les ungz, par leur fin jobelin [leur persuasion],/ Fournissent à l’apointement. » Guillaume Coquillart, Monologue des Perrucques.   24 T : deux  (À quitte ou double. Cf. Maistre Mymin qui va à la guerre, vers 248.)  Soit on refait l’amour, soit on quitte la partie.   25 Vous mettre en valeur. T intervertit les vers 88 et 89.   26 Des couches.   27 Région poilue de l’anatomie féminine. « Fourby luy as son pelisson/ Maintes fois. » (Les Enfans de Borgneux, F 27.)  Cf. le Gaudisseur, vers 53.   28 Leçon de R. T : Je demande ung tel amoureulx   29 Jacobin. À propos de tous ces moines paillards, v. la Confession Margot, vers 14-15.   30 Plaisirs. (Idem au vers 167.) « Je la baiseray des foys trente/ En faisant l’amoureulx délict. » Le Poulier à VI personnages, LV 27.   31 Je vais. Idem vers 410.   32 De la chair fraîche : une jeune fille.   33 Cupidon imposait sa loi aux dieux les plus importants, comme Jupiter.   34 T : male  (« Dieu vous mecte en bonne sepmaine ! » Mince de quaire, F 22.)   35 Le bienvenu.   36 Garçon.   37 Cette injonction, qu’on trouvait dans le Jeu du Prince des Sotz sous la forme « À l’assault, prélatz, à l’assault ! » paraît issue d’un mystère du XVe siècle, les Actes des Apostres : « À l’assault, diables, à l’assault ! » Tel est l’ordre que Lucifer donne au « dyablotin Panthagruel », dont le patronyme aura la postérité que l’on sait.   38 Le vocabulaire érotique doit beaucoup au lexique guerrier. « Toujours ferme et dispos,/ Il fut vainqueur dans trois assauts. » (Commandant Collier.) Cf. les Premiers gardonnéz, vers 163.   39 De bâton [pénis]. « Il est des dames poursuivant…./ Il est aux champs avec les filles :/ Il s’esbat voulentiers aux billes. » Les Sotz qui remetent en point Bon Temps, T 12.   40 « Ceulx-là qui sont de plusieurs cons batans,/ Foulz arrogans, se monstrent combatans. » Gratien Du Pont.   41 Estimez content celui…   42 Mannequin contre lequel s’entraînent les cavaliers. « Vous jousterez à la quintaine,/ S’elle s’y vouloit consentir,/ Se vous voulez son con sentir. » Jehan Molinet, le Débat du viel Gendarme et du viel Amoureux. Ce débat offre des similitudes avec le nôtre.   43 Leçon de R. T : a vostre abaye maiste frappart  (Le clerc ne s’appelle pas ainsi, contrairement au cordelier de la Femme qui fut desrobée à son mari <F 23>. « Frère Frappart » est le nom générique des moines paillards : « Ce cordelier, qui estoit ung frère Frappart, embrasé de chaleur naturelle et du désir de luxure. » Pogge+Tardif.)   44 Vous viderez les lieux rapidement.   45 Ce sera plus honnête que d’aller avec un prêtre.   46 Débrouillez-vous pour le partage.   47 Un rapport sexuel. « Lorsque m’amie et moy,/ Tous nuds au lict, faisons je ne sçay quoy. » Ronsard.   48 Le propriétaire. La scène des deux hommes qui se disputent une belle fille évoque celle du Faulconnier de ville, à partir du vers 307.   49 Jouissance. (Leçon de R. T : prouision)   50 Tonsurés.   51 T : Pournent cy vous vous  — R : Pourneant icy  (Pour néant [pour rien] réapparaît à 425.)   52 Je la mènerai.   53 R propose un jurement plus savoureux de la part d’un moine : Je me donne à Dieu !   54 N’y comptez pas.   55 Ce qu’on alloue provisoirement à un plaideur en attendant le jugement.   56 Expédition de mon affaire. Dans les farces, les femmes, qui sont illettrées, déforment le jargon juridique : cf. Colin, filz de Thévot, vers 186-190.   57 T : auancies  (Que vous progressiez.)   58 Un bon amant. « Mon gentil gallois,/ Ailleurs quérir je n’yray mie/ Une “andouille” à faire bons pois. » Parnasse satyrique.   59 Son pénis. Cf. Raoullet Ployart, note 29.   60 Juron féminin.   61 Voilà des mots bien choisis.   62 En plein air, lors de mes déplacements. Voir le vers 199.   63 C’est dans l’ordre des choses.   64 Exposée aux tempêtes et enrhumée.   65 Sur la paille d’une écurie.   66 T : cloistriez  (Qui vivons dans des couvents.)   67 Le « gras chanoine » des Contrediz de Franc Gontier, de Villon, personnifie bien cet éloge du confort et de la luxure dans lesquels se prélassaient les moines conventuels : « Il n’est trésor que de vivre à son aise. »   68 Qui me fais mousser. Leçon de R. T : Et moy beau sire qui fois croistre/ tous les iours deuant les dames   69 Exclus, privés.   70 T : contiens   71 Avant.   72 Le vocabulaire musical se prêtait à des incartades érotiques. La Fille assure le « bas » (cf. les Femmes qui font renbourer leur bas), et l’homme improvise le « dessus ». On trouvera les mêmes détournements dans une chanson de Pierre Bergeron : « Je pris le dessus, non sans rire,/ Et ma maistresse le dessous./ Nous commençasmes par nature/ Nos sons et accords tout exprès ;/ Et, las de battre la mesure,/ Je finis en bémol [débandade] après. » Cabinet satyrique.   73 Je prends ce vers et le suivant dans R.  (T offre de ce distique une lecture moins claire avec une rime du même au même : Car aucuneffois sans dessus/ Mauuais chantre est par ung desol.)  L’éditeur de 1612 place là un clin d’œil à Roland de Lassus, qui composa plusieurs chansons grivoises, dont la célèbre Fleur de quinze ans, sur un poème de Marot.   74 R : grignote  (Gringoter = chanter. Mais aussi, coïter : « C’est ung plaisant esbatement/ De ce bas clicquant instrument,/ Qui si bien tamboure et gringote. » Molinet, Débat <v. note 42>.)   75 Copule. « Les gens mariéz, par despit, disent qu’ils chantent leur première messe sur “l’autel velu”. » Béroalde de Verville. « Bé mol » est la prononciation normande de « bois mol » : pénis mou. Voir la note 72.   76 Prononciation normande de « bois quarre » : pénis dur. J.-J. Rousseau a donné l’étymologie du bécarre : « On l’appella B dur ou B quarre, en Italien B quadro. »   77 Leçon de R. T : Hault et gros   78 En épousant ma ligne mélodique.   79 Coup de reins pour coup de reins.   80 Avant de.   81 Ces 3 vers proviennent de R. T : Tout bellement sans me haster <reprise de 234>/ Et pensere aucuneffois <sans rime>/ Sil est besoing en une clause   82 T : organistes  (Jeu de mots sur l’organe viril.)   83 Jeu de mots sur « plain-chant ». Le « champ » est la partie de la femme qu’il faut labourer : « La sibylle aussitôt dans sa chambre le mène,/ Et lui montre le champ de l’amoureux déduit. » Robbé de Beauveset.   84 J’en ai à revendre.   85 T : nem — R : s’en  (Il ne me manque rien.)   86 Une partie basse contre la mienne. « [Merlin] jouoyt le dessus et trouvoit la basse contre toute preste. » Chroniques gargantuines.   87 T-R : Depuis   88 Jeu de mots sur « uni  con » : vulve lisse. (R : Unisson)   89 Redoute.   90 Ces chanteurs, dépositaires de la tradition grégorienne, passaient alors pour de vieilles barbes. « C’estoyt chose mervelleuse de nous ouÿr accorder noz mélodieuses voix (…), non point sy armonieusement comme font les chantres de Cambray ou Paris, combien touttefoys quasi taliter qualiter [presque aussi bien qu’eux]. » Nicolas Loupvent.   91 Clotaire II, né à Cambrai en 584, symbolisait l’ancien temps. « Il a [des] esperons du temps au roy Cloutaire, dont l’un n’a point de molette. » Quinze Joyes de Mariage.   92 Selon la dernière mode.   93 Ce rondeau est publié dans le Jardin de Plaisance (folio 71 r°). On le chante notamment dans la farce des Amoureux qui ont les botines Gaultier (F 9), et dans le Débat de Molinet <v. note 42>.   94 T : champs   95 T : enpleurs   96 T : seres resours  (Vous déposerez un recours lors d’autres assises.)   97 Sans être repris, sans reproche.   98 Remettons la sentence à huit jours de là. Le Gendarme cherche à gagner du temps.   99 Un report. La Fille, peu faite au jargon juridique (note 56), traduit « dilatation » : érection.   100 Citation narquoise d’un autre débat, « prouffitable pour instruire jeunes filles à marier », l’Embusche Vaillant : « Et dit-on : “Dieu, quel capitaine/ Pour faire armes ou grant conqueste !” »   101 Ce qu’on nous a dit.   102 T : il  (De la dilatation à laquelle on ne peut parvenir.)   103 À l’écart. « Ailleurs, en quelque pays a remotis. » Pantagruel, 7.   104 R : Les vieux sçavent d’amour les termes.   105 Leçon de R. T : ung coup la lance  (Courir la lance = copuler : « Elle se coucha, et luy emprès d’elle. Il n’eurent guères esté couchéz, et plus couru d’une lance. » Cent Nouvelles nouvelles.)   106 L’écu, bouclier contre lequel frappe une lance, désignait le sexe de la femme. Cf. le Trocheur de maris, vers 191.   107 Que vous avez longtemps vécu, que vous êtes vieux.   108 Vous puez le moine.   109 Leçon de R. T ne rime pas : Car iustice vous sera tinse   110 T-R : Et  (Jeu de mots sur la main mise.)   111 Le bas métier, le coït.   112 Frais.   113 Un cheval à poils gris <v. le vers 311> court aussi vite qu’un cheval à poils bruns. J’adopte la lecture de R ; T réduit ces 2 vers à : Aussi bien trotte grison que moreau   114 Leçon de R. T remplace ce vers par : mais tant seullement pource que laage/ vous surmonte cest une fois   115 Un écu déprécié vaut malgré tout son poids en or. On assiste à une bataille de proverbes.   116 T : besiaune  (Insane = folle. Rime avec « condamne ».)   117 Coquard = sot.   118 T-R : gente   119 Mignonne (vers 42), élégante.   120 « Les yeulx chassieux, couilles flastries et victz geléz. » J. d’Abundance, Lettre d’escorniflerie, T 26.   121 Leçon de R. T : Comme ung poure chat de may  (Les chats nés au mois de mai n’avaient aucune valeur : « Et dois sçavoir, si tu es bon devin,/ Que chatz de May ne vallent une puce. » J. Molinet, Débat d’Avril et de May.)   122 Que dois-je dire de plus ?   123 Vers manquant. « Autre conseil ne vous puis donner, fors laisser joindre voz gens. » Thrésor des Amadis.   124 Cet « axiome de Normandie », comme l’appelle Béroalde de Verville, se lit notamment dans la farce des Chambèrières (F 51).   125 Leçon de R. T : & brief de vous ie ne vueil point/ Car vous nestes point quil me fit/ Ce quil me feroit   126 Une raide verge (lat. vena). « –Il a jà une verte vaiyne./ –Au moyns serez-vous bien joyeuse/ Quant ma queue verte sentirez. » Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.   127 En faisant durer le plaisir. « Pauline, qui n’estoit pas mal contente de ce long travail, s’estonnoit de la longue haleine de son piqueur. » (Bandello+Belleforest.)  Quoi qu’en disent les personnes mal informées, « coup » avait la même acception libre qu’aujourd’hui : « Ung jeune fils qui se fiança,/ À sa fiancée emprunta/ Ung coup sur le temps advenir. » (Sermon joyeux d’un Fiancé.) Cf. Frère Guillebert, vers 90.   128 T : quil   129 Un avocat.   130 Je remets « la cause à huitaine » (vers 288).   131 Une corde de charpentier.   132 Exhiber mes testicules. (Cf. Frère Guillebert, vers 354.)  Avec le même double sens érotico-juridique, les basochiens disaient aussi : « Mettre les pièces dessus le bureau. » Quant aux plaideurs, on les nommait « les parties ». Tout ces termes ambigus simplifiaient la vie aux avocats qui rédigeaient des causes grasses, plaidoiries carnavalesques d’une touchante obscénité. Le jugement de Cupidon (vers 414-446) est lui-même une cause grasse.   133 D’après.   134 Grup = condamné. « Son procès va donc à rebours,/ S’il est grup. » (Mistère de la Passion.) C’est un mot d’argot : « Car qui est grup, il est tout roupieulx [honteux]. » (Villon, Ball. en jargon, VII.)   135 T : disposer  (Rime précédente.)   136 T : maine  (Même vers que 421.)   137 T : toutes   138 Moine.   139 Babils, plaidoiries.   140 Merci à vous. On prononçait « grattez vos bis » : grattez vos sexes, masturbez-vous parce que vous n’aurez rien d’autre. « [Nous en sommes] quites pour un grates vos bis. » (Marchebeau et Galop, LV 68.)  Bis = vulve : « La belle fille entre les bras,/ Et river le bis à plaisance,/ Dix foys la nuyt. » Sottie de Folle Bobance.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :