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LES RAPPORTEURS

Recueil Trepperel

 

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LES  RAPPORTEURS

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La première mouture de cette sottie parisienne fut écrite en 1487, probablement par Henri Baude1. Les basochiens, qui en étaient les commanditaires et donc les propriétaires, lui ont adjoint des vers nouveaux jusqu’aux alentours de 1502. Elle est très proche de la sottie des Sotz escornéz, à peu près contemporaine et imprimée elle aussi par Trepperel. On y trouve une vignette identique : Pierre Gringore travesti en Mère Sotte2. On y trouve des personnages similaires : un Prince tyrannique, son éminence grise Gautier, et ses trois Sots en rupture d’obéissance. On y trouve aussi un poème en pentasyllabes, et une ballade mythologique en décasyllabes où l’on croise les mêmes dieux. On y trouve enfin d’innombrables concordances de style. En revanche, notre sottie des Rapporteurs n’a aucun lien avec la farce du Raporteur (LV 30). Les Rapporteurs sont des « reporters ». (Étymologiquement, c’est le même mot français.) Ils vont aux nouvelles et présentent leur rapport ; les actualités qu’ils passent en revue sont truffées d’allusions politiques.

La pièce dénonce3 la répression dont le théâtre des basochiens fut victime en 1486 : Charles VIII fit emprisonner quatre clercs de la Basoche et leur auteur Henri Baude4, coupables d’avoir brocardé sur scène des notables corrompus qui « n’en ont pas esté bien contens5 ». Pendant les jours gras6, les Sots partageaient les prérogatives des vrais fous et des bouffons royaux : ils pouvaient alors caricaturer les abus et les ridicules de leurs contemporains, à condition que ces derniers ne s’en formalisent pas trop. L’auteur de la sottie des Sobres Sotz (LV 64) ne l’oubliera pas :

    –Je le diroys bien, mais je n’ose,

    Car le parler m’est deffendu.

          (…) –Sy je n’avoys peur

    Qu’on me serrast trop fort les doys,

    En peu de mos je vous diroys

    Des choses qui vous feroyent rire.

    –À ces jours-cy, y fault tout dyre

    Ce qu’on sayt : on le prent à bien.

    –Par sainct Jehan ! je n’en diray rien :

    Y m’en pouroyt venir encombre.

Symbole de la lutte contre la censure (et d’un bras-de-fer entre le Parlement de Paris et les courtisans7), la sottie des Rapporteurs tint lieu de défouloir aux contestataires du Palais pendant quinze ans : sur la trame originale qui comptait 250 vers, on placarda au gré de l’actualité8 une centaine de vers anarchiques où éclate une violence jamais atteinte auparavant. Mais cette fois, nul n’a tenu à se reconnaître dans ce jeu de massacre. D’ailleurs, la version que nous connaissons a-t-elle pu être représentée ?

Que reste-t-il du théâtre de « maistre Henry Baulde » ?

* La Pragmatique entre gens de Court et la salle du Palais.  Quoi qu’on ait pu dire, ce dialogue de 1485 n’est pas dramatique.

* La brièvfe Moralité de 1486.  Elle a été détruite par les censeurs, et même son nom est inconnu.

* La sottie des Sotz escornéz.  Rien n’empêche qu’elle soit de Baude : lors du scandale de 1486, on a examiné les « Sotye et Moralité jouéz par lesdictz clercs ledit jour ». La sottie9 en question, dont on ignore tout, ne fut pas censurée ; elle existe peut-être encore.

* La sottie des Rapporteurs.  Baude contesta son emprisonnement dans deux épîtres en octosyllabes adressées au duc de Bourbon. Avec un tel désir d’en découdre, pourquoi aurait-il abandonné à un autre dramaturge le soin (et la jubilation) d’une vengeance publique ?

* Aulcun, Cognoissance et Malice.  Joël Blanchard10 attribue à Baude cette moralité qu’il date de 1484.

Source : Recueil Trepperel, nº 6.

Structure : Ballade, abab/bcbc, rimes plates, 3 triolets, 9 tercets pentasyllabiques. La métrique est très confuse à cause des rimes proliférantes qui furent ajoutées au fil des années. Le squelette de la forme première est parfaitement reconnaissable, mais je n’ai pas cru bon de « censurer » l’œuvre collective qui nous est parvenue.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

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Sotie nouvelle à quatre parsonnaiges des

Rapporteurs

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C’est assavoir :

    PROPTER  QUOS 11,  le Prince

    LE  PREMIER  SOT

    LE  SECOND  SOT

    LE  TIERS  SOT

                                  Les  Rapporteurs

*

 

                             PROPTER QUOS, le Prince, commence    SCÈNE I

         Saturne, filz du trosne impérial

         Et de Vesta12 (du plus hault élément13

         Dame et maistresse), au ceptre tribunal14

         [Dut renoncer ………….. -ment.]

5    Divisay fut le siècle15 vivement.

         Mais Jupiter, pour sa porcion [l]égalle16,

         Dessus Phébus a le gouvernement.

         Cuidant soy haulcer17, mainteffois on ravalle.

         Puis Neptunus18 (qui, ès19 lieux fluctueux

10   Et inundans, à Saturne succède),

         Cure receust20 des lieux pérécliteux ;

         Quant Boréas a déchassé si roide21,

         Je22 cuide, moy, qui n’y eust mis remède23,

         Englouty l’eust de ténébreure malle ;

15   Mais Neptunus luy24 monstra face laide.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravalle.

         Touchant Pluto, lieux trèsparfonds et ysmes

         A désiray pour sa porcion avoir,

         Moyen duquel luy ont les [noirs] abismes25

20   Esté donnéz, et là fait son mou[v]oir.

         Proserpine le dev(e)roit bien sçavoir,

         Car des Enfers26 a visité la salle ;

         Mais Sérès sceut27 moyen de la [re]voir.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravale.

25   Prince, pensez qu(e) avant [de] desjuner,

         Voz biberons ont forment face palle28.

         Mais puis après, on se doit pourmener29.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravale.

         Mes Sotz sont-ilz point en la salle ?

30   [Çà, Gaultier,]30 va-les-moy hucher !

         Je croy, moy, qu(e) ilz se vont coucher.

         Touteffois, ilz m(e) avoient promis

         Que pour l’honneur de leurs amis

         Desquelz ilz ont aide et support31,

35   Aujourd’uy feroient leur rapport

         Comme [ilz] ont de bonne coustume.

.

           LE  PREMIER  SOT 32    SCÈNE  II

         Jésus, auquel point est la lune !

           LE  SECOND  [SOT]

         Benoist Dieu, que le temps est rouge33 !

           LE  TIERS  SOT

         Qui vouldra menger d’une prune,

40    Je vous requier qu’on ne se bouge.

           LE  PREMIER

         Feste bieu, que de gens nouveaulx34 !

           LE  SECOND

         Que de Dames et de Damoiselles !

           LE  PREMIER

         Mais qu’il y35 fauldra de chappeaux !

           LE  TIERS

         Feste bieu, que de gens nouveaux !

           [LE  SECOND

         …………………………….. -eaux !]

           LE  PREMIER

45    Ha ! je n’en vids jamais de telles.

                               LE  SECOND

         Feste bieu, que de gens nouveaux !

                               LE  TIERS

         Que de Dames et Damoiselles !

                               LE  PREMIER

         Que de sotz !

                               LE  SECOND

                                  Que d(e) oppiniastres !

                               LE  TIERS

         Que de folz36 !

                               LE  PREMIER

                                     [Et] que de follastres !

                               LE  SECOND

50   Que de gens qui cuident sçavoir !

                               LE  TIERS

         Qu(e) il en est qui ne sçavent riens !

                               LE  PREMIER

         Que de gens qui ont trop devoir37 !

                               LE  SECOND

         Que de gens qui ont trop de biens !

                               LE  TIERS

         Que de macquerelles à Paris !

                               LE  PREMIER

55   Que de « maisons » en la rue Saint-Denis38 !

                               LE  SECOND

         [Qu’il est]39 de paiges macquereaulx !

                               LE  TIERS

         Qu’il est de pouvres fringuereaulx40 !

                               LE  PREMIER

         Que je voy porter41 brodequins

         À ces povres frans musequins42,

60    Par-dessus leurs chausses persées !

                               LE  SECOND

         Mais que j’ay veu, depuis six ans,

         Paistre de grues43 parmy les champs,

         Qui toutesfois s’en sont vollées !

                              LE  TIERS

         On a prins, à Sainct-Innocent44,

65   De l’eau, des plains potz plus de cent ;

         Puis n’a-on pas tout emporté.

.

                              PROPTER  QUOS       SCÈNE  III

         Après qu(e) auray bien escouté,

         Mes Sotz45, viendrez-vous, s’il vous plaist ?

         Vrayement, ilz ont bien tempesté !

70    [Après qu’auray bien escouté,

         ………………………….. -té.]

         Je croy qu’ilz ont le cueur dehait46.

         Après qu(e) auray bien escouté,

         Mes Sotz, viendrez-vous, s’il vous plaist ?

                               LE  PREMIER

         Nous n’avons pas encore fait47.

                               LE  SECOND

75   Nous ne sçavons par où descendre.

                               LE  TIERS

         On nous a mis à faire guet.

                               LE  PREMIER

         Taisez-vous, laissez-nous apprendre48.

                               PROPTER  QUOS

         Or brief, je ne puis plus attendre.

         Ne cuidez pas que ce soit fable.

80    Se je voys49 là vers ceste table,

         Par tous les sains de Paradis,

         À chascun, des coups plus de dix

         Je vous donray sur vostre teste !

           LE  PREMIER

         Je n’ay cure de telle feste.

           LE  SECOND

85   Je n’ay cure, moy, qu’on me bate.

           LE  TIERS

         Se n’avoyes50 la main à la paste,

         Si m’en fuiray-je du débat.

                           LE  PREMIER

         Allons là, ce n’est q’ung esbat51 ;

         Si, verrons qu’il nous vouldra dire.

           LE  SECOND

90   Pour me trouver en ung combat,

         Je suis plus vaillant que La Hire52.

           LE  TIERS

         Pour m’enfuïr s’on me menace

         Et pour tantost vider la place,

         Jà n’en crains archier de la Garde53.

           LE  SECOND

95   Allons là, je croy qu’il luy tarde ;

         Car nostre maistre Propter Quos

         Ayme fort ouÿr noz rappors.

           [LE  PREMIER]

         Et ! le vélà qui nous regarde.

           LE  SECOND

         J’iray54 quérir ma hallebarde,

100  Car j’ay grant peur qu’il nous oultraige.

           LE  TIERS

         Il te part d’ung maulvais couraige55,

         De t’armer contre ton seigneur.

           LE  SECOND

         Si à bien plus grant personnage !

           [PROPTER  QUOS]56

         (Or s’ilz l’ont fait, c’est leur dommaige,

105  Et auront leur part de la peur.)

           LE  PREMIER

         Propter Quos, le vray chief d’onneur,

         Jésus vous doint joye et sancté !

           PROPTER  QUOS

         Et à vous, bonne prospérité57 !

         Et vous doint autant de ducatz

110  Comme en ont tous les Lombars

         Par delà le pays de Savoye !

         Mes Sotz, et puis ? Comme58 est la voye ?

         De quel chose estes-vous records59 ?

         Est-il point possible qu’on oye

115   Quelque chose de voz rappors ?

           LE  PREMIER

         Voullez-vous qu’on vous die des mors

         Et de ceulx qui sont trespasséz60 ?

           PROPTER  QUOS

         Laissez-moy ceulx-là, c’est assez ;

         Ne m’en faictes plus mencion !

           LE  SECOND

120  Plusieurs sont aux gaiges casséz61,

         Qui ont receu leur pension.

           LE  TIERS

         C’est une grant confusion

         Des choses qu’avons apperceues.

           LE  PREMIER

         Nous n’au[r]ons pas la moitié dit

125  Jusques au temps de l’Antécrist,

         Des choses que nous avons veues.

           PROPTER  QUOS

         Mes Sotz, de bon cueur je vous prie :

         Resjouyssez la compagnie

         De quelques rappors tous nouveaulx.

           LE  PREMIER

130  Premier62, nous avons veu chevreaulx

         Qui voulloient mener paistre chièvres63.

           LE  SECOND

         Nous avons veu chiens à monceaulx

         Qui s’enfuyoient devant les lièvres.

           LE  TIERS

         Sergens ne sont plus larronceaux :

135  Ilz sont doulx comme jouvenceaulx

         Et ne boyvent plus mais que bière(s)64.

           PROPTER  QUOS

         Ilz ne font leur sanglante fièvre,

         Les paillars pouacres65 infâmes !

         Ilz donroient aux dyables leurs âmes

140  Premier qu’ilz ne fussent larrons66 !

         Ces rappors-là ne sont pas bons,

         Car c’est toute[s] pures mensonges67.

         Dia68 ! la grandeur d’ung vieil tonneau

         Ne boit point la moitié tant d’eau

145  Que feroi[e]nt de vin ces yvrongnes !

           LE  PREMIER

         Tant plus on les regarde ès trongnes,

         Tant plus les treuve enluminéz.

           LE  SECOND

         J’avoue Dieu ! ilz ont sur le nez

         Une69 aulne de rouge esquarlate.

           LE  TIERS

150  Que migraine70 de laine plate

         Ne reluise de telle manière !

           PROPTER  QUOS

         Ce n’est donc pas de bonne bière,

         Comme ce fol me rapportoit71.

           LE  PREMIER

         C’est, pardieu, de faire grant chère ;

155  Et si, ne sçay, moy, qui le poist72.

           PROPTER  QUOS

         Sus, sus, mes suppostz ! Qu’on vous voist

         Procédans en ceste matière !

           LE  SECOND

         Carmes n’ont plus de chambèrière73 ;

         Aussi n’ont pas les cordeliers.

160  Et, dit-on, sont74 les usuriers

         Sont marris qu’il n’est assez [o]vins75

           PROPTER  QUOS

         Ilz ont menty, les chiens mâtins !

         Tousjours carmes auront freppières,

         Et usuriers seront marris

165  Se les laines ne sont fort chières.

         Que de Dieu [ilz] soient tous mauldictz !

           LE  TIERS

         Jacobins ont à Dieu promis,

         Mectans tous ès Enffers leurs âmes,

         Que jamais ne permétront femmes

170  En leur maison (tant qu’il se76 sçaiche).

           PROPTER  QUOS

         Et ! par sainct Jaques ! Une vache

         Yroit premier querre77 une preune

         Sept piedz au-dessus de la lune

         Ains78 que ces maistres jacobins,

175  Cordeliers, carmes, célestins

         Ne jouent de nature la basse.

         Onc chien puant, de « passe-passe »

         Ne fut si leste79, par mon âmes !

           LE  PREMIER

         Moynes ne parlent plus aux dames.

180  Et dit-on qu’il n’en est pas trop80.

           [LESECOND

         Laissons cela, ilz sont infâmes :

         Ilz torchent leur cul de leur froc.

           LE  TIERS

         Il n’est, par les saincts, rien plus sot

         Que moyne, avec son cappilla[i]re81.

           PROPTER  QUOS

185  S’ung82 en avoyes qui fust mon frère

         Et j’eusse femme ung peu mignonne,

         Je lairoye toute la besongne

         Premier que ne m’en [donne garde]83.

         Moynes ? Que le mal feu les arde,

190  Tant portent-ilz la c[o]uille verd84 !

         Ce sont les gens [que plus nazarde]85.

         Je sçay bien de quoy moyne sert.

           LE  PREMIER

         Ilz frappent86 à cul descouvert.

         S’en donne garde qui vouldra !

195  Carmes, cordeliers et chanoynes,

         Jacobins, augustins et moynes :

         Mauldit soit qui les espergnera !

           LE  SECOND

         Je pry Dieu pour en voir87 le bout :

         Que le grant dyable emporte tout !

           LE  TIERS

200  Si m’ont dit les dyables d’Enfer

         Qu’ilz les y feront bien chauffer

         À quelque pris que soit le boys.

           LE  PREMIER

         Regnars ne mengeront plus d’oyes88

         Ne poulles : le pac en est fait89.

           LE  SECOND

205  On ne verra plus chappellains

         Tromper90 femmes à leur[s] parroissains :

         Chacun sera du tout91 parfait.

           LE  TIERS

         Les advocatz de maintenant

         Ne veullent plus prendre d’argent :

210  Ilz font tout pour l’amour de Dieu92.

           LE  PREMIER

         Les sermonneurs93 de ceste ville

         Ne prennent plus ne croix, ne pille,

         Et ne partent point d’ung [bas] lieu94.

          LE  SECOND

         Gens d’armes95, si, ont fait serment

215  Désormais [de] payer vrayement

         Leurs hostes parmy ces villaiges.

           LE  TIERS

         Les ratz96 ont fait à Dieu promesse

         Que jamais, sans ouÿr la messe,

         Ilz ne mengeront nulz fromages.

           PROPTER  QUOS

220  Vécy de bons petis langaiges,

         S’ilz sont vrays ; mais j’en fais grant doute.

           LE  PREMIER

         En effait, de tous les oultraiges

         Qu’ilz ont fait, il n’en est plus goutte97

           LE  SECOND

         Seigneurs ne seront plus gouteux98.

           LE  TIERS

225  Maraulx ne seront plus pouilleux.

           LE  PREMIER

         Changeurs ne sont99 plus usuriers.

           LE  SECOND

         Il n’est plus de larrons cousturiés100.

           LE  TIERS

         Maris ne seront plus cocus.

           LE  PREMIER

         Grimaulx101 ne seront plus batus.

           LE  SECOND

230  Il ne cherra102 jamais d’esglise.

           LE  TIERS

         Les blédz n’auront plus de festus.

           LE  PREMIER

         On ne verra plus truye qui pisse103.

           LE  SECOND

         Marchans tiendront tous loyaulté104.

           LE  TIERS

         On fera à chascun raison105.

           LE  PREMIER

235  Toutes gelées seront l’esté.

           LE  SECOND

         Brebis n’auront plus de toyson106.

           LE  TIERS

         En Court ne règne plus envie.

           LE  PREMIER

         En Romme n’est plus simonye.

           LE  SECOND

         Rommains ayment [tous le]107 Sainct-Père.

           LE  TIERS

240  En Ytallye n’a plus ducatz108.

           LE  PREMIER

         Yvrongnes ne boyront109 que bière.

           LE  SECOND

         Ce sont bonnes gens que Lombards110.

           LE  PREMIER

         Normans ayment bien les Bretons111.

           LE  SECOND

         Françoys ayment bien ceux de Flandres112.

           LE  TIERS

245  L’eau qui passe soubz les moulins,

         Premier qu’i soit quatre matins113,

         Se convertira toute en cendres114.

           LE  PREMIER

         Femmes n’auront plus malle115 teste.

           LE  SECOND

         Le monde vivra tout en paix.

           LE  TIERS

250  Ung mouton ne sera plus beste.

           LE  PREMIER

         Quant on se trouvera en presse116,

         Personne ne fera plus vesse,

         Mais on ne fera [plus] que petz117.

           LE  SECOND

         Mais que ces Pardons118 soient passéz,

255  Chacun fera des biens assez,

         Sans jamais penser à nul mal.

           LE  TIERS

         Tous piétons119 iront à cheval.

           LE  PREMIER

         Cloches ne feront plus tintins120.

           LE  SECOND

         En oultre plus, les médecins

260  Désire[ro]nt que tous soient sains

         Et qu’il n’en soit plus de malades.

           LE  TIERS

         Ménest[r]iers se sont complains,

         Et si, ont juray tous les Saincs

         Que plus ne souffleront aubades121.

           LE  PREMIER

265  Tous rimeurs122 sont délibéréz

         Que s’ilz ne sont premier payéz,

         De ne123 faire nulles Balades.

           LE  SECOND

         On donne pommes de grenades124

         Aux pourceaulx monsieur125 saint Anthoine.

           LE  TIERS

270  On dit que dans126 une sepmainne,

          Bourges sera tout rebasty127.

           LE  PREMIER

         Flamans couscheront sur le feurre128,

         Ne buront, ne mengeront beurre

         Jusques Sainct-Omer sera prins129.

           PROPTER  QUOS

275  Et ! ont-ilz cela entreprins,

         Les Flamans ? Pleust au roy des Cieulx

         Qu’ilz se deussent grater les yeulx130

         Jusques ad ce que sera fait !

           LE  SECOND

         Ha ! par saint Jaques, il n’est pas prest131 !

280  Ilz ont beau mouver la moustarde132 !

         Auffort, ilz sont saoulz ; on les133 garde

         Jusques ad ce qu’il sera nuyt.

           LE  PREMIER

         Il fault rapporter sans nul bruit

         Quelques choses de [noz] merveilles.

285  J’ay veu « voller » sans avoir elles134.

           LE  SECOND

         J’ay veu lire sans estre clerc.

           LE  TIERS

         J’ay veu bailler jaune pour verd135.

           LE  PREMIER

         J’ay veu cordenn[i]ers faire toilles.

           LE  SECOND

         J’ay veu quarrelleurs136 advocatz.

           LE  TIERS

290  Et moy, d’escus faire ducatz137.

           LE  PREMIER

         On m’a dit que pour lors, en Court,

         Il n’est mémoire de raport138 :

         Tous sont ensemble bons amys.

           LE  SECOND

         Lévriers n’ont cure de connils139.

           LE  TIERS

295  Le plus habille140 est le plus lourd.

           LE  PREMIER

         Qui mieulx entent est le plus sourd.

           LE  SECOND

         Qui a beau nez il boit bien ès bouteilles141.

           LE  TIERS

         Qui entent mieulx qui a grans oreilles.

           PROPTER  QUOS

         Voz rapors me di[s]ent merveilles ;

300  Et si, ne les puis bien entendre.142

         Je ne puis bien ces motz comprendre.

           LE  PREMIER

         Après qu’on aura bien raillié,

         Propter Quos, on n’a plus taillié143 :

         Je croy qu’on ne [nous peult]144 reprendre.

           LE  SECOND

305  Cousturiés145 seront bien requis,

         Avant que tout soit bien repris,

         Qu’on a taillié depuis naguère(s).

           LE  TIERS

         Encore ne se peut-on taire.

           LE  PREMIER

         On frappe d’estoc et de taille,

310  Mais la cousture sera lourde146.

           LE  SECOND

         Je doubte qu’i ait jeu sans bourde147.

           LE  TIERS

         Se le chat entre dans la bourde148,

         Souris haÿront la chandelle.

         De cela, bien je me vante.

           LE  PREMIER

315  Il n’est sepmaine qu’il ne vente,

         Au moins se l’air n’est bien rebelle149.

           LE  SECOND

         En mousche qui picque,

         En chat qui repplique,

         Ne donne asseurance.

           LE  TIERS

320  En fleuve qui dort,

         En serpent qui mord,

         N’a point d’asseurance.

           PROPTER  QUOS

         Balade(s) sans rime

         Ne [que son de]150 lyme

325  N’a151 point d’accordance.

           LE  PREMIER

         De folle entreprise152,

         De femme requise,

         Ne vient que meschief153.

           LE  SECOND

         Tous membres ont labeur154,

330  Quant il vient douleur

         Qui grièfve le chief155.

           LE  TIERS

         Entreprise folle,

         Mainte gens affolle :

         Vélà le salaire.

           PROPTER  QUOS

335  Il vauldroit bien mieulx

         Soy grater les yeulx

         Que soy les hors traire.

           LE  PREMIER

         Quant la chose est feicte,

         Fol est qui barbette156 :

340  Le conseil est prins.

           LE  SECOND

         Pour ne dire mot

         De tout ce qu’on ot157,

         On n’est point reprins.

           LE  TIERS

         [À] qui jamais n’eust rapportay158,

           LE  PREMIER

345  Saint Jaques, il n’eust pas tant cousté !

           LE  SECOND

         Ce n’est159 mon, le dyable y ait part !

         Allons-nous-en, faisons départ.

           LE  PREMIER

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         Noz rappors160 avons mis en train.

           LE  SECOND

350  Deppartons, car c’est trop songé.

           LE  TIERS

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         [……………………………… -gé.]

         Nous reviendrons quelque demain.

           [LE  PREMIER

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         Noz rappors avons mis en train.]

                 EXPLICIT

*

1 Mort après 1496. Fonctionnaire des impôts, il compose des poèmes parfois érotiques, et du théâtre souvent polémique.   2 Cela ne signifie pas que Gringore en est l’auteur : le même bois gravé orne les quatre premières sotties du recueil Trepperel.   3 Cf. les vers 33-34, 222-223, 302-311, et 341-346.   4 « Baude, après brisement de portes,/ En effect à mynuict fut pris/ Et au Petit Chastellet mys. » Lectre de Baude audict seigneur de Bourbon. Je cite Henri Baude d’après l’édition de ses Œuvres complètes que prépare mon ami Brian McKay, de l’université d’Auckland.   5 Id. Le roi est plus explicite : « Aucuns, soubz umbre de jouer ou faire jouer certaines moralitéz et farces, ont publiquement dit ou fait dire plusieurs parolles séditieuses sonnans commotion [appelant à l’émeute], principalement touchans à Nous et à nostre Estat. »   6 Mais la Moralité litigieuse de Baude fut donnée le lundi des Rogations (1er mai 1486), ce qui n’était pas très adroit.   7 Au grand dam de la Cour, le Parlement avait autorisé ses clercs à représenter la Moralité de 1486. Il aggrava son cas en les faisant sortir de prison dès que possible.   8 Ces greffons rattachés au jour le jour à un tronc principal sont typiques de la création populaire. Prenons l’exemple du Père Dupanloup : cette chanson paillarde plaquée sur l’air de Cadet Rousselle (1792) naquit vers 1845. Des plaisantins lui greffèrent un couplet  sur l’Institut en 1854, sur l’Assemblée générale en 1871, sur les ballons dirigeables en 1901, sur Superbagnères en 1912, sur Citroën et la Tour Eiffel en 1924, etc.   9 Les deux ou trois pièces qui constituaient une représentation étaient parfois du même auteur : le Jeu du Prince des Sotz + l’Homme obstiné + Raoullet Ployart sont de Pierre Gringore ; le Mystère de saint Martin + le Munyer + l’Aveugle et le Boiteux sont d’André de la Vigne.   10 Moralité à six personnages. Droz, 2008.   11 « À cause desquels. » Ce nom pourrait venir des « histriones propter quos dissidebatur » <Suétone, III, 37>, qualifiant des comédiens punis après une rixe mortelle entre spectateurs. Je ne crois pas que notre dramaturge ait pu connaître le « propter quos Principis humanitas dedit » de Cassiodore, d’autant que l’humanité du Prince Propter Quos reste à démontrer.   12 T : veste  (Saturne est le fils d’Uranus [le ciel] et de Vesta [la terre].)   13 T : clement  (Vesta est aussi la déesse du feu.)   14 Au sceptre de juge suprême. Saturne fut détrôné par son fils Jupiter, et son empire fut partagé : Jupiter prit la terre et le ciel, Phébus le soleil, Neptune la mer, Borée le vent, Pluton l’enfer.   15 Le monde profane.   16 La portion légale est la part minimale qu’un testateur est tenu de laisser à chacun de ses héritiers.   17 Dans les 4 occurrences de ce refrain, il faut lire s’hausser. « Lecteur, tu vois ainsy que s’hausse le subjait. » (Traduction anonyme de Dante.)   18 T : neptimus  (Je corrige la même coquille au vers 15.)   19 T : les  (Les lieux fluctueux et inondants sont les océans.)   20 T : liura  (Reçut le soin des lieux propices aux naufrages. « Il receust la cure et le gouvernement de tout l’empire. » Godefroy.)   21 Quand Neptune a houspillé Borée si rudement. Au 1er chant de l’Énéide, Neptune menace les Vents, qui ont soufflé sur la mer sans son ordre : « Vous me paierez votre faute par une peine sans pareille ! Fuyez vite, et dites ceci à votre roi [Éole] : ce n’est pas à lui qu’échut l’empire marin, mais à moi ! »   22 T : Et   23 Que si on ne l’avait pas calmé. Virgile n’indique nulle part que quelqu’un a calmé Neptune. Quant au Roman d’Énéas, qui était encore très lu, il ne mentionne même pas l’intervention de Neptune dans cet épisode.   24 T : leur  (Se contenta de lui montrer une mine renfrognée.)   25 Les Enfers. « Démon sorti des noirs abismes. » Quinault. 26 T : anfans  (Elle fut enlevée par Pluton et devint déesse des Enfers.)   27 T : trouuar  (Cérès, déesse des moissons, est la mère de Proserpine. Elle obtint de Jupiter que sa fille passe la moitié de l’année sur terre avec elle.)   28 Vos Sots alcooliques ont fortement la face pâle. « Yvroignes et biberons, esveilliez-vous ! » Godefroy.   29 Faire une promenade digestive.   30 T : Sagultier  (Présent dans les Sotz escornéz, ce conseiller du Prince reste muet dans notre pièce, à moins qu’on ne lui attribue les vers 25-26.)  Hucher = appeler.   31 Plusieurs magistrats du Palais s’étaient porté caution pour faire libérer leurs camarades. Ils assistaient sans aucun doute à cette représentation donnée sur leur territoire.   32 Les trois Sots sont perchés sur des fenêtres (note 49) dont ils descendront après le vers 88. Ils regardent dehors pour avoir des nouvelles à rapporter, avec une prédilection pour les détails indiscrets, comme l’annonce le vers suivant : « Qui vous mettroit le cul à l’esparé [à l’air]/ Pour bien sçavoir en quel point est la lune,/ L’on sçauroit bien, sans faire long narré,/ Si soubz les draps vous estes blanche ou brune. » Parnasse satyrique.   33 Menaçant, d’un point de vue pécuniaire. « –Le temps est rouge./ –Dictes sy feroyt-il beau temps/ Sy vous avyez d’or pleine bouge ? » Mestier et Marchandise, LV 73.   34 À la mode. Cf. la sottie des Gens nouveaulx. Jusqu’au vers 60, le public est pris pour cible.   35 T : il   36 T : sotz  (qui est déjà au vers précédent. Les variations sur un même radical –par exemple fol/folâtre– sont caractéristiques des sotties.)   37 Éternelle opposition entre les pauvres qui ont trop de travail, et les riches qui ne font rien.   38 Il y avait déjà des maisons de passe « rue Sainct-Denys,/ Où sont plus d’oyseaulx que de nidz » (sottie Pour le cry de la Bazoche). « La rue Sainct-Denis,/ Je y alloye pour moy resjouyr. » (Beaucop-veoir et Joyeulx-soudain, T 24.) L’auteur insère lesdites maisons entre les maquerelles et les maquereaux.   39 T : Qui les  (Sur les pages entremetteurs, voir les naquets de Trote-menu et Mirre-loret, note 61.)   40 Jeunes élégants.   41 T : portes   42 Jeunes galants. Ils dissimulent dans des bottines les trous de leurs bas : « Ces fringans mondains/ Qui portent ces beaux brodequins/ Dessuz la chausse dessirée. » Sermon joyeulx d’ung Fol, T 21.   43 On donnait déjà des noms d’oiseaux aux percepteurs. À partir de 1498, Louis XII diminua l’impôt de la taille. (Cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 351.) Il protégea aussi les paysans contre les exactions des soldats et des fonctionnaires royaux.   44 Le cimetière des Saints-Innocents, qui jouxtait la rue Saint-Denis, fut submergé par une crue de la Seine en janvier 1496.   45 T : solz  (L’imprimeur hésite entre « sotz » et « folz ». Idem à 73.)   46 Joyeux.   47 Fini.   48 Apprendre des nouvelles pour faire nos rapports.   49 Si je vais. Les basochiens jouaient du théâtre comique sur la table de marbre du Palais de la Cité <voir la notice du Capitaine Mal-en-point>. La salle du vers 29 est la Grand-Salle où se trouvait la table, et les rapporteurs font le guet (vers 76) sur ses fenêtres sises en hauteur.   50 T : iauoyes  (Si je n’étais pas en train de faire quelque chose.)  Au sens propre, la « pâte » est peut-être un quignon de pain que grignote le Tiers Sot : déjà au vers 39, il mangeait des prunes.   51 Ce n’est qu’un jeu, qu’une comédie.   52 Ce héros du siège d’Orléans était mort en 1443, mais les joueurs de cartes le célébraient encore : « N’ouÿstes-vous oncques/ Parler des beaux faitz de La Hire,/ Qui fut si vaillant homme en guerre ? » Farce des Coquins (F 53).   53 Dont la poltronnerie était proverbiale. « Je suis tant las,/ Que quatorze archiers de la Garde/ Me battroyent à la halebarde. » Clément Marot.   54 T : Iray ie   55 Cœur.   56 T : le tiers   57 « Honneur, bonne prospérité,/ Santé ! » Lectres de Baude envoyées à Mgr de Bourbon.   58 T : et  (La voie est-elle libre ? Peut-on parler sans crainte ?)   59 Souvenants.   60 Le roi Charles VIII, persécuteur des basochiens, mourut le 7 avril 1498. Propter Quos n’a pas l’air de le regretter.   61 Cassés de gages, renvoyés. Dès qu’il accéda au trône, en 1498, Louis XII fit annuler son mariage avec Jeanne de France, qui fut reléguée à Bourges avec 12 000 écus de pension.   62 Premièrement. Baude employa cet adverbe : « Premier, je vy ung tas de bestes. »   63 La « chèvre », Anne de Beaujeu, exerça la régence de 1483 à 1491, en attendant la majorité du « chevreau » Charles VIII, qui l’aurait bien envoyée « paître ». Dans la Sotye des Croniqueurs, Gringore dira du jeune roi : « C’estoit l’aigneau mené en lesse. »  Cf. les Sotz qui remetent en point Bon Temps, note 2.   64 La bière est moins alcoolisée que le vin : cf. les vers 152 et 241.   65 Galeux.   66 Plutôt que de cesser de voler. Sur la corruption des sergents, voir le Testament Pathelin, vers 469-472. Nos basochiens n’ont pas digéré que des sergents aient cassé leur porte en pleine nuit (note 4).   67 Ce mot était parfois féminin : « C’est une pure mensonge sans fondement ny apparence. » Catherine de Médicis.   68 T : De  (Le volume d’un vieux tonneau n’absorberait pas autant d’eau, ni même la moitié, que ces ivrognes absorbent de vin.)   69 T : Ung  (L’écarlate est une étoffe rouge : « Demie aulne d’escarlate sanguine. »)   70 Étoffe de laine teinte en rouge vif.   71 Au vers 136.   72 Qui paye leurs agapes.   73 Certaines chambrières arrondissaient leurs fins de mois (et parfois leur ventre) en couchant avec leur maître. Cf. la farce des Chambèrières. Les fripières du vers 163 ont le même gagne-pain, et Rabelais les voue « à Vénus, comme putains, macquerelles, (…) chambèrières d’hostèlerie ». (Pantagruéline Prognostication.)   74 T : que  (Un mastic a fait tomber « sont » au début du vers suivant.)   75 S’il n’y a pas assez d’ovins, on manquera de laine (ce qui permettra aux usuriers de spéculer). Ces deux vers ont une réponse en écho à 164-165.   76 T : le  (Pour autant qu’on le sache.)   77 T : querir   78 T : Ha  (Ains que = plutôt que.)   79 T : listre  (Passe-passe = va-et-vient.)   80 Entre autres choses, on reprochait au clergé d’être pléthorique.   81 Scapulaire, froc sans manches.   82 T : Sang  (Si j’en avais un.)   83 T : puisse garder  (Plutôt que de ne pas m’en protéger. « Nous ne vous laisserons en paix, premier que ne nous en ayez dit quelque chose », Amadis de Gaule.)  Cf. le vers 194.   84 Une verge vigoureuse.   85 T : qui plus hazarde  (Nasarder = bafouer : « Battu, nazardé et desrobbé », Rabelais, Tiers Livre.)   86 Ils coïtent. D’où leur surnom de « frères frapparts ». Baude a beaucoup donné dans l’anticléricalisme ; son poème le plus connu, les Lamentacions Bourrien, campe « ung chanoine bien gras » qui joue « en ung mol lict, près d’ung grant feu » avec son fils de deux ans ; il regrette le départ de sa concubine, et se console avec « le bon vin cléret » et « le pot-au-feu ». Le chanoine termine ainsi : « Mon Dieu (dit-il), donne-moy pacience !/ Qu’on a de maulx pour servir Saincte Église ! »   87 T : auoir  (Pour en voir la fin. Mais « bout » ayant un sens phallique, on leur souhaite d’être châtrés par le diable. Un mouvement de marotte pouvait souligner ce vœu pieux.)   88 Une rime masculine serait préférable. Les oies adultes n’ont rien à craindre d’un renard, contrairement à leur progéniture : « Regnarts mengeront maint oison. » Baude.   89 Le pacte est conclu. « Ceste fois, est fait nostre pac. » Les Sotz escornéz.   90 Abuser, suborner.   91 Totalement.   92 Cf. les Gens nouveaulx, vers 45-46.   93 T : sergens  (qui occupent déjà les vers 134 et suivants.)  Les prédicateurs itinérants s’enrichissaient en prêchant la pauvreté. Les Sermons joyeux en font des ivrognes lubriques.   94 Ne sortent pas d’un bordel. « Il alloit de nuyt par ville et en maulvaix et bas lieux. » (Granvelle.) En outre, « chevaulcher ès bas lieux » = coïter (Jehan Molinet).   95 T : darges  (Les soldats se faisaient nourrir et loger gratis par la population.)   96 T : chatz  (qui ne mangent pas de fromage.)  Les ras [rasés] sont les clercs tonsurés. Dans l’argot des coquillards, un « ras » est un homme d’église. On devine un jeu de mots sur rapporteurs et ras porteurs, comme dans la sottie du Roy des Sotz (BM 38) : « –Qu’esse qu’il porte en ceste hotte ?/ –Ce sont ratz. C’est ung rapporteur :/ Vécy Coquibus qui ratz porte. » Baude a écrit un poème intitulé : Ung homme qui porte sur son doz une hotte plaine de ratz et s’appelle le Rapporteur.   97 Le Parlement de Paris avait élargi les quatre clercs malgré « tous les outrages » dont le roi les accusait. Il s’agissait bien de clercs tonsurés, puisque l’évêque de Paris somma le lieutenant-criminel « de luy rendre lesditz prisonniers comme clercs ».   98 Louis XII allait régulièrement au Palais de justice. Lors de ses crises de goutte, il arrivait à la Grand-Salle sur un petit mulet qui avait gravi l’escalier en trottinant sur des planches inclinées. Pour les basochiens, ce spectacle devait être aussi drôle qu’une sottie.   99 T : seront  (Le présent a valeur de futur, comme au vers 134 et au vers suivant.)  Les changeurs de monnaies trafiquaient sur le Pont-au-Change.   100 Certains couturiers détournaient une part du tissu que les clients leur remettaient. Voir la note 184 du Munyer. Si Cousturié est bien le nom d’un fonctionnaire corrompu (note 145), le public entendit cette ponctuation : « Il n’est plus larron, Cousturié. »   101 Les écoliers.   102 T : sera  (Cherra : futur du verbe choir.)  Plusieurs églises se sont effondrées dans ces années-là, par exemple en Auvergne lors du « tremble-terre » de mars 1490.   103 Attaque indirecte contre les antonins (note 124). Ces moines laissaient divaguer leurs porcs en ville, ce qui gênait les piétons : Baude a consacré un distique aux Porceaulx qui ont répandu ung plain panier de fleurs. La rue qui menait au couvent des antonins était parfois rebaptisée « rue de la Truye-qui-pisse », ou « rue Pisse-truye ».   104 Ne tricheront plus sur les poids et mesures.   105 On rendra justice à chacun.   106 On ne sera plus obligé de les tondre. Les brebis symbolisaient fréquemment les contribuables.   107 T : tousles  (Le pape espagnol Alexandre VI Borgia imposa son despotisme sanguinaire de 1492 à 1503 ; il fut « extrêmement haï du Peuple Romain », dira Agrippa d’Aubigné.)   108 La France comptait sur cette éventuelle pénurie pour voir finir la première guerre d’Italie (1494-1497). Ducats rime avec Lomba(r)ds, comme à 109-110.   109 T : bouront  (Voir la note 64.)   110 À ceci près qu’on les tenait pour des usuriers (vers 110), des empoisonneurs (Jeu du Prince des Sotz, note 33), et des sodomites (tels les « bougres lombars » du Grant Jubillé de Millan). Baude les a souvent critiqués : « Et les nobles emprunteront/ À belle usure des Lombars. »   111 La rime est fausse. Doit-on lire Picards ? Manque-t-il un vers en -ons ?   112 C’est plutôt les Flamands qui auraient pu se plaindre des humiliations infligées par la France. En 1493, le traité de Senlis aplanit les malentendus, mais une certaine animosité réciproque perdura.   113 Un de ces quatre matins.   114 Des meuniers peu scrupuleux alourdissaient leur farine avec de la cendre.   115 Mauvaise.   116 En société, en public.   117 T : ptez  (Au contraire de la vesse, le pet est bruyant : on reconnaît donc le péteur.) « Ung pet équipolle à deux vesses. » Les Sotz escornéz.   118 Si notre sottie marque le deuxième anniversaire de la moralité censurée en 1486, on évoque ici les trois jours des Rogations, du 12 au 14 mai 1488. (Voir note 6).   119 Fantassins.   120 T : de bruit  (Tintin = tintement. « Le tintin de la cloche », Estienne Pasquier.)   121 Qu’ils ne donneront plus de concerts à l’aube sous les fenêtres d’une belle.   122 T : francois  (Rimeur = poète. Un de ces rimeurs à gages est décrit dans la Réformeresse, vers 238-257.)   123 T : me   124 La grenade était notoirement l’emblème de Maximilien d’Autriche, qui protégea les Hospitaliers de Saint-Antoine (les antonins), et leur permit en 1502 d’arborer sur leur écusson les armes de l’Empire. Ces moines vivaient avec des porcs et se conduisaient comme des cochons : « Chacun a sa femme ou sa mie./ Tout en va par gueule et par ventre,/ L’avoir qui à Saint-Antoine entre./ Ils marient moult bien leurs filles./ Ils ne prisent mie deux billes/ Saint Antoine ni son pouvoir./ Trop conquièrent, trop ont d’avoir,/ Trop souvent déçoivent [ils trompent] les gens. » Guiot de Provins (je modernise sa graphie). Voir la note 103.   125 T : mon seigneur  (Il est d’usage d’appeler les saints monsieur : « Le groing/ Du pourceau monsieur sainct Anthoine. » Le Pardonneur, BM 26.)  Les « pourceaux » étaient les antonins eux-mêmes, à cause de leur goinfrerie : « Les religieux du lieu s’appellent pourceaux de St. Antoine par humilité ; ils sont obligés de faire huit repas ! » Pierre de L’Estoile.   126 T : dedans   127 T : rabesty  (Après l’incendie du 22 juillet 1487, il fallut en réalité plusieurs décennies pour rebâtir complètement la ville de Bourges : ses échevins avaient accaparé 23 000 livres tournois destinées à la reconstruction.)   128 Sur de la paille.   129 Soit repris à la France, qui avait conquis le 27 mai 1487 cette ville flamande unie à la Maison de Bourgogne. Saint-Omer et « les Flammans en servaige » seront libérés par les Bourguignons le 11 février 1489. Nous avons donc le terminus a quo et le terminus ad quem des vers 272-282, qui sont originels d’après le schéma des rimes.   130 Scruter l’avenir en vain. Idem vers 336.   131 On n’en est pas près.   132 Remuer la merde. « Narguer le con et, célébrant le cul,/ Près du coccis travailler la moutarde. » Sénac de Meilhan.   133 T : leur  (On attend qu’il fasse nuit.)  Saint-Omer fut investi par surprise en pleine nuit, à l’insu du « guet qui lors estoit fort négligent » : cette litote du Flamand Molinet dans sa Chronique laisse entendre que les sentinelles étaient soûles.   134 « Si la guerre n’estoit un moyen de voler/ Sans ailes et sans plume, on n’y voudroit aller. » Jacques Du Lorens.   135 Faire un marché de dupes, les sceaux de cire jaune ayant moins de valeur que les sceaux de cire verte.   136 Jeu de mots sur carreleurs [savetiers] et querelleurs.   137 J’ai vu de l’argent français devenir italien. En 1495, Charles VIII remboursa des prêts ruineux à la ville de Florence. Gringore en parle dans la Sotye des Croniqueurs : « Noz escus, muéz en ducas/ Furent. »  138 On a oublié les cafardages. « Je metz les seigneurs en soucy,/ Pour rapporter en Court secrettement. » Baude.   139 T : congnins  (« Connil » désigne le lapin, et le sexe de la femme ; or, chacun savait que les lévriers de Charles VIII dormaient sur son lit, et que le blason de son épouse Anne de Bretagne comportait deux lévriers.)  Conni(l)s rime avec amis.   140 Habile.   141 Avoir un grand nez (comme Charles VIII) empêche de boire dans un gobelet. « Qui a beau nez, il boyt à la bouteille. » John Palsgrave.   142 T ajoute une concaténation des vers 296 et 301 : qui mieulx entent ces motz comprendre   143 On n’a plus mis en pièces personne.   144 T : pourra  (Qu’on ne peut rien trouver à nous reprocher.)   145 Dans cette métaphore couturière, tailler retrouve son sens propre, et reprendre signifie « faire des reprises, retoucher ». Mais les répliques 302-311 et le vers 227 semblent viser un personnage réel : le patronyme « Cousturié » (ou « Le Cousturié ») était fort commun. Les basochiens furent-ils dénoncés au roi par un Cousturié traité de larron dans la pièce de 1486 ?   146 La facture sera salée.   147 De jeu théâtral sans plaisanteries.   148 La chaumière. « Et ne demoura quasi bourde ne maison », Godefroy. Ce mot a donné bordel.   149 T : sery   150 T : en son ce  (Pas plus que le son d’une lime n’a d’harmonie.)   151 T : ma   152 Les Folles entreprises de Pierre Gringore datent de 1505.   153 Méchef, inconvénient.   154 Peine.   155 Qui lèse la tête. Mais dans les allégories, le « chef » désigne le roi.   156 Murmure.   157 Oit, entend.   158 À celui qui n’aurait jamais fait de rapports satiriques.   159 T : neust  (Ce n’est mon = ce n’est pas mon avis.)   160 T : rapporteurs

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JEU DU PRINCE DES SOTZ

Bibliothèque nationale de France

      Bibliothèque nationale de France

*

LE  JEU  DU  PRINCE  DES  SOTZ  ET  MÈRE  SOTTE

*

La plus connue des Sotties, créée le 23 février 1512, fut plus ou moins commandée à Pierre Gringore par le roi Louis XII, qui allait bientôt guerroyer contre Jules II. En effet, ce pape avait monté une coalition contre la France, où lui-même avait pourtant trouvé refuge durant son exil, et dont il s’était maintes fois servi à des fins peu catholiques. Notoirement sodomite, Jules II fut joué par Gringore travesti en Mère Sotte1. Il est dépeint tel qu’il s’affichait, avec une cuirasse et des armes par-dessus l’habit pontifical. François Despréz l’a caricaturé ainsi dans les Songes drolatiques de Pantagruel.

« Les acteurs étaient les Enfants-sans-Souci, dont Gringore était le second dignitaire sous le nom de Mère Sotte. Le chef de la confrérie était le Prince des Sots »2, qui représente Louis XII dans la pièce. Gringore compléta le triptyque avec sa moralité de l’Homme obstiné (toujours le pape), et avec Raoullet Ployart, une des farces les plus crues du répertoire.

Sources : Édition a de 1512, BnF, Rés. Ye-1317. Je la corrige sur l’édition b de 1513, Bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence, Rés. D.493. On se demande comment des éditions revues par l’auteur peuvent contenir autant de fautes.

Structure : abaab/bcbbc, rimes plates, aabbcbbcc, aabcbbcc. On reconnaît un « Cri » en forme de ballade (dont l’envoi est remplacé par un quatrain), une sorte de chanson balladée, un triolet, et des formes à refrain créées par Gringore.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

*

Le  Jeu  du  Prince  des  Sotz

et  Mère  Sotte

Joué  aux  Halles  de  Paris  le  mardy  gras,

l’an  mil  cinq  cens  et  unze 3

*

 

    [ LE  PREMIER  SOT

    LE   SECOND  SOT

    LE  TIERS  SOT

    LE  SEIGNEUR  DU  PONT-ALLETZ

    LE  PRINCE  DE  NATES

    LE  SEIGNEUR  DE  JOYE

    LE  GÉNÉRAL  D’ENFANCE 4

    LE  SEIGNEUR  DU  PLAT  D’ARGENT

    LE  SEIGNEUR  DE  LA  LUNE

    L’ABBÉ  DE  FRÉVAULX

    L’ABBÉ  DE  PLATE  BOURCE

    LE  PRINCE  DES  SOTZ

    LE  SEIGNEUR  DE  GAYECTÉ

    L’ABBÉ  DE  LA  COURTILLE

    LA  SOTTE  COMMUNE

    LA  MÈRE  SOTTE

    SOTTE  FIANCE

    SOTTE  OCCASION

    CROULECU 5]

*

                                  LA  TENEUR  DU  CRY  :

               Sotz lunatiques, Sotz estourdis6, Sotz sages,

               Sotz de villes, de chasteaulx, de villages ;

               Sotz rassotéz, Sotz nyais, Sotz subtilz,

               Sotz amoureux, Sotz privéz7, Sotz sauvages,

5      Sotz vieux, nouveaux, et Sotz de toutes âges,

               Sotz barbares, estranges et gentilz8,

               Sotz raisonnables, Sotz pervers, Sotz rétifz :

               Vostre Prince, sans nulles intervalles,

               Le mardy gras, jouera ses jeux aux Halles.

 

10      Sottes dames et Sottes damoiselles,

                Sottes vieilles, Sottes jeunes, nouvelles,

                Toutes Sottes aymant le masculin,

                Sottes hardies, couardes, laides, belles,

                Sottes frisques9, Sottes doulces, rebelles,

15      Sottes qui veulent avoir leur picotin10,

                Sottes trotantes11 sur pavé, sur chemin ;

                Sottes rouges, mesgres, grasses et palles :

                Le mardy gras, jouera le Prince aux Halles.

 

                Sotz yvrongnes aymans les bons loppins12,

20      Sotz qui crachent, au matin, jacopins13 ;

                Sotz qui ayment jeux, tavernes, esbatz ;

                Tous Sotz jalloux, Sotz gardans les patins14,

                Sotz qui chassent nuyt et jour aux congnins15,

                Sotz qui ayment à fréquenter le « bas »,

25      Sotz qui faictes aux dames les choux gras ;

                Advenez-y16, Sotz lavéz et Sotz salles.

                Le mardy gras, jouera le Prince aux Halles.

 

                Mère Sotte semont17 toutes ses Sottes.

                N’y faillez pas à y venir, bigottes,

30      Car en secret faictes de bonnes chières18.

                Sottes gayes, délicates, mignottes,

                Sottes doulces qui rebrassez voz cottes19,

                Sottes qui estes aux hommes famillières,

                Sottes nourrices et Sottes chambèrières20 :

35      Monstrer vous fault doulces et cordiales ;

                Le mardy gras, jouera le Prince aux Halles.

 

                Fait et donné (buvant vin à plains potz,

                En recordant la naturelle game21)

                Par le Prince des Sotz et ses supostz.

40      Ainsi signé d’ung pet de preude femme22.

                                          FIN  DU  CRY .

                                  S’ENSUYT  LA  SOTTIE :

 

                      LE DROIT23,  PREMIER SOT       SCÈNE I

                C’est trop joué de passe-passe,

                Il ne fault plus24 qu’on les menace !

                Tous les jours ilz se fortifient.

                Ceulx qui en promesse se fient

45      Ne congnoissent pas la falace25 ?

                C’est trop joué de passe-passe.

                L’ung parboult et l’autre fricasse26 ;

                Argent entretient l’ung en grâce ;

                Les autres flatent et pallient27,

50      Mais secrettement ilz s(e) allient,

                Car quelq’un, faulx bruvaige brasse28.

                C’est trop joué de passe-passe.

                 Je voy, il suffit : on embrasse29

                (Par le corps bieu !) en peu d’espace.

55      Se de bien brief ilz ne supplient,

                Et leur faulx vouloir multiplient,

                Fondre les verrez comme glace.

                C’est trop joué de passe-passe.

                                  LE  .II.  SOT

                Qu’on rompe, qu’on brise, qu’on casse,

60      Qu’on frappe à tort et à travers !

                À bref, plus n’est requis qu’on face

                Le piteux30. Par Dieu ! je me lasse

                D’ouÿr tant de propos divers.

                                   LE  .III.  SOT

                Sotz estranges se31 sont couvers

65      Et doubléz32 durant la froidure,

                Pour cuyder estre recouvers ;

                Mais ilz ont esté descouvers

                Et ont eu sentence bien dure.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                Nostre Prince est saige.

                                  LE  .II.

                                                  Il endure.

                                  LE .III.

70      Aussy, il paye quant payer fault.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                À Boullongne la grasse33, injure

                Firent au Prince ; mais, j’en jure,

                Pugnis furent de leur deffault34.

                                  LE  .II.

                Tousjours ung trahistre35 à son sens fault ;

75      Ce sont les communs vireletz36.

                                  LE  .III.

                Aussi on fist sur l’eschaffault,

                Incontinent, fust froit ou chault,

                Pour tel cas, des rouges colletz37.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                Tant il y a de fins varletz38 !

                                  LE  .II.

80      Tout chascun à son prouffit tend.

                                  LE  .III.

                Espaignolz tendent leurs filletz39.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                Mais que font Angloys à Callais40 ?

                                  LE  .II.

                Le plus saige rien n’y entend.

                                  LE  .III.

                Le Prince des Sotz ne prétend

85      Que donner paix41 à ses suppôtz.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                Pource que l’Église entreprent

                Sur temporalité42 et prent,

                Nous ne povons avoir repos.

                                  LE  .II.

                Brief, il n’y a point de propos.

                                  LE  .III.

90      Plusieurs au Prince sont ingratz.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                En fin, perdront honneur et lotz43.

                                  LE  .II.

                Et ! doit point le Prince des Sotz

                Assister cy en ces jours gras ?

                                  LE  .III.

                N’ayez peur, il n’y fauldra pas44.

95      Mais appeller fault le grant cours45

                Tous les seigneurs et les prélatz

                Pour délibérer de son cas,

                Car il veult tenir ses Grans Jours46.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                On luy a joué de fins tours.

                                  LE  .II.

100     Il en a bien la congnoissance ;

                Mais il est sy humain tousjours !

                Quant on a devers luy recours,

                 Jamais il n(e) use de vengeance.

                                  LE  .III.

                Suppostz du Prince, en ordonnance47 !

105     Pas n’est saison de sommeiller.

.

                        LE SEIGNEUR DU PONT-ALLETZ48    SCÈNE II

                Il ne me fault point resveiller49 :

                Je fais le guet de toutes pars

                Sur Espaignolz et sur Lombars,

                Qui ont mys leurs timbres50 folletz.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

110     En bas51, seigneur du Pont-Alletz !

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PONT-ALLEZ

                Garde me donne des Al(le)mans52 ;

                Je voy ce que font les Flamens,

                Et les Angloys dedans Calletz.

                                  LE  .II.

                En bas, seigneur du Pont-Alletz !

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PONT-ALLETZ

115     S(e) on fait au Prince quelque tort,

                Je luy en feray le rapport.

                L’ung suis de ses vrays Sotteletz.

                                  LE  .III.53

                En bas, seigneur du Pont-Alletz !

                Abrège-toy54 tost et te hastes !

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PONT-ALLETZ

120     J(e) y voys55, j(e) y voys.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                                                       Prince de Nates !

.

                            LE  PRINCE  DE  NATES      SCÈNE  III

                Qu’ella56, qu’ella ?

                                  LE  .II.

                                                Seigneur de Joye !

 

                        LE  SEIGNEUR  DE  JOYE      SCÈNE  IV

                Me vécy, auprès de la proye

                Passant temps au soir et matin,

                Tousjours avec le fémynin :

125     Vous sçavez que c’est mon usage.

                                  LE  .III.

                Cela vient d(e) honneste courage.

                                  LE  [SEIGNEUR  DE  JOYE]57

                Mainte belle dame58 matée

                J’ay souvent, en chambre natée59,

                Sans luy demander : « Que fais-tu60 ? »

                                  LE  PREMIER  [SOT]

130     Vélà bien congné le « festu61 » !

                                  LE  SEIGNEUR  DE  JOYE

                Nopces, convis, festes, bancquetz,

                Beau babil et joyeulx caquetz

                Fais aux dames, je m’y employe.

                                  LE  .II.

                C’est trèsbien fait, seigneur de Joye.

                                  LE  SEIGNEUR  DE  JOYE

135     Fy de desplaisir, de tristesse !

                 Je ne demande que lyesse.

                Tousjours suis plaisant, où que soye.

                                  LE  .III.

                Venez àcoup, seigneur de Joye !

                Prince de Nates, tost en place !

                                  LE  PRINCE  DE  NATES

140     Je m’y en voys en peu d’espace,

                Car j’entens que le Prince y vient.

                                  LE  SEIGNEUR  DE  JOYE

                Joyeuseté faire convient,

                En ces jours gras : c’est l’ordinaire.

 

                        LE  GÉNÉRAL  D’ENFANCE      SCÈNE  V

                Quoy ! voulez-vous voz esbatz faire

145     Sans moy ? Je suis de l’aliance.

                                 LE  PREMIER  [SOT]

                Approchez, Général d’Enfance ;

                Appaisé serez d’ung hochet.

                                  LE  GÉNÉRAL  [D’ENFANCE]

                Hon hon ! Men-men62, pa-pa, tétet !

                Du lo-lo63 ! Au cheval fondu64 !

                                  LE  .II.

150     Par Dieu ! vélà bien respondu

                En enfant.

                                  LE  .III.

                                  Descendez tost, tost65 :

                Vous aurez ung morceau de rost,

                Ou une belle pomme cuyte.

                Le Prince, devant qu’il anuyte66,

155     Se rendra icy, Général.

                                  LE  GÉNÉRAL  [D’ENFANCE]

                Je m’y en voys. Çà, mon cheval67,

                Mon moulinet68, ma hallebarde !

                Il n’est pas saison que je tarde ;

                J(e) y voys sans houzeaulx et sans bottes.

 

                        LE SEIGNEUR DU PLAT [D’ARGENT]     SCÈNE VI

160     Honneur par tout69 ! Dieu gard mes hostes !

                En vécy belle compagnie.

                 Je croy, par la vierge Marie,

                 Que j’en ay plusieurs hébergéz.

                                 LE  PREMIER  [SOT]

                Entre vous qui estes logéz

165     Au Plat d’argent70, faictes hommage

                À vostre hoste : il a en71 usaige

                De loger tous les souffreteux72.

                                 LE  SEIGNEUR  DU  PLAT  [D’ARGENT]

                Pipeux73, joueux et hazardeux,

                Et gens qui ne veullent rien faire

170     Tiennent avec moy ordinaire74.

                Et Dieu scet comme je les traicte :

                L’ung au lict, l’autre à la couchette75.

                Il y en vient ung si grant tas

                Aucunesfois76, n’en doubtez pas,

175     Par Dieu, que ne les sçay où mettre !

                                 LE  .II.

                Descendez, car il vous fault estre

                Au Conseil du Prince.

                                 LE  SEIGNEUR  DU  PLAT  [D’ARGENT]

                                                   Fiat77 !

                Puisqu’il veult tenir son Estat,

                J(e) y assisteray voulentiers.

 

                       LE SEIGNEUR DE LA LUNE     SCÈNE VII

180     J(e) y doy estre tout des premiers,

                Quelque chose qu’on en babille78.

                S’on fait quelque chose subtille79,

                Je congnois bien s(e) elle répugne.

                                 LE  .III.

                Mignons qui tenez de la Lune80,

185     Faictes-luy hardiment honneur !

                C’est vostre naturel seigneur :

                Pour luy, devez tenir la main81.

                                 LE  SEIGNEUR  DE  LA  LUNE

                Je suis hâtif82, je suis souldain,

                Inconstant, prompt et variable,

190     Liger d’esp(e)rit et fort muable83.

                Plusieurs ne le treuvent pas bon.

                                 LE  PREMIER  [SOT]

                Quant la Lune est dessus Bourbon84,

                S’il y a quelq’un en dangier,

                C’est assez pour le vendengier85.

195     Entendez-vous pas bien le terme ?

                                 LE  SEIGNEUR  DE  LA  LUNE

                L’ung [j’]enclos, l’autre je defferme86.

                Se fais ennuyt appoinctement87,

                Je le rompray souldainement

                Devant qu’il soit trois jours passéz.

                                LE  .II.

200     Seigneur de la Lune, pensez

                Que nous congnoissons vostre cas.

                       LE  SEIGNEUR  DE  LA  LUNE.   Il descend.

                Le Prince des Sotz ses Estatz

                Veult tenir ? Je m’y en voys rendre.

 

                       L’ABBÉ  DE  FRÉVAULX      SCÈNE  VIII

                Comment ! Voulez-vous entreprendre

205     À faire sans moy cas nouveaulx ?

                Ha ! po[u]r Dieu !

                                 LE  .III.

                                              Abbé de Frévaulx,

                Je vous prie qu(e) âme ne se cource88.

 

                       L’ABBÉ DE PLATE BOURCE     SCÈNE IX

                Ha, ha !

                                 LE  PREMIER  [SOT]

                              Abbé de Plate Bource,

                Abrégez-vous, vers nous venez.

                                 L’ABBÉ  DE  PLATE  BOURCE

210     Je viens d(e) enluminer mon nez

                Non pas de ces vins vers89 nouveaulx.

                                 LE  .II.

                Çà, çà, Plate Bource et Frévaulx,

                Venez avec la seigneurie ;

                Car je croy, par saincte Marie,

215     Qu’il y aura compaignie grosse.

                                  L’ABBÉ  DE  FRÉVAULX

                Je m’y en voys avec ma crosse,

                Et porteray ma chappe exquise90,

                Aussi chaulde que vent de bise91.

                Pour moy vous ne demourerez92.

                                  L’ABBÉ  DE  PLATE  BOURCE

220     Plate Bource et Frévaulx aurez

                Tout maintenant, n’ayez soucy.

                                  LE  .III.

                Plat d’argent !

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PLAT  [D’ARGENT]

                                       Hollà ! Me vécy

                Bien empesché, n’en doubtez point,

                Car je metz le logis à point

225     De ces seigneurs et ces prélatz ;

                Tout en est tantost, hault et bas,

                Quasi plain.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                                    Le Prince des Sotz

                A voulu et veult ses suppostz

                Traicter ainsi qu’il appartient.

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PLAT  [D’ARGENT]

230     Mot93, mot, le vécy ! Où il vient,

                Prenez bon courage94, mes hostes.

 

                        LE  PRINCE  DES  SOTZ95    SCÈNE  X

                Honneur ! Dieu gard les Sotz et Sottes !

                Bénédicité, que j’en voy96 !

                                  LE  SEIGNEUR  DE  GAYECTÉ

                Ilz sont par troppeaulx et par bottes.

                                  LE  PRINCE  DES  SOTZ

235     Honneur ! Dieu gard les Sotz et Sottes !

                                  LE  SEIGNEUR  DE  GAYECTÉ

                Arrière, bigotz et bigottes !

                Nous n’en voulons point, par ma foy !

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Honneur ! Dieu gard les Sotz et Sottes !

                Bénédicité, que j’en voy !

240      J’ay tousjours Gay(ec)té97 avec moy

                Comme mon cher filz trèsaymé.

                                  [LE  SEIGNEUR  DE]  GAYECTÉ

                Prince par-sus tous estimé :

                Non obstant que vous soyez vieulx98,

                Tousjours estes gay et joyeulx,

245     En despit de voz ennemys.

                Et croy que Dieu vous a transmys99

                Pour pugnir meffaitz exécrables.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                 J’ay veu des choses merveillables,

                En mon temps.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                                    Trèsredoubté Prince,

250     Qui entretenez la province

                Des Sotz en paix et en silence,

                Voz suppostz vous font révérence,

                [Délibéréz de vous complaire.

                                  LE  .II. ]100

                Et, à qui qu’en vueille desplaire101,

255     Au jour d’huy diront motz nouveaulx102.

                                  LE  .III.

                Voz princes, seigneurs et vassaulx

                Ont fait une grande assemblée.

                Pourveu qu’elle ne soit troublée,

                À les veoir vous prendrez soullaz103.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

260     Voz prélatz ne sont point ingratz.

                Quelque chose qu’on en babille,

                Ilz ont fait durant les jours gras

                Bancquetz, bignetz et telz fatras104

                Aux mignonnes de ceste ville.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]105

265     Où est l’abbé de La Courtille106 ?

                Qu’il vienne, sur peine d’amende !

                                  [LE  SEIGNEUR  DE]  GAYECTÉ

                Je cuyde qu’il est au Concille107.

                                  LE  .II.

                Peult-estre, car il est habille

                Respondre à ce qu’on luy demande.

                                  L’ABBÉ  DE  PLATE  BOURCE

270     Je vueil bien que chascun entende

                (Et qui vouldra courcer108 s’en cource)

                Que tiens La Courtille en commande109.

                                  LE  .III.

                Le corps bieu ! c’est autre vïande110.

                                  L’ABBÉ  DE  PLATE  BOURCE

                Au moins, les deniers en enbource…

275     Je suis abbé de Plate Bource

                Et de La Courtille.

                                 LE  PREMIER  [SOT]

                                              Nota111 !

 

                        L’ABBÉ DE [LA  COURTILLE]112   SCÈNE XI

                Je courus plus tost que la cource,

                En poste113.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                                   Raison pourquoy ?

                                  L’ABBÉ  DE  [LA  COURTILLE]

                                                                   Pource :

                Tel n’est mort, qui ressucita114.

                                  [LE  SEIGNEUR  DE]  GAYECTÉ

280     Et où est Frévaulx ?

                                  L’ABBÉ  DE  FRÉVAULX

                                               Me vellà !

                Par-devant vous vueil comparestre.

                J’ay despendu115, notez cela,

                Et mengé par-cy et par-là

                Tout le revenu de mon cloistre.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

285     Voz moynes ?

                                  L’ABBÉ  [DE  FRÉVAULX]

                                         Et ! ilz doivent estre

                Par les champs pour se pourchasser116.

                Bien souvent, quant cuident repaistre,

                Ilz ne sçayvent les dens où mettre,

                Et sans soupper s’en vont coucher.

                                  [LE  SEIGNEUR  DE]  GAYECTÉ

290     Et Sainct-Liger117, nostre amy cher,

                Veult-il laisser ses prélatz dignes ?

                                  LE  .II.

                Quelque part va le temps passer,

                Car mieulx se congnoist à chasser

                Qu’il ne fait à dire matines118.

                                  LE  .III.

295     Voz prélatz font ung tas de mynes119

                Ainsi que moynes régulliers ;

                Mais souvent, dessoubz les courtines120,

                Ont créatures fémynines

                En lieu d’heures121 et de psaultiers

                                   LE  PREMIER  [SOT]

300     Tant de prélatz irréguliers !

                                  LE  .II.

                Mais tant de moynes apostatz !

                                  LE  .III.

                L’Église a de maulvais pilliers.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                Il y a ung grant tas d’asniers

                Qui ont bénéfices à tas.

 

                        LA SOTTE COMMUNE122     SCÈNE XII

305      Par Dieu, je ne m’en tairay pas !

                Je voy que chascun se desrune123.

                On descrye124 florins et ducatz ?

                J’en parleray, cela répugne.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Qui parle ?

                                  [LE  SEIGNEUR  DE]  GAYECTÉ

                                  La Sotte Commune.

                                 LA  SOTTE  COMMUNE

310     Et qu(e) ay-je à faire de la guerre,

                Ne qu(e) à la chaire de sainct Pierre

                Soit assis ung fol ou ung saige ?

                Que m’en chault-il se l’Église erre,

                Mais125 que paix soit en ceste terre ?

315      Jamais il ne vint bien126 d’oultraige.

                Je suis asseur127 en mon village ;

                Quant je vueil, je souppe et desj(e)une.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Qui parle ?

                                  LE  PREMIER  SOT

                                  La Sotte Commune.

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Tant d’allées et tant de venues,

320     Tant d’entreprises incongnues,

                Appoinctemens128 rompuz, casséz,

                Traysons secrettes [ou congnues]129 ;

                Mourir de fièvres continues130,

                Bruvaiges et boucons131 brasséz,

325     Blancz-scelléz132 en secret passéz ;

                Faire feux et puis veoir rancune133.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Qui parle ?

                                  [LE  .III.]134

                                 La Sotte Commune.

                                  LA  SOTTE  COMMUNE

                Regardez-moy bien : hardiment,

                Je parle sans sçavoir comment,

330     À cella suis acoustumée.

                Mais à parler réalement,

                Ainsy qu’on dit communément,

                Jamais ne fut feu sans Fumée135 ;

                Aucuns ont la guerre enflamée

335     Qui doivent redoubter Fortune136.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Qui parle ?

                                  LA  SOTTE  COMMUNE

                                   La Sotte Commune !

                                  LE  PREMIER  SOT

                La Sotte Commune, aprochez !

                                  LE  SECOND  SOT

                Qu’i a-il ? Qu’esse que cherchez ?

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Par mon âme, je n’en sçay rien.

340     Je voy les plus grans empeschéz,

                Et les autres se sont cachéz.

                Dieu vueille que tout vienne à bien !

                Chascun n’a pas ce qui est sien ;

                D’affaires d’aultruy on se mesle.

                                  LE  .III.

345     Tousjours la Commune grumelle137.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                Commune, de quoy parles-tu ?

                                  LE  .II.

                Le Prince est remply de vertu.

                                  LE  .III.

                Tu n’as ne guerre, ne bataille.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                L’orgueil des sotz a abatu.

                                  LE  .II.

350     Il a selon droit combatu.

                                  LE  .III.

                Mesmement, a mys au bas taille138.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                Te vient-on rober ta poulaille139 ?

                                  LE  .II.

                Tu es en paix en ta maison.

                                  LE  .III.

                 Justice140 te preste l’oreille.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

355     Tu as des biens tant que merveille,

                Dont tu peux faire garnison141.

                                  LE  .II.

                Je ne sçay pour quelle achoison142

                À grumeller on te conseille.

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE  chante

                Faulte d’argent, c’est douleur non pareille143.

                                  LE .II.

360     La Commune grumèlera

                Sans cesser, et se meslera

                De parler à tort, à travers.

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Ennuyt144, la chose me plaira,

                Et demain il m’en desplaira :

365     J’ay propos muables, divers.

                Les ungz regardent de travers

                Le Prince : je les voy venir.

                Par quoy fault avoir yeulx ouvers,

                Car scismes145 orribles, pervers,

370     Vous verrez de brief advenir.

                                  [LE  SEIGNEUR  DE]  GAYECTÉ

                La Commune ne sçait tenir

                Sa langue.

                                  LE  .III.

                                 N’y prenez point garde :

                À ce qu’elle dit ne regarde146.

 

                   La Mère Sotte, habillée par-dessoubz en Mère Sotte,

                   et par-dessus son habit, ainsi comme l’Église.

                                 LA  MÈRE  SOTTE147    SCÈNE  XIII

                Sy le dyable y devoit courir

375      (Et deussay-je de mort mourir

                Ainsi qu(e) Abiron et Datan148,

                Ou dampné149 avecques Sathan),

                Je feray chascun acourir

                Après moy, et me requérir

380     Pardon et mercy à ma guise.

                Le temporel150 vueil acquérir,

                Et faire mon renom florir.

                Ha ! brief, vélà mon entreprise.

                Je me dis « Mère Saincte-Église ».

385     Je vueil bien que chascun le note.

                Je maulditz, anatématise151.

                Mais soubz l’habit, pour ma devise152,

                Porte l’habit de Mère Sotte.

                Bien sçay qu’on dit que je radotte

390     Et que suis fol en ma viellesse153 ;

                Mais gouverner154 vueil à ma poste

                Mon filz155 le Prince, en telle sorte

                Qu’il diminue sa noblesse.

                Sotte Fiance156 !

                                  SOTTE  FIANCE

                                            La haultesse

395      De vostre regnom florira.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Il ne fault pas que je délaisse

                L’entreprise ains que je [suc]cesse157.

                Cent foys l’heure on en mauldira158.

                                 SOTTE  OCCASION159

                Qui esse qui contredira

400     Vostre saincte discrétion ?

                Tout aussi tost qu’on me verra

                Avec vous, on vous aydera

                À faire vostre intencion.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Çà, çà, ma Sotte Occasion,

405     Sans vous ne puis faire mon cas.

                                   SOTTE  OCCASION

                Pour toute résolution,

                Je trouveray invention

                De mutiner princes, prélatz.

                                  SOTTE  FIANCE

                Je promettray escus, ducatz,

410     Mais qu’ilz soyent de vostre aliance.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Vous dictes bien, Sotte Fiance.

                                  SOTTE  FIANCE

                On dit que n’avez point de honte

                De rompre vostre foy promise160.

                                  SOTTE  OCCASION

                Ingratitude vous surmonte ;

415     De promesse ne tenez compte

                Non plus que bourciers de Venise161.

                                  MÈRE  SOTTE

                Mon médecin juif prophétise

                Que soye perverse, et que bon est.

                                  SOTTE  FIANCE

                Et qui est-il ?

                                  MÈRE  SOTTE

                                      Maistre Bonnet162.

                                  SOTTE  OCCASION

420     Nostre Mère, il est deffendu,

                En droit, par Juif se gouverner163.

                                  SOTTE  FIANCE

                Ainsi comme j’ay entendu,

                Tout sera congnu en temps deu164.

                Il y a bien à discerner.

                                  MÈRE  SOTTE

425     Doit autre que moy dominer ?

                                  SOTTE  FIANCE

                On dit qu(e) errez contre la loy165.

                                  MÈRE  SOTTE

                J’ay Occasion quant et moy166.

                                  SOTTE  OCCASION167

                Voulentiers je vous serviray,

                Sans qu’il en soit plus répliqué.

                                  MÈRE  SOTTE

430     Aussy tost que je cesseray

                D’estre perverse, je mourray :

                Il est ainsi pronosticqué168.

                                  SOTTE  FIANCE

                Vous avez trèsbien allégué,

                Ne le mectray en oubliance.

                                  LA  MÈRE  [SOTTE]

435      J’ay avec moy Sotte Fiance.

                                  SOTTE  OCCASION

                Qu’est la Bonne Foy devenue,

                Vostre vraye Sotte principalle ?

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Par moy n’est plus entretenue,

                El est maintenant incongnue ;

440     Au temps présent, on la ravalle.

                                 SOTTE  FIANCE

                Sy l’ay-je veu[e], juste et loyalle,

                Autreffois jouer en ce lieu169.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                La Bonne Foy ? C’est le viel jeu.

                                 [SOTTE]  OCCASION

                Vostre filz, le Prince des Sotz,

445     De bon cueur vous honnore et prise.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Je vueil qu’on die à tous propos

                (Affin qu(e) acquière bruyt et lotz170)

                Que je suis Mère Saincte-Église.

                Suis-je pas en la chaire171 assise ?

450     Nuyt et jour, y repose et dors.

                                  SOTTE  FIANCE

                Gardez d’en estre mise hors.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Que mes prélatz viennent icy !

                Amenez-moy les principaulx.

                                  [SOTTE]  OCCASION

                Ilz sont tous prestz (n’ayez soulcy)

455      Et délibéréz, Dieu mercy,

                Vous servir comme voz vassaulx.

                                  SOTTE  FIANCE

                Croulecu172, Sainct-Liger, Frévaulx !

                Çà, La Courtille et Plate Bource !

                Venez tost icy à grant cource !

 

                        L’ABBÉ DE PLATE BOURCE    SCÈNE XIV

460     Nostre Mère ?

                                  [L’ABBÉ  DE]  FRÉVAULX

                                         Nostre asottée ?

                                   CROULECU

                Nostre suport ?

               [L’ABBÉ DE LA COURTILLE]

                Nostre soullas ?

                                  [L’ABBÉ  DE]  PLATE  BOURCE

                Par Dieu ! vous serez confortée,

                Et de nuyt et jour, supportée173

                Par voz vrays suppostz les prélatz.

                                  MÈRE  SOTTE

465     Or je vous diray tout le cas.

                Mon filz la temporalité

                Entretient, je n’en doubte pas ;

                Mais je vueil, par fas ou nephas174,

                Avoir sur luy l’auctorité.

470     De l’espiritualité

                Je jouys ; ainsy qu’il me semble,

                Tous les deux vueil mesler ensemble.

                                  SOTTE  FIANCE

                Les princes y contrediront.

                                   SOTTE  OCCASION

                Jamais ilz ne consentiront

475     Que gouvernez le temporel.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Vueillent ou non, ilz le feront,

                Ou grande guerre à moy auront

                Tant, qu’on ne vit onc débat tel.

                                  [L’ABBÉ  DE]  PLATE  BOURCE

                Mais gardons l’espirituel ;

480     Du temporel ne nous meslons.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Du temporel jouyr voullons.

                                  SOTTE  FIANCE

                La Mère Sotte vous fera

                Des biens, entendez la substance.

                                  [L’ABBÉ  DE]  FRÉVAUX

                Comment ?

                                  SOTTE  FIANCE

                                  El vous dispencera175

485     De faire ce qu’il vous plaira,

                Mais que tenez son aliance.

                                  CROULECU

                Qui le dit ?

                                  SOTTE  OCCASION

                                  C’est Sotte Fiance.

                 Je suis de son oppinion.

                Gouvernez-vous à ma plaisance ;

490     Contente suis mener la dance,

                Je, qui suis Sotte Occasion176.

                                  MÈRE  SOTTE

                Il sera de nous mencion

                À jamais, mes suppôtz féaulx177.

                Se faictes mon intencion,

495     Vous aurez, en conclusion,

                Largement de rouges chappeaulx178.

                                  [L’ABBÉ  DE]  PLATE  BOURCE

                Je ne me congnois aux assaulx179.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Frappez de crosses et de croix180 !

                                  L’ABBÉ  DE  PLATE  BOURCE

                Qu’en dis-tu, abbé de Frévaulx ?

                                  L’ABBÉ  DE  FRÉVAULX

500     Nous serons trèstous cardinaulx,

                Je l’entens bien, à ceste fois.

                                  CROULECU

                On y donne des coups de fouetz181,

                Et j(e) enrage182 quant on m(e) oppresse.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Mes suppôtz et amys parfaitz,

505     Je sçay et congnois que183 je fais ;

                D’en plus deviser, c’est simplesse.

                Je voys par-devers la noblesse

                Des princes.

                                  L’ABBÉ  DE  PLATE  BOURCE

                                     Allez, nostre Mère.

               Parachevez vostre mistère184.

 

                                  MÈRE  SOTTE     SCÈNE  XV

510     Princes et seigneurs renomméz,

                En toutes provinces claméz :

                Vers vous viens pour aucune cause185.

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PONT-ALLETZ

                Nostre Mère, dictes la clause.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

                Soustenir vueil en conséquence186

515     Que doy avoir prééminence

                Par-dessus le Prince des Sotz.

                Mes vrays enfans et mes dorlotz187,

                Alliez-vous avecques moy.

                                  LE  SEIGNEUR  DE  JOYE

                J’ay au Prince promis ma foy ;

520     Servir le vueil, il est ainsi.

                                   LE  SEIGNEUR  DU  PLAT  [D’ARGENT]

                Je suis son subgect.

                                   LE  PRINCE  DE  NATES

                                           Moy aussi.

                                   LE  GÉNÉRAL  D’ENFANCE

                Je seray de son aliance.

                                   LE  SEIGNEUR  DE  LA  LUNE

                Nostre Mère, j’ay espérance

                Vous aider, s’il vous semble bon.

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PONT-ALLETZ

525     Vellà la Lune, sans doubtance,

                Qui est variable, en substance,

                Comme le pourpoint Jehan Gippon188 !

                                  LA  MÈRE  SOTE

                Serez-vous des miens ?

                                  LE  SEIGNEUR  DE  JOYE

                                               Nenny non !

                Nous tiendrons nostre foy promise.

                                  LA  MÈRE  SOTTE

530     Je suis la Mère Saincte-Église !

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PLAT  [D’ARGENT]

                Vous ferez ce qu’il vous plaira ;

                Mais nul de nous ne se faindra

                Sa foy : je le dis franc et nect.

                                  LE  PRINCE  DE  NATES

                Le Prince nous gouvernera.

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PONT-ALLÈS

535     De fait on luy obéira ;

                Son bon vouloir chacun congnoist.

                                  LE  GÉNÉRAL  [D’ENFANCE]

                Je porteray mon moulinet,

                S’il convient que nous bataillons,

                Pour combatre les papillons189.

                                  SOTTE  FIANCE

540     La Mère vous fera des biens,

                Si vous voullez estre des siens ;

                Par elle, aurez de grans gardons190.

                                  LE  SEIGNEUR  DE  JOYE

                Comment ?

                                  SOTTE  FIANCE

                                   El trouvera moyens

                Vous deslyer de tous lyens,

545     Et vous assouldra par pardons.

                                  LE  SEIGNEUR  DE  LA  LUNE

                Elle nous promet de beaulx dons,

                Se voullons faire à sa plaisance.

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PLAT  [D’ARGENT]

                Voire, mais c’est folle fiance191.

                                  SOTTE  OCCASION

                Nostre Mère, pour bien entendre,

550     Doit sur tous les Sotz entreprendre192 ;

                Vélà où il fault regarder.

                Se le Prince ne luy veult rendre

                Tout en sa main, on peult comprendre

                Qu’el vouldra oultre procéder ;

555     Et, qui193 n’y vouldra concéder,

                On congnoistra l’abusion.

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PONT-ALLETZ

                Vélà pas Sotte Occasion ?

                                  LE  SEIGNEUR  DE  JOYE

                Qu’en dis-tu ?

                                  LE  SEIGNEUR  [DU  PONT-ALLETZ]

                                          Je tiendray ma foy.

                                  LE  GÉNÉRAL  [D’ENFANCE]

                En effect, sy feray-je moy.

                                  LE  PRINCE  DE  NATES

560     Au Prince je ne fauldray point194.

                                  [LE  SEIGNEUR  DE]  LA  LUNE

                En effect, à ce que je voy,

                Ma Mère, obéyr je vous doy.

                Servir vous vueil de point en point.

                                  LA  MÈRE  [SOTTE]

                Je voys mettre mon cas à point,

565      Je le vous prometz et afferme195 !

 

                  LE SEIGNEUR DU PLAT [D’ARGENT]    SCÈNE XVI

                Et dea ! quelle mousche la point ?

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PONT-ALLETZ

                Je n’entens pas ce contrepoint :

                Nostre Mère devient gendarme196 ?

 

                                  LA  MÈRE  SOTTE      SCÈNE  XVII

                Prélatz, debout ! Alarme, alarme !

570     Habandonnez église, autel !

                Chascun de vous se treuve ferme !

                                  L’ABBÉ  DE  FRÉVAULX

                Et ! vécy ung terrible terme.

                                  L’ABBÉ  DE  PLATE  BOURCE

                Jamais on ne vit ung cas tel.

                                  CROULECU

                En cela n’y a point d’appel,

575     Puisque c’est vostre oppinion.

                                  SOTTE  OCCASION

                El veult que l’espirituel

                Face la guerre au temporel.

                                  [LA  MÈRE  SOTTE]

                Et par vous, Sotte Occasion.

 

                        LE  PREMIER  SOT197    SCÈNE  XVIII

               Il y a combinacion198

580     Bien terrible dessus les champs.

                                  LE  .II.  SOT

                L’Église prent discention

                Aux seigneurs.

                                  LE  .III.  [SOT]

                                          La division

                Fera chanter de piteux chans.

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Bourgeois, laboureurs et marchans

585     Ont eu bien terrible fortune.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Que veulx-tu dire, la Commune ?

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Affin que le vray en devise,

                Les marchans et gens de mestier

                N’ont plus rien : tout va à l’Église.

590     Tous les jours, mon bien amenuyse.

                Point n’eusse de cela mestier199 !

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                S(e) aucuns vont « oblique sentier200 »,

                Le Prince ne le fait pas faire.

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Non, non, il est de bon affaire.

                                  LE  .II.

595     Tu parles d’ung tas de fatras

                Dont n’es requise ne priée.

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Mon oye avoit deux doigs de gras,

                Que cuydoye201 vendre, en ces jours gras ;

                Mais par Dieu, on l’a descryée202.

                                  LE  .III.

600     Et puis ?

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                                 Je m’en treuve oultragée,

                Mais je n’en ose dire mot.

                Non obstant qu’el soit vendengée203,

                Je croy qu’el ne sera mangée

                Sans qu’on boyve de ce vinot204

                                  LE  PREMIER  SOT

605     Tu dis tousjours quelque mot sot.

                                  LE  .II.205

                El a assez acoustumé.

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Je dis tout, ne m’en chault s(e) on m’ot206.

                En fin, je paye tousjours l’escot.

                J’en ay le cerveau tout fumé207.

610     Le dyable y ait part au coq208 plumé !

                Mon oye en a perdu son bruyt209.

                Le feu si chault a allumé.

                Après qu(e) a le pot210 escumé,

                Il en eust la sueur211 de nuyt.

615     Le merle212 chanta ; c’estoit bruyt

                Que de l’ouÿr en ce repaire213.

                Bon œil214 avoit pour saufconduyt.

                Quant ilz eurent fait leur déduyt,

                Ilz le firent signer au père215.

                                  LE  .III.

620     Nous entendons bien ce mistère…

                Je vous prie, parlons d’aultre cas,

                Le Prince n’y contredit pas216.

 

                                  LA  MÈRE  SOTTE217    SCÈNE  XIX

                Que l’assault aux princes on donne,

                Car je vueil bruit et gloire acquerre,

625     Et y estre en propre personne218 !

                Abrégez-vous, sans plus enquerre219 !

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PONT-ALLETZ

                L’Église nous veult faire guerre ?

                Soubz umbre220 de paix nous surprendre ?

                                  LE  SEIGNEUR  DU  PLAT  [D’ARGENT]

                Il est permys de nous deffendre

630      – Le Droit le dit221 –, s(e) on nous assault.

                                 LA  MÈRE  SOTTE

                À l’assault, prélatz, à l’assault222 !

                                  Icy se fait une bataille de prélatz et princes.

 

                                  LE  PREMIER  SOT223    SCÈNE  XX

                L’Église voz suppostz tourmente

                Bien asprement, je vous prometz,

                Par une fureur véhémente.

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

635     En effect, point ne m’en contente ;

                J’en ay de divers entremetz224.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                À ce qu’elle veult me submetz.

                                  LE  .II.225

                Vous faire guerre veult prétendre.

                […………………….. -metz.]

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Je ne luy demande que paix.

                                  [LE  SEIGNEUR  DE]  GAYECTÉ

640     À faire paix ne veult entendre.

                                  LE  .III.

               Prince, vous vous povez deffendre

                Justement, canoniquement.

                                 LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Je ne puis pas cecy comprendre

                Que la Mère son enfant tendre

645     Traicte ainsi rigoureusement.

                                 LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Esse l’Église proprement ?

                                 LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Je ne sçay, mais elle radotte.

                                 LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Pour en parler réallement,

                D’Église porte vestement,

650     Je vueil bien que chascun le notte.

                                  LE  .II.226

                Gouverner vous veult à sa poste.

                                  LE  .III.

                El ne va point la « droicte voye227 ».

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                Peult-estre que c’est Mère Sotte

                Qui d’Église a vestu la cotte,

655     Parquoy il fault qu’on y pourvoye.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Je vous supplye que je la voye.

                                  [LE  SEIGNEUR  DE]  GAYECTÉ228

                C’est Mère Sotte, par ma foy !!

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                L’Église point ne se forvoye ;

                Jamais, jamais ne se desvoye.

660      El est vertueuse de soy.

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                En effect, à ce que je voy,

                C’est une maulvaise entreprise.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Conseillez-moy que faire doy.

                                  LE  .II.

                Mère Sotte, selon la loy229,

665     Sera hors de sa chaire230 mise.

                                  LE  PRINCE  [DES  SOTZ]

                Je ne vueil point nuyre à l’Église.

                                  LE  .III.

                Sy ne ferez-vous, en effect.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                La Mère Sotte vous desprise ;

                Plus ne sera en chaire assise,

670     Pour le maulvais tour qu’el a fait.

                                  LE  .II.

               On voit que de force et de fait,

               Son propre filz quasy regnie.

                                  LE  .III.

                Pugnir la fault de son forfait ;

                Car elle fut posée, de fait,

675      En sa chaire par symonie231.

                                  LE  PREMIER  SOT

                Trop a fait de mutinerie

                Entre les princes et prélatz.

                                  LA  [SOTTE]  COMMUNE

                Et j’en suis, par saincte Marie,

                Tant plaine de mélencolie

680     Que n’ay plus escuz ne ducas.

                                  LE  .II.

                Tays-toy, Commune, parle bas !

                                 LA  [SOTTE]  COMMUNE

                D’où vient ceste division ?

                                  LE  .III.

                Cause n’a faire232 telz débatz.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

               À mal faire [el] prent ses esbatz.

                                  LE  .II.

685     Voire, par Sotte Occasion.

                                  LE  .III.

                S’elle promet, c’est fixion233,

                N’en faictes aucune ygnorance.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                Avec elle est Sotte Fiance.

                                  LE  .II.

                Concluons : ainsi qu’on devise !

                                  LA  SOTTE  COMMUNE

690     Affin que chascun le cas notte,

                Ce n’est pas Mère Saincte-Église

                Qui nous fait guerre : sans fainctise,

                Ce n’est que nostre Mère Sotte.

                                  LE  .III.

                Nous congnoissons qu’elle radotte

695     D’avoir aux Sotz discention.

                                  LE  PREMIER  [SOT]

                El treuve Sotte Occasion

                Qui la conduit à sa plaisance.

                                  LE  .II.

                Concluons !

                                  LE  .III.

                                     C’est sotte fiance.

                                                 FINIS

*

1 Le bois gravé de l’édition princeps nous montre Gringore dans ce costume, entre deux Sots. Gringore avait déjà épinglé l’homosexualité du pape dans la Chasse du Cerf des cerfz : « Aucuneffois, ung grant cerf de regnom/ A avec soy ung serf –son compaignon/ Ou escuyer soubz les boys et ramées ;/ Mais iceluy qui “Serf des serfz” a nom/ En a plusieurs, car vueillent-ilz ou non,/ Il muse et pense choses désordonnées. » Dans l’Homme obstiné, Gringore lui enjoint de renoncer à la « luxure sodomite ». Dans notre sottie, Sa Sainteté parle d’elle au féminin. Entre 1458 et 1559, onze papes sur quatorze furent bisexuels ; les trois autres moururent trop vite pour qu’on puisse être sûr de leurs mœurs. Voir la Vie sexuelle des papes, de Nigel Cawthorne (Evergreen, 1999).  2 Petit de Julleville, Répertoire du théâtre comique en France au Moyen Âge, p. 222.  3 Vieux style (l’année commençait le jour de Pâques). Nouveau style : 1512. La halle des Basses-Merceries, où eut lieu le spectacle, était une salle couverte dévolue au jeu de paume et aux représentations des Mystères.   4 Beaucoup de ces personnages sont traditionnels. Par exemple, le Général d’Enfance intervenait dans la sottie des Sotz qui remetent en point Bon Temps. Dans les Sotz joyeulx de la nouvelle bande (Montaiglon III), parmi d’autres loqueteux, on rencontre l’abbé de Frévaulx, le seigneur de Joye, le seigneur de Gayecté [Gaieté], l’abbé de Plate Bource, et le seigneur du Plat d’argent. Voir aussi le Privilège et l’auctorité d’avoir deux femmes : « Vous, messeigneurs les cardinaux du Pontalectz, le cardinal du Plat-d’Argent, le cardinal de la Lune, les évesques de Gayetté, de Joye et de Platebourse, les abbéz de Frévaulx, de Croullecul et de la Courtille, messeigneurs le Prince des Sots, le Prince de Nattes, le Général d’Enfance. » Dans un registre plus édifiant, citons le recueil des Noëlz nouveaux, faiz sobz le titre/ Du Plat d’argent (dont maint se course),/ Ung soir, au couvent et chapitre/ Des confrères de Plate Bource.  5 Crouler = secouer. Le regretté Jacques Heers notait dans Fêtes des fous et Carnavals (Fayard, 1984, p. 213) : « À Cambrai, la ville accordait de belles subventions à des compagnies gaies : à celles du prince des folz, du prince de la licorne, du maire de Crolecul et de l’abbé de joyeuse folie. »   6 Sur ce pléonasme, voir la note 201 de Mallepaye et Bâillevant.   7 Apprivoisés.  8 Étrangers et païens.   9 Vives.  10 Leur ration de sperme. « C’est le baston à un bout qui me pend entre les jambes. Elle ne me le sugsera poinct en vain : éternellement y sera le petit picotin ou mieulx. » Rabelais, Tiers Livre, 18.   11 On blâmait ces pèlerines de saint Trottet, ou de saint Trottin, qui passaient leur temps à courir les rues. Voir la note 80 de Tout-ménage.  12 Morceaux.  13 Des crachats.  14 Sots qui tiennent la chandelle. « Et ! garderai-ge les patins/ Longuement ? » Farce du Patinier, F 35.  15 Connin = lapin. Mais aussi : vulve.  16 ab : Admenez y  (Advenir = venir.)  17 Invite.   18 Vous mangez de la viande les jours maigres. Mais aussi : vous prenez du plaisir.   19 Qui retroussez votre robe pour faire l’amour.   20 Les nourrices et les chambrières étaient particulièrement dissolues, comme on peut en juger par la farce qui leur est consacrée.   21 En faisant l’amour. « Une belle femme/ Qui appétoit le “bas mestier”/ En faisant recorder sa game. » Repues franches.   22 Les signatures d’actes officiels prêtaient à la parodie. « Donné après-demain jeudy,/ Ung tantinet après midy,/ Au chasteau où n’y a que frire./ Ainsi signé, et chiens de fuire. » Les Nouveaulx Sotz de la joyeuse bende (Mont. I).  23 « Ledroit » est peut-être le nom de l’acteur, comme le sous-entend l’Histoire du théâtre françois, des frères Parfaict.  24 Il ne suffit plus.  25 Ne reconnaissent pas qu’il y a tromperie.  26 L’un fait bouillir la viande et l’autre la prépare en fricassée. Allusion à la tambouille politique de Rome et de Venise.  27 Endorment.  28 Prépare un breuvage empoisonné, dont le Vatican s’était fait une spécialité. Il en sera encore question au vers 324.   29 On comprend tout.  30 Qu’on fasse preuve de pitié.  31 ab : si  (Estranges = étrangers.)   32 Se sont garnis de doublure, se sont déguisés.  33 La ville italienne de Bologne était surnommée « la grasse » pour sa charcuterie, dont Grandgousier se méfiera pourtant par crainte du « boucon de Lombard » [du poison italien : v. note 131]. Isolé à Bologne, Jules II fit croire aux Français qu’il recherchait un accord ; mais il gagnait du temps pour que ses alliés puissent entrer dans la ville.  34 De leur manquement. Les Français punirent les Italiens en prenant Bologne. Ils fondirent la statue en bronze du pape pour en faire une couleuvrine baptisée « Giulia », ou « la Julienne ». Autre humiliation : Bologne était défendue contre les Français par un amant du pontife, le cardinal Francesco Alidosi ; ce dernier dut s’enfuir chez le pape, dont un des neveux le tua (24 mai 1511).  35 Prononcer « traï-tre », 2 syllabes.  36 Refrains.  37 On décapita des traîtres. Dans son édition du Jeu, Émile Picot cite les Chroniques de Jean d’Auton, pour qui le cardinal Alidosi, mort poignardé (voir ma note 34), avait eu « la teste tranchée ».  38 De sournois serviteurs.  39 Leurs filets. Ferdinand V le Catholique faisait partie de la coalition antifrançaise. Voir le vers 108 et la note 188.  40 Les Anglais ont occupé Calais de 1347 à 1558. Voir le vers 113.   41 Dans un précédent pamphlet, l’Espoir de paix, Gringore opposait le pacifisme du roi au bellicisme du pape : « Ledit pasteur assemble par oultrance/ Plusieurs Lombars contre le Roy, qui veult/ Mettre la paix en Christienté, s’il peult. » En fait, c’est la France de Charles VIII qui est allée chercher la bagarre en Italie, faisant voler en éclats le fragile équilibre mis en place par Louis XI.  42 S’approprie les affaires laïques.  43 Los, réputation.   44 Il n’y manquera pas. Effectivement, on dit que Louis XII assistait à cette représentation.   45 Au grand galop, en toute hâte.   46 « Ce sont des commissaires députéz par le Roi pour juger souverainement comme les Parlemens…. Tenir les grans jours en un tel lieu. » Richelet.  47 Les suppôts sont perchés sur les poutres des colombages qui soutiennent le toit de la halle. Ils en descendent quand on les appelle. Étant particulièrement nombreux, les personnages sont annoncés dans des refrains, pour inculquer leur nom au public.  48 Jehan de L’Espine, dit du Pont-Alais, ou Songe-creux : auteur de farces, et acteur, comme ici.  49 On n’a pas besoin de me réveiller : je ne suis pas endormi.  50 Leurs casques à panache.   51 Descendez de la charpente (note 47).  52 Dans les Folles entreprises et dans la Sotye des Croniqueurs, Gringore écrit « Almans ». Se donner garde de = se méfier de. L’empereur Maximilien Ier faisait partie de la Sainte Ligue opposée à la France.  53 ab : .II.  54 Dépêche-toi. Idem vers 209 et 626.   55 J’y vais : je descends.   56 a : Quelle —  b : Quella  (On peut comprendre « Qu’est là » [qui est là], ou « Qu’elle a » [qu’est-ce qu’elle a].) Ce personnage est très efféminé : « Le prince de Nates ; il semble à son langage et à sa parure qu’il arrive d’Italie, et qu’il en a pris les habitudes efféminées. » <Gérusez, Histoire de l’éloquence politique et religieuse en France, 1837.> En latin, nates = fesses : « Je lui donne mes vielles nattes. » <Villon, Testament, 766.>  57 ab : prince de nates  58 ab : damy  (Au vers 124, le fémynin désigne les dames, qu’on retrouve à 133.)  J’ai souvent maté [dominé] mainte belle dame.  59 Summum du confort. « Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,/ Lèz ung brasier, en chambre bien natée. » Villon, Test., 1473.  60 Sans lui demander son avis.  61 Votre pénis. « De son fétu, neuf pouces [24 cm] font l’aunage. » Piron.   62 Maman. « Se tu as papa ou memmen. » (Sottie des Menus propos.)  Tétet = sein : « Donnez-moy le tétet, maman ! » (Première Moralité jouée à Genève.)   63 Du lait !   64 C’est un des jeux de Gargantua (chap. 22).   65 Prononciation à la française de « descendet toto », qu’on trouve dans les Sophismata de Guillaume Heytesbury : Gringore, qui avait étudié la logique, devait connaître ce manuel. Les clercs prenaient un plaisir vengeur à déformer des citations latines qu’ils prononçaient à la française : Tabourot consacre un chapitre des Bigarrures à ces « équivoques latins-françois ».  66 Avant qu’il fasse nuit.   67 Mon cheval de bois.   68 Bâton au bout duquel pend une vessie de porc emplie de pois secs, que les enfants et les Sots font tourner pour produire du bruit.  69 La devise de Gringore, qui borde la gravure ci-dessus, était : RAISON PAR TOUT !  70 À la belle étoile (le plat d’argent, c’est la lune). « Il est logé au Plat d’argent/ (Où se tient son train et sa court)/ Avec le seigneur d’Argent-court. » <Maistre Hambrelin (Mont. XIII).>  71 ab : de  72 Les miséreux.   73 Tricheurs qui pipent les cartes ou les dés. Comme tous les joueurs, ils sont dans la misère.   74 Sont en pension chez moi.   75 Lit de camp du valet, dans la chambre de son maître.   76 Quelquefois.  77 Qu’il en soit fait ainsi.   78 Quoi qu’on en dise. Même vers que 261.   79 Sournoise.  80 Qui êtes lunatiques (vers 1). « Parlez tout doulx, car il tient de la lune/ Et a la teste massive [pleine] de grillons. » Marchandise et Mestier, BM 59.  81 Vous devez lui prêter main-forte.  82 Colérique. « S’il est hastif, amodérer son yre. » Gringore, Fantasies de Mère Sotte.  83 Leçon de b ; a : fort variable  (à la rime.)  84 Louis XII est un Valois. Mais un de ses meilleurs généraux n’est autre que le très lunatique duc Charles III de Bourbon. Ceux qui l’ont vu faire un carnage à la bataille d’Agnadel (1509) ont considéré ses prouesses guerrières comme des coups de folie. Mais ses foucades étaient moins dues à la lune qu’à des crises de paludisme. Il finira par combattre la France au profit de Charles Quint, et capturera François Ier à Pavie après avoir été son connétable. Puis il se lassera de Charles Quint et ira commander le « sac de Rome », où il mourra en bon catholique, à la tête d’un bataillon de lansquenets luthériens.  85 Pour le trucider.  86 J’étreins l’un, je désétreins l’autre.  87 Si je conclus aujourd’hui un accord.  88 Que nul ne se courrouce.   89 Verts, âpres. Dans le Testament Pathelin (vers 173-180), maître Pierre préfère lui aussi le vin vieux au vin nouveau.   90 Mon manteau d’abbé, que j’ai longuement recherché. (Exquis est le part. passé de esquérir : chercher à obtenir, extorquer.) Au vers 500, Frévaux se vendra à Mère Sotte pour obtenir le chapeau de cardinal.   91 Froids-Vaux = froides vallées : voir la note 155 du Monde qu’on faict paistre. Le manteau en loques de cet abbé grelottant laisse passer le vent de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur, puisque le « vent de bise » désigne le pet : Trote-menu et Mirre-loret, vers 192.  92 Vous ne resterez pas en rade par ma faute.   93 Plus un mot !   94 Cœur.   95 Il entre avec son favori, le seigneur de Gaieté.   96 Comme l’affirment l’Ecclésiaste et le Sermon joyeux de saint Jambon, « stultorum infinitus est numerus » : le nombre des fous est infini. Chaque fois qu’ils recensent des Fous, les acteurs de sotties ne peuvent s’empêcher d’y inclure le public. Cf. par exemple les Rapporteurs, vers 48-49. Louis XII prenait ces insolences avec bonhomie : « Il pardonnoit à tous les comédians de son royaume (…) de quiconque ils parleroyent, fors de la reine sa femme. » (Brantôme.)   97 On prononce Gaieté, et non Gayette, comme le prouve cette rime : « Sera ce jour pour véri/ Par le bon seigneur de Gayetté. » (Sotz joyeulx de la nouvelle bande.) Le seigneur de Gaieté est donc un alter ego du seigneur de Joie. Cela dit, la prononciation Gayette rappelle étrangement Caillette, le bouffon de Louis XII : voir la notice de la Résurrection Jénin à Paulme.  98 Louis XII avait 50 ans. Il mourut trois ans plus tard, épuisé par sa nouvelle épouse. Gringore le présente comme un vieillard faible et velléitaire, incapable de prendre une décision, et entouré de mendiants. Le personnage du pape est beaucoup plus vivant.   99 Vous a envoyé.  100 ab : Le .II. : Vecy vos subgectz voz vassaulx/ Deliberez de vous complaire.  (Vassaulx est la rime de 256.)   101 Même si cela déplaît à certains.   102 Des boutades satiriques. À l’occasion du Mardi gras, les Sots proféraient des attaques personnelles dont les victimes se plaignaient en vain.   103 Du plaisir.  104 Beignets et autres babioles.  105 ab : de nates  106 C’est encore un pauvre, mais de belle apparence. « Ce sont les vignes de la Courtille : belle montre et peu de raport. » (Richelet.) On prononce Courtile.  107 Le concile de Pise s’ouvrit le 1er novembre 1511, à l’instigation de Louis XII qui espérait faire déposer Jules II. Ce fut un fiasco.  108 S’en courroucer.   109 Les riches ecclésiastiques achetaient de lucratives charges d’abbayes qu’ils louaient à des abbés démunis. On pouvait être abbé commendataire en plusieurs lieux sans jamais dire une messe. Cf. les Sotz ecclésiasticques.   110 Voilà autre chose.  111 Regardez !  112 ab : plate bource  (La Courtille arrive du concile au galop. Son rôle a été confié à Plate Bourse, peut-être parce que l’acteur qui devait le tenir était absent. J’ai corrigé de même les rubriques 278, et 461 –puisque Sotte Fiance appelle La Courtille au vers 458.)  113 Avec des chevaux de relais. La Courtille est monté sur un cheval de bois (note 67).  114 Il n’est pas mort, celui qui est ressuscité. C’est une manière de dire qu’il vaut mieux être présent car les absents ont toujours tort.  115 Dépensé.  116 Pour se procurer de la nourriture.  117 Léger d’argent, pauvre. Cet abbé figure lui aussi parmi les indigents des Sotz joyeulx de la nouvelle bande. Cf. la note 75 du Capitaine Mal-en-point. Saint-Léger n’apparaît pas dans notre sottie, bien qu’on l’appelle au vers 457.  118 Gringore écrira dans les Croniqueurs : « Ilz n’ayment pas si bien leur cloistre/ Qu’ilz font le déduict de la chasse. »  119 De grimaces hypocrites.   120 Dans leur lit à baldaquin.  121 De livres d’heures. Gringore traduira du latin les Heures de Nostre-Dame.  122 Dans cette assemblée de nobles et de prêtres, la Sotte Commune représente le peuple français, râleur et amateur de mauvais calembours. Les débats théologiques ou politiques ne l’intéressent pas : elle ne parle que d’argent. Louis XII ne semble pas la connaître, lui qu’on avait pourtant proclamé « Père du peuple » en 1506.  123 A ses affaires en désordre.  124 Ordonnance du 5 décembre 1511 : « Toutes les anciennes monnoyes, tels que escus viels, royaux, francs à pied et à cheval, sont décriées. »   125 Pourvu.  126 Des biens, du profit.  127 En sûreté.  128 Accords. Jules II ne cessait de rompre les accords qu’il signait.  129 ab : incongnues  (à la rime. « Traï-son » fait 2 syllabes.)   130 Pour les Italiens, qui s’y connaissaient, la fièvre continue était un symptôme d’empoisonnement. « Borso, premier duc de Ferrare, qui avoit rapporté de Rome une fièvre continue qu’on attribuoit à un poison lent, mourut à son tour le 20 août 1471. » Sismondi.  131 Poisons. « Boucons, dangereuses poisons. » (Gringore, les Folles entreprises.) Cf. les notes 28 et 33.  132 Des blancs-seings, des feuilles blanches signées d’avance.  133 Une vengeance contre les incendiaires.  134 ab : La commune   135 Il n’y eut jamais de guerre sans Adam Fumée (le premier Maître ordinaire des Requêtes de l’Hôtel du roi). Ce proche conseiller de Louis XII lui transmettait –ou pas– les doléances des particuliers, notamment dans le domaine fiscal. La Sotte commettra un jeu de mots analogue au vers 609. Un fragment de farce du recueil de Florence chahute lui aussi Adam Fumée : « Pren en gré, Adam l’Enfumé ! » (Éd. Koopmans, p. 532.)   136 Les revers de fortune.  137 Grommelle, grogne.  138 Louis XII abaissa l’impôt de la taille.  139 Dérober tes poules. Le roi punissait les exactions des soldats vis-à-vis des paysans.  140 Le roi avait rendu la Justice un peu moins injuste.  141 Provision.  142 Raison.   143 Célèbre chanson de Josquin Des Préz, souvent chantée au théâtre, par exemple dans la farce du Savatier (LV 74).  144 Aujourd’hui.  145 Un schisme entre l’église gallicane et l’église romaine.   146 Elle ne fait pas attention.  147 Gringore a démontré longuement l’hypocrisie religieuse de Mère Sotte avant de la faire entrer ; Molière s’en souviendra dans Tartuffe ou l’Imposteur. La Cour du prince occupe une partie de la scène, et celle de l’Église l’autre partie.  148 Selon la légende biblique, Abiron et Dathan furent engloutis par la terre.  149 ab ne marquent pas la désinence féminine. Idem au vers 390 (fol). Sous ce vers, ab ajoutent : Sy me viendront ilz secourir   150 Le pouvoir temporel, séculier.   151 Le pape venait d’excommunier des cardinaux favorables à Louis XII.   152 Comme livrée.  153 Jules II avait 69 ans. Il mourut l’année suivante, de mort naturelle, si tant est que la vérole soit une mort naturelle pour un pape.  154 ab : grumeler  (Même expression au vers 651.)  À ma poste = à ma guise.  155 Le roi de France était le fils aîné de l’Église, comme Gringore prend soin de nous le rabâcher aux vers 444, 466 et 672. C’est d’ailleurs le seul vrai croyant de la pièce.  156 Confiance.  157 Avant que j’obtienne un succès. « Successer dans ce que nous faisons, ou ne réussir en rien de ce que nous entreprenons. » Les Secours de la divine Providence.   158 On maudira cent fois l’heure de ma réussite.   159 Opportunisme. Jules II s’entourait de flatteurs, tel ce courtisan qui lui chausse sa mule dans les Songes drolatiques.   160 Votre parole donnée. Mais aussi : votre Foi, pour laquelle vous avez prononcé des vœux.   161 Les banquiers vénitiens, très engagés dans le commerce maritime, faisaient régulièrement faillite.  162 Bonet Astrug de Lattes, le médecin juif et astrologue d’Alexandre VI (le pape Borgia), puis de son digne successeur Jules II. Plusieurs papes ont eu un médecin juif, estimant à juste titre qu’il avait moins de raisons de les empoisonner qu’un catholique. « Le pape Alexandre ainsi faisoit, par le conseil de son médecin juif, et vesquit jusques à la mort en despit des envieux. » (Gargantua, 21.) Pour tenter –vainement– de prolonger les jours de son glorieux patient, le médecin juif d’Innocent VIII fit mourir trois enfants chrétiens.  163 « Sy n’estoit qu’ung Juif le gouverne. » L’Homme obstiné. Dans cette moralité qui suivait notre sottie, on reproche au pape d’agir « par conseil judaïcque », et on craint même « qu’il ne soit circoncis ». En 1928 sera fondé le journal antisémite Gringoire (c’est sous cette graphie que Victor Hugo et Théodore de Banville avaient popularisé l’écrivain).   164 Dû : en temps utile, au jour du Jugement dernier. Dans le pamphlet d’Érasme intitulé Julius exclusus, saint Pierre interdira l’entrée du Paradis au feu pontife.   165 La loi des hommes, ou la loi de Dieu.  166 Avec moi.  167 ab ajoutent : Nostre mere ie vous diray  168 Par l’astrologue Bonet de Lattes, vers 417-418.  169 Gringore avait sans doute joué aux Halles de Paris une moralité contenant le personnage allégorique de Bonne Foy.  170 Réputation et gloire.   171 Sur la chaire de saint Pierre (vers 311).   172 Ce personnage au nom prédestiné (qui remue le cul) n’est pas encore apparu et n’est pourvu d’aucun titre ; il doit être le serviteur du pape (le fin valet du vers 79), ou son nouveau « bardache », Frédéric de Gonzague (futur duc de Mantoue), âgé de 11 ans… Saint-Léger n’est pas dans la distribution (note 117).  173 Soutenue.  174 Par des moyens permis ou non.  175 Donnera dispense, permettra.   176 Cette formule fut retenue par Georges de Halewyn, le premier traducteur de l’Éloge de la Folie, d’Érasme. Il fait dire à son héroïne : « Je, qui suis Follie. »   177 Fidèles.  178 Des chapeaux de cardinaux. Pendant son règne, Jules II avait acheté de la sorte cinq évêques français.   179 Plate bourse = châtré, lâche. Aujourd’hui, nous dirions « couille molle ».  180 Avec votre crosse d’abbé (vers 216) et votre crucifix.  181 On a longtemps dit que Jules II avait fait frapper une médaille le représentant sous la forme d’un dieu païen, en train de chasser la France à coups de fouet.   182 Je ne supporte pas.   183 Ce que.   184 Votre ouvrage. Mais aussi : votre représentation théâtrale. Mère Sotte et ses deux conseillères abandonnent les prélats ; elles vont vers les suppôts du Prince, lequel s’est absenté avec le seigneur de Gaieté, la Sotte Commune et les trois Sots.  185 Pour une certaine raison.  186 ab ajoutent : Deuant vous mes gentilz suppotz   187 Mes favoris.  188 Victime inconnue de la blague consistant à recoudre un pourpoint pour faire croire à son propriétaire qu’il a enflé. Cf. la Farce du pourpoint rétrécy (F 44). Le gipon, ou jupon, était aussi un pourpoint que les soldats portaient sous l’armure. « Jehan Gipon » fut le surnom de Ferdinand le Catholique, adversaire de la France dont il est question au vers 81.  189 Les partisans du pape. « – Je te voirray quelque jour pape. –Mais lors, vous serez papillon. » Gargantua, 12.  190 Guerdons, récompenses.   191 C’est une folie d’y croire.   192 Gouverner.   193 De celui qui.   194 Je ne ferai pas défaut.   195 Elle retourne vers ses partisans, suivie du seigneur de la Lune et de ses deux conseillères.   196 Soldat.   197 Le Prince revient, en compagnie du seigneur de Gaieté, de la Sotte Commune et des 3 Sots. Ils observent l’agitation des prélats.   198 Ce faux italianisme (combinazione) est synonyme de combinaison.  199 Je n’avais pas besoin de ça.   200 Aux rectums (note 227).  201 Que j’espérais.  202 On a décrié la monnaie (monnoie), mes économies ne valent plus rien. Voir la note 124.  203 Quand bien même mon oie serait tuée. Ou encore : quand bien même ma monnoie serait emportée.   204 De ce petit vin. Jeu de mots : Martin Vinot est un général des Monnaies du Roi. Pour les patronymes dissimulés dans les vers 604-619, voyez : F. de Saulcy, Recueil de documents relatifs à l’histoire des monnaies, 1892, t. IV, pp. 1-121. (Saulcy lit presque toujours « Vivot » au lieu de « Vinot » ; il est vrai que dans les manuscrits de l’époque, le « u » médian et le « n » sont identiques.)  205 ab : .III.  206 Peu m’importe si on me comprend (verbe ouïr).   207 Irrité : « Je me cour[rou]ce, fume, despite, irrite. » (Gringore, l’Homme obstiné.)  Jeu de mots sur « Adam Fumée », comme au vers 333. Saulcy nomme ce conseiller royal p. 104.  208 Charles Le Coq, général des Monnaies.  209 La monnoie décriée a perdu sa réputation, mais également son bruit d’espèces sonnantes.   210 Nicolas Potier, général des Monnaies jusqu’à la fin de 1501. Il fut tellement inoubliable qu’on se souvenait encore de lui dix ans plus tard !   211 Guillaume Le Sueur, général des Monnaies.   212 Germain de Marle, général des Monnaies. Cet ancien changeur était d’une âpreté au gain que Villon avait jadis brocardée : « Item, vueil que le jeune Merle/ Désormais gouverne mon change. » (Test., 1266.)   213 Ce refuge : « Ô souverain juge qui estes repaire et secours de toute raison. » (Godefroy.) Allusion à Christophle de Refuge, général des Monnaies. Saulcy n’en parle plus après le 22 décembre 1501.   214 Guillaume Bonneil, général des Monnaies.   215 Jehan Le Père, greffier de la Chambre des Monnaies : en tant que greffier, c’est lui qui appose sa signature au bas de cette fatrasie. « Fait en la Chambre des Monnoies, le 29e jour de janvier 1506. Signé : Le Père. » (Saulcy, p. 79.)   216 Le roi aime mieux qu’on parle d’autre chose. Il connaissait bien les officiers des Monnaies, qu’il consultait souvent. Le public, en revanche, n’a pas dû comprendre grand-chose à ce galimatias, que les étudiants américains taxeraient de private joke. Gringore pardonnait mal aux généraux des Monnaies la perte de ses économies ; sous le masque du Peuple françois (l’équivalent masculin de la Sotte Commune), il les attaque à nouveau dans l’Homme obstiné : « Les escuz sont descendus, abaisséz./ Mais ceulx qui ont tous ces brouetz brasséz,/ Je les maulditz juc au cueur et au foye ! » Gringore feint d’ignorer que l’ordonnance du 5 décembre, suggérée par la Chambre des Monnaies, avait été approuvée par le roi.   217 Les 8 partisans de l’Église vont attaquer les 5 seigneurs fidèles au Prince.  218 Le pape, en armes et à cheval, avait assiégé en personne la forteresse de Mirandola (janvier 1511).   219 Dépêchez-vous sans plus vous poser de questions.   220 Sous une apparence.  221 Le concile de Tours, convoqué par Louis XII en septembre 1510, avait décrété que le roi pouvait se défendre contre le pape : vers 641-642.   222 Sur l’origine de cette injonction, voir la note 37 d’ung Jeune moyne.   223 Le Prince, le seigneur de Gaieté, les 3 Sots et la Sotte Commune observent la bataille mais se tiennent à l’écart.  224 Divertissements (ironique).  225 ab : .III.  226 Il vaudrait mieux lire LE PREMIER, puis LE .II., puis LE .III.   227 Le pape va donc à la voie oblique (vers 592), au rectum de ses mignons. Cf. la note 80 des Sotz fourréz de malice.   228 Il va arracher les habits militaires et religieux de Mère Sotte, qui apparaît avec une robe et un bonnet de folle. Dans beaucoup de Sotties, le déshabillage d’un fou déguisé en sage constitue la scène révélatrice. Cf. les Sotz triumphans, vers 156-167.  229 Nouvelle référence au concile de Tours (note 221).   230 De la chaire de saint Pierre (note 171).  231 Jules avait été fait cardinal par son oncle et amant, Sixte IV. L’Homme obstiné (le pape) recevra les conseils d’un personnage appelé Symonie.  232 Il n’y a pas de raison de faire.   233 Une fiction, une fausse promesse.