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FRÈRE GUILLEBERT

Recueil du British Museum

Recueil du British Museum

*

FRÈRE  GUILLEBERT

*

 

Cette farce normande ou picarde, écrite peut-être en 15051, est inspirée notamment par deux fabliaux : les Braies au Cordelier, et les Braies le priestre. Elle offre un précieux répertoire du vocabulaire érotique ayant cours à son époque. On l’a couplée ultérieurement avec un sermon joyeux2 dans le même ton. Le « héros » du sermon s’appelle Guillebert3, comme en témoigne le vers 67 ; mais celui de la farce avait peut-être un nom plus court : les vers 124, 307, 330 et 503, qui nomment Guillebert, sont trop longs.

Source : Recueil du British Museum, nº 18.

Structure : Sermon joyeux (avec 7 strophes en ababbcC), 2 triolets, abab/bcbc, rimes plates, 5 strophes en ababbcC. La versification est très soignée, les rimes sont riches, ce qui permet de « décorriger » certaines corrections maladroites commises par l’imprimeur.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

*

Farce nouvelle de

Frère Guillebert

trèsbonne et fort joyeuse

*

 

À quatre personnages, c’est assavoir :

    FRÈRE GUILLEBERT

    L’HOMME VIEIL [MARIN]

    SA FEMME JEUNE

  LA COMMÈRE [AGNÈS]

*

                                            FRÈRE  GUILLEBERT  commence        SCÈNE  I

               Foullando in calibistris,

               Intravit per bouchan ventris

              Bidauldus, purgando renes.4

             Noble assistence, retenez

5     Ces motz pleins de dévotion.

           C’est touchant5 l’incarnation

           De l’ymage6 de la brayette

           Qui entre –corps, aureille7 et teste–

           Au précieulx ventre des dames.

10   Si demandez entre voz8, femmes :

           « Or çà, beau Père, quomodo9 ? »

           Le texte dict que foullando

           En foullant10 et faisant zic-zac,

           Le gallant se trouve au bissac11.

15   Entendez-vous bien, mes fillettes ?

           S’on s’encroue12 sur voz mamelettes

           Et qu’on vous chatouille le bas,

           N’en sonnez mot, ce sont esbatz ;

           Et n’en dictes rien à voz mères.

20   De quoy serviroient voz aumoyres13

          Si ne vouliez bouter dedens ?

           Se vous couchez tousjours à dens14,

           Jamais n’aurez les culz meurtris,

    Foullando in calibistris.

25   Gentilz gallans de rond bonnet15,

           Aymantz le [se]xe féminin,

           Gardez se l’atellier16 est net

           Devant que larder le connin17 :

           Car s’on prent en queue le venin18,

30   On est pirs qu’au trou Sainct-Patris19,

    Foullando in calibistris.

           Tétins voussus20, doulces fillettes

           Qui aimez bien faire cela21

           Et, en branlant voz mamelettes,

35   Jamais ne direz « [Hau !] Hollà22 ! »,

           Un point y est23 : guettez-vous là

           Que vous n’ayez fructus ventris24,

    Foullando in calibistris !

           Vous, jeunes dames mariées

40   Qui n’en avez pas à demy25

           [Et n’en estes rassasiées,]

           N’escondissez26 point un amy :

           Car restent27 –fust-il endormy–

           Au papa28 ceulx qui son[t] pestris

    Foullando in calibistris.

45   Je vous recommande, à mon prosne,

           Tous noz frères de robe grise29.

           Je vous promectz, c’est belle aumosne30

           Que faire bien à gens d’Église.

           Grans pardons a31, je vous advise,

50   À leur prester bouchan ventris,

    Foullando in calibistris.

           Plusieurs beaulx testins32 espiés

           Se font « batre » sans nul mercy ;

           Et puis qu’ilz ont des petis piedz

55   Au ventre33, ilz sont en soucy :

           « La[s] ! (se disent), d’où vient cecy ? »

          Et ! le veulx-tu sçavoir, Biétris34 ?

    Intravit per bouchan ventris.

           Un tas de vieilles esponnées35

60   Qui vous font tant de preudefemmes36,

           Il semble qu’ilz soient estonnées

           S’ilz oyent parler qu’on ayme dames ;

           Et ! vous croyez que les infâmes

           Ont tous les bas espoitronnéz37,

65   De servir purgando renes !

           Mes dames, je vous recommande

           Le povre frère Guillebert.

           Se l’une de vous me demande

           Pour fourbir un poy38 son haubert,

70   Approchez, car g’y suis expert.

           Plusieurs harnois39 ay estrénéz,

    Bidauldus purgando renes.

               LA  FEMME  commence 40            SCÈNE  II

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

           Et vous doint santé et soulas !

               LA  COMMÈRE

75   Ha ! ma commère, bien venez !

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès !

               LA  COMMÈRE

           Que maigre et palle devenez !

           Qu’avez-vous, ma commère, hélas ?

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

80   Et vous doint santé et soulas !

           Que cent foys morte me souhaitte !

               LA  COMMÈRE

           Et pourquoy ?

               LA  FEMME

                                        D’estre mise ès lacz41

           D’un vieillart, et ainsi subjette42

           De jour, de nuict, je vous souhette !

85   Mais de poindre43, c’est peu ou point.

           Quel plaisir a une fillette

           À qui le gentil tétin point ?

               LA  COMMÈRE

           Sçait-il plus rien du bas pourpoint44 ?

               LA  FEMME

           Hélas, ma mye, il s’est cassé.

90   S’en un moys un coup est appoint45,

           Il [en] est ainsi tost lassé.

           Je l’ay beau tenir embrassé :

           Trouve46 autant de goust qu’en vieil lard.

           Mauldict soit-il, qui a brassé47

95   Me marier à tel vieillard !

           Quel plaisir d’ung tel papelard48,

           Pour avoir en amour pasture !

               LA  COMMÈRE

           Il vous fault un amy gaillard

           Pour supplier49 à l’escripture.

100  Dieu n’entend point, aussi Nature,

           Que jeunes dames ayent souffrette50.

           Mais cerchez une créature

           Qui ayt la langue un poy51 segrette.

               LA  FEMME

           Il est vray [que] quand on en quette,

105  On est regardé de travers ;

           Mais quoy qu’on jase ou [qu’on] barbette,

           Je jouray de bref à l’anvers52.

           Doibt mon beau cor[p]s pourrir en vers

           Sans voir53 ce que faisoit ma mère ?

110  Vienne, fust-il moyne ou convers54 :

           Je luy presteray mon aumoyre.

               LA  COMMÈRE

           Enda ! c’est bien dict, ma commère.

           J’en ay faict, à mon temps, ainsi.

           C’est une chose bien amère

115  De languir tousjours en soucy.

               LA  FEMME

           Adieu donc, je m’en voys d’icy

           En attendant quelque advantage.

               FRÈRE  GUILLEBERT             SCÈNE  III

           Ma dame, ayez de moy mercy55,

           Ou mourir me fault avant aage.

120  Mon las cœur vous baille en ostage :

           Plaise-vous le mettre à son aise.

           Je vous dis en poy de langaige

           Ce qui me tient en grant mésaise.

               LA  FEMME

           Frère Guil(le)bert56, ne vous desplaise,

125  Ce n’est pas ainsi qu’on amanche57.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Ma mye, je vous pry qu’il vous plaise

           Endurer trois coups de la « lance » :

           C’est belle osmosne, sans doubtance,

           Donner pour Dieu aux souffretteux58.

               LA  FEMME

130  S[i] on savoit nostre accointance,

           Mes gens me saqueroient59 les yeulx.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! nous ferons si bien noz jeux

           Qu’on ne sçaura rien du hutin60.

           S’une foys je suys sur mes œufz61,

135  Je baulmeray62 sur le tétin.

               LA  FEMME

           Venez donc demain, bien matin :

           J’envoyray Marin au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Plaisir sera au63 vieil mastin

           De trouver le pâtis herch(i)é64.

               LA  FEMME

140  Le vieillart a trop bon marché65.

                                           L’HOMME                 SCÈNE  IV

           Et dont vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Que me voulez[-vous donc] si tost ?

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune této[t] ?

145  Que vous [m’]engainez ung petiot66 !

               LA  FEMME

           Vostre « bas » est trop eslauché67

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Enda ! j’ay le cœur si fâché

150  Que vouldrois estre en Purgatoire !

               L’HOMME

           Vous fault-il ung suppositoire,

           Ou [ung] clistère barbarin68 ?

               LA  FEMME

           Vous m’avez abusée, Marin :

           Avec vous, je vis en langueur.

               L’HOMME

155  Je ne vous bas, ne fais rigueur.

           Demandez-moy s’il vous fault rien69.

               LA  FEMME

           Ce n’est point –vous n’entendez rien–

           Là où me tient la maladie70.

           Voulez-vous que je le vous die ?

160  Je suis par trop jeune pour vous.

               L’HOMME

           En ung moys, je fais mes cinq coups ;

           La sepmaine, ung coup justement71.

               LA  FEMME

           Cela, [ce] n’est qu’afemmement72 !

           J’aymerois tout aussi cher rien73.

               L’HOMME

165  Comment ! Vous vous passiez [très] bien

           De causquéson74, chez vostre mère.

               LA  FEMME

           La douleur est bien plus amère :

           Mourir de soif emprès le puis75 !

               L’HOMME

           Je fais tout le mieulx que je puis.

170  J’en suis, par Dieu, tout trèsbatu76,

           Combien que j’aye combatu77.

           Encor78, vous dictes estre enceinte.

               LA  FEMME

           [C’est d’avoir]79 prié une saincte

           Que pleine suis, de peu de chose…

175  Encor[e] dire ne vous ose

           Sçais bien quoy.

               L’HOMME

                                          Et dictes, bécire80 !

               LA  FEMME

           Marin, mon amy, je désire…

           Las ! je crains81 tant le povre fruict…

               L’HOMME

           Dictes-le-moy : soit cru ou cuit82,

180  Vous me verrez courir la rue.

               LA  FEMME

           Je désire de la morue

           Fresche, des moules, du pain mollet ;

           Et si, vouldrois bien d’ung collet

           D’ung gras mouton83, et d’ung vin doulx.

185  Et si, Marin (entendez-vous ?),

           De cela qui estoit si blanc

           Quand nous mariâmes.

               L’HOMME

                                                         Du flan ?

               LA  FEMME

           Et voyre, vous y estes tout droict84 !

           Je n’en puis durer, [or]endroit85.

               L’HOMME

190  J(e) iray donc demain, bien matin,

           Au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT                 SCÈNE  V

            Hé ! gentil tétin86 !

           Que tant tu me tiens en l’oreille87 !

 

               RONDEAU88

           Pour une qui [bien] s’appareille89

           Ung vray chef-d’œuvre de Nature,

195  Mon corps veulx mettre à l’avanture

           À les sangler pour la pareille90.

 

           Mon corps et membre(s) j’appareille91

           N’escondire pas créature,

           Pour une92.

 

200  Si ton mary dort ou si veille,

           Mais qu(e) accès j’aye à ta93 figure,

           Je veulx que l’on me défigure

           Se point un grain94 je m’esmerveille

           Pour une.

 

               L’HOMME                SCÈNE  VI

205  Il est [grand] temps que je m’esveille95.

           Adieu, je m’en vois au marché.

               LA  FAMME

           Adieu ! Et prenez bon marché96.

           Mais, je vous prie, n’oubliez rien.

               L’HOMME

           Nennin, non, il m’en souvient bien.97

               FRÈRE  GUILLEBERT                SCÈNE  VII

210  Holà, hay ! Je viens bien à point98.

               LA  FEMME

           Oy. Dévestez chausses et pourpoint,

           Et approchez : la place est chaulde.

               FRÈRE  GUILLEBERT  se  despouille 99

           Au moins, y a-il point de fraulde ?

           Je crains la touche100, sur mon âme !

                                          LA  FEMME

215  Pas n’estes digne d’avoir dame,

           Puis que vous estes si paoureux.

               L’HOMME              SCÈNE  VIII

           Et ! suis-je point bien malheureux

           D’avoir oublié mon bissac ?

           Je n’ay pennier, pouche101 ne sac

           [Où pourray mettre la vitaille.]102

220  Il fault bien tost que je m’en aille

           Requérir le mien…

                                                Hay ! holà !103

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! vertu sainct Gens104 ! Qu’esse-là ?

           Monsieur sainct Françoys105 ! que peult-ce estre ?

               LA  FEMME

           Par [mon enda]106 ! C’est nostre maistre.

225  Je croy qu’il se doubte du jeu.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Que c’est ? vostre homme ? Vertu bieu !

           Hélas ! je suys bien malheureux.

           Le dyable m’a faict amoureux,

           Je croy ; ce n’a pas esté Dieu.

               LA  FEMME

230  Muchez-vous107 tost en quelque lieu :

           S’il vous trouve, vous estes frit.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! mon Dieu, je suis bien destruit !

           Vertu sainct Gens ! le cul me tremble108.

           Or çà, s’il nous trouvoit ensemble,

235  Me turoit-il, à vostre advis ?

               LA  FEMME

           Jamais pire homme je ne vis.

           Et si, crains bien vostre instrument109.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Le dyable ayt part au hochement110

           Et à toute la cauquéson !

240  Accoustré seray en oyson111 :

           Je n’auray plus au cul que plume112.

               LA  FEMME

           S’il est engaigné113, il escume ;

           Semble, à veoir, ung homme desvé114.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! Pater noster et Avé !

245  Vertu bieu ! je suis bien hoché115.

               LA  FEMME

           Las ! mon amy, c’est trop presché ;

           Venez çà, je vous mucheray.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Qui m’en croira, je m’en fuyray,

           Par Dieu, le cas bien entendu.

               LA  FEMME

250  Mais que soyez bien estendu,

           Point ne vous voirra soubz ce coffre116.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Or çà donc, puis que le cas s’offre,

           Me voicy bouté à l’acul117.

           Et ! couvrez-moy un poy le cul118 :

255  Je sens bien le vent119 qui me frappe.

           S’une foys du danger j(e) eschape,

           S’on m’y r’a, je seray sapeur120.

                                           LA  FEMME

           Taisez-vous, n’ayez point de peur ;

           Je vous serviray, si je puis.

               L’HOMME

260  Et puys, hay ! m’ouvrirez-vous l’huis ?

               LA  FEMME 121

           Las ! mon amy, qui vous ramaine ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il me fault cy estendre en raine122.

           Qu’au dyable soit-il ramené !)

               L’HOMME

           Hé ! suis-je point bien fortuné ?

265  J’avois oublié mon bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (À ce coup, je suis à bazac123 :

           Je suis, par Dieu, couché dessus !

           Et ! sainct Frémin et puis Jésus !

           C’est faict, hélas, du povre outil124 !

270  Vray Dieu ! il estoit si gentil,

           Et si gentement encresté125.)

               LA  FEMME

           Je vous l’avois, hier, apresté

           Sur ce coffre avant que coucher.

               L’HOMME

           Couchez-vous, je le voys cercher.

275  Et gardez-vous que n’ayez froid.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il s’en vient, par Dieu, cy tout droict.

           Hé ! sainct Valéry126 ! Qu’esse-cy ?

           Ha ! s’il me prenoit en mercy127,

           Et qu’il print toute ma robille128

280  Mais hélas ! perdre la coquille129 ?

           Mon Dieu ! c’est pour fienter par tout130.)

               LA  FEMME

           Ne cerchez point là vers ce bout :

           Il n’y est point.

               L’HOMME

                                        Et où est-il don ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Mon Dieu, je demande pardon ;

285  Tout fin plat131, je te cry mercy !)

               L’HOMME

           On sent, par Dieu, cy le vessy132 :

           Vertu sainct Gens, quel puanteur !

               [LA  FEMME]

           Et ! on faict sa malle puteur133.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (S’il estoit aussi tourmenté,

290  Il eust, par Dieu, piéçà fienté.)

               LA  FEMME

           Et puis ? l’avez-vous, Marin ?

               L’HOMME

                                                                 Peaulx134 !

           Point n’est cy parmy les drapeaulx135 ;

           On l’a quelque part mis en mue136.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Je suys mort si je me remue.

295  J’ay desjà le cul descouvert.

           Et pource, frère Guillebert,

           Mourras-tu si piteusement ?

           Deux motz feray de testament137,

           Devant que laisser ma cuiller138

300  Et qu’on139 m’ait couppé le couiller.

           À Cupido, dieu d’amourettes,

           Je laisse mon âme à pourveoir

           Pour la mettre avec des fillettes,

           Car j’estois140 bien aise à les veoir.

305  La dame aura mon cœur, pour voir141,

           Pour qui me fault icy périr.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir142 ?

           Tétins143 poinctifz comme linotz144,

           Qui portent faces angélicques,

310  Pour fourbir leur custodinos145

           Auront l’ymage et mes brelicques146 :

           Ne les logez point parmy flicques147 ;

           Dedens jambons148 les fault nourrir.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

315  Jeunes dames, friantz tétotz,

           Vous aurez mes brayes149 pour tout gaige,

           Pour vous fourbir un poy le dos

           Quant vous avez faict le bagaige150.

           Frotez rains et ventre : g’y gaige,

320  Cela vous fera secourir151.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Aux muguetz, grateurs de pareilz152,

           Laisse ma dernière ordonnance ;

           On153 leur fera leurs appareilz

325  Sur l’orifice de la pance

           De leurs femmes. S’en est la chance154,

           Ilz en auront plus beau férir155.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Je prie à tous ces bons yvrongnes,

330  Se frère Guillebert est trespassé,

           Qu’ilz disent en [lavant leurs brongnes]156

           […………………………… -ssé :]

           « J’ay bien gardé, le temps passé,

           Mon gentil gosier de sorir157. »

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?)

               L’HOMME

335  Je ne sçay plus où le quérir.

           Il y a de la dyablerie.

               LA  FEMME

           Parlez de la Vierge Marie158 !

               L’HOMME

           Vertu bieu ! je suis trop fasché.

           Si fault-il qu’il soit cy caché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

340  (In manus tuas, Domine159

           Nisi quia Domine ne…

           Tedet spiritus160 Et pelli…

           Confiteor, Deo celi…

           Ut queant quod chorus vatum…

345  Hé ! te perdray-je, beau baston161 ?

           C’est faict, ce coup. Povre couiller !

           Il vient, pardieu, tout droict fouiller

           Cy sur moy. Et ! vertu sainct Gens !

           Fault-il tuer ainsi les gens ?

350  Par Dieu ! je varie162 de crier.

           Gaignerois-je rien à prier,

           Et à luy monstrer ma couronne163 ?

           mon Dieu, comme tu me gravonne(s)164 !

           À Dieu, gentilz tesmoins165 pelus !)

               LA  FEMME

355  Mon amy, ne cherchez là plus :

           Qu’est cela pendu à ceste cheville166 ?

               L’HOMME

           Et, çà ! Au dyable, çà ! C’est ille167 !

           Venez, que vous vous faictes chercher.

               Nota qu’il doit prendre le hault-de-chaulses

               à frère Guillebert pour son bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Encor pourray-je bien hocher168.

360  Vertu sainct Gens, que je suis aise !)

               L’HOMME

           Adieu, ma mye ! Que je vous baise

           Ung poy à mon département169.

               LA  FEMME

           N’espargnez point l’esbatement170.

               L’HOMME

           Je feray le cas171 au retour.

               FRÈRE  GUILLEBERT

365  Par sainct Gens ! revoycy bon tour.

           Encor pourra paistre pelée172.

               LA  FEMME

           Hélas ! j’estois bien désolée :

           Je cuydois qu’il vous mist à sac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Où, gibet, [print-il]173 ce bissac ?

370  J’estois, par Dieu, couché dessus.

               LA  FEMME

           Et qu’a-il donc emporté174, Jésus ?

           Il sera bien tost cy rapoint175.

               FRÈRE  GUILLEBERT 176

           Par Dieu ! si ne m’y lairez177 point

           Rouge178 cul ravoir, sainct Françoys !

375  Par Nostre Dame ! je m’en vois,

           Mais que j’aye reprins [mes despoilles]179

           Vertu Dieu ! où est mon sac à coilles ?

           Comment ! je ne le trouve point.

               LA  FEMME

           Où est[oit]-il180, frère Gnillebert ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

                                              Emprès mon pourpoint,

380  Pendus cy en ceste cheville.

               LA  FEMME

           Hé ! Vierge Marie, ce sont ille

           Qu’il a prins en lieu de bissac.

           Las ! mon Dieu, je suis à bazac :

           Il me tuera, mais qu’il le voye.

               FRÈRE  GUILLEBERT

385  (Ma foy, je m’en voys mettre en voye ;

           Je croy qu’il ne m’y verra181 point.

           Je prandray mon vit à mon poing :

           Mes mains me serviront de brayette.)182

               LA  FEM[M]E

           Hélas ! et suis-je bien meffaicte ?

390  N’est-ce point bien icy malheur ?

           En amours, je n’euz jamais eur183.

           Las ! je ne sçay que deviendray ;

           M’en fuyray-je, ou s[i] l’atendray ?

           Se je l’atens, il me tuera.

395  Je m’en vois veoir que me dira

           Ma commère…184

                                              Hélas, Dieu vous gard !        SCÈNE  IX

               LA  COMMÈRE

           Que vous avez piteux regard !

           Vous n’avez pas esté bastue ?

               LA  FEMME

           Hélas ! ma mye, je suis perdue.

400  Je ne sçauray que devenir.

               LA  COMMÈRE

           Bo[n], il ne fault point tant gémir :

           À tous maulx on trouve remède.

               LA  FEMME

           Donnez-moy conseil et ayde,

           Aultrement, je suis mise à sac.

405  Las ! ma mye, en lieu de bissac,

           Nostre homme a prins, comme [il apert]185,

           Les brayes de frère Guillebert,  plorando 186

           Et s’en va à tout187 au march[i]é.

               LA  COMMÈRE

           Cela, mon Dieu, c’est bien chié188 !

410  N’est-ce aultre chose qui vous point ?

               LA  FEMME

           Ha ! vous ne le congnoissez point :

           Il dira que j’en fais beaucoup ;

           Et si, jamais qu’un povre coup

           N’en fis189, par le prix de mon âme !

               LA  COMMÈRE

415  N’est-ce aultre chose ? Nostre Dame !

           Allez-vous-en à la maison.

           Je luy prouveray par raison

           Que ce sont les brayes sainct Françoys.

           Tenez gestes190, je m’y en vois.

420  Qu’on me fesse se ne l’appaise.

               [LA  FEMME]

           Hé ! mon Dieu, que me faictes aise !

           Je m’en voys191 trotant bien menu.

               L’HOMME              SCÈNE  X

           Me voicy donc tantost venu.

           Mais je suis quasi estouffé

425  Tant le bissac sent l’eschauffé192

           Et ! vertu sainct Gens, qu’esse-cy ?

           Bissac ? A ! Bissac, pardieu, non est :

           C’est l’abit d’un cul guères net,

           Car y voycy l’estuy à couilles.

430  En voulez-vous menger, des « moules »193 ?

           Me le faict-on194 ? Belle froissure195,

           Se je vous tiens, je vous asseure !

           Le dyable vous cauquera196 bien !

           Le diable enport se j’en fais rien,

435  Que n’ayez le gosier couppé !

           [……………………… -pé.]

           Hon ! me voicy bien atourné.

           Le margout197, quand suis retourné,

           Estoit muché en quelque lieu ;

           Ne le198 sçavois-je, vertu Dieu !

440  Je vous eusses bien foutiné199,

           Par Dieu, et fust-ce ung domine200 !

           Vous faictes fourbir le buhot201,

           Et on m’apellera Hu(ih)ot202 ?

           Et ! pardieu, j’en seray vengé.

445  Le grant diable m’a bien engé203

           De vostre corps, belle bourgeoise !

               LA  COMMÈRE            SCÈNE  XI

           Mon compère, vous faictes grand noyse :

           [Et si,] on ne vous a faict rien ?

               L’HOMME

           Vertu bieu ! on m’en baille bien.

450  Est-ce ainsi qu’on envoye les gens

           (Hon ! hon204 !) cauquer ? Vertu sainct Gens !

           La cauquéson sera amère !

               LA  COMMÈRE

           Et ! pensez-vous que ma commère

           Voulsist205, hélas, se mesporter ?

               L’HOMME

455  Le diable la206 puist emporter !  Monstrat caligas. 207

           Voyez : voylà la prudhomie208.

               LA  COMMÈRE

           Las ! mon amy, ne pensez mye

           Qu’il y ait icy de sa faulte.

           Le cœur dedens mon ventre saute,

460  Quant manier je vous les vois :

           Las ! ce sont les bray[e]s sainct Françoys,

           Ung si précieux reliquère.

               L’HOMME

           Et ! vertu sainct Gens, à quoy faire

           Les eust-on mises à ma maison ?

               LA  COMMÈRE

465  Vrayement, il y a bien raison :

           Et ! pensez-vous bien (Dieux avant209 !)

           Que vous eussiez faict un enfant

           Sans l’aide du sainct reliquaire ?

               L’HOMME

           Et pourquoy n’en sçaurois-je faire ?

               LA  COMMÈRE 210

470  Hélas ! vous estes esponné211.

               L’HOMME

           Encor, pardieu, suis estonné

           Comment cecy y peult servir.

               LA  COMMÈRE

           Quant du joyau on peult chevir212,

           Il en fault froter rains et pance

475  Sept foys, et dire sa Créance213 ;

           Puis après, rendre le debvoir214.

           On[c] ne les cuidasmes onc avoir ;

           Encor, s’on ne nous eust congneues215,

           Jamais nous216 ne les eussions eues.

480  Et si, da, les fault renvoyer.

               L’HOMME

           Je les yray donc convoyer

           Moy-mesmes jusques au convent217.

               LA  COMMÈRE

           Frère Guillebert vient souvent :

           Il ne les luy fault que bailler.

               L’HOMME

485  Or bien, donc. Il s’en fault aller

           Pour veoir qu’en dira nostre femme.218

 

           Pardonnez-moy, par Nostre Dame,          SCÈNE  XII

           Ma mye : j’ay failly219 lourdement.

               LA  COMMÈRE

           Vous ne sçavez pas, voyrement,

490  Qu’il estimoit220 de vous, ma mye ?

           Le bon homme ne pensoit mye

           Que eussiez les brayes sainct Françoys,

           Et en faisoit tout plain d’effrois221.

           Il ne sçavoit comme il en estoit222.

               LA  FEMME

495  Le cœur bien me l’admonnestoit223,

           Quand [ne] les ay trouvées ceans.

           J’aymerois mieulx pourrir en fiens224

           Que de me daigner mesporter !

               LA  COMMÈRE

           Ma mye, il les fault reporter.

               LA  FEMME

500  Las ! voyre, il nous ont bien servys.

               L’HOMME

           Par Dieu, ma mye, jamais [n’en vis]225

           Qu’à ceste heure-cy, Dieu avant !

               LA  COMMÈRE 226

           C’est frère Guil(le)bert là-devant.

           Il vaul[droi]t mieulx les luy bailler.

               L’HOMME

505  C’est bien dict.227

                Venez cy parler

           Un petit, s’il vous plaist, beau Père !

               FRÈRE  GUILLEBERT         SCÈNE  XIII

           A-t-on céans de moy affaire ?

           Je croy que ouy, comme je voys.

               LA  FEMME

           Ce sont les chausses228 sainct Françoys,

510  Que remporterez, s’il vous plaist.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Je le feray sans plus de plaict229 ;

           Mais boutez-vous tous à genoulx,

           Affin que le sainct prie pour nous.

           Et si, vous fault baiser tous trois

515  Les brayes de monsieur sainct Françoys230 :

           Vous aurez la laine231 plus doulce.

               LA  FEMME

           Baillez-m’en une bonne touche232,

           Puis qu’en ay eu si grand doulceur…

               FRÈRE  GUILLEBERT

           C’est trèsbien faict, ma bonne seur ;

520  Car c’est un fort beau reliquère.

               L’HOMME

           Allons les reporter, beau Père ;

           Que chascun voyse à son degré233.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Adieu, messieurs : prenez en gré234.

 

FINIS

Du jeune clergie de Meulleurs. 235

M P U

*

1 Voir la note 235. Elle fut imprimée à Rouen par Jehan de Prest, entre 1542 et 1559.   2 Jelle Koopmans l’a inclus dans son Recueil de Sermons joyeux (pp. 585-589). Il a aussi publié, dans la Revue Romane, un article qui éclaire la scénographie : Frère Guillebert : taxinomies et visualisations d’une farce. La meilleure édition de la pièce est due à André Tissier : Recueil de farces, VI, Droz, 1990. Citons encore les trouvailles normandes d’Emmanuel Philipot : Notice sur la farce de Frère Guillebert. (Mélanges Mario Roques, II, 1953.)   3 Ce nom fait penser à couille vert [verge vigoureuse] : « Moynes ? Que le mal feu les arde,/ Tant portent-ilz la couille verd ! » (Les Rapporteurs.) En outre, le guille-là désignait le pénis : voir l’Épitaphe du membre viril de frère Pierre, de Jodelle.   4 En fouillant dans le calibistri, le bidaud entra par la bouche du ventre, purgeant les reins.  Fouiller = coïter : « Fouillez et ne soyez piteux !/ Or fouillez bien au fond du pot ! » (Joyeusetéz, XIII).  Calibistri = vulve : « [Elle] laissa aux Cordeliers d’icy/ Son si joly callibistry. » (Le Duchat.)  Bidaud = pénis : « Maujoinct [la vulve] se mouille,/ Le povre bidault là s’abaisse. » (Le pourpoint fermant à boutons.)  Bouche = vulve : « Mets icy ton gros “doigt”, et bouche/ Bien hardiment ma basse bouche ! » (Parnasse satyrique.)   5 Au sujet de.   6 Statuette, qui de loin, avait l’apparence d’un godemiché. (Voir la morphologie humaine du phallus au vers suivant.) On dit que les nonnes employaient toutes sortes d’objets sacrés à des fins profanes. Cf. aussi le vers 311.   7 Testicules. « Le membre de Colin, deffaict,/ Se retira, penchant l’oreille. » (Cabinet satyrique.) Voir aussi le vers 192.   8 Entre vous. « Entre vos, femmes, (…)/ Vous pouriez demander : “Beau Père,/ Où se prend ce doulx ongnement [sperme] ?” » Sermon joyeulx pour rire, LV 3.   9 De quelle manière ?   10 En copulant. « Et jà montoit dès son jeune aage/ Sur les filles de son village,/ Et les culoit et les fouloit. » (Jodelle.) « Faire zic-zac » [zigzag = va-et-vient] est répertorié par Rose M. Bidler (Dictionnaire érotique. Ancien français, Moyen français, Renaissance). « Eaue de vie [sperme] qui soustient vie [vit]/ Et ziques-zaques au verd-jus [sperme]. » (Une femme à qui son voisin baille ung clistoire, F 28.)   11 Vulve. « Y vous la couche sur le dos,/ Et après cinq ou sis bons mos,/ Feist entrer “Geufray” au bissaq. » L’Oficial, LV 22.   12 Si on se cramponne à.   13 Armoire = ventre (Takeshi Matsumura, Dictionnaire du français médiéval, p.238). Idem au vers 111.   14 À plat ventre.   15 Bacheliers. « Il est bien temps que vous soyez/ Graduées, et que vous ayez/ Sur la teste le bonnet ront. » Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.   16 Regardez si la vulve est saine. « Eussent-ils, sur le déclin de leur aage, bandé à l’attelier de Vénus ? » Jean Dagoneau.   17 Avant d’y pénétrer. « Moy (…) qui sçais proprement mettre l’andouille au pot/ Et larder le connin. » J. de Schelandre.   18 La syphilis.   19 L’entrée du Purgatoire, mais aussi l’anus. Cf. le Gaudisseur, vers 64 et note 7.   20 BM : moussus  (Voussu = bombé, arrondi.)   21 Faire l’amour. « C’est une femme qui a fait/ Cela cent foys sans son mary. » Farce d’un Amoureux, BM 13.   22 Assez ! « Je cuydoys qu’el me dist “ Hollà ! ”,/ Mais elle me disoit : “ Là, là !/ Houssez fort ! ” » Sermon joyeux d’un Ramonneur de cheminées.   23 Il y a un hic. Se guetter = se garder, se méfier.   24 Préservez-vous d’une grossesse. Allusion au « fruit du ventre » de la Vierge Marie. Il est encore question d’un tel fruit au vers 178.   25 Qui n’avez pas la moitié du plaisir que vous souhaiteriez avoir.   26 N’éconduisez pas votre amant.   27 BM : rest &  (Car les enfants conçus pendant que vous copulez avec votre ami seront attribués au père officiel, même s’il dormait.)   28 BM : papar  (Papa = cocu qui reconnaît l’enfant d’un autre. « Et qui qu’en soit le père,/ Tu seras le papa. » Régnault qui se marie, F 7.)   29 Les moines franciscains, très défavorablement connus sous le nom de cordeliers, portaient une robe grise. Frère Guillebert est vêtu de ladite robe pour prononcer le sermon initial, mais il se rend au rendez-vous galant <vers 191> en civil, avec un pourpoint et un haut-de-chausses ; il reparaîtra en robe au vers 507, quand il aura perdu son habit séculier. Rabelais révèle que les béats Pères ne portent point de chausses sous leur froc : voilà pourquoi « leur pauvre membre s’estend en liberté à bride avallée, et leur va ainsi triballant sur les genoulx ». (Pantagruel, 16.)   30 « Mes dames, je suis d’avis que vous mestiez vos jambons parmy nos andouilles : vous ferez belle aumosne. » (Marguerite de Navarre, Propos facétieux d’un Cordelier en ses sermons.) Même expression au vers 128.   31 On gagne beaucoup d’indulgences. La Confession Margot exploite ce thème.   32 Femmes. On trouve cette métonymie aux vers 32, 52, 191 et 308 ; et sous la forme « tétot » aux vers 141 et 315. Épié = pointu comme le sommet d’un clocher, qu’on nommait l’épi ; cf. le vers 87.   33 Depuis qu’elles sont enceintes.   34 « Il y engrossa une gouge/ Qui avoit nom dame Biétrix. » Le Gaudisseur.   35 Épuisées (par la luxure).   36 Qui font tant les bégueules.   37 Ont les fesses usées par les frottements du lit (vers 23). « Une vieille espoitronée. » Roman de Renart.   38 Un peu. « Fourbir le haubert à une femme » est répertorié dans le Dictionnaire érotique de Bidler.   39 Vulves. « Rembourreux d’enffumés cabas [culs] :/ Laisser vous fault vostre mestier/ Sans plus fourbir ces vielz harnas. » (Ballade.) Étrenner = dépuceler.   40 C’est effectivement le vrai début de la pièce. Une jeune femme mal mariée va chez sa voisine Agnès, une veuve quelque peu entremetteuse.   41 Lacets, liens du mariage.   42 Esclave.   43 D’avoir une érection. « Il point droictement sur le dart. » Le Povre Jouhan.   44 De la braguette ? L’expression exacte est : « Savoir –ou entendre– le contrepoint. » C’est-à-dire, être habile dans les choses de l’amour. Mais par métonymie, un pourpoint est aussi un amant : « Vous voulez trop souvent/ Estre couverte d’ung pourpoint ! » Les botines Gaultier, F 9.   45 Tiré.   46 BM : Tout  (J’y trouve.)   47 Celui qui a combiné de. Les parents mariaient souvent leurs filles à des vieux barbons, d’où le nombre de cocus.   48 Hypocrite.   49 Suppléer. Encore très lu à cette époque, le Roman de la Rose <Lettres gothiques, vv. 19633-19680> développe une longue métaphore sur l’écriture et le coït ; on y voit par exemple Orphée, l’inventeur de la pédérastie, « qui ne set arer [labourer] ne escrire/ Ne forgier en la droite [bonne] forge ». Quant à ses adeptes qui « pervertissent l’escripture », il faut que « les greffes [leur stylet] leur soient tollu [coupé],/ Quant escrire n’en ont vollu/ Dedenz les précieuses tables [vulves]/ Qui leur estoient convenables ».   50 Pénurie. « J’ey du jeu d’aymer grand soufreste. » Sermon joyeulx de la Fille esgarée, LV 44.   51 BM : pey  (Poy = peu.)  Avoir la langue un peu secrète : être discret.   52 « [Frère Colin] confessa tant l’une des plus jeunettes,/ Qu’à son plaisir la fit mettre à l’envers. » Germain Colin.   53 Sans connaître, sans faire.   54 Nouveau moine.   55 Pitié.   56 Trop long (voir ma notice). Faut-il lire Guilbert ? « Assemblées en la présence dudit nostre vénérable Frère Guilbert en nostre chapitre, au son de la cloche. » Histoire et antiquitéz du païs de Beauvaisis.   57 Le discours du frère, puisé aux meilleures sources de la poésie courtoise, manque de verdeur. La femme lui tend la perche (si j’ose dire) en jouant sur le double sens de emmancher : amorcer, et pénétrer. « N’est-il pas temps que vous emmenche ?/ Du temps perdu je suis marry,/ N’en desplaize à vostre mary. » Bonaventure Des Périers.   58 À ceux qui souffrent de la misère sexuelle.   59 Sacher = arracher.   60 Coït. « Ne furent culz de putain sans hutin. » Ballade.   61 Si je marche sur des œufs, si je suis sur mes gardes. Mais œufs = testicules : « Une prébende de moine, qui est une saucisse entre deux œufs. » Joyeusetéz.   62 J’éjaculerai sur vos seins pour ne pas vous inséminer. Baume = sperme : « Ce baume précieux qui donne la vie. » Nerciat.   63 BM : en  (Ce vieux chien aura le plaisir de trouver le pâturage de sa femme labouré.)   64 Hersé, labouré. Cf. Raoullet Ployart.   65 S’en tire à trop bon compte. Ici, elle rentre à la maison.   66 Je veux que vous me mettiez un peu mon bas de chausse. Jeu de mots involontaire : engainer = coïter. « Puis Martin jusche, et lourdement engaine. » (Clément Marot.)   67 Votre bas de chausse est trop disloqué. Mais bas = pénis.   68 À la manière des barbares turcs, qui passaient pour des sodomites indécrottables. « Qu’avecques moy elle s’en vienne,/ Et je luy bauldray ung clistoire/ Qu’on dit barbarin. » (Une femme à qui son voisin baille ung clistoire, F 28.) Voir note 70.   69 S’il vous manque quelque chose.   70 « La maladye de la trop-fille », comme on l’appelle dans Tout-ménage, tourmente aussi Perrete dans la farce de Frère Phillebert (LV 63) : pour la guérir, il faut que « Dieu luy doinct chose qui se dresse ». Et donc, frère Phillebert lui prescrit « un bon clistère barbarin ».   71 Dans la juste observance de la prescription de Celse : Semel in hebdomada [une seule fois par semaine].   72 Ce n’est bon que pour m’affamer. Le jeu de mots sur « femme » est réservé aux lecteurs.   73 J’aimerais tout autant n’avoir rien.   74 D’être côchée, saillie comme une poule par un coq. (Idem vers 239.) « Les cerfs rutent, les poissons frayent, les cocqs côchent. » Béroalde de Verville.   75 Référence à Charles d’Orléans, et surtout à Villon : « Je meurs de seuf auprès de la fontaine. »   76 BM : st rebatu  (Trébattu = transpercé <Godefroy>. « Une pluie tant grosse et sy espesse dont li uns et ly aultres furent tous moulliés et trèsbatus. » Froissart.)   77 Tellement j’ai battu votre con. Cf. Gratien Du Pont, vers 165.   78 D’ailleurs, au surplus.   79 BM : Ca este de  (Ce vers préfigure le dénouement.)   80 Exclamation. « Pourquoy cela ? Pourquoy, béchire !…./ Béchire ! celle fille-là/ Ne m’aime point. » (Les Enfans de Borgneux, F 27.) C’est peut-être une variante normanno-picarde de l’interjection « pécherre ! » [pécheur] : « Ha ! las, péchierres ! » (Godefroy.)   81 BM : crarins  (J’ai si peur pour l’apparence de mon bébé. On passait toutes ses « envies » à une femme enceinte, « affin que le fruit qu’elle porte n’en apporte enseigne [aucun stigmate] sur son corps ». Évangiles des Quenouilles.)   82 Que vous désiriez de la nourriture crue ou cuite. Elle la préfère crue : « [Ce Cordelier] demanda à toute l’assistence des femmes si elles ne sçavoient que c’estoit de manger de la chair crue de nuict. » Marguerite de Navarre.   83 BM : montom  (Elle veut du collier de mouton.)   84 Ce « tout droit » moqueur, précédé par un « entendez-vous » insistant, laisse penser que le produit blanc qu’elle a eu pendant sa nuit de noces n’était pas du flan…   85 Je ne peux plus y tenir, présentement.   86 Le moine soliloque dans la rue. Cette habile transition permet de faire passer la nuit et d’arriver au matin.   87 Tu me tiens par l’oreille… ou par les couilles (note 7).   88 BM met ce titre sous la rubrique. Or, ce rondeau simple de 12 vers commence au vers 193. Il était chanté.   89 Qui est pareille à, qui semble.   90 De les besogner toutes pour celle-là. « Voulez-vous bien que je vous sengle/ Par le ventre ? » Le Cousturier et son varlet, LV 20.   91 Je prépare à.   92 BM ajoute : & ce. [etc.]  Il n’est pas utile de résoudre la clausule à racine du refrain.   93 BM : la  (Pour peu que j’aie accès à ta personne.)   94 Si un peu je m’émerveille pour une autre.   95 Le couple est couché dans un lit.   96 Achetez à bon marché. Elle souhaite que son époux marchande longuement pour qu’il rentre plus tard.   97 Il sort, et le moine entre. La femme reste au lit.   98 J’arrive au bon moment. Mais à point = en érection. Cf. les Sotz fourréz de malice, vers 361.   99 Il accroche son pourpoint et son haut-de-chausses à un clou, ne conservant que sa chemise longue, puis il entre dans le lit.   100 L’épreuve. Mais aussi, un coup d’épée : « Avec l’espée rabatue, je donne simplement une touche. » Tabourot.   101 Ni panier, ni poche. Le bissac est un sac à deux poches : on le porte sur le col, et les poches pendent de part et d’autre sur le devant, comme les jambes d’un pantalon.   102 Vers manquant. Vitaille = victuailles (Capitaine Mal-en-point, vers 428 et 719), mais aussi provision de vits (Chambèrières, vers 31). Ce même sac à vits deviendra un « sac à couilles » au vers 377.   103 Il frappe à la porte de sa maison.   104 Saint Jean.   105 Le moine appartient à l’Ordre des franciscains, fondé par saint François d’Assise, qui est encore invoqué à 374.   106 BM : en da  (« Par mon enda ! » est un juron féminin. Voir Godefroy.)   107 Mussez-vous, cachez-vous.   108 « Mais de grand peur le cul me tremble. » Le Marchant de pommes, LV 71.   109 Aussi, j’ai très peur pour votre instrument. Ce vieil époux conciliant n’est pas bien dangereux (scène IV) ; mais sa femme joue d’une manière sadique avec la pleutrerie du moine.   110 Action de hocher une femme (vers 359).   111 Jeune jars qu’on a châtré pour qu’il n’importune pas les oies.   112 Que des poils : « Agneaulx de divers plumaiges. » (Godefroy.) Autrement dit, je n’aurai plus de couilles au cul. Même l’anatomiste Rabelais considère que les couilles sont pendues au cul : « Je te monstreray par évidence que tes couillons pendent au cul d’ung veau, coquart ! » (Quart Livre, 21.)   113 BM : en gaigne  (S’engaigner = s’irriter. « La femme à son mari s’engagne,/ Qui despend [dépense] son bien sans raison. » Godefroy.)   114 Fou furieux.   115 Secoué.   116 L’amant est bien sous le coffre, et pas dedans, sinon le public ne pourrait ni l’entendre, ni le voir. Beaucoup de coffres médiévaux étaient surélevés par des pieds, comme celui-ci (Musée de Cluny).   117 BM : la cul  (Bouté à l’accul = acculé.)   118 BM : col  (Le moine, accroupi en grenouille <vers 262>, a caché son buste sous le coffre, mais son postérieur dénudé reste visible. Sa maîtresse va poser du linge dessus.)   119 Il sent peut-être un avant-goût du pet qui va venir à 281.   120 BM imprime ainsi ce vers difficile : Son my ra ie seray asseure (Si on m’y reprend <vb « ravoir »>, je me ferai creuseur de tunnels.)  Ma conjecture permet d’obtenir une rime riche et un sens logique.   121 Elle ouvre, et son mari entre.   122 Dans la posture d’une rainette, genoux pliés et cuisses écartées. Pour plus de confort, il met sous ses genoux le bissac que la femme avait posé la veille sur le coffre (vers 272-273).   123 Je suis fichu. Idem vers 383.   124 Pénis. Cf. Raoullet Ployart, vers 29.   125 BM : en creste  (Le gland rouge est comparé à la crête d’un coq <note 129> : « Oncques creste de coq/ Ne fut plus rouge que le manche. » Le Faulconnier de ville.)   126 L’église de Meulers <note 235> est consacrée à saint Valéry.   127 En pitié, et qu’il prenne tout ce que j’ai en compensation.   128 « La robille, c’est à sçavoir tous ses vestemens, robes, chaperons, ceintures. » Guillaume Terrien.   129 Mon pénis. Dérivé de coq (anglais cock). « À qui vendez-vous voz coquilles,/ Entre vous, amans pèlerins ?/ Vous cuidez bien, par voz engins,/ À tous pertuis trouver chevilles. » (Charles d’Orléans.) Saint Coquilbault est un saint priapique invoqué contre la stérilité <note 149>.   130 Il ne peut se retenir de péter.   131 Humblement. Mais aussi : aplati sur le sol.   132 Une odeur de pet.   133 BM attribue ce vers au frère Guillebert ; or, il est dit par la femme, qui assume le pet afin de couvrir son amant. Male pu(an)teur = mauvaise odeur. Jeu de mots sur pute.   134 BM : Ouy et de beaulx  (Je n’en ai pas même la peau. Cf. l’actuel « Peau de balle ! ».)   135 Le linge.   136 Dans une cachette.   137 Ce testament paralyse l’action pendant 35 vers ; il a peut-être été mis là par l’auteur du sermon initial, où on trouvait déjà la forme rare du septain à refrain. Depuis François Villon, les testaments burlesques inspiraient les auteurs de farces. Voir par exemple le Testament Pathelin : « Et faire ung mot de testament. »   138 BM : maccueillir  (Cuillère = pénis. « –Mon mari l’a menu, mais il est long. –Bien, voilà qui est bon, quand la cueiller va jusqu’au fonds du pot. » Béroalde de Verville.)   139 BM : quant  (Le couiller désigne les bourses. Idem vers 346.)   140 BM : iay este   141 BM : veoir  (Pour vrai, en vérité. Il s’agit de la femme qui est dans le lit.)   142 Ce refrain est un décasyllabe à césure médiane, ce qui était fort rare. Sa musique en rappelle un autre, tout aussi interrogatif et suppliant, celui de l’Épistre de François Villon : « Le lesserez là, le povre Villon ? »   143 C’est toujours la métonymie symbolisant les femmes (note 32).   144 Pointus comme le bec des linottes.   145 Custodi nos ! Cet impératif a subi l’attraction du génitif custodis [du geôlier] : il désigne ici le sexe des femmes, qui garde prisonnier celui des hommes.   146 Mon pénis (vers 7) et mes breloques.   147 Tranches de lard salé : entre des cuisses maigres.   148 Entre des cuisses grasses. « Et couldre jambons et andouilles/ Tant que le lait en monte aux têtes. » Villon.   149 Les femmes qui ne parvenaient pas à procréer se frottaient avec les reliques de certains saints. À défaut d’un saint Guillebert, on pouvait par exemple invoquer son quasi homonyme saint Couillebaud. « Quant aux brayes [de S. François ou ses disciples], miraclifiquement elles faisoyent enfler le ventre aux femmes qui de nature estoyent stériles…. Combien de femmes brehaignes [stériles] sont devenues joyeuses mères de beaux enfans pour avoir baisé les brayes de S. François ? » (Henri Estienne.)   150 Le coït, l’action de baguer le pénis du mari : « –Et ! que je manye vostre chose…./ –Vous ne parlez que de bagaige. » (Farce de Jolyet, BM 5.) Passer la bague au doigt est connu comme un rite phallique : « Pour enfiler la bague et rembourer le bas/ De celle qu’il avoit choisi pour ses esbats. » (Th. de Viau.)   151 BM : recourir  (Cela vous sera d’un grand secours.)   152 Aux muguets [jeunes galants] qui grattent leur muguet [mycose syphilitique]. « Soupçonnant qu’un muguet ne luy fasse l’amour. » (Satyre Ménippée.) « La syphilis déguisée sous la forme d’un muguet très-intense. » (Archives générales de médecine.)   153 BM : Quon  (Appareils = pansements : « Vous nettoyerez la playe après en avoir ôté le premier apareil. »)  On mettra leur pansement sur le sexe de leur femme.   154 Si la chance en est, si elle est de la partie.   155 Ils frapperont mieux, au sens libre.   156 BM : launnt leurs brongues  (En rinçant leur gorge.)   157 BM : sotir  (Saurir = sécher comme un hareng saur. « Que nul ne puisse sorir, en la ville de Paris, harenc. » Godefroy.)   158 Et non pas du diable : cela portait malheur.   159 On reconnaît ici le début de l’extrême-onction. Mais la suite est un joyeux fatras où surnagent quelques bribes mal digérées. Quand ils ont peur, les hommes d’Église en perdent leur latin : cf. la Confession du Brigant. André Tissier <p.246> s’est évertué à traduire ce collage ; saluons son travail méritoire : « À moins que, Seigneur, / ton esprit ne soit fatigué d’être sollicité, / je confesse au Dieu du ciel, / pour que le chœur des prophètes puisse… »   160 Sedet spiritum eût été un peu moins aberrant, mais on n’en est plus là.   161 Pénis. Cf. le Faulconnier de ville, vers 54-78. Rime avec « vaton ».   162 Je diffère, je me retiens.   163 Les cheveux qui encerclent ma tonsure monacale, pour lui inspirer du respect.   164 Tourmentes.   165 BM : tesniers  (Au contraire de cet hapax, témoins [latin testis] est couramment employé dans le sens de testicules : « Et que j’ay, comme maint moines,/ Queue roide et tesmoings velus. » Eustache Deschamps.)  Pelus = poilus.   166 Qu’est-ce qui est pendu à ce clou ? Dans la pénombre matinale, Robin prendra les chausses du moine pour son bissac (note 99).   167 C’est lui (idem vers 381). En bon vieillard myope et gâteux, il parle ensuite au bissac, qu’il vouvoie.   168 Copuler. Cf. le Monde qu’on faict paistre, note 33.   169 Avant mon départ. « Baisez-moy, mon doulx plaisir,/ Au moins, à vo’ département. » Le Povre Jouhan.   170 Ne lésinez plus sur les ébats sexuels. « Sa femme,/ Qui de son clerc prenoit esbatement. » Joyeusetéz, XIII.   171 L’amour : « Quant venez pour faire le cas/ Avec moy. » (Le Badin qui se loue, BM 11.) Le mari s’en va, et Guillebert sort de sa cachette.   172 Pelée [décalottée] = verge. « [Elle] a porté verge pelée…./ Trop est vielle sa puterie. » Roman de Renart.   173 BM : a il prins  (« Gibet » renforce l’interrogation : cf. Maistre Mymin, vers 303.)   174 BM : apporte   175 De retour, quand il s’apercevra qu’il n’a pas son bissac.   176 BM : Guilleret   177 BM : rairez vous  (Lairrez = laisserez.)   178 BM : Ronge  (Vous ne m’y ferez plus avoir le cul rouge : le moine a eu les fesses rougies par le froid <vers 275>, mais il a surtout failli avoir le cul ensanglanté par la castration.)   179 BM : ma despoille  (Dès que j’aurai repris les vêtements dont je m’étais dépouillé.)   180 On scande « wé-té », comme on scande « wé » aux vers 183 et 377. Cf. ma préface.   181 BM : trouverra  (Il est si myope qu’il ne me verra pas dans la rue encore obscure.)   182 Il s’enfuit en pourpoint, et toujours en chemise longue.   183 Heur = chance.   184 Elle va chez sa voisine Agnès.   185 BM : bien expert  (Comme il appert = apparemment.)   186 En pleurant.   187 Avec elles.   188 C’est bien dit (avec une nuance ironique : la bouche qui expulse des mots est assimilée à un anus). Cf. le Faulconnier de ville, vers 297.   189 BM : fist  (Et pourtant, je n’ai tiré qu’un pauvre coup.)   190 Contrôlez-vous.   191 BM : doys  (Voys = vais. Elle rentre chez elle, tandis qu’Agnès guette le retour de Robin.)  Trotter menu = courir vite. Cf. Trote-menu et Mirre-loret.   192 Il examine le « bissac » malodorant qu’il portait sur son col.   193 Au vers 182, sa femme réclamait des moules au féminin, mais elle voulait des moules au masculin, c’est-à-dire des godemichés. « [Elle] en fut quitte pour faire élection des plus gros moules qu’elle pouvoit trouver…. Elle en fit tenter le gué [sonder son passage] par des plus menus et petits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands. » Brantôme.   194 Me fait-on cocu ?   195 BM : fresaye  (Je vous promets une bonne fracture ! « Ceulx recevans coulps de poings ou de baston, dont n’y auroit blessure ou froisseure. » Loix, chartres et coutumes.)   196 Vous baisera (note 74) : je vous expédierai en Enfer.   197 Marcou, gros chat reproducteur.   198 BM : te   199 Ces deux vers visent l’amant de sa femme. Foutiner = donner des coups de verges… ou de verge.   200 Un prêtre.   201 Il déblatère de nouveau contre sa femme.  BM : huihot  (Buhot = orifice anal <Matsumura, Dictionnaire, p.474>.)   202 Un huihot, ou wihot, est un mari trompé : « Huyho, qui est à dire en françois : coux [cocu]. » (Godefroy.) « Ce mot Huyau est un synonyme de Huet » (Ducatiana.) Huet est un prénom de cocu entériné par les nombreuses variantes de l’expression « appeler Huet » (voir leur liste complète dans l’article HUET ), qui devient ici « appeler Huot ». Dans le fabliau des Braies le priestre, le cocu se fait traiter de huihot.   203 Pourvu, fait un cadeau empoisonné.   204 Il pleure : cf. le Munyer, vers 115 et note 31. Envoyer côcher = envoyer se faire foutre.   205 Ait voulu. Se méporter = mal se comporter. Idem vers 498.   206 BM : le   207 Il montre les chausses.   208 La sagesse de ma femme.   209 Que Dieu m’assiste ! Idem vers 502.   210 BM : femme   211 BM : esprouue  (Esponné = épuisé. Rimait déjà avec « estonné » aux vers 59-61.)   212 Quand on arrive à se procurer ce trésor. Un des modèles de notre farce est une facétie de Pogge intitulée en français Des reliques des brayes sainct François : « Pour ravoir ses brayes publicquement comme ung très sainct joyau. »   213 Réciter le Credo.   214 Accomplir le devoir conjugal. « Si l’espousée estoit point, la nuyt, morte ;/ Et si l’espoux avoit faict son devoir. » Marot.   215 Si les religieux ne nous avaient pas connues charnellement.   216 BM : ie   217 Au couvent des franciscains. La farce a dû être écrite pour Rouen, comme une bonne partie du théâtre comique de cette époque.   218 Ils vont retrouver la femme à la maison.   219 Je me suis trompé. Agnès l’interrompt vite pour informer la femme de son subterfuge.   220 Ce qu’il s’imaginait.   221 De bruit.   222 Il devenait fou. Cf. le Gentil homme et son page : « Je ne sçay plus comme je suys. »   223 M’en avertissait : je m’en suis douté.   224 Dans de la fiente. Rime avec cians.   225 BM : ny pensis  (Je n’en avais jamais vu. « Et puis allèrent plusieurs aultres femmes au convent faire honneur aux brayes de sainct François, [elles] qui jamais ne les avoient veues. » Pogge.)   226 Elle voit passer frère Guillebert devant la porte restée ouverte. Il a eu le temps de retourner au couvent pour revêtir son froc.   227 Il appelle le moine.   228 BM : choses  (La confusion s’explique : choses = parties sexuelles.)   229 De plaid, de discussions.   230 « Prindrent les Religieux celles brayes, et les firent baiser au mary et à tous les assistans. » Pogge.   231 On attendrait « l’haleine ». Laine = poils du pubis.   232 De votre laine, ou de votre alêne [poinçon] : « –C’est trèsgrand peine/ Que de ramonner à journée./ –Voyre, pour gens à courte alaine. » (Le Ramonneur de cheminées, BM 36.) La femme réclame un bon coup du goupillon avec lequel Guillebert bénit les protagonistes ; on se croirait dans la farce des Chambèrières.   233 Se place dans la procession selon son rang.   234 Prenez en patience l’infidélité de votre épouse.   235 Cette signature garde son mystère. Il y avait peut-être des jeunes clercs à Meulers, près de Dieppe. Mais « jeune clergie » pourrait traduire « frère mineur » ; or, les franciscains se nommaient officiellement « Ordre des frères mineurs ». Et le fabliau des Braies au Cordelier stipule bien : « les braies d’un Frère Menor. » Ce que confirme Henri Estienne dans l’Apologie pour Hérodote : « Ce furent les brayes de S. François qui couvrirent le déshonneur du haut-de-chausse qui avoit esté laissé par le Frère Mineur. » Plusieurs médiévistes voient dans les lettres MPU la date MDV : 1505.

 

LA CONFESSION DU BRIGANT AU CURÉ

Biblioteca Apostolica Vaticana

Biblioteca Apostolica Vaticana

 

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LA  CONFESSION  DU  BRIGANT

AU  CURÉ

 

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Ce dialogue normand1 du XVIème siècle présente une particularité : le prêtre ne succombe ni au péché de luxure, ni au péché de gourmandise ; seul le péché d’avarice lui est imputable. Dans une forêt obscure, un bandit de grand chemin réclame sa bourse à un curé, qui la prétend vide, mais qui accepte de confesser le brigand. Celui-ci, à genoux aux pieds du curé, vide peu à peu la sainte bourse, tout en commentant son forfait dans les termes d’une confession en règle.

Source : Recueil de Florence, nº 10.

Structure : Rimes embrassées, rimes plates, rimes croisées. Les 44 derniers vers, dans un état désespéré, semblent avoir été reconstitués de mémoire.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

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Farce nouvelle du Curé et du Brigant

 

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À deux personnaiges, c’est assavoir :

    LE BRIGANT

    LE CURÉ

 

 

La Confession

du Brigant au Curé

 

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                               LE  BRIGANT  commence               SCÈNE  I

          Je suis desconfit de quinquaille2,

         Tout mon argent est despendu3.

         À malle hart4 soit-il pendu,

         Qui soustient ne denier ne maille5 !

5   Or n’est-il riens qui ne me faille,

         Et [n’ay] grant planté6 d’escuz vieulx.

         Ma robbe a le ventre creux

         Depuis que je n’ay eu nul gaige.

         Tout me fauldra7, en mon mesnaige :

10   Du pain, du lart et du fourmaige.

         Je ne le tiendray pas à saige,

         Qui8 passera ains que je couche.

           LE  CURÉ                             SCÈNE   II

         Voicy la feste qui s’approuche

         De Pasques ; et pource, à ma cure

15   Je veulx aller à l’aventure

         Confesser mes paroissiens,

         Car ilz sont si trèsnégligens

         Que ce n’est que toute ignorance.

         Pour acquiter ma conscience,

20   La Dieu mercy, je suis tout prest.

         Aller me fault sans nul arrest ;

         Et si, convient que [me haston]9.

         Mais ung homme sans baston

         Est à la mercy des chiens10.

25   Or avant ! Je ne crains [plus] riens.

         Dieu me conduye, et Nostre Dame !

           LE   BRIGANT                       SCÈNE   III

         Par la croix bieu ! il ne passe âme.

         Je ne fois icy que morfondre…

         Je prie à Dieu qu’il me confonde

30   Si je ne voy là quelque proye.

         Ho, ho ! Il convient que je voye

         S’il y a point de compaignie.

         Sang bieu ! vous y perdrez la vie

         Tantost, domine Curate11.

           LE  CURÉ                   SCÈNE  IV

35   Je me suis [assez tost]12 hasté,

         Je seray bientost à mon estre13.

           LE  BRIGANT 14

         À mort ! à mort ! Demourez, prestre :

         Il fault retourner par-deçà15 !

           LE  CURÉ

         Hélas, hélas ! Et ! qu’esse-là ?

40   Pour Dieu, ne me faictes nul mal !

           LE  BRIGANT

         [Vient-on]16, à pié ou à cheval ?

           LE  CURÉ

         Je n’ay veu âme. [Quel tourment]17 !

           LE  BRIGANT

         Vous avez peur, maistre gallant18 ?

           LE  CURÉ

         Je cuydoye premièrement

45   Que ce fussent mauvaises gens ;

         Mais [voy que] non sont, Dieu mercy !

           LE  BRIGANT

         Jamais ne partiray d’icy

         Que n’aye compté vostre monnoye.

           LE  CURÉ

         (C’est donc pis que [je] ne cuydoye.)

50   Las, ne me faites nul effors !

           LE  BRIGANT

         Je te mettray la dague au corps,

         Par la chair Dieu, se tu dis mot !

           LE  CURÉ

         Nenny, je ne suis pas si sot ;

         Il n’en sera jamais nouvelle19.

           LE  BRIGANT

55   Çà, de l’argent !

           LE  CURÉ

                                        Il n’y a rouelle20,

         Par le Dieu qui me fist21, en ma tasse.

           LE  BRIGANT

         Parle bas, [de peur] qu’i ne passe

         Quelq’un qui face empeschement.

           LE  CURÉ

         Vous dictes vray, par mon serment ;

60   [Desjà] je l’avoye oublié.

         J’ay mon argent tout employé

         Au luminaire de la feste.

           LE  BRIGANT

         Par le sang bieu, ribault [de] prestre,

         Vous chanterez d’autre martin22 !

           LE  CURÉ

65   Je vous don(ne)ré ung pot de vin,

         Beau sire, et soyons amys.

           LE  BRIGANT

         Baille des escus cinq ou six :

         Tu n’auras garde qu’on [les t’emble]23.

           LE  CURÉ

         Je n’en vis oncques tant ensemble,

70   Par Dieu qui me fist, en ma bource.

           LE  BRIGANT

         S’il convient que je me courouce…

           LE  CURÉ

         [Ce me]24 seroit une grant peine.

           LE  BRIGANT

         Voicy desjà25 longue sepmaine

         Que je veulx estre confessé.

           LE  CURÉ

75   A ! par Dieu, tout sera laissé

         Devant que je ne vous confesse.

         Or sus, mectez-vous à vostre aise,

         Debout, assis, agenoillé26,

         Et dictes : « Benedicite,

80   Dominus27. »

           LE  BRIGANT

                                     Dy-le pour moy, [don28].

           LE  CURÉ

         Benedicite… Sempiternum…

         Secu29 corda… Predicatam30

         [Et] spiritus sancti… Amen !

         Or, dites donc : « Je me confesse. »

           LE  BRIGANT

85   Dy-le pour moy.

           LE  CURÉ

                                          Je me co[n]fesse

         À Dieu31.

           LE  BRIGANT

                            Et maulgré bieu du villain prestre32 !

         T’en veulx-tu desjà aller [paistre] ?

           LE  CURÉ

         C’est ung mot de confession.

           LE  BRIGANT

         Par la mort ! sans rémission

90   Je te tueray, se tu quaquettes.

           LE  CURÉ

         Or sus, dictes voz besongnettes33 :

         Avez-vous prins rien de l’autruy34 ?

           LE  BRIGANT

         [Se j’ay prins ?] Et ! morbieu, ouÿ :

         Quant je jou[o]ye aulx espinettes35

95   Avec[ques] les belles fillettes,

         Je leur ostoye leurs espilles36

         Et les donnoye à d’autres filles.

           LE  CURÉ

         Or Dieu le vous pardoint, [beau] sire !

         Comment vous va du péché d’ire37 ?

100  Vous courro[u]cez-vous voluntiers ?

           LE  BRIGANT

         Quant je vois38 parmy les santiers,

         [S’]une ronce ou une espinette

         Me happe parmy ma jambette,

         Incontinent je maulgroye Dieu

105  Et la couppe par le mellieu ;

         Voire tout bas39, sans mot sonner.

           LE  CURÉ

         Dieu le vous vueille pardonner !

         Mais d’argent prendre, il s’en fault f[r]aindre40.

           LE  BRIGANT 41

         Si fois-je, quant n’y puis actaindre.

           LE  CURÉ

110  C’est bien fait, car Dieu s’en courrouce.

         Avez-vous point, voyant42 la bource

         À ces gallans, et joué de « force »43 ?

           LE  BRIGANT

         Nenny, [pas encore, par Dieu]44.

           LE  CURÉ

         Or sus, faicte[s] bien vostre deu45 ;

115  Il faul[t] laisser, chascun, son fais46.

           LE  BRIGANT

         Par le sang bieu, je suis emprès ;

         Encor(e) ne fais que commencer.

           LE  CURÉ

         Il vous fault trèsbien [a]penser

         À mettre tout hors, mon amy.

           LE  BRIGANT

120  Aussi fais-je tant que je puis,

         Mais le pertuis47 est trop petit.

           LE  CURÉ

         Ce sera [pour] vostre prouffit,

         Mon amy : ne laissez rien.

           LE  BRIGANT

         [Pour] mon prouffit ? Par sainct Julien,

125  Au moins y ay-je espérance !

           LE  CURÉ

         N’avez-vous pas en Dieu fiance ?

         Dea ! ne vous hastez48 qu’à vostre aise.

           LE  BRIGANT

         Nenny dea, je suis bien aise.

         Vous fais-je point de desplaisir ?

           LE  CURÉ

130  Nenny non, faictes tout à loisir ;

         De vous amender j’ay grant joye.

           LE  BRIGANT

         Je vaulx mieulx que je ne faisoye

         Des escus, par Dieu, plus de six49.

           LE  CURÉ

         Vostre confession, beau filz,

135  Elle doit estre parfaicte.

           LE  BRIGANT

         El(le) sera, par Dieu, toute nette,

         Se je puis, avant que [je cesse]50.

           LE  CURÉ

         Dea, il ne fault pas que l’en laisse

         Aucuns péchés : n’en laissez nulz.

           LE  BRIGANT

140  Je prens les grans et les menus,

         Certes, j’en foys bien mon effors.

           LE  CURÉ

         Dieu vous sera miséricors.

         Or çà, savez-vous autre chose ?

           LE  BRIGANT

         L’autre jour, il y a grant pose51,

145  On avoit mis ung gras confit52

         À la gelée53, toute [une] nuyt ;

         Et je le prins.

           LE  CURÉ

                                 [C’est bien forgé]54 !

           LE  BRIGANT

         Par le sang bieu ! je le mengay

         Sans sel55, dont je m’en confesse.

           LE  CURÉ

150  Or çà, oyez-vous point la messe,

         Au dimenche, quant elle sonne ?

           LE  BRIGANT

         Je l’oy bien d’où je suis.

           LE  CURÉ

                                                   [Grant somme

         Avez]56, mais que faites vous tousjours ainsi ?

           LE  BRIGANT

         J’en ay beaucoup, [la] Dieu mercy57 !

           LE  CURÉ

155  Or mon amy dictes, après, [vos reliques58],

         Sans [me] faire tant de répliccques.

           LE  BRIGANT

         Je mengay l’autre jour des trippes

         D’une59 tripière, [à fines lippes]60 ;

         Et luy abbatis [sa tripière]61

160  Tant que la gresse cheut à terre.

         Et [j’ay] laissé là son62 couteau.

           LE  CURÉ

         Dea, nous en sommes bien et63 beau !

         Confession est-elle faicte ?

           LE  BRIGANT

         Par le sang bieu ! elle est [bien] nette :

165  Je ne sçay en [tout mon couraige]64

         Plus riens seul, s’il n’est bien sauvaige65.

           LE  CURÉ

         C’est vostre prouffit, j’ay66 fiance.

           LE  BRIGANT

         Or sus doncques, que l’en s’avance67 !

           LE  CURÉ

         Il vous fault avoir pénitence,

170  Pour des68 péchéz pardon avoir69.

           LE  BRIGANT

         Monsïeur, vueillez y penser :

         Car si vous me baillez grant charge,

         Je ne la sçauroie porter70.

           LE  CURÉ

         …………………. Ego asvote71

175  De la crouste d’ung pasté72

         Sicut erat… Sempiternam…

         [Et] spiritu sancti… Amen !

           LE  BRIGANT 73                SCÈNE  V

         Sire Morise, mon amy,

         [De grant sens vous estes garny]74.

                              LE  CURÉ

180  Vertu bieu ! je [chante mercy]75

         Que je n’é pas laissé l’endosse76.

         Morbieu ! se je reviens par cy…

         Je m’en vois à mon sacerdoce77,

         Confesser mes parroisiens.

185  Prenez en gré l’esbatement !

         Sire Dieu [vous donne tous biens]78 !

         Adieu vous dy pour maintenant.

 

           FINIS

 

*

 

1 Comme d’habitude, les particularismes normands n’ont survécu que dans les rimes : vers 16 et 17, 22 et 23, 111 et 112, 113 et 114, 170 et 171… Mais il nous reste un couplet sur les tripes, spécialité normande !   2 Cliquaille, monnaie.   3 Dépensé.   4 À une maudite corde.   5 Celui qui a des deniers ou des piécettes.   6 Quantité. Les écus vieux furent décriés le 5 décembre 1511.   7 Me fera défaut (verbe faillir, vers 5).   8 Celui qui passera avant que je ne me couche.   9 F : ie me haste  (Tournure normande : « Je n’avons pas putost eu gagé, que j’avons vu les deux hommes tout à plain. » Molière, Dom Juan, II, 1.)   10 Il ramasse une branche morte, et l’utilise comme canne pour marcher et se défendre pendant le long trajet entre son presbytère et la cure où il officie. Les villes se trouvaient dans la forêt, alors peuplée de chiens sauvages, de loups, et de détrousseurs.   11 Monsieur le Curé. C’est du vrai latin, contrairement à celui que va écorcher le curé.   12 F : asses toust   13 À destination.   14 Il surgit de derrière un arbre.   15 Par ici, vers moi. Il attrape le curé qui s’enfuyait.   16 F : Vient il  (Est-ce que quelqu’un d’autre vient ?)   17 F : quelconques  (« N’y est-elle point ? Quel tourment ! » Farce des bottines Gaultier, F 9.)   18 Les prêtres avaient une réputation de séducteurs.   19 F : nouuoelles  (Je n’en parlerai à personne.)   20 Aucune pièce de monnaie.   21 Même expression au vers 70. Tasse = bourse : « Prens dix escus en ma tasse. » Le Ramonneur de cheminées (F 30).   22 Vous changerez de ton. « Bientost vous ferai d’autre martin chanter. » Godefroy.   23 F : le lemble   (Tu ne craindras plus qu’on te les vole.)   24 F : Se  (On se demande si le curé plaint le brigand ou son argent.)   25 F : la   26 F : ou a genoulx  (Cf. la confession du Nouveau Pathelin : « –Çà, dictes, sans plus vous brouiller,/ Tout premier Benedicite…./ –Seray-je cy agenoillé ? »   27 Nombreux points communs avec la confession du Testament Pathelin (notamment les vers 327-330), et la confession du Munyer (vers 390-391).   28 Donc. On plaquait parfois cette rime commode à la fin d’un vers bancal : « Il suffist, je n’en dy rien, don. » Maistre Pierre Doribus.   29 Il faut comprendre Sursum corda [élevons nos cœurs]. Le curé a tellement peur qu’il mélange et estropie les textes liturgiques. Voir la note de Gustave Cohen, Recueil de farces françaises, p. 82.   30 F : predicale  (qui ne rime pas. Emprunt classique à saint Augustin : divino eloquio praedicatam = prêchée par une éloquence divine — que ne possède visiblement pas notre pauvre curé de campagne.)  Prédicatan rime avec aman, de même que le sempiternon du vers précédent rime avec don.   31 Le brigand comprend « Adieu ! », et croit que le curé va s’en aller. On trouve exactement le même jeu scénique dans la farce de Celuy qui se confesse à sa voisine (F 2), vers 403-405.   32 Maudit soit ce vilain prêtre ! « Maugré du vieux ! » Farce de la Cornette.   33 Vos petites affaires. Double sens érotique (besogner = coïter) : « Vous sçavez bien la besongnette…./ Une autre foys, en la couchette,/ Nous jouerons entre deux draps. » Farce de Jolyet (BM 5).   34 Du bien d’autrui. Cf. la confession du Testament Pathelin, vers 388.   35 Espine = pine, pénis. « Dame Proserpine/ Fust espinée de l’espine/ Qui est en ta brague cachée. » (Rabelais, V, 46.) On peut comprendre : quand je faisais l’amour.   36 F : espingles  (Les espilles sont des épingles qui fermaient les robes : « S’il choit à la dame une espille. » XV Joyes de mariage.)   37 La colère est un péché capital.   38 Vais.   39 Silencieusement.   40 Se retenir (Godefroy). Le curé estime moins grave d’enfreindre le deuxième Commandement (« Tu ne prendras point le nom du Seigneur ton Dieu en vain ») que le septième (« Tu ne desroberas point »).   41 À partir de là, le brigand à genoux entrouvre discrètement l’aumônière du curé, puis en sort les pièces une à une. Le curé lui parle de sa conscience qu’il doit vider de tout péché, mais le brigand parle de la bourse du curé, qu’il vide de ses écus.   42 F : veu en   43 Les forces étaient les ciseaux des coupeurs de bourses. Voir l’édition Koopmans, p.176, note 32.   44 F : par dieu pas encore  (Cf. Koopmans, note 33.)   45 Votre devoir. « Di» rime avec « dû », à la manière normande.   46 Chacun doit laisser son fardeau moral. Le brigand songe plutôt à un fardeau métallique.   47 Le goulot de ma conscience. (Et l’ouverture de votre bourse.)   48 F : hastrs   49 Je vaux 6 écus de plus que je ne valais avant de me confesser.   50 F : la laisse  (Rime du même au même.)   51 Il y a longtemps.   52 F : chappon   53 À la campagne, on laissait refroidir les plats chauds sur une fenêtre, pour le plus grand plaisir des chapardeurs.   54 F : Dea iulfhange  (C’est bien combiné.)   55 Goulûment, comme le chat de Renart le nouvel quand il dévore un héron « sans nape et sans sel ».   56 F : Par dieu vous auez grant somme  (Vous avez tellement sommeil, que vous restez couché au lieu d’aller à l’église ? Le brigand va équivoquer sur les sommes d’argent. Cf. Koopmans, note 49.)   57 Même exclamation au vers 20. Cf. la Seconde Moralité de Genève, vers 129.   58 Le reliquat, le reste. « S’il y a encores en vous quelques reliques de l’amour passée. » Marguerite de Navarre.   59 F : A une  (Vers trop long.)  Les tripières vendaient au marché des tripes chaudes que les clients consommaient sur place, dans une écuelle ou une chope : « Demandé luy ay du brouet [sauce],/ En mon escuelle, de ses trippes. » (Farce de la Trippière, F 52.) « Je payeray choppine de tripes. » (Le Disciple de Pantagruel.) À défaut, on versait les tripes dans un cornet de papier fort : « Ma besace sera gastée,/ Se ne le metez au cornet. » (Un Aveugle, son varlet et une tripière, LV 13.) Les tripières de la littérature comique sont toujours victimes de resquilleurs, comme dans les Repues franches de maistre François Villon.   60 F : qui passoit  (« Regardez là quelz fines lippes/ Pour tesmoigner d’ung plat de tripes. » Le Capitaine Mal-en-point.)   61 F : son bacquet  (Tripière = pot en terre cuite muni d’un couvercle.)   62 F : mon  (Je me suis enfui avant qu’elle me poignarde.)  Le redoutable couteau à double tranchant des tripières était passé en proverbe : « L’Évangile est un cousteau de tripière, qui coupe des deux costéz. » Satyre Ménippée.   63 F : el  (Ce « nous » de majesté désigne le curé lui-même, qui regrette charitablement que la tripière n’ait pas tué le brigand.)   64 F : ma conscience  (Dans mon cœur, dans mon âme. « Ce sont choses (…) qui moult me grièvent et poisent en mon courage. » Froissart.)   65 Je n’ai pas laissé un sou, à moins qu’il n’ait des griffes.   66 F : Se ie ny ay part iay   67 Qu’on en finisse.   68 F : vos   69 Rime normande : avèr rime avec pensèr. Cf. Pates-ouaintes, vers 420 et 422.   70 Il faudrait une rime en -arge, ou à la rigueur en -age.   71 Ego absolvo te [je t’absous]. Pressé d’en finir, le curé recommence à dire n’importe quoi (note 29).   72 « De la croûte » évoque Juxta crucem [près de la croix], et « D’un pâté » rappelle Deus Pater [Dieu le Père].   73 Il s’éloigne en se parlant à lui-même. On apprend qu’il se nomme Maurice.   74 F : Vous estes garny de grant sens   75 F : eschape bien aucy  (Chanter merci = rendre grâces à Dieu.)   76 Le bas du dos : le curé se félicite de ne pas s’être fait violer ! Voir les Ballades en argot homosexuel de Villon <édition de Thierry Martin>. D’après le Dictionnaire érotique de Pierre Guiraud, « se faire endosser » = se faire sodomiser.   77 F : avanture  (Réminiscence des vers 15-16.)   78 F : le vous pardonne  (Encore une fois, ces « biens » sont plus terrestres que spirituels.)

 

LES RAPPORTEURS

Recueil Trepperel

 

*

LES RAPPORTEURS

*

La première mouture de cette sottie parisienne fut écrite en 1487, probablement par Henri Baude1. Les basochiens, qui en étaient les commanditaires et donc les propriétaires, lui ont adjoint des vers nouveaux jusqu’aux alentours de 1502. Elle est très proche de la sottie des Sotz escornéz, à peu près contemporaine et imprimée elle aussi par Trepperel. On y trouve une vignette identique : Pierre Gringore travesti en Mère Sotte2. On y trouve des personnages similaires : un Prince tyrannique, son éminence grise Gautier, et ses trois Sots en rupture d’obéissance. On y trouve aussi un poème en pentasyllabes, et une ballade mythologique en décasyllabes où l’on croise les mêmes dieux. On y trouve enfin d’innombrables concordances de style. En revanche, notre sottie des Rapporteurs n’a aucun lien avec la farce du Raporteur (LV 30). Les Rapporteurs sont des « reporters ». (Étymologiquement, c’est le même mot français.) Ils vont aux nouvelles et présentent leur rapport ; les actualités qu’ils passent en revue sont truffées d’allusions politiques.

La pièce dénonce3 la répression dont le théâtre des basochiens fut victime en 1486 : Charles VIII fit emprisonner quatre clercs de la Basoche et leur auteur Henri Baude4, coupables d’avoir brocardé sur scène des notables corrompus qui « n’en ont pas esté bien contens5 ». Pendant les jours gras6, les Sots partageaient les prérogatives des vrais fous et des bouffons royaux : ils pouvaient alors caricaturer les abus et les ridicules de leurs contemporains, à condition que ces derniers ne s’en formalisent pas trop. L’auteur de la sottie des Sobres Sotz (LV 64) ne l’oubliera pas :

    –Je le diroys bien, mais je n’ose,

    Car le parler m’est deffendu.

          (…) –Sy je n’avoys peur

    Qu’on me serrast trop fort les doys,

    En peu de mos je vous diroys

    Des choses qui vous feroyent rire.

    –À ces jours-cy, y fault tout dyre

    Ce qu’on sayt : on le prent à bien.

    –Par sainct Jehan ! je n’en diray rien :

    Y m’en pouroyt venir encombre.

Symbole de la lutte contre la censure (et d’un bras-de-fer entre le Parlement de Paris et les courtisans7), la sottie des Rapporteurs tint lieu de défouloir aux contestataires du Palais pendant quinze ans : sur la trame originale qui comptait 250 vers, on placarda au gré de l’actualité8 une centaine de vers anarchiques où éclate une violence jamais atteinte auparavant. Mais cette fois, nul n’a tenu à se reconnaître dans ce jeu de massacre. D’ailleurs, la version que nous connaissons a-t-elle pu être représentée ?

Que reste-t-il du théâtre de « maistre Henry Baulde » ?

* La Pragmatique entre gens de Court et la salle du Palais.  Quoi qu’on ait pu dire, ce dialogue de 1485 n’est pas dramatique.

* La brièvfe Moralité de 1486.  Elle a été détruite par les censeurs, et même son nom est inconnu.

* La sottie des Sotz escornéz.  Rien n’empêche qu’elle soit de Baude : lors du scandale de 1486, on a examiné les « Sotye et Moralité jouéz par lesdictz clercs ledit jour ». La sottie9 en question, dont on ignore tout, ne fut pas censurée ; elle existe peut-être encore.

* La sottie des Rapporteurs.  Baude contesta son emprisonnement dans deux épîtres en octosyllabes adressées au duc de Bourbon. Avec un tel désir d’en découdre, pourquoi aurait-il abandonné à un autre dramaturge le soin (et la jubilation) d’une vengeance publique ?

* Aulcun, Cognoissance et Malice.  Joël Blanchard10 attribue à Baude cette moralité qu’il date de 1484.

Source : Recueil Trepperel, nº 6.

Structure : Ballade, abab/bcbc, rimes plates, 3 triolets, 9 tercets pentasyllabiques. La métrique est très confuse à cause des rimes proliférantes qui furent ajoutées au fil des années. Le squelette de la forme première est parfaitement reconnaissable, mais je n’ai pas cru bon de « censurer » l’œuvre collective qui nous est parvenue.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

*

Sotie nouvelle à quatre parsonnaiges des

Rapporteurs

*

C’est assavoir :

    PROPTER QUOS 11, le Prince

    LE PREMIER SOT

    LE SECOND SOT

    LE TIERS SOT

                                  Les Rapporteurs

*

 

                             PROPTER QUOS,  le Prince,  commence       SCÈNE   I

        Saturne, filz du trosne impérial

        Et de Vesta12 (du plus hault élément13

        Dame et maistresse), au ceptre tribunal14

        [Dut renoncer ………….. -ment.]

5   Divisay fut le siècle15 vivement.

         Mais Jupiter, pour sa porcion [l]égalle16,

         Dessus Phébus a le gouvernement.

         Cuidant soy haulcer17, mainteffois on ravalle.

         Puis Neptunus18 (qui, ès19 lieux fluctueux

10  Et inundans, à Saturne succède),

         Cure receust20 des lieux pérécliteux ;

         Quant Boréas a déchassé si roide21,

         Je22 cuide, moy, qui n’y eust mis remède23,

         Englouty l’eust de ténébreure malle ;

15  Mais Neptunus luy24 monstra face laide.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravalle.

         Touchant Pluto, lieux trèsparfonds et ysmes

         A désiray pour sa porcion avoir,

         Moyen duquel luy ont les [noirs] abismes25

20  Esté donnéz, et là fait son mou[v]oir.

         Proserpine le dev(e)roit bien sçavoir,

         Car des Enfers26 a visité la salle ;

         Mais Sérès sceut27 moyen de la [re]voir.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravale.

25  Prince, pensez qu(e) avant [de] desjuner,

         Voz biberons ont forment face palle28.

         Mais puis après, on se doit pourmener29.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravale.

         Mes Sotz sont-ilz point en la salle ?

30  [Çà, Gaultier,]30 va-les-moy hucher !

         Je croy, moy, qu(e) ilz se vont coucher.

         Touteffois, ilz m(e) avoient promis

         Que pour l’honneur de leurs amis

         Desquelz ilz ont aide et support31,

35  Aujourd’uy feroient leur rapport

         Comme [ilz] ont de bonne coustume.

           LE PREMIER SOT 32              SCÈNE  II

         Jésus, auquel point est la lune !

           LE SECOND [SOT]

         Benoist Dieu, que le temps est rouge33 !

           LE TIERS SOT

         Qui vouldra menger d’une prune,

40   Je vous requier qu’on ne se bouge.

           LE PREMIER

         Feste bieu, que de gens nouveaulx34 !

           LE SECOND

         Que de Dames et de Damoiselles !

           LE PREMIER

         Mais qu’il y35 fauldra de chappeaux !

           LE TIERS

         Feste bieu, que de gens nouveaux !

           [LE SECOND

         …………………………….. -eaux !]

           LE PREMIER

45   Ha ! je n’en vids jamais de telles.

                               LE SECOND

         Feste bieu, que de gens nouveaux !

                               LE TIERS

         Que de Dames et Damoiselles !

                               LE PREMIER

         Que de sotz !

                               LE SECOND

                                  Que d(e) oppiniastres !

                               LE TIERS

         Que de folz36 !

                               LE PREMIER

                                     [Et] que de follastres !

                               LE SECOND

50  Que de gens qui cuident sçavoir !

                               LE TIERS

         Qu(e) il en est qui ne sçavent riens !

                               LE PREMIER

         Que de gens qui ont trop devoir37 !

                               LE SECOND

         Que de gens qui ont trop de biens !

                               LE TIERS

         Que de macquerelles à Paris !

                               LE PREMIER

55  Que de « maisons » en la rue Saint-Denis38 !

                               LE SECOND

         [Qu’il est]39 de paiges macquereaulx !

                               LE TIERS

         Qu’il est de pouvres fringuereaulx40 !

                               LE PREMIER

         Que je voy porter41 brodequins

         À ces povres frans musequins42,

60   Par-dessus leurs chausses persées !

                               LE SECOND

         Mais que j’ay veu, depuis six ans,

         Paistre de grues43 parmy les champs,

         Qui toutesfois s’en sont vollées !

                              LE TIERS

         On a prins, à Sainct-Innocent44,

65  De l’eau, des plains potz plus de cent ;

         Puis n’a-on pas tout emporté.

                              PROPTER QUOS                  SCÈNE   III

         Après qu(e) auray bien escouté,

         Mes Sotz45, viendrez-vous, s’il vous plaist ?

         Vrayement, ilz ont bien tempesté !

70   [Après qu’auray bien escouté,

         ………………………….. -té.]

         Je croy qu’ilz ont le cueur dehait46.

         Après qu(e) auray bien escouté,

         Mes Sotz, viendrez-vous, s’il vous plaist ?

                               LE PREMIER

         Nous n’avons pas encore fait47.

                               LE SECOND

75  Nous ne sçavons par où descendre.

                               LE TIERS

         On nous a mis à faire guet.

                               LE PREMIER

         Taisez-vous, laissez-nous apprendre48.

                               PROPTER QUOS

         Or brief, je ne puis plus attendre.

         Ne cuidez pas que ce soit fable.

80   Se je voys49 là vers ceste table,

         Par tous les sains de Paradis,

         À chascun, des coups plus de dix

         Je vous donray sur vostre teste !

           LE PREMIER

         Je n’ay cure de telle feste.

           LE SECOND

85  Je n’ay cure, moy, qu’on me bate.

           LE TIERS

         Se n’avoyes50 la main à la paste,

         Si m’en fuiray-je du débat.

                              LE PREMIER

         Allons là, ce n’est q’ung esbat51 ;

         Si, verrons qu’il nous vouldra dire.

           LE SECOND

90  Pour me trouver en ung combat,

         Je suis plus vaillant que La Hire52.

           LE TIERS

         Pour m’enfuïr s’on me menace

         Et pour tantost vider la place,

         Jà n’en crains archier de la Garde53.

           LE SECOND

95  Allons là, je croy qu’il luy tarde ;

         Car nostre maistre Propter Quos

         Ayme fort ouÿr noz rappors.

           [LE PREMIER]

         Et ! le vélà qui nous regarde.

           LE SECOND

         J’iray54 quérir ma hallebarde,

100  Car j’ay grant peur qu’il nous oultraige.

           LE TIERS

         Il te part d’ung maulvais couraige55,

         De t’armer contre ton seigneur.

           LE SECOND

           Si à bien plus grant personnage !

           [PROPTER QUOS]56

         (Or s’ilz l’ont fait, c’est leur dommaige,

105  Et auront leur part de la peur.)

           LE PREMIER

         Propter Quos, le vray chief d’onneur,

         Jésus vous doint joye et sancté !

           PROPTER QUOS

         Et à vous, bonne prospérité57 !

         Et vous doint autant de ducatz

110  Comme en ont tous les Lombars

         Par delà le pays de Savoye !

         Mes Sotz, et puis ? Comme58 est la voye ?

         De quel chose estes-vous records59 ?

         Est-il point possible qu’on oye

115   Quelque chose de voz rappors ?

           LE PREMIER

         Voullez-vous qu’on vous die des mors

         Et de ceulx qui sont trespasséz60 ?

           PROPTER QUOS

         Laissez-moy ceulx-là, c’est assez ;

         Ne m’en faictes plus mencion !

           LE SECOND

120  Plusieurs sont aux gaiges casséz61,

         Qui ont receu leur pension.

           LE TIERS

         C’est une grant confusion

         Des choses qu’avons apperceues.

           LE PREMIER

         Nous n’au[r]ons pas la moitié dit

125  Jusques au temps de l’Antécrist,

         Des choses que nous avons veues.

           PROPTER QUOS

         Mes Sotz, de bon cueur je vous prie :

         Resjouyssez la compagnie

         De quelques rappors tous nouveaulx.

           LE PREMIER

130  Premier62, nous avons veu chevreaulx

         Qui voulloient mener paistre chièvres63.

           LE SECOND

         Nous avons veu chiens à monceaulx

         Qui s’enfuyoient devant les lièvres.

           LE TIERS

         Sergens ne sont plus larronceaux :

135  Ilz sont doulx comme jouvenceaulx

         Et ne boyvent plus mais que bière(s)64.

           PROPTER QUOS

         Ilz ne font leur sanglante fièvre,

         Les paillars pouacres65 infâmes !

         Ilz donroient aux dyables leurs âmes

140  Premier qu’ilz ne fussent larrons66 !

         Ces rappors-là ne sont pas bons,

         Car c’est toute[s] pures mensonges67.

         Dia68 ! la grandeur d’ung vieil tonneau

         Ne boit point la moitié tant d’eau

145  Que feroi[e]nt de vin ces yvrongnes !

           LE PREMIER

         Tant plus on les regarde ès trongnes,

         Tant plus les treuve enluminéz.

           LE SECOND

         J’avoue Dieu ! ilz ont sur le nez

         Une69 aulne de rouge esquarlate.

           LE TIERS

150  Que migraine70 de laine plate

         Ne reluise de telle manière !

           PROPTER QUOS

         Ce n’est donc pas de bonne bière,

         Comme ce fol me rapportoit71.

           LE PREMIER

         C’est, pardieu, de faire grant chère ;

155  Et si, ne sçay, moy, qui le poist72.

           PROPTER QUOS

         Sus, sus, mes suppostz ! Qu’on vous voist

         Procédans en ceste matière !

           LE SECOND

         Carmes n’ont plus de chambèrière73 ;

         Aussi n’ont pas les cordeliers.

160  Et, dit-on, sont74 les usuriers

         Sont marris qu’il n’est assez [o]vins75

           PROPTER QUOS

         Ilz ont menty, les chiens mâtins !

         Tousjours carmes auront freppières,

         Et usuriers seront marris

165  Se les laines ne sont fort chières.

         Que de Dieu [ilz] soient tous mauldictz !

           LE TIERS

         Jacobins ont à Dieu promis,

         Mectans tous ès Enffers leurs âmes,

         Que jamais ne permétront femmes

170  En leur maison (tant qu’il se76 sçaiche).

           PROPTER QUOS

         Et ! par sainct Jaques ! Une vache

         Yroit premier querre77 une preune

         Sept piedz au-dessus de la lune

         Ains78 que ces maistres jacobins,

175  Cordeliers, carmes, célestins

         Ne jouent de nature la basse.

         Onc chien puant, de « passe-passe »

         Ne fut si leste79, par mon âmes !

           LE PREMIER

         Moynes ne parlent plus aux dames.

180  Et dit-on qu’il n’en est pas trop80.

           [LE] SECOND

         Laissons cela, ilz sont infâmes :

         Ilz torchent leur cul de leur froc.

           LE TIERS

         Il n’est, par les saincts, rien plus sot

         Que moyne, avec son cappilla[i]re81.

           PROPTER QUOS

185  S’ung82 en avoyes qui fust mon frère

         Et j’eusse femme ung peu mignonne,

         Je lairoye toute la besongne

         Premier que ne m’en [donne garde]83.

         Moynes ? Que le mal feu les arde,

190  Tant portent-ilz la c[o]uille verd84 !

         Ce sont les gens [que plus nazarde]85.

         Je sçay bien de quoy moyne sert.

           LE PREMIER

         Ilz frappent86 à cul descouvert.

         S’en donne garde qui vouldra !

195  Carmes, cordeliers et chanoynes,

         Jacobins, augustins et moynes :

         Mauldit soit qui les espergnera !

           LE SECOND

         Je pry Dieu pour en voir87 le bout :

         Que le grant dyable emporte tout !

           LE TIERS

200  Si m’ont dit les dyables d’Enfer

         Qu’ilz les y feront bien chauffer

         À quelque pris que soit le boys.

           LE PREMIER

         Regnars ne mengeront plus d’oyes88

         Ne poulles : le pac en est fait89.

           LE SECOND

205  On ne verra plus chappellains

         Tromper90 femmes à leur[s] parroissains :

         Chacun sera du tout91 parfait.

           LE TIERS

         Les advocatz de maintenant

         Ne veullent plus prendre d’argent :

210  Ilz font tout pour l’amour de Dieu92.

           LE PREMIER

         Les sermonneurs93 de ceste ville

         Ne prennent plus ne croix, ne pille,

         Et ne partent point d’ung [bas] lieu94.

          LE SECOND

         Gens d’armes95, si, ont fait serment

215  Désormais [de] payer vrayement

         Leurs hostes parmy ces villaiges.

           LE TIERS

         Les ratz96 ont fait à Dieu promesse

         Que jamais, sans ouÿr la messe,

         Ilz ne mengeront nulz fromages.

           PROPTER QUOS

220  Vécy de bons petis langaiges,

         S’ilz sont vrays ; mais j’en fais grant doute.

           LE PREMIER

         En effait, de tous les oultraiges

         Qu’ilz ont fait, il n’en est plus goutte97

           LE SECOND

         Seigneurs ne seront plus gouteux98.

           LE TIERS

225  Maraulx ne seront plus pouilleux.

           LE PREMIER

         Changeurs ne sont99 plus usuriers.

           LE SECOND

         Il n’est plus de larrons cousturiés100.

           LE TIERS

         Maris ne seront plus cocus.

           LE PREMIER

         Grimaulx101 ne seront plus batus.

           LE SECOND

230  Il ne cherra102 jamais d’esglise.

           LE TIERS

         Les blédz n’auront plus de festus.

           LE PREMIER

         On ne verra plus truye qui pisse103.

           LE SECOND

         Marchans tiendront tous loyaulté104.

           LE TIERS

         On fera à chascun raison105.

           LE PREMIER

235  Toutes gelées seront l’esté.

           LE SECOND

         Brebis n’auront plus de toyson106.

           LE TIERS

         En Court ne règne plus envie.

           LE PREMIER

         En Romme n’est plus simonye.

           LE SECOND

         Rommains ayment [tous le]107 Sainct-Père.

           LE TIERS

240  En Ytallye n’a plus ducatz108.

           LE PREMIER

         Yvrongnes ne boyront109 que bière.

           LE SECOND

         Ce sont bonnes gens que Lombards110.

           LE PREMIER

         Normans ayment bien les Bretons111.

           LE SECOND

         Françoys ayment bien ceux de Flandres112.

           LE TIERS

245  L’eau qui passe soubz les moulins,

         Premier qu’i soit quatre matins113,

         Se convertira toute en cendres114.

           LE PREMIER

         Femmes n’auront plus malle115 teste.

           LE SECOND

         Le monde vivra tout en paix.

           LE TIERS

250  Ung mouton ne sera plus beste.

           LE PREMIER

         Quant on se trouvera en presse116,

         Personne ne fera plus vesse,

         Mais on ne fera [plus] que petz117.

           LE SECOND

         Mais que ces Pardons118 soient passéz,

255  Chacun fera des biens assez,

         Sans jamais penser à nul mal.

           LE TIERS

         Tous piétons119 iront à cheval.

           LE PREMIER

         Cloches ne feront plus tintins120.

           LE SECOND

         En oultre plus, les médecins

260  Désire[ro]nt que tous soient sains

         Et qu’il n’en soit plus de malades.

           LE TIERS

         Ménest[r]iers se sont complains,

         Et si, ont juray tous les Saincs

         Que plus ne souffleront aubades121.

           LE PREMIER

265  Tous rimeurs122 sont délibéréz

         Que s’ilz ne sont premier payéz,

         De ne123 faire nulles Balades.

           LE SECOND

         On donne pommes de grenades124

         Aux pourceaulx monsieur125 saint Anthoine.

           LE TIERS

270  On dit que dans126 une sepmainne,

           Bourges sera tout rebasty127.

           LE PREMIER

         Flamans couscheront sur le feurre128,

         Ne buront, ne mengeront beurre

         Jusques Sainct-Omer sera prins129.

           PROPTER QUOS

275  Et ! ont-ilz cela entreprins,

         Les Flamans ? Pleust au roy des Cieulx

         Qu’ilz se deussent grater les yeulx130

         Jusques ad ce que sera fait !

           LE SECOND

         Ha ! par saint Jaques, il n’est pas prest131 !

280  Ilz ont beau mouver la moustarde132 !

         Auffort, ilz sont saoulz ; on les133 garde

         Jusques ad ce qu’il sera nuyt.

           LE PREMIER

         Il fault rapporter sans nul bruit

         Quelques choses de [noz] merveilles.

285  J’ay veu « voller » sans avoir elles134.

           LE SECOND

         J’ay veu lire sans estre clerc.

           LE TIERS

         J’ay veu bailler jaune pour verd135.

           LE PREMIER

         J’ay veu cordenn[i]ers faire toilles.

           LE SECOND

         J’ay veu quarrelleurs136 advocatz.

           LE TIERS

290  Et moy, d’escus faire ducatz137.

           LE PREMIER

         On m’a dit que pour lors, en Court,

         Il n’est mémoire de raport138 :

         Tous sont ensemble bons amys.

           LE SECOND

         Lévriers n’ont cure de connils139.

           LE TIERS

295  Le plus habille140 est le plus lourd.

           LE PREMIER

         Qui mieulx entent est le plus sourd.

           LE SECOND

         Qui a beau nez il boit bien ès bouteilles141.

           LE TIERS

         Qui entent mieulx qui a grans oreilles.

           PROPTER QUOS

         Voz rapors me di[s]ent merveilles ;

300  Et si, ne les puis bien entendre.142

         Je ne puis bien ces motz comprendre.

           LE PREMIER

         Après qu’on aura bien raillié,

         Propter Quos, on n’a plus taillié143 :

         Je croy qu’on ne [nous peult]144 reprendre.

           LE SECOND

305  Cousturiés145 seront bien requis,

         Avant que tout soit bien repris,

         Qu’on a taillié depuis naguère(s).

           LE TIERS

         Encore ne se peut-on taire.

           LE PREMIER

         On frappe d’estoc et de taille,

310  Mais la cousture sera lourde146.

           LE SECOND

         Je doubte qu’i ait jeu sans bourde147.

           LE TIERS

         Se le chat entre dans la bourde148,

         Souris haÿront la chandelle.

         De cela, bien je me vante.

           LE PREMIER

315  Il n’est sepmaine qu’il ne vente,

         Au moins se l’air n’est bien rebelle149.

         LE SECOND

         En mousche qui picque,

         En chat qui repplique,

         Ne donne asseurance.

           LE TIERS

320  En fleuve qui dort,

         En serpent qui mord,

         N’a point d’asseurance.

           PROPTER QUOS

         Balade(s) sans rime

         Ne [que son de]150 lyme

325  N’a151 point d’accordance.

           LE PREMIER

         De folle entreprise152,

         De femme requise,

         Ne vient que meschief153.

           LE SECOND

         Tous membres ont labeur154,

330  Quant il vient douleur

         Qui grièfve le chief155.

           LE TIERS

         Entreprise folle,

         Mainte gens affolle :

         Vélà le salaire.

           PROPTER QUOS

335  Il vauldroit bien mieulx

         Soy grater les yeulx

         Que soy les hors traire.

           LE PREMIER

         Quant la chose est feicte,

         Fol est qui barbette156 :

340  Le conseil est prins.

           LE SECOND

         Pour ne dire mot

         De tout ce qu’on ot157,

         On n’est point reprins.

           LE TIERS

         [À] qui jamais n’eust rapportay158,

           LE PREMIER

345  Saint Jaques, il n’eust pas tant cousté !

           LE SECOND

         Ce n’est159 mon, le dyable y ait part !

         Allons-nous-en, faisons départ.

           LE PREMIER

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         Noz rappors160 avons mis en train.

           LE SECOND

350  Deppartons, car c’est trop songé.

           LE TIERS

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         […………………………………. -gé.]

         Nous reviendrons quelque demain.

           [LE PREMIER

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         Noz rappors avons mis en train.]

                 EXPLICIT

*

1 Mort après 1496. Fonctionnaire des impôts, il compose des poèmes parfois érotiques, et du théâtre souvent polémique.   2 Cela ne signifie pas que Gringore en est l’auteur : le même bois gravé orne les quatre premières sotties du recueil Trepperel.   3 Cf. les vers 33-34, 222-223, 302-311, et 341-346.   4 « Baude, après brisement de portes,/ En effect à mynuict fut pris/ Et au Petit Chastellet mys. » Lectre de Baude audict seigneur de Bourbon. Je cite Henri Baude d’après l’édition de ses Œuvres complètes que prépare mon ami Brian McKay, de l’université d’Auckland.   5 Id. Le roi est plus explicite : « Aucuns, soubz umbre de jouer ou faire jouer certaines moralitéz et farces, ont publiquement dit ou fait dire plusieurs parolles séditieuses sonnans commotion [appelant à l’émeute], principalement touchans à Nous et à nostre Estat. »   6 Mais la Moralité litigieuse de Baude fut donnée le lundi des Rogations (1er mai 1486), ce qui n’était pas très adroit.   7 Au grand dam de la Cour, le Parlement avait autorisé ses clercs à représenter la Moralité de 1486. Il aggrava son cas en les faisant sortir de prison dès que possible.   8 Ces greffons rattachés au jour le jour à un tronc principal sont typiques de la création populaire. Prenons l’exemple du Père Dupanloup : cette chanson paillarde naquit vers 1845. Des plaisantins lui greffèrent un couplet  sur l’Institut en 1854, sur l’Assemblée générale en 1871, sur les ballons dirigeables en 1901, sur Superbagnères en 1912, sur Citroën et la Tour Eiffel en 1924, etc.   9 Les deux ou trois pièces qui constituaient une représentation étaient parfois du même auteur : le Jeu du Prince des Sotz + l’Homme obstiné + Raoullet Ployart sont de Pierre Gringore ; le Mystère de saint Martin + le Munyer + l’Aveugle et le Boiteux sont d’André de la Vigne.   10 Moralité à six personnages. Droz, 2008.   11 « À cause desquels. » Ce nom pourrait venir des « histriones propter quos dissidebatur » <Suétone, III, 37>, qualifiant des comédiens punis après une rixe mortelle entre spectateurs. Je ne crois pas que notre dramaturge ait pu connaître le « propter quos Principis humanitas dedit » de Cassiodore, d’autant que l’humanité du Prince Propter Quos reste à démontrer.   12 T : veste  (Saturne est le fils d’Uranus [le ciel] et de Vesta [la terre].)   13 T : clement  (Vesta est aussi la déesse du feu.)   14 Au sceptre de juge suprême. Saturne fut détrôné par son fils Jupiter, et son empire fut partagé : Jupiter prit la terre et le ciel, Phébus le soleil, Neptune la mer, Borée le vent, Pluton l’enfer.   15 Le monde profane.   16 La portion légale est la part minimale qu’un testateur est tenu de laisser à chacun de ses héritiers.   17 Dans les 4 occurrences de ce refrain, il faut lire s’hausser. « Lecteur, tu vois ainsy que s’hausse le subjait. » (Traduction anonyme de Dante.)   18 T : neptimus  (Je corrige la même coquille au vers 15.)   19 T : les  (Les lieux fluctueux et inondants sont les océans.)   20 T : liura  (Reçut le soin des lieux propices aux naufrages. « Il receust la cure et le gouvernement de tout l’empire. » Godefroy.)   21 Quand Neptune a houspillé Borée si rudement. Au 1er chant de l’Énéide, Neptune menace les Vents, qui ont soufflé sur la mer sans son ordre : « Vous me paierez votre faute par une peine sans pareille ! Fuyez vite, et dites ceci à votre roi [Éole] : ce n’est pas à lui qu’échut l’empire marin, mais à moi ! »   22 T : Et   23 Que si on ne l’avait pas calmé. Virgile n’indique nulle part que quelqu’un a calmé Neptune. Quant au Roman d’Énéas, qui était encore très lu, il ne mentionne même pas l’intervention de Neptune dans cet épisode.   24 T : leur  (Se contenta de lui montrer une mine renfrognée.)   25 Les Enfers. « Démon sorti des noirs abismes. » Quinault. 26 T : anfans  (Elle fut enlevée par Pluton et devint déesse des Enfers.)   27 T : trouuar  (Cérès, déesse des moissons, est la mère de Proserpine. Elle obtint de Jupiter que sa fille passe la moitié de l’année sur terre avec elle.)   28 Vos Sots alcooliques ont fortement la face pâle. « Yvroignes et biberons, esveilliez-vous ! » Godefroy.   29 Faire une promenade digestive.   30 T : Sagultier  (Présent dans les Sotz escornéz, ce conseiller du Prince reste muet dans notre pièce, à moins qu’on ne lui attribue les vers 25-26.)  Hucher = appeler.   31 Plusieurs magistrats du Palais s’étaient porté caution pour faire libérer leurs camarades. Ils assistaient sans aucun doute à cette représentation donnée sur leur territoire.   32 Les trois Sots sont perchés sur des fenêtres (note 49) dont ils descendront après le vers 88. Ils regardent dehors pour avoir des nouvelles à rapporter, avec une prédilection pour les détails indiscrets, comme l’annonce le vers suivant : « Qui vous mettroit le cul à l’esparé [à l’air]/ Pour bien sçavoir en quel point est la lune,/ L’on sçauroit bien, sans faire long narré,/ Si soubz les draps vous estes blanche ou brune. » Parnasse satyrique.   33 Menaçant, d’un point de vue pécuniaire. « –Le temps est rouge./ –Dictes sy feroyt-il beau temps/ Sy vous avyez d’or pleine bouge ? » Mestier et Marchandise (LV 73).   34 À la mode. Cf. la sottie des Gens nouveaulx. Jusqu’au vers 60, le public est pris pour cible.   35 T : il   36 T : sotz  (qui est déjà au vers précédent. Les variations sur un même radical –par exemple fol/folâtre– sont caractéristiques des sotties.)   37 Éternelle opposition entre les pauvres qui ont trop de travail, et les riches qui ne font rien.   38 Il y avait déjà des maisons de passe « rue Sainct-Denys,/ Où sont plus d’oyseaulx que de nidz » (sottie Pour le cry de la Bazoche). L’auteur insère lesdites maisons entre les maquerelles et les maquereaux.   39 T : Qui les  (Sur les pages entremetteurs, voir les naquets de Trote-menu et Mirre-loret, note 31.)   40 Jeunes élégants.   41 T : portes   42 Jeunes galants. Ils dissimulent dans des bottines les trous de leurs bas : « Ces fringans mondains/ Qui portent ces beaux brodequins/ Dessuz la chausse dessirée. » Sermon joyeulx d’ung Fol (T 21).   43 On donnait déjà des noms d’oiseaux aux percepteurs. À partir de 1498, Louis XII diminua l’impôt de la taille. (Cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 351.) Il protégea aussi les paysans contre les exactions des soldats et des fonctionnaires royaux.   44 Le cimetière des Saints-Innocents, qui jouxtait la rue Saint-Denis, fut submergé par une crue de la Seine en janvier 1496.   45 T : solz  (L’imprimeur hésite entre « sotz » et « folz ». Idem à 73.)   46 Joyeux.   47 Fini.   48 Apprendre des nouvelles pour faire nos rapports.   49 Si je vais. Les basochiens jouaient du théâtre comique sur la table de marbre du Palais de la Cité <voir la notice du Capitaine Mal-en-point>. La salle du vers 29 est la Grand-Salle où se trouvait la table, et les rapporteurs font le guet (vers 76) sur ses fenêtres sises en hauteur.   50 T : iauoyes  (Si je n’étais pas en train de faire quelque chose.)  Au sens propre, la « pâte » est peut-être un quignon de pain que grignote le Tiers Sot : déjà au vers 39, il mangeait des prunes.   51 Ce n’est qu’un jeu, qu’une comédie.   52 Ce héros du siège d’Orléans était mort en 1443, mais les joueurs de cartes le célébraient encore : « N’ouÿstes-vous oncques/ Parler des beaux faitz de La Hire,/ Qui fut si vaillant homme en guerre ? » Farce des Coquins (F 53).   53 Dont la poltronnerie était proverbiale. « Je suis tant las,/ Que quatorze archiers de la Garde/ Me battroyent à la halebarde. » Clément Marot.   54 T : Iray ie   55 Cœur.   56 T : le tiers   57 « Honneur, bonne prospérité,/ Santé ! » Lectres de Baude envoyées à Mgr de Bourbon.   58 T : et  (La voie est-elle libre ? Peut-on parler sans crainte ?)   59 Souvenants.   60 Le roi Charles VIII, persécuteur des basochiens, mourut le 7 avril 1498. Propter Quos n’a pas l’air de le regretter.   61 Cassés de gages, renvoyés. Dès qu’il accéda au trône, en 1498, Louis XII fit annuler son mariage avec Jeanne de France, qui fut reléguée à Bourges avec 12 000 écus de pension.   62 Premièrement. Baude employa cet adverbe : « Premier, je vy ung tas de bestes. »   63 La « chèvre », Anne de Beaujeu, exerça la régence de 1483 à 1491, en attendant la majorité du « chevreau » Charles VIII, qui l’aurait bien envoyée « paître ». Dans la Sotye des Croniqueurs, Gringore dira du jeune roi : « C’estoit l’aigneau mené en lesse. »  Cf. les Sotz qui remetent en point Bon Temps, note 2.   64 La bière est moins alcoolisée que le vin : cf. les vers 152 et 241.   65 Galeux.   66 Plutôt que de cesser de voler. Sur la corruption des sergents, voir le Testament Pathelin, vers 469-472. Nos basochiens n’ont pas digéré que des sergents aient cassé leur porte en pleine nuit (note 4).   67 Ce mot était parfois féminin : « C’est une pure mensonge sans fondement ny apparence. » Catherine de Médicis.   68 T : De  (Le volume d’un vieux tonneau n’absorberait pas autant d’eau, ni même la moitié, que ces ivrognes absorbent de vin.)   69 T : Ung  (L’écarlate est une étoffe rouge : « Demie aulne d’escarlate sanguine. »)   70 Étoffe de laine teinte en rouge vif.   71 Au vers 136.   72 Qui paye leurs agapes.   73 Certaines chambrières arrondissaient leurs fins de mois (et parfois leur ventre) en couchant avec leur maître. Cf. la farce des Chambèrières. Les fripières du vers 163 ont le même gagne-pain, et Rabelais les voue « à Vénus, comme putains, macquerelles, (…) chambèrières d’hostèlerie ». (Pantagruéline Prognostication.)   74 T : que  (Un mastic a fait tomber « sont » au début du vers suivant.)   75 S’il n’y a pas assez d’ovins, on manquera de laine (ce qui permettra aux usuriers de spéculer). Ces deux vers ont une réponse en écho à 164-165.   76 T : le  (Pour autant qu’on le sache.)   77 T : querir   78 T : Ha  (Ains que = plutôt que.)   79 T : listre  (Passe-passe = va-et-vient.)   80 Entre autres choses, on reprochait au clergé d’être pléthorique.   81 Scapulaire, froc sans manches.   82 T : Sang  (Si j’en avais un.)   83 T : puisse garder  (Plutôt que de ne pas m’en protéger. « Nous ne vous laisserons en paix, premier que ne nous en ayez dit quelque chose », Amadis de Gaule.)  Cf. le vers 194.   84 Une verge vigoureuse.   85 T : qui plus hazarde  (Nasarder = bafouer : « Battu, nazardé et desrobbé », Rabelais, Tiers Livre.)   86 Ils coïtent. D’où leur surnom de « frères frapparts ». Baude a beaucoup donné dans l’anticléricalisme ; son poème le plus connu, les Lamentacions Bourrien, campe « ung chanoine bien gras » qui joue « en ung mol lict, près d’ung grant feu » avec son fils de deux ans ; il regrette le départ de sa concubine, et se console avec « le bon vin cléret » et « le pot-au-feu ». Le chanoine termine ainsi : « Mon Dieu (dit-il), donne-moy pacience !/ Qu’on a de maulx pour servir Saincte Église ! »   87 T : auoir  (Pour en voir la fin. Mais « bout » ayant un sens phallique, on leur souhaite d’être châtrés par le diable. Un mouvement de marotte pouvait souligner ce vœu pieux.)   88 Une rime masculine serait préférable. Les oies adultes n’ont rien à craindre d’un renard, contrairement à leur progéniture : « Regnarts mengeront maint oison. » Baude.   89 Le pacte est conclu. « Ceste fois, est fait nostre pac. » Les Sotz escornéz.   90 Abuser, suborner.   91 Totalement.   92 Cf. les Gens nouveaulx, vers 45-46.   93 T : sergens  (qui occupent déjà les vers 134 et suivants.)  Les prédicateurs itinérants s’enrichissaient en prêchant la pauvreté. Les Sermons joyeux en font des ivrognes lubriques.   94 Ne sortent pas d’un bordel. « Il alloit de nuyt par ville et en maulvaix et bas lieux. » (Granvelle.) En outre, « chevaulcher ès bas lieux » = coïter (Jehan Molinet).   95 T : darges  (Les soldats se faisaient nourrir et loger gratis par la population.)   96 T : chatz  (qui ne mangent pas de fromage.)  Les ras [rasés] sont les clercs tonsurés. Dans l’argot des coquillards, un « ras » est un homme d’église. On devine un jeu de mots sur rapporteurs et ras porteurs, comme dans la sottie du Roy des Sotz (BM 38) : « –Qu’esse qu’il porte en ceste hotte ?/ –Ce sont ratz. C’est ung rapporteur :/ Vécy Coquibus qui ratz porte. » Baude a écrit un poème intitulé : Ung homme qui porte sur son doz une hotte plaine de ratz et s’appelle le Rapporteur.   97 Le Parlement de Paris avait élargi les quatre clercs malgré « tous les outrages » dont le roi les accusait. Il s’agissait bien de clercs tonsurés, puisque l’évêque de Paris somma le lieutenant-criminel « de luy rendre lesditz prisonniers comme clercs ».   98 Louis XII allait régulièrement au Palais de justice. Lors de ses crises de goutte, il arrivait à la Grand-Salle sur un petit mulet qui avait gravi l’escalier en trottinant sur des planches inclinées. Pour les basochiens, ce spectacle devait être aussi drôle qu’une sottie.   99 T : seront  (Le présent a valeur de futur, comme au vers 134 et au vers suivant.)  Les changeurs de monnaies trafiquaient sur le Pont-au-Change.   100 Certains couturiers détournaient une part du tissu que les clients leur remettaient. Cf. le Cousturier et Ésopet (BM 34). Si Cousturié est bien le nom d’un fonctionnaire corrompu (note 145), le public entendit cette ponctuation : « Il n’est plus larron, Cousturié. »   101 Les écoliers.   102 T : sera  (Cherra : futur du verbe choir.)  Plusieurs églises se sont effondrées dans ces années-là, par exemple en Auvergne lors du « tremble-terre » de mars 1490.   103 Attaque indirecte contre les antonins (note 124). Ces moines laissaient divaguer leurs porcs en ville, ce qui gênait les piétons : Baude a consacré un distique aux Porceaulx qui ont répandu ung plain panier de fleurs. La rue qui menait au couvent des antonins était parfois rebaptisée « rue de la Truye-qui-pisse », ou « rue Pisse-truye ».   104 Ne tricheront plus sur les poids et mesures.   105 On rendra justice à chacun.   106 On ne sera plus obligé de les tondre. Les brebis symbolisaient fréquemment les contribuables.   107 T : tousles  (Le pape espagnol Alexandre VI Borgia imposa son despotisme sanguinaire de 1492 à 1503 ; il fut « extrêmement haï du Peuple Romain », dira Agrippa d’Aubigné.)   108 La France comptait sur cette éventuelle pénurie pour voir finir la première guerre d’Italie (1494-1497). Ducats rime avec Lombards, comme à 109-110.   109 T : bouront  (Voir la note 64.)   110 À ceci près qu’on les tenait pour des usuriers (vers 110), des empoisonneurs (Jeu du Prince des Sotz, note 23), et des sodomites (tels les « bougres lombars » du Grant Jubillé de Millan). Baude les a souvent critiqués : « Et les nobles emprunteront/ À belle usure des Lombars. »   111 La rime est fausse. Doit-on lire Picards ? Manque-t-il un vers en -ons ?   112 C’est plutôt les Flamands qui auraient pu se plaindre des humiliations infligées par la France. En 1493, le traité de Senlis aplanit les malentendus, mais une certaine animosité réciproque perdura.   113 Un de ces quatre matins.   114 Des meuniers peu scrupuleux alourdissaient leur farine avec de la cendre.   115 Mauvaise.   116 En société, en public.   117 T : ptez  (Au contraire de la vesse, le pet est bruyant : on reconnaît donc le péteur.) « Ung pet équipolle à deux vesses. » Les Sotz escornéz.   118 Si notre sottie marque le deuxième anniversaire de la moralité censurée en 1486, on évoque ici les trois jours des Rogations, du 12 au 14 mai 1488. (Voir note 6).   119 Fantassins.   120 T : de bruit  (Tintin = tintement. « Le tintin de la cloche », Estienne Pasquier.)   121 Qu’ils ne donneront plus de concert à l’aube sous les fenêtres d’une belle.   122 T : francois  (Rimeur = poète. Un de ces rimeurs à gages est décrit dans la Réformeresse, vers 238-257.)   123 T : me   124 La grenade était notoirement l’emblème de Maximilien d’Autriche, qui protégea les Hospitaliers de Saint-Antoine (les antonins), et leur permit en 1502 d’arborer sur leur écusson les armes de l’Empire. Ces moines vivaient avec des porcs et se conduisaient comme des cochons : « Chacun a sa femme ou sa mie./ Tout en va par gueule et par ventre,/ L’avoir qui à Saint-Antoine entre./ Ils marient moult bien leurs filles./ Ils ne prisent mie deux billes/ Saint Antoine ni son pouvoir./ Trop conquièrent, trop ont d’avoir,/ Trop souvent déçoivent [ils trompent] les gens. » Guiot de Provins (je modernise sa graphie). Voir la note 103.   125 T : mon seigneur  (Il est d’usage d’appeler les saints monsieur : « Le groing/ Du pourceau monsieur sainct Anthoine », farce du Pardonneur <BM 26>.)  Les « pourceaux » étaient les antonins eux-mêmes, à cause de leur goinfrerie : « Les religieux du lieu s’appellent pourceaux de St. Antoine par humilité ; ils sont obligés de faire huit repas ! » Pierre de L’Estoile.   126 T : dedans   127 T : rabesty  (Après l’incendie du 22 juillet 1487, il fallut en réalité plusieurs décennies pour rebâtir la ville de Bourges : ses échevins avaient accaparé 23 000 livres tournois destinées à la reconstruction.)   128 Sur de la paille.   129 Soit repris à la France, qui avait conquis le 27 mai 1487 cette ville flamande unie à la Maison de Bourgogne. Saint-Omer et « les Flammans en servaige » seront libérés par les Bourguignons le 11 février 1489. Nous avons donc le terminus a quo et le terminus ad quem des vers 272-282, qui sont originels d’après le schéma des rimes.   130 Scruter l’avenir en vain. Idem vers 336.   131 On n’en est pas près.   132 Remuer la merde.   133 T : leur  (On attend qu’il fasse nuit.)  Saint-Omer fut investi par surprise en pleine nuit, à l’insu du « guet qui lors estoit fort négligent » : cette litote du Flamand Molinet dans sa Chronique laisse entendre que les sentinelles étaient soûles.   134 « Si la guerre n’estoit un moyen de voler/ Sans ailes et sans plume, on n’y voudroit aller. » Jacques Du Lorens.   135 Faire un marché de dupes, les sceaux de cire jaune ayant moins de valeur que les sceaux de cire verte.   136 Jeu de mots sur carreleurs [savetiers] et querelleurs.   137 J’ai vu de l’argent français devenir italien. En 1495, Charles VIII remboursa des prêts ruineux à la ville de Florence. Gringore en parle dans la Sotye des Croniqueurs : « Noz escus, muéz en ducas/ Furent. »  138 On a oublié les cafardages. « Je metz les seigneurs en soucy,/ Pour rapporter en Court secrettement. » Baude.   139 T : congnins  (« Connil » désigne le lapin, et le sexe de la femme ; or, chacun savait que les lévriers de Charles VIII dormaient sur son lit, et que le blason de son épouse Anne de Bretagne comportait deux lévriers.)  Conni(l)s rime avec amis.   140 Habile.   141 Avoir un grand nez (comme Charles VIII) empêche de boire dans un gobelet. « Qui a beau nez, il boyt à la bouteille. » John Palsgrave.   142 T ajoute une concaténation des vers 296 et 301 : qui mieulx entent ces motz comprendre   143 On n’a plus mis en pièces personne.   144 T : pourra  (Qu’on ne peut rien trouver à nous reprocher.)   145 Dans cette métaphore couturière, tailler retrouve son sens propre, et reprendre signifie « faire des reprises, retoucher ». Mais les répliques 302-311 et le vers 227 semblent viser un personnage réel : le patronyme « Cousturié » (ou « Le Cousturié ») était fort commun. Les basochiens furent-ils dénoncés au roi par un Cousturié traité de larron dans la pièce de 1486 ?   146 La facture sera salée.   147 De jeu théâtral sans plaisanteries.   148 La chaumière. « Et ne demoura quasi bourde ne maison », Godefroy. Ce mot a donné bordel.   149 T : sery   150 T : en son ce  (Pas plus que le son d’une lime n’a d’harmonie.)   151 T : ma   152 Les Folles entreprises de Pierre Gringore datent de 1505.   153 Méchef, inconvénient.   154 Peine.   155 Qui lèse la tête. Mais dans les allégories, le « chef » désigne le roi.   156 Murmure.   157 Oit, entend.   158 À celui qui n’aurait jamais fait de rapports satiriques.   159 T : neust  (Ce n’est mon = ce n’est pas mon avis.)   160 T : rapporteurs

LES SOTZ ECCLÉSIASTICQUES

Bibliothèque nationale de France

 

 

*

 

LES  SOTZ  ECCLÉSIASTICQUES

 

*

 

Cette sottie anticléricale fut peut-être composée en 1511. Trois parvenus ont acheté des charges ecclésiastiques1, et les jouent aux cartes en éructant des propos sacrilèges. « Les plus grans blasphèmes se desgorgent ordinairement ès jeux de cartes et de déz. » (Henri Estienne.)

Source : Recueil Trepperel, nº 14.

 Structure : ababbcbc, avec 5 quatrains en abaB.

 Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

*

 

Sotie nouvelle à quatre personnages trèsexcellente des

 

Sotz ecclésiasticques

 

qui jouent leurs bénéfices au content

 

*

 

C’est assavoir :

     LE  PREMIER  SOT

     LE  SECOND  SOT

     LE  TIERS  SOT

     HAULTE  FOLLIE 2

 

*

 

                             LE  PREMIER  SOT  commence        SCÈNE  I

          Soctars,

                           LE  SECOND  SOT

                              Soctereaulx,

                           LE  TIERS  SOT

                                                          Socteletz,

                           LE  PREMIER

         Les vrays filz de Haulte Follie ;

                           LE  SECOND

        Sotz approuvéz,

                           LE  TIERS

                                       Fermes folletz ;

                           LE  PREMIER

        Et nous meslons

                           LE  SECOND

                                             De symonye,

                           LE  TIERS

5   De faire [toute] mocquerie3,

        D(e) éveschéz ;

                           LE  PREMIER

                                      Ce sont noz praticques.

                           LE  SECOND

        Nous sommes (puisqu’il fault qu’on die)

        [Les] vrays Sotz ecclésiasticques,

                           LE  TIERS

        Suyvant les garces4 erraticques

10  Quant on les treuve en quelque lieu.

                           LE  PREMIER

         Que vault ton esveschier, par Dieu ?

                           LE  SECOND

         Sans me partir de ceste ville,

         On m’a apporté quinze mille5.

                           LE  TIERS

         Quinze mille ? Dieux !

                           LE  PREMIER

                                                   Quinze mille ?

                           LE  SECOND

15  Et en vault tant sans ce qu’on pille

         Sur les seaulx des collacions6.

                           LE  PREMIER

         Voire, qui ne sont pas esgalles.

                           LE  SECOND

         Ce sont grandes exactions

         Contre toutes noz Décrétalles7.

                            LE  PREMIER

20  Grimault8 nous tiendra en ses salles.

                           LE  SECOND

         Il fault que tout rompe ou dessire9.

                           LE  TIERS

         Les coustumes sont [si] trèsmalles

         De vendre tant ung peu de cire10.

                           LE  PREMIER

         Je ne dy pas qu’on ne retire

25  Son droit ainsi et ainsi[n]11.

                           LE  SECOND

         C’est ung mal de [tous] maulx le pire12,

         Et une grande larrecin13.

                           LE  TIERS

         Fault-il, pour ung seau et [ung] sin14

                           LE  PREMIER

         Ta[i]s-toy !

                           LE  TIERS

                                     Pour Dieu, que je le dye !

                           LE  SECOND

30  Escoutons jusques en la fin.

                          LE  TIERS

         Rien, c’est trop clère simonie.

         Je voue à Dieu, se l’en m’en prie,

         D’aller au Conseil15 de Lyon.

         Qui qu’en parle ne qui qu’en rie16,

35  Je le mettray in médium17.

                           LE  PREMIER

        Tousjours nous nous humilion.

                           LE  TIERS

         Par noz humiliacions,

         On réduira in nichillium18,

         En brief, noz nominations.

                           LE  PREMIER

40  Traitons19 quelque[s] transations

         À passer temps.

                            LE  SECOND

                                         Qu’on s’y employe !

                           LE  TIERS

         Pensons-y.

                           LE  PREMIER

                              Çà donc, advisons !

         Il est la saison qu’on folloye.

                           LE  SECOND

         Je vous veil racompter d’une20 oye

45  Qui (ou [que] saint Anthoine m’arde !)

         A ponnu21 près les murs de Troye

         Ung euf plus gros q’une bombarde.

                           LE  TIERS

         Tu mens bien : c’est ung euf d’austarde22.

                           LE  SECOND

         Et si, y a une fontaine

50  Où sourd maintenant la moustarde.

                           LE  PREMIER

         Il y a ta fièvre quartaine !

                           LE  TIERS

         Parlons qu’ès23 pays d’Aquitaine,

         Une cingesse a esté veue,

         Qui e[u]t, par messure24 certaine,

55  Quatorze cens lances toises de queue.

         Et plus fort : quant el(le) se remue,

        El y va de si grant estoc

         Que les cogs25, au long d’une lieue,

         Chantent de peur : « Coquericog ! »

                           LE  SECOND

60  Tu souffles d’abhic et d’abhoc26.

                           LE  PREMIER

         Mais anquéron27, je vous en prie,

         Que fait en Paradis Énoc

         Et son bon compaignon Hélye28.

                           LE  SECOND

         Mais com ung homme d’Itallye

65  A montay (dont je m’esmerveil)

         Ès cieulx atout29 une poullye

         Pour pisser contre le soleil30.

                           LE  TIERS

         Vécy ung doubte nompareil

        S(e) ung Sot qui a la teste socte

70  Doit31 pas mener terrible dueil

        Quant il a perdu sa marocte.

                           LE  PREMIER

         Vous compteray-je de la crocte

         D’une souris de Barbarie,

         A[u]ssi grosse q’une pelocte32 ?

                          LE  SECOND

75  Cela, ce n’est [que] mincerie33.

                           LE  TIERS

         Qui sçaura34 donc m[i]eulx, si le die.

                           LE  PREMIER

        Vous diray-je…

                           [LE  SECOND]

                                      Allons de ce pas

        Requérir à Haulte Follie

        Qu’el nous conseille nostre cas.

                           LE  PREMIER                    SCÈNE  II

80  Honneur !

                           LE  SECOND

                             Déduit !

                           LE  TIERS

                                            Joye !

                           LE  SECOND

                                                           Soulas !

                           HAULTE  FOLLIE

         Qui estes-vous ? [………….. -ie.]

                           LE  PREMIER

         Et ! ne nous congnoissez-vous pas,

         Nostre mère Haulte Follie ?

                           HAULTE  FOLLIE

         Certes, je ne vous congnois mye.

                           LE  PREMIER

85  Nous sommes Sotz si vollaticques35,

                           LE  TIERS

         Vrays Sotz,

                           LE  PREMIER

                                Vrays enfans de Sottie,

                           LE  SECOND

         Voz vrays Sotz ecclésiasticques.

             HAULTE  FOLLIE

         Hommes sotz, propres et mist[icqu]es :

         Il n’y a point, certainement,

90  De Sotz qui soient plus autenticque[s],

         D’Orient jusqu’en Occident.

        Vous estes mes Sotz, voirement.

         Mais je ne vous congnoissoyes plus,

         Car vous estes, pour le présent,

95  Merveilleusement disollus.

         Jamais ne vous eusse congneuz.

         N’eusse point en36 intention

         Que vous fussiez oncques venus

         À si grant dissollucion.

100  Quel est la cogitation

         Et la cause de la venue ?

             LE  TIERS

         Nous voullons passer la saison37 ;

         Enseignez-nous, ma mère deue38,

             LE  PREMIER

        Joyeuseté entretenue.

105  Car quoy ! nous sommes gros et gras,

         Nourris comme chappons39 en mue. 

    Nous demandons jeuz et esbatz.

             LE  SECOND

         Vélà tout.

             HAULTE  FOLLIE

                            J’entens vostre cas.

         Advisez que vous voullez faire.

             LE  PREMIER

110  Nous sçavons beaucoup de fatras,

         Se nous ne vous peussions desplaire.

             LE  SECOND

         Vous semble-il qu’il feust bon de boire ?

         [Jà bois.]40

             LE  TIERS

                             Oua !

             LE  PREMIER

                                            Oua !

             LE  SECOND

                                                         Oua !

            HAULTE  FOLLIE

         Tout41 cecy n’est pas nécessaire :

115  Vo42 estat n’est pas ad cela.

             LE  TIERS

         Je fisse si bien broua[ha] !

             LE  PREMIER

         Je feroyes rage43.

             LE  SECOND

                                           Je t’en croy.

            LE  TIERS

        Ha ! jamais homme n’aboya44,

         Pour ung Sot, [aus]si bien que moy.

             LE  PREMIER

120  Seroit-il bon, par vostre foy,

         Que nous fissions des arbalestes

         Pour tuer, sur le moys de may,

         Ung tas de petites mouschectes

         Qui vollent parmy ces sallectes ?

             LE  SECOND

125  Dictes s’on y besongnera.

                          HAULTE  FOLLIE

         Ces jeux-là ne sont pas honnestes ;

         Vo estat n’est pas ad cela.

             LE  TIERS

         Je sçay bien donc que l’en fera :

         Que deux de nous monstrent les culz,

130  Debout, et l’aultre chacera

         À prendre les petz à la glus.

             LE  PREMIER

         Voire ; mais s’ilz estoient vellus45 ?

             LE  SECOND

         C’est du moins : tout y [e]scoura46.

             LE  TIERS

         Voullez-vous bien ?

             HAULTE  FOLLIE

                                                N’en parlez plus :

135  Vo estat n’est point ad cela.

             LE  PREMIER

         Dictes-nous donc que l’en fera.

             LE  SECOND

         Despeschez !

             LE  TIERS

                                   Il nous ennuyst47 tant !

             HAULTE  FOLLIE

         Je sçay ung beau jeu, qui voul[d]ra48.

             LE  PREMIER

        Quel jeu ?

             HAULTE  FOLLIE

                           C’est le jeu du content49.

             LE  TIERS

140  Au content ? Jhésus !

             LE  PREMIER

                                                 Au content ?

             LE  SECOND 50

       Or entendez mon51, que j’advise.

       Par le sang bieu ! je suis content :

         C’est ung droict jeu pour gens d’Église.

             LE  TIERS

         Je ne sçay jeu qui mieulx nous duyse.

             LE  PREMIER

145  Entre nous, telz jeux sont propices52.

             LE  SECOND

         Chascun de nous scet la maistrise

         De macquignonner53 bénéfices.

             HAULTE  FOLLIE

         Di-moy, [toy] qui as tant d’offices :

         Qu’as-tu fait en ton jeune aage54 ?

             LE  TIERS

150  J’ay menay des chiens et des lisses55

         Chacer de nuit au verd boucaige :

         Ung maistre gardeur d’esquipaige56 !

         Jamais, en ma vie, je n’euz peur

         D’actendre la beste sauvaige.

             HAULTE  FOLLIE

155  De loix ? de décret57 ?

             LE  TIERS

                                                      C’est erreur.

        Tout mon t[e]mps, j’é esté chaceur58.

             HAULTE  FOLLIE

         Tu as maintenant tant de biens :

         Qui t’a mis en si grant honneur ?

             LE  TIERS

         Mon seigneur. J’ay esté des siens.

160  J’ay pensé que les clers n’ont riens

         Pour chose qu’ilz aient leu ne veu.

         J’ay esté gouverneur de chiens,

         Et suis maintenant bien pourveu :

         J’ay trois cures (c’est pour empreu59),

165  Sept prieuréz, t[r]oys abbaïes,

         La [grand chappelle]60 de Beaulieu,

         Et quatorze chanoyneries.

             LE  PREMIER

         Ne vélà pas grant deableries ?

             LE  SECOND

         Les clers bien lestréz ont des poulx

         [………………………………. -ies]

170  Qui les rongent jusques aux oux61.

             HAULTE  FOLLIE

         Çà, aux aultres ! Qui estes-vous ?

             LE  SECOND

         Sans tant despriser le mestier,

         Je le diray devant trèstous :

         Mon père fut ung savetier.

175  Quant il fut tout las de crier

         Partout « Vieux souliers ! Vieux houseaux62 ! »,

         Il ayma mieulx estre courtier,

         Et fut macquignon de chevaulx.

         Dieu scet combien [j’ay eu]63 de maulx,

180  En tracassant parmy la ville !

         Aller trocter sur les quarreaulx,

         J’en sçavoyes trèsbien le s[e]tille64.

         Ung seigneur m’a trouvay habille65 ;

         Je le servy. Il m’a donné

185  De revenu cinq ou six mille.

         Je suis maintenant ung abbé66.

             LE  PREMIER

         Mais cuidez-vous qu’il a67 frocté

         Mainte jument et mainte rosse ?

             LE  TIERS

         Le grant deable l’a bien aidé

190  De porte[r] maintenant la crosse68.

             LE  PREMIER

         Jamais il ne fut à tel nopce.

             LE  TIERS

         Fait-on des abbéz si nouveaulx ?

             LE  SECOND

         Je suis abbé, qui que en grosse69.

             LE  PREMIER

         Voire des abbéz fériaulx70.

             HAULTE  FOLLIE

195  Et vous ?

             LE  PREMIER

                                Je suis des fringueriaulx71

        De Court, [où] j’ay long temps esté

        Ung des principaulx macquereaulx

         Qui jamais entrast en l’osté72

         De73 mon seigneur. J’ay tampesté,

200  Servy, brouillié troys ou quatre ans :

         Tant, que [je] suis bien appoincté74

         Et ay deux ou troys mille frans.

             HAULTE  FOLLIE

         Or çà, mes principaulx enfans,

         Vous estes tous troys de bas lieu.

205  Dictes-moy : estes-vous contens ?

             LE  PREMIER

         Nenny.

             LE  TIERS

                        Nenny.

             LE  SECOND

                                        Nenny, par Dieu !

             HAULTE  FOLLIE

         Çà doncques, jouons ad ce jeu.

         Sc[é]ez-vous75. Tien, vélà pour toy.

             LE  PREMIER

         C’est la cure [de] saint Mathieu76 !

             HAULTE  FOLLIE

210  Tien, prens cela !

             LE  SECOND

                                         Ho, par ma foy !

             LE  PREMIER

         Qu’i a-il ?

             LE  TIERS

                               Je ne sçay quoy.

             LE  SECOND

         Si vault ma quarte bien autant.

             LE  PREMIER

         Or çà, doncques, baillez-la-moy :

         Changons, je ne suis pas content.

             LE  SECOND

215  J’ay trèsbonne cure, pourtant.

             LE  PREMIER

         Et moy, une bonne chappelle.

             LE  SECOND

         Qui change ?

             LE  PREMIER

                                   Je me tiens à tant77.

             HAULTE  FOLLIE

         [Çà, recommençons]78 de plus bell[e].

         Tenez !

             LE  PREMIER

                           Vécy bonne nouvelle.

             LE  SECOND

220  Par ta foy ! que t’a-l’en donné ?

             LE  PREMIER

         Je ne vueil jà qu’on le vous celle :

         C’est une archédïaconé79.

         Toy, qu’as-tu ?

             LE  SECOND

                                   J’ay une évesché.

             LE  PREMIER

         Tien ma carte ; que j’ayes la tienne.

             LE  SECOND

225  Ha, corps bieu ! vous estes trompé :

         L’archédïaconé est mienne.

             LE  TIERS

         Corps bieu ! vélà bonne fredaine.

             LE  SECOND

         Ma carte ne vault ne croix ne pille.

         Et toutesfois, j’ay eu la sienne,

230  Qui me vauldra deux80 ou trois mille.

         Qu’as-tu ?

             LE  TIERS

                             Office.

             LE  SECOND

                                            Et vault ?

             LE  TIERS

                                                                  Trois mille.

             LE  SECOND

         Changon !

             LE  TIERS

                              Ce seroit symonie.

             LE  SECOND

         On fait cela au coup la quille81,

         Posay82 que [ne] soit grant follie.

             HAULTE  FOLLIE

235  Tenez83 !

             LE  PREMIER

                                Je ne vous lairay mye84.

             LE  SECOND

         Qu’esse la ? N’a-il bonnes nouvelles ?

             LE  PREMIER

         Par mon serment ! sans menterie85,

         C’est la doyenné de « Grenelles »86 !

             LE  SECOND

         Cestes-cy ne sont pas trop belles.

             LE  TIERS

240  Y a-il chose qui le grève ?

             LE  SECOND

         J’ay beau87 visiter les ruelles :

         C’est la chanoinerie de « Brève »88 !

         Pour toy faire sentence brièfve,

         La prébende Saint-Innocent89.

             LE  TIERS

245  Feroit-on point de changement ?

             LE  PREMIER

          Je doubte, puis je [me] demande…

             LE  TIERS

         Quant est à moy, je suis content.

             LE  SECOND

         Chascun gardera sa prébende.

             HAULTE  FOLLIE

         Tenez ! Ha, je veil qu’on me pende

250  Se90 mot…

             LE  SECOND

                                    Fy ! cecy ne vault rien.

             LE  TIERS

         Que chascun à son cas entende.

             LE  SECOND

         Veulx-tu changer à moy ça tien ?

             LE  PREMIER

         C’est bien moins91, je le voy [trop] bien.

             LE  SECOND

        Hé ! beau sire !

             LE  PREMIER

                                    Ton cas va mal.

255  Je suis content.

             LE  SECOND

                                      Cecy est mien :

         Par ma foy ! je suis cardinal.

             LE  TIERS

         Il en a92 !

             LE  SECOND

                                Ce n’est pas grant mal.

             LE  PREMIER

         Dieux ! et t’en fault-il si hault braire ?

             [LE  SECOND]

         Je ne suis pas trop au raval93.

             LE  PREMIER

260  Qu’as-tu ?

             LE  SECOND

                                  Je suis prothenotaire94.

             LE  PREMIER 95

         J’ay fait que saige96 de moy taire.

             LE  TIERS

         Par mon serment ! j’ay raige rouge97.

             [LE]  SECOND

         Ha, corps bieu ! tu auras beau faire98

         Se je change le chappeau rouge.

             LE  TIERS

265  C’est ainsi que Follie te louge99.

             HAULTE  FOLLIE

         Tien cecy !

             LE  PREMIER

                            Hon, hon ! Je vous happe100.

             LE  SECOND

         Hélas, pour Dieu ! qu’omme ne bouge !

         Je suis homme pour estre pape.

             LE  PREMIER

         Vous n’avez garde qu’el101 m’eschappe,

270  S’elle peut venir en mon lieu.

              LE  SECOND

         Mort bieu ! s’une fois je l’actrappe102,

         Encor[e] vouldroy-je estre Dieu.

             HAULTE  FOLLIE

         Tien, prens cela !

             LE  SECOND

                                      Ha, [la] mort bieu !

             LE  TIERS

         Hon, hon !

             LE  PREMIER

                                Sommes-nous bien content[s] ?

             LE  SECOND

275  Toy103, Premier : par ta foy, qu’a[s]-tu104 ?

             LE  PREMIER

        Je suis arcevesque de Sens.

             LE  SECOND

         Veulx-tu changier ?

             LE  TIERS

                                          Je m’y consens105.

             LE  SECOND

         Qu’as-tu, [toy] ?

             LE  TIERS

                                        Deux bons prieuréz

         Vallans deux ou trois mille francs.

             LE  SECOND

280  Tien : tu auras106 mes doyennéz.

             HAULTE  FOLLIE

         Voullez-vous à [ce] coup jouer ?

             LE  TIERS

         Et ! jouons encor une lasche107.

             HAULTE  FOLLIE

         Que veulx-tu pour te contenter ?

             LE  TIERS

         Je voulsisse estre patriarche.

             LE  SECOND

285  Et tu seras ung estront !

             LE  PREMIER

                                                      Masche108 !

             LE  TIERS

         Mais faictes ce vieil bracquemar109

         Abbé ou prieur de la « Marche »110 !

             LE  SECOND

         Hée, villain ! t’en fault-il parler ?

             [LE  TIERS]

         Tu as esté pallefrenier

290  Et houspaillier111 toute ta vie,

         Filz d’ung co[u]rtier, d’ung savetier ;

         Et si, ne te contente[s] mye ?

             LE  PREMIER

         Et moy, ay-je assez ? Qu’on le die !

             LE  SECOND

         Voyez ce macquereau putier,

295  Régent en macque[rel]lerie :112

        Est évesque, et n’est pas content !

             LE  PREMIER

         Et toy aussi, maistre appliquant113 !

         Hélas, quel abbé de [Froit-Vaulx]114 !

             LE  SECOND

         Tu es ung macquereau, pourtant.

             LE  PREMIER

300  Hé ! torcheur de cul de chevaulx115 !

             LE  TIERS

         Mais advisez quelz truandeaux !

             LE  SECOND

         Ha, par bieu ! vous le vallez bien,

         Maistre chas[s]eur de lappereaux !

             LE  PREMIER

         Suyvez hardiement vostre116 train !

             HAULTE  FOLLIE

305  [Discord ne]117 débat ne vault rien.

             LE  PREMIER

         Que j’eusse encor une118 abbahye !

             HAULTE  FOLLIE 119

         J’en ay une.

             LE  PREMIER

                                Je la retien :

         Donnez-la-moy, Haulte Follie !

             HAULTE  FOLLIE

         Seras-tu content ?

             LE  PREMIER

                                          De ma vie,

310  Rien je ne vous demanderay120.

             HAULTE  FOLLIE

         Vélà la.

             LE  PREMIER

                          Je vous remercie.

             HAULTE  FOLLIE

         [………………………..] cecy :

         Se tu estoyes Dieu, mon amy,

         Seroyes-tu content de ton eu121 ?

             LE  PREMIER

315  Je croy bien qu’il n’y a celluy

         Qu’il ne fust content d’estre Dieu.

                           HAULTE  FOLLIE

         Chascun de vous est bien pourveu :

         Estes-vous content[s], mes amis ?

             LE  SECOND

         Nenny : je veil estre au millieu,

320  Et le plus hault en Paradis122.

             HAULTE  FOLLIE

         Es-tu bien content ?

             LE  SECOND

                                               Je ne sçay.

             HAULTE  FOLLIE

         Et toy ?

             LE  TIERS

                         Se j’eusse ung éveschié,

         Je fusse content.

             HAULTE  FOLLIE

                                          Vez-le là.

         Es-tu bien content ?

             LE  TIERS

                                             Je ne sçay.

325  Je ne n’ay pas tant que cestuy-là.

             HAULTE  FOLLIE

         Et toy, aussi ?

             LE  PREMIER

                                  Qui me123 donra

         Ung chappeau rouge [par surcroy],

         Je seray content de cela.

             HAULTE  FOLLIE

         Tien ! Es-tu content ?

             LE  PREMIER

                                               Je le croy.

330  Si ne le sçay pas bien, de vray.

             HAULTE  FOLLIE

         Vécy grant bestialité124 !

             LE  PREMIER

         J’eusse eu (par l’âme de moy)

         Voulentiers la Papalité.

             HAULTE  FOLLIE

         Au moins, seras-tu bien content[é],

335  S’une foiz la te donne ?

             LE  PREMIER

                                                         Ouÿ.

             HAULTE  FOLLIE

         Mais vouldroyes-tu point la déité ?

             LE  PREMIER

         Si125 la vouldroyes avoir [aussi].

             HAULTE  FOLLIE

         Il n’est pas possible, mes filz :

         Jamais vous n’en verrez la porte126.

340  Il fault, selon ce que je lis,

         Que le grant deable vous emporte.

             LE  SECOND

         Est-il ainsi ?

             HAULTE  FOLLIE

                                Je vous enorte127

          Que telz gens n’y pevent entrer128.

             LE  TIERS

         Nous vivons de si bonne sorte !

             HAULTE  FOLLIE

345  Vous ne vous sçavez contenter.

         Vous voullez aussi hault monter

         Comme Dieu, mais vous estes fo[u]lz,

         On le vous sçaura bien monstrer.

             LE  PREMIER

         S’il est ainsi, qu’en ferons-nous ?

             HAULTE  FOLLIE

350  Dieu scet s’on vous sçaura tourner

         En la chauldière129, sus et soubz !

             LE  SECOND

         En quel lieu ?

             HAULTE  FOLLIE

                                    Au fin fons d’Enfer.

             LE  SECOND

         S’il est ainsi, qu’en ferons-nous ?

             HAULTE  FOLLIE

         Vous estes servis, honnoréz,

355  Bien nourris, remplis, [gras et grous]130 :

         Qu’esse donc que vous demendez ?

             LE  PREMIER

         S’il est ainsi, qu’en ferons-nous ?

             HAULTE  FOLLIE

         Devez-vous pas considérer131

         Que vous estes de bas lieu, tous,

360  Et que vous soulliez truander132 ?

             LE  SECOND

         S’il est ainsi, qu’en ferons-nous ?

             HAULTE  FOLLIE

         Devez-vous pas considérer

         Que chascun [vous ploie]133 les genoux,

         Et que vous soulliez coquiner134 ?

             LE  TIERS

365  S’il est ainsi, qu’en ferons-nous ?

             HAULTE  FOLLIE

         Je puis doncques délibérer

         Que les vrays Sotz de maintenant

         Ne sçavent à quoy temps passer

         S’ilz ne vont jouer au content.

 

               EXPLICIT

*

 *

Jeu du content

     Eugène Lebrun : Nouveau manuel complet des jeux de calcul et de hasard.  (Roret, 1840.)

 

 *

 

 

1 On nommait déjà les « Sotz ecclésiasticques » au 5ème vers des Sotz triumphans.   2 Son portrait figurera dans le Triumphe de Haulte Folie.   3 « Il luy semble que c’est toute mocquerie. » Loÿs de Granate.   4 T : graces   (Les « garces erratiques » sont les filles errantes, les prostituées : « Papes et cardinaulx/ (Saulve l’honneur des ecclésiastiques)/ De bien dancer sçavent tous les praticques./ Povres amans et garces erraticques/ Y vont souvent visiter cette feste. » Octavien de Saint-Gelais.)   5 Il faudrait une rime en -ieu (peut-être « milieu »), d’autant que mille ne peut rimer avec mille, en dépit des vers 130-1.   6 Les sceaux des actes permettant de conférer un bénéfice ecclésiastique. Il semble manquer 3 vers : -ille, -ons, -ons.   7 Règles religieuses.   8 « Grimaut, le père au diable. » (Adrien de Montluc.) C’est le « maistre Grimouart » que le Gaudisseur rencontre au Purgatoire <vers 83>.   9 Se déchire.   10 La cire des cachets du vers 16.   11 D’une manière ou d’une autre. « Qu’il soit ainsin ou ainsy. » Montaigne, I, 21.   12 T : prie   (C’est le pire de tous les maux.)   13 Un grand larcin.   14 Un sceau et un seing (vers 16).   15 Le Concile de Lyon se tint en avril 1511. Voir la préface à l’édition de notre pièce qu’Eugénie Droz a publiée dans : Le Recueil Trepperel. Les Sotties.   16 T : grongne   17 Jeu de mots : « Sur mon médius. » On imagine que l’acteur levait son poing fermé en tendant le majeur. Les Sots émaillaient leur jeu de gestes obscènes, que Rabelais décrira dans Pantagruel (chap. 19) et dans le Tiers Livre (chap. 20). Medium se prononçait médïon.   18 À rien (in nihilum). Nos ecclésiastiques baragouinent quelques mots de latin.   19 T : Trainons  (Faisons quelques transactions pour passer le temps.)   20 T : dug   21 T : pomnu  (Ponnu = pondu. « De quatre corbeillées de Folz/ Tous nouveaulx ponnus et esclos. » Les Sotz nouveaulx farcéz, couvéz.)   22 D’outarde.   23 T : qui es   24 Mesure.   25 Coqs.   26 De bric et de broc. « Parlo ab hic et ab hoc, il parle sans savoir ce qu’il dit. » (Lou Tresor dóu Felibrige.)   27 T : auqueron  (Enquérons-nous.)   28 Hénoch et Élie furent transportés vivants au Paradis.   29 Avec.   30 Rabelais dira aussi que le jeune Gargantua « pissoyt contre le soleil ».   31 T : Dait il   32 Balle à jouer.   33 Broutille. « Fy ! fy ! ce n’est que mincerie. » Roger de Collerye.   34 T : scauira   35 Volages.   36 T : eu  (Avoir en intention = avoir dans l’esprit : « Que vous l’aiez tousjours en vostre intention. » Jehan Des Preis.)   37 Passer le temps.   38 Due. Jeu de mots sur merdeux, comparable à celui de Villon : « Oncques ne vey les mères d’eulx. »   39 T : choppons  (On met les chapons en mue [en cage] pour les engraisser.)   40 Il y avait là un jeu de mots sur boire et aboyer, confirmé par les aboiements qui suivent et par le vers 119. Les « ou-a » sont dissyllabiques.   41 T : Tant   42 Forme normande de « votre ».   43 On reste dans le registre canin.   44 T : nauoya  (V. note 40.)   45 Un pet velu est particulièrement viril.   46 Tout en sera secoué.    47 Nous nous ennuyons.   48 Si vous voulez. Cf. Maistre Mymin, vers 204.   49 On peut lire ci-dessus la règle du jeu du content, aussi nommé « jeu de trente et un » (Littré).   50 T : tiers   51 Attendez ! « Mon » est une particule affirmative qui étaye un verbe : C’est mon, à savoir mon, ce ferai mon, etc. Ce vers était sans doute dit par Haute Folie.   52 T : prepices   53 T : macquignonnez   (Maquignonner = surévaluer un cheval pour le vendre plus cher. Le Second Sot a justement été maquignon <vers 178-180>.)   54 Scander a-age. « On prononçoit anciennement éage. » Gilles Ménage.   55 Lices = chiennes de chasse. Cf. les Sotz fourréz de malice, vers 15.   56 T : de bocaige  (Déjà à la rime. Équipage = meute de chiens de chasse.)   57 As-tu étudié la théologie ?   58 T : chanceur   59 Et d’une ! Cf. Raoullet Ployart, vers 277.   60 T : grande eau  (Les eaux de Beaulieu, en Auvergne, n’appartenaient pas au clergé. En revanche, on connaît d’innombrables chapelles de Beaulieu.)   61 Jusqu’aux os.   62 Cri de savetier ambulant. Cf. les Cris de Paris, vers 113.   63 T : ieuz   64 Le style, la manière. « Vous ne sçavez/ Le setille ny l’entregent/ Comme il fault avoir de l’argent. » La Fille bastelierre (LV 1). Cf. le Faulconnier de ville, vers 45.   65 Habile.   66 J’ai pu acheter une charge d’abbé avec cet argent.   67 T : la   68 L’abbé des Fous (note 70) brandissait une crosse en forme de marotte.   69 Même si on grogne. « Je retourneray, qui qu’en grousse,/ Chiez cest advocat d’eaue doulce. » Pathelin.   70 Festifs. L’abbé des Fous se livrait à des parodies liturgiques lors de plusieurs festivités carnavalesques, comme la fête des Fous. Voir par exemple le Cry pour l’Abbé de l’église d’Ausserre et ses suppostz, de Roger de Collerye : « Sortez, saillez, venez de toutes pars,/ Sottes et Sotz, plus promps que lyépars :/ Car par l’Abbé, sans troubler voz cerveaulx,/ Et ses suppostz, orrez demain merveilles ! »   71 Galants.   72 L’hôtel, la maison.   73 T : Da   74 J’ai de bons appointements.   75 Asseyez-vous devant la table. Haute Folie va distribuer les cartes, qui représentent des édifices sacrés. Pierre Gringore écrivait dans les Folles entreprises : « Abbayes, cures, prieuréz, par faintise/ Sont baillées (affin que l’entendez)/ À des joueurs de cartes ou de déz. » Lors de la fête des Fous, le clergé jouait aux cartes et aux dés dans les églises.   76 Patron des usuriers. « Il feste saint Matthieu » = il est avare. Haute Folie semble avoir été un peu chiche en donnant une cure peu lucrative.   77 Je m’en tiens à ce que j’ai.   78 T : Sa recommensont   79 Un archidiaconé est la juridiction d’un archidiacre.   80 T : daux   81 Au petit bonheur. « –Estes-vous bien ? –Oïl, nenny./ (Il respondoit à coup la quille.) » Guillaume Coquillart.   82 À supposer.   83 T : Venez  (Elle lui donne une nouvelle carte.)   84 Je ne vous laisserai pas faire.   85 T : merite   86 Difficile de deviner le jeu de mots que l’auteur a placé ici à l’origine : les comédiens adaptaient au gré des tournées les mentions géographiques contenues dans les pièces.   87 J’aurai vite fait de.   88 On m’a donné une chanoinerie minuscule.   89 C’est une prébende particulièrement maigre, puisque le cimetière des Saints-Innocents abritait surtout des squelettes… Il semble manquer un vers en -ève et un vers en -ent.   90 T : Ce  (Si j’ajoute un mot.)   91 T : maint   92 Il a des cornes de cocu, pour être aussi chanceux.   93 Trop mal loti.   94 Protonotaire, secrétaire pontifical.   95 T : second   96 J’ai eu raison. Cf. l’Avantureulx, vers 351.   97 T : raige  (Rage rouge = grande colère. « Je voy lever Envie et rouge rage/ Pour alumer ou trahyson ou guerre. » Jehan Lemaire de Belges.)   98 Tu auras fort à faire pour que j’échange mon chapeau de cardinal.   99 T : longe  (Louger = loger. « J’espère que l’on s’i pourra bien lougier. » Louis XII.)   100 Il serait tentant de lire « tappe », en référence à la folie dans la Résurrection Jénin à Paulme (vers 30, 90, 178-180).   101 Elle = la papauté.   102 T : tactrappe  (On parle toujours de la papauté du vers 268.)   103 T : Tous   104 Une rime en -ieu serait préférable.   105 Il est normal qu’un fou n’ait que faire de « sens ».   106 T : amas   107 Une partie.   108 Formule courante qui correspond à l’actuel : « –Merde ! –Mange ! » Cf. la Vie de sainct Christofle : «–Tu ne vaulx pas ung estron ! –Masche ! »    109 Épée, ou pénis. On prononçait braquemèr.   110 Faites-le s’en aller.   111 Valet qui garde les chevaux des soldats. Cette tirade vise le Second Sot (vers 174-180).   112 Il semble manquer 4 vers : -er, -er, -ent, -er.   113 Gaillard. Cf. la Réformeresse, note 25.   114 T : froit vault (Sur cet abbé de carnaval, cf. le Monde qu’on faict paistre, note 102.)   115 « Les torcheculz de mulles, de chevaulx,/ Courtiers d’amours appelléz maquereaulx,/ Ont dessoubz eulx chapellains et vicaires. » Pierre Gringore.   116 T : nostre  (Revenez à vos moutons !)   117 T : Adcord ce  (« Jamais il n’avoit eu noise, discord ne débat avec ledit Alexandre. » Actes royaux du Poitou.)   118 T : ung   119 T : science   120 Il faudrait une rime en -y.   121 De ce que tu as eu.   122 On peut être à la gauche ou à la droite du Père, mais pas au milieu, à moins d’être Dieu. De même, au plus haut des Cieux (in excelsis), il n’y a que Dieu. Il semble manquer 3 vers : -is, , -is.   123 T : men  (Si on me donne un chapeau de cardinal.)   124 Voilà une grande bêtise.   125 T : Se  (On a le choix entre Si et Je.)   126 Du Paradis.   127 T : euorte  (Enhorter = prévenir.)   128 Au Paradis.   129 Dans le chaudron du diable. Cf. le Munyer, vers 453. Haute Folie dira dans le Triumphe de Haulte Folie : « Je, Folie, pour ma plaisance,/ Dedans Enfer les folz admeine. »   130 T : gros et gras  (Grous = gros. « Neuf cens cinquante quatre pourceaulx grous et gras. » Journal du siège d’Orléans.)    131 T : considerez  (Même faute avec l’infinitif de 360 et de 362.)   132 Alors que vous aviez l’habitude de mendier.   133 T : vons ploise  (S’incline devant vous.)   134 Mendier. « Coquinans et mendians sa faveur. » La Boétie.

SŒUR FESSUE

Manuscrit La Vallière

Manuscrit La Vallière

 

*

 

SŒUR  FESSUE

 

*

 

Dans la première moitié du XVIe siècle, un auteur de farces eut l’idée de combiner deux histoires connues : celle d’une nonne trop discrète, et celle d’une abbesse trop pressée.

Source : Manuscrit La Vallière1, folios 204 verso à 211 verso.

Structure : Rimes plates, truffées d’adjonctions apocryphes que j’ai barrées.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

*

 

Farce  nouvelle

 

*

 

À cinq personnages, c’est assavoir :

    L’ABEESSE

    SEUR DE BON-CŒUR

    SEUR ESPLOURÉE

    SEUR SAFRÈTE 2

    SEUR FESSUE

 

*

 

                             SEUR ESPLOURÉEE  commence                      SCÈNE  I

        Seur de Bon-cœur, je suys perdue,

        Et me treuve tant esperdue

        Que plus n’en puys !

          [SEUR DE BON-CŒUR] 3

                                              Qu’esse, ma seur ?

        Quel nouvèle av’ous entendue ?

5   Quoy ! vous estes-vous estendue

        Sur l’erbe, atendant la doulceur4 ?

                           SEUR ESPLOURÉE

        Nénin.

                           SEUR DE BON-CŒUR

                     Rendez mon esprit seur5.

         SEUR ESPLOURÉE

         Je ne le diray poinct.

                             SEUR DE BON-CŒUR

                                          Hélas !

         Donner je vous pouroys soulas,

10   Et vous garder de desplaisir.

         Dictes-le-moy tout [à] loysir :

         À ses amys, rien ne se celle.

          SEUR ESPLOURÉE

         A ! ma mye…

          SEUR DE BON-CŒUR

                                   Prenez une selle6.

         Vous estes bien fort couroucée.

15   Déclarez-moy vostre pencée :

         Qu’avez-vous ?

           SEUR ESPLOURÉE

                                        Rien.

          SEUR DE BON-CŒUR

                                                     À brief parler,

         Dictes-moy et [ne] mentez poinct.

         Vous estes-vous laissée aler7,

        Que8 vous tourmentez en ce poinct ?

20  Dictes !

          SEUR ESPLOURÉE

                    Je ne le diray poinct.

         Agardez, l’honneur en despent.

          SEUR DE BON-CŒUR

         C’est mal chanté son contrepoinct ;

         L’honneur sy près du cul ne pent.

          SEUR ESPLOURÉE

         Sy vous avez hapé le roide9,

25   Agardez, il n’y a remède :

          Nostre abesse en faict bien autant !

          SEUR DE BON-CŒUR

         Par ma foy ! mon cœur se repent

         Qu’i fault que j’en oye parler tant.

          SEUR ESPLOURÉE

         Je vous veuil dire tout contant

30   Que c’est que céans il y a :

         Vous congnoyssez bien seur Fessue ?

         Frère Roydimet l’a déseue10

         Et gastée11.

          SEUR DE BON-CŒUR

                          Avé Maria !

          SEUR ESPLOURÉE

         Elle est deigà grosse et ensaincte.

35   Sceur, ouez12, dea ! ce n’est pas faincte :

         Nous sommes toutes à quia13

         Par son faict.

          SEUR DE BON-CŒUR

                               Avé Maria !

         Et ! Jésus ! Et ! je l’ay tant faict,

         Et à mon plaisir satisfaict

40   Sans estre grosse !

          SEUR ESPLOURÉE

                                           Hélas, mon Dieu !

         Aussy l’ai-ge faict en mainct lieu,

         Comme elle.

          SEUR DE BON-CŒUR

                                 Avé Maria !

         Que j’en ay au cœur de détresse

         Et de douleur !

          SEUR SAFRÈTE                    SCÈNE  II

                                  Et ! qu’esse ? qu’esse ?

45   Que j’entende vostre débat !

         Comptez-moy, par forme d’esbat,

         Ce que maintenant vous disiez.

          SEUR ESPLOURÉE

         Ce n’est rien, non.

          SEUR SAFRÈTE

                                                Vous devisiez

         D’amour, en ce lieu, en commun ?

50   Mais c’est tout un, ouy, c’est tout un :

          Je n’en fais pas moins, en tout temps,

         Que les bonnes seurs de céans.

         Dictes hardiment !

          SEUR DE BON-CŒUR

                                               On le sçayt bien

         Que toutes on n’espargnons rien

55  Du nostre ; mais tel pissendalle14

         Sera cause d’un grand scandalle

         Dont nous serons désonoré[e]s15.

          SEUR SAFRÈTE

         Vous me semblez fort esplouré[e]s :

         Quelle chose av’ous aperceue ?

60   Qui a failly ?

          SEUR ESPLOURÉE et SEUR DE BON-CŒUR ensemble disent :

                                  C’est sceur Fessue

         Qui a faict…

          SEUR SAFRÈTE

                            Quoy ?

          SEUR DE BON-CŒUR

                                           Nous n’osons dire.

          SEUR SAFRÈTE

         Dictes, sy ce n’est que pour rire.

          SEUR ESPLOURÉE

         Rire ? Hélas ! Mais j’en pleure et plains,

         Et de larmes sont mes yeulx plains,

65   Pour la douleur que j’ey conceue.

          SEUR SAFRÈTE

         Qui cause cela ?

          SEUR DE BON-CŒUR et SEUR ESPLOURÉE ensemble disent :

                                    Seur Fessue.

          SEUR ESPLOURÉE

         Dormir je n’en peulx nuict ne jour ;

         Je n’ay ne repos, ne séjour,

         Ains de douleur je tremble et sue.

          SEUR SAFRÈTE

70   Qui vous faict ce mal ?

          SEUR DE BON-CŒUR et SEUR ESPLOURÉE ensemble disent :

                                                   Sceur Fessue,

         Qui a faict…

          SEUR SAFRÈTE

                              Ouy, mectre à genoulx16

         Quelque un ?

          SEUR ESPLOURÉE

                               Elle a faict comme nous ;

         Mais le pire, c’est qu’el est grosse.

          SEUR SAFRÈTE

         Grosse ? Jésuchrist ! quel endosse17 !

75   Esbahy[e] suys qu’on le permect.

         Mais déclarez-nous, je vous prye,

         Sans que son honneur on descrye,

         Qui l’a faict ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                  Frère Rèdymet.

          SEUR SAFRÈTE

         Hélas ! el est déshonorée.

80   Et ! Vierge Marie honorée !

         Où la pourons-nous [bien] cacher,

         Le jour qu’el poura acoucher ?

          SEUR DE BON-CŒUR

         Je ne sçay.

          SEUR ESPLOURÉE

                            J’ey bien descouvert

         Aultre foys, qu’el estoyt joyeuse,

85   Et qu’el avoyt l’engin18 trop ouvert

         Pour estre faicte religieuse.

          SEUR SAFRÈTE

         Elle est plaisante et amoureuse.

         Long temps il y a qu’el aymoyt.

          SEUR ESPLOURÉE

         Qui, ma sœur ?

          SEUR SAFRÈTE

                                     Frère Rèdymet,

90   Rouge comme un beau chérubin19.

         Un jour, avec frère Lubin20,

         In caméra charitatis21,

         Tout doulcement je m’esbatis ;

         Mais il [n’est sy]22 fort compaignable.

          SEUR DE BON-CŒUR

95   Il est tant doulx et amyable,

         Sœur Safrète, quant y s’y mect !

          SEUR ESPLOURÉE

         Ouy, le bon frère Rèdymet,

         Quant il a la « teste » dressée

         Et que de luy suys embrassée,

100  Ma leçon23 bien tost se comprent.

          SEUR DE BON-CŒUR

         A ! jamais il ne me reprent24.

         Nous vivons no[u]z deulx comme amys :

         Aussy mon cœur luy ay promys.

         Bon Amour25 ainsy le permect.

          SEUR ESPLOURÉE

105  Quant au bon frère Rèdymet,

         Je le congnoy digne d’aymer.

         Mais afin de n’estre à blasmer,

         Pour faindre estre de saincte vye,

         Je veuil déclarer par envye26

110  À nostre abesse (ce n’est faincte)

         Comme sœur Fessue est ensaincte.

          SEUR DE BON-CŒUR

         C’est bien faict.

          SEUR SAFRÈTE

                                     C’est bien faict, ma sœur.

         Nostre bon père confesseur

         En orra27 le miséréré.

          SEUR DE BON-CŒUR

115  Je vouldroys qu’i28 fust enserré

         En ma chambre, pour sa prison.

          SEUR SAFRÈTE

         Sainct Pierre ! vous avez rayson :

         D’amour, aparence il y a

         En vos dictz.

          SEUR ESPLOURÉE, allant à l’abeesse pour parler à elle :    SCÈNE  III

                                      Avé Maria !

          L’ABEESSE

120  Gratia pléna29 ! Qu’avez-vous,

         Qui vous amène devers nous30 ?

          SEUR ESPLOURÉE

         Sans cause je [ne] vous viens voyr31.

          L’ABEESSE

         Certes, j’estoys en ce parloyr,

         En saincte… contemplation

125  Des mos d’édiffication32,

         Atendant l’heure du… menger33.

          SEUR ESPLOURÉE

         Sy Mort m’estoyt venue charger,

        Hélas ! je seroys bien heureuse.

          L’ABEESSE

         Et ! qu’esse ? Estes-vous amoureuse ?

130  Regrétez-vous encor le monde ?

                           SEUR ESPLOURÉE

         Nénin, non.

          L’ABEESSE

                               Céans, il habonde

         Autant de plaisir[s] savoureulx

         Comme au monde. Et qu’il ne soyt ainsy,

         [De]dens ceste maison icy,

135  Povez avoir un amoureulx.

          SEUR ESPLOURÉE

         Hélas ! mon cœur trop douloureulx

         Ne peult oultrer34. D’effort j’en sue.

          L’ABEESSE

         Et ! qu’esse, ma mye ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                                   Seur Fessue,

         Qui a faict…

          L’ABEESSE

                              Vous dict-elle injure ?

140  Croyez-moy, par Dieu ! sy j’en jure,

         Elle en sera incarsérée.

         Comment ! faict-el la reserrée35 ?

          SEUR ESPLOURÉE

         Elle a faict…

          L’ABEESSE

                                     Je n’y entens rien en effaict.

          SEUR ESPLOURÉE

         Elle a faict…

          L’ABEESSE

                                Et quoy ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                                         F[r]icatorès36.

          L’ABEESSE

145  Ô le grosson peccatorès37 !

         Per Dieu38, [elle] habuyct grandos

        Punitionnès39 sur le dos !

         Qui l’eust pencé ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                            Elle [l’]a faict,

         Et a son péché satisfaict,

150  Car elle est grosse.

          L’ABEESSE

                                            Ô la laide !

         Il y convient mectre remède.

         Mais à qui a-elle adonné

         Son corps ?

          SEUR ESPLOURÉE

                                [El l’a]40 habandonné

         À frère Rèdymet, le moynne,

155  Il y a long temps.

          L’ABEESSE

                                           Que de peine41 !

         Tenamus chapitrum totus !42

         Sonnaté43 clochétas bien totus !

         Qu’el véniat44 !

          SEUR DE BON-CŒUR                  SCÈNE  IV

                                        Sus ! entre nous,

         Y nous convient mectre à genoulx45,

160  À ce chapitre.

          SEUR SAFRÈTE

                                       C’est bien dict ;

         Je n’y mectray nul contredict.

          L’ABEESSE

         Or, chantez !

          SEUR ESPLOURÉE

                                 Bénédicité !      O lieu de le dire, y chantent 46 :

                 Voz « huys » sont-il tous fermés ?

                 Fillètes, vous dormez.47

165      Quant pour vous sont consumméz48

                 Dormez-vous,

                 (Fillètes, fillètes vous dormez)

                 [Mes sens d’amour]49 enflamés,

                 Dormez-vous, fillètes ?

                 Fillètes, vous dormez.50

          SEUR FESSUE  entre                SCÈNE  V

170  A ! j’éray quelque advercité ;

         Je crains fort le punis[s]antés51.

          L’ABEESSE

         Vénité, et aprochantez !

         Madamus, agenouillaré,

         Quia vo[u]z fécit mouillaré

175  Le boudin52 : il est bon à voir !

          SEUR DE BON-CŒUR

        Vous avez laissé décepvoir

         Vostre honneur, dont le nostre en souffre.

          L’ABEESSE

         Vous en sentirez feu et souffre

         En Enfer ; et de vostre vye,

180  N’irez en bonne compaignye

         Sans injure. Et ! comme a-ce esté

         Qu’avez faict ceste lascheté ?

         Vous en souffrirez le trespas !

          SEUR FESSUE

         A ! mon Dieu, vous ne voyez pas

185   Ce qui vous pent devant les yeulx ?

          L’ABEESSE

         Mon cœur ne fust onc curieulx

         D’estre d’honneur tant descouverte53.

          SEUR FESSUE

         Hélas ! vostre veue est couverte,

         Dont vostre grand faulte despent :

190  Ce que devant les yeulx vous pent

         N’est pas de tous en congnoissance54.

          L’ABEESSE

         Puys que sur vous j’ey la puissence,

         Je vous pugniray bien à poinct.

          SEUR FESSUE

         A ! mon Dieu, vous ne voyez poinct

195  Ce qui est devant vostre veue ?

         J’ey failly comme despourveue

         De sens, dont coupable me sens.

         Mais…

          L’ABESSE

                       Quel mais ?

          SEUR FESSUE

                                                Il en est cinq cens

         Qui n’en ont causé nul55 esmoy ;

200  Et sy56, ne font pas mieulx que moy.

          L’ABEESSE

         [Encore vous]57 levez la teste ?

         Vous estes une faulse58 beste,

         Et avez grandement erré.

          SEUR ESPLOURÉE

         Y luy fault le Miséréré,

205  Pour la faulte qui est yssue59.

          SEUR FESSUE

         Et ! pardonnez à sœur Fessue !

          SEUR SAFRÈTE

         Y luy fault donner telle peine

         Que de douleur soyt toute plaine,

         Puysqu’on la void ainsy déceue.

          SEUR FESSUE

210  Et ! pardonnez à seur Fessue,

         Pour cela qu’el a entour60 elle.

          SEUR ESPLOURÉE

         Vrayment, el a juste querelle61 :

         Y ne fault pas son fruict62 gaster.

          SEUR FESSUE

         Qui vous eust voulu trop63 haster,

215  Lors qu’estiez ainsy comme moy,

         En plus grand douleur et esmoy

         Eussiez esté que je ne suys.

          L’ABEESSE

         Demeurez ! Plus oultre poursuys64 :

         Qui vous a ainsy oultragée ?

220  Vous estes grosse, et tant chergée65

         Que plus n’en povez.

         SEUR FESSUE

                                                A ! ma dame,

         Frère Rèdymet faict ce blasme

         En mainte religion66 bonne.

         Mais je vous pry qu’on me pardonne.

          L’ABEESSE

225  Où fusse ?

          SEUR FESSUE

                              [De]dens le dorteur67,

         À ma chambre, près le monteur68.

         Ici tant enquérir ne s’en fault69

          SEUR DE BON-CŒUR

         Et que ne criez-vous bien hault ?

          SEUR FESSUE

         Crier ? Je ne sçay qui en crye70.

          SEUR SAFRÈTE

230  Comment ! voécy grand moquerye !

         Nostre abeesse en sera blasmée.

          SEUR FESSUE

         Comment, crier ? J’estoys pasmée.

         Et puys en nostre reigle est dict

         (Où je n’ay faict nul contredict)

235  Qu’au dorteur on garde silence.

         Et sy j’eusse faict insolence,

         Bruict ou tumulte, ou quelque plaincte,

         C’estoyt, contre nostre Ordre, faincte71.

         Voyélà pourquoy n’osay mot dire.

          SEUR ESPLOURÉE

240  Vouélà bonne excuse pour rire !

          SEUR DE BON-CŒUR

         Très bien le silence el garda…

          L’ABEESSE

         Mais escoustez : qui vous garda

         De faire signe pour secours ?

         On y fust alé le grand cours72,

245  Et n’ussiez receu tel acul73.

                           SEUR FESSUE

         Las ! je faisoys signe du cul,

         Mais nul(e) ne me vint secourir74.

          SEUR SAFRÈTE

         Je n’eusse eu garde d’y courir.

          SEUR ESPLOURÉE

         Signe du cul ?

          SEUR SAFRÈTE

                                   Il est possible :

250  Frère Rèdymet est terrible ;

         Et n’eust sceu ceste povre ânière75

         Faire signe d’aultre manière.

          SEUR ESPLOURÉE

         C’est le signe d’un tel mestier76

          L’ABEESSE

         Mais il y a un an entier

255  Qu’el est grosse77 ; et ! n’eust-elle sceu

         Nous dire qu’el avoyt conceu ?

          SEUR FESSUE

         Dire ? Hélas !

          SEUR DE BON-CŒUR

                                    Ouy, dire, ouy, dire.

          SEUR FESSUE

         J’ey bien cause d’y contredire.

          SEUR SAFRÈTE

         Et comment ?

          SEUR FESSUE

                                 Hélas ! quant j’eu failly,

260  Mon cœur alors fut assailly

         De repentance et de grand peur

         Que l’Ennemy78, qui est trompeur,