CONS SENSUELS

Gratien Du Pont

Gratien Du Pont

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CONS  SENSUELS

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Les Grands Rhétoriqueurs et leurs disciples ne reculaient jamais devant un jeu de mots, fût-il obscène. Voici quelques exercices de virtuosité dont les rimes sont constituées d’équivoques sur le mot « con », qui désignait le sexe de la femme.

Si tant d’hommes ne pouvaient « con sentir » (Molinet) et ne voulaient plus être « con tenant » (Lasphrise), c’est que le « con fort » (Collerye) n’était souvent qu’un « flac con » (Rabelais, Tabourot). Dès lors, ceux que le « con tente » (Parnasse satyrique) finissent toujours par le « con battre » (Triumphe de haulte et puissante Dame Vérolle, Franc-archier de Cherré, Sermon joyeux des barbes et des brayes, ou de Saint Velu, lequel est un « con fesseur » de « cons nus »). Étienne Tabourot soupirait : « Compromis, qu’est-ce autre chose qu’une fille qui est fiancée ? Controuvé, c’est de ces putains qui suyvent le hazard, et qui se présentent en un chemin. Consommé, c’est une bonne galoise, ou galeuse [syphilitique], qui est sommée de venir à certaine heure. » Ce grand maître de l’équivoque l’affirmait de source sûre : « Mes dames, on a faict vos maris coquus ; et qui ? Vos cons !0 » Alors, équivoquons… Voici les cons promis¹.

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Tabourot : Ainsi con se trouve

Tabourot : Ainsi con se trouve.

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Quatre  cens  quarante-deux  bourdons 2  par  équivoques

Gratien  Du  Pont,  seigneur  de  Drusac 

(†  avant  1545)

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        Sotz ébétéz mettans au con fiance :

        Las ! vous avez maulvaise confiance.

        À telle beste ne vous fault confier ;

        Ne vous veuillez jamais en con fier !

        Il est bien fol, celluy qui s’y confie.

        Ung homme saige ne se point en con fie.

        Que mauldict soit qui s’y confiera,

        Et qui son corps en nul con fiera !

        Maintz-ungs3, jadiz, se tant au con fièrent

10     Qu’ilz en mauldis[s]ent que tant s’y confièrent.

        Maintz de grandz gens se sont en con fiéz

        Qu’ilz en sont mortz pour s’y estre confiéz.

        Qui corps ou biens en nul con fieront,

        À rien que vaille ne se confieront.

        Seigneurs, qui tant noz corps en con fions :

        Dorénavant, ne nous y confions.

        C’est belle chose que de s’en contenir.

        Peu ne se charge qu(i) entreprend con tenir !

        Bien eureulx est celluy qui s’en contient,

20     Et malheureulx celluy-là qui con tient.

        Vous informer pouvez du contenu

        Avecques cil lequel4 a con tenu.

        De grandz dangiers telles choses contiennent,

        Tesmoings ceulx-là qui, nuict et jour, con tiennent :

        Grandz maulx contiennent et sans fin contiendront.

        Mal en prendra à ceulx qui con tiendront.

        Et pour ce, doncq, de ce nous contenons

        Sans que jamais (vous prie) con tenons.

        De ce, soyons trèstous vrays contenans5,

30     Et jamais plus ne soyons con tenans.

        Saige sera qui bien s’en contiendra,

        Et trèsgrand fol celluy qui con tiendra.

        Quelques moyens qu’on saiche controuver6,

        Ne désirez jamais plus con trouver.

        Par les abuz que pour luy l’on controuve,

        Malheureulx est celluy qui le con trouve !

        Tel dire n’est sans cause controuvé.

        J’en mauldiz l’heure que j’ay oncq con trouvé !

        Qui du contraire, sur ce, controuvera,

40     Est abusé : faulx7 tout con trouvera.

        Sur ce, beaucoup sy bien y controuvèrent

        Que mortz en sont pour ce que con trouvèrent :

        Onc bons remèdes n’y furent controuvéz.

        Maintz sont destruictz pour avoir con trouvéz.

        De meschans tours les femmes y controuvent.

        Mal fortunéz sont ceulx qui les cons trouvent.

        Chose louable point ne controuveront

        Ceulx qui party8, par le con, trouveront.

        Au corps n(e) à l’âme proffit ne controuva

50     Celluy qu(i) user9, premier, du con trouva.

        Pour les avoir, maintz tours y controuvons,

        Que fort nous nuyt, à nous qui con trouvons.

        Sy sommes saiges, plus n’y controuverons ;

        Seurs10 ne serons tant que con trouverons.

        Ce non obstant que bien nous cognoissons

        Qu’il est bien vray que tous, du con, naissons :

        Petitz et grans, telle chose cognoissent

        Que tous humains il fault que du con naissent.

        Tous l’ont cogneu, et tous les cognoistront :

60     Hommes et femmes, trèstous, du con naistront.

        Tel dire vray11 d’un chascun est cogneu :

        Trèstous naissons de ce villain con nud.

        Point autrement nully ne cognoistra,

        Car vrayement, chascun du con naistra.

        De ce, nous sommes trèstous bien cognoissans :

        Saiges et folz sommes du con naissans.

        Fallu nous a trèstous le con sentir ;

        Bon gré, maugré, il s’y fault consentir.

        Si possible est, estre plus consentant

70     Je ne vouldroys : trop est le con sentant12 !

        Tous qui naistront, ilz s’y consentiront ;

        Soient Roys ou Roynes, tous le con sentiront.

        Ceulx devant nous trèstous le con sentirent

        Sans résistance : à ce se consentirent.

        De m’accorder ung chascun soit consent13

        Qu’au faguenas14 vrayement tout con sent.

        Chascun m’en croyre il se consentira ;

        Au moins, celluy qui le con sentira.

        Et mesmement, trèstous nous consentons

80     Qu’aux grasses femmes, trop plus le con sentons.

        Plus n’y approcher ne m’y consentiray ;

        Parquoy, à peine, plus nul con sentiray.

        De les sentir, maintz s’y sont consentiz :

        Bonne senteur oncques du con sentis.

        Plus consentir à ce ne me consens.

        Je rendz ma gorge15 despuis que le con sens !

        Ilz sont bien folz, ceulx-là qui s’y consentent.

        Villaine chose, certes, tous les cons sentent.

        Leur sentement16 n’est pas fort condécent17

90     Au povre corps, quant il du con descend.

        Triste, souvent, suis du con descendu,

        Dont les haÿr me suis condescendu18.

        À telle chose chascun condescendra

        (S’il dit le vray) quant du con descendra.

        Jeunes et vieulx, ilz y condescendront

        (Si bien y pensent) quant du con descendront.

        Maintz oppiniastres y sont condescenduz

        Après qu’ilz furent dudit con descenduz.

        Facilement ilz y condescendirent

100   (Comme me dirent) quant du con descendirent.

        C’est par raison que tous y condescendent

        (Si bien y pensent) ceulx qui du con descendent.

        Il fault que tous nous y condescendons,

        Pour la senteur, quant du con descendons.

        Ne soyons plus de nul con descendans ;

        De les fouyr, soyons condescendans19.

        Maincte on endure, par le con, passion20,

        Qu’à bref parler, grande est compassion.

        Ung, de tel dire, s’en compassionna21 ;

110   Mais despuis, grande, par con, passion a.

        De quoy qui s’en compassionnera,

        Par icelluy con, passion aura.

        J’en suis esté fort compassionné,

        Par quoy maint-une, par con, passion ay.

        Tous ceulx qui s’en compassionneront,

        Par celle beste con, passion auront,

        Qui que s’en veuille rire ou desconforter.

        Bref ! il en sort par trop, des cons, fort air !

        Qui du plaisir, donc, des cons fort aura,

120   Avant long temps s’en desconfortera.

        Qui du confort grand, des cons, fort auront,

        En l’autre monde s’en desconforteront :

        À maintz tormentz celluy fait condamner,

        Et de grans gens le villain con damner !

        À grandes peines maintz en sont condamnéz

        À tout jamais, par ces faulx cons damnéz.

        Ung chascun jour, le grand Dieu en condamne ;

        Grant est le peuple que ce meschant con damne !

        Et qui n’y pense qu’il en condemnera22,

130   Maint-ung paillard, Dieu, par con, damnera.

        Telz desmérites maint-ung condemneront,

        De quoy maintz-ungz, par le con, damneront.

        Semblans péchéz, jadis, maintz condemnèrent

        (L’on lyst de maintz23), lesquelz par con damnèrent.

        Maintz, de parolle, tous les jours condemnons ;

        Mais j’ay grand paour que tous, par con, damnons.

        Au grand Déluge, Dieu beaucoup condemna ;

        Et de ce temps, maint-ung, par con, damna.

        Les saiges-femmes de cela se condamnent,

140   Lesquelles, tous24, par ce meschant con, damnent.

        Sathan en a gaignéz et convaincuz

        Maintz-ungz, lesquelz il a, par con, vaincuz.

        Et si, me doubte que plus en convaincra ;

        Bien fort sera celluy qui con vaincra !

        Plus tost cent hommes cinq cens en convaincront,

        Qu’en cestuy monde, les susdictz, cons vaincront.

        Point ne se trouve que nul ait con vaincu ;

        D’homme mortel ne fust onc convaincu.

        Bref, noz ancestres jamais n’en convainquirent ;

150   Tant gaillardz feussent, oncques nul con vainquirent.

        Et pource donc, qui plus que d’ung con bat,

        Il entreprend ung dangereux combat.

        Il ne sçait pas qu’est-ce que de combatre,

        Cil qu’entreprend de plusïeurs cons batre.

        Ceulx-là qui sont de plusieurs cons batans,

        Foulz arrogans, se monstrent combatans.

        En grand dangier je dis que combatront

        Tous et chascuns qui25 à maintz cons batront,

        Ainsi que maintz qui jadis combatirent,

160   Qui meurtriz26 feurent pource que cons batirent.

        Pour ce, tous ceulx qui par raison combatent,

        Tant seulement, fors sans plus, ung con batent ;

        Et pour ce donc, celluy qui con battra,

        S’il est bien saige, plus il n’en combatra.

        Il y a maintz qu’ont tant de cons batuz

        Qu’en la fin sont vaincuz et combatuz.

        Esvitons donc tous ces villains combas :

        C’est laide beste que ce villain con bas.

        Bref, telle chose bien convient compartir27 :

170   C’est très mal fait plus que d’un con partir28.

        Bien ses adviz il ne compartira,

        Qui plus que d’un (certes) con partira.

        Comme j’en sçay qui mal les compartirent,

        Car vrayement, ceulx, maintz-ungs cons partirent.

        Mal par raison leur cas compartiront

        Ceulx-là qui plus que d’un con partiront.

        Tel fait surdict29, donc, si bien compartons,

        Que point, jamais, plus que d’un con partons.

        De s’en garder nous est bien convenant,

180   Pour le mal qu’est souvent du con venant.

        Plusïeurs maulx avons, par cons, venans,

        À nostre honneur non guières convenans30

        Donc, les fouyr nous est bien convenable.

        Pour beau qu’il soit, ou duysant con venable31,

        À ce nous fault trèstous bien convenir

        Que de grans maulx voyons, par con, venir.

        Les esviter doncques tous nous convient.

        Trèsgros malheur et dangier du con vient.

        Plusïeurs hommes Justice a convenuz32

190   Pour les esclandres qu’estoient du con venuz.

        Tout nostre mal (j’ay paour) du con viendra ;

        Parquoy, chasser trèstous les conviendra.

        De ce, les saiges ne se desconviendront

        Que s(i) avons maulx, trèstous des cons viendront.

        De ceulx qu’avons, aussi bien se conviennent

        Que vrayement, certes, du dict con viennent.

        Femmes, de dict33 vous pourriez consoler ;

        Mais quant au faict, oncques leur con saouler !

        De quelques dons on les consolera ;

200   Du demourant, nul, onc, con saoullera.

        Quelque petit34 les en consoleront,

        Mais nulz vivans, jamais, cons saoulleront.

        On lyst d’aucuns que femmes consolèrent

        De maintz plaisirs, mays point leurs cons saoullèrent.

        Aucunesfois, d’argent en consolons ;

        Mais de pasture, jamays, leur con saoullons.

        Maintz, de parolle ilz sont fort consolans ;

        Mais quant au fait, ne sont onc cons saoullans.

        À plusieurs folz ce faulx villain con duyt35 ;

210   Mais quant aux saiges, le disent laid conduyt.

        En quelque sorte qu’on en soit conduysant,

        Au grand jamays ne trouviz con duysant.

        D’honnestes gens il n’est point conduysable36 ;

        À gens de bien ne fust onc con duysable.

        À celluy-là à qui le con duyra,

        Droit en Enfer celluy le conduyra !

        S(y) honneur mondain voulons bien compenser37,

        Ne vueillons plus, doncques, en con penser.

        C’est au rebours qu’honneur mondain compense

220   Cil qui par trop, nuyct et jour, au con pense.

        Ung chascun l’a meschamment compensé

        Depuis qu’on a au villain con pensé.

        Et si trèsmal ilz le compenseront

        Ceulx qui par trop, audict con, penseront.

        N’a pas long temps que maintz le compensèrent

        Villainement, car trop au con pensèrent.

        Dont, tous les jours, trèsmal le compensons,

        Quant si souvent, en ce faulx con, pensons.

        Trèsmal à point il le compensera,

230   Celluy qui donc, en ce con, pensera.

        Bref ! par mesure il ne compassera38,

        Celluy qui plus que d’un con passera.

        Il n’entend pas qu’est-ce de compasser,

        Celluy qui veult plus que d’un con passer.

        Selon bon art, icelluy ne compasse

        Qui, nuyt et jour, par plus que d’un con passe.

        Je croy que cil qui premier compassa,

        Tant seulement, sans plus, ung con passa.

        Jadis, plusieurs, par bon art compassèrent ;

240   Mais onc, sans plus fors q’ung seul con, passèrent.

        De bonne sorte ceulx ne compasseront,

        Qui plus que d’ung (je dis) con passeront.

        D’ors-en-avant, seigneurs qui compassons,

        Je vous supplie que plus nul con passons.

        Il y a maintz (dont je suis des compris39)

        Qui de grans maulx ilz ont, par le con, pris.

        Et tous les jours, si bien y comprenons,

        En maintes sortes de maulx du con prenons.

        Dont tous ceulx-là qui bien n’y comprendront,

250   De trèsgrans maulx, certes, du con prendront.

        Qu(i) à s’en garder ordre n’y comprendra,

        J’ay paour que pis que moy du con prendra.

        Grant est le mal (qui bien au vray comprend)

        Que le povre homme, de ce maudit con, prend.

        Ce faulx pertuys est plus mal compétent40

        Que le trou n’est, au-près du con, pettant.

        Ceulx qui les ayment sont pires que convers41 !

        Maint-ung y trouve bien souvent, au con, verms42 :

        Vous le sçavez, ceulx qu(i) avez cons verséz43,

260   Et qui plusieurs encor en conversez44.

        Ordure telle ne veulx onc converser,

        Ny (tant que vive) jamais plus, con verser.

        J’en sçay aucuns qui maintz en conversèrent,

        Mais se repentent que jamais con versèrent ;

        Si feront-ilz ceulx qu(i) en converseront.

        Mauldictz seront ceulx qui cons verseront.

        Aussi sont bien tous ceulx qui les conversent :

        Infâmes sont ceulx-là qui les cons versent.

        Ainsi sera qui les conversera.

270   Mauldict soit-il, qui plus con versera !

        Repentons-nous et plus n’en conversons.

        Damnéz serons, sy plus les cons versons.

        Qui soubstient con par bonne contenance,

        Damnéz seront tous, par le con tenans ce45.

        De ce, me croyre ung chascun se concorde46

        Que maint, souvent, a gaigné par con corde47.

        Je n’ay trouvé qui m’aye concordé

        Que l’on trouvast jamays le con cordé48.

        Qui sera saige, il se concordera

280   Que de noz femmes l’on, leur con, cordera.

        On lyst d’aulcuns qu(e) à ce se concordèrent,

        Et de leurs femmes, chascun, le con cordèrent49.

        Saiges seront qui s’y concorderont,

        Et de leurs femmes, tost, le con corderont.

        À ce nous fault trèstous bien concorder :

        Tost veuillons doncques, trèstous, leur con corder.

        Ceulx qu(i) à ce faire promptement se concordent,

        Ilz sont trèssaiges ; mays que bien le con cordent.

        Maulgré qu’en ayt Prince ny Connestable,

290   À maint-ung vit fera le con estable.

        Mon sens ne peut bonnement comporter50

        Que si gros faix puisse le con porter ;

        Grant est le faix que le villain con porte,

        Quant soy charger une foys il comporte51.

        Aucun en sçay qui cela comporta,

        Mais grandissime charge ce con porta !

        Plus que cheval trèstout con portera,

        Quant soy charger celluy comportera.

        J’en sçay plusieurs qui cela comportèrent ;

300   Et de grans faix, les mauldictz cons portèrent.

        Et quant encores ilz les comporteront,

        Plus que jamais, les faulx cons porteront.

        De grans malheurs, par ce faulx con, portons,

        Quant de noz femmes les plaisirs comportons.

        Cause nous sommes, pour bien le con tracter52,

        Que plusieurs viennent à elles contracter53 :

        À celluy-là qui mieulx ce faulx con tracte,

        Cocqu le faire, plus tost femme contracte.

        Point ne mérite d’estre fort con tractable.

310   Et qui ce fait, il le rend contractable54.

        Je le cognoys par ceulx qui mieulx cons tractent,

        Car voys leurs femmes qui, nuyt et jour, contractent.

        J’en sçay plusieurs qui bien leurs cons tractèrent ;

        Mais puis, leurs femmes autre part contractèrent.

        Elles contractent et si contracteront,

        Celles de qui myeulx leurs cons tracteront.

        Ceulx-là qui sont les meilleurs cons-tractans55,

        Ceulx-là les rendent autre part contractans.

        Je vous prometz : qui mieulx con tractera,

320   Il le rendra qu’ailleurs contractera.

        Il n’est si borgne, si boyteux ne contraict56

        Qu’il n’entrepreigne de tirer au con traict57.

        Bon épythète58 ne sçaura au con poser59

        Qui bien, au vray, le vouldra composer60.

        Le plus sçavant qui jamais composa,

        Nulle louange, oncques, du con posa ;

        Ny ne feront ceulx qui composeront

        (Si le vray disent), qui de con poseront

        Ainsi que ceulx qui jadis composèrent :

330   Lesquelz nul bien, jamais, du con posèrent.

        Non comme maintz, qui maintenant composent,

        Qui menteries fort grandes du con posent.

        Mais touchant nous61, ainsi ne composons :

        Sont choses vrayes, ce que du con posons,

        Ainsi qu’appert par ces vers composéz ;

        Car que dictz vrays62 n’avons du con poséz.

        De grans biens couste à qui le tient condroit63,

        Et si, fait perdre bien souvent le con droit ;

        Qu’or fussent tous (pleust à Dieu !) confonduz,

340   Car de grans biens maintz ont, par con, fondus.

        Qui leurs souhaitz sur ce villain con fondent,

        De corps, de biens et d’âme se confondent.

        Au puis d’Enfer telles gens confondront,

        Et comme plomb, par ce faulx con, fondront !

        Je cognoys bien que maint bien y confondz,

        Sans ce que trouve point, jamais, au con fons.

        Cil qui s’y fonde, tost son corps confondra,

        Et tous ses biens, par ce faulx con, fondra.

        Plusieurs, jadis, par ledict con fondirent,

350   Puys en Enfer pour jamais confondirent.

        Dieu ayde à cil qui se confermera64,

        Et qui de cueur, trèstout con fermera !

        Saiges seront qui se confermeront,

        Et qui trèstous lesdictz cons fermeront.

        À trèsbon droit, tous ceulx-là se conferment

        Qui, de pensée et de fait, tout con ferment.

        Jamais paillard tel dit ne conferma,

        Ny consentit qu’on (jamais) con ferma.

        Plusieurs, jadis, telz dictz ont conferméz

360   En désirant estre tous cons ferméz.

        Pour rien que soit, ne voulons con sommer65,

        Car corps et biens nous feroit consommer66.

        J’en sçay quelqu’ung lequel maint con somma ;

        Mais en bref temps, tout son bien consomma.

        Aussi feront ceulx qui cons sommeront :

        Bien tost après, ilz se consommeront.

        D’icelluy hanter l’on se doibt contrister67,

        Car il en sort trop, de ce con, triste air.

        Ceulx qui sont saiges, ilz s’en contristeront,

370   Car maint malheur, de ce con triste, auront.

        Qui de l(e) hanter ne se contristera,

        Mainte douleur, par ce con triste, aura.

        Mon cueur, naguières, tant fort s’en contrista,

        Que gros regret, despuis ce con triste, a.

        Pour si trèsbien qu’on saiche con parer,

        À rien que vaille ne le fault comparer.

        Par luy, en Justice maintz y sont comparuz,

        Et fort nuysable ont trouvé con par eulx.

        Tant qu’en ce monde aucun con parestra,

380   En jugement, maint-ung comparestra.

        Maintz y comparent68, maintz y comparestront.

        Et durera tant que cons parestront.

        Il s’est trouvé maint malheureulx compaing

        Qui va quérant, par ce villain con, pain69.

        Villaine chose est veoir du con panaige70,

        Mais plus villaine encor son companaige71 !

        Onc, en ma vie, aucun plaisant con viz,

        Quoy qu’on les veuille en banquetz et conviz.

        Maintz bons gallans ont perdu, par con, vitz ;

390   Et maintz sont mortz qui feussent, sans con, vifz.

        En quelque sorte que l’on ce mot « con » tourne,

        Honneste n’est, quoy que l’on le contourne72.

        Je sçay ung homme qui tant le contourna

        Que, d’homme saige, trèsfol par con tourna !

        J’ay paour que maintz tant le contourneront

        Qu’aussi bien folz, par le con, tourneront.

        Et pource, plus ne le veulx contourner,

        Que fol ne puisse je, par le con, tourner,

        Comme plusieurs qui tant le contournèrent

400   Que (comme est dit) trèsfolz, par con, tournèrent.

        Par fantasie, tant fort les contournons

        Que puis après, grans folz, par con, tournons.

        Qu(i) en sa jeunesse trop les contournera,

        En sa vieillesse, fol, par con, tournera.

        S’en abstenir il nous fault contenter,

        Sans que jamais veuillons plus con tempter73.

        Car celluy-là qui le con temptera,

        Après ses jours, mal s’en contentera,

        Ainsy que maintz qui jadis cons temptèrent,

410   Lesquelz trèsmal, en fin, s’en contentèrent.

        Si sommes saiges, nous en contenterons,

        Et jamais plus aucun con tempterons.

        Et pour ce donc, ung chascun se contente

        N’estre si fol que jamais plus con tempte.

        Heureux serons si plus nulz cons temptons.

        Les éviter : de ce nous contentons.

        De ce qu’est faict, ung chascun se confesse

        Avec propos que jamais plus con fesse74.

        De bon vouloir il s’en fault confesser,

420   Délibérant de plus, onc, con fesser.

        Jadis, maint-ung trèsbien s’en confessa

        Sans que jamais plus aucun con fessa.

        Pardon aura qui s’en confessera,

        Propos ayant qu(e) onc plus con fessera,

        Ainsi que maintz, lesquelz s’en confessèrent

        Et, d’or-en-là75, jamais plus con fessèrent.

        Les bien-heureux, ilz s’en confesseront,

        Et plus jamais aucuns cons fesseront.

        Saiges serons, si nous en confessons,

430   Sans ce que plus ce villain con fessons.

        Au monde sont de grans maulx par con faictz ;

        Pource, de ce, trèstous soyons confèz76.

        En grand dangier sont tous les con-fessans77 ;

        À saulveté, aussi, vrays confessans.

        Entièrement tous vous en confessez,

        Sans ce que plus ce meschant con fessez.

        Bons catholicques qui ces meschans cons fessent,

        De telle chose, de bon cueur, se confessent !

        Si m’en croyez, plus nulz cons fesserons,

440   Et du mal faict, nous en confesserons.

*

*

Complainte  d’ung  gentilhomme  à  sa  dame,

aggressé  de  la  maladie  de  Naples  ou  de  pocques 78.

Jehan  Molinet  (1435 – 1507)

*

        Ah ! la belle, pour79 qui plus de maulx je comporte

        Que pour femme aujourd’huy qui sus terre con porte :

        Oyez les grandz regretz que faire me convient

        Pour le mal que sur moy, pour vostre seul con, vient !

        Je fus bien malheureux, il fault que le confesse,

        Quand oncques vous touchay tétins, cuisses, con, fesses ;

        Et chier80 m’est le bancquet, la feste et le convys,

        Qui fust premier moyen par quoy vostre con vys.

        Car j’endure grands maulx sans espoir de confort81,

10     Seullement pour avoir aymé vostre con fort.

        Hellas ! mieux m’eust valut à tous maulx condescendre

        Que, dessus les motis82 de vostre con, descendre !

        Mais vos ryans regardz, vostre beau contenir83,

        Me firent grand tallent84 de vostre con tenir ;

        Et vostre amour tant faulse à mon amour conjoindre

        A faict aussy mon corps près de vostre con joindre.

        Dont puis, sans arbitrage ou aultre compromis,

        Moyennant cent escus, me fust vo85 con promis.

        [Quand l’argent fut conté, de si près vous connu]86

20     Seul à seul, en ung lit, que tins vostre con nud.

        Sy, tâchay87 promptement d’emplir vostre conduyt.

        Las ! pour fol affoller, femme a bien le con duyt88 !

        Mais avant, fus privé de mon argent comptant,

        Dont je fus par trop fol d’achetter ung con tant.

        C’est là ce qui trop plus ma follye conferme,

        Vut qu’on m’avoit tant dit d’entrer en ung con ferme.

        Nyentmains89, tout embrasé et en amour confit,

        Je fis autant d’explois qu’onque homme en ung con fit,

        Et hurtay tant de cops (se bien vous les comptez)

30     Qu’onque faire on ne vit assaulx à ung con tels.

        Jà tant d’Espaignos n’a Fernande90 consolé

        Que de foys a esté, par moy, vo con saullé91.

        Fort92 d’isope ou fenoul, de quoy on fait conserve,

        Que de fois ay-je faict ma char à vo con serve93 !

        Or cuidoy-je estre ung Roy ou ung grand Connestable,

        Quand mon courtault94 eust fait de vostre con estable ;

        Mais je trouvay tel plache95, à bon sens contourner,

        Que ung chariot se pœult96 en vostre con tourner !

        Et combien que sur vous toute horreur soit comprise,

40     Encor, devant plusseurs, souvent je vo con prise97 ;

        Et contre plusseurs gens bien fort je me combas,

        Qui dient qu’estes folle et portez le con bas.

        Quoy qu’il soit, nul n’y va que chier ne le compère98,

        Au goufre de Rapant99 (où fut vostre con père),

        Plus maigre qu(e) ung soret100, plus barbus qu(e) ung convers.

        Il est entre tous cons (cons rouges101 et cons vers)

        Un abisme cruel où nul ne doibt contendre,

        Veu que chascun, pour nyent102, pœult à ung tel con tendre.

        Tous les jours, avec vous, moisnes se conjoïssent ;

50     Carmes et cordelliers de vostre con joïssent :

        Ils y vont tour à tour, puis abbé, puis convent103.

        Certes femme peu vault, qui ainsy son con vent !

        On le me disoit bien ; mais (par ma conscience !)

        Par ung con perd-on sens, et par ung con, science.

        Tout homme devient fol, tant soit sage et constant,

        S’il met son estudie à aymer ces cons tant.

        Et trop est malheureux qui, pour soy consoler,

        Cuide à force de cops jamès ung con soler104.

        On debvroit ung tel homme assommer et confondre,

60     Qui sa force et vertus va dedens ung con fondre !

        Car trop est chose inepte et par trop peu congrue,

        Quand ung homme devient ainsy, par ung con, grue105.

        Combien de folz escripts106 en voit-on condamnés,

        Et combien de grands clercz sont par ung con damnés !

        Je suis à l’hospital, attaint et convaincut107,

        Par ung con mis au bas, et par ung con vaincut.

        Mon plaisir est perdu et mon ris consommé108.

        D’aller mon pain quérir109 suis par ung con sommé.

        Doresnavant vivray par rigle et pas compas110 ;

70     Au moins, je ne feray jamès, pour ung con, pas.

        Josnes gens, escoutez de quoy je me complains !

        Regardez le dangier de quoy est ung con plains :

        Les gouttes et bouttons sont en moy congellés111 ;

        Tous mes membres et sens sont par ung con gellés.

        [Je vous sers de miroir plein de compassion :

        Gardez-vous bien d’avoir pour un con passion !]112

        Aïez l’œul à mon cas113, et point ne consentez

        D’endurer que telz maux, par aucun con, sentez.114

        *

        [Gardez-vous désormays, je vous prie, de conbaptre ;

80     Car il n’est pas bien saige, celuy qui veult con baptre.

        Vous ferez saigement, si vous voulez conduyre115

        Durant vostre jeunesse sans avoir à con duyre116.

        Retenez bien ces motz (c’est pour vous consoler),

        Qu’i[l] est bien hors du sens qui veult ung con soûler.

        Bien souvent maulditz l’heure que j’en heuz cognoissance.

        Pleust à Dieu que jamais ne fust de con naissance !

        Mauldit soit le premier qui tant vouldra complaire

        De perdre honneurs et biens pour vouloir à con plaire !

        Las ! on doibt bien avoir de moy compassion,

90     Qui souffre grièfvement, pour ung con, passion.

        Faisant fin à mes dictz, gardez de convenir117,

        Car nul ne sçait le mal qui peult, par con, venir.]

*

*

Responce  de  la  Dame  au  vérolé 118

*

        Desloyal mesdisant, il est mal consonnant

        Que d’oÿr de ta bouche telz motz de con sonnant119.

        Je m’esbaÿs beaucoup que tu n’as cognoissance

        Que quant sur terre vins, tu prins de con naissance.

        Et que tous beaulx esp(e)ritz qui le monde cognoissent

        Dient que tous plaisirs de femme et de con naissent.

        Ne parle plus des dames ! Tu sçais assez combien

        Plusieurs hommes très pouvres ont heu, par ung con, bien120

        Si au pourchatz d’amours as quelque mal conquis,

10     Tu l’es allé chercher, pas ne t’a mon con quis121.

        Quant premier vins vers moy, tu sceuz bien controuver

        Nulles faulces cautelles122 pour le myen con trouver,

        Bien pensant à toy-mesmes que je t’eusse escond(u)ict

        Si tu m’eusses123 telz motz de « femme » et de « con » dit.

        [Mais tu me blandis124 tant, qu’à toy me consentis,

        Dont et joye et plaisir, lors, par mon con sentis.]

        Sy humainne te fuz, sans aller au contraire125,

        Et que à moy prins soulas126 telz qu’on peult de con traire127.

        [Et pour tousjours plus belle à tes yeux comparer128,]

20     Bien vouluz corps et teste, tectins et con parer.

        Mais toy, insaciable, non de mon corps content,

        Ton vouloir mis a[i]lleurs et en aultre con tant :

        Car lors tu t’abusas129 d’une jeune connecte130,

        Assez belle de corps maiz mal de son con necte131,

        [Laquelle consentit et souffrit132 sans commis133

        Que ton membre honteux fût dedans son con mis.]

        Lors, la grosse vérolle et la goute consceuz134,

        Parquoy tous maulx du monde tu as, par ung con, sceuz135.

        Hélas ! comme osas-tu136 telle faulte commectre,

30     Veu que toy seul estoys de mon corps et con maistre ?

        [Tu pensois que le texte accordast au comment137 ;

        Mais à la grand beauté, plusieurs fois le con ment.]

        S(i) à moy te138 fusses tins, jamais n’eusses cogneu

        Celle faulce139 vérolle que tu as par con heu,

        Laquelle te contrainct cecy commémorant140 :

        « Que (hélas !) je m’en voys141, par ung con me mourant. »

        Las ! que mes esp[er]itz furent de maulx confuz,

        Quant je sceuz qu(e) amoureux d’ung estrange142 con fuz.

        Car mon vouloir estoit de toy si confermé,

40     Qu(e) à tous aultres – fors toy – tenoys mon con fermé.

        [Mais en oubliant celle à qui pus commander,

        Il te pleut143, en ta chambre, un autre con mander,

        Qui le fin mal de Naple fit sur toy condescendre ;

        Donc, trop mieux t’eust vallu d’un autre con descendre.

        Je te jure et proteste par tous les saincts qu’on sçait

        Qu’à moy n’auras affaire, eussé-je des cons sept !]

        Si, te pourvoys ailleurs, et d’aultre te contente :

        Car ton vit ne fera jamais, de mon con, tente.

        Que mauldit soit le con qu(e) adont fuz conquestant,

50     Car il fauldra que soies ton pain, par con, questant144.

        Mais pourquoy alas-tu aultre amour contraicter145,

        Veu que [je] t’avoye sceu si bien, de con, tracter146 ?

        Tu ne sçauroys nyer, si vérité confère,

        Qu’il ne t’aye servy de ce que peult con faire ;

        Car quant d’amours vouloys faire tes doulx combas,

        Touste preste j’estoye de metre le con bas.

        Et si, ne sçauroys dire ne te venter qu’onc fraiz

        Ne [misas-tu au]147 faict pour avoir mon con fraiz.

        Hélas ! que j’euz de toy piteuse récompence,

60     D’aller habiter148 femme don[t] barbier le con pence149 !

        Ô vous, loyaulx amans et gracieulx compains150 :

        Gardez que de tel(le)s rongnes ne soyez [par con pains]151.

        Dont, pour appercevoir ce lieu de mal concierge152,

        Alumé porterez au-devant de con sierge.

        Fu[y]ez telles villaynnes qui font telle(s) composte153 !

        Mais s(i) ainsi est qu(e) ayez [en] ung joly con poste154,

        Ne soyez si meschans d’ailleurs vous commuer ;

        Car telles maladies viennent par cons muer155.

        Semblablement156, mes dames, s’aucun(e)s bons conquérans

70     Sont, par dons ou requestes, vos jolys con[s] quérans,

        Humblement je vous prie qu(e) avec eulx concordez :

        Car d’huÿ en vingt ans157, aurez les cons cordés158.

        Toutesfoys, pour conclurre, la vérité commect

        Qu(e) une femme se dampne qui159 à mal son con mect.

        Si, nous rendons au[x] bien[s] qui n’ont comparaison160,

        Que faire ne devons de noz cons, par raison.

        Bien heureuse est la dame qui chasteté conserve,

        Car l’on en a veue161 mainte(s) venir, par son con, serfve162.

        Faisons doncques du bien, car lors confinera163.

80     Putain, en grant tourment, par son con finera.

*

        [Retournant au propos du deuil qui vous contriste,

        Triste suis de te voir estre, par un con, triste.

        Je te vays dire adieu, disant, prenant congé,

        Qu’onc mal n’as eu de moi : car net corps et con j’ay.]164

*

*

La  Complaincte  sur  les  cons 165

Clément  Marot  (1496 – 1544)

*

        Dieu vous gard, la paignie166 ! Je n’ose dire « com »,

        Car je hetz toutes choses où on nomme le con.

        Je hetz en l’Escripture « Dominus vosbiscum167 »,

        Et l’Ave168 Maria pour « Dominus tecum ».

        Je hetz les Pseaulmes169 pour l’amour de « in lacum »,

        Cousturiers, savetiers pour l’amour du tacon170.

        Je hetz toutes ces poultres pour l’amour du bracon171,

        Maquereaulx, maquerelles pour l’amour de leur con.

        Je hetz arb[r]es et boys pour l’amour du fourcon172,

10     Et quennes173 et bouteilles pour l’amour du flacon.

        Je hetz toutes citéz pour l’amour de Mâcon,

        Et tous oyseaulx de proye pour l’amour du faulcon.

        Je hetz tous les convers, consors et compromis,

        Conseillers et contractz, controuvéz et commis.

        Je hetz contricion, contumas et contrains174,

        Compaignons, compaignie, compaignes et compains.

        Je hetz comprins, conffins175, conffès et contenuz,

        Et Contes et Contesses, contrictz et convenus.

        Je hetz les confro[n]téz, conjoingtz et confondus,

20     Congeléz, condampnéz, conrreurs176 et contendus177.

        Je hetz contredisans, conducteurs et conduictz,

        Composeurs178, consentans, conferméz et conduictz179.

        Je hetz tous combatus, combatans et combas,

        Compétans, composés, compasséz et compas.

        Je hetz complotz, congiés, compères et commères,

        Confrarie [et] confitte180, et conseurs et confrères.

        Je hetz confermement181, consuyvy182 et contraire,

        Car trop con converse[r]183 m’est confus et contraire.

        Jamais n’aymeray con, car il m’a trop cousté.

30     Au diable soit184 le con, car il m’a tout gasté185 !

*

*

La  Complaincte  sur  les  vitz

Clément  Marot  (1496 – 1544)

*

        Puis qu(e) en malheur je dure… Je n’ose dire « vis »,

        Car je hetz toutes choses où on parle de vitz :

        Je hetz tous charpentiers pour les monstées186 à vis,

        Et délays de praticque pour l’amour de l’advis.

        Je hetz toute assemblée à cause du devis187,

        Et les bonnes maisons pour l’amour du parvis.

        Je hetz toutes les festes pour l’amour du convys188,

        Et les nopces aussi à cause du revys189.

        Je hetz tous les oiseaulx pour l’amour des mauvys190,

10     Et tous les jeux de tables pour cause des envys191.

        Je hetz ceulx qui sont mors pour ceulx qui furent vifz,

        Et si, hetz mes deux yeulx pource que par eulx vidz.

        Je hetz vis192 et visaiges, vivres et vitailliers193,

        Vicieux, vitupère, vitailles194 et viviers.

        Je hetz Victry, Villiers, et villaiges et villes,

        Vipères, vilz et vieulx, villains, vireurs et viles195.

        Je hetz envye en vie, et si, hetz vie d’âmes196,

        Viconté197, Vicontesse, et civilz et vidames.

        Je hetz viste198, viseur, villoteux199 et navires,

20     Et visgneux200, vignerons, [et] viretons et vires201.

        Je hetz villipendés, villicain202 et Viconte,

        Et pour tout deviser203, je ne tieng de vy[t] conte :

        Si les cons m’ont faict mal, aussi ont fait les vitz204 ;

        Au diable soient-il205 doncq, puis qu’en malheur je viz !

*

0 Chapitre « Des équivoques françois », dans Les Bigarrures du Seigneur des Accords (édition de 1588).   1 André de La Vigne dit à propos des femmes : « –Jamays n’arez ce qu’ont promis./ –Est-il promys ? » Sotise à huit personnaiges.   2 Joutes, plaisanteries. En fait, il n’y a que 440 vers. Tabourot proposait fort justement de « les réduire en meilleur françois ». On trouve ce morceau de bravoure dans les Controverses des sexes masculin et féménin, du Toulousain Gratien Du Pont. (Édition de 1534, corrigée et simplifiée en 1536.)   3 Plus d’un.   4 Celui qui.   5 Abstinents.   6 Trouver, inventer.   7 Traître.   8 Une bonne situation.   9 Qui un usage. Allusion à Adam.   10 En sûreté.   11 Cette parole véridique.   12 Puant.   13 Consentant, d’accord.   14 Odeur de sueur. Cf. Trote-Menu et Mirre-Loret, v.174.   15 Je vomis.   16 Senteur.   17 Décent, convenable.   18 Prêté.   19 Daignons les fuir.   20 Souffrance.   21 En éprouva de la compassion.   22 Qu’il en sera damné.   23 On lit cela à propos de beaucoup d’hommes.   24 Tous les nouveaux-nés.   25 Éd. : que  (Plusieurs confusions entre « que » et « qui » laissent penser que les éditeurs ont mal résolu certains tildes du ms.)   26 Tués.   27 Soupeser.   28 Partager en deux, fendre.   29 Témoigne négativement.   30 Les maladies honteuses.   31 Ou plaisant con digne d’être capturé.   32 Assignés.   33 Le dit désigne les paroles. Le fait des vers 198 et 208 désigne l’acte sexuel. Gringore campa les personnages de Dire et Faire dans sa farce érotique Raoullet Ployart, où « les femmes, sans contredire,/ Ayment trop mieulx Faire que Dire ».   34 Quelque peu.   35 Duire = plaire.   36 Gouvernable.   37 Companser = soigner.   38 Compasser = observer une juste mesure.   39 Dont je fais partie.   40 Convenable. Le trou pétant auprès du con, c’est l’anus.   41 Moines. Adj. : inversés, invertis.   42 Des vers, de la vermine.   43 Verser = renverser, culbuter.   44 Converser = fréquenter.   45 Obtenant cela.   46 Se concorder = s’accorder.   47 A fini pendu.   48 Attaché avec des cordes.   49 Allusion aux ceintures de chasteté.   50 Admettre.   51 Comporter = supporter.   52 Traiter.   53 S’engager.   54 Maniable.   55 Les meilleurs amants.   56 Contrefait.   57 Une flèche (sens phallique).   58 Une épithète favorable.   59 Poser sur le papier.   60 Mettre par écrit.   61 En ce qui me concerne.   62 Uniquement des paroles vraies.   63 Entretenu.   64 Se confermer = s’affermir contre.   65 Payer.   66 Consumer.   67 Attrister.   68 Comparoir = comparaître.   69 Qui est réduit à la mendicité à cause d’un con.   70 Droit de faire paître les porcs.   71 Sa compagnie.   72 Contourner = tourner autour.   73 Tenter, essayer.   74 Fesser = battre (sens érotique).   75 Dorénavant.   76 Confessés.   77 Les frappeurs de cons.   78 Le mal de Naples et la poque désignent la syphilis. Le ms. 105 de la bibliothèque communale de Tournai, qui contenait ce poème, a été détruit en 1940. Par chance, Noël Dupire l’avait partiellement transcrit en 1937 dans les Faictz et Dictz de Molinet (SATF, II, p.729). Le ms. fr. 3939 de la BNF propose une copie de cette complainte beaucoup moins fiable : Épistre d’ung vérolé à sa dame.   79 À cause de.   80 Cher, coûteux.   81 Réconfort.   82 Proéminences de la motte (mont de Vénus).   83 Maintien.   84 Désir.   85 Votre. Molinet était picard.   86 Dupire : Et tant vous poursuÿs tout wé et tout cognut  (Les versions apocryphes de ce poème figurant dans les Bigarrures de Tabourot et dans les Délices satyriques donnent ici une leçon préférable que je conserve.)   87 Dupire : cachay   88 Instruit.   89 Néanmoins.   90 Dupire : Ferrande  (Fernande = Ferdinand le Catholique. Dans l’Épytaphe de dame Ysabeau, Molinet l’appelle « Damp Fernande ».)   91 Votre con soûlé, comblé.   92 Dupire : ne  (Aidé d’hysope ou de fenouil, plantes aphrodisiaques.)   93 Ai-je rendu ma chair esclave de votre con. Cha(i)r = pénis : « Il luy convient tous les jours char nouvelle/ Pour reffreschir le cul, qu’elle a sy chault. » Parnasse satyrique.   94 Canon ; et pénis : « J’avoye tousjours pitié des dames :/ Vu qu’ung courtault tresperce ung mur,/ Elz auroyent le ventre bien dur/ S’il ne passoit outre. » Franc archier de Baignollet.   95 Tant de place (prononciation picarde).   96 Pût.   97 Je vante votre con.   98 Sans le payer cher.   99 Dupire : rapail  (Ce con est aussi profond que le gouffre de Rappant, près d’Aubonne.)   100 Hareng saur.   101 Trop mûrs.   102 Pour rien, gratuitement.   103 Tout le couvent.   104 Soûler, combler.   105 Un pigeon.   106 Version Tabourot : hauts esprits   107 Vaincu.   108 Mon rire est consumé. Version Délices satyriques : « Mon vit est consommé. »   109 Mendier.   110 D’une façon réglée et mesurée.   111 Solidifiés.   112 Ce distique provient des versions Tabourot et Muse folastre.   113 Jeu de mots : cas = pénis. Cf. les Sotz fourréz de malice, v. 285, note 49.   114 La conclusion qui suit est tirée du ms. 3939.   115 Vous conduire.   116 Plaire.   117 De vous unir (à un con).   118 Cette réponse, que le XVIIe siècle attribuait à une improbable Joane de la Belle-Motte, fut écrite par un homme (Molinet lui-même, ou Jehan Lemaire de Belges). Elle suit la complainte dans le ms. fr. 3939 de la BNF, qui en est la source la plus ancienne et la plus correcte, bien qu’inédite jusqu’à cette transcription.   119 Parlant.   120 Se sont enrichis grâce aux femmes.   121 Quérir = rechercher, solliciter.   122 Trouver de sournoises ruses.   123 Ms : neusse   124 Caressas. Ce distique provient de l’édition tardive des Bigarrures de Tabourot par Jean Richer en 1614. Cf. l’édition de Francis Goyet (Droz, 1986, II, p.199).   125 Sans me refuser à toi.   126 Tu pris du plaisir.   127 Tirer, obtenir.   128 Comparaître. J’emprunte ce vers aux versions tardives. Ms : Et par tousjours devant toy belle comparer   129 Ms : tabuson   130 Jeune fille.   131 Nette, saine : non vérolée.   132 Je prends ces 2 vers dans la version Richer, qui donne ici : s’offrit  (Le copiste du ms. a écrit puis rayé un vers dont il manquait le pendant : Laquelle bien souffrit sans nul aultre convys)   133 Témoin.   134 Concevoir = développer un germe. La grosse vérole est la syphilis, par opposition à la petite vérole, ou variole.   135 Savoir = connaître.   136 Ms : ousatus   137 Au commentaire. Ces 2 vers viennent de la version Richer.   138 Ms : tu  (Si tu t’en étais tenu à moi.)   139 Cette perfide.   140 De te rappeler ceci.   141 Je m’en vais, je meurs.   142 Étranger, autre que le mien.   143 Plut. Ces 6 vers proviennent de la version Délices satyriques.   144 Que tu mendies ton pain à cause d’un con.   145 Contracter.   146 Traiter.   147 Ms : mises tu aus  (Que tu as dû payer. Cf. la version Richer : « Tu ne sçaurois encor te vanter qu’onques frais/ Aucuns tu ayes faict pour avoir mon con frais. »)   148 Que tu sois allé posséder.   149 Dont un chirurgien panse le con.   150 Compagnons.   151 Ms : pas compains  (Par con peints = tachés à cause d’un con. La rogne est une maladie de peau due au mal de Naples : « Que la maudicte roigne,/ Grayne de Naples, vous tiengne sans respit ! » La Vigne, Mystère de saint Martin.)   152 Qui est le gardien de la maladie.   153 Compote, tambouille.   154 Un emplacement.   155 Quand on change souvent de con.   156 Ms : Senblan[suivi d’un pâté d’où émerge bl]   157 D’ici à 20 ans.   158 Ridés comme une vieille lamproie.   159 Ms : quisat  (Quand elle met à mal son con.)   160 Adonnons-nous aux biens spirituels, qui ne se pratiquent pas avec le con…   161 Ms : vise   162 Devenir esclave de son con.   163 Un jour, nous mourrons.   164 Conclusion de la version Richer.   165 Ms. fr. 17527 de la BNF. Ce poème paraphrase une Complaincte sur les vitz qui occupe la page précédente, et qu’on trouvera ci-dessous, pour finir sur un sujet sérieux.   166 Ms : compaignie  (Mais le vers est trop long, et le narrateur n’ose pas prononcer le « com- » de compaignie.)   167 « Le Seigneur est avec vous. » Les finales latines en -um se prononçaient -on.   168 Ms : la vie  (Dans l’Ave Maria, « Dominus tecum » = le Seigneur est avec toi.)   169 Ms : sepseaulmes  (Dans sa traduction du Psaume 28, Marot traduit « in lacum » par : « au sépulcre ».)   170 Pièce cousue à un vêtement ou à une chaussure.   171 Support en bois.   172 Fourquon, fourchon : branche fourchue.   173 Cruches.   174 Ceux qui ne comparaissent pas à leur procès, et ceux qu’on y traîne de force.   175 Les enclos, les frontières.   176 Peut-être conréeurs (corroyeurs).   177 Contestataires.   178 Poètes.   179 Les endurcis et les assistés.   180 Confiture.   181 Confirmation.   182 Poursuivi.   183 Fréquenter.   184 Ms : voit   185 Contaminé.   186 Escaliers.   187 De la conversation.   188 Banquet.   189 Cadeau de noces.   190 Grives.   191 Enjeux, surenchères.   192 Figures.   193 Marchands de vivres.   194 Victuailles.   195 Ms : villetz  (qui est trop long et ne rime pas.)   196 La survie des âmes.   197 Juridiction d’un vicomte. Je garde le vicomte pour la rime au v. 21.   198 Vue, visée.   199 Débauchés.   200 Vignobles.   201 Flèches et traits d’arbalètes rotatifs.   202 Vilicque, receveur d’un seigneur.   203 Dire.   204 Ils m’ont fait cocu.   205 Ms : voirent il  (Cf. le dernier vers de la Complaincte sur les cons.)

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