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FRÈRE GUILLEBERT

Recueil du British Museum

Recueil du British Museum

*

FRÈRE  GUILLEBERT

*

 

Cette farce normande ou picarde, écrite peut-être en 15051, est inspirée notamment par deux fabliaux : les Braies au Cordelier, et les Braies le priestre. Elle offre un précieux répertoire du vocabulaire érotique ayant cours à son époque. On l’a couplée ultérieurement avec un sermon joyeux2 dans le même ton. Le « héros » du sermon s’appelle Guillebert3, comme en témoigne le vers 67 ; mais celui de la farce avait peut-être un nom plus court : les vers 124, 307, 330 et 503, qui nomment Guillebert, sont trop longs.

Source : Recueil du British Museum, nº 18.

Structure : Sermon joyeux (avec 7 strophes en ababbcC), 2 triolets, abab/bcbc, rimes plates, 5 strophes en ababbcC. La versification est très soignée, les rimes sont riches, ce qui permet de « décorriger » certaines corrections maladroites commises par l’imprimeur.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

 

*

Farce nouvelle de

Frère Guillebert

trèsbonne et fort joyeuse

*

 

À quatre personnages, c’est assavoir :

    FRÈRE GUILLEBERT

    L’HOMME VIEIL [MARIN]

    SA FEMME JEUNE

  LA COMMÈRE [AGNÈS]

*

                                            FRÈRE  GUILLEBERT  commence        SCÈNE  I

               Foullando in calibistris,

               Intravit per bouchan ventris

              Bidauldus, purgando renes.4

             Noble assistence, retenez

5     Ces motz pleins de dévotion.

           C’est touchant5 l’incarnation

           De l’ymage6 de la brayette

           Qui entre –corps, aureille7 et teste–

           Au précieulx ventre des dames.

10   Si demandez entre voz8, femmes :

           « Or çà, beau Père, quomodo9 ? »

           Le texte dict que foullando

           En foullant10 et faisant zic-zac,

           Le gallant se trouve au bissac11.

15   Entendez-vous bien, mes fillettes ?

           S’on s’encroue12 sur voz mamelettes

           Et qu’on vous chatouille le bas,

           N’en sonnez mot, ce sont esbatz ;

           Et n’en dictes rien à voz mères.

20   De quoy serviroient voz aumoyres13

          Si ne vouliez bouter dedens ?

           Se vous couchez tousjours à dens14,

           Jamais n’aurez les culz meurtris,

    Foullando in calibistris.

25   Gentilz gallans de rond bonnet15,

           Aymantz le [se]xe féminin,

           Gardez se l’atellier16 est net

           Devant que larder le connin17 :

           Car s’on prent en queue le venin18,

30   On est pirs qu’au trou Sainct-Patris19,

    Foullando in calibistris.

           Tétins voussus20, doulces fillettes

           Qui aimez bien faire cela21

           Et, en branlant voz mamelettes,

35   Jamais ne direz « [Hau !] Hollà22 ! »,

           Un point y est23 : guettez-vous là

           Que vous n’ayez fructus ventris24,

    Foullando in calibistris !

           Vous, jeunes dames mariées

40   Qui n’en avez pas à demy25

           [Et n’en estes rassasiées,]

           N’escondissez26 point un amy :

           Car restent27 –fust-il endormy–

           Au papa28 ceulx qui son[t] pestris

    Foullando in calibistris.

45   Je vous recommande, à mon prosne,

           Tous noz frères de robe grise29.

           Je vous promectz, c’est belle aumosne30

           Que faire bien à gens d’Église.

           Grans pardons a31, je vous advise,

50   À leur prester bouchan ventris,

    Foullando in calibistris.

           Plusieurs beaulx testins32 espiés

           Se font « batre » sans nul mercy ;

           Et puis qu’ilz ont des petis piedz

55   Au ventre33, ilz sont en soucy :

           « La[s] ! (se disent), d’où vient cecy ? »

          Et ! le veulx-tu sçavoir, Biétris34 ?

    Intravit per bouchan ventris.

           Un tas de vieilles esponnées35

60   Qui vous font tant de preudefemmes36,

           Il semble qu’ilz soient estonnées

           S’ilz oyent parler qu’on ayme dames ;

           Et ! vous croyez que les infâmes

           Ont tous les bas espoitronnéz37,

65   De servir purgando renes !

           Mes dames, je vous recommande

           Le povre frère Guillebert.

           Se l’une de vous me demande

           Pour fourbir un poy38 son haubert,

70   Approchez, car g’y suis expert.

           Plusieurs harnois39 ay estrénéz,

    Bidauldus purgando renes.

               LA  FEMME  commence 40            SCÈNE  II

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

           Et vous doint santé et soulas !

               LA  COMMÈRE

75   Ha ! ma commère, bien venez !

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès !

               LA  COMMÈRE

           Que maigre et palle devenez !

           Qu’avez-vous, ma commère, hélas ?

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

80   Et vous doint santé et soulas !

           Que cent foys morte me souhaitte !

               LA  COMMÈRE

           Et pourquoy ?

               LA  FEMME

                                        D’estre mise ès lacz41

           D’un vieillart, et ainsi subjette42

           De jour, de nuict, je vous souhette !

85   Mais de poindre43, c’est peu ou point.

           Quel plaisir a une fillette

           À qui le gentil tétin point ?

               LA  COMMÈRE

           Sçait-il plus rien du bas pourpoint44 ?

               LA  FEMME

           Hélas, ma mye, il s’est cassé.

90   S’en un moys un coup est appoint45,

           Il [en] est ainsi tost lassé.

           Je l’ay beau tenir embrassé :

           Trouve46 autant de goust qu’en vieil lard.

           Mauldict soit-il, qui a brassé47

95   Me marier à tel vieillard !

           Quel plaisir d’ung tel papelard48,

           Pour avoir en amour pasture !

               LA  COMMÈRE

           Il vous fault un amy gaillard

           Pour supplier49 à l’escripture.

100  Dieu n’entend point, aussi Nature,

           Que jeunes dames ayent souffrette50.

           Mais cerchez une créature

           Qui ayt la langue un poy51 segrette.

               LA  FEMME

           Il est vray [que] quand on en quette,

105  On est regardé de travers ;

           Mais quoy qu’on jase ou [qu’on] barbette,

           Je jouray de bref à l’anvers52.

           Doibt mon beau cor[p]s pourrir en vers

           Sans voir53 ce que faisoit ma mère ?

110  Vienne, fust-il moyne ou convers54 :

           Je luy presteray mon aumoyre.

               LA  COMMÈRE

           Enda ! c’est bien dict, ma commère.

           J’en ay faict, à mon temps, ainsi.

           C’est une chose bien amère

115  De languir tousjours en soucy.

               LA  FEMME

           Adieu donc, je m’en voys d’icy

           En attendant quelque advantage.

               FRÈRE  GUILLEBERT             SCÈNE  III

           Ma dame, ayez de moy mercy55,

           Ou mourir me fault avant aage.

120  Mon las cœur vous baille en ostage :

           Plaise-vous le mettre à son aise.

           Je vous dis en poy de langaige

           Ce qui me tient en grant mésaise.

               LA  FEMME

           Frère Guil(le)bert56, ne vous desplaise,

125  Ce n’est pas ainsi qu’on amanche57.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Ma mye, je vous pry qu’il vous plaise

           Endurer trois coups de la « lance » :

           C’est belle osmosne, sans doubtance,

           Donner pour Dieu aux souffretteux58.

               LA  FEMME

130  S[i] on savoit nostre accointance,

           Mes gens me saqueroient59 les yeulx.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! nous ferons si bien noz jeux

           Qu’on ne sçaura rien du hutin60.

           S’une foys je suys sur mes œufz61,

135  Je baulmeray62 sur le tétin.

               LA  FEMME

           Venez donc demain, bien matin :

           J’envoyray Marin au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Plaisir sera au63 vieil mastin

           De trouver le pâtis herch(i)é64.

               LA  FEMME

140  Le vieillart a trop bon marché65.

                                           L’HOMME                 SCÈNE  IV

           Et dont vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Que me voulez[-vous donc] si tost ?

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune této[t] ?

145  Que vous [m’]engainez ung petiot66 !

               LA  FEMME

           Vostre « bas » est trop eslauché67

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Enda ! j’ay le cœur si fâché

150  Que vouldrois estre en Purgatoire !

               L’HOMME

           Vous fault-il ung suppositoire,

           Ou [ung] clistère barbarin68 ?

               LA  FEMME

           Vous m’avez abusée, Marin :

           Avec vous, je vis en langueur.

               L’HOMME

155  Je ne vous bas, ne fais rigueur.

           Demandez-moy s’il vous fault rien69.

               LA  FEMME

           Ce n’est point –vous n’entendez rien–

           Là où me tient la maladie70.

           Voulez-vous que je le vous die ?

160  Je suis par trop jeune pour vous.

               L’HOMME

           En ung moys, je fais mes cinq coups ;

           La sepmaine, ung coup justement71.

               LA  FEMME

           Cela, [ce] n’est qu’afemmement72 !

           J’aymerois tout aussi cher rien73.

               L’HOMME

165  Comment ! Vous vous passiez [très] bien

           De causquéson74, chez vostre mère.

               LA  FEMME

           La douleur est bien plus amère :

           Mourir de soif emprès le puis75 !

               L’HOMME

           Je fais tout le mieulx que je puis.

170  J’en suis, par Dieu, tout trèsbatu76,

           Combien que j’aye combatu77.

           Encor78, vous dictes estre enceinte.

               LA  FEMME

           [C’est d’avoir]79 prié une saincte

           Que pleine suis, de peu de chose…

175  Encor[e] dire ne vous ose

           Sçais bien quoy.

               L’HOMME

                                          Et dictes, bécire80 !

               LA  FEMME

           Marin, mon amy, je désire…

           Las ! je crains81 tant le povre fruict…

               L’HOMME

           Dictes-le-moy : soit cru ou cuit82,

180  Vous me verrez courir la rue.

               LA  FEMME

           Je désire de la morue

           Fresche, des moules, du pain mollet ;

           Et si, vouldrois bien d’ung collet

           D’ung gras mouton83, et d’ung vin doulx.

185  Et si, Marin (entendez-vous ?),

           De cela qui estoit si blanc

           Quand nous mariâmes.

               L’HOMME

                                                         Du flan ?

               LA  FEMME

           Et voyre, vous y estes tout droict84 !

           Je n’en puis durer, [or]endroit85.

               L’HOMME

190  J(e) iray donc demain, bien matin,

           Au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT                 SCÈNE  V

            Hé ! gentil tétin86 !

           Que tant tu me tiens en l’oreille87 !

 

               RONDEAU88

           Pour une qui [bien] s’appareille89

           Ung vray chef-d’œuvre de Nature,

195  Mon corps veulx mettre à l’avanture

           À les sangler pour la pareille90.

 

           Mon corps et membre(s) j’appareille91

           N’escondire pas créature,

           Pour une92.

 

200  Si ton mary dort ou si veille,

           Mais qu(e) accès j’aye à ta93 figure,

           Je veulx que l’on me défigure

           Se point un grain94 je m’esmerveille

           Pour une.

 

               L’HOMME                SCÈNE  VI

205  Il est [grand] temps que je m’esveille95.

           Adieu, je m’en vois au marché.

               LA  FAMME

           Adieu ! Et prenez bon marché96.

           Mais, je vous prie, n’oubliez rien.

               L’HOMME

           Nennin, non, il m’en souvient bien.97

               FRÈRE  GUILLEBERT                SCÈNE  VII

210  Holà, hay ! Je viens bien à point98.

               LA  FEMME

           Oy. Dévestez chausses et pourpoint,

           Et approchez : la place est chaulde.

               FRÈRE  GUILLEBERT  se  despouille 99

           Au moins, y a-il point de fraulde ?

           Je crains la touche100, sur mon âme !

                                          LA  FEMME

215  Pas n’estes digne d’avoir dame,

           Puis que vous estes si paoureux.

               L’HOMME              SCÈNE  VIII

           Et ! suis-je point bien malheureux

           D’avoir oublié mon bissac ?

           Je n’ay pennier, pouche101 ne sac

           [Où pourray mettre la vitaille.]102

220  Il fault bien tost que je m’en aille

           Requérir le mien…

                                                Hay ! holà !103

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! vertu sainct Gens104 ! Qu’esse-là ?

           Monsieur sainct Françoys105 ! que peult-ce estre ?

               LA  FEMME

           Par [mon enda]106 ! C’est nostre maistre.

225  Je croy qu’il se doubte du jeu.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Que c’est ? vostre homme ? Vertu bieu !

           Hélas ! je suys bien malheureux.

           Le dyable m’a faict amoureux,

           Je croy ; ce n’a pas esté Dieu.

               LA  FEMME

230  Muchez-vous107 tost en quelque lieu :

           S’il vous trouve, vous estes frit.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! mon Dieu, je suis bien destruit !

           Vertu sainct Gens ! le cul me tremble108.

           Or çà, s’il nous trouvoit ensemble,

235  Me turoit-il, à vostre advis ?

               LA  FEMME

           Jamais pire homme je ne vis.

           Et si, crains bien vostre instrument109.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Le dyable ayt part au hochement110

           Et à toute la cauquéson !

240  Accoustré seray en oyson111 :

           Je n’auray plus au cul que plume112.

               LA  FEMME

           S’il est engaigné113, il escume ;

           Semble, à veoir, ung homme desvé114.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! Pater noster et Avé !

245  Vertu bieu ! je suis bien hoché115.

               LA  FEMME

           Las ! mon amy, c’est trop presché ;

           Venez çà, je vous mucheray.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Qui m’en croira, je m’en fuyray,

           Par Dieu, le cas bien entendu.

               LA  FEMME

250  Mais que soyez bien estendu,

           Point ne vous voirra soubz ce coffre116.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Or çà donc, puis que le cas s’offre,

           Me voicy bouté à l’acul117.

           Et ! couvrez-moy un poy le cul118 :

255  Je sens bien le vent119 qui me frappe.

           S’une foys du danger j(e) eschape,

           S’on m’y r’a, je seray sapeur120.

                                           LA  FEMME

           Taisez-vous, n’ayez point de peur ;

           Je vous serviray, si je puis.

               L’HOMME

260  Et puys, hay ! m’ouvrirez-vous l’huis ?

               LA  FEMME 121

           Las ! mon amy, qui vous ramaine ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il me fault cy estendre en raine122.

           Qu’au dyable soit-il ramené !)

               L’HOMME

           Hé ! suis-je point bien fortuné ?

265  J’avois oublié mon bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (À ce coup, je suis à bazac123 :

           Je suis, par Dieu, couché dessus !

           Et ! sainct Frémin et puis Jésus !

           C’est faict, hélas, du povre outil124 !

270  Vray Dieu ! il estoit si gentil,

           Et si gentement encresté125.)

               LA  FEMME

           Je vous l’avois, hier, apresté

           Sur ce coffre avant que coucher.

               L’HOMME

           Couchez-vous, je le voys cercher.

275  Et gardez-vous que n’ayez froid.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il s’en vient, par Dieu, cy tout droict.

           Hé ! sainct Valéry126 ! Qu’esse-cy ?

           Ha ! s’il me prenoit en mercy127,

           Et qu’il print toute ma robille128

280  Mais hélas ! perdre la coquille129 ?

           Mon Dieu ! c’est pour fienter par tout130.)

               LA  FEMME

           Ne cerchez point là vers ce bout :

           Il n’y est point.

               L’HOMME

                                        Et où est-il don ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Mon Dieu, je demande pardon ;

285  Tout fin plat131, je te cry mercy !)

               L’HOMME

           On sent, par Dieu, cy le vessy132 :

           Vertu sainct Gens, quel puanteur !

               [LA  FEMME]

           Et ! on faict sa malle puteur133.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (S’il estoit aussi tourmenté,

290  Il eust, par Dieu, piéçà fienté.)

               LA  FEMME

           Et puis ? l’avez-vous, Marin ?

               L’HOMME

                                                                 Peaulx134 !

           Point n’est cy parmy les drapeaulx135 ;

           On l’a quelque part mis en mue136.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Je suys mort si je me remue.

295  J’ay desjà le cul descouvert.

           Et pource, frère Guillebert,

           Mourras-tu si piteusement ?

           Deux motz feray de testament137,

           Devant que laisser ma cuiller138

300  Et qu’on139 m’ait couppé le couiller.

           À Cupido, dieu d’amourettes,

           Je laisse mon âme à pourveoir

           Pour la mettre avec des fillettes,

           Car j’estois140 bien aise à les veoir.

305  La dame aura mon cœur, pour voir141,

           Pour qui me fault icy périr.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir142 ?

           Tétins143 poinctifz comme linotz144,

           Qui portent faces angélicques,

310  Pour fourbir leur custodinos145

           Auront l’ymage et mes brelicques146 :

           Ne les logez point parmy flicques147 ;

           Dedens jambons148 les fault nourrir.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

315  Jeunes dames, friantz tétotz,

           Vous aurez mes brayes149 pour tout gaige,

           Pour vous fourbir un poy le dos

           Quant vous avez faict le bagaige150.

           Frotez rains et ventre : g’y gaige,

320  Cela vous fera secourir151.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Aux muguetz, grateurs de pareilz152,

           Laisse ma dernière ordonnance ;

           On153 leur fera leurs appareilz

325  Sur l’orifice de la pance

           De leurs femmes. S’en est la chance154,

           Ilz en auront plus beau férir155.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Je prie à tous ces bons yvrongnes,

330  Se frère Guillebert est trespassé,

           Qu’ilz disent en [lavant leurs brongnes]156

           […………………………… -ssé :]

           « J’ay bien gardé, le temps passé,

           Mon gentil gosier de sorir157. »

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?)

               L’HOMME

335  Je ne sçay plus où le quérir.

           Il y a de la dyablerie.

               LA  FEMME

           Parlez de la Vierge Marie158 !

               L’HOMME

           Vertu bieu ! je suis trop fasché.

           Si fault-il qu’il soit cy caché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

340  (In manus tuas, Domine159

           Nisi quia Domine ne…

           Tedet spiritus160 Et pelli…

           Confiteor, Deo celi…

           Ut queant quod chorus vatum…

345  Hé ! te perdray-je, beau baston161 ?

           C’est faict, ce coup. Povre couiller !

           Il vient, pardieu, tout droict fouiller

           Cy sur moy. Et ! vertu sainct Gens !

           Fault-il tuer ainsi les gens ?

350  Par Dieu ! je varie162 de crier.

           Gaignerois-je rien à prier,

           Et à luy monstrer ma couronne163 ?

           mon Dieu, comme tu me gravonne(s)164 !

           À Dieu, gentilz tesmoins165 pelus !)

               LA  FEMME

355  Mon amy, ne cherchez là plus :

           Qu’est cela pendu à ceste cheville166 ?

               L’HOMME

           Et, çà ! Au dyable, çà ! C’est ille167 !

           Venez, que vous vous faictes chercher.

               Nota qu’il doit prendre le hault-de-chaulses

               à frère Guillebert pour son bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Encor pourray-je bien hocher168.

360  Vertu sainct Gens, que je suis aise !)

               L’HOMME

           Adieu, ma mye ! Que je vous baise

           Ung poy à mon département169.

               LA  FEMME

           N’espargnez point l’esbatement170.

               L’HOMME

           Je feray le cas171 au retour.

               FRÈRE  GUILLEBERT

365  Par sainct Gens ! revoycy bon tour.

           Encor pourra paistre pelée172.

               LA  FEMME

           Hélas ! j’estois bien désolée :

           Je cuydois qu’il vous mist à sac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Où, gibet, [print-il]173 ce bissac ?

370  J’estois, par Dieu, couché dessus.

               LA  FEMME

           Et qu’a-il donc emporté174, Jésus ?

           Il sera bien tost cy rapoint175.

               FRÈRE  GUILLEBERT 176

           Par Dieu ! si ne m’y lairez177 point

           Rouge178 cul ravoir, sainct Françoys !

375  Par Nostre Dame ! je m’en vois,

           Mais que j’aye reprins [mes despoilles]179

           Vertu Dieu ! où est mon sac à coilles ?

           Comment ! je ne le trouve point.

               LA  FEMME

           Où est[oit]-il180, frère Gnillebert ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

                                              Emprès mon pourpoint,

380  Pendus cy en ceste cheville.

               LA  FEMME

           Hé ! Vierge Marie, ce sont ille

           Qu’il a prins en lieu de bissac.

           Las ! mon Dieu, je suis à bazac :

           Il me tuera, mais qu’il le voye.

               FRÈRE  GUILLEBERT

385  (Ma foy, je m’en voys mettre en voye ;

           Je croy qu’il ne m’y verra181 point.

           Je prandray mon vit à mon poing :

           Mes mains me serviront de brayette.)182

               LA  FEM[M]E

           Hélas ! et suis-je bien meffaicte ?

390  N’est-ce point bien icy malheur ?

           En amours, je n’euz jamais eur183.

           Las ! je ne sçay que deviendray ;

           M’en fuyray-je, ou s[i] l’atendray ?

           Se je l’atens, il me tuera.

395  Je m’en vois veoir que me dira

           Ma commère…184

                                              Hélas, Dieu vous gard !        SCÈNE  IX

               LA  COMMÈRE

           Que vous avez piteux regard !

           Vous n’avez pas esté bastue ?

               LA  FEMME

           Hélas ! ma mye, je suis perdue.

400  Je ne sçauray que devenir.

               LA  COMMÈRE

           Bo[n], il ne fault point tant gémir :

           À tous maulx on trouve remède.

               LA  FEMME

           Donnez-moy conseil et ayde,

           Aultrement, je suis mise à sac.

405  Las ! ma mye, en lieu de bissac,

           Nostre homme a prins, comme [il apert]185,

           Les brayes de frère Guillebert,  plorando 186

           Et s’en va à tout187 au march[i]é.

               LA  COMMÈRE

           Cela, mon Dieu, c’est bien chié188 !

410  N’est-ce aultre chose qui vous point ?

               LA  FEMME

           Ha ! vous ne le congnoissez point :

           Il dira que j’en fais beaucoup ;

           Et si, jamais qu’un povre coup

           N’en fis189, par le prix de mon âme !

               LA  COMMÈRE

415  N’est-ce aultre chose ? Nostre Dame !

           Allez-vous-en à la maison.

           Je luy prouveray par raison

           Que ce sont les brayes sainct Françoys.

           Tenez gestes190, je m’y en vois.

420  Qu’on me fesse se ne l’appaise.

               [LA  FEMME]

           Hé ! mon Dieu, que me faictes aise !

           Je m’en voys191 trotant bien menu.

               L’HOMME              SCÈNE  X

           Me voicy donc tantost venu.

           Mais je suis quasi estouffé

425  Tant le bissac sent l’eschauffé192

           Et ! vertu sainct Gens, qu’esse-cy ?

           Bissac ? A ! Bissac, pardieu, non est :

           C’est l’abit d’un cul guères net,

           Car y voycy l’estuy à couilles.

430  En voulez-vous menger, des « moules »193 ?

           Me le faict-on194 ? Belle froissure195,

           Se je vous tiens, je vous asseure !

           Le dyable vous cauquera196 bien !

           Le diable enport se j’en fais rien,

435  Que n’ayez le gosier couppé !

           [……………………… -pé.]

           Hon ! me voicy bien atourné.

           Le margout197, quand suis retourné,

           Estoit muché en quelque lieu ;

           Ne le198 sçavois-je, vertu Dieu !

440  Je vous eusses bien foutiné199,

           Par Dieu, et fust-ce ung domine200 !

           Vous faictes fourbir le buhot201,

           Et on m’apellera Hu(ih)ot202 ?

           Et ! pardieu, j’en seray vengé.

445  Le grant diable m’a bien engé203

           De vostre corps, belle bourgeoise !

               LA  COMMÈRE            SCÈNE  XI

           Mon compère, vous faictes grand noyse :

           [Et si,] on ne vous a faict rien ?

               L’HOMME

           Vertu bieu ! on m’en baille bien.

450  Est-ce ainsi qu’on envoye les gens

           (Hon ! hon204 !) cauquer ? Vertu sainct Gens !

           La cauquéson sera amère !

               LA  COMMÈRE

           Et ! pensez-vous que ma commère

           Voulsist205, hélas, se mesporter ?

               L’HOMME

455  Le diable la206 puist emporter !  Monstrat caligas. 207

           Voyez : voylà la prudhomie208.

               LA  COMMÈRE

           Las ! mon amy, ne pensez mye

           Qu’il y ait icy de sa faulte.

           Le cœur dedens mon ventre saute,

460  Quant manier je vous les vois :

           Las ! ce sont les bray[e]s sainct Françoys,

           Ung si précieux reliquère.

               L’HOMME

           Et ! vertu sainct Gens, à quoy faire

           Les eust-on mises à ma maison ?

               LA  COMMÈRE

465  Vrayement, il y a bien raison :

           Et ! pensez-vous bien (Dieux avant209 !)

           Que vous eussiez faict un enfant

           Sans l’aide du sainct reliquaire ?

               L’HOMME

           Et pourquoy n’en sçaurois-je faire ?

               LA  COMMÈRE 210

470  Hélas ! vous estes esponné211.

               L’HOMME

           Encor, pardieu, suis estonné

           Comment cecy y peult servir.

               LA  COMMÈRE

           Quant du joyau on peult chevir212,

           Il en fault froter rains et pance

475  Sept foys, et dire sa Créance213 ;

           Puis après, rendre le debvoir214.

           On[c] ne les cuidasmes onc avoir ;

           Encor, s’on ne nous eust congneues215,

           Jamais nous216 ne les eussions eues.

480  Et si, da, les fault renvoyer.

               L’HOMME

           Je les yray donc convoyer

           Moy-mesmes jusques au convent217.

               LA  COMMÈRE

           Frère Guillebert vient souvent :

           Il ne les luy fault que bailler.

               L’HOMME

485  Or bien, donc. Il s’en fault aller

           Pour veoir qu’en dira nostre femme.218

 

           Pardonnez-moy, par Nostre Dame,          SCÈNE  XII

           Ma mye : j’ay failly219 lourdement.

               LA  COMMÈRE

           Vous ne sçavez pas, voyrement,

490  Qu’il estimoit220 de vous, ma mye ?

           Le bon homme ne pensoit mye

           Que eussiez les brayes sainct Françoys,

           Et en faisoit tout plain d’effrois221.

           Il ne sçavoit comme il en estoit222.

               LA  FEMME

495  Le cœur bien me l’admonnestoit223,

           Quand [ne] les ay trouvées ceans.

           J’aymerois mieulx pourrir en fiens224

           Que de me daigner mesporter !

               LA  COMMÈRE

           Ma mye, il les fault reporter.

               LA  FEMME

500  Las ! voyre, il nous ont bien servys.

               L’HOMME

           Par Dieu, ma mye, jamais [n’en vis]225

           Qu’à ceste heure-cy, Dieu avant !

               LA  COMMÈRE 226

           C’est frère Guil(le)bert là-devant.

           Il vaul[droi]t mieulx les luy bailler.

               L’HOMME

505  C’est bien dict.227

                Venez cy parler

           Un petit, s’il vous plaist, beau Père !

               FRÈRE  GUILLEBERT         SCÈNE  XIII

           A-t-on céans de moy affaire ?

           Je croy que ouy, comme je voys.

               LA  FEMME

           Ce sont les chausses228 sainct Françoys,

510  Que remporterez, s’il vous plaist.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Je le feray sans plus de plaict229 ;

           Mais boutez-vous tous à genoulx,

           Affin que le sainct prie pour nous.

           Et si, vous fault baiser tous trois

515  Les brayes de monsieur sainct Françoys230 :

           Vous aurez la laine231 plus doulce.

               LA  FEMME

           Baillez-m’en une bonne touche232,

           Puis qu’en ay eu si grand doulceur…

               FRÈRE  GUILLEBERT

           C’est trèsbien faict, ma bonne seur ;

520  Car c’est un fort beau reliquère.

               L’HOMME

           Allons les reporter, beau Père ;

           Que chascun voyse à son degré233.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Adieu, messieurs : prenez en gré234.

 

FINIS

Du jeune clergie de Meulleurs. 235

M P U

*

1 Voir la note 235. Elle fut imprimée à Rouen par Jehan de Prest, entre 1542 et 1559.   2 Jelle Koopmans l’a inclus dans son Recueil de Sermons joyeux (pp. 585-589). Il a aussi publié, dans la Revue Romane, un article qui éclaire la scénographie : Frère Guillebert : taxinomies et visualisations d’une farce. La meilleure édition de la pièce est due à André Tissier : Recueil de farces, VI, Droz, 1990. Citons encore les trouvailles normandes d’Emmanuel Philipot : Notice sur la farce de Frère Guillebert. (Mélanges Mario Roques, II, 1953.)   3 Ce nom fait penser à couille vert [verge vigoureuse] : « Moynes ? Que le mal feu les arde,/ Tant portent-ilz la couille verd ! » (Les Rapporteurs.) En outre, le guille-là désignait le pénis : voir l’Épitaphe du membre viril de frère Pierre, de Jodelle.   4 En fouillant dans le calibistri, le bidaud entra par la bouche du ventre, purgeant les reins.  Fouiller = coïter : « Fouillez et ne soyez piteux !/ Or fouillez bien au fond du pot ! » (Joyeusetéz, XIII).  Calibistri = vulve : « [Elle] laissa aux Cordeliers d’icy/ Son si joly callibistry. » (Le Duchat.)  Bidaud = pénis : « Maujoinct [la vulve] se mouille,/ Le povre bidault là s’abaisse. » (Le pourpoint fermant à boutons.)  Bouche = vulve : « Mets icy ton gros “doigt”, et bouche/ Bien hardiment ma basse bouche ! » (Parnasse satyrique.)   5 Au sujet de.   6 Statuette, qui de loin, avait l’apparence d’un godemiché. (Voir la morphologie humaine du phallus au vers suivant.) On dit que les nonnes employaient toutes sortes d’objets sacrés à des fins profanes. Cf. aussi le vers 311.   7 Testicules. « Le membre de Colin, deffaict,/ Se retira, penchant l’oreille. » (Cabinet satyrique.) Voir aussi le vers 192.   8 Entre vous. « Entre vos, femmes, (…)/ Vous pouriez demander : “Beau Père,/ Où se prend ce doulx ongnement [sperme] ?” » Sermon joyeulx pour rire, LV 3.   9 De quelle manière ?   10 En copulant. « Et jà montoit dès son jeune aage/ Sur les filles de son village,/ Et les culoit et les fouloit. » (Jodelle.) « Faire zic-zac » [zigzag = va-et-vient] est répertorié par Rose M. Bidler (Dictionnaire érotique. Ancien français, Moyen français, Renaissance).   11 Vulve. « Y vous la couche sur le dos,/ Et après cinq ou sis bons mos,/ Feist entrer “Geufray” au bissaq. » L’Oficial, LV 22.   12 Si on se cramponne à.   13 Armoire = ventre (Takeshi Matsumura, Dictionnaire du français médiéval, p.238). Idem au vers 111.   14 À plat ventre.   15 Bacheliers. « Il est bien temps que vous soyez/ Graduées, et que vous ayez/ Sur la teste le bonnet ront. » Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.   16 Regardez si la vulve est saine. « Eussent-ils, sur le déclin de leur aage, bandé à l’attelier de Vénus ? » Jean Dagoneau.   17 Avant d’y pénétrer. « Moy (…) qui sçais proprement mettre l’andouille au pot/ Et larder le connin. » J. de Schelandre.   18 La syphilis.   19 L’entrée du Purgatoire, mais aussi l’anus. Cf. le Gaudisseur, vers 64 et note 7.   20 BM : moussus  (Voussu = bombé, arrondi.)   21 Faire l’amour. « C’est une femme qui a fait/ Cela cent foys sans son mary. » Farce d’un Amoureux, BM 13.   22 Assez ! « Je cuydoys qu’el me dist “ Hollà ! ”,/ Mais elle me disoit : “ Là, là !/ Houssez fort ! ” » Sermon joyeux d’un Ramonneur de cheminées.   23 Il y a un hic. Se guetter = se garder, se méfier.   24 Préservez-vous d’une grossesse. Allusion au « fruit du ventre » de la Vierge Marie. Il est encore question d’un tel fruit au vers 178.   25 Qui n’avez pas la moitié du plaisir que vous souhaiteriez avoir.   26 N’éconduisez pas votre amant.   27 BM : rest &  (Car les enfants conçus pendant que vous copulez avec votre ami seront attribués au père officiel, même s’il dormait.)   28 BM : papar  (Papa = cocu qui reconnaît l’enfant d’un autre. « Et qui qu’en soit le père,/ Tu seras le papa. » Régnault qui se marie, F 7.)   29 Les moines franciscains, très défavorablement connus sous le nom de cordeliers, portaient une robe grise. Frère Guillebert est vêtu de ladite robe pour prononcer le sermon initial, mais il se rend au rendez-vous galant <vers 191> en civil, avec un pourpoint et un haut-de-chausses ; il reparaîtra en robe au vers 507, quand il aura perdu son habit séculier. Rabelais révèle que les béats Pères ne portent point de chausses sous leur froc : voilà pourquoi « leur pauvre membre s’estend en liberté à bride avallée, et leur va ainsi triballant sur les genoulx ». (Pantagruel, 16.)   30 « Mes dames, je suis d’avis que vous mestiez vos jambons parmy nos andouilles : vous ferez belle aumosne. » (Marguerite de Navarre, Propos facétieux d’un Cordelier en ses sermons.) Même expression au vers 128.   31 On gagne beaucoup d’indulgences. La Confession Margot exploite ce thème.   32 Femmes. On trouve cette métonymie aux vers 32, 52, 191 et 308 ; et sous la forme « tétot » aux vers 141 et 315. Épié = pointu comme le sommet d’un clocher, qu’on nommait l’épi ; cf. le vers 87.   33 Depuis qu’elles sont enceintes.   34 « Il y engrossa une gouge/ Qui avoit nom dame Biétrix. » Le Gaudisseur.   35 Épuisées (par la luxure).   36 Qui font tant les bégueules.   37 Ont les fesses usées par les frottements du lit (vers 23). « Une vieille espoitronée. » Roman de Renart.   38 Un peu. « Fourbir le haubert à une femme » est répertorié dans le Dictionnaire érotique de Bidler.   39 Vulves. « Rembourreux d’enffumés cabas [culs] :/ Laisser vous fault vostre mestier/ Sans plus fourbir ces vielz harnas. » (Ballade.) Étrenner = dépuceler.   40 C’est effectivement le vrai début de la pièce. Une jeune femme mal mariée va chez sa voisine Agnès, une veuve quelque peu entremetteuse.   41 Lacets, liens du mariage.   42 Esclave.   43 D’avoir une érection. « Il point droictement sur le dart. » Le Povre Jouhan.   44 De la braguette ? L’expression exacte est : « Savoir –ou entendre– le contrepoint. » C’est-à-dire, être habile dans les choses de l’amour.   45 Tiré.   46 BM : Tout  (J’y trouve.)   47 Celui qui a combiné de. Les parents mariaient souvent leurs filles à des vieux barbons, d’où le nombre de cocus.   48 Hypocrite.   49 Suppléer. Encore très lu à cette époque, le Roman de la Rose <Lettres gothiques, vv. 19633-19680> développe une longue métaphore sur l’écriture et le coït ; on y voit par exemple Orphée, l’inventeur de la pédérastie, « qui ne set arer [labourer] ne escrire/ Ne forgier en la droite [bonne] forge ». Quant à ses adeptes qui « pervertissent l’escripture », il faut que « les greffes [leur stylet] leur soient tollu [coupé],/ Quant escrire n’en ont vollu/ Dedenz les précieuses tables [vulves]/ Qui leur estoient convenables ».   50 Pénurie. « J’ey du jeu d’aymer grand soufreste. » Sermon joyeulx de la Fille esgarée, LV 44.   51 BM : pey  (Poy = peu.)  Avoir la langue un peu secrète : être discret.   52 « [Frère Colin] confessa tant l’une des plus jeunettes,/ Qu’à son plaisir la fit mettre à l’envers. » Germain Colin.   53 Sans connaître, sans faire.   54 Nouveau moine.   55 Pitié.   56 Trop long (voir ma notice). Faut-il lire Guilbert ? « Assemblées en la présence dudit nostre vénérable Frère Guilbert en nostre chapitre, au son de la cloche. » Histoire et antiquitéz du païs de Beauvaisis.   57 Le discours du frère, puisé aux meilleures sources de la poésie courtoise, manque de verdeur. La femme lui tend la perche (si j’ose dire) en jouant sur le double sens de emmancher : amorcer, et pénétrer. « N’est-il pas temps que vous emmenche ?/ Du temps perdu je suis marry,/ N’en desplaize à vostre mary. » Bonaventure Des Périers.   58 À ceux qui souffrent de la misère sexuelle.   59 Sacher = arracher.   60 Coït. « Ne furent culz de putain sans hutin. » Ballade.   61 Si je marche sur des œufs, si je suis sur mes gardes. Mais œufs = testicules : « Une prébende de moine, qui est une saucisse entre deux œufs. » Joyeusetéz.   62 J’éjaculerai sur vos seins pour ne pas vous inséminer. Baume = sperme : « Ce baume précieux qui donne la vie. » Nerciat.   63 BM : en  (Ce vieux chien aura le plaisir de trouver le pâturage de sa femme labouré.)   64 Hersé, labouré. Cf. Raoullet Ployart.   65 S’en tire à trop bon compte. Ici, elle rentre à la maison.   66 Je veux que vous me mettiez un peu mon bas de chausse. Jeu de mots involontaire : engainer = coïter. « Puis Martin jusche, et lourdement engaine. » (Clément Marot.)   67 Votre bas de chausse est trop disloqué. Mais bas = pénis.   68 À la manière des barbares turcs, qui passaient pour des sodomites indécrottables. « Qu’avecques moy elle s’en vienne,/ Et je luy bauldray ung clistoire/ Qu’on dit barbarin. » (Farce d’une femme à qui son voisin baille ung clistoire, F 28.) Voir note 70.   69 S’il vous manque quelque chose.   70 « La maladye de la trop-fille », comme on l’appelle dans Tout-ménage, tourmente aussi Perrete dans la farce de Frère Phillebert (LV 63) : pour la guérir, il faut que « Dieu luy doinct chose qui se dresse ». Et donc, frère Phillebert lui prescrit « un bon clistère barbarin ».   71 Dans la juste observance de la prescription de Celse : Semel in hebdomada [une seule fois par semaine].   72 Ce n’est bon que pour m’affamer. Le jeu de mots sur « femme » est réservé aux lecteurs.   73 J’aimerais tout autant n’avoir rien.   74 D’être côchée, saillie comme une poule par un coq. (Idem vers 239.) « Les cerfs rutent, les poissons frayent, les cocqs côchent. » Béroalde de Verville.   75 Référence à Charles d’Orléans, et surtout à Villon : « Je meurs de seuf auprès de la fontaine. »   76 BM : st rebatu  (Trébattu = transpercé <Godefroy>. « Une pluie tant grosse et sy espesse dont li uns et ly aultres furent tous moulliés et trèsbatus. » Froissart.)   77 Tellement j’ai battu votre con. Cf. Gratien Du Pont, vers 165.   78 D’ailleurs, au surplus.   79 BM : Ca este de  (Ce vers préfigure le dénouement.)   80 Exclamation. « Pourquoy cela ? Pourquoy, béchire !…./ Béchire ! celle fille-là/ Ne m’aime point. » (Les Enfans de Borgneux, F 27.) C’est peut-être une variante normanno-picarde de l’interjection « pécherre ! » [pécheur] : « Ha ! las, péchierres ! » (Godefroy.)   81 BM : crarins  (J’ai si peur pour l’apparence de mon bébé. On passait toutes ses « envies » à une femme enceinte, « affin que le fruit qu’elle porte n’en apporte enseigne [aucun stigmate] sur son corps ». Évangiles des Quenouilles.)   82 Que vous désiriez de la nourriture crue ou cuite. Elle la préfère crue : « [Ce Cordelier] demanda à toute l’assistence des femmes si elles ne sçavoient que c’estoit de manger de la chair crue de nuict. » Marguerite de Navarre.   83 BM : montom  (Elle veut du collier de mouton.)   84 Ce « tout droit » moqueur, précédé par un « entendez-vous » insistant, laisse penser que le produit blanc qu’elle a eu pendant sa nuit de noces n’était pas du flan…   85 Je ne peux plus y tenir, présentement.   86 Le moine soliloque dans la rue. Cette habile transition permet de faire passer la nuit et d’arriver au matin.   87 Tu me tiens par l’oreille… ou par les couilles (note 7).   88 BM met ce titre sous la rubrique. Or, ce rondeau simple de 12 vers commence au vers 193. Il était chanté.   89 Qui est pareille à, qui semble.   90 De les besogner toutes pour celle-là. « Voulez-vous bien que je vous sengle/ Par le ventre ? » Le Cousturier et son varlet, LV 20.   91 Je prépare à.   92 BM ajoute : & ce. [etc.]  Il n’est pas utile de résoudre la clausule à racine du refrain.   93 BM : la  (Pour peu que j’aie accès à ta personne.)   94 Si un peu je m’émerveille pour une autre.   95 Le couple est couché dans un lit.   96 Achetez à bon marché. Elle souhaite que son époux marchande longuement pour qu’il rentre plus tard.   97 Il sort, et le moine entre. La femme reste au lit.   98 J’arrive au bon moment. Mais à point = en érection. Cf. les Sotz fourréz de malice, vers 361.   99 Il accroche son pourpoint et son haut-de-chausses à un clou, ne conservant que sa chemise longue.   100 L’épreuve. Mais aussi, un coup d’épée : « Avec l’espée rabatue, je donne simplement une touche. » Tabourot.   101 Ni panier, ni poche. Le bissac est un sac à deux poches : on le porte sur le col, et les poches pendent de part et d’autre sur le devant, comme les jambes d’un pantalon.   102 Vers manquant. Vitaille = victuailles (Capitaine Mal-en-point, vers 428 et 719), mais aussi provision de vits (Chambèrières, vers 31). Ce même sac à vits deviendra un « sac à couilles » au vers 377.   103 Il frappe à la porte de sa maison.   104 Saint Jean.   105 Le moine appartient à l’Ordre des franciscains, fondé par saint François d’Assise, qui est encore invoqué à 374.   106 BM : en da  (« Par mon enda ! » est un juron féminin. Voir Godefroy.)   107 Mussez-vous, cachez-vous.   108 « Mais de grand peur le cul me tremble. » Le Marchant de pommes, LV 71.   109 Aussi, j’ai très peur pour votre instrument. Ce vieil époux conciliant n’est pas bien dangereux (scène IV) ; mais sa femme joue d’une manière sadique avec la pleutrerie du moine.   110 Action de hocher une femme (vers 359).   111 Jeune jars qu’on a châtré pour qu’il n’importune pas les oies.   112 Que des poils : « Agneaulx de divers plumaiges. » (Godefroy.) Autrement dit, je n’aurai plus de couilles au cul. Même l’anatomiste Rabelais considère que les couilles sont pendues au cul : « Je te monstreray par évidence que tes couillons pendent au cul d’ung veau, coquart ! » (Quart Livre, 21.)   113 BM : en gaigne  (S’engaigner = s’irriter. « La femme à son mari s’engagne,/ Qui despend [dépense] son bien sans raison. » Godefroy.)   114 Fou furieux.   115 Secoué.   116 L’amant est bien sous le coffre, et pas dedans, sinon le public ne pourrait ni l’entendre, ni le voir. Beaucoup de coffres médiévaux étaient surélevés par des pieds, comme celui-ci (Musée de Cluny).   117 BM : la cul  (Bouté à l’accul = acculé.)   118 BM : col  (Le moine, accroupi en grenouille <vers 262>, a caché son buste sous le coffre, mais son postérieur dénudé reste visible. Sa maîtresse va poser du linge dessus.)   119 Il sent peut-être un avant-goût du pet qui va venir à 281.   120 BM imprime ainsi ce vers difficile : Son my ra ie seray asseure (Si on m’y reprend <vb « ravoir »>, je me ferai creuseur de tunnels.)  Ma conjecture permet d’obtenir une rime riche et un sens logique.   121 Elle ouvre, et son mari entre.   122 Dans la posture d’une rainette, genoux pliés et cuisses écartées. Pour plus de confort, il met sous ses genoux le bissac que la femme avait posé la veille sur le coffre (vers 272-273).   123 Je suis fichu. Idem vers 383.   124 Pénis. Cf. Raoullet Ployart, vers 29.   125 BM : en creste  (Le gland rouge est comparé à la crête d’un coq <note 129> : « Oncques creste de coq/ Ne fut plus rouge que le manche. » Le Faulconnier de ville.)   126 L’église de Meulers <note 235> est consacrée à saint Valéry.   127 En pitié, et qu’il prenne tout ce que j’ai en compensation.   128 « La robille, c’est à sçavoir tous ses vestemens, robes, chaperons, ceintures. » Guillaume Terrien.   129 Mon pénis. Dérivé de coq (anglais cock). « À qui vendez-vous voz coquilles,/ Entre vous, amans pèlerins ?/ Vous cuidez bien, par voz engins,/ À tous pertuis trouver chevilles. » (Charles d’Orléans.) Saint Coquilbault est un saint priapique invoqué contre la stérilité <note 149>.   130 Il ne peut se retenir de péter.   131 Humblement. Mais aussi : aplati sur le sol.   132 Une odeur de pet.   133 BM attribue ce vers au frère Guillebert ; or, il est dit par la femme, qui assume le pet afin de couvrir son amant. Male pu(an)teur = mauvaise odeur. Jeu de mots sur pute.   134 BM : Ouy et de beaulx  (Je n’en ai pas même la peau. Cf. l’actuel « Peau de balle ! ».)   135 Le linge.   136 Dans une cachette.   137 Ce testament paralyse l’action pendant 35 vers ; il a peut-être été mis là par l’auteur du sermon initial, où on trouvait déjà la forme rare du septain à refrain. Depuis François Villon, les testaments burlesques inspiraient les auteurs de farces. Voir par exemple le Testament Pathelin : « Et faire ung mot de testament. »   138 BM : maccueillir  (Cuillère = pénis. « –Mon mari l’a menu, mais il est long. –Bien, voilà qui est bon, quand la cueiller va jusqu’au fonds du pot. » Béroalde de Verville.)   139 BM : quant  (Le couiller désigne les bourses. Idem vers 346.)   140 BM : iay este   141 BM : veoir  (Pour vrai, en vérité. Il s’agit de la femme qui est dans le lit.)   142 Ce refrain est un décasyllabe à césure médiane, ce qui était fort rare. Sa musique en rappelle un autre, tout aussi interrogatif et suppliant, celui de l’Épistre de François Villon : « Le lesserez là, le povre Villon ? »   143 C’est toujours la métonymie symbolisant les femmes (note 32).   144 Pointus comme le bec des linottes.   145 Custodi nos ! Cet impératif a subi l’attraction du génitif custodis [du geôlier] : il désigne ici le sexe des femmes, qui garde prisonnier celui des hommes.   146 Mon pénis (vers 7) et mes breloques.   147 Tranches de lard salé : entre des cuisses maigres.   148 Entre des cuisses grasses. « Et couldre jambons et andouilles/ Tant que le lait en monte aux têtes. » Villon.   149 Les femmes qui ne parvenaient pas à procréer se frottaient avec les reliques de certains saints. À défaut d’un saint Guillebert, on pouvait par exemple invoquer son quasi homonyme saint Couillebaud. « Quant aux brayes [de S. François ou ses disciples], miraclifiquement elles faisoyent enfler le ventre aux femmes qui de nature estoyent stériles…. Combien de femmes brehaignes [stériles] sont devenues joyeuses mères de beaux enfans pour avoir baisé les brayes de S. François ? » (Henri Estienne.)   150 Le coït, l’action de baguer le pénis du mari : « –Et ! que je manye vostre chose…./ –Vous ne parlez que de bagaige. » (Farce de Jolyet, BM 5.) Passer la bague au doigt est connu comme un rite phallique : « Pour enfiler la bague et rembourer le bas/ De celle qu’il avoit choisi pour ses esbats. » (Th. de Viau.)   151 BM : recourir  (Cela vous sera d’un grand secours.)   152 Aux muguets [jeunes galants] qui grattent leur muguet [mycose syphilitique]. « Soupçonnant qu’un muguet ne luy fasse l’amour. » (Satyre Ménippée.) « La syphilis déguisée sous la forme d’un muguet très-intense. » (Archives générales de médecine.)   153 BM : Quon  (Appareils = pansements : « Vous nettoyerez la playe après en avoir ôté le premier apareil. »)  On mettra leur pansement sur le sexe de leur femme.   154 Si la chance en est, si elle est de la partie.   155 Ils frapperont mieux, au sens libre.   156 BM : launnt leurs brongues  (En rinçant leur gorge.)   157 BM : sotir  (Saurir = sécher comme un hareng saur. « Que nul ne puisse sorir, en la ville de Paris, harenc. » Godefroy.)   158 Et non pas du diable : cela portait malheur.   159 On reconnaît ici le début de l’extrême-onction. Mais la suite est un joyeux fatras où surnagent quelques bribes mal digérées. Quand ils ont peur, les hommes d’Église en perdent leur latin : cf. la Confession du Brigant. André Tissier <p.246> s’est évertué à traduire ce collage ; saluons son travail méritoire : « À moins que, Seigneur, / ton esprit ne soit fatigué d’être sollicité, / je confesse au Dieu du ciel, / pour que le chœur des prophètes puisse… »   160 Sedet spiritum eût été un peu moins aberrant, mais on n’en est plus là.   161 Pénis. Cf. le Faulconnier de ville, vers 54-78. Rime avec « vaton ».   162 Je diffère, je me retiens.   163 Les cheveux qui encerclent ma tonsure monacale, pour lui inspirer du respect.   164 Tourmentes.   165 BM : tesniers  (Au contraire de cet hapax, témoins [latin testis] est couramment employé dans le sens de testicules : « Et que j’ay, comme maint moines,/ Queue roide et tesmoings velus. » Eustache Deschamps.)  Pelus = poilus.   166 Qu’est-ce qui est pendu à ce clou ? Dans la pénombre matinale, Robin prendra les chausses du moine pour son bissac (note 99).   167 C’est lui (idem vers 381). En bon vieillard myope et gâteux, il parle ensuite au bissac, qu’il vouvoie.   168 Copuler. Cf. le Monde qu’on faict paistre, note 33.   169 Avant mon départ. « Baisez-moy, mon doulx plaisir,/ Au moins, à vo’ département. » Le Povre Jouhan.   170 Ne lésinez plus sur les ébats sexuels. « Sa femme,/ Qui de son clerc prenoit esbatement. » Joyeusetéz, XIII.   171 L’amour : « Quant venez pour faire le cas/ Avec moy. » (Le Badin qui se loue, BM 11.) Le mari s’en va, et Guillebert sort de sa cachette.   172 Pelée [décalottée] = verge. « [Elle] a porté verge pelée…./ Trop est vielle sa puterie. » Roman de Renart.   173 BM : a il prins  (« Gibet » renforce l’interrogation : cf. Maistre Mymin, vers 303.)   174 BM : apporte   175 De retour, quand il s’apercevra qu’il n’a pas son bissac.   176 BM : Guilleret   177 BM : rairez vous  (Lairrez = laisserez.)   178 BM : Ronge  (Vous ne m’y ferez plus avoir le cul rouge : le moine a eu les fesses rougies par le froid <vers 275>, mais il a surtout failli avoir le cul ensanglanté par la castration.)   179 BM : ma despoille  (Dès que j’aurai repris les vêtements dont je m’étais dépouillé.)   180 On scande « wé-té », comme on scande « wé » aux vers 183 et 377. Cf. ma préface.   181 BM : trouverra  (Il est si myope qu’il ne me verra pas dans la rue encore obscure.)   182 Il s’enfuit en pourpoint, et toujours en chemise longue.   183 Heur = chance.   184 Elle va chez sa voisine Agnès.   185 BM : bien expert  (Comme il appert = apparemment.)   186 En pleurant.   187 Avec elles.   188 C’est bien dit (avec une nuance ironique : la bouche qui expulse des mots est assimilée à un anus). Cf. le Faulconnier de ville, vers 297.   189 BM : fist  (Et pourtant, je n’ai tiré qu’un pauvre coup.)   190 Contrôlez-vous.   191 BM : doys  (Voys = vais. Elle rentre chez elle, tandis qu’Agnès guette le retour de Robin.)  Trotter menu = courir vite. Cf. Trote-menu et Mirre-loret.   192 Il examine le « bissac » malodorant qu’il portait sur son col.   193 Au vers 182, sa femme réclamait des moules au féminin, mais elle voulait des moules au masculin, c’est-à-dire des godemichés. « [Elle] en fut quitte pour faire élection des plus gros moules qu’elle pouvoit trouver…. Elle en fit tenter le gué [sonder son passage] par des plus menus et petits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands. » Brantôme.   194 Me fait-on cocu ?   195 BM : fresaye  (Je vous promets une bonne fracture ! « Ceulx recevans coulps de poings ou de baston, dont n’y auroit blessure ou froisseure. » Loix, chartres et coutumes.)   196 Vous baisera (note 74) : je vous expédierai en Enfer.   197 Marcou, gros chat reproducteur.   198 BM : te   199 Ces deux vers visent l’amant de sa femme. Foutiner = donner des coups de verges… ou de verge.   200 Un prêtre.   201 Il déblatère de nouveau contre sa femme.  BM : huihot  (Buhot = orifice anal <Matsumura, Dictionnaire, p.474>.)   202 Un huihot, ou wihot, est un mari trompé : « Huyho, qui est à dire en françois : coux [cocu]. » (Godefroy.) « Ce mot Huyau est un synonyme de Huet » (Ducatiana.) Huet est un prénom de cocu entériné par les nombreuses variantes de l’expression « appeler Huet » (voir leur liste complète dans l’article HUET ), qui devient ici « appeler Huot ». Dans le fabliau des Braies le priestre, le cocu se fait traiter de huihot.   203 Pourvu, fait un cadeau empoisonné.   204 Il pleure : cf. le Munyer, vers 115 et note 31. Envoyer côcher = envoyer se faire foutre.   205 Ait voulu. Se méporter = mal se comporter. Idem vers 498.   206 BM : le   207 Il montre les chausses.   208 La sagesse de ma femme.   209 Que Dieu m’assiste ! Idem vers 502.   210 BM : femme   211 BM : esprouue  (Esponné = épuisé. Rimait déjà avec « estonné » aux vers 59-61.)   212 Quand on arrive à se procurer ce trésor. Un des modèles de notre farce est une facétie de Pogge intitulée en français Des reliques des brayes sainct François : « Pour ravoir ses brayes publicquement comme ung très sainct joyau. »   213 Réciter le Credo.   214 Accomplir le devoir conjugal. « Si l’espousée estoit point, la nuyt, morte ;/ Et si l’espoux avoit faict son devoir. » Marot.   215 Si les religieux ne nous avaient pas connues charnellement.   216 BM : ie   217 Au couvent des franciscains. La farce a dû être écrite pour Rouen, comme une bonne partie du théâtre comique de cette époque.   218 Ils vont retrouver la femme à la maison.   219 Je me suis trompé. Agnès l’interrompt vite pour informer la femme de son subterfuge.   220 Ce qu’il s’imaginait.   221 De bruit.   222 Il devenait fou. Cf. le Gentil homme et son page : « Je ne sçay plus comme je suys. »   223 M’en avertissait : je m’en suis douté.   224 Dans de la fiente. Rime avec cians.   225 BM : ny pensis  (Je n’en avais jamais vu. « Et puis allèrent plusieurs aultres femmes au convent faire honneur aux brayes de sainct François, [elles] qui jamais ne les avoient veues. » Pogge.)   226 Elle voit passer frère Guillebert devant la porte restée ouverte. Il a eu le temps de retourner au couvent pour revêtir son froc.   227 Il appelle le moine.   228 BM : choses  (La confusion s’explique : choses = parties sexuelles.)   229 De plaid, de discussions.   230 « Prindrent les Religieux celles brayes, et les firent baiser au mary et à tous les assistans. » Pogge.   231 On attendrait « l’haleine ». Laine = poils du pubis.   232 De votre laine, ou de votre alêne [poinçon] : « –C’est trèsgrand peine/ Que de ramonner à journée./ –Voyre, pour gens à courte alaine. » (Le Ramonneur de cheminées, BM 36.) La femme réclame un bon coup du goupillon avec lequel Guillebert bénit les protagonistes ; on se croirait dans la farce des Chambèrières.   233 Se place dans la procession selon son rang.   234 Prenez en patience l’infidélité de votre épouse.   235 Cette signature garde son mystère. Il y avait peut-être des jeunes clercs à Meulers, près de Dieppe. Mais « jeune clergie » pourrait traduire « frère mineur » ; or, les franciscains se nommaient officiellement « Ordre des frères mineurs ». Et le fabliau des Braies au Cordelier stipule bien : « les braies d’un Frère Menor. » Ce que confirme Henri Estienne dans l’Apologie pour Hérodote : « Ce furent les brayes de S. François qui couvrirent le déshonneur du haut-de-chausse qui avoit esté laissé par le Frère Mineur. » Plusieurs médiévistes voient dans les lettres MPU la date MDV : 1505.

 

LE PRINCE ET LES DEUX SOTZ

Hendrik Hondius, d’après Bruegel l’Ancien

Hendrik Hondius, d’après Bruegel l’Ancien

 

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LE  PRINCE  ET  LES  DEUX  SOTZ

*

On date du début du XVIe siècle cette pochade parisienne. Mais elle est caractéristique des sotties primitives, et elle se réfère aux œuvres et à l’entourage de Triboulet (nommé au vers 130), qui mourut peu après 1480.1 Les spécialistes s’accordent pour dire qu’elle fut écrite par un basochien : les emprunts juridiques sont fréquents ; l’auteur affiche son mépris pour le collège du Cardinal-Lemoine, pour les jacobins et pour les carmes ; enfin, les clercs de la Basoche jouaient leurs sotties non loin de Saint-Germain-l’Auxerrois (cf. le vers 140, et la notice du Capitaine Mal-en-point).

Source : Recueil de Florence, nº 1.

Structure : Cri en aabaab/ccdccd, rimes plates, abab/bcbc.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

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Farce nouvelle fort joyeuse

à trois personnaiges

*

C’est assavoir :

    LE PRINCE  [Maistre Coquart]

    LE PREMIER SOT  [Sotin2]

    LE SECOND SOT   [Sotibus]

*

                             LE  PRINCE  commence, estant habillé en longue robe,

                   et desoubz est habillé en Sot :

        Sotz estourdiz, Sotz assottéz                     SCÈNE  I

         Qui3 faictes ce que vous voulez :

               Eslevez voz oreilles !

         À venir, point ne demourez,

5   Et icy courant4 acourez !

               Vécy l’an des merveilles.

         Sotz ont le Temps5, quoy qu’il en soit ;

         Il est sot qui ne l’aperçoit.

               Quant Folie se démaine,

10   Roger le scet, Bontemps6 le voit ;

         Ainsi, soit à tort ou à droit,

               Il passe la sepmaine.

         Chacun de vous, s’i[l] est sçavant,

         Et se doit mectre à foller7 avant,

15    Et passer en follye :

         C’est elle qui doresnavant

         Fait tourner le moulin à vent8,

               Car tousjours le fol lye.

         Fol qui follie, il est follet.

20   Ung saige ne scet que fol est

                Se9 premier ne l’espreuve.

         Ung fol a tousjours fol a souhaict

         Et vient à tout le monde à het10,

               Quelque part qu’il se treuve.

25   S’il fait mal par trop folloyer

         Et puis on le veult affoller11

               Ou payer une amende,

         Fol ne demande qu’à galler ;

         C’est ung fol, laisse-le aller12 :

30     Il ne sçait qu’i demande.

           LE  .I.  SOT                     SCÈNE  II

         Qu’esse que je voy là venir13 ?

           LE  .II.  SOT

         Haro !

           LE  PREMIER

                    Qu’esse ?

           LE  SECOND

                                    Il me fait frémir.

         Je ne sçay, moy, que ce peult estre.

           LE  PREMIER

         Est-il point escollier ou prestre,

35   Pour ce qu’il a ceste grant robe ?

           LE  SECOND

         Il vient.

           LE  PREMIER

                       Il ne hobe.

           LE  SECOND

         Il vient.

           LE  PREMIER

                      Il reculle.

           LE  SECOND

                                       Il ne hobe.

         Je ne me congnois à son fait.

           LE  PREMIER

         Qu’il est maigre !

           LE  SECOND

                                     Qu’il est deffait !

           LE  PREMIER

         Quel Socratès !

           LE  SECOND

                                   Quel valeton14 !

           LE  PREMIER

40   Quel Pithagoras !

           LE  SECOND

                                        Quel Platon !

           LE  PREMIER

           Quel mignon !

           LE  SECOND

                                    Qu’il est [ver]molu !

         Mais regardez ce fol testu,

         Comme il regarde çà et là.

           LE  PREMIER

         Regardez-moy quel Sot vélà !

           LE  PRINCE

45   Sotin, approche sans eslongne15 !

           LE  PREMIER

         Quel museau !

           LE  SECOND

                                 Quel mine !

           LE  PREMIER

                                                     Quel trongne !

           LE  PRINCE

         Hon, hon ! Quoy ? Que diable esse-cy ?

         Est-ce16 tout ? Et d’où vient cecy ?

         Quant mes Sotz trouve, qu’esse à dire

50   Qu’ilz se gardent si bien de rire ?

         Jamais cestuy tort ne fut veu.

         (Sont-ilz saiges depuis ung peu ?

         Quel diablerie, quel sinagogue(s)17 !

         Si ne sont-ilz point en leur(s) vogue(s)18.)

55   Avant, Sotin ! Que faictes-vous ?

         (On leur a fait quelque courroux.)

         Sotibus !

           LE  PREMIER

                        [Je croy qu’il rassote :]19

         Qu’esse qu’il dit ?

           LE  SECOND

                                        Je n’y entens note.

           LE  PREMIER

         Esse point maistre Mousche20 ?

           LE  SECOND

                                                              Non.

           LE  PREMIER

60   Or, par monsieur sainct Sim[é]on21,

         Si esse quelque teste sotte.

           LE  PRINCE

         Sotin ! Sotin !

           LE  SECOND

                                Il chante à note22.

           LE  PREMIER

         C’est quelque prince capital.

           LE  .II.  SOT

         Ou maistre Antitus qui se botte

65   Pour remonstrer le Cardinal23.

           LE  PRINCE

         Hau, mes suppostz !

           LE  .II.  [SOT]

                                           Propos final24,

         Le sang bieu, c’est maistre Co[q]uart25 !

           LE  PREMIER  SOT

         Hau ! nostre Prince original.

         Honneur !

           LE  SECOND

                            Gloire !

           LE  PREMIER

                                           Magnificence !

           LE  SECOND

70   [Que nous vault ?]26

           LE  PRINCE

                                                Garre le pénal27 !

           LE  PREMIER

         Dont nous vient ceste ordonnance28 ?

           LE  SECOND

         D’où venez-vous ?

           LE  PRINCE

                                          De veoir la dance,

         L’estat et le train de la Court.

           LE  PREMIER

         Qu’avez veu ?

           LE  PRINCE

                                La vieille ballance

75   Où l’en pesoit les gens de Court.

           LE  .I.  [SOT]

         Qui bruit là ?

           LE  PRINCE

                                 Le Temps qui court,

         Tout nouveau, tout nouvelles gens29.

         Ung chacun est dessus le bort,

         Et si ne peut entrer dedans.

80   Mais à vous demande, présent[z] :

         De quoy estes-vous esbahis30 ?

           LE  PREMIER

         Esbahis ?

           LE  PRINCE

                         Voire.

           LE  .I.  [SOT]

                                       À mon advis,

         Je le vous diray maintenant :

         Quant regarde présentement

85   La contenance et la manière

         Que tenez voz parolles, infère31

         Que ne soyez plus nostre Maistre.

           LE  PRINCE

         Par celuy Dieu qui me fist naistre !

         Je ne sçay32 pas que voullez dire.

           LE  .I.  SOT

90   J’ay veu que vous souliez rire33

         Et folloyer en folloyant.

           LE  PRINCE

         [Si] est-il vray.

           LE  PREMIER  SOT

                                    Et maintenant,

         Vous portez une longue robe.

         Pour Dieu ! que d’ilec on la hobe34,

95   Car je vous ay jà descongneu35.

           LE  SECOND

         Ma foy, c’est qui m’a tant tenu

         De parler à votre personne.

         Mais premier que plus loing m’eslongne,

         Si Nostre Dame vous doint joye,

100  Despoullez-vous tost36, que je voye

         Si vous estes Sot soubz la forme37.

           Icy doivent despouller le Prince.38

         [Et !] vécy une chose énorme !

         Je voy aussi… Je congnois [bien]

         Qu’on ne congnoist gens [qu’]au maintien

105  [Et qu’à]39 l’abit, soit long ou court.

           LE  PRINCE

         C’est la coustume de la Court :

         Mais q’ung homme soit bien vestu,

         Ung chascun si sera esmeu

         De le vouloir entretenir.

           LE  SECOND

110  Dictes-moy, Prince, sans mentir :

         Pourquoy n’y estes-vous encor ?

           LE  PRINCE

         Et ! je vous jure par sainct Mor

         Que j’ayme mieulx cy folloyer

         Que d’estre plus en ce dangier !

           LE  PREMIER

115  Vous voulez-vous dont reposer ?

           LE  PRINCE

         Plus ne vous en vueil exposer,

         Car vous avez trop sotes testes.

           LE  PREMIER

         Or çà, recommançons40 noz festes,

         Puis que vous estes revenu.

120  Je vous cuidoys avoir perdu,

         Et que jamais je ne vous tinsse.

           LE  PRINCE

         Faictes honneur41 à vostre Prince,

         Et me dictes cy en présent,

         Sans rien laisser aucunement,

125  Comment vous avez folloyé.

           LE  SECOND

         Une fois, tant je m’enyvray

         De la servoyse de Rouen,

         Que j’en avoye si grant ahan42 ;

         J’en beu une quarte43 d’ung traict

130  Aussi bien que fist Triboullet.

         N’estoyt-ce pas bien folloyé ?

           LE  PREMIER

         C’est ung estront de chien chié

         Emmy44 vostre sanglante de gorge !

           LE  PRINCE

         Holà, hau ! que nul ne desloge45 !

135  Dy-moy : que [mengeoys entre]46 deux ?

           LE  SECOND

         Je mengeays deux ou trois moyeux

         D’aulx47 et d’ongnons, sans pain ne sel.

           LE  PRINCE

         Tu es ung bon fol naturel48 !

         Et que n’achetoye-tu du pain ?

           LE  SECOND

140  Sur le clochier de Sainct-Germain49

         Je laissay toute ma pécune.

           LE  PRINCE

         Or sus ! c’est assez parler d’une.

         Que ferons-nous ?

           LE  PREMIER

                                         Tousjours grant chère !

           LE  SECOND

         Je le veulx bien.

           LE  PRINCE

                                     C’est ma manière.

145  Aucuneffois, je vous amyelle

         Ma raye du cul si doulcement :

         Grant n’est mousche50 jeune ne vieille

         Que je ne happe incontinant.

           LE  PREMIER

         Je veulx prescher tout maintenant ;

150  Donnez-moi votre béne[i]sson51.

           LE  PRINCE

         Qu(i) esse-là ?

           LE  SECOND

                                 C’est ung Sot.

           LE  PREMIER

                                                         C’est mon52.

           LE  PRINCE

         Que veult-il ?

           LE  SECOND

                                Votre béneisson.

           LE  PREMIER

         Jube, Domine, benedicere !53

           LE  SECOND

                                                            Amen !

         Que Dieu [si] te mecte en mal an54 !

           LE  PREMIER

155  Je suis prest d’évangélister.

         Ne vous sçavez-vous adviser

         De parer autrement la chaire,

         Affin de me garder de braire55 ?

         Que Dieu en mal an si vous mecte,

160  Et trèstous ceulx qui font la beste,

         Et qui mèshuy en preschera !

         Et puis se56 course qui vouldra ;

         Si ce fust Jacobin ou Carme,

         Je prens sur Dieu et sur mon âme

165  Qu’il [fust pendu]57 dès huy matin !

         Par Dieu ! il coustera ung tatin58

         À qui que soit, j’en ay juré !

         Riez-vous, monsieur le curé ?

         Gardez bien que ne vous empongne !

170  J’avoye la meilleur[e] besongne59,

         Et qui venoit tout à propos ;

         Je l’eusse exposé en deux motz

         Et puis une petite fin60.

           LE  .II.  SOT

         Par ma foy ! tu es bien jényn61

175  De vouloir prescher devant moy.

         Et ! tays-toy, tays, Sotin, tais-toy !

         Je veulx chanter à contrepoint.

           LE  PRINCE

         Vrayement, cela ne me duit point,

         Car j’ay trop grant mal en la teste.

           LE  .II.  SOT

180  N’est-il pas aujourd’uy la feste

         Que nous devons tous folloyer62 ?

           LE  .I.  [SOT]

         Hau ! Prince, je vous vueil compter

         Ce que j’ay veu depuis deux jours.

           LE  PRIN[CE]

         Et ! je te supply par amours :

185  Dy quelque chose de nouveau.

           LE  .I.  [SOT]

         J’ay aujourd’uy veu ung thoreau

         Plus petit que une souris63.

           LE  .II.  [SOT]

         C’est trop menty, et je m’en ris.

         As-tu tant songé à le dire64 ?

190  Prince, je m’en vois d’une tire

         Veoir se j(e) aprendray quelque chose.

           LE  PRIN[CE]

         Par Dieu ! d’icy bouger je n’ose.

           LE  .I.  [SOT]

         Dictes pourquoy.

           LE  PRINCE

                                        Je me repose.

           LE  .II.  [SOT]

         Allons-nous-en à la taverne.

           LE  PRIN[CE]

195  Nous fault-il point une lanterne65 ?

           LE  .II.  [SOT]

         Nenny, non : c’est à saiges gens.

           LE  PRIN[CE]

         Allon !

           LE  .I.  [SOT]

                      Bonjour !

           LE  .II.  [SOT]

                                       Devant !

           LE  .I.  [SOT]

                                                       Attens66 !

           LE  .II.  SOT

         Prenez en gré, je vous en prie !

           LE  PREMIER

         À Dieu toute la compaignie67 !

*

                  FINIS

*

1 TRIBOULET : La Farce de Pathelin et autres pièces homosexuelles. GayKitschCamp, 2011. Cette édition critique de Thierry Martin contient : la sottie du Roy des Sotz (pp. 17-57) ; la farce de Maistre Pathelin (pp. 59-201) ; la sottie des Vigilles Triboullet (pp. 203-235) ; la sottie des Coppieurs et Lardeurs (pp. 237-307) ; la sottie des Sotz qui corrigent le Magnificat (pp. 309-361).  2 Ce personnage apparaît dans deux sotties de Triboulet : les Coppieurs, et les Sotz qui corrigent le Magnificat3 F : Que   4 F : acourant   5 « Je vous asseure/ Que les Sotz ont tousjours le Temps. » Les Sotz triumphans. Le Temps (le Bon Temps du vers 10, ou le Temps qui court du vers 76) est, avec le Monde, le personnage allégorique le plus important du théâtre médiéval ; on regrette son absence, et on espère son retour. Cf. les Moralités de Genève6 « Roger Bon Temps » était la personnification nostalgique d’un passé meilleur mais révolu. Roger de Collerye s’appropria ce vieux nom quelques décennies plus tard.  7 F : passer  (La répétition de ce verbe aux vers 12, 14 et 15 est suspecte.)  Foller = faire le fou. « Fol qui ne folle n’est pas fol. » Vigilles Triboullet. Le principe du « cry » est de répéter le plus souvent possible le radical fol ou sot.   8 Les Fols entretiennent un rapport étroit avec le vent, dont leur tête est remplie. Cf. le Prince des Sots « Angoulevent », dans Mallepaye et Bâillevant (notes 2 et 109). Triboulet dit dans le Roy des Sotz : « Vécy ung Sot qui donne vent ;/ Il nous servira de soufflet. » Enfin, les Sots ont un vrai talent de pétomanes : cf. Trote-menu et Mirre-loret.   9 F : Ce  (Se premier = si d’abord.)   10 De bonne humeur. Mais aussi, en érection. Cf. le Povre Jouhan, vers 151.   11 Assommer, blesser. Le passage 18-26, avec son avalanche de fols, est très proche des onze premiers vers des Vigilles Triboullet.   12 « Ha ! c’est un Fol, laissez-le aller. » Dialogue du Fol et du Sage, qui offre des similitudes avec les vers 18-30.  13 Les deux Sots observent le Prince de loin, et ne le reconnaissent pas. Leur crainte mêlée de curiosité devant l’inconnu est propre à la fin du Moyen Âge : cf. les Esveilleurs du chat qui dort, vers 33-44.   14 Pour rester avec les philosophes grecs, on pourrait mettre Xénophon.   15 F : demourance  (Sans eslongne = sans délai. « Sans différer et sans élogne. » Godefroy.)  16 F : Estoit ce  (Sur cette formule de reproche, cf. le Povre Jouhan, vers 435.)   17 Sabbat de sorciers. « Les Sorciers estans assembléz en leur Synagogue adorent premièrement Satan. » Henry Boguet.  18 F : iogues  (En grande forme. « Nous voyons les contempteurs de Dieu estre en leur vogue & avoir le vent en poupe. » Calvin.)  19 Qu’il devient sot. « Je croy que cest homme rassote. » Le Povre Jouhan, vers 26.   20 Célèbre farceur, chef de troupe et « Sot renommé » qui, au milieu du XVe siècle, eut Triboulet pour disciple. Cf. Bruno Roy, Pathelin : l’hypothèse Triboulet, Paradigme, 2009, p.16.  21 Saint Syméon d’Émèse, dit le Fol-en-Christ. Son cas relevait de la psychiatrie. « Demander à sainct Siméon Salus [le Fou] un grain de cette sainte folie qui l’a rendu si sage & si saint. » Méditations de Philagie.   22 Il crie fort. Chanter à note = claironner, annoncer hautement (ATILF). « Il le diroit tantost à Malebouche, qui le chanteroit à note par tous les quarrefours du pays. » Guillaume de Machault.  23 Qui chausse ses bottes de duel pour faire des remontrances au collège du Cardinal-Lemoine. Ce collège encourageait les propos misogynes : « Au Cardinal Lemoyne,/ Magister, on nous a fait tort :/ Il s’y dit que on nous batte fort…./ Vrayment, je ne sçay pas que c’est/ Que tousjours ceulx du Cardinal/ Dient des femmes tant de mal. » (Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.) Le poète maître Antitus Faure <voir les Sotz escornéz, note 23> n’ayant jamais parlé des femmes, notre pièce évoque par conséquent le personnage homonyme qui est entré en littérature en 1442 grâce au Champion des dames. Dans la Farce des deux jeunes femmes qui coifèrent leurs maris par le conseil de maistre Antitus, ce grand féministe vitupérera les époux médisants : « Et ! à jamais vous mesdirez/ Dessus ces pauvres femmelettes ?/ Par bieu, vous rompez bien vos testes,/ Car tousjours je les soustiendray. »  24 En définitive.   25 Un maître coquard est un fol. « Je me rys d’ung maistre coquart,/ Le plus follas que je viz oncques. » (Sottie de la Pipée.) Les vers 66-67 nuisent au schéma des rimes.  26 F : De nouueau  (Cette insolence attire au 2° Sot une menace du Prince.)   27 F : penat — Koopmans : penart (= poignard) — Cohen : penal  (= pénitence induite par « le vœu pénal, qui a été émis ou comme sanction d’une faute, ou à titre de moyen pour l’éviter ». Jules Besson.)  28 Votre comportement.   29 Cf. la sottie des Gens nouveaulx30 La sottie des Esbahis (F 3) a plusieurs points communs avec celle-ci.  31 F : chiere  (Inférer que = déduire. « S’il y a eu quelques femmes mal advisées, vous inférerez que toutes les autres femmes ne vallent rien. » Godefroy.)   32 « Je ne sçay quel mouche vous point./ Par celuy Dieu qui me fist naistre ! » Testament Pathelin, vers 61-62.  33 Que vous aviez naguère coutume de rire.   34 Qu’on l’enlève de là.   35 Je ne vous ai pas reconnu.   36 Dans le Roy des Sotz, on déshabille Triboulet : « –Despouille-le tost ! –Quel “seigneur” !/ Il est tout fin fol par-dessoubz. » Dans les Sotz qui corrigent le Magnificat, Sotin déshabille un fol : « Despouillez ceste robe ! »   37 F : robe  (qui ne rime pas. En droit, « sous la forme » = dans les règles. « En cas que le tout se treuve avoir esté faict et passé soubs la forme et solemnitéz. » Nouveau coutumier général.38 C’est la scène rituelle du déshabillage du Fol : cf. le Jeu du Prince des Sotz, note 146. La « chose énorme » était symbolisée par une marotte, comme celle qu’exhibe le personnage central de notre illustration.  39 F : Que a  (Les juristes et les médecins sont « de robe longue », les nobles « de robe courte ». Mais on distingue les magistrats « de robe longue, s’ils sont reçus sur la loi après avoir pris leurs licences ; & de robe courte s’ils n’y sont pas reçus ». On faisait la même distinction pour les chirurgiens.)   40 F : recommancerons  (Ce quatrain assimile le Prince au Temps : note 5.)   41 Même revendication du Roy des Sotz : « Se vous me venez faire honneur. »   42 Tourment.   43 Une grande chope. « Triboullet gyst en ceste couche,/ Le lieutenant de maistre Mousche./ Pour humer pinte d’une alaine,/ Il buvoit quarte toute pleine. » Vigilles Triboullet44 F : En  (« C’est ung estront/ De chien chié emmy vostre gorge ! » Colin qui loue et despite Dieu <BM 14>. Le drapier de la farce de Pathelin jurait « par la sanglante gorge ».)   45 F : se hobe  (Déloger = s’enfuir. La rime est régulière : cf. carme/âme aux vers 163-164.)  46 F : mengeust tu rntre  47 Des cœurs d’ails. Les temps sont durs : Triboulet, lui, entre deux gorgées de vin, gobait quatre-vingts saucisses et boudins, suivis par un banneton de tripes et de pieds de mouton. Vigilles Triboullet, vers 141-147.   48 Un fou authentique, contrairement au Sot, qui fait le fou. « Or est-il plus fol, [celui] qui boute/ Tel fol naturel en procès. » Farce de Pathelin49 Les marguilliers de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, en face du Louvre, sollicitèrent longuement les dons des paroissiens pour fondre une cloche monumentale. Cette cloche, baptisée « Marie », sera posée en 1527. (45 ans plus tard, elle sonnera le début du massacre de la Saint-Barthélemy.)  50 Mouche à miel = abeille. Mouche = mouchard. « Ce nom de “mouches avait été donné aux agents qu’Antoine de Mouchy, premier espion de la Cour de France sous François Ier, employait pour découvrir les opinions religieuses de ses contemporains…. Les mouches employées à la chasse antipédérastique se recrutaient le plus souvent parmi de jeunes prostitués qui avaient eu affaire à la justice. » Maurice Lever, les Bûchers de Sodome, 10/18, p.263. Sur les allusions à l’homosexualité dans les sotties, voir la notice des Sotz fourréz de malice51 Bénédiction. Les Sots parodiaient les prêches dans des Sermons joyeux obscènes et scatologiques. Cf. le Sermon joyeux de tous les Fous (Jelle Koopmans, Recueil de Sermons joyeux, Droz, 1988, n° 12).  Ici, le 1° Sot enfile la robe longue du Prince, qui du coup ne le reconnaît plus.   52 C’est la vérité. Cf. le Munyer, vers 458.   53 « Daigne, Seigneur, me bénir. » Cette formule latine précède les leçons des Vigiles ; c’est avec elle que commence le Sermon joyeulx de saint Billouart (Koopmans, n° 3).  54 En malheur. Idem vers 159. « Amen » rimait en -an55 De placer autrement ma chaise, pour que je ne sois pas obligé de crier. Jeu de mots sur « chaire », qui désignait la chaire et la chaise ; le Sot va prêcher debout sur une chaise.  56 F : ce  (Se courrouce.)  57 F : fut tendu  (Je prends Dieu et mon âme à témoin qu’il serait pendu ce matin.)   58 Un coup de poing. « En donnant maint coup et tatin/ Aux Angloys. » Godefroy.  59 La tâche de prononcer un sermon.   60 Il s’agit du très classique « sermon en trois points », comprenant l’exorde, la confirmation, et la péroraison.   61 Bête. « Quel glorieulx sot ! Quel jényn ! » Sottie des Coppieurs. Cf. la Résurrection Jénin à Paulme62 On jouait des sotties les jours de fête. Cf. Trote-menu et Mirre-loret, note 15.  63 Le bestiaire fantastique est souvent sollicité dans les fatrasies des Sots : « J’avoys une jument/ Qui cochonna [mit bas] quinze thoriaulx. » Sottie des Sotz nouveaulx farcéz, couvéz. Voir aussi les Sotz escornéz, vers 31-32.   64 « Tu as beaucoup mis à le dire. » Le Roy des Sotz.   65 Depuis Diogène jusqu’à Rabelais (Vème Livre, chap. 32), la lanterne fut l’emblème de la sagesse. On l’opposait à la vessie, qui était l’emblème des fous : Jeu du Prince des Sotz, note 49.  66 F : Je le attens   67 Cette formule clôt deux pièces de Triboulet : la farce de Pathelin, et les Vigilles Triboullet.

LES SOTZ ECCLÉSIASTICQUES

Bibliothèque nationale de France

 

 

*

 

LES  SOTZ  ECCLÉSIASTICQUES

 

*

 

Cette sottie anticléricale fut peut-être composée en 1511. Trois parvenus ont acheté des charges ecclésiastiques1, et les jouent aux cartes.

Source : Recueil Trepperel, nº 14.

 Structure : ababbcbc, avec 5 quatrains en abaB.

 Cette édition : Cliquer sur Préface.

 

*

 

Sotie nouvelle à quatre personnages trèsexcellente des

 

Sotz ecclésiasticques

 

qui jouent leurs bénéfices au content

 

*

 

C’est assavoir :

     LE  PREMIER  SOT

     LE  SECOND  SOT

     LE  TIERS  SOT

     HAULTE  FOLLIE 2

 

*

 

                             LE  PREMIER  SOT  commence        SCÈNE  I

          Soctars,

                           LE  SECOND  SOT

                              Soctereaulx,

                           LE  TIERS  SOT

                                                          Socteletz,

                           LE  PREMIER

         Les vrays filz de Haulte Follie ;

                           LE  SECOND

        Sotz approuvéz,

                           LE  TIERS

                                       Fermes folletz ;

                           LE  PREMIER

        Et nous meslons

                           LE  SECOND

                                             De symonye,

                           LE  TIERS

5   De faire [toute] mocquerie3,

        D(e) éveschéz ;

                           LE  PREMIER

                                      Ce sont noz praticques.

                           LE  SECOND

        Nous sommes (puisqu’il fault qu’on die)

        [Les] vrays Sotz ecclésiasticques,

                           LE  TIERS

        Suyvant les garces4 erraticques

10  Quant on les treuve en quelque lieu.

                           LE  PREMIER

         Que vault ton esveschier, par Dieu ?

                           LE  SECOND

         Sans me partir de ceste ville,

         On m’a apporté quinze mille5.

                           LE  TIERS

         Quinze mille ? Dieux !

                           LE  PREMIER

                                                   Quinze mille ?

                           LE  SECOND

15  Et en vault tant sans ce qu’on pille

         Sur les seaulx des collacions6.

                           LE  PREMIER

         Voire, qui ne sont pas esgalles.

                           LE  SECOND

         Ce sont grandes exactions

         Contre toutes noz Décrétalles7.

                            LE  PREMIER

20  Grimault8 nous tiendra en ses salles.

                           LE  SECOND

         Il fault que tout rompe ou dessire9.

                           LE  TIERS

         Les coustumes sont [si] trèsmalles

         De vendre tant ung peu de cire10.

                           LE  PREMIER

         Je ne dy pas qu’on ne retire

25  Son droit ainsi et ainsi[n]11.

                           LE  SECOND

         C’est ung mal de [tous] maulx le pire12,

         Et une grande larrecin13.

                           LE  TIERS

         Fault-il, pour ung seau et [ung] sin14

                           LE  PREMIER

         Ta[i]s-toy !

                           LE  TIERS

                                     Pour Dieu, que je le dye !

                           LE  SECOND

30  Escoutons jusques en la fin.

                          LE  TIERS

         Rien, c’est trop clère simonie.

         Je voue à Dieu, se l’en m’en prie,

         D’aller au Conseil15 de Lyon.

         Qui qu’en parle ne qui qu’en rie16,

35  Je le mettray in médium17.

                           LE  PREMIER

        Tousjours nous nous humilion.

                           LE  TIERS

         Par noz humiliacions,

         On réduira in nichillium18,

         En brief, noz nominations.

                           LE  PREMIER

40  Traitons19 quelque[s] transations

         À passer temps.

                            LE  SECOND

                                         Qu’on s’y employe !

                           LE  TIERS

         Pensons-y.

                           LE  PREMIER

                              Çà donc, advisons !

         Il est la saison qu’on folloye.

                           LE  SECOND

         Je vous veil racompter d’une20 oye

45  Qui (ou [que] saint Anthoine m’arde !)

         A ponnu21 près les murs de Troye

         Ung euf plus gros q’une bombarde.

                           LE  TIERS

         Tu mens bien : c’est ung euf d’austarde22.

                           LE  SECOND

         Et si, y a une fontaine

50  Où sourd maintenant la moustarde.

                           LE  PREMIER

         Il y a ta fièvre quartaine !

                           LE  TIERS

         Parlons qu’ès23 pays d’Aquitaine,

         Une cingesse a esté veue,

         Qui e[u]t, par messure24 certaine,

55  Quatorze cens lances toises de queue.

         Et plus fort : quant el(le) se remue,

        El y va de si grant estoc

         Que les cogs25, au long d’une lieue,

         Chantent de peur : « Coquericog ! »

                           LE  SECOND

60  Tu souffles d’abhic et d’abhoc26.

                           LE  PREMIER

         Mais anquéron27, je vous en prie,

         Que fait en Paradis Énoc

         Et son bon compaignon Hélye28.

                           LE  SECOND

         Mais com ung homme d’Itallye

65  A montay (dont je m’esmerveil)

         Ès cieulx atout29 une poullye

         Pour pisser contre le soleil30.

                           LE  TIERS

         Vécy ung doubte nompareil

        S(e) ung Sot qui a la teste socte

70  Doit31 pas mener terrible dueil

        Quant il a perdu sa marocte.

                           LE  PREMIER

         Vous compteray-je de la crocte

         D’une souris de Barbarie,

         A[u]ssi grosse q’une pelocte32 ?

                          LE  SECOND

75  Cela, ce n’est [que] mincerie33.

                           LE  TIERS

         Qui sçaura34 donc m[i]eulx, si le die.

                           LE  PREMIER

        Vous diray-je…

                           [LE  SECOND]

                                      Allons de ce pas

        Requérir à Haulte Follie

        Qu’el nous conseille nostre cas.

                           LE  PREMIER                    SCÈNE  II

80  Honneur !

                           LE  SECOND

                             Déduit !

                           LE  TIERS

                                            Joye !

                           LE  SECOND

                                                           Soulas !

                           HAULTE  FOLLIE

         Qui estes-vous ? [………….. -ie.]

                           LE  PREMIER

         Et ! ne nous congnoissez-vous pas,

         Nostre mère Haulte Follie ?

                           HAULTE  FOLLIE

         Certes, je ne vous congnois mye.

                           LE  PREMIER

85  Nous sommes Sotz si vollaticques35,

                           LE  TIERS

         Vrays Sotz,

                           LE  PREMIER

                                Vrays enfans de Sottie,

                           LE  SECOND

         Voz vrays Sotz ecclésiasticques.

             HAULTE  FOLLIE

         Hommes sotz, propres et mist[icqu]es :

         Il n’y a point, certainement,

90  De Sotz qui soient plus autenticque[s],

         D’Orient jusqu’en Occident.

        Vous estes mes Sotz, voirement.

         Mais je ne vous congnoissoyes plus,

         Car vous estes, pour le présent,

95  Merveilleusement disollus.

         Jamais ne vous eusse congneuz.

         N’eusse point en36 intention

         Que vous fussiez oncques venus

         À si grant dissollucion.

100  Quel est la cogitation

         Et la cause de la venue ?

             LE  TIERS

         Nous voullons passer la saison37 ;

         Enseignez-nous, ma mère deue38,

             LE  PREMIER

        Joyeuseté entretenue.

105  Car quoy ! nous sommes gros et gras,

         Nourris comme chappons39 en mue. 

    Nous demandons jeuz et esbatz.

             LE  SECOND

         Vélà tout.

             HAULTE  FOLLIE

                            J’entens vostre cas.

         Advisez que vous voullez faire.

             LE  PREMIER

110  Nous sçavons beaucoup de fatras,

         Se nous ne vous peussions desplaire.

             LE  SECOND

         Vous semble-il qu’il feust bon de boire ?

         [Jà bois.]40

             LE  TIERS

                             Oua !

             LE  PREMIER

                                            Oua !

             LE  SECOND

                                                         Oua !

            HAULTE  FOLLIE

         Tout41 cecy n’est pas nécessaire :

115  Vo42 estat n’est pas ad cela.

             LE  TIERS

         Je fisse si bien broua[ha] !

             LE  PREMIER

         Je feroyes rage43.

             LE  SECOND

                                           Je t’en croy.

            LE  TIERS

        Ha ! jamais homme n’aboya44,

         Pour ung Sot, [aus]si bien que moy.

             LE  PREMIER

120  Seroit-il bon, par vostre foy,

         Que nous fissions des arbalestes

         Pour tuer, sur le moys de may,

         Ung tas de petites mouschectes

         Qui vollent parmy ces sallectes ?

             LE  SECOND

125  Dictes s’on y besongnera.

                          HAULTE  FOLLIE

         Ces jeux-là ne sont pas honnestes ;

         Vo estat n’est pas ad cela.

             LE  TIERS

         Je sçay bien donc que l’en fera :

         Que deux de nous monstrent les culz,

130  Debout, et l’aultre chacera

         À prendre les petz à la glus.

             LE  PREMIER

         Voire ; mais s’ilz estoient vellus45 ?

             LE  SECOND

         C’est du moins : tout y [e]scoura46.

             LE  TIERS

         Voullez-vous bien ?

             HAULTE  FOLLIE

                                                N’en parlez plus :

135  Vo estat n’est point ad cela.

             LE  PREMIER

         Dictes-nous donc que l’en fera.

             LE  SECOND

         Despeschez !

             LE  TIERS

                                   Il nous ennuyst47 tant !

             HAULTE  FOLLIE

         Je sçay ung beau jeu, qui voul[d]ra48.

             LE  PREMIER

        Quel jeu ?

             HAULTE  FOLLIE

                           C’est le jeu du content49.

             LE  TIERS

140  Au content ? Jhésus !

             LE  PREMIER

                                                 Au content ?

             LE  SECOND 50

       Or entendez mon51, que j’advise.

       Par le sang bieu ! je suis content :

         C’est ung droict jeu pour gens d’Église.

             LE  TIERS

         Je ne sçay jeu qui mieulx nous duyse.

             LE  PREMIER

145  Entre nous, telz jeux sont propices52.

             LE  SECOND

         Chascun de nous scet la maistrise

         De macquignonner53 bénéfices.

             HAULTE  FOLLIE

         Di-moy, [toy] qui as tant d’offices :

         Qu’as-tu fait en ton jeune aage54 ?

             LE  TIERS

150  J’ay menay des chiens et des lisses55

         Chacer de nuit au verd boucaige :

         Ung maistre gardeur d’esquipaige56 !

         Jamais, en ma vie, je n’euz peur

         D’actendre la beste sauvaige.

             HAULTE  FOLLIE

155  De loix ? de décret57 ?

             LE  TIERS

                                                      C’est erreur.

        Tout mon t[e]mps, j’é esté chaceur58.

             HAULTE  FOLLIE

         Tu as maintenant tant de biens :

         Qui t’a mis en si grant honneur ?

             LE  TIERS

         Mon seigneur. J’ay esté des siens.

160  J’ay pensé que les clers n’ont riens

         Pour chose qu’ilz aient leu ne veu.

         J’ay esté gouverneur de chiens,

         Et suis maintenant bien pourveu :

         J’ay trois cures (c’est pour empreu59),

165  Sept prieuréz, t[r]oys abbaïes,

         La [grand chappelle]60 de Beaulieu,

         Et quatorze chanoyneries.

             LE  PREMIER

         Ne vélà pas grant deableries ?

             LE  SECOND

         Les clers bien lestréz ont des poulx

         [………………………………. -ies]

170  Qui les rongent jusques aux oux61.

             HAULTE  FOLLIE

         Çà, aux aultres ! Qui estes-vous ?

             LE  SECOND

         Sans tant despriser le mestier,

         Je le diray devant trèstous :

         Mon père fut ung savetier.

175  Quant il fut tout las de crier

         Partout « Vieux souliers ! Vieux houseaux62 ! »,

         Il ayma mieulx estre courtier,

         Et fut macquignon de chevaulx.

         Dieu scet combien [j’ay eu]63 de maulx,

180  En tracassant parmy la ville !

         Aller trocter sur les quarreaulx,

         J’en sçavoyes trèsbien le s[e]tille64.

         Ung seigneur m’a trouvay habille65 ;

         Je le servy. Il m’a donné

185  De revenu cinq ou six mille.

         Je suis maintenant ung abbé66.

             LE  PREMIER

         Mais cuidez-vous qu’il a67 frocté

         Mainte jument et mainte rosse ?

             LE  TIERS

         Le grant deable l’a bien aidé

190  De porte[r] maintenant la crosse68.

             LE  PREMIER

         Jamais il ne fut à tel nopce.

             LE  TIERS

         Fait-on des abbéz si nouveaulx ?

             LE  SECOND

         Je suis abbé, qui que en grosse69.

             LE  PREMIER

         Voire des abbéz fériaulx70.

             HAULTE  FOLLIE

195  Et vous ?

             LE  PREMIER

                                Je suis des fringueriaulx71

        De Court, [où] j’ay long temps esté

        Ung des principaulx macquereaulx

         Qui jamais entrast en l’osté72

         De73 mon seigneur. J’ay tampesté,

200  Servy, brouillié troys ou quatre ans :

         Tant, que [je] suis bien appoincté74

         Et ay deux ou troys mille frans.

             HAULTE  FOLLIE

         Or çà, mes principaulx enfans,

         Vous estes tous troys de bas lieu.

205  Dictes-moy : estes-vous contens ?

             LE  PREMIER

         Nenny.

             LE  TIERS

                        Nenny.

             LE  SECOND

                                        Nenny, par Dieu !

             HAULTE  FOLLIE

         Çà doncques, jouons ad ce jeu.

         Sc[é]ez-vous75. Tien, vélà pour toy.

             LE  PREMIER

         C’est la cure [de] saint Mathieu76 !

             HAULTE  FOLLIE

210  Tien, prens cela !

             LE  SECOND

                                         Ho, par ma foy !

             LE  PREMIER

         Qu’i a-il ?

             LE  TIERS

                               Je ne sçay quoy.

             LE  SECOND

         Si vault ma quarte bien autant.

             LE  PREMIER

         Or çà, doncques, baillez-la-moy :

         Changons, je ne suis pas content.

             LE  SECOND

215  J’ay trèsbonne cure, pourtant.

             LE  PREMIER

         Et moy, une bonne chappelle.

             LE  SECOND

         Qui change ?

             LE  PREMIER

                                   Je me tiens à tant77.

             HAULTE  FOLLIE

         [Çà, recommençons]78 de plus bell[e].

         Tenez !

             LE  PREMIER

                           Vécy bonne nouvelle.

             LE  SECOND

220  Par ta foy ! que t’a-l’en donné ?

             LE  PREMIER

         Je ne vueil jà qu’on le vous celle :

         C’est une archédïaconé79.

         Toy, qu’as-tu ?

             LE  SECOND

                                   J’ay une évesché.

             LE  PREMIER

         Tien ma carte ; que j’ayes la tienne.

             LE  SECOND

225  Ha, corps bieu ! vous estes trompé :

         L’archédïaconé est mienne.

             LE  TIERS

         Corps bieu ! vélà bonne fredaine.

             LE  SECOND

         Ma carte ne vault ne croix ne pille.

         Et toutesfois, j’ay eu la sienne,

230  Qui me vauldra deux80 ou trois mille.

         Qu’as-tu ?

             LE  TIERS

                             Office.

             LE  SECOND

                                            Et vault ?

             LE  TIERS

                                                                  Trois mille.

             LE  SECOND

         Changon !

             LE  TIERS

                              Ce seroit symonie.

             LE  SECOND

         On fait cela au coup la quille81,

         Posay82 que [ne] soit grant follie.

             HAULTE  FOLLIE

235  Tenez83 !

             LE  PREMIER

                                Je ne vous lairay mye84.

             LE  SECOND

         Qu’esse la ? N’a-il bonnes nouvelles ?

             LE  PREMIER

         Par mon serment ! sans menterie85,

         C’est la doyenné de « Grenelles »86 !

             LE  SECOND

         Cestes-cy ne sont pas trop belles.

             LE  TIERS

240  Y a-il chose qui le grève ?

             LE  SECOND

         J’ay beau87 visiter les ruelles :

         C’est la chanoinerie de « Brève »88 !

         Pour toy faire sentence brièfve,

         La prébende Saint-Innocent89.

             LE  TIERS

245  Feroit-on point de changement ?

             LE  PREMIER

          Je doubte, puis je [me] demande…

             LE  TIERS

         Quant est à moy, je suis content.

             LE  SECOND

         Chascun gardera sa prébende.

             HAULTE  FOLLIE

         Tenez ! Ha, je veil qu’on me pende

250  Se90 mot…

             LE  SECOND

                                    Fy ! cecy ne vault rien.

             LE  TIERS

         Que chascun à son cas entende.

             LE  SECOND

         Veulx-tu changer à moy ça tien ?

             LE  PREMIER

         C’est bien moins91, je le voy [trop] bien.

             LE  SECOND

        Hé ! beau sire !

             LE  PREMIER

                                    Ton cas va mal.

255  Je suis content.

             LE  SECOND

                                      Cecy est mien :

         Par ma foy ! je suis cardinal.

             LE  TIERS

         Il en a92 !

             LE  SECOND

                                Ce n’est pas grant mal.

             LE  PREMIER

         Dieux ! et t’en fault-il si hault braire ?

             [LE  SECOND]

         Je ne suis pas trop au raval93.

             LE  PREMIER

260  Qu’as-tu ?

             LE  SECOND

                                  Je suis prothenotaire94.

             LE  PREMIER 95

         J’ay fait que saige96 de moy taire.

             LE  TIERS

         Par mon serment ! j’ay raige rouge97.

             [LE]  SECOND

         Ha, corps bieu ! tu auras beau faire98

         Se je change le chappeau rouge.

             LE  TIERS

265  C’est ainsi que Follie te louge99.

             HAULTE  FOLLIE

         Tien cecy !

             LE  PREMIER

                            Hon, hon ! Je vous happe100.

             LE  SECOND

         Hélas, pour Dieu ! qu’omme ne bouge !

         Je suis homme pour estre pape.

             LE  PREMIER

         Vous n’avez garde qu’el101 m’eschappe,

270  S’elle peut venir en mon lieu.

              LE  SECOND

         Mort bieu ! s’une fois je l’actrappe102,

         Encor[e] vouldroy-je estre Dieu.

             HAULTE  FOLLIE

         Tien, prens cela !

             LE  SECOND

                                      Ha, [la] mort bieu !

             LE  TIERS

         Hon, hon !

             LE  PREMIER

                                Sommes-nous bien content[s] ?

             LE  SECOND

275  Toy103, Premier : par ta foy, qu’a[s]-tu104 ?

             LE  PREMIER

        Je suis arcevesque de Sens.

             LE  SECOND

         Veulx-tu changier ?

             LE  TIERS

                                          Je m’y consens105.

             LE  SECOND

         Qu’as-tu, [toy] ?

             LE  TIERS

                                        Deux bons prieuréz

         Vallans deux ou trois mille francs.

             LE  SECOND

280  Tien : tu auras106 mes doyennéz.

             HAULTE  FOLLIE

         Voullez-vous à [ce] coup jouer ?

             LE  TIERS

         Et ! jouons encor une lasche107.

             HAULTE  FOLLIE

         Que veulx-tu pour te contenter ?

             LE  TIERS

         Je voulsisse estre patriarche.

             LE  SECOND

285  Et tu seras ung estront !

             LE  PREMIER

                                                      Masche108 !

             LE  TIERS

         Mais faictes ce vieil bracquemar109

         Abbé ou prieur de la « Marche »110 !

             LE  SECOND

         Hée, villain ! t’en fault-il parler ?

             [LE  TIERS]

         Tu as esté pallefrenier

290  Et houspaillier111 toute ta vie,

         Filz d’ung co[u]rtier, d’ung savetier ;

         Et si, ne te contente[s] mye ?

             LE  PREMIER

         Et moy, ay-je assez ? Qu’on le die !

             LE  SECOND

         Voyez ce macquereau putier,

295  Régent en macque[rel]lerie :112

        Est évesque, et n’est pas content !

             LE  PREMIER

         Et toy aussi, maistre appliquant113 !

         Hélas, quel abbé de [Froit-Vaulx]114 !

             LE  SECOND

         Tu es ung macquereau, pourtant.

             LE  PREMIER

300  Hé ! torcheur de cul de chevaulx115 !

             LE  TIERS

         Mais advisez quelz truandeaux !

             LE  SECOND

         Ha, par bieu ! vous le vallez bien,

         Maistre chas[s]eur de lappereaux !

             LE  PREMIER

         Suyvez hardiement vostre116 train !

             HAULTE  FOLLIE

305  [Discord ne]117 débat ne vault rien.

             LE  PREMIER

         Que j’eusse encor une118 abbahye !

             HAULTE  FOLLIE 119

         J’en ay une.

             LE  PREMIER

                                Je la retien :

         Donnez-la-moy, Haulte Follie !

             HAULTE  FOLLIE

         Seras-tu content ?

             LE  PREMIER

                                          De ma vie,

310  Rien je ne vous demanderay120.

             HAULTE  FOLLIE

         Vélà la.

             LE  PREMIER

                          Je vous remercie.

             HAULTE  FOLLIE

         [………………………..] cecy :

         Se tu estoyes Dieu, mon amy,

         Seroyes-tu content de ton eu121 ?

             LE  PREMIER

315  Je croy bien qu’il n’y a celluy

         Qu’il ne fust content d’estre Dieu.

                           HAULTE  FOLLIE

         Chascun de vous est bien pourveu :

         Estes-vous content[s], mes amis ?

             LE  SECOND

         Nenny : je veil estre au millieu,

320  Et le plus hault en Paradis122.

             HAULTE  FOLLIE

         Es-tu bien content ?

             LE  SECOND

                                               Je ne sçay.

             HAULTE  FOLLIE

         Et toy ?

             LE  TIERS

                         Se j’eusse ung éveschié,

         Je fusse content.

             HAULTE  FOLLIE

                                          Vez-le là.

         Es-tu bien content ?

             LE  TIERS

                                             Je ne sçay.

325  Je ne n’ay pas tant que cestuy-là.

             HAULTE  FOLLIE

         Et toy, aussi ?

             LE  PREMIER

                                  Qui me123 donra

         Ung chappeau rouge [par surcroy],

         Je seray content de cela.

             HAULTE  FOLLIE

         Tien ! Es-tu content ?

             LE  PREMIER

                                               Je le croy.

330  Si ne le sçay pas bien, de vray.

             HAULTE  FOLLIE

         Vécy grant bestialité124 !

             LE  PREMIER

         J’eusse eu (par l’âme de moy)

         Voulentiers la Papalité.

             HAULTE  FOLLIE

         Au moins, seras-tu bien content[é],

335  S’une foiz la te donne ?

             LE  PREMIER

                                                         Ouÿ.

             HAULTE  FOLLIE

         Mais vouldroyes-tu point la déité ?

             LE  PREMIER

         Si125 la vouldroyes avoir [aussi].

             HAULTE  FOLLIE

         Il n’est pas possible, mes filz :

         Jamais vous n’en verrez la porte126.

340  Il fault, selon ce que je lis,

         Que le grant deable vous emporte.

             LE  SECOND

         Est-il ainsi ?

             HAULTE  FOLLIE

                                Je vous enorte127

          Que telz gens n’y pevent entrer128.

             LE  TIERS

         Nous vivons de si bonne sorte !

             HAULTE  FOLLIE

345  Vous ne vous sçavez contenter.

         Vous voullez aussi hault monter

         Comme Dieu, mais vous estes fo[u]lz,

         On le vous sçaura bien monstrer.

             LE  PREMIER

         S’il est ainsi, qu’en ferons-nous ?

             HAULTE  FOLLIE

350  Dieu scet s’on vous sçaura tourner

         En la chauldière129, sus et soubz !

             LE  SECOND

         En quel lieu ?

             HAULTE  FOLLIE

                                    Au fin fons d’Enfer.

             LE  SECOND

         S’il est ainsi, qu’en ferons-nous ?

             HAULTE  FOLLIE

         Vous estes servis, honnoréz,

355  Bien nourris, remplis, [gras et grous]130 :

         Qu’esse donc que vous demendez ?

             LE  PREMIER

         S’il est ainsi, qu’en ferons-nous ?

             HAULTE  FOLLIE

         Devez-vous pas considérer131

         Que vous estes de bas lieu, tous,

360  Et que vous soulliez truander132 ?

             LE  SECOND

         S’il est ainsi, qu’en ferons-nous ?

             HAULTE  FOLLIE

         Devez-vous pas considérer

         Que chascun [vous ploie]133 les genoux,

         Et que vous soulliez coquiner134 ?

             LE  TIERS

365  S’il est ainsi, qu’en ferons-nous ?

             HAULTE  FOLLIE

         Je puis doncques délibérer

         Que les vrays Sotz de maintenant

         Ne sçavent à quoy temps passer

         S’ilz ne vont jouer au content.

 

               EXPLICIT

*

 *

Jeu du content

     Eugène Lebrun : Nouveau manuel complet des jeux de calcul et de hasard.  (Roret, 1840.)

 

 *

 

 

1 On nommait déjà les « Sotz ecclésiasticques » au 5ème vers des Sotz triumphans.   2 Son portrait figurera dans le Triumphe de Haulte Folie.   3 « Il luy semble que c’est toute mocquerie. » Loÿs de Granate.   4 T : graces   (Les « garces erratiques » sont les filles errantes, les prostituées : « Papes et cardinaulx/ (Saulve l’honneur des ecclésiastiques)/ De bien dancer sçavent tous les praticques./ Povres amans et garces erraticques/ Y vont souvent visiter cette feste. » Octavien de Saint-Gelais.)   5 Il faudrait une rime en -ieu (peut-être « milieu »), d’autant que mille ne peut rimer avec mille, en dépit des vers 130-1.   6 Les sceaux des actes permettant de conférer un bénéfice ecclésiastique. Il semble manquer 3 vers : -ille, -ons, -ons.   7 Règles religieuses.   8 « Grimaut, le père au diable. » (Adrien de Montluc.) C’est le « maistre Grimouart » que le Gaudisseur rencontre au Purgatoire <vers 83>.   9 Se déchire.   10 La cire des cachets du vers 16.   11 D’une manière ou d’une autre. « Qu’il soit ainsin ou ainsy. » Montaigne, I, 21.   12 T : prie   (C’est le pire de tous les maux.)   13 Un grand larcin.   14 Un sceau et un seing (vers 16).   15 Le Concile de Lyon se tint en avril 1511. Voir la préface à l’édition de notre pièce qu’Eugénie Droz a publiée dans : Le Recueil Trepperel. Les Sotties.   16 T : grongne   17 Jeu de mots : « Sur mon médius. » On imagine que l’acteur levait son poing fermé en tendant le majeur. Les Sots émaillaient leur jeu de gestes obscènes, que Rabelais décrira dans Pantagruel (chap. 19) et dans le Tiers Livre (chap. 20). Medium se prononçait médïon.   18 À rien (in nihilum). Nos ecclésiastiques baragouinent quelques mots de latin.   19 T : Trainons  (Faisons quelques transactions pour passer le temps.)   20 T : dug   21 T : pomnu  (Ponnu = pondu. « De quatre corbeillées de Folz/ Tous nouveaulx ponnus et esclos. » Les Sotz nouveaulx farcéz, couvéz.)   22 D’outarde.   23 T : qui es   24 Mesure.   25 Coqs.   26 De bric et de broc. « Parlo ab hic et ab hoc, il parle sans savoir ce qu’il dit. » (Lou Tresor dóu Felibrige.)   27 T : auqueron  (Enquérons-nous.)   28 Hénoch et Élie furent transportés vivants au Paradis.   29 Avec.   30 Rabelais dira aussi que le jeune Gargantua « pissoyt contre le soleil ».   31 T : Dait il   32 Balle à jouer.   33 Broutille. « Fy ! fy ! ce n’est que mincerie. » Roger de Collerye.   34 T : scauira   35 Volages.   36 T : eu  (Avoir en intention = avoir dans l’esprit : « Que vous l’aiez tousjours en vostre intention. » Jehan Des Preis.)   37 Passer le temps.   38 Due. Jeu de mots sur merdeux, comparable à celui de Villon : « Oncques ne vey les mères d’eulx. »   39 T : choppons  (On met les chapons en mue [en cage] pour les engraisser.)   40 Il y avait là un jeu de mots sur boire et aboyer, confirmé par les aboiements qui suivent et par le vers 119. Les « ou-a » sont dissyllabiques.   41 T : Tant   42 Forme normande de « votre ».   43 On reste dans le registre canin.   44 T : nauoya  (V. note 40.)   45 Un pet velu est particulièrement viril.   46 Tout en sera secoué.    47 Nous nous ennuyons.   48 Si vous voulez. Cf. Maistre Mymin, vers 204.   49 On peut lire ci-dessus la règle du jeu du content, aussi nommé « jeu de trente et un » (Littré).   50 T : tiers   51 Attendez ! « Mon » est une particule affirmative qui étaye un verbe : C’est mon, à savoir mon, ce ferai mon, etc. Ce vers était sans doute dit par Haute Folie.   52 T : prepices   53 T : macquignonnez   (Maquignonner = surévaluer un cheval pour le vendre plus cher. Le Second Sot a justement été maquignon <vers 178-180>.)   54 Scander a-age. « On prononçoit anciennement éage. » Gilles Ménage.   55 Lices = chiennes de chasse. Cf. les Sotz fourréz de malice, vers 15.   56 T : de bocaige  (Déjà à la rime. Équipage = meute de chiens de chasse.)   57 As-tu étudié la théologie ?   58 T : chanceur   59 Et d’une ! Cf. Raoullet Ployart, vers 277.   60 T : grande eau  (Les eaux de Beaulieu, en Auvergne, n’appartenaient pas au clergé. En revanche, on connaît d’innombrables chapelles de Beaulieu.)   61 Jusqu’aux os.   62 Cri de savetier ambulant. Cf. les Cris de Paris, vers 113.   63 T : ieuz   64 Le style, la manière. « Vous ne sçavez/ Le setille ny l’entregent/ Comme il fault avoir de l’argent. » La Fille bastelierre (LV 1). Cf. le Faulconnier de ville, vers 45.   65 Habile.   66 J’ai pu acheter une charge d’abbé avec cet argent.   67 T : la   68 L’abbé des Fous (note 70) brandissait une crosse en forme de marotte.   69 Même si on grogne. « Je retourneray, qui qu’en grousse,/ Chiez cest advocat d’eaue doulce. » Pathelin.   70 Festifs. L’abbé des Fous se livrait à des parodies liturgiques lors de plusieurs festivités carnavalesques, comme la fête des Fous. Voir par exemple le Cry pour l’Abbé de l’église d’Ausserre et ses suppostz, de Roger de Collerye : « Sortez, saillez, venez de toutes pars,/ Sottes et Sotz, plus promps que lyépars :/ Car par l’Abbé, sans troubler voz cerveaulx,/ Et ses suppostz, orrez demain merveilles ! »   71 Galants.   72 L’hôtel, la maison.   73 T : Da   74 J’ai de bons appointements.   75 Asseyez-vous devant la table. Haute Folie va distribuer les cartes, qui représentent des édifices sacrés. Pierre Gringore écrivait dans les Folles entreprises : « Abbayes, cures, prieuréz, par faintise/ Sont baillées (affin que l’entendez)/ À des joueurs de cartes ou de déz. » Lors de la fête des Fous, le clergé jouait aux cartes et aux dés dans les églises.   76 Patron des usuriers. « Il feste saint Matthieu » = il est avare. Haute Folie semble avoir été un peu chiche en donnant une cure peu lucrative.   77 Je m’en tiens à ce que j’ai.   78 T : Sa recommensont   79 Un archidiaconé est la juridiction d’un archidiacre.   80 T : daux   81 Au petit bonheur. « –Estes-vous bien ? –Oïl, nenny./ (Il respondoit à coup la quille.) » Guillaume Coquillart.   82 À supposer.   83 T : Venez  (Elle lui donne une nouvelle carte.)   84 Je ne vous laisserai pas faire.   85 T : merite   86 Difficile de deviner le jeu de mots que l’auteur a placé ici à l’origine : les comédiens adaptaient au gré des tournées les mentions géographiques contenues dans les pièces.   87 J’aurai vite fait de.   88 On m’a donné une chanoinerie minuscule.   89 C’est une prébende particulièrement maigre, puisque le cimetière des Saints-Innocents abritait surtout des squelettes… Il semble manquer un vers en -ève et un vers en -ent.   90 T : Ce  (Si j’ajoute un mot.)   91 T : maint   92 Il a des cornes de cocu, pour être aussi chanceux.   93 Trop mal loti.   94 Protonotaire, secrétaire pontifical.   95 T : second   96 J’ai eu raison. Cf. l’Avantureulx, vers 351.   97 T : raige  (Rage rouge = grande colère. « Je voy lever Envie et rouge rage/ Pour alumer ou trahyson ou guerre. » Jehan Lemaire de Belges.)   98 Tu auras fort à faire pour que j’échange mon chapeau de cardinal.   99 T : longe  (Louger = loger. « J’espère que l’on s’i pourra bien lougier. » Louis XII.)   100 Il serait tentant de lire « tappe », en référence à la folie dans la Résurrection Jénin à Paulme (vers 30, 90, 178-180).   101 Elle = la papauté.   102 T : tactrappe  (On parle toujours de la papauté du vers 268.)   103 T : Tous   104 Une rime en -ieu serait préférable.   105 Il est normal qu’un fou n’ait que faire de « sens ».   106 T : amas   107 Une partie.   108 Formule courante qui correspond à l’actuel : « –Merde ! –Mange ! » Cf. la Vie de sainct Christofle : «–Tu ne vaulx pas ung estron ! –Masche ! »    109 Épée, ou pénis. On prononçait braquemèr.   110 Faites-le s’en aller.   111 Valet qui garde les chevaux des soldats. Cette tirade vise le Second Sot (vers 174-180).   112 Il semble manquer 4 vers : -er, -er, -ent, -er.   113 Gaillard. Cf. la Réformeresse, note 25.   114 T : froit vault (Sur cet abbé de carnaval, cf. le Monde qu’on faict paistre, note 102.)   115 « Les torcheculz de mulles, de chevaulx,/ Courtiers d’amours appelléz maquereaulx,/ Ont dessoubz eulx chapellains et vicaires. » Pierre Gringore.   116 T : nostre  (Revenez à vos moutons !)   117 T : Adcord ce  (« Jamais il n’avoit eu noise, discord ne débat avec ledit Alexandre. » Actes royaux du Poitou.)   118 T : ung   119 T : science   120 Il faudrait une rime en -y.   121 De ce que tu as eu.   122 On peut être à la gauche ou à la droite du Père, mais pas au milieu, à moins d’être Dieu. De même, au plus haut des Cieux (in excelsis), il n’y a que Dieu. Il semble manquer 3 vers : -is, , -is.   123 T : men  (Si on me donne un chapeau de cardinal.)   124 Voilà une grande bêtise.   125 T : Se  (On a le choix entre Si et Je.)   126 Du Paradis.   127 T : euorte  (Enhorter = prévenir.)   128 Au Paradis.   129 Dans le chaudron du diable. Cf. le Munyer, vers 453. Haute Folie dira dans le Triumphe de Haulte Folie : « Je, Folie, pour ma plaisance,/ Dedans Enfer les folz admeine. »   130 T : gros et gras  (Grous = gros. « Neuf cens cinquante quatre pourceaulx grous et gras. » Journal du siège d’Orléans.)    131 T : considerez  (Même faute avec l’infinitif de 360 et de 362.)   132 Alors que vous aviez l’habitude de mendier.   133 T : vons ploise  (S’incline devant vous.)   134 Mendier. « Coquinans et mendians sa faveur. » La Boétie.

LES FEMMES QUI FONT ESCURER LEURS CHAULDERONS

British Museum

British Museum

*

LES  FEMMES  QUI  FONT  ESCURER LEURS  CHAULDERONS

*

Quelques fabliaux littéraires du Moyen Âge furent adaptés pour la scène à la Renaissance. Le Maignien qui foti la dame1 fut ainsi transformé en farce dans les années 1510-1520. Le « chaudron » des deux femmes désigne la partie la plus chaude de leur anatomie. Ce chaudron étant troué, le chaudronnier doit y mettre un « clou » suffisamment gros pour le boucher. Tout est dit.

Source : Recueil du British Museum, n° 29.

Structure : Rimes plates, avec 2 triolets, et 4 huitains en aabBaabB.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

*

Farce nouvelle et fort joyeuse

des femmes qui font escurer leurs chaulderons

et deffendent que on ne mette la pièce auprès du trou

*

À troys personnages, c’est assavoir :

    LA  PREMIÈRE  FEMME

    LA  SECONDE  [FEMME]

    LE  MAIGNEN 2

*

 

                                     LA PREMIÈR[E]  commence                      SCÈNE  I

          Ma commère !

             LA SECONDE

                                         Plaist-il, m’amye ?

             LA PREMIÈRE

         Escoutez un peu !

             LA SECONDE

                                          Bien j(e) y voys3.

         Qu’avez-vous ?

             LA PREMIÈRE

                                     Que j’ay ? Je n’ay mie4,

         Ma commère.

             LA SECONDE

                                   Plaist-il, m’amye ?

5    Que n’av’ous5 ?

             LA PREMIÈRE

                                        Heure ne demye

         De soulas6.

             LA SECONDE

                                Par Dieu ! je le croy.

             LA PREMIÈRE

         Ma commère !

             LA SECONDE

                                    Plaist-il, m’amye ?

             LA PREMIÈRE

         Escoutez un peu !

             LA SECONDE

                                              Bien j(e) y voys.

             LA PREMIÈRE

         Il m’est advis, quand je le voy[s],

10   Nostre homme7 (vous m’entendez bien),

         Que j’ay souppé8.

             LA SECONDE

                                              N’en dictes rien,

         Il peult estre qu’il nous escoute.

             LA PREMIÈRE

         Je feray plustost sa grand goute9 !

         Je me tairay pour cest infâme ?

15   Fus-je point bien meschante femme

         De m’estre liée en ce point,

         Quand de plaisir en luy n’ay point ?

         Commère, pensez la destresse.

             LA SECONDE

         Il luy fault jouer de finesse10,

20   À ce villain.

             LA PREMIÈRE

                                 Ha ! hardiment !

         Que j’en auray d’estorement11

         Pour mon user !

             LA SECONDE

                                      Et pourquoy donc ?

             LA PREMIÈRE

         Se j’en debvoys avoir le jonc12

         Et bastue de jour en jour,

25   Si luy en jourray-je le tour.

         Et de bref, car j(e) y vueil penser.

             LA SECONDE

         Av’ous encor à commencer13 ?

         Craignez-vous tant ces mesdisans ?

         Quoy ! il y a plus de dix ans

30   Que commençay premièrement.

         Faisons-le tout secrètement,

         Il sera demy pardonné14

             LA PREMIÈRE

         S’eusse voulu, on m’eust donné

         Foison de bagues et d’anneaulx,

35   Belles ceintures et cousteaulx,

         Par un amy le plus gentil15.

             LA SECONDE

         Et que dyable vous failloit-il ?

             LA PREMIÈRE

         J’ay refusé habitz nouveaulx,

         Or et argent à grands monceaulx

40   Par un amoureux tant subtil.

             LA SECONDE

         Que grand dyable vous failloit-il ?

         Estes-vous si belle ou si grande16,

         D’avoir reffusé telle offrande ?

         Je ne sçay que vous voulez faire.

             LA PREMIÈRE

45   Jamais ne me voulu[s] forfaire17.

             LA SECONDE

         Mon arbelestre au croc18 je bende.

         Jamais ne refusez prébende19,

         Quand c’est homme de tel affaire20.

             LA PREMIÈRE

         Jamais ne me voulus forfaire.

50   Mais j’entens bien, par mon serment,

         Qu’il fault par tout commencement.

         Et si, fault (puis qu’on s’en démente21)

         Mettre le marteau en la vente22

         En despit de luy, ma commère.

             LA SECONDE

55   Ilz vont bien à d’autres le faire,

         Noz maris, les villains jaloux !

         Et pourquoy ne le ferons-nous

         Aussi bien comme eulx ?

             LA PREMIÈRE

                                                C’est raison.

         Pourquoy n’aurons-nous [en saison]23,

60   Pour nous (ré)conforter, un amy ?

         À trompeur, trompeur et demy24!

         Pensent-ilz que la court soit beste25 ?

             LA SECONDE

         S’ilz s’en devoient rompre la teste

         De dueil, par Dieu, je le feray

65   (Mal gré [soit] d’eulx26 !) et gaudiray

         Cheulx27 mes cousins.

             LA PREMIÈRE

                                                 Dieu l’a permis :

         Pourquoy nous a-il icy mis,

         Se n’est pour œuvre de nature ?

         Et puis, c’est la loy de droicture28,

70   Faire plaisir les uns aux autres.

         Se j’en devois aller en peaultre[s]29

         Et batue, j’en ay juré :

         Si sera-ce que je feray

         Plaisir à ceulx qui m’en feront.

             LA SECONDE

75   Rire avecques ceulx qui riront,

         Il n’est point de meilleure vie ;

         Et puis laissez parler Envie.

             LE MAIGNEN                  SCÈNE  II

         Av’ous que faire de maignen ?

         Du maignen, commère, du maignen30 !

                             LA PREMIÈRE

80   Commère, avez-vous rien ouÿ

         Crier, là-dehors ?

             [LA SECONDE]

                                         Par Dieu, ouy.

         Escoutez…

             LE MAIGNEN

                               Le maignen, le maignen !

             LA SECONDE

         J’ay ouÿ, par monseigneur sainct Aignen31,

         Aucun crier emmy ceste estre32.

             LA PREMIÈRE

85   Hélas ! voyez que ce peust estre.

         Se c’est quelque bon compaignon

         Qui de gaudir ayt bon regnom,

         Faictes-le venir.

             LA SECONDE 33

                                     Hau ! compère !

         Venez, car nous avons affaire

90   Un peu de vous !

             LE MAIGNEN

                                           Allons, maistresse34.

             LA PREMIÈRE

         Venez çà ! Dictes-nous, maistre : esse

         Vostre plaisir de nous servir ?

             LE MAIGNEN

         Vrayement, je me vueil asservir

         Vous faire plaisir et service.

95   Mais premier, fauldroit que je visse

         L’œuvre35 où voulez que [je] besongne.

             LA PREMIÈRE

         Vous n’aurez point vieille besongne,

         Ne qui soit forte à esclarcir36.

             LA SECONDE

         Faictes vostre broche endurcir,

100  Que ne rebourse37 en nostre ouvrage.

             LE MAIGNEN

         Rebourser ? Vous me dictes raige !

         Garde n’a d’y estre ployée,

         Car par le bout est achiérée38.

             [LA SECONDE]

         Monstrez çà !

             LA PREMIÈRE

                                    Tenez, nostre maistre,

105  Sçavez qu’il est ? N’allez pas mettre

         Icy la « pièce » auprès39 du trou.

             LE MAIGNEN

         Maistresse, j(e) y mettray un clou

         Gros et rivé par les deux boutz40.

             LA SECONDE

         Qu’il m’y soit congné en deux coups !

110  Faictes quelque œuvre de nouveau41 !

             LA PREMIÈRE

         [Moy,] mon chaulderon fait de l’eau

         Auprès du cul quand il est chault ;

         Et pour cause, maignen, il fault

         Qu(e) y mettez une bonne pièce,

115  Affin que plus ne se dépièce

         Et que bien me soit esclarcy.

             LE MAIGNEN

         Et quand je l’auray adoulcy42,

         N’auray-je pas, la foys, à boire ?

             LA PREMIÈRE

         Ainsi le debvez-vous bien croire.

             LA SECONDE

120  Servez-nous à nostre appétit.

         N’y mettez point clou si petit

         Que le trou n’en soit estouppé.

             LE MAIGNEN

         Voyez cestuy : il a tappé43.

         Est-il rivé de bonne sorte ?

125  Qu’en dictes-vous ?

             LA PREMIÈRE

                                            Le Dieu m’en porte !

         Vous estes ouvrier parfait.

         Un maistre, on le cognoist, par fait,

         À son ouvrage.

             LA SECONDE

                                       Nous buron44.

         Frappez fort sur le chaulderon :

130  Vous frappez dessus si en paix45 !

         Il a le cul assez espaix

         Pour endurer la refaçon46.

             LA PREMIÈRE

         C’est un chaulderon de façon47

         Que le mien, et est assez fort

135  (Mais qu’on ne luy face point tort)

         Quasi pour servir deux mesnages.

             LE MAIGNEN

         Vous avez assez doulx ouvrages,

         Cela ne vueil contrarier48.

             LA SECONDE

         Ne reste49 qu(e) un bon ouvrier

140  Pour nous servir en nostre appoint.

             LE MAIGNEN

         Je croy que ne vous plaindrez point

         De ma besongne.

             LA PREMIÈRE

                                            Je le croy.

         Servez-nous bien, et sur ma foy,

         Payé(z) serez à vostre dit50.

145  Mais comme on vous a [des]jà dit,

         Gardez bien de tirer le clou

         Ne les pièces auprès du trou,

         Comme maignens ont de coustume51.

             LA SECONDE

         N’espargnez marteau n[e] enclume52 :

150  Frappez fort, rivez fermement !

         Car s’il dégoute aucunement

         Ou face de l’eau par le trou

         Où vous aurez frappé le clou,

         Vous perdrez en nous bon crédit.

             LA PREMIÈRE

155  Entendez ce que l’on vous dit :

         Gardez-vous d’avoir de la hongne53 ;

         Ne prenez point nostre besongne

         Se vous n’y pensez bien fournir.

         Ayez cela en souvenir,

160  Et regardez que vous ferez.

             LE MAIGNEN

         Je m’en gage que vous direz

         Que ne fustes, de vostre vie,

         À vostre vouloir mieulx servie

         De compagnon de mon mestier !

             LA PREMIÈRE

165  Vrayement, nous avions bien mestier54

         D’un autel homme comme vous.

         Frappez fort, car je vous advoues55 !

         Espargnez-vous frapper dessus ?

             LE MAIGNEN

         Regardez-moy comme je sues56.

170  À vous servir je prens grand peine.

         J’en suis quasi tout hors d’alaine.

         Voyez, vostre cas57 est bien fait.

         Ne pensez plus sinon du fait

         De disner. Vostre « cas » est prest.

             LA SECONDE 58

175  Çà, maignen : monstrez-moy que c’est,

         Que je voye vostre besongne.

             LE MAIGNEN

         Je ne crains pas en avoir hongne

         Ne reproche devant tout homme.

             LA SECONDE

         Çà, monstrez-moy, que je voye comme

180   Vous y avez bien oppéré.

             LE MAIGNEN

         Je m’en gaige que je beuray59

         Fermement. Feray pas, maistresse ?

             LA PREMIÈRE

         Voyre. Mais dictes-moy, maistre : esse

         Le mieulx besongné que sçavez ?

             LE MAIGNEN

185  Je vueil mourir se vous avez60

         Quelque besongne de nouveau !

         Et se vostre chauld(e)ron fait eau

         Ne si court61, je vueil estre mort,

         Mais que ne luy facez point de62 tort

190  En le faisant trop fort chauffer :

         Car quand viendroit à eschauffer,

         Il pourroit bien encor courir.

             LA SECONDE

         De malle mort puisse-il mourir

         Qui en vouldroit [donner dix souz]63 !

             LE MAIGNEN

195  Regardez-le dessus, dessoubz :

         Est-il esclarcy nettement ?

         S’il fait eaue aucunement

         (Mais qu’il ne soit point trop chault,

         Comme, j’ay dit, cela y fault),

200  J’abandonne d’estre damné64 !

         Je croy que je fus en mars65 né,

         Car j’ayme tousjours à « combatre66 »…

             LA PREMIÈRE

         De cela ne se fault débatre.

         Allons bancqueter vistement !

             LA SECONDE

205  Je voys devant premièrement

         Mettre la nappe.67

             LE MAIGNEN

                                          C’est bien dit.

             LA PREMIÈRE

         Voulez-vous pas faire un édit68

         Qui donnera le premier mot69 ?

             LE MAIGNEN

         Tout sera payé sur l’escot.70

210  Commère, est nostre souper prest ?

             LA SECONDE

         Long temps y a.

                                     LE MAIGNEN

                                      Ha ! par Dieu, c’est

         À vous besongné de manière71.

             LA PREMIÈRE

         Séons-nous ! Faisons bonne chère !

         Maignen, ayez le souvenir

215  D’amander72 vostre tard-venir.

         Buvez à moy, je vous en prie !

             LE MAIGNEN  bibit 73

         À vous, dame !

             LA PREMIÈRE

                                      Je vous mercie.

         Vous soyez le trèsbien venu !

             LE MAIGNEN

         Le grand diable m’a bien tenu

220  De venir plus souvent, d’Enfer74.

             LA SECONDE

         Maignen, il nous fault eschauffer

         Par la goulle, comment un four75.

             LA PREMIÈRE

         Or çà ! quand ferez-vous retour

         Par-devers nous ?

             LE MAIGNEN

                                         Je vous diray :

225  Tout au plus tost que je pourray

         Et que me trouveray apoint76.

             LA SECONDE

         Je vous pry, ne nous faillez point,

         Car nous nous attendrons à vous.

             LA PREMIÈRE

         Maignen, souvienne-vous de nous,

230  Mais n’oubliez pas vostre « broche » :

         Tousjours avons un fer qui loche77

         Ou quelque trou à restoupper.

             LE MAIGNEN

         Je vous pry, laissez-moy soupper,

         Et puis je vous rendray responce.

             LA SECONDE

235  Qui eust un chappon en la ponce78,

         Cela nous viendroit bien apoint.

             LA PREMIÈRE

         Je vous pry, ne nous faillez point :

         Venez tout premièr(e)ment céans.

             LA SECONDE

         N’allez plus courir Orléans ;

240  Venez nous servir plus souvent,

         Car nous sommes asseurément

         Pour bien vous fournir de besongne.

             LE MAIGNEN

         Ce mestier ne veult point de hongne.

             LA PREMIÈRE

         Venez céans asseurément

245  Boire et menger, ou autrement,

         Nous vous ferons de la vergongne79.

             LE MAIGNEN

         Ce mestier ne veult point de hongne.

         Mais dictes, dame, s’il vous plaist,

         Sans me tenir icy long plait80,

250  Si vous fustes en vostre vie

         À vostre plaisir mieulx fourbie81

         Qu’avez esté de moy, en somme.

             LA PREMIÈRE

         Vous estes un trèshabille82 homme.

             LE MAIGNEN

         De vous servir j’ay grand envie.

255  Mais dictes-moy, je vous emprie,

         Se plus gentil a jusque à Rome83.

             LA SECONDE

         Vous estes un trèshabille homme,

         Ouvrier de vostre mestier.

             LA PREMIÈRE

         Nous avons de vous grand mestier

260  Pour escla[r]cir nostre mesnage84 :

         Ce n’estoit plus que vieil bagage ;

         Il estoit tout mengé de rouil85.

         Quand viendrez-vous, nostre amy doulx ?

             LE MAIGNEN

         Je m’en rapporte bien à vous :

265  Dictes-moy quand je reviendray.

             LA PREMIÈRE

         Venez demain, je vous advoues !

             LE MAIGNEN

         Je m’en rapporte bien à vous.

             LA SECONDE

         Sçavez qu’il est ? Pensez de nous.

         Quand à moy, je vous attendray.

             LE MAIGNEN

270  Je m’en rapporte bien à vous :

         Dictes-moy quand je reviendray.

         Adieu, dames !

             LA PREMIÈRE

                                       Je vous diray :

         Allez à Dieu, qu’i vous condye !86

         Ma foy, quelque chose qu’on dye,

275  Vélà un ouvrier parfait.

             LA SECONDE

         À bonnement parler du fait,

         De s’en aller c’estoit folie.

             LE MAIGNEN

         Messeigneurs, à tous vous supplie

         Que prenez nostre esbat en gré,

280  Un chascun selon son degré,

         En vous disant d’amour polie :

         Adieu toute la compagnie !

                   FIN

*

1 Pages 179-183.   2 Le chaudronnier ambulant.   3 J’y vais (vous écouter).   4 Demandez-moi plutôt ce que je n’ai pas.   5 BM : dictes vous  (Que n’avez-vous ? Cf. vers 27 et 78.)   6 Plaisir.   7 Mon mari.   8 Que j’en ai soupé, que j’en suis dégoûtée.   9 Entre mille autres imprécations, on souhaitait à ses ennemis d’être atteints par la « grande goutte », la « male [mauvaise] goutte », ou la « sanglante goutte ».   10 Ruse.   11 Une bonne provision (de ruses).   12 Des coups de verges.   13 En êtes-vous encore à vos débuts (en matière d’adultère) ?   14 Comme dira Tartuffe : « Le scandale du monde est ce qui fait l’offense,/ Et ce n’est pas pécher que pécher en silence. »   15 Noble.   16 Si grande dame.   17 Je n’ai voulu fauter.   18 L’arbalète à croc se bande grâce à un crochet. Mais on peut comprendre « aux crocs », avec mes dents. « Bander l’arbalète » avait un sens libre (P. Guiraud, Dictionnaire érotique) : « Faict bander l’arbalestre de nature. » Bruscambille.   19 Double sens : « Une prébende de moine, qui est une saucisse entre deux œufs. » Joyeusetéz.   20 Un homme important. Mais l’affaire désignait aussi le pénis (Guiraud) : « Je suis petit et foible, quoy que j’eusse une affaire très-importante. » D’Assoucy.   21 Tourmente.   22 Conclure une transaction amoureuse. « Telle a mys cent foys le martel/ En vente. » Sermon joyeulx de la Fille esgarée (LV 44). En outre, le marteau a un sens phallique (vers 149) : « Il n’est pas trop beau ;/ Mais en récompence,/ Il a bon marteau. » Chansons follastres des comédiens.   23 BM place ces mots à la suite du vers précédent.   24 C’est la morale des Sotz triumphans.   25 On songe –mais sans conviction– au rondel de maître Antitus : La Court est une estrange beste.  26 Qu’ils en aient un mauvais contentement !   27 BM : Cieulx  (Cheulx = chez : « Cheulx mes amys. » Troys Gallans et Phlipot, vers 442 et 437.)   28 C’est la règle.   29 À tous les diables. « J’avois pour cet ingrat écarté tous les autres, / Les envoyant trétous, comme l’on dit, aux piautres. » Le Vice puni.   30 Ce monorime trop long est un « cri » de marchand ambulant. Déjà dans le fabliau primitif, les femmes « oïrent un maingnien/ Qui son mestier aloit criant ».   31 Bien que titulaire de nombreux miracles, saint Aignan (évêque d’Orléans au V° siècle) n’a pas pu guérir cet octosyllabe boiteux.   32 Cette place. Le vers devait rimer en « fenestre » : les deux femmes sont censées être dans une maison qui donne sur la rue ; et contrairement à « fenestre », le substantif « estre » est du genre masculin.   33 Elle sort du logis de la Première. Le mur donnant sur la rue était généralement symbolisé par un rideau.   34 Il la suit dans la maison. 35 L’objet. Idem pour « ouvrage » à 100 et 237.   36 Difficile à polir. Éclaircir est synonyme de écurer (titre) et de adoucir (vers 117). Au propre et au figuré, on peut traduire par « dérouiller » (cf. vers 262), ou « faire reluire ».   37 Pour qu’elle ne s’émousse pas.   38 Acérée.   39 À côté, dans l’anus. « Pensant boucher son devant,/ Il luy boucha le derrière./ –Fy, fy ! ostez-moy ce fou :/ Sa pièce est auprès du trou…./ Un certain chauderonnier,/ Pour ne sçavoir la manière/ Ny les traicts du “bas mestier”,/ Il mit sa pièce à costière./ –Fy, fy ! ostez-moy ce fou :/ Sa pièce est auprès du trou. » Estienne Bellonne.   40 Un seul bout suffirait, mais le célèbre « baston à deux bouts » entérine cet abus.   41 Recommencez.   42 Dérouillé, note 36.   43 Il a tapé au fond.   44 Nous boirons. C’est la réponse au vers 118.   45 Si paisiblement, si mollement.   46 La réfection, la réparation.   47 De bonne facture.   48 Je ne dis pas le contraire.   49 Il ne manque.   50 Selon vos prétentions. Le maignan du fabliau réclamait 26 sous.   51 « On reproche aux Chauderonniers qu’ils sont sujets à mettre la pièce auprès du trou. » (Furetière.) Anthoine Truquet a noté ce cri en 1545 : « Chaudronnier, chaudronnier !/ Je metz la pièce auprès du trou ! »   52 Ni votre objet qui frappe, ni notre objet qui est frappé. Double sens érotique : « Forgés du marteau naturel sur l’enclume de la nature. » Bruscambille.   53 Des reproches. Idem vers 177, 243, 247.   54 Besoin.   55 La formule orthodoxe est : « J’advoue Dieu ! » [Je crois en Dieu.] Cf. Gargantua, chap. 8 et 39. La même irrévérence clôt le vers 266, avec la même rime irrégulière.   56 « Or regardez comme il en sue », dira-t-on d’un artisan dans les Troys Gallans et Phlipot. Dans notre farce, la rime est irrégulière.   57 Cas = sexe de la femme (Guiraud) : « Les tétons mignars de la belle,/ Et son petit cas qui tant vault. » Marot. Idem à 174.   58 BM : premiere  (La Seconde veut voir si le chaudron de la Première a été bien dérouillé.)   59 Boirai (note 43).   60 BM : nauez  (Si vous avez un nouveau problème.)   61 Courir = fuir. Idem vers 192.   62 Je corrige sur le modèle du vers 135.   63 BM : tenir dix solz  (Celui qui voudrait donner 10 sous seulement pour mon chaudron.)   64 BM : marne  (J’accepte d’être damné !)   65 Sous le signe de Mars, dieu de la guerre, et amant de Vénus.   66 Con battre = frapper une vulve : Gratien Du Pont, vers 153-4.   67 Elle regagne sa maison.   68 Un contrat.   69 BM : pot  (Le premier mot est la première offre d’un marchandage : « Le marchand, surpris & scandalisé, ne rabat rien du tout de son premier mot. » Journal des sçavans. C’est le contraire du dernier mot.)   70 Par le repas. La Première et le Maignan vont chez la Seconde, qui les attend devant une table garnie.   71 De main de maître.   72 BM : Demander  (En Droit ancien, amender son tard-venir = réparer son retard. « Faire amender au défaillant son tard-venir. » Guillaume Terrien. « Le Jeune, présent, amenda son tart-venir. » Registre de la vicomté d’Elbeuf.)   73 Boit.   74 « Le grand diable d’Enfer m’a retenu de venir plus souvent. » Ce janotisme de l’artisan inculte provoque un effet comique au 1° degré.   75 On nourrissait certains fours à bois par la gueule, pour les chauffer. Comment au lieu de comme est un archaïsme. L’effet du vin explique peut-être le relâchement syntaxique et les doublons de la scène finale.   76 En point, en érection.   77 Quelque chose qui cloche. « Une fille toujours a quelque fer qui loche. » Régnard.   78 Si quelqu’un avait un chapon dans son poing. Ce coq châtré ne vient pas bien à point dans une pareille conversation !   79 Honte.   80 Plaid, discours.   81 Frottée, au sens érotique. Mais un distique analogue (vers 162-3) postule pour la rime « servie ».   82 Très habile.   83 S’il y a un homme plus vaillant d’ici jusqu’à Rome. Il suppose donc que la Première a testé tous les hommes jusqu’au Vatican.   84 Pour faire reluire notre ustensile.   85 De rouille. « Elle avoit toujours ung homme qui (….) entretenoit son “ouvrouer” de paour que le rouil ne s’i prenist. » Cent Nouvelles nouvelles.   86 Le Maignan retourne dans la rue.

SŒUR FESSUE

Manuscrit La Vallière

Manuscrit La Vallière

 

*

 

SŒUR FESSUE

 

*

 

Dans la première moitié du XVIe siècle, un auteur de farces eut l’idée de combiner deux histoires connues : celle d’une nonne trop discrète, et celle d’une abbesse trop pressée.

Source : Manuscrit La Vallière1, folios 204 verso à 211 verso.

Structure : Rimes plates, truffées d’adjonctions apocryphes que j’ai barrées.

Cette édition : Cliquer sur Préface.

 

*

 

Farce nouvelle

 

*

 

À cinq personnages, c’est assavoir :

    L’ABEESSE

    SEUR DE BON-CŒUR

    SEUR ESPLOURÉE

    SEUR SAFRÈTE 2

    SEUR FESSUE

 

*

 

                             SEUR ESPLOURÉEE  commence                      SCÈNE  I

        Seur de Bon-cœur, je suys perdue,

        Et me treuve tant esperdue

        Que plus n’en puys !

          [SEUR DE BON-CŒUR] 3

                                              Qu’esse, ma seur ?

        Quel nouvèle av’ous entendue ?

5   Quoy ! vous estes-vous estendue

        Sur l’erbe, atendant la doulceur4 ?

                           SEUR ESPLOURÉE

        Nénin.

                           SEUR DE BON-CŒUR

                     Rendez mon esprit seur5.

         SEUR ESPLOURÉE

         Je ne le diray poinct.

                             SEUR DE BON-CŒUR

                                          Hélas !

         Donner je vous pouroys soulas,

10   Et vous garder de desplaisir.

         Dictes-le-moy tout [à] loysir :

         À ses amys, rien ne se celle.

          SEUR ESPLOURÉE

         A ! ma mye…

          SEUR DE BON-CŒUR

                                   Prenez une selle6.

         Vous estes bien fort couroucée.

15   Déclarez-moy vostre pencée :

         Qu’avez-vous ?

           SEUR ESPLOURÉE

                                        Rien.

          SEUR DE BON-CŒUR

                                                     À brief parler,

         Dictes-moy et [ne] mentez poinct.

         Vous estes-vous laissée aler7,

        Que8 vous tourmentez en ce poinct ?

20  Dictes !

          SEUR ESPLOURÉE

                    Je ne le diray poinct.

         Agardez, l’honneur en despent.

          SEUR DE BON-CŒUR

         C’est mal chanté son contrepoinct ;

         L’honneur sy près du cul ne pent.

          SEUR ESPLOURÉE

         Sy vous avez hapé le roide9,

25   Agardez, il n’y a remède :

          Nostre abesse en faict bien autant !

          SEUR DE BON-CŒUR

         Par ma foy ! mon cœur se repent

         Qu’i fault que j’en oye parler tant.

          SEUR ESPLOURÉE

         Je vous veuil dire tout contant

30   Que c’est que céans il y a :

         Vous congnoyssez bien seur Fessue ?

         Frère Roydimet l’a déseue10

         Et gastée11.

          SEUR DE BON-CŒUR

                          Avé Maria !

          SEUR ESPLOURÉE

         Elle est deigà grosse et ensaincte.

35   Sceur, ouez12, dea ! ce n’est pas faincte :

         Nous sommes toutes à quia13

         Par son faict.

          SEUR DE BON-CŒUR

                               Avé Maria !

         Et ! Jésus ! Et ! je l’ay tant faict,

         Et à mon plaisir satisfaict

40   Sans estre grosse !

          SEUR ESPLOURÉE

                                           Hélas, mon Dieu !

         Aussy l’ai-ge faict en mainct lieu,

         Comme elle.

          SEUR DE BON-CŒUR

                                 Avé Maria !

         Que j’en ay au cœur de détresse

         Et de douleur !

          SEUR SAFRÈTE                    SCÈNE  II

                                  Et ! qu’esse ? qu’esse ?

45   Que j’entende vostre débat !

         Comptez-moy, par forme d’esbat,

         Ce que maintenant vous disiez.

          SEUR ESPLOURÉE

         Ce n’est rien, non.

          SEUR SAFRÈTE

                                                Vous devisiez

         D’amour, en ce lieu, en commun ?

50   Mais c’est tout un, ouy, c’est tout un :

          Je n’en fais pas moins, en tout temps,

         Que les bonnes seurs de céans.

         Dictes hardiment !

          SEUR DE BON-CŒUR

                                               On le sçayt bien

         Que toutes on n’espargnons rien

55  Du nostre ; mais tel pissendalle14

         Sera cause d’un grand scandalle

         Dont nous serons désonoré[e]s15.

          SEUR SAFRÈTE

         Vous me semblez fort esplouré[e]s :

         Quelle chose av’ous aperceue ?

60   Qui a failly ?

          SEUR ESPLOURÉE et SEUR DE BON-CŒUR ensemble disent :

                                  C’est sceur Fessue

         Qui a faict…

          SEUR SAFRÈTE

                            Quoy ?

          SEUR DE BON-CŒUR

                                           Nous n’osons dire.

          SEUR SAFRÈTE

         Dictes, sy ce n’est que pour rire.

          SEUR ESPLOURÉE

         Rire ? Hélas ! Mais j’en pleure et plains,

         Et de larmes sont mes yeulx plains,

65   Pour la douleur que j’ey conceue.

          SEUR SAFRÈTE

         Qui cause cela ?

          SEUR DE BON-CŒUR et SEUR ESPLOURÉE ensemble disent :

                                    Seur Fessue.

          SEUR ESPLOURÉE

         Dormir je n’en peulx nuict ne jour ;

         Je n’ay ne repos, ne séjour,

         Ains de douleur je tremble et sue.

          SEUR SAFRÈTE

70   Qui vous faict ce mal ?

          SEUR DE BON-CŒUR et SEUR ESPLOURÉE ensemble disent :

                                                   Sceur Fessue,

         Qui a faict…

          SEUR SAFRÈTE

                              Ouy, mectre à genoulx16

         Quelque un ?

          SEUR ESPLOURÉE

                               Elle a faict comme nous ;

         Mais le pire, c’est qu’el est grosse.

          SEUR SAFRÈTE

         Grosse ? Jésuchrist ! quel endosse17 !

75   Esbahy[e] suys qu’on le permect.

         Mais déclarez-nous, je vous prye,

         Sans que son honneur on descrye,

         Qui l’a faict ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                  Frère Rèdymet.

          SEUR SAFRÈTE

         Hélas ! el est déshonorée.

80   Et ! Vierge Marie honorée !

         Où la pourons-nous [bien] cacher,

         Le jour qu’el poura acoucher ?

          SEUR DE BON-CŒUR

         Je ne sçay.

          SEUR ESPLOURÉE

                            J’ey bien descouvert

         Aultre foys, qu’el estoyt joyeuse,

85   Et qu’el avoyt l’engin18 trop ouvert

         Pour estre faicte religieuse.

          SEUR SAFRÈTE

         Elle est plaisante et amoureuse.

         Long temps il y a qu’el aymoyt.

          SEUR ESPLOURÉE

         Qui, ma sœur ?

          SEUR SAFRÈTE

                                     Frère Rèdymet,

90   Rouge comme un beau chérubin19.

         Un jour, avec frère Lubin20,

         In caméra charitatis21,

         Tout doulcement je m’esbatis ;

         Mais il [n’est sy]22 fort compaignable.

          SEUR DE BON-CŒUR

95   Il est tant doulx et amyable,

         Sœur Safrète, quant y s’y mect !

          SEUR ESPLOURÉE

         Ouy, le bon frère Rèdymet,

         Quant il a la « teste » dressée

         Et que de luy suys embrassée,

100  Ma leçon23 bien tost se comprent.

          SEUR DE BON-CŒUR

         A ! jamais il ne me reprent24.

         Nous vivons no[u]z deulx comme amys :

         Aussy mon cœur luy ay promys.

         Bon Amour25 ainsy le permect.

          SEUR ESPLOURÉE

105  Quant au bon frère Rèdymet,

         Je le congnoy digne d’aymer.

         Mais afin de n’estre à blasmer,

         Pour faindre estre de saincte vye,

         Je veuil déclarer par envye26

110  À nostre abesse (ce n’est faincte)

         Comme sœur Fessue est ensaincte.

          SEUR DE BON-CŒUR

         C’est bien faict.

          SEUR SAFRÈTE

                                     C’est bien faict, ma sœur.

         Nostre bon père confesseur

         En orra27 le miséréré.

          SEUR DE BON-CŒUR

115  Je vouldroys qu’i28 fust enserré

         En ma chambre, pour sa prison.

          SEUR SAFRÈTE

         Sainct Pierre ! vous avez rayson :

         D’amour, aparence il y a

         En vos dictz.

          SEUR ESPLOURÉE, allant à l’abeesse pour parler à elle :    SCÈNE  III

                                      Avé Maria !

          L’ABEESSE

120  Gratia pléna29 ! Qu’avez-vous,

         Qui vous amène devers nous30 ?

          SEUR ESPLOURÉE

         Sans cause je [ne] vous viens voyr31.

          L’ABEESSE

         Certes, j’estoys en ce parloyr,

         En saincte… contemplation

125  Des mos d’édiffication32,

         Atendant l’heure du… menger33.

          SEUR ESPLOURÉE

         Sy Mort m’estoyt venue charger,

        Hélas ! je seroys bien heureuse.

          L’ABEESSE

         Et ! qu’esse ? Estes-vous amoureuse ?

130  Regrétez-vous encor le monde ?

                           SEUR ESPLOURÉE

         Nénin, non.

          L’ABEESSE

                               Céans, il habonde

         Autant de plaisir[s] savoureulx

         Comme au monde. Et qu’il ne soyt ainsy,

         [De]dens ceste maison icy,

135  Povez avoir un amoureulx.

          SEUR ESPLOURÉE

         Hélas ! mon cœur trop douloureulx

         Ne peult oultrer34. D’effort j’en sue.

          L’ABEESSE

         Et ! qu’esse, ma mye ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                                   Seur Fessue,

         Qui a faict…

          L’ABEESSE

                              Vous dict-elle injure ?

140  Croyez-moy, par Dieu ! sy j’en jure,

         Elle en sera incarsérée.

         Comment ! faict-el la reserrée35 ?

          SEUR ESPLOURÉE

         Elle a faict…

          L’ABEESSE

                                     Je n’y entens rien en effaict.

          SEUR ESPLOURÉE

         Elle a faict…

          L’ABEESSE

                                Et quoy ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                                         F[r]icatorès36.

          L’ABEESSE

145  Ô le grosson peccatorès37 !

         Per Dieu38, [elle] habuyct grandos

        Punitionnès39 sur le dos !

         Qui l’eust pencé ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                            Elle [l’]a faict,

         Et a son péché satisfaict,

150  Car elle est grosse.

          L’ABEESSE

                                            Ô la laide !

         Il y convient mectre remède.

         Mais à qui a-elle adonné

         Son corps ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                [El l’a]40 habandonné

         À frère Rèdymet, le moynne,

155  Il y a long temps.

          L’ABEESSE

                                           Que de peine41 !

         Tenamus chapitrum totus !42

         Sonnaté43 clochétas bien totus !

         Qu’el véniat44 !

          SEUR DE BON-CŒUR                  SCÈNE  IV

                                        Sus ! entre nous,

         Y nous convient mectre à genoulx45,

160  À ce chapitre.

          SEUR SAFRÈTE

                                       C’est bien dict ;

         Je n’y mectray nul contredict.

          L’ABEESSE

         Or, chantez !

          SEUR ESPLOURÉE

                                 Bénédicité !      O lieu de le dire, y chantent 46 :

                 Voz « huys » sont-il tous fermés ?

                 Fillètes, vous dormez.47

165      Quant pour vous sont consumméz48

                 Dormez-vous,

                 (Fillètes, fillètes vous dormez)

                 [Mes sens d’amour]49 enflamés,

                 Dormez-vous, fillètes ?

                 Fillètes, vous dormez.50

          SEUR FESSUE  entre                SCÈNE  V

170  A ! j’éray quelque advercité ;

         Je crains fort le punis[s]antés51.

          L’ABEESSE

         Vénité, et aprochantez !

         Madamus, agenouillaré,

         Quia vo[u]z fécit mouillaré

175  Le boudin52 : il est bon à voir !

          SEUR DE BON-CŒUR

        Vous avez laissé décepvoir

         Vostre honneur, dont le nostre en souffre.

          L’ABEESSE

         Vous en sentirez feu et souffre

         En Enfer ; et de vostre vye,

180  N’irez en bonne compaignye

         Sans injure. Et ! comme a-ce esté

         Qu’avez faict ceste lascheté ?

         Vous en souffrirez le trespas !

          SEUR FESSUE

         A ! mon Dieu, vous ne voyez pas

185   Ce qui vous pent devant les yeulx ?

          L’ABEESSE

         Mon cœur ne fust onc curieulx

         D’estre d’honneur tant descouverte53.

          SEUR FESSUE

         Hélas ! vostre veue est couverte,

         Dont vostre grand faulte despent :

190  Ce que devant les yeulx vous pent

         N’est pas de tous en congnoissance54.

          L’ABEESSE

         Puys que sur vous j’ey la puissence,

         Je vous pugniray bien à poinct.

          SEUR FESSUE

         A ! mon Dieu, vous ne voyez poinct

195  Ce qui est devant vostre veue ?

         J’ey failly comme despourveue

         De sens, dont coupable me sens.

         Mais…

          L’ABESSE

                       Quel mais ?

          SEUR FESSUE

                                                Il en est cinq cens

         Qui n’en ont causé nul55 esmoy ;

200  Et sy56, ne font pas mieulx que moy.

          L’ABEESSE

         [Encore vous]57 levez la teste ?

         Vous estes une faulse58 beste,

         Et avez grandement erré.

          SEUR ESPLOURÉE

         Y luy fault le Miséréré,

205  Pour la faulte qui est yssue59.

          SEUR FESSUE

         Et ! pardonnez à sœur Fessue !

          SEUR SAFRÈTE

         Y luy fault donner telle peine

         Que de douleur soyt toute plaine,

         Puysqu’on la void ainsy déceue.

          SEUR FESSUE

210  Et ! pardonnez à seur Fessue,

         Pour cela qu’el a entour60 elle.

          SEUR ESPLOURÉE

         Vrayment, el a juste querelle61 :

         Y ne fault pas son fruict62 gaster.

          SEUR FESSUE

         Qui vous eust voulu trop63 haster,

215  Lors qu’estiez ainsy comme moy,

         En plus grand douleur et esmoy

         Eussiez esté que je ne suys.

          L’ABEESSE

         Demeurez ! Plus oultre poursuys64 :

         Qui vous a ainsy oultragée ?

220  Vous estes grosse, et tant chergée65

         Que plus n’en povez.

         SEUR FESSUE

                                                A ! ma dame,

         Frère Rèdymet faict ce blasme

         En mainte religion66 bonne.

         Mais je vous pry qu’on me pardonne.

          L’ABEESSE

225  Où fusse ?

          SEUR FESSUE

                              [De]dens le dorteur67,

         À ma chambre, près le monteur68.

         Ici tant enquérir ne s’en fault69

          SEUR DE BON-CŒUR

         Et que ne criez-vous bien hault ?

          SEUR FESSUE

         Crier ? Je ne sçay qui en crye70.

          SEUR SAFRÈTE

230  Comment ! voécy grand moquerye !

         Nostre abeesse en sera blasmée.

          SEUR FESSUE

         Comment, crier ? J’estoys pasmée.

         Et puys en nostre reigle est dict

         (Où je n’ay faict nul contredict)

235  Qu’au dorteur on garde silence.

         Et sy j’eusse faict insolence,

         Bruict ou tumulte, ou quelque plaincte,

         C’estoyt, contre nostre Ordre, faincte71.

         Voyélà pourquoy n’osay mot dire.

          SEUR ESPLOURÉE

240  Vouélà bonne excuse pour rire !

          SEUR DE BON-CŒUR

         Très bien le silence el garda…

          L’ABEESSE

         Mais escoustez : qui vous garda

         De faire signe pour secours ?

         On y fust alé le grand cours72,

245  Et n’ussiez receu tel acul73.

                           SEUR FESSUE

         Las ! je faisoys signe du cul,

         Mais nul(e) ne me vint secourir74.

          SEUR SAFRÈTE

         Je n’eusse eu garde d’y courir.

          SEUR ESPLOURÉE

         Signe du cul ?

          SEUR SAFRÈTE

                                   Il est possible :

250  Frère Rèdymet est terrible ;

         Et n’eust sceu ceste povre ânière75

         Faire signe d’aultre manière.

          SEUR ESPLOURÉE

         C’est le signe d’un tel mestier76

          L’ABEESSE

         Mais il y a un an entier

255  Qu’el est grosse77 ; et ! n’eust-elle sceu

         Nous dire qu’el avoyt conceu ?

          SEUR FESSUE

         Dire ? Hélas !

          SEUR DE BON-CŒUR

                                    Ouy, dire, ouy, dire.

          SEUR FESSUE

         J’ey bien cause d’y contredire.

          SEUR SAFRÈTE

         Et comment ?

          SEUR FESSUE

                                 Hélas ! quant j’eu failly,

260  Mon cœur alors fut assailly

         De repentance et de grand peur

         Que l’Ennemy78, qui est trompeur,

         Ne m’enportast pour telle faulte.

         Demanday à la bonté haulte79

265  Pardon, lequel aulx bons permect.

         Et au bon frère Rèdymect

         Je demanday confession ;

         Lequel, à l’asolution80,

         Lors que bien il me descharga81,

270  Absolutement m’encharga

         De ne dire ce qu’avions faict

         No[u]z deulx, ce que j’ey bien parfaict

         Pour craincte de dannation :

         Car dire sa confession

275  Et dire le secrect du prestre,

         C’est assez pour à jamais estre

         Danné avec les obstinés82.

          SEUR ESPLOURÉE

          Certes, nous voélà bien menés !

         Ses excuses sont suffisantes.

          L’ABEESSE

280  Punye en serez, je me vantes.

         Ô la [grand] faulte ! ô le grand blasme !

          SEUR FESSUE

         Hélas ! je vous suply, ma dame :

         Ne regardez tant mon péché,

         Que le vostre (qui est caché)

285  Ne considérez83.

          L’ABEESSE

                                         Ha ! rusée,

         Suys-je de toy scandalisée84 ?

          SEUR FESSUE

         On veoyt à l’œuil d’aultruy tout oultre

         Un petit festu odieulx,

         Mais on ne veoyt poinct une poultre

290  Qu’on a souvent devant les yeulx85

          L’ABEESSE

         Ma renommée se porte mieulx

         Que la tienne.

          SEUR FESSUE

                                       Ne jugez poinct86 !

         Les jugemens sont odieulx

         Au Seigneur, qui est dieu des dyeulx.

295  Vous le sçavez de poinct en poinct.

         Paul87, glorieulx apostre sainct,

         Dict que celuy n’aura refuge

         D’excuse, qui sera tasché ;

         Et que luy-mesme il se juge

300  S’il est subject à tel péché.

          L’ABEESSE

         Voyélà suffisamment presché !88

         Suys-je comme toy, dy, meschante ?

         Par Celle-là de qui on chante89 !

         Je te feray bien repentir.

          SEUR SAFRÈTE

305  Elle se poura convertir,

         Ma dame : ce sera le myeulx.

          SEUR FESSUE

         Ce qui vous pent devant les yeulx,

         Qui faict vostre faulte congnoistre,

         Nous démonstre qu’i ne peult estre

310  Que vous ne fassiez de beaulx jeux90.

          L’ABEESSE

         Ce qui me pent devant les yeux ?

         Avé Maria ! qu’esse-cy ?

         Vous m’avez trop hastée, aussy :

         De venir, j’estoys empeschée.

315  Et ! mon Dieu, que je suys faschée !

          SEUR ESPLOURÉE

         Croyez, sy les loix ne sont faulces,

         Que c’est icy un hault-de-chaulces.

          L’ABEESSE

         Avé Maria ! Saincte Dame !

         Je ne suys moins digne de blasme

320  Que sœur Fessue.

          SEUR DE BON-CŒUR

                                              Sont-il d’usance91,

         Hault-de-chaulses ?

          L’ABEESSE

                                               J’ey desplaisance

         De mon faict.

          SEUR SAFRÈTE

                                      Et ! Dieu, quel outil !

         Les abeesses en portent-il,

         Maintenant ? J’en suys en soucy92.

          SEUR ESPLOURÉE

325  Un hault-de-chaulses !

          SEUR DE BON-CŒUR

                                              Qu’esse-cy ?

          L’ABEESSE

         Et ! n’en parlons plus.

          SEUR SAFRÈTE

                                             C’est pour rire ?

         A ! vous ne debvez escondire

         Seur Fessue d’absolution.

          SEUR DE BON-CŒUR

         C’est bien nouvelle invention,

330  Porter des chaulces sur la teste.

          L’ABEESSE

         On en puisse avoir male feste !

                           SEUR SAFRÈTE

         Or sus, sus ! chantons-en93 d’une aultre.

         On dict bien c’un barbier raid94 l’aultre,

         Et q’une main l’autre suporte95.

335  Y convient faire en ceste sorte :

         Donnez-luy l’asolution.

          SEUR ESPLOURÉE

         Voeylà très bonne invention.

         Vous estes à noz96 audinos.

          L’ABEESSE

         Tu fessisti sicut et nos97 ;

340  Parquoy absolvo te gratis

         In pécata98. Nunc dimitis

         [In cor bonnum]99, comme au passé100.

         Plus oultre, vadé in passé101 !

          SEUR FESSUE

         Gratias ! Me voeylà garie.

345  Je n’ay cause d’estre marie102.

          SEUR ESPLOURÉE                   SCÈNE  VI

         Conclusion : Je trouve erreur caché

         Que cestuy-là veult un péché reprendre,

         Duquel il est taché et empesché,

         Et par lequel en fin on le peult prendre.

350  Vous le pouvoez en ce lieu-cy comprendre.

         La faulte en est à vo[u]z deulx aperceue,

         Tesmoing l’abeesse aveques seur Fessue. 103

         En prenant congé de ce lieu,

         Unne chanson pour dire « à Dieu » !

 

                 FINIS

 

*

 

1 Dans ce même manuscrit, la sottie de la Mère de ville (composée vers 1541) fait dire au Garde-cul : « Il ne fault c’une seur Fessue/ Ayant vouloir estre pansue. »   2 Lascive.   3 LV : la IIe seur esplouree  (Je rétablis le nom des trois sœurs ; LV les numérote : la p[remiere], la IIe, la IIIe.)   4 Au 1° degré, la sœur demande à Éplorée si elle a pris froid. Au 2° degré, douceur se réfère au membre viril : « Quant elle eut la doulceur sentie/ De ce doulx membre qui fut roys [roide]. » Parnasse satyrique du XVe siècle.   5 Sûr : éclairez mon esprit.   6 Un siège.   7 Avez-vous fauté ?   8 LV : qui   9 Le raide, le phallus. V. note 10.   10 Déçue, abusée. « Raide y met » est un calembour latin : « Quel verset des Pseaumes aiment mieux les femmes ? C’est (…) Et ipse redimet, c’est-à-dire, Rède y met, ou roide y met. » Tabourot.   11 Engrossée.   12 LV : oues  (Ouez = oyez, écoutez.)   13 En mauvaise posture.   14 Un pisse-en-dalles est un acte inconvenant.   15 J’ai féminisé le masculin ici, à 58, et à 75 ; mais je n’ai pas touché à l’effarant Madamus de 173. Les cinq rôles de femmes étaient tenus par des hommes.   16 Pour coïter, l’amant se met à genoux sur le lit. On pourrait renforcer le comique de répétition des vers 61 et 144 en écrivant « Quoy ? » au lieu de « Ouy, ».   17 Fardeau. « Le maistre à son clerc persuade/ De donner l’amoureuse aubade/ À la pauvre pucelle grosse,/ Affin que le clerc eust l’andosse/ D’espouser la mère et l’enfant. » Sottie Pour le Cry de la Bazoche.   18 L’esprit ; mais aussi, le sexe. « Et l’autre devroit estre saige,/ Car elle a ung trèsgrant engin. » Guillaume Coquillart.   19 « Sotz rouges comme chérubins. » (Monologue des Sotz joyeulx.) Mais on associe traditionnellement la couleur rouge au phallus : la Confession Margot <v. 89>, le Faulconnier de ville <v. 64 et note 13>.   20 Un des innombrables prototypes de moines paillards : « Pour desbaucher par un doulx style/ Quelque fille de bon maintien,/ Frère Lubin le fera bien. » Clément Marot.   21 Dans la salle de charité, une pièce du couvent qu’on ouvrait lorsqu’il fallait nourrir des pèlerins.   22 LV : est bien  (Lubin n’est pas aussi bon compagnon que Raidymet. « [Ils] ne sont pas si compaignables à boire & et à manger. » Miroir de la navigation.)   23 Lecture d’un texte biblique. Double sens érotique : « L’un la fout en cul, l’autre en con./ Pour s’exercer en ce manège,/ Elle répète sa leçon/ Avecque le Sacré Collège.» Blot.    24 Il ne trouve rien à corriger lors de ma « leçon ».   25 La Bonne Amour, c’est l’amour courtois, d’après le Roman de la Rose, le Dit de la Rose, ou le Libro de buen amor de Juan Ruiz. Voilà un habillage bien romantique pour de vulgaires histoires de fesses et de Fessue !   26 Les trois jalouses vont se venger de leur amant volage, et de sœur Fessue qui déshonore le couvent.   27 LV : aura  (Orra = ouïra, entendra notre prière. Miserere mei = aie pitié de moi.)   28 Qu’il (frère Raidymet) soit incarcéré. On emprisonnait les religieux fautifs dans un cachot nommé in pace. Cf. vers 141.   29 Je vous salue, Marie, pleine de grâce. Contre toute attente, il s’agit là d’une farce mariale : vers 33, 37, 42, 80, 119, 303, 312, 318, 345.   30 Lapsus : elle était censée être seule dans sa cellule.   31 LV : voyer  (Je ne viens pas vous voir sans raisons.)   32 Je lisais mon bréviaire. En fait, elle était au lit avec frère Raidymet (note 41). Dérangée par sœur Éplorée, elle a mis sur sa tête la culotte du frère au lieu de son voile. En s’appuyant sur Boccace, La Fontaine déplorera sa bévue dans le conte du Psautier : « Madame n’estoit/ En oraison, ny ne prenoit son somme :/ Trop bien alors dans son lit elle avoit/ Messire Jean, curé du voisinage…./ Elle se lève en haste, étourdiment,/ Cherche son voile, et malheureusement,/ Dessous sa main tombe du personnage/ Le haut-de-chausse, assez bien ressemblant/ (Pendant la nuit, quand on n’est éclairée)/ À certain voile aux Nonnes familier…./ La voilà donc de grègues affublée. »   33 Elle a failli commettre un nouveau lapsus : l’heure du berger est « l’heure favorable à un amant pour gagner sa maîtresse ». (Furetière.)   34 Aller plus loin.   35 La fausse pucelle : les jeunes mariées qui voulaient passer pour vierges usaient d’un astringent à base de myrte pour « resserrer les parties naturelles » avant la nuit de noce.   36 Des frottements. Le sens érotique s’appliquait surtout aux lesbiennes : « Tribades se disent fricatrices. » Brantôme.   37 Ô le gros péché ! (Le latin de sacristie va s’aggraver en même temps que l’indignation de l’abbesse.)   38 LV : perdien  (Le « n » et le « u » sont souvent confondus. La forme courante est per Diem, mais Noël Du Fail emploie per Dieu.)   39 Elle aura de grandes pénitences. (Au futur, il faudrait habebit.)   40 LV : elle a   41 Le chagrin de l’abbesse montre que c’est bien frère Raidymet qui était dans son lit.   42 Tenons ensemble chapitre [une assemblée].   43 LV : sonnare  (Sonnez toutes les cloches.)   44 Qu’elle vienne.   45 Les sœurs étant à genoux, elles ne pourront voir le haut-de-chausses qui coiffe l’abbesse.   46 Au lieu de dire le Benedicite, les nonnes chantent une chanson paillarde, insérée après coup entre les vers 162 et 170, qui riment ensemble. Je corrige ce texte (mis en musique entre 1536 et 1547 par Robert Godard) d’après une partition publiée en 1547. Cf. André Tissier, Recueil de Farces, XI, Droz, 1997, pp. 246-7.   47 La partition ajoute : Ouvrez-les-moy, si m’aymez./ Dormez-vous, fillettes ?/ Fillettes, vous dormez./ Dormez-vous seulettes ?   48 Partition : consummez    LV : consommes   49 Partition : Mes sens damour    LV : mais sans amours   50 La partition ajoute : Dormez-vous seulettes ?   51 La punition, en langage macaronique.   52 Madame, agenouillez-vous, parce que vous avez fait mouiller le boudin. Ce mot avait le même sens phallique que l’andouille : « Membre de moine, exorbitant boudin. » (Sénac de Meilhan.) On ne sort d’ailleurs pas de la religion, puisque sainct Boudin allait de pair(e) avec saincte Fente (farce du Pardonneur, BM 26).   53 Dégarnie.   54 N’est pas (encore) connu de tous.   55 LV : ny   56 Et pourtant.   57 LV : leues  (L’insolente ose lever la tête… et contempler la coiffe de l’abbesse.)   58 Perfide. Ce vers provient d’une Moralité imprimée en 1507, la Condamnacion de Bancquet.   59 Il lui faut le pardon, pour la faute qui est avouée.   60 En latin de sacristie, on pourrait mettre : inter (à l’intérieur d’elle). Cf. le vers 213.   61 Elle a raison de se plaindre.   62 Son enfant.   63 LV : tant  (Si on avait voulu trop vous hâter : si on était entré dans votre cellule, au lieu d’attendre que vous en sortiez.)   64 Restez ici ! Je continue.   65 Chargée, alourdie.   66 Maison de religion, couvent. « Du jeune garçon qui se nomma Thoinette pour estre receu à une religion de nonnains. » Bonaventure Des Périers.   67 LV : dortoueur  (qui n’est pas une rime riche. Dorteur = dortoir, vers 235.)   68 Près de « l’échelle pour monter au dorteur des dames » (Comptes de l’aumosnerie de S. Berthomé).   69 Toutes les nonnes l’ont fait au même endroit.   70 Je ne sais pas quelle autre aurait crié.   71 Une tromperie. (On peut préférer : fraincte [infraction].) Jean-Baptiste de Grécourt opposera une abbesse à une nonne enceinte dans son poème le Silence, qui s’achève ainsi : « –Vous n’aviez qu’à crier de tout votre pouvoir./ –Oui, mais (dit la nonnain) c’étoit dans le dortoir,/ Où notre règle veut qu’on garde le silence. »   72 En courant.   73 Une telle contrainte.   74 « Je (respondit la Fessue) leur faisois signes du cul tant que povois, mais personne ne me secourut. » Rabelais, Tiers Livre <1546> : le chapitre 19 emprunte à notre farce les aventures de sœur Fessue et du frère Royddimet.   75 Et cette oie blanche n’aurait pas pu.   76 Qu’on connaît l’amoureux métier, le bas métier.