PREMIÈRE MORALITÉ JOUÉE À GENÈVE

Bibliothèque municipale de Grenoble, Ms.916 Rés.

Bibliothèque municipale de Grenoble, Ms.916 Rés.

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PREMIÈRE MORALITÉ

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Dans cette sottie créée à Genève le 22 février 1523, presque tous les comédiens (la troupe des Enfants de Bon Temps) conservèrent leur nom de ville ou leur sobriquet. On peut constater que les rôles féminins étaient tenus par des hommes.

Pour le contexte politique et religieux de son écriture, voir la préface d’Émile Picot1. Opposés au duc de Savoie, les Enfants de Bon temps furent réduits au silence pendant quatre années (cf. le vers 90). Quand l’évêque Jehan de Savoie mourut, on put espérer un allègement de la censure. Cet espoir fut vain, comme cela est dit dans la Seconde Moralité de 1524.

D’après Picot, l’auteur de cette pièce est Amédée Porral, secrétaire du conseil.

Source : Manuscrit 916 Rés. de la Bibliothèque municipale de Grenoble, folios 307 recto à 315 verso. (Ms. copié fin XVIº siècle ou début XVIIº.) Nous remercions vivement les conservateurs de cette bibliothèque pour leur aimable autorisation.

Structure : Rimes plates, abab/bcbc, 3 Triolets.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

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Première Moralité

jouée à Genève en la place du Molard

le dimanche des Bordes, l’an 1523

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À dix personnages, assavoir :

      [MÈRE] FOLIE  (Claude Rousset)

      LE POSTE [PRINTEMPS]

      ANTOINE [SOBRET]

      GALLION

      GRAND PIERRE

   CLAUDE ROLET2

      [MAISTRE] PETTREMAND

      GAUDE FROYT

      [FRÈRE] MULET [DE PALUDE]

      L’ENFANT

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         MÈRE FOLIE, vestue de noir, commence :     SCÈNE I

      Par mon âme, quoy qu[e l’]on die,

      Encor[e] me fait-il bon voir.

      Enfants, je suis Mère Folie,

      Qui, pour passer mélancolie,

5     Viens vous voir vestue de noir.

      J’ay matière de désespoir :

      Je suis vefve de fort long temps ;

      C’est, comme devez bien sçavoir,

      De vostre bon père Bontemps.

10     Bontemps, tu laisses tes enfants

      Et ta femme bien désolée !

      Que maudite soit la journée

      Que nous laissas ainsi dolents,

      Parmi tant de malheurs volants !

15     À la male-heure suis-je vefve !

      Au vinaigre ! Le cœur me crève

      Quand je [re]pense aux trespasséz ;

      [Hélas ! où estes-vous passés,]

      Stéphane, Rolet Nicolas,

      Petit-Jan, maistre Jaque(s), hélas !

20     Grand Matty, Perrotin, Hectore,

      Et vous, tous mes amis, encore(s) :

      Où estes-vous ? Ha ! [faulce Mort]3,

      Qui le pauvre et riche remord(s) !

      Tu prens tousjours ce qui [vault mieux]4.

           LE POSTE, PRINTEMPS,  à cheval5     SCÈNE II

25     Laissez-moy passer, car je veulx

      Donner en toute diligence

      Lettre(s) missive(s) et de créance

      À madame Mère Folie !

                   FOLIE

      Paix là, paix ! Qu’est-ce qui me crie ?

30     Je suis Folie ; qui es-tu ?

                   LE POSTE

      Printemps, Dame, de verd vestu,

      Qui viens en poste d’Italie.

                   FOLIE

      Et dits ?

                   LE POSTE

               Que je vous feray lie

      Par lettres que je porte icy.

                   FOLIE

35     Si tu me fais de joy vessir6,

      Poste, tu en boiras ta part.

      Sus, sus, tirez-vous à l’escart !

      Laissez-le venir, qu’on le voye.

                   LE POSTE

      Honneur, Dame, santé et joye !

40     Or tenez, voycy des nouvelles.

                   FOLIE

      Quel(le)s sont-elles ?

                   POSTE

                      Bonnes et belles.

                   FOLIE

      De qui ?

                   POSTE

                D’un qui vous ayme bien.

                   FOLIE

      Et son nom ?

                   POSTE

                  Bontemps, qui revient,

      Mais qu’on le veuille entretenir.

                   FOLIE

45     Il est mort.

                   POSTE

               Je veux maintenir

      Que non : lisez son escripture.

                   FOLIE

      Par la passion que j’endure !

      Il est vray, je cognoy sa main.

      Vray(e)ment, tu viens bien au besoing ;

50     Sans ceci, j’estoys abolie.

      Or sus ! mes enfants, je vous prie,

      Venez tous, venez vistement !

      Venez, et si, voyez comment

      Bontemps n’est pas encores mort.

55     Venez-vous ? Ha ! vous avez tort.

      Guillaume Le Diamantier7,

      Antoine Sobret, Gaudefroid,

      Claude Baud, Michel de Ladrex,

      Maistre Pettremand, Gallion,

60     Jehan de L’Arpe, venez, Jehan Bron ;

      Çà, Grand Pierre, Claude Rolet ;

      Prestre d’honneur, frère Mulet !

      Venez, et vous orrez nouvelles

      De Bon Temps.

            ANTOINE, estant parmi la troupe8     SCÈNE III

                  Tendez les eschelles,

65     Mère, et nous vous irons voir.

                  Puis, quand ils sont tous montéz :

                   GALLION

      Si nous pouvons Bontemps ravoir,

      Si jouerons-nous, quoy qu’on die.

                   GRAND PIERRE

      Demain nous poserons le noir,

      Si nous pouvons Bontemps ravoir.

                   CLAUDE ROLET

70     De tout nostre petit pouvoir,

      Avecques vous, Mère Folie,

      Si nous pouvons Bontemps ravoir,

      Si jouerons-nous, quoy qu’on die.

                   PESTREMAND

      Voyons ces lettres, je vous prie,

75     Premier qu’en parler plus avant.

                   GAUDEFROID

      Qui lira ?

                   MULET

               [Qui ?] Le plus sçavant.

                   GALLION

      Antoine est docte en tels affaires.

                   GRAND PIERRE

      Oui ; car je l’ay veu trèssouvent,

      Cet an, parmi les secrétaires.

                   ANTOINE

80     J’ay tant fréquenté ces notaires

      Que j’en suis clerc jusques aux dents.

                   ROLET

      Lisez donc ce que dit Bon Temps.

                   ANTOINE  lit les lettres de Bontemps

      « Folie, je me recommande

      À vous et aux vostres aussi.

85     Par ce poste, Printemps, vous mande

      De mes nouvelles que voycy.

      Je suis en bon poinct, Dieu mercy,

      En un port de mer estendu.

      L’on m’a par tout les pieds fendu.

90     Je vous laissay y a quattre ans

      À Genève, bien désoléz,

      Quand arrivèrent ces gourmands

      Qui jamais ne furent soûléz.

      Si d’eux ne fustes affoléz,

95     Tenus en estes à Dieu vrayment9,

      Et non pas à ces prédicants.

      Je m’enfuÿs, car j’avoy peur

      D’estre exécuté par Justice :

      Quand vient ainsi une fureur,

100    De loing fuïr est bien propice.

      L’on me mettoit à sus un vice

      (Parquoy je craignoy les sergents) :

      C’est que rompoy le col aux gents.

      Maintenant, si estes unis,

105    Si Justice ne crainct point Force,

      Si d’un bon prince estes fournis,

      Si flatteurs ont receu l’estorce,

      Si la voix du commun a course,

      Si liberté[z] sont demeuréz,

110    Escrivez-moy, et puis m’aurez.

      Escript là où je suis, en haste,

      À deux lieux près de Paradis,

      Le jour de la présente datte,

      Par le vostre : Bontemps jadis. »

                   FOLIE

115    Or sus, mes Fols, mes estourdis !

      Je vous prie, soyez hardis

      De faire response à Bontemps.

                   ANTOINE

      Je respondray bien sur ces dicts,

      Comme l’un de vos estourdis,

120    Mais que vous en soyez contents.

                   GALLION

      Antoine, despeschez Printemps.

                   PIERRE

      Vous estes nostre secrétaire.

                   PETTREMAND

      Quant à moy, ainsi je l’entends.

                   GAUDEFROID

      Antoine, despeschez Printemps.

                   MULET

125    Escri[v]ez-luy par mots patents

      Qu’il vienne, ou bien que l’iron querre.

                   GALLION

      Antoine, despeschez Printemps :

      Vous estes nostre secrétaire.

                   ANTOINE

      Je suis content pour vous complaire.

130    Or me laissez un peu songer.

                   ROLLET             SCÈNE IV

      Certes Bontemps fut en danger,

      Puis qu’il le dit, en ceste ville.

                   PETTREMAND

      Il fit trèsbien de desloger.

                   GAUDEFROID

      Trop de gents le vouloyent ronger.

                   MULET

135    Il avoit des malheurs10 un mille.

                   GALLION

      Si l’on l’eust enfourné en l’Isle11,

      Parti n’en fust sans composer.

        ANTOINE monstre la response que a faitte     SCÈNE V

      La voilà ! Qui voudra gloser,

      J’y ay laissé fort belle espasse.

                   GRAND PIERRE

140    Et s’il y a trop ?

                   ANTOINE

                 Qu’on l’esface.

                   PETTREMAND

      Il dit bien.

                   GAUDEFROID

               Lisez, secrétaire.

                   ANTOINE

      Or, nottez le plus nécessaire.

                  Antoine lit la response que a faitte :

      « Nostre père et [nostre] seule espérance,

      Seigneur Bontemps : un milion de fois,

145    Dame Folie, avec son alliance,

      Vous ressalue par ces lettres cent fois12.

      De vous, estoit icy commune voix

      Que mort estiez ; mais (la vostre merci !)

      Avons apris depuis deux jours ou trois

150    Par vos escripts qu’il n’estoit pas ainsi.

      Depuis le temps que partistes d’icy,

      Joué n’avons Moralité n’histoire ;

      Si nous eussions tant seulement toussy,

      L’on nous eust fait aller en l’auditoire.

155    Il n’estoit plus question ni mémoire

      De s’esjouÿr à jeu de parlement ;

      Cartes ny déz (cela est tout notoire)

      [N’]avoyent icy course publiquement.

      Au résidu, sachez certainement

160    Que gents de bien sont icy d’union.

      Prince assez bon avons semblablement,

      Qui tous flatteurs met à perdition.

      Si n’est Justice en sa perfection

      Et le commun en liberté remis,

165    Il l’y mettra à sa discrétion,

      Car dèz longtemps ainsi nous l’a promis.

      Donques, Bon Temps, nostre père et ami,

      Retournez cy, avoir veu les présentes.

      Nous vous eussions un bon cheval transmis,

170    Mais Printemps dit qu’avez jambes puissantes ;

      Nous sçavons bien que, toutes fois et quantes

      D’un lieu partez, qu’avez bonne monture.

      À ce retour, [montez dessus vos plantes]13,

      Et venez tost comme un bœuf de pasture.

175    Pour le présent, n’aurez autre escripture.

      Nostre Seigneur vous rameine bien tost !

      Faict à Genève, un jour par avanture,

      Par la Folie et ses nobles supposts. »

                   FOLIE

      Or sus, que dites-vous, mes Sots ?

                   GALLION

180    Elle est trèsbien.

                   PIERRE

                 Faitte par maistre.

                   PETTREMAND

      L’on n’y sçauroit oster ni mettre ;

      Il ne la fault que bien serrer.

                   GALLION

      Antoine ne sçauroit errer.

                   MULET

      Il est trèsparfait secrétaire.

                   ANTOINE

185    Poste, voylà tout vostre affaire :

      Portez-le, s’il vous semble bon.

                   LE POSTE

      Je m’en vay monter.

                   GALLION

                       Allez donc !

      [À Bontemps nous recommandez.]14

                   LE POSTE

      Si feray-je.

                   FOLIE

               Poste(z), entendez :

190    Rameine-le-nous, je t’en prie.

                   POSTE

      Je le feray. À Dieu, Folie !

                   FOLIE

      Et Dieu te conduyse, Printemps !

                                     Pose.

                   FOLIE               SCÈNE VI

      Puis que Bontemps n’est mort, enfants,

      Certes nous poserons le vefve15.

                   GRAND PIERRE

195    L’on n’en sçait encor rien pour vray.

                   PETTREMAN

                          Tu resve(s) !

      Et nostre lecteur de créance ?

                   GAUDEFROID

      En ces lettres n’a pas grand fiance.

                   MULET

      Tu dis vray.

                   ROLET

                Si fault-il reprendre

      Nos autres habillements vieulx.

                   ANTOINE

200    Ouï ; et si, nous fault entendre

      À jouer quelques nouveaux Jeux.

                   GALLION

      Je m’y accorde.

                   PIERRE

                 Je le veux.

      [Reprenons nostre habit ancien.]

                   PETTREMAN

      Voycy pour moy.

                   MULET

                   Cestuy est mien.

                   ROLET

      Mon Dieu, qu’ils sont desjà caduques !

                   ANTOINE

205    Et pour couvrir nos grands perruques,

      N’aurons-nous point de chaperont ?

                   GALLION

      Je ne sçay où diable ils seront ;

      Icy ne sont-ils pas.

                   PETTREMAND

                    Pour vray :

      Les femmes, [des brayes en ont fait]16

210    Ces jours passéz.

                   GAUDEFROID

                  Ouÿ vray(e)ment.

      Ces advocats de parlement

      En auront leurs robbes fourré(es).

                   MULET

      L’on ne sçauroit, la mi sol ré17,

      Dire18, sans cappes, bonnement.

                   FOLIE

215    Vous avez prompt entendement

      Pour bien jouer sans chaperons.

                   ROLET

      Jouons donc.

                   ANTOINE

                Certes, non ferons !

      Sans cappes, tout demeurera.

                   FOLIE

      Et si j’en trouve ?

                   GALLION

                    L’on jouera.

                   FOLIE

220    Vous jouerez donc, car j’en feray

      Plustost du bout de ma chemise.

                   PETTREMAND

      Trop courte est.

                   FOLIE

                   Je l’allongeray

      D’un Fol que pource enfanteray ;

      Puis sera bien longue à ma guise.

225    Le voycy19.                         SCÈNE VII

                   GAUDEFROID

                Certes, l’entreprise

      Est faitte gorgiasement.

                   L’ENFANT

      Donnez-moy le tétet, maman !

      Je veux la lune !

                   MULET

                  Mais comment ?

      Il souffle desjà au cornet20 ?

                   ROLET

230    Le petit fait le verre net,

      Maintenant, aussi bien qu’un grand.

                   FOLIE

      Çà, çà ! puis qu’il y a du bran

      En ma chemise, si fault-il

      Que Claude Role[t], qu’est suptil,

235    Y couppe21 vos béguins, enfants.

                   ROLET

      Je le veux.

                   FOLIE

               Or frappez dedans,

      Et les taillez à hault collet22.

                   ROLET

      Cestuy-cy ne sera pas laid ;

      Je ne sçay que l’autre sera.

                   GALLION

240    Le premier, Antoine l’aura,

      Car il est nostre secrétaire.

                   ROLET

      Tenez donq !

                   ANTOINE

                 Qu’il sent le rosaire23 !

                   ROLET

      Cestuy sentira fleur de lis ;

      Qui l’aura ? Il est bien poli.

245    Grand Pierre, il sera pour vous.

                   GRAND PIERRE

      Faittes que les autres en ayent tous,

      Principalement Gallion.

                   ROLET

      De la pièce24, près du roignon25,

      Je luy en vay coupper un beau.

250    Or tenez !

                   GALLION

               Il est soubz le seau

      De Monpellier26 !

                   ROLET

                   J’en fourniray

      Icy d’un beau pour Gaudefroid.

                   GAUDEFROID

      Baillez-le-moy donc tout de chault.

                   ROLET

      Je donray cestuy à l’essay

255    À Pettreman, qu’est bon thibaud.

                   PETTREMAND

      Pour mieux ressembler le quinault27,

      De cestuy m’embéguineray.

                   ROLET

      Cestuy pour moy je retiendray,

      Car il est doré d’or d’escu28.

                   FOLIE

260    Tu l’as taillé tout près du cul.

      Gouillard, tu prens le gras pour toy !

                   MULET

      Et vostre père Mulet, quoy ?

      Sera-il point embéguiné ?

                   ROLET

      Si sera, dea, oui, par ma foy !

265    Cestuy vous sera consigné.

                   FOLIE

      Puisqu’estes tous enfarinéz,

      Soyez prests à jouer la Farce.

                   PETTREMAN

      Nous sommes prests en ceste place ;

      Commençons !

                   GAUDEFROID

                  Dittes, Pettreman.

                   MULET

270    Paix là ! Attendez, vous !

                   ROLET

                       Comment ?

                   ANTOINE

      Jouez !

                   GALLION

             Non fera.

                   PETTREMAN

                     [Et] pourquoy ?

                   GAUDEFROID

      Je n’ay qu’une aureille.

                   MULET

                     Ny moy.

                   ROLET

      Ni moy.

                   ANTOINE

             Ni moy.

                   GALLION

                     Ni moy aussi.

                   FOLIE

      Et vous faudra-il, pour ceci,

275    Derechef laisser l’entreprise ?

      Je les sens dessous ma chemise ;

      Mais certes, jà ne les aurez.

                   PIERRE

      Les raisons ?

                   FOLIE

                Ha ! vous les orrez :

      Seroit-ce à moy bien vescu

280    D’oster les aureilles à mon cul,

      Qui a desjà perdu la veue29 ?

                   [PETTREMAN]

      L’entreprise est donques rompue.

                   FOLIE

      Il ne m’en chault.

                   GAUDEFROY

                   Ha ! sans la droitte

      Aureille, nous ne jouerons rien.

                   ROLET

285    L’aureille qu’avons interprette

      En mal ce que disons pour bien.

                   ANTOINE

      Conclusion : il nous convient

      Attendre Bon Temps ; c’est assez

      Pour le présent qu’avons laissé[s]

290    Le vefve. Beuvons [donc] d’autant !

                   GALLION

      Je le conseille, cependant,

      Nous trouverons l’aureille droitte30.

                   PETTREMAND

      Et passerons le temps.

                   GAUDEFROIT

                     À boyre !

                   MULET

      Nous en sommes [tous bien] contents.

                   ROLET

295    Beuvons tant que le feu en saille,

      Sur les nouvelles de Bontemps !

                   GALLION

      De nos beaux yeulx, vaille que31 vaille,

      Beuvons tant que le feu en saille !

                   GAUDEFROID

      Donnons à ce vin la bataille

300    Roidement, comme beaux quettants !

                   MULET

      Beuvons tant que le feu en saille,

      Beuvons en attendant Bontemps !

                   GAUDEFROID

      Beuvons de ce vin ! Ne vous chaille,

      Payé l’ay à deniers contents.

                   MULET

305    Beuvons tant que le feu en saille,

      Sur les nouvelles de Bontemps !32

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                    FIN

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1 Recueil général des Sotties, II, 265. La pièce y est intitulée Sottie des béguins.   2 Ms : ROUSSET.  Au vers 121 de la Seconde Moralité, Grand-mère Sottie dit à propos de Mère Folie : « Ma fille le Sobret. » Or, dans la Sottie que nous étudions, Antoine Sobret ne joue pas Mère Folie mais le Secrétaire : il faut donc lire ma fille le Rousset, qui rime d’ailleurs avec « Voylà que c’est ». Claude Rousset joue le Savetier dans la 2° Moralité, Claude Rolet y joue le Conseiller, maistre Pettremand y joue Grand-Mère Sottie, et frère Mulet de Palude (de la Palud) y tient encore son propre rôle de Prêtre.   3 Ms : faulcement   (« Ha ! faulce mort, tant tu me es malivole ! » Pantagruel, 3.) La sottie s’intitule peut-être Moralité parce qu’elle commence par un Ubi sunt. Le « cri » traditionnel viendra plus tard, aux vers 51-64.   4 Ms : mieux vault   5 Sur un cheval de bois, comme le Fol de la Moralité de Charité (BM 64) : « Je vays chevaucher ung baston/ En deffaulte d’une jument. »   6 En amuïssant le « r », vessi(r) rime avec icy. Pour le pet considéré comme une boisson, cf. la Résurrection Jénin à Paulme, vers 233.   7 Les comédiens des vers 56, 58 et 60 ne jouent pas dans la pièce. Tout le passage devait se réduire à un quatrain monorime : « Maistre Pettremand, Gaudefroid,/ Gallion, Antoine Sobret ;/ Çà, Grand Pierre, Claude Rolet ;/ Prestre d’honneur, frère Mulet ! »   8 Les Sots sont dans le public. Ils vont monter sur l’estrade grâce à des échelles.   9 La rime est irrégulière, comme aux vers 167, 176, 244 et 266.   10 Ms : galeurs   11 Dans la prison de l’Île.   12 Même rime qu’à 144, pour souligner l’effet comique de ces saluts qui dégringolent d’un million à cent.   13 Ms : dessus vos pieds montez   14 Ms : Recommandez-nous a Bontemps.   15 Les vêtements de deuil (v. 68).   16 Ms : en ont fait des brayes   17 Rébus musical : L’AMI SOT RAIS [tondu, car on rasait le crâne des fous]. Dans les Bigarrures de Tabourot,  « La mi fa ré sol ut » = l’ami fat résolu. « Vous mi la ré la sol » = vous me lairrez là, sot. Dans la sottie de la Mère de ville (LV 28), « Ut sol la my la » = un sot la mit là.   18 Ms : Dittes  (Cape = capuchon.)   19 Un petit Sot émerge de sous la chemise de Folie. Ladite chemise devenant plus flottante, on pourra y découper les sept bonnets. 80 ans plus tard, les Enfans Sans-soucy recycleront Mère Folie pour créer Mère Gigogne, un autre comédien travesti qui abrite des enfants sous sa robe.   20 Il boit au goulot.   21 Selon Picot, Claude Rolet exerçait la profession de barbier (chirurgien).   22 La Seconde Moralité précisera : « Faites-moy à hault/ Collet une robbe bien faitte ! »   23 Il sent la merde (v. 232). Rosaire = rosier (Huguet) ; ces deux mots pourraient donc avoir le même double sens scatologique : « C’est un vent punais [puant]/ Qui sort du rosier de vos fesses. » Poncette et l’amoureux transy.   24 Du pénis : « La queue levée, le cul ouvert,/ C’est bien rapporté la pièce au trou. » Friquassée crotestyllonnée. N’oublions pas que Mère Folie est jouée par un homme.   25 Rognons = testicules (Guiraud, Dictionnaire érotique). Cf. Maistre Mymin qui va à la guerre, v. 212.   26 Il jouit de privilèges exorbitants, comme la cour du petit sceau royal de Montpellier.   27 À un singe. Faute de pouvoir entretenir un vrai bouffon, on habillait en bouffons des singes apprivoisés, comme celui-ci, ou celui-ci, ou encore celui-ci (qui était le capucin de Jeanne la Folle).   28 Jeu de mots sur « des culs ». Doré = encrotté (« dorer braye ou chemise », Ballade). Ord = merde (« Le Garde-cul est fort segret,/ Et puis le lieu n’est pas trop nect :/ Il garde l’ort. » La Mère de ville [la merde vile], LV 28).   29 La vue = son œil = son anus (Guiraud, Dict. érotique).   30 La rime droitte/boyre est très faible. Faut-il mettre « voire » ?   31 Ms : qui   32 Soit les 4 derniers vers sont une péroraison, soit les vers 301-302 ont été insérés dans un « rondel doublé en la fin ».

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