Archives de Tag: Cul

FRÈRE GUILLEBERT

Recueil du British Museum

Recueil du British Museum

*

FRÈRE  GUILLEBERT

*

 

Cette farce normande ou picarde, écrite peut-être en 15051, est inspirée notamment par deux fabliaux : les Braies au Cordelier, et les Braies le priestre. Elle offre un précieux répertoire du vocabulaire érotique ayant cours à son époque. On l’a couplée ultérieurement avec un sermon joyeux2 dans le même ton. Le « héros » du sermon s’appelle Guillebert3, comme en témoigne le vers 67 ; mais celui de la farce avait peut-être un nom plus court : les vers 124, 307, 330 et 503, qui nomment Guillebert, sont trop longs.

Source : Recueil du British Museum, nº 18.

Structure : Sermon joyeux (avec 7 strophes en ababbcC), 2 triolets, abab/bcbc, rimes plates, 5 strophes en ababbcC. La versification est très soignée, les rimes sont riches, ce qui permet de « décorriger » certaines corrections maladroites commises par l’imprimeur.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

*

Farce nouvelle de

Frère Guillebert

trèsbonne et fort joyeuse

*

 

À quatre personnages, c’est assavoir :

    FRÈRE  GUILLEBERT

    L’HOMME  VIEIL  [MARIN]

    SA  FEMME  JEUNE

  LA  COMMÈRE  [AGNÈS]

*

                                   FRÈRE  GUILLEBERT  commence    SCÈNE  I

              Foullando in calibistris,

              Intravit per bouchan ventris

              Bidauldus, purgando renes.4

             Noble assistence, retenez

5     Ces motz pleins de dévotion.

           C’est touchant5 l’incarnation

           De l’ymage6 de la brayette

           Qui entre –corps, aureille7 et teste–

           Au précieulx ventre des dames.

10    Si demandez entre voz8, femmes :

           « Or çà, beau Père, quomodo9 ? »

           Le texte dict que foullando

           En foullant10 et faisant zic-zac,

           Le gallant se trouve au bissac11.

15    Entendez-vous bien, mes fillettes ?

           S’on s’encroue12 sur voz mamelettes

           Et qu’on vous chatouille le bas,

           N’en sonnez mot, ce sont esbatz ;

           Et n’en dictes rien à voz mères.

20    De quoy serviroient voz aumoyres13

          Si ne vouliez bouter dedens ?

           Se vous couchez tousjours à dens14,

           Jamais n’aurez les culz meurtris,

     Foullando in calibistris.

25    Gentilz gallans de rond bonnet15,

           Aymantz le [se]xe féminin,

           Gardez se l’atellier16 est net

           Devant que larder le connin17 :

           Car s’on prent en queue le venin18,

30    On est pirs qu’au trou Sainct-Patris19,

     Foullando in calibistris.

           Tétins voussus20, doulces fillettes

           Qui aimez bien faire cela21

           Et, en branlant voz mamelettes,

35    Jamais ne direz « [Hau !] Hollà22 ! »,

           Un point y est23 : guettez-vous là

           Que vous n’ayez fructus ventris24,

     Foullando in calibistris !

           Vous, jeunes dames mariées

40    Qui n’en avez pas à demy25

           [Et n’en estes rassasiées,]

           N’escondissez26 point un amy :

           Car restent27 –fust-il endormy–

           Au papa28 ceulx qui son[t] pestris

     Foullando in calibistris.

45    Je vous recommande, à mon prosne,

            Tous noz frères de robe grise29.

            Je vous promectz, c’est belle aumosne30

           Que faire bien à gens d’Église.

           Grans pardons a31, je vous advise,

50    À leur prester bouchan ventris,

     Foullando in calibistris.

           Plusieurs beaulx testins32 espiés

           Se font « batre » sans nul mercy ;

           Et puis qu’ilz ont des petis piedz

55    Au ventre33, ilz sont en soucy :

           « La[s] ! (se disent), d’où vient cecy ? »

           Et ! le veulx-tu sçavoir, Biétris34 ?

     Intravit per bouchan ventris.

           Un tas de vieilles esponnées35

60    Qui vous font tant de preudefemmes36,

           Il semble qu’ilz soient estonnées

           S’ilz oyent parler qu’on ayme dames ;

           Et ! vous croyez que les infâmes

           Ont tous les bas espoitronnéz37,

65    De servir purgando renes !

           Mes dames, je vous recommande

           Le povre frère Guillebert.

           Se l’une de vous me demande

           Pour fourbir un poy38 son haubert,

70    Approchez, car g’y suis expert.

           Plusieurs harnois39 ay estrénéz,

     Bidauldus purgando renes.

.

         LA  FEMME  commence 40    SCÈNE  II

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

           Et vous doint santé et soulas !

               LA  COMMÈRE

75    Ha ! ma commère, bien venez !

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès !

               LA  COMMÈRE

           Que maigre et palle devenez !

           Qu’avez-vous, ma commère, hélas ?

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

80    Et vous doint santé et soulas !

           Que cent foys morte me souhaitte !

               LA  COMMÈRE

           Et pourquoy ?

               LA  FEMME

                                   D’estre mise ès lacz41

           D’un vieillart, et ainsi subjette42

           De jour, de nuict, je vous souhette !

85    Mais de poindre43, c’est peu ou point.

           Quel plaisir a une fillette

           À qui le gentil tétin point ?

               LA  COMMÈRE

           Sçait-il plus rien du bas pourpoint44 ?

               LA  FEMME

           Hélas, ma mye, il s’est cassé.

90    S’en un moys un coup est appoint45,

           Il [en] est ainsi tost lassé.

           Je l’ay beau tenir embrassé :

           Trouve46 autant de goust qu’en vieil lard.

           Mauldict soit-il, qui a brassé47

95    Me marier à tel vieillard !

           Quel plaisir d’ung tel papelard48,

           Pour avoir en amour pasture !

               LA  COMMÈRE

           Il vous fault un amy gaillard

           Pour supplier49 à l’escripture.

100   Dieu n’entend point, aussi Nature,

           Que jeunes dames ayent souffrette50.

           Mais cerchez une créature

           Qui ayt la langue un poy51 segrette.

               LA  FEMME

           Il est vray [que] quand on en quette,

105   On est regardé de travers ;

           Mais quoy qu’on jase ou [qu’on] barbette,

           Je jouray de bref à l’anvers52.

           Doibt mon beau cor[p]s pourrir en vers

           Sans voir53 ce que faisoit ma mère ?

110   Vienne, fust-il moyne ou convers54 :

           Je luy presteray mon aumoyre.

               LA  COMMÈRE

           Enda ! c’est bien dict, ma commère.

           J’en ay faict, à mon temps, ainsi.

           C’est une chose bien amère

115   De languir tousjours en soucy.

               LA  FEMME

           Adieu donc, je m’en voys d’icy

           En attendant quelque advantage.

.

            FRÈRE  GUILLEBERT    SCÈNE  III

           Ma dame, ayez de moy mercy55,

           Ou mourir me fault avant aage.

120   Mon las cœur vous baille en ostage :

           Plaise-vous le mettre à son aise.

           Je vous dis en poy de langaige

           Ce qui me tient en grant mésaise.

               LA  FEMME

           Frère Guil(le)bert56, ne vous desplaise,

125   Ce n’est pas ainsi qu’on amanche57.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Ma mye, je vous pry qu’il vous plaise

           Endurer trois coups de la « lance » :

           C’est belle osmosne, sans doubtance,

           Donner pour Dieu aux souffretteux58.

               LA  FEMME

130   S[i] on savoit nostre accointance,

           Mes gens me saqueroient59 les yeulx.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! nous ferons si bien noz jeux

           Qu’on ne sçaura rien du hutin60.

           S’une foys je suys sur mes œufz61,

135   Je baulmeray62 sur le tétin.

               LA  FEMME

           Venez donc demain, bien matin :

           J’envoyray Marin au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Plaisir sera au63 vieil mastin

           De trouver le pâtis herch(i)é64.

               LA  FEMME

140   Le vieillart a trop bon marché65.

.

                                           L’HOMME     SCÈNE  IV

           Et dont vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Que me voulez[-vous donc] si tost ?

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune této[t] ?

145   Que vous [m’]engainez ung petiot66 !

               LA  FEMME

           Vostre « bas » est trop eslauché67

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Enda ! j’ay le cœur si fâché

150   Que vouldrois estre en Purgatoire !

               L’HOMME

           Vous fault-il ung suppositoire,

           Ou [ung] clistère barbarin68 ?

               LA  FEMME

           Vous m’avez abusée, Marin :

           Avec vous, je vis en langueur.

               L’HOMME

155   Je ne vous bas, ne fais rigueur.

           Demandez-moy s’il vous fault rien69.

               LA  FEMME

           Ce n’est point –vous n’entendez rien–

           Là où me tient la maladie70.

           Voulez-vous que je le vous die ?

160   Je suis par trop jeune pour vous.

               L’HOMME

           En ung moys, je fais mes cinq coups ;

           La sepmaine, ung coup justement71.

               LA  FEMME

           Cela, [ce] n’est qu’afemmement72 !

           J’aymerois tout aussi cher rien73.

               L’HOMME

165   Comment ! Vous vous passiez [très] bien

           De causquéson74, chez vostre mère.

               LA  FEMME

           La douleur est bien plus amère :

           Mourir de soif emprès le puis75 !

               L’HOMME

           Je fais tout le mieulx que je puis.

170   J’en suis, par Dieu, tout trèsbatu76,

           Combien que j’aye combatu77.

           Encor78, vous dictes estre enceinte.

               LA  FEMME

           [C’est d’avoir]79 prié une saincte

           Que pleine suis, de peu de chose…

175   Encor[e] dire ne vous ose

           Sçais bien quoy.

               L’HOMME

                                      Et dictes, bécire80 !

               LA  FEMME

           Marin, mon amy, je désire…

           Las ! je crains81 tant le povre fruict…

               L’HOMME

           Dictes-le-moy : soit cru ou cuit82,

180   Vous me verrez courir la rue.

               LA  FEMME

           Je désire de la morue

           Fresche, des moules, du pain mollet ;

           Et si, vouldrois bien d’ung collet

           D’ung gras mouton83, et d’ung vin doulx.

185   Et si, Marin (entendez-vous ?),

           De cela qui estoit si blanc

           Quand nous mariâmes.

               L’HOMME

                                                  Du flan ?

               LA  FEMME

           Et voyre, vous y estes tout droict84 !

           Je n’en puis durer, [or]endroit85.              

 

               L’HOMME

 

190   J(e) iray donc demain, bien matin,

           Au marché.

.

          FRÈRE  GUILLEBERT       SCÈNE  V

            Hé ! gentil tétin86 !

           Que tant tu me tiens en l’oreille87 !

 

               RONDEAU88

           Pour une qui [bien] s’appareille89

           Ung vray chef-d’œuvre de Nature,

195   Mon corps veulx mettre à l’avanture

           À les sangler pour la pareille90.

 

           Mon corps et membre(s) j’appareille91

           N’escondire pas créature,

           Pour une92.

 

200   Si ton mary dort ou si veille,

           Mais qu(e) accès j’aye à ta93 figure,

           Je veulx que l’on me défigure

           Se point un grain94 je m’esmerveille

           Pour une.

 

               L’HOMME    SCÈNE  VI

205   Il est [grand] temps que je m’esveille95.

           Adieu, je m’en vois au marché.

               LA  FAMME

           Adieu ! Et prenez bon marché96.

           Mais, je vous prie, n’oubliez rien.

               L’HOMME

           Nennin, non, il m’en souvient bien.97

.

           FRÈRE  GUILLEBERT       SCÈNE  VII

210   Holà, hay ! Je viens bien à point98.

               LA  FEMME

           Oy. Dévestez chausses et pourpoint,

           Et approchez : la place est chaulde.

             FRÈRE  GUILLEBERT  se despouille 99

           Au moins, y a-il point de fraulde ?

           Je crains la touche100, sur mon âme !

                                          LA  FEMME

215   Pas n’estes digne d’avoir dame,

           Puis que vous estes si paoureux.

.

               L’HOMME    SCÈNE  VIII

           Et ! suis-je point bien malheureux

           D’avoir oublié mon bissac ?

           Je n’ay pennier, pouche101 ne sac

           [Où pourray mettre la vitaille.]102

220   Il fault bien tost que je m’en aille

           Requérir le mien…

                                           Hay ! holà !103

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! vertu sainct Gens104 ! Qu’esse-là ?

           Monsieur sainct Françoys105 ! que peult-ce estre ?

               LA  FEMME

           Par [mon enda]106 ! C’est nostre maistre.

225   Je croy qu’il se doubte du jeu.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Que c’est ? vostre homme ? Vertu bieu !

           Hélas ! je suys bien malheureux.

           Le dyable m’a faict amoureux,

           Je croy ; ce n’a pas esté Dieu.

               LA  FEMME

230   Muchez-vous107 tost en quelque lieu :

           S’il vous trouve, vous estes frit.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! mon Dieu, je suis bien destruit !

           Vertu sainct Gens ! le cul me tremble108.

           Or çà, s’il nous trouvoit ensemble,

235   Me turoit-il, à vostre advis ?

               LA  FEMME

           Jamais pire homme je ne vis.

           Et si, crains bien vostre instrument109.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Le dyable ayt part au hochement110

           Et à toute la cauquéson !

240   Accoustré seray en oyson111 :

           Je n’auray plus au cul que plume112.

               LA  FEMME

           S’il est engaigné113, il escume ;

           Semble, à veoir, ung homme desvé114.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! Pater noster et Avé !

245   Vertu bieu ! je suis bien hoché115.

               LA  FEMME

           Las ! mon amy, c’est trop presché ;

           Venez çà, je vous mucheray.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Qui m’en croira, je m’en fuyray,

           Par Dieu, le cas bien entendu.

               LA  FEMME

250   Mais que soyez bien estendu,

           Point ne vous voirra soubz ce coffre116.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Or çà donc, puis que le cas s’offre,

           Me voicy bouté à l’acul117.

           Et ! couvrez-moy un poy le cul118 :

255   Je sens bien le vent119 qui me frappe.

           S’une foys du danger j(e) eschape,

           S’on m’y r’a, je seray sapeur120.

                                         LA  FEMME

           Taisez-vous, n’ayez point de peur ;

           Je vous serviray, si je puis.

               L’HOMME

260   Et puys, hay ! m’ouvrirez-vous l’huis ?

               LA  FEMME 121

           Las ! mon amy, qui vous ramaine ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il me fault cy estendre en raine122.

           Qu’au dyable soit-il ramené !)

               L’HOMME

           Hé ! suis-je point bien fortuné ?

265   J’avois oublié mon bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (À ce coup, je suis à bazac123 :

           Je suis, par Dieu, couché dessus !

           Et ! sainct Frémin et puis Jésus !

           C’est faict, hélas, du povre outil124 !

270   Vray Dieu ! il estoit si gentil,

           Et si gentement encresté125.)

               LA  FEMME

           Je vous l’avois, hier, apresté

           Sur ce coffre avant que coucher.

               L’HOMME

           Couchez-vous, je le voys cercher.

275   Et gardez-vous que n’ayez froid.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il s’en vient, par Dieu, cy tout droict.

           Hé ! sainct Valéry126 ! Qu’esse-cy ?

           Ha ! s’il me prenoit en mercy127,

           Et qu’il print toute ma robille128

280   Mais hélas ! perdre la coquille129 ?

           Mon Dieu ! c’est pour fienter par tout130.)

               LA  FEMME

           Ne cerchez point là vers ce bout :

           Il n’y est point.

               L’HOMME

                                    Et où est-il don ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Mon Dieu, je demande pardon ;

285   Tout fin plat131, je te cry mercy !)

               L’HOMME

           On sent, par Dieu, cy le vessy132 :

           Vertu sainct Gens, quel puanteur !

               [LA  FEMME]

           Et ! on faict sa malle puteur133.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (S’il estoit aussi tourmenté,

290   Il eust, par Dieu, piéçà fienté.)

               LA  FEMME

           Et puis ? l’avez-vous, Marin ?

               L’HOMME

                                                           Peaulx134 !

           Point n’est cy parmy les drapeaulx135 ;

           On l’a quelque part mis en mue136.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Je suys mort si je me remue.

295   J’ay desjà le cul descouvert.

           Et pource, frère Guillebert,

           Mourras-tu si piteusement ?

           Deux motz feray de testament137,

           Devant que laisser ma cuiller138

300   Et qu’on139 m’ait couppé le couiller.

           À Cupido, dieu d’amourettes,

           Je laisse mon âme à pourveoir

           Pour la mettre avec des fillettes,

           Car j’estois140 bien aise à les veoir.

305   La dame aura mon cœur, pour voir141,

           Pour qui me fault icy périr.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir142 ?

           Tétins143 poinctifz comme linotz144,

           Qui portent faces angélicques,

310   Pour fourbir leur custodinos145

           Auront l’ymage et mes brelicques146 :

           Ne les logez point parmy flicques147 ;

           Dedens jambons148 les fault nourrir.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

315   Jeunes dames, friantz tétotz,

           Vous aurez mes brayes149 pour tout gaige,

           Pour vous fourbir un poy le dos

           Quant vous avez faict le bagaige150.

           Frotez rains et ventre : g’y gaige,

320   Cela vous fera secourir151.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Aux muguetz, grateurs de pareilz152,

           Laisse ma dernière ordonnance ;

           On153 leur fera leurs appareilz

325   Sur l’orifice de la pance

           De leurs femmes. S’en est la chance154,

           Ilz en auront plus beau férir155.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Je prie à tous ces bons yvrongnes,

330   Se frère Guillebert est trespassé,

           Qu’ilz disent en [lavant leurs brongnes]156

           […………………………… -ssé :]

           « J’ay bien gardé, le temps passé,

           Mon gentil gosier de sorir157. »

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?)

               L’HOMME

335   Je ne sçay plus où le quérir.

           Il y a de la dyablerie.

               LA  FEMME

           Parlez de la Vierge Marie158 !

               L’HOMME

           Vertu bieu ! je suis trop fasché.

           Si fault-il qu’il soit cy caché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

340   (In manus tuas, Domine159

           Nisi quia Domine ne…

           Tedet spiritus160 Et pelli…

           Confiteor, Deo celi…

           Ut queant quod chorus vatum…

345   Hé ! te perdray-je, beau baston161 ?

           C’est faict, ce coup. Povre couiller !

           Il vient, pardieu, tout droict fouiller

           Cy sur moy. Et ! vertu sainct Gens !

           Fault-il tuer ainsi les gens ?

350   Par Dieu ! je varie162 de crier.

           Gaignerois-je rien à prier,

           Et à luy monstrer ma couronne163 ?

           mon Dieu, comme tu me gravonne(s)164 !

           À Dieu, gentilz tesmoins165 pelus !)

               LA  FEMME

355   Mon amy, ne cherchez là plus :

           Qu’est cela pendu à ceste cheville166 ?

               L’HOMME

           Et, çà ! Au dyable, çà ! C’est ille167 !

           Venez, que vous vous faictes chercher.

            Nota qu’il doit prendre le hault-de-chaulses

            à frère Guillebert pour son bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Encor pourray-je bien hocher168.

360   Vertu sainct Gens, que je suis aise !)

               L’HOMME

           Adieu, ma mye ! Que je vous baise

           Ung poy à mon département169.

               LA  FEMME

           N’espargnez point l’esbatement170.

               L’HOMME

           Je feray le cas171 au retour.

               FRÈRE  GUILLEBERT

365   Par sainct Gens ! revoycy bon tour.

           Encor pourra paistre pelée172.

               LA  FEMME

           Hélas ! j’estois bien désolée :

           Je cuydois qu’il vous mist à sac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Où, gibet, [print-il]173 ce bissac ?

370   J’estois, par Dieu, couché dessus.

               LA  FEMME

           Et qu’a-il donc emporté174, Jésus ?

           Il sera bien tost cy rapoint175.

               FRÈRE  GUILLEBERT 176

           Par Dieu ! si ne m’y lairez177 point

           Rouge178 cul ravoir, sainct Françoys !

375   Par Nostre Dame ! je m’en vois,

           Mais que j’aye reprins [mes despoilles]179

           Vertu Dieu ! où est mon sac à coilles ?

           Comment ! je ne le trouve point.

               LA  FEMME

           Où est[oit]-il180, frère Gnillebert ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

                                              Emprès mon pourpoint,

380   Pendus cy en ceste cheville.

               LA  FEMME

           Hé ! Vierge Marie, ce sont ille

           Qu’il a prins en lieu de bissac.

           Las ! mon Dieu, je suis à bazac :

           Il me tuera, mais qu’il le voye.

               FRÈRE  GUILLEBERT

385   (Ma foy, je m’en voys mettre en voye ;

           Je croy qu’il ne m’y verra181 point.

           Je prandray mon vit à mon poing :

           Mes mains me serviront de brayette.)182

               LA  FEM[M]E

           Hélas ! et suis-je bien meffaicte ?

390   N’est-ce point bien icy malheur ?

           En amours, je n’euz jamais eur183.

           Las ! je ne sçay que deviendray ;

           M’en fuyray-je, ou s[i] l’atendray ?

           Se je l’atens, il me tuera.

395   Je m’en vois veoir que me dira

           Ma commère…184

.

                                     Hélas, Dieu vous gard !   SCÈNE  IX

               LA  COMMÈRE

           Que vous avez piteux regard !

           Vous n’avez pas esté bastue ?

               LA  FEMME

           Hélas ! ma mye, je suis perdue.

400   Je ne sçauray que devenir.

               LA  COMMÈRE

           Bo[n], il ne fault point tant gémir :

           À tous maulx on trouve remède.

               LA  FEMME

           Donnez-moy conseil et ayde,

           Aultrement, je suis mise à sac.

405   Las ! ma mye, en lieu de bissac,

           Nostre homme a prins, comme [il apert]185,

           Les brayes de frère Guillebert,     plorando 186

           Et s’en va à tout187 au march[i]é.

               LA  COMMÈRE

           Cela, mon Dieu, c’est bien chié188 !

410   N’est-ce aultre chose qui vous point ?

               LA  FEMME

           Ha ! vous ne le congnoissez point :

           Il dira que j’en fais beaucoup ;

           Et si, jamais qu’un povre coup

           N’en fis189, par le prix de mon âme !

               LA  COMMÈRE

415   N’est-ce aultre chose ? Nostre Dame !

           Allez-vous-en à la maison.

           Je luy prouveray par raison

           Que ce sont les brayes sainct Françoys.

           Tenez gestes190, je m’y en vois.

420   Qu’on me fesse se ne l’appaise.

               [LA  FEMME]

           Hé ! mon Dieu, que me faictes aise !

           Je m’en voys191 trotant bien menu.

.

               L’HOMME    SCÈNE  X

           Me voicy donc tantost venu.

           Mais je suis quasi estouffé

425   Tant le bissac sent l’eschauffé192

           Et ! vertu sainct Gens, qu’esse-cy ?

           Bissac ? A ! Bissac, pardieu, non est :

           C’est l’abit d’un cul guères net,

           Car y voycy l’estuy à couilles.

430   En voulez-vous menger, des « moules »193 ?

           Me le faict-on194 ? Belle froissure195,

           Se je vous tiens, je vous asseure !

           Le dyable vous cauquera196 bien !

           Le diable enport se j’en fais rien,

435   Que n’ayez le gosier couppé !

           [……………………… -pé.]

           Hon ! me voicy bien atourné.

           Le margout197, quand suis retourné,

           Estoit muché en quelque lieu ;

           Ne le198 sçavois-je, vertu Dieu !

440   Je vous eusses bien foutiné199,

           Par Dieu, et fust-ce ung domine200 !

           Vous faictes fourbir le buhot201,

           Et on m’apellera Hu(ih)ot202 ?

           Et ! pardieu, j’en seray vengé.

445   Le grant diable m’a bien engé203

           De vostre corps, belle bourgeoise !

.

             LA  COMMÈRE    SCÈNE  XI

           Mon compère, vous faictes grand noyse :

           [Et si,] on ne vous a faict rien ?

               L’HOMME

           Vertu bieu ! on m’en baille bien.

450   Est-ce ainsi qu’on envoye les gens

           (Hon ! hon204 !) cauquer ? Vertu sainct Gens !

           La cauquéson sera amère !

               LA  COMMÈRE

           Et ! pensez-vous que ma commère

           Voulsist205, hélas, se mesporter ?

               L’HOMME

455   Le diable la206 puist emporter !    Monstrat caligas. 207

           Voyez : voylà la prudhomie208.

               LA  COMMÈRE

           Las ! mon amy, ne pensez mye

           Qu’il y ait icy de sa faulte.

           Le cœur dedens mon ventre saute,

460   Quant manier je vous les vois :

           Las ! ce sont les bray[e]s sainct Françoys,

           Ung si précieux reliquère.

               L’HOMME

           Et ! vertu sainct Gens, à quoy faire

           Les eust-on mises à ma maison ?

               LA  COMMÈRE

465   Vrayement, il y a bien raison :

           Et ! pensez-vous bien (Dieux avant209 !)

           Que vous eussiez faict un enfant

           Sans l’aide du sainct reliquaire ?

               L’HOMME

           Et pourquoy n’en sçaurois-je faire ?

               LA  COMMÈRE 210

470   Hélas ! vous estes esponné211.

               L’HOMME

           Encor, pardieu, suis estonné

           Comment cecy y peult servir.

               LA  COMMÈRE

           Quant du joyau on peult chevir212,

           Il en fault froter rains et pance

475   Sept foys, et dire sa Créance213 ;

           Puis après, rendre le debvoir214.

           On[c] ne les cuidasmes onc avoir ;

           Encor, s’on ne nous eust congneues215,

           Jamais nous216 ne les eussions eues.

480   Et si, da, les fault renvoyer.

               L’HOMME

           Je les yray donc convoyer

           Moy-mesmes jusques au convent217.

               LA  COMMÈRE

           Frère Guillebert vient souvent :

           Il ne les luy fault que bailler.

               L’HOMME

485   Or bien, donc. Il s’en fault aller

           Pour veoir qu’en dira nostre femme.218

 

           Pardonnez-moy, par Nostre Dame,    SCÈNE  XII

           Ma mye : j’ay failly219 lourdement.

               LA  COMMÈRE

           Vous ne sçavez pas, voyrement,

490   Qu’il estimoit220 de vous, ma mye ?

           Le bon homme ne pensoit mye

           Que eussiez les brayes sainct Françoys,

           Et en faisoit tout plain d’effrois221.

           Il ne sçavoit comme il en estoit222.

               LA  FEMME

495   Le cœur bien me l’admonnestoit223,

           Quand [ne] les ay trouvées ceans.

           J’aymerois mieulx pourrir en fiens224

           Que de me daigner mesporter !

               LA  COMMÈRE

           Ma mye, il les fault reporter.

               LA  FEMME

500   Las ! voyre, il nous ont bien servys.

               L’HOMME

           Par Dieu, ma mye, jamais [n’en vis]225

           Qu’à ceste heure-cy, Dieu avant !

               LA  COMMÈRE 226

           C’est frère Guil(le)bert là-devant.

           Il vaul[droi]t mieulx les luy bailler.

               L’HOMME

505   C’est bien dict.227

              Venez cy parler

           Un petit, s’il vous plaist, beau Père !

.

            FRÈRE  GUILLEBERT    SCÈNE  XIII

           A-t-on céans de moy affaire ?

           Je croy que ouy, comme je voys.

               LA  FEMME

           Ce sont les chausses228 sainct Françoys,

510   Que remporterez, s’il vous plaist.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Je le feray sans plus de plaict229 ;

           Mais boutez-vous tous à genoulx,

           Affin que le sainct prie pour nous.

           Et si, vous fault baiser tous trois

515   Les brayes de monsieur sainct Françoys230 :

           Vous aurez la laine231 plus doulce.

               LA  FEMME

           Baillez-m’en une bonne touche232,

           Puis qu’en ay eu si grand doulceur…

               FRÈRE  GUILLEBERT

           C’est trèsbien faict, ma bonne seur ;

520   Car c’est un fort beau reliquère.

               L’HOMME

           Allons les reporter, beau Père ;

           Que chascun voyse à son degré233.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Adieu, messieurs : prenez en gré234.

FINIS

Du jeune clergie de Meulleurs. 235

M P U

*

1 Voir la note 235. Elle fut imprimée à Rouen par Jehan de Prest, entre 1542 et 1559.   2 Jelle Koopmans l’a inclus dans son Recueil de Sermons joyeux (pp. 585-589). Il a aussi publié, dans la Revue Romane, un article qui éclaire la scénographie : Frère Guillebert : taxinomies et visualisations d’une farce. La meilleure édition de la pièce est due à André Tissier : Recueil de farces, VI, Droz, 1990. Citons encore les trouvailles normandes d’Emmanuel Philipot : Notice sur la farce de Frère Guillebert. (Mélanges Mario Roques, II, 1953.)   3 Ce nom fait penser à couille vert [verge vigoureuse] : « Moynes ? Que le mal feu les arde,/ Tant portent-ilz la couille verd ! » (Les Rapporteurs.) En outre, le guille-là désignait le pénis : voir l’Épitaphe du membre viril de frère Pierre, de Jodelle.   4 En fouillant dans le calibistri, le bidaud entra par la bouche du ventre, purgeant les reins.  Fouiller = coïter : « Fouillez et ne soyez piteux !/ Or fouillez bien au fond du pot ! » (Joyeusetéz, XIII).  Calibistri = vulve : « [Elle] laissa aux Cordeliers d’icy/ Son si joly callibistry. » (Le Duchat.)  Bidaud = pénis : « Maujoinct [la vulve] se mouille,/ Le povre bidault là s’abaisse. » (Le pourpoint fermant à boutons.)  Bouche = vulve : « Mets icy ton gros “doigt”, et bouche/ Bien hardiment ma basse bouche ! » (Parnasse satyrique.)   5 Au sujet de.   6 Statuette, qui de loin, avait l’apparence d’un godemiché. (Voir la morphologie humaine du phallus au vers suivant.) On dit que les nonnes employaient toutes sortes d’objets sacrés à des fins profanes. Cf. aussi le vers 311.   7 Testicules. « Le membre de Colin, deffaict,/ Se retira, penchant l’oreille. » (Cabinet satyrique.) Voir aussi le vers 192.   8 Entre vous. « Entre vos, femmes, (…)/ Vous pouriez demander : “Beau Père,/ Où se prend ce doulx ongnement [sperme] ?” » Sermon joyeulx pour rire, LV 3.   9 De quelle manière ?   10 En copulant. « Et jà montoit dès son jeune aage/ Sur les filles de son village,/ Et les culoit et les fouloit. » (Jodelle.) « Faire zic-zac » [zigzag = va-et-vient] est répertorié par Rose M. Bidler (Dictionnaire érotique. Ancien français, Moyen français, Renaissance). « Eaue de vie [sperme] qui soustient vie [vit]/ Et ziques-zaques au verd-jus [sperme]. » (Une femme à qui son voisin baille ung clistoire, F 28.)   11 Vulve. « Y vous la couche sur le dos,/ Et après cinq ou sis bons mos,/ Feist entrer “Geufray” au bissaq. » L’Oficial, LV 22.   12 Si on se cramponne à.   13 Armoire = ventre (Takeshi Matsumura, Dictionnaire du français médiéval, p.238). Idem au vers 111.   14 À plat ventre.   15 Bacheliers. « Il est bien temps que vous soyez/ Graduées, et que vous ayez/ Sur la teste le bonnet ront. » Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.   16 Regardez si la vulve est saine. « Eussent-ils, sur le déclin de leur aage, bandé à l’attelier de Vénus ? » Jean Dagoneau.   17 Avant d’y pénétrer. « Moy (…) qui sçais proprement mettre l’andouille au pot/ Et larder le connin. » J. de Schelandre.   18 La syphilis.   19 L’entrée du Purgatoire, mais aussi l’anus. Cf. le Gaudisseur, vers 64 et note 25.   20 BM : moussus  (Voussu = bombé, arrondi.)   21 Faire l’amour. « C’est une femme qui a fait/ Cela cent foys sans son mary. » Farce d’un Amoureux, BM 13.   22 Assez ! « Je cuydoys qu’el me dist “ Hollà ! ”,/ Mais elle me disoit : “ Là, là !/ Houssez fort ! ” » (Sermon joyeux d’un Ramonneur de cheminées.) La fringale sexuelle des femmes était un lieu commun.   23 Il y a un hic. Se guetter = se garder, se méfier.   24 Préservez-vous d’une grossesse. Allusion au « fruit du ventre » de la Vierge Marie. Il est encore question d’un tel fruit au vers 178.   25 Qui n’avez pas la moitié du plaisir que vous souhaiteriez avoir.   26 N’éconduisez pas votre amant.   27 BM : rest &  (Car les enfants conçus pendant que vous copulez avec votre ami seront attribués au père officiel, même s’il dormait.)   28 BM : papar  (Papa = cocu qui reconnaît l’enfant d’un autre. « Et qui qu’en soit le père,/ Tu seras le papa. » Régnault qui se marie, F 7.)   29 Les moines franciscains, très défavorablement connus sous le nom de cordeliers, portaient une robe grise. Frère Guillebert est vêtu de ladite robe pour prononcer le sermon initial, mais il se rend au rendez-vous galant <vers 191> en civil, avec un pourpoint et un haut-de-chausses ; il reparaîtra en robe au vers 507, quand il aura perdu son habit séculier. Rabelais révèle que les béats Pères ne portent point de chausses sous leur froc : voilà pourquoi « leur pauvre membre s’estend en liberté à bride avallée, et leur va ainsi triballant sur les genoulx ». (Pantagruel, 16.)   30 « Mes dames, je suis d’avis que vous mestiez vos jambons parmy nos andouilles : vous ferez belle aumosne. » (Marguerite de Navarre, Propos facétieux d’un Cordelier en ses sermons.) Même expression au vers 128.   31 On gagne beaucoup d’indulgences. La Confession Margot exploite ce thème.   32 Femmes. On trouve cette métonymie aux vers 32, 52, 191 et 308 ; et sous la forme « tétot » aux vers 141 et 315. Épié = pointu comme le sommet d’un clocher, qu’on nommait l’épi ; cf. le vers 87.   33 Depuis qu’elles sont enceintes. « Il envoie soudain sa fille aisnée à deux ou trois lieues de là (…) en attendant que les petits piedz sortissent. » Bonaventure Des Périers.   34 « Il y engrossa une gouge/ Qui avoit nom dame Biétrix. » Le Gaudisseur.   35 Épuisées (par la luxure).   36 Qui font tant les bégueules.   37 Ont les fesses usées par les frottements du lit (vers 23). « Une vieille espoitronée. » Roman de Renart.   38 Un peu. « Fourbir le haubert à une femme » est répertorié dans le Dictionnaire érotique de Bidler.   39 Vulves. « Rembourreux d’enffumés cabas [culs] :/ Laisser vous fault vostre mestier/ Sans plus fourbir ces vielz harnas. » (Ballade.) Étrenner = dépuceler.   40 C’est effectivement le vrai début de la pièce. Une jeune femme mal mariée va chez sa voisine Agnès, une veuve quelque peu entremetteuse.   41 Lacets, liens du mariage.   42 Esclave.   43 D’avoir une érection. « Il point droictement sur le dart. » Le Povre Jouhan.   44 De la braguette ? L’expression exacte est : « Savoir –ou entendre– le contrepoint. » C’est-à-dire, être habile dans les choses de l’amour. Mais par métonymie, un pourpoint est aussi un amant : « Vous voulez trop souvent/ Estre couverte d’ung pourpoint ! » Les botines Gaultier, F 9.   45 Tiré.   46 BM : Tout  (J’y trouve.)   47 Celui qui a combiné de. Les parents mariaient souvent leurs filles à des vieux barbons, d’où le nombre de cocus.   48 Hypocrite.   49 Suppléer. Encore très lu à cette époque, le Roman de la Rose <Lettres gothiques, vv. 19633-19680> développe une longue métaphore sur l’écriture et le coït ; on y voit par exemple Orphée, l’inventeur de la pédérastie, « qui ne set arer [labourer] ne escrire/ Ne forgier en la droite [bonne] forge ». Quant à ses adeptes qui « pervertissent l’escripture », il faut que « les greffes [leur stylet] leur soient tollu [coupé],/ Quant escrire n’en ont vollu/ Dedenz les précieuses tables [vulves]/ Qui leur estoient convenables ».   50 Pénurie. « J’ey du jeu d’aymer grand soufreste. » Sermon joyeulx de la Fille esgarée, LV 44.   51 BM : pey  (Poy = peu.)  Avoir la langue un peu secrète : être discret.   52 « [Frère Colin] confessa tant l’une des plus jeunettes,/ Qu’à son plaisir la fit mettre à l’envers. » Germain Colin.   53 Sans connaître, sans faire. « Luy monstrer comme Jean à sa mère le fait. » Mathurin Régnier.   54 Nouveau moine.   55 Pitié.   56 Trop long (voir ma notice). Faut-il lire Guilbert ? « Assemblées en la présence dudit nostre vénérable Frère Guilbert en nostre chapitre, au son de la cloche. » Histoire et antiquitéz du païs de Beauvaisis.   57 Le discours du frère, puisé aux meilleures sources de la poésie courtoise, manque de verdeur. La femme lui tend la perche (si j’ose dire) en jouant sur le double sens de emmancher : amorcer, et pénétrer. « N’est-il pas temps que vous emmenche ?/ Du temps perdu je suis marry,/ N’en desplaize à vostre mary. » Des Périers.   58 À ceux qui souffrent de la misère sexuelle.   59 Sacher = arracher.   60 Coït. « Ne furent culz de putain sans hutin. » Ballade.   61 Si je marche sur des œufs, si je suis sur mes gardes. Mais œufs = testicules : « Une prébende de moine, qui est une saucisse entre deux œufs. » Joyeusetéz.   62 J’éjaculerai sur vos seins pour ne pas vous inséminer. Baume (de vie) = sperme : « Le mary couche avec sa femme,/ Et lors s’i fourre si avant,/ Qu’ainçois qu’il soit soleil levant,/ Empli a le tonneau de basme. » Jehan Divry.   63 BM : en  (Ce vieux chien aura le plaisir de trouver le pâturage de sa femme labouré.)   64 Hersé, labouré. Cf. Raoullet Ployart.   65 S’en tire à trop bon compte. Ici, elle rentre à la maison.   66 Je veux que vous me mettiez un peu mon bas de chausse. Jeu de mots involontaire : engainer = coïter. « Puis Martin jusche, et lourdement engaine. » (Clément Marot.)   67 Votre bas de chausse est trop disloqué. Mais bas = pénis.   68 À la manière des barbares turcs, qui passaient pour des sodomites indécrottables. « Qu’avecques moy elle s’en vienne,/ Et je luy bauldray ung clistoire/ Qu’on dit barbarin. » (Une femme à qui son voisin baille ung clistoire, F 28.) Voir note 70.   69 S’il vous manque quelque chose.   70 « La maladye de la trop-fille », comme on l’appelle dans Tout-ménage, tourmente aussi Perrete dans la farce de Frère Phillebert (LV 63) : pour la guérir, il faut que « Dieu luy doinct chose qui se dresse ». Et donc, frère Phillebert lui prescrit « un bon clistère barbarin ».   71 Dans la juste observance de la prescription de Celse : Semel in hebdomada [une seule fois par semaine].   72 Ce n’est bon que pour m’affamer. Le jeu de mots sur « femme » est réservé aux lecteurs.   73 J’aimerais tout autant n’avoir rien.   74 D’être côchée, saillie comme une poule par un coq. (Idem vers 239.) « Les cerfs rutent, les poissons frayent, les cocqs côchent. » Béroalde de Verville.   75 Référence à Charles d’Orléans, et surtout à Villon : « Je meurs de seuf auprès de la fontaine. »   76 BM : st rebatu  (Trébattu = transpercé <Godefroy>. « Une pluie tant grosse et sy espesse dont li uns et ly aultres furent tous moulliés et trèsbatus. » Froissart.)   77 Tellement j’ai battu votre con. Cf. Gratien Du Pont, vers 165.   78 D’ailleurs, au surplus.   79 BM : Ca este de  (Ce vers préfigure le dénouement.)   80 Exclamation. « Pourquoy cela ? Pourquoy, béchire !…./ Béchire ! celle fille-là/ Ne m’aime point. » (Les Enfans de Borgneux, F 27.) C’est peut-être une variante normanno-picarde de l’interjection « pécherre ! » [pécheur] : « Ha ! las, péchierres ! » (Godefroy.)   81 BM : crarins  (J’ai si peur pour l’apparence de mon bébé. On passait toutes ses « envies » à une femme enceinte, « affin que le fruit qu’elle porte n’en apporte enseigne [aucun stigmate] sur son corps ». Évangiles des Quenouilles.)   82 Que vous désiriez de la nourriture crue ou cuite. Elle la préfère crue : « [Ce Cordelier] demanda à toute l’assistence des femmes si elles ne sçavoient que c’estoit de manger de la chair crue de nuict. » Marguerite de Navarre.   83 BM : montom  (Elle veut du collier de mouton.)   84 Ce « tout droit » moqueur, précédé par un « entendez-vous » insistant, laisse penser que le produit blanc qu’elle a eu pendant sa nuit de noces n’était pas du flan…   85 Je ne peux plus y tenir, présentement.   86 Le moine soliloque dans la rue. Cette habile transition permet de faire passer la nuit et d’arriver au matin.   87 Tu me tiens par l’oreille… ou par les couilles (note 7).   88 BM met ce titre sous la rubrique. Or, ce rondeau simple de 12 vers commence au vers 193. Il était chanté.   89 Qui est pareille à, qui semble.   90 De les besogner toutes pour celle-là. « Voulez-vous bien que je vous sengle/ Par le ventre ? » Le Cousturier et son varlet, LV 20.   91 Je prépare à.   92 BM ajoute : & ce. [etc.]  Il n’est pas utile de résoudre la clausule à racine du refrain.   93 BM : la  (Pour peu que j’aie accès à ta personne.)   94 Si un peu je m’émerveille pour une autre.   95 Le couple est couché dans un lit.   96 Achetez à bon marché. Elle souhaite que son époux marchande longuement pour qu’il rentre plus tard.   97 Il sort, et le moine entre. La femme reste au lit.   98 J’arrive au bon moment. Mais à point = en érection. Cf. les Sotz fourréz de malice, vers 361.   99 Il accroche son pourpoint et son haut-de-chausses à un clou, ne conservant que sa chemise longue, puis il entre dans le lit. On admirera la décence de l’auteur, qui laisse un vêtement à ses personnages : à cette époque, on dormait nu.   100 L’épreuve. Mais aussi, un coup d’épée : « Avec l’espée rabatue, je donne simplement une touche. » Tabourot.   101 Ni panier, ni poche. Le bissac est un sac à deux poches : on le porte sur une épaule ou sur le col, et les poches pendent de part et d’autre, comme les jambes d’un pantalon.   102 Vers manquant. Vitaille = victuailles (Capitaine Mal-en-point, vers 428 et 719), mais aussi provision de vits (Chambèrières, vers 31). Ce même sac à vits deviendra un « sac à couilles » au vers 377.   103 Il frappe à la porte de sa maison.   104 Saint Jean.   105 Le moine appartient à l’Ordre des franciscains, fondé par saint François d’Assise, qui est encore invoqué à 374.   106 BM : en da  (« Par mon enda ! » est un juron féminin. Voir Godefroy.)   107 Mussez-vous, cachez-vous.   108 « Mais de grand peur le cul me tremble. » Le Marchant de pommes, LV 71.   109 Aussi, j’ai très peur pour votre instrument. Ce vieil époux conciliant n’est pas bien dangereux (scène IV) ; mais sa femme joue d’une manière sadique avec la pleutrerie du franciscain en lui rappelant la mésaventure d’Abélard, « qui chastré fut et puis moyne » (Villon).   110 Action de hocher une femme (vers 359).   111 Jeune jars qu’on a châtré pour qu’il n’importune pas les oies.   112 Que des poils : « Agneaulx de divers plumaiges. » (Godefroy.) Autrement dit, je n’aurai plus de couilles au cul. Même l’anatomiste Rabelais considère que les couilles sont pendues au cul : « Je te monstreray par évidence que tes couillons pendent au cul d’ung veau, coquart ! » (Quart Livre, 21.)   113 BM : en gaigne  (S’engaigner = s’irriter. « La femme à son mari s’engagne,/ Qui despend [dépense] son bien sans raison. » Godefroy.)   114 Fou furieux.   115 Secoué.   116 L’amant est bien sous le coffre, et pas dedans, sinon le public ne pourrait ni l’entendre, ni le voir. Beaucoup de coffres médiévaux étaient surélevés par des pieds, comme celui-ci (Musée de Cluny).   117 BM : la cul  (Bouté à l’accul = acculé.)   118 BM : col  (Le moine, accroupi en grenouille <vers 262>, a caché son buste sous le coffre, mais son postérieur dénudé reste visible. Sa maîtresse va poser du linge dessus.)   119 Il sent peut-être un avant-goût du pet qui va venir à 281.   120 BM imprime ainsi ce vers difficile : Son my ra ie seray asseure (Si on m’y reprend <vb « ravoir »>, je me ferai creuseur de tunnels.)  Ma conjecture permet d’obtenir une rime riche et un sens logique.   121 Elle ouvre, et son mari entre.   122 Dans la posture d’une rainette, genoux pliés et cuisses écartées. Pour plus de confort, il met sous ses genoux le bissac que la femme avait posé la veille sur le coffre (vers 272-273).   123 Je suis fichu. Idem vers 383.   124 Pénis. Cf. Raoullet Ployart, vers 29.   125 BM : en creste  (Le gland rouge est comparé à la crête d’un coq <note 129> : « Oncques creste de coq/ Ne fut plus rouge que le manche. » Le Faulconnier de ville.)   126 L’église de Meulers <note 235> est consacrée à saint Valéry.   127 En pitié, et qu’il prenne tout ce que j’ai en compensation.   128 « La robille, c’est à sçavoir tous ses vestemens, robes, chaperons, ceintures. » Guillaume Terrien.   129 Mon pénis. Dérivé de coq (anglais cock). « À qui vendez-vous voz coquilles,/ Entre vous, amans pèlerins ?/ Vous cuidez bien, par voz engins,/ À tous pertuis trouver chevilles. » (Charles d’Orléans.) Saint Coquilbault est un saint priapique invoqué contre la stérilité <note 149>.   130 Il ne peut se retenir de péter.   131 Humblement. Mais aussi : aplati sur le sol.   132 Une odeur de pet.   133 BM attribue ce vers au frère Guillebert ; or, il est dit par la femme, qui assume le pet afin de couvrir son amant. Male pu(an)teur = mauvaise odeur. Jeu de mots sur pute.   134 BM : Ouy et de beaulx  (Je n’en ai pas même la peau. Cf. l’actuel « Peau de balle ! ».)   135 Le linge.   136 Dans une cachette.   137 Ce testament paralyse l’action pendant 35 vers ; il a peut-être été mis là par l’auteur du sermon initial, où on trouvait déjà la forme rare du septain à refrain. Depuis François Villon, les testaments burlesques inspiraient les auteurs de farces. Voir par exemple le Testament Pathelin : « Et faire ung mot de testament. »   138 BM : maccueillir  (Cuillère = pénis. « –Mon mari l’a menu, mais il est long. –Bien, voilà qui est bon, quand la cueiller va jusqu’au fonds du pot. » Béroalde de Verville.)   139 BM : quant  (Le couiller désigne les bourses. Idem vers 346.)   140 BM : iay este   141 BM : veoir  (Pour vrai, en vérité. Il s’agit de la femme qui est dans le lit.)   142 Ce refrain est un décasyllabe à césure médiane, ce qui était fort rare. Sa musique en rappelle un autre, tout aussi interrogatif et suppliant, celui de l’Épistre de François Villon : « Le lesserez là, le povre Villon ? »   143 C’est toujours la métonymie symbolisant les femmes (note 32).   144 Pointus comme le bec des linottes.   145 Custodi nos ! Cet impératif a subi l’attraction du génitif custodis [du geôlier] : il désigne ici le sexe des femmes, qui garde prisonnier celui des hommes.   146 Mon pénis (vers 7) et mes breloques.   147 Tranches de lard salé : entre des cuisses maigres.   148 Entre des cuisses grasses. « Et couldre jambons et andouilles/ Tant que le lait en monte aux têtes. » Villon.   149 Les femmes qui ne parvenaient pas à procréer se frottaient avec les reliques de certains saints. À défaut d’un saint Guillebert, on pouvait par exemple invoquer son quasi homonyme saint Couillebaud. « Quant aux brayes [de S. François ou ses disciples], miraclifiquement elles faisoyent enfler le ventre aux femmes qui de nature estoyent stériles…. Combien de femmes brehaignes [stériles] sont devenues joyeuses mères de beaux enfans pour avoir baisé les brayes de S. François ? » (Henri Estienne.)   150 Le coït, l’action de baguer le pénis du mari : « –Et ! que je manye vostre chose…./ –Vous ne parlez que de bagaige. » (Farce de Jolyet, BM 5.) Passer la bague au doigt est connu comme un rite phallique : « Pour enfiler la bague et rembourer le bas/ De celle qu’il avoit choisi pour ses esbats. » (Th. de Viau.)   151 BM : recourir  (Cela vous sera d’un grand secours.)   152 Aux muguets [jeunes galants] qui grattent leur muguet [mycose syphilitique]. « Soupçonnant qu’un muguet ne luy fasse l’amour. » (Satyre Ménippée.) « La syphilis déguisée sous la forme d’un muguet très-intense. » (Archives générales de médecine.)   153 BM : Quon  (Appareils = pansements : « Vous nettoyerez la playe après en avoir ôté le premier apareil. »)  On mettra leur pansement sur le sexe de leur femme.   154 Si la chance en est, si elle est de la partie.   155 Ils frapperont mieux, au sens libre.   156 BM : launnt leurs brongues  (En rinçant leur gorge.)   157 BM : sotir  (Saurir = sécher comme un hareng saur. « Que nul ne puisse sorir, en la ville de Paris, harenc. » Godefroy.)   158 Et non pas du diable : cela portait malheur.   159 On reconnaît ici le début de l’extrême-onction. Mais la suite est un joyeux fatras où surnagent quelques bribes mal digérées. Quand ils ont peur, les hommes d’Église en perdent leur latin : cf. la Confession du Brigant. André Tissier <p.246> s’est évertué à traduire ce collage ; saluons son travail méritoire : « À moins que, Seigneur, / ton esprit ne soit fatigué d’être sollicité, / je confesse au Dieu du ciel, / pour que le chœur des prophètes puisse… »   160 Sedet spiritum eût été un peu moins aberrant, mais on n’en est plus là.   161 Pénis. Cf. le Faulconnier de ville, vers 54-78. Rime avec « vaton ».   162 Je diffère, je me retiens.   163 Les cheveux qui encerclent ma tonsure monacale, pour lui inspirer du respect.   164 Tourmentes.   165 BM : tesniers  (Au contraire de cet hapax, témoins, du latin testis, est couramment employé dans le sens de testicules : « Et que j’ay, comme maint moines,/ Queue roide et tesmoings velus. » Eustache Deschamps.)  Pelus = poilus.   166 Qu’est-ce qui est pendu à ce clou ? Dans la pénombre matinale, Robin prendra les chausses du moine pour son bissac (note 99).   167 C’est lui (idem vers 381). En bon vieillard myope et gâteux, il parle ensuite au bissac, qu’il vouvoie.   168 Copuler. Cf. le Monde qu’on faict paistre, note 58.   169 Avant mon départ. « Baisez-moy, mon doulx plaisir,/ Au moins, à vo’ département. » Le Povre Jouhan.   170 Ne lésinez plus sur les ébats sexuels. « Sa femme,/ Qui de son clerc prenoit esbatement. » Joyeusetéz, XIII.   171 L’amour : « Quant venez pour faire le cas/ Avec moy. » (Le Badin qui se loue, BM 11.) Le mari s’en va, et Guillebert sort de sa cachette.   172 Pelée [décalottée] = verge. « [Elle] a porté verge pelée…./ Trop est vielle sa puterie. » Roman de Renart.   173 BM : a il prins  (« Gibet » renforce l’interrogation : cf. Maistre Mymin, vers 303.)   174 BM : apporte   175 De retour, quand il s’apercevra qu’il n’a pas son bissac.   176 BM : Guilleret   177 BM : rairez vous  (Lairrez = laisserez.)   178 BM : Ronge  (Vous ne m’y ferez plus avoir le cul rouge : le moine a eu les fesses rougies par le froid <vers 275>, mais il a surtout failli avoir le cul ensanglanté par la castration.)   179 BM : ma despoille  (Dès que j’aurai repris les vêtements dont je m’étais dépouillé.)   180 On scande « wé-té », comme on scande « wé » aux vers 183 et 377. Cf. ma préface.   181 BM : trouverra  (Il est si myope qu’il ne me verra pas dans la rue encore obscure.)   182 Il s’enfuit en pourpoint, et toujours en chemise longue.   183 Heur = chance.   184 Elle va chez sa voisine Agnès.   185 BM : bien expert  (Comme il appert = apparemment.)   186 En pleurant.   187 Avec elles.   188 C’est bien dit (avec une nuance ironique : la bouche qui expulse des mots est assimilée à un anus). Cf. le Faulconnier de ville, vers 297.   189 BM : fist  (Et pourtant, je n’ai tiré qu’un pauvre coup.)   190 Contrôlez-vous.   191 BM : doys  (Voys = vais. Elle rentre chez elle, tandis qu’Agnès guette le retour de Robin.)  Trotter menu = courir vite. Cf. Trote-menu et Mirre-loret.   192 Il examine le « bissac » malodorant qu’il portait sur son col.   193 Au vers 182, sa femme réclamait des moules au féminin, mais elle voulait des moules au masculin, c’est-à-dire des godemichés. « [Elle] en fut quitte pour faire élection des plus gros moules qu’elle pouvoit trouver…. Elle en fit tenter le gué [sonder son passage] par des plus menus et petits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands. » Brantôme.   194 Me fait-on cocu ?   195 BM : fresaye  (Je vous promets une bonne fracture ! « Ceulx recevans coulps de poings ou de baston, dont n’y auroit blessure ou froisseure. » Loix, chartres et coutumes.)   196 Vous baisera (note 74) : je vous expédierai en Enfer.   197 Marcou, gros chat reproducteur.   198 BM : te   199 Ces deux vers visent l’amant de sa femme. Foutiner = donner des coups de verges… ou de verge.   200 Un prêtre.   201 Il déblatère de nouveau contre sa femme.  BM : huihot  (Buhot = orifice anal <Matsumura, Dictionnaire, p.474>.)   202 Un huihot, ou wihot, est un mari trompé : « Huyho, qui est à dire en françois : coux [cocu]. » (Godefroy.) « Ce mot Huyau est un synonyme de Huet » (Ducatiana.) Huet est un prénom de cocu entériné par les nombreuses variantes de l’expression « appeler Huet » (voir leur liste complète dans l’article HUET ), qui devient ici « appeler Huot ». Dans le fabliau des Braies le priestre, le cocu se fait traiter de huihot.   203 Pourvu, fait un cadeau empoisonné.   204 Il pleure : cf. le Munyer, vers 115 et note 57. Envoyer côcher = envoyer se faire foutre.   205 Ait voulu. Se méporter = mal se comporter. Idem vers 498.   206 BM : le   207 Il montre les chausses.   208 La sagesse de ma femme.   209 Que Dieu m’assiste ! Idem vers 502.   210 BM : femme   211 BM : esprouue  (Esponné = épuisé. Rimait déjà avec « estonné » aux vers 59-61.)   212 Quand on arrive à se procurer ce trésor. Un des modèles de notre farce est une facétie de Pogge intitulée en français Des reliques des brayes sainct François : « Pour ravoir ses brayes publicquement comme ung très sainct joyau. »   213 Réciter le Credo.   214 Accomplir le devoir conjugal. « Si l’espousée estoit point, la nuyt, morte ;/ Et si l’espoux avoit faict son devoir. » Marot.   215 Si les religieux ne nous avaient pas connues charnellement.   216 BM : ie   217 Au couvent des franciscains. La farce a dû être écrite pour Rouen, comme une bonne partie du théâtre comique de cette époque.   218 Ils vont retrouver la femme à la maison.   219 Je me suis trompé. Agnès l’interrompt vite pour informer la femme de son subterfuge.   220 Ce qu’il s’imaginait.   221 De bruit.   222 Il devenait fou. Cf. le Gentil homme et son page : « Je ne sçay plus comme je suys. »   223 M’en avertissait : je m’en suis douté.   224 Dans de la fiente. Rime avec cians.   225 BM : ny pensis  (Je n’en avais jamais vu. « Et puis allèrent plusieurs aultres femmes au convent faire honneur aux brayes de sainct François, [elles] qui jamais ne les avoient veues. » Pogge.)   226 Elle voit passer frère Guillebert devant la porte restée ouverte. Il a eu le temps de retourner au couvent pour revêtir son froc.   227 Il appelle le moine.   228 BM : choses  (La confusion s’explique : choses = parties sexuelles.)   229 De plaid, de discussions.   230 « Prindrent les Religieux celles brayes, et les firent baiser au mary et à tous les assistans. » Pogge.   231 On attendrait « l’haleine ». Laine = poils du pubis.   232 De votre laine, ou de votre alêne [poinçon] : « –C’est trèsgrand peine/ Que de ramonner à journée./ –Voyre, pour gens à courte alaine. » (Le Ramonneur de cheminées, BM 36.) La femme réclame un bon coup du goupillon avec lequel Guillebert bénit les protagonistes ; on se croirait dans la farce des Chambèrières.   233 Se place dans la procession selon son rang.   234 Prenez en patience l’infidélité de votre épouse.   235 Cette signature garde son mystère. Il y avait peut-être des jeunes clercs à Meulers, près de Dieppe. Mais « jeune clergie » pourrait traduire « frère mineur » ; or, les franciscains se nommaient officiellement « Ordre des frères mineurs ». Et le fabliau des Braies au Cordelier stipule bien : « les braies d’un Frère Menor. » Ce que confirme Henri Estienne dans l’Apologie pour Hérodote : « Ce furent les brayes de S. François qui couvrirent le déshonneur du haut-de-chausse qui avoit esté laissé par le Frère Mineur. » Plusieurs médiévistes voient dans les lettres MPU la date MDV : 1505.

 

Publicités

TROTE-MENU ET MIRRE-LORET

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

*

TROTE-MENU  & 

MIRRE-LORET

*

 

Ce dialogue scatologique fut joué vers la fin du XVème siècle, à Paris, probablement sur le parvis de l’ancienne église Saint-Eustache, dans le quartier des Halles.

La paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois entendait percevoir une dîme des paroissiens de Saint-Eustache, qui ne tenaient pas outre mesure à la lui payer. Le présent dialogue est une guerre de religions en miniature que se livrent la paroisse de Saint-Eustache (représentée par Mire-loret1) et celle de Saint-Germain (représentée par Trotte-menu).

Le jeu du « Sot-s’y-met » consiste à placer une pièce de monnaie sur son front ou entre ses genoux serrés ; un joueur aux yeux bandés, ayant les mains derrière le dos, doit l’attraper avec sa langue. Trotte-menu triche : il met la pièce entre ses fesses. Dans les Avantures du baron de Fæneste, Agrippa d’Aubigné décrit un pareil tour lors d’une partie de « saussimet » : « Ces deux genoux estoient les fesses d’un lacquais, où vous fistes tant trévirer la pièce avec la langue, et la poussiez en un vilain pertuis. » La comparaison entre les joues et les fesses était courante : « Voz joues ressemblent vrayment/ À voz deux fesses proprement,/ Tant sont enflées et bouffies. » (Le Pourpoint rétréchy, F 44.)

Source : Recueil Trepperel, n° 7.

Structure : Rimes plates avec 4 triolets.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

*

Sotie nouvelle à deux personnages

trèsbonne et fort joyeuse

*

 

[C’est assavoir :

    Le  Premier   Sot,  TROTE-MENU

    Le  Deusiesme  Sot,  MIRRE-LORET]

*

 

                           Le  Premier  Sot,  TROTE-MENU,  commence

              Ne suis-je pas céans venu             SCÈNE  I

              Assez tost pour nappes escourre2 ?

              Vous ne sçavez qu’est advenu.

              Ne suis-je pas céans venu ?

5      Se je n’eusse troté menu,

              De moy on eust fait de la bourre3.

              Ne suis-je pas céans venu

              Assez tost pour nappes escourre ?

              […………………… -ourre.]

              Ainsi, bouté me suis céans.

10     Escoutez : esse Orléans4 ?

              A ! nénil, j’ay assez loysir.

              Vous me ferez grant desplaisir,

              S’ung peu ne5 me donnez à boyre :

              J’en eusse ung peu meilleur mémoyre6

15     Pour vous racompter des nouvelles.

              Je croy que j’ay les escrouelles7,

              De8 ceste « eaue » que boy souvent.

              Se mon cul n’a ung peu de vent,

              Je suis taillé de tout gaster9.

20     Se vin est mauvais à taster,

              Il regibe10 trop mallement.

              Trèstous les jours tanseulement

              J’en burois bien, ce m’est advis :

              Je dors maintenant tant, envis11,

25     Sans prendre nulle médicine…

              Ceste-là si m’a fait ung signe12 :

              Je ne sçay si je luy ennuye.

              Que du remenant13 d’une truye

              Soit-elle demain desjunée !

 

                            Le  Deusiesme  Sot,  MIRRE-LORET

30     Dieu gard[e] la belle assemblée     SCÈNE  II

              Des deux costés et ou mellieu !

              Bien venu suis14 ceste journée.

              Dieu gard[e] la belle assemblée !

              Je cuide que ma destinée

35     Me devoit [bien] mettre en ce lieu.

              Dieu gard[e] la belle assemblée

              Des deux costés et ou mellieu !

              Heureux seray, par le sang bieu,

              Ou tout malheureux ceste année ;

40     Car j’ay une malle assenée15,

              La meilleure femme du monde :

              Je pry à Dieu qu’i la confonde16

              Pour la mettre en son Paradis !

              J’ay reçu des coups plus de dix,

45     Voyre, trèstous d’une fumelle17.

                Ma mère-grant si fut jumelle :

     Ne fusse pas belle portée ?

      [Mon père-grant l’a espousée :]18

               Si fut en ung cruel martire…

             Cestuy-là ne s’en fait que rire :

50     Pour tant19, plus n’en diray[-je] mot.

                                      TROTE-MENU20

              Le filz à la grosse Margot21,

              Que faictes-vous cy maintenant ?

                                      MIRRE-LORET

              Es-tu pas le petit bigot22

                                      TROTE-MENU

              Le filz à la grosse Margot,

55     Qu’as-tu fait de son amygot23 ?

                                      MIRRE-LORET

               … Qui parloit si bien l’allemant24 ?

                                      TROTE-MENU

              Le filz à la grosse Margot,

              Que faictes-vous cy maintenant ?

              Oncques, puis Caresme-pernant25,

60     Ne te peuz trouver en [la] place.

                                      MIRRE-LORET

              Par le glorieux saint Eustace,

              De quoy il est solempnité26 :

              J’avoye bonne voulenté

              D’enquérir où est ton repaire ;

65     Mais nullement n’en ay que faire,

              Puisqu’ainsi nous sommes trouvés.

              S’aucunement riens vous sçavez

              De nouveau27, au moi[n]s que j’en sache.

                                      TROTE-MENU

              Mort bieu ! J’achetté une vache

70     Dernièrement à ce lendit28,

              Qui porte, ainsi comme on [m’a] dit,

              Veaux et moutons [très]tout ensemble.

                                      MIRRE-LORET

              Pour Dieu ! gardez bien qu’on ne l’emble29 :

              La marchandise est bonne et belle.

75     Quant à moy, je vens la pucelle

              Et macquereau l’ung parmy l’autre.

                                      TROTE-MENU

              Tu es ung bon marchant de peautre30,

              Je l’entens bien à ta devise31.

              Voyrement, quant je me ravise,

80     Jouons à aucun jeu32 nous deux.

                                      MIRRE-LORET

              Et ! par sainct Jaque, je le veulx.

              Avise quel jeu tu veux faire.

              Contre toy, suis content [de] traire

              Chopine de vin à la fois.

85     Touteffoys, se nous fus[si]ons troys,

              Nous serions ung peu mieux sortis33.

                                      TROTE-MENU

              De peu de chose je t’advertis ;

              [Ce, du moins, çà]34 je te diray :

              De ma bource, je tireray

90     Ung grant blanc35 ; et [tout] ou mellieu

              De mon fronc, icy en ce lieu,

              Je l’atacheré36 davant tous.

              Les yeulx bendés auras trèstous ;

              Et se trouver le peux aux dens,

95     Il sera tien37.

                                      MIRRE-LORET

                                    Boutes dedens38 !

              Je suis tout rusé de ce fait.

              Mais ce seroit à toy mal fait

              Se me trichois aulcunement.

                                      TROTE-MENU

              Et ! non feray39, tout seurement :

100    Gens y a assez en la place.

             N’estes-vous pas de Saint-Eustace ?

             Vous estes mon voisin prochain.

             Et moy je suis de Saint-Germain40 :

             Jamais ne joueroye à ce tour.

                                       MIRRE-LORET

105    Vous verrez tantost ung beau tour.

             Bende-moy les yeulx, et t’avance

             Appertement41 !

                                      TROTE-MENU

                                     (Grande vaillance

             Ce sera à toy, se tu gaignes !)

             Tourne-toy deçà, se tu daignes42

110    Tu vois bien ?

                                       MIRRE-LORET

                                       Par la Magdaleine !

             Dieu te met[te] en fièvre quartaine

             Se43 plus voy des yeulx que des mains !

             Tous deux sommes cousins germains ;

             Jamais ne te vouldroie tromper.

115    Mais si je le povois atrapper44

                                      TROTE-MENU

             [Et ! tu l’auras] sans nulle doubte.

             Mais tu dois sçavoir somme toute

             Que des mains tu n’y a[uras] touche.

                                      MIRRE-LORET

             Ce seroit à moy grant reprouche.

120    (J’entens bien où tu veulx venir :

             Derrière les vouldrois tenir,

             Sur peine de paier l’amende.)

                                      TROTE-MENU

             Demeure[s] icy en attente

             Tant que je me soys mis à point.

                                      MIRRE-LORET

125    Seigneurs45, je vous diray ung point :

             Qu’il vous plaise de regarder

             Légièrement46, sans point tarder,

             À la monnoye, que soit bonne47.

             [Or] es-tu prest ?

                                      TROTE-MENU

                                           Nul mot ne sonne :

130    Tu me ferois tantost fumer48.

                                      MIRRE-LORET

             Tu [me] verras tantost humer49

             Ce grant blanc à la Bonne Pie50.

                                      TROTE-MENU

             Tu y vas de bonne estampie51 !

             Je croy de vray que tu l’auras.

135    Ha ! grant blanc, tu y demour[r]as ;

             Véci ton dernier sacrement.

                                      MIRRE-LORET

             Il sera à moy voyrement.

             N’esse pas icy ton visaige ?

             Par la mort bieu ! ouÿ, ce croy-je.52

                                      [TROTE-MENU]

140    Hélas ! pour Dieu, ne me mors point !

                                      [MIRRE-LORET]

             Et ! il est si trèsbien à point :

             Nullement ne pourroye faillir.

             Saint Jehan ! je l’ay fait trésaillir53,

             Je l’ay bien sentu à mon nez.

                                      [TROTE-MENU]

145    Vous serez tantost desjunéz54.

                                      MIRRE-LORET

             Il fault tost que tu le remettes.

                                      TROTE-MENU

             Dont premier fault que te remettes

             À la place dont es55 venu.

             Malheur si t’est bien advenu :

150    S’il ne fust chut, il estoit tien.

                                      MIRRE-LORET

             Certes encor(e) sera-il mien :

             Il n’a pas failli, qui recueuvre56.

             Tantost que je soy mis en œuvre !

             Si sera à coup despesché57.

                                      TROTE-MENU

155    Il sera tantost rataché.

             Tien-toy icy tant que soit fait.

                                      MIRRE-LORET

             Si feray-je.

                                      TROTE-MENU58

                                  Le plus parfaict

             Cul qui soit d’icy [jusqu’]à Romme,

             Pour visaige l’auras en forme59.

160    Mais mot ne sonnez, messïeurs.

             Se vous voyez de belles fleurs60,

             Cueillez[-les] pour faire ung boucquet.

             Avant, avant, petit naquet61 !

             C’est fait ; quant vous vouldrez venir…

                                      MIRRE-LORET

165    Quant il me vient au souvenir

             Du bon vin que buré62 tantost,

             Mon cueur dit que m’avance tost.

              Je pense que je n’y faudray63 pas.

                                      TROTE-MENU

             Comment tu y viens pas à pas !

                                      MIRRE-LORET

170    Dea ! je ne sçay pas le chemin.

                                      TROTE-MENU

             Et ! beau sire, tends-moy64 la main.

             Or fais ton devoir, tu es près.

                                      MIRRE-LORET

             Sang bieu ! je sens cy du cyprès,

             Ou des aux, ou du muglias65.

175    Tu fleures tout le faguenas66 !

             Mais quel dëable as-tu mengé ?

             Ton visaige [aus]si est changé :

             Mort bieu, que vécy grosse joue !

             Se c’estoit pour faire la moue !

180    Si sont-ilz belles et nourries…

             Fay-l’en de moy ces mocqueries67 ?

             Plus n’y jo[u]eray, par tous les saincts !

                                      TROTE-MENU

             Comment ! tu y touches des mains ?

                                      MIRRE-LORET

             Non fois68, vraiment, ou que le perde.

185    Mais vraiment je sens de la merde,

             Ou une vesse gâtinoise69.

                                      TROTE-MENU

             (Tu me remplis le cul de noyse :

             Ne scès-tu fort becquer dedens ?)

             Tu vois cy les gens attendans

190    À véoir jouer ce mistère70.

                                      MIRRE-LORET

             Je ne m’en sçauroye plus taire :

             Je sens icy du vent71 de bise.

             Comment ? Vécy bonne divise72.

             Metz-tu meintenant ung béguin73 ?

195    Tu as ton visaige sanguin :

             L’orine74 en devroit estre belle.

                                      TROTE-MENU

             Tu es ung gros villain rebelle :

             Gaigne le grant blanc, dy, coqu75 !

                                      MIRRE-LORET76

             Je regny sainct Gris ! c’est ung cu !!

200    Que le feu saint Anthoine l’arde77 !

             Et le mau saint Front [si] le farde78 !

             Et le mau saint Fiacre79 l’alume !

             M’as-tu fait becquer ceste enclume80,

             Du81 grant blanc que devoye boyre ?

205    Mais par monseigneur saint Grégoire82,

             J’ay beu d’ung trèspuant bruvaige83 !

             Je te combas : voylà mon gaige.

             Saint-Germain est-il si vilain

             Comme toy ? Et ! par Dieu, nennin84 !

210    Mais tous les gens ne vallent guère.

                                      TROTE-MENU

             Se je desploye ma banière85,

             Je te bauldray, si, grant atache86,

             Et y fust ores saint Eustac[h]e.

             Va-t’en, va, harengier foyreux !

                                      MIRRE-LORET

215    Mais toy, paillart tripier87 breneux !

             Vistupères-tu ma parroisse ?

             Je te mettré en tel destresse,

             Sanglant savetier, porte-fais !

                                      TROTE-MENU

             Tu es seigneur du Trou Punays88 !

                                      MIRRE-LORET

220    Et toy, de l’archon de Bourbon89 !

             Tien90 ! cela te semble-il bon ?

             C’est pour une ; vélà pour deux !

             Tu es bien povre malheureux,

             De te prendre à toy plus fort.

                                      TROTE-MENU

225    Haro ! bonnes gens, à la mort !

             Haro ! haro ! Hélas, je seigne.

             Fault-il que je porte l’enseigne91

             De ce cocquin de Saint-Eustace ?

             Encore ay ung noble en ma tasse92

230    Pour luy tenir bon pié et fort.

             Haro ! bonnes gens, à la mort !

                                      MIRRE-LORET

             Pour éviter plus grant discort,

             Je m’en yray de ceste place.

                                      TROTE-MENU

             Prenez-le, le villain a tort !

                                      MIRRE-LORET

235    Pour éviter plus grant discort.

                                      TROTE-MENU

             Hé ! vous voyez bien se j’ay tort ;

             Estes-vous tous pour Saint-Eustace ?

                                      MIRRE-LORET

             Pour éviter plus grant discord,

             Je m’en iray de ceste place.

240    Pour Dieu, que soye en vo[stre] grâce !

             Messïeurs, à Dieu vous comment93.

 

                                      TROTE-MENU    SCÈNE  III

             Il m’a pugny bien asprement.

             Mais il fault que je preigne en gré,94

             Vous priant degré à95 degré.

245    Je m’en iray96 aux Champs jouer,

             Pour véoir le regnart97 trocter.

             Adieu, messïeurs, je vous prie.

             Et98 que Dieu gard la compaignie !

 

                                         EXPLICIT

*

1 Un mirloret est un Sot, un bouffon (Godefroy). Ce personnage appartient au théâtre des basochiens : il servira de premier suppôt à la Basoche dans la sottie Pour le cry de la Bazoche. Voir aussi ma note 27. On peut en conclure que nos deux acteurs sont des basochiens qu’on a embauchés pour animer la fête paroissiale de Saint-Eustache.   2 Pour plier les nappes : pour finir ce qui reste sur les tables.   3 De la charpie.   4 Nos voisins et adversaires. Saint-Eustache côtoyait l’hôtel d’Orléans et la rue d’Orléans-Saint-Honoré.   5 T : vous   6 Quand on alimente l’estomac, on alimente la mémoire : « Et soupperay-je point premier ?/ J’en auray meilleure mémoire. » Celuy qui se confesse à sa voisine, F 2.   7 Inflammation des ganglions lymphatiques du cou.   8 À cause de. Nous comprenons vite que ce n’est pas de l’eau qu’il boit. On scandait « eau-e » en 2 syllabes.   9 Si je ne pète pas, je suis capable d’encrotter ma robe.   10 Il regimbe, il donne la diarrhée.   11 Malgré moi. Trotte-menu est visiblement soûl. Dans la Moralité du Mauvais Riche et du Ladre, le serviteur Trotemenu est tout aussi léthargique : « Haro ! que je suis endormis,/ Paresseux et affétardis ! » Le seul Trotemenu qui porte bien son nom, c’est le messager d’Hérode dans le Geu des Trois Roys : il court tout le temps.   12 Les deux comédiens vont interpeller constamment des spectateurs.   13 Des restes.   14 T : suie  (« En raportant de Court en Court/ Et en estant fin raporteur,/ Bien venu suys au temps qui court. » Décor peint, château du Plessis-Bourré.)   15 Une femme mal satisfaite : « (Je) ne fois chose qui agrée/ Guères à ma mal assenée,/ Dont me fait les groings [la gueule]. » Charles d’Orléans. Cf. le Munyer, vers 34.   16 Qu’il la tue. « Tant de gens mors et confondus. » Godefroy.   17 De la part de cette femelle. Les hommes battus excitaient l’hilarité du peuple, comme au vers 49 (cf. la note 30 du Munyer). Frappé par sa femme et cocu (vers 198), Mire-loret passe malgré tout pour un proxénète aux vers 75-76 et 163.   18 Vers manquant. Le pauvre grand-père supportait une épouse en double exemplaire.   19 Pour cela.   20 À partir d’ici, les rubriques portent le pre(mier) et le .II., que je remplace par TROTE-MENU et MIRRE-LORET.   21 C’est-à-dire : fils de pute. La Ballade de la Grosse Margot, de Villon, était déjà célèbre.   22 Prononciation française de by God : « La Grosse Margot,/ Très doulce face et pourtraicture,/ Foy que doy brulare [by Lord] bigot. » (Villon, Testament, 1585.) On donnait ce surnom aux envahisseurs anglais, mais aussi aux Normands, dont on supposait que la mère avait fauté avec un de ces by God. « Moult ont Francheis [les Français] Normans laidis [injurié],/ Et claiment [les appellent] bigos et draschiers [mangeurs d’orge]./ Souvent dient : “Sire, pourquoi/ Ne tollez [ne prenez-vous pas] la terre as bigos ?” » (Wace.)   23 La mère de Mire-loret a donc fauté avec un amigo : ces « routiers » espagnols à la solde du roi étaient certes les amis de la France, mais nul n’oubliait qu’ils y avaient commis de nombreux pillages et viols dans les années 1430.   24 Mire-loret termine la phrase qu’il a entamée au vers 53. Il accuse maintenant Trotte-menu de collaborer avec l’Allemagne, qui désirait alors annexer le duché de Bourgogne.   25 Carême-prenant : les réjouissances carnavalesques et théâtrales du Mardi gras.   26 Cette représentation fut donnée pour la fête paroissiale de Saint-Eustache, le 20 septembre.   27 Les Sots veulent toujours connaître les dernières nouvelles (vers 15). Cf. la note 84 des Premiers gardonnéz. Ces nouvelles ont presque toujours une forme fatrasique permettant à l’auteur de brocarder impunément des faits réels déguisés en histoires de fous. Pour les paroissiens de Saint-Eustache à cette époque, les 10 vers ci-dessous avaient un sens parfaitement clair. « (Les basochiens) introduysoient ordinairement sur l’eschafaut [sur la scène] trois d’entre eux, habillés en Sotz que l’on apelloit vulgairement mirelorets ou soteletz, dont l’un, nommé Rapporte-Nouvelles, interrogé par ses compaignons, leur rapportoit soubz équivoque de noms tous ceux ou celles qu’ils pensoient estre marqués de quelque vice. » Estienne Pasquier.   28 À la foire de Saint-Denis, du 11 au 24 juin.   29 Qu’on ne vous la vole.   30 Double sens : Balle du grain / Paillasse de bordel.   31 À la manière dont tu devises. Idem vers 193.   32 À un jeu : au Sot-s’y-met (v. ma notice). « Nous avions joué force jeux, entr’autres au saussimet : c’est le plus fat [sot] jeu de tous les jeux. » Agrippa d’Aubigné.   33 Pourvus. Au théâtre, les Sots vont généralement par trois.   34 T : Cest du moins sa   35 Une pièce de monnaie valant 13 deniers.   36 Je le collerai en l’humidifiant avec de la salive.   37 Trotte-menu va coller une pièce sur son front, et Mire-loret, les yeux bandés, devra l’attraper avec ses dents.   38 Tope là !   39 T : non  (Je ne le ferai pas : le public y veillera.)   40 Saint-Germain-l’Auxerrois, une paroisse voisine. Voir ma notice.   41 Promptement.   42 Il bande les yeux de Mire-loret.   43 T : Sen  (Se = si.)   44 Le grand blanc.   45 Il s’adresse au public.   46 Discrètement.   47 Que je ne sois pas payé en monnaie de singe, qu’on ne me trompe pas.   48 Mettre en colère. Mais aussi : Répandre du fumier. Dans un pareil contexte, le double sens coprologique est à privilégier.   49 Boire.   50 Plusieurs tavernes arboraient comme enseigne une pie. (Ce mot désignait familièrement la boisson : « Crocquer la pye. ») La Bonne Pie était sise rue de la Chausseterie –l’actuelle rue Saint-Honoré–, à deux pas de Saint-Eustache. Elle était fréquentée par des truands qui, pour plus de discrétion, ne la nommaient qu’en argot : « Si le rouastre [le prévôt] et ses anges/ Nous trovoit à la Gourde Pie. » (Vie de sainct Christofle.) « Je m’en brouay [m’en allai] au Gourd Piard. » (Id.) « Et brouons [nous allons] à la Gourde Pyenche. » (Les Premiers gardonnéz.)   51 D’un bon rythme.   52 T attribue les vers 139, 141 et 142 à Trote-menu, et les vers 140 et 145 à Mirre-loret.   53 Le grand blanc est tombé par terre. Trotte-menu va maintenant le placer au niveau de son coccyx dénudé.   54 Les tavernes servaient des repas.   55 T : est   56 Celui qui rentre dans ses frais n’a pas perdu.   57 Le grand blanc sera vite expédié.   58 Il s’adresse au public.   59 Tu l’auras en guise de visage.   60 Occasionnellement, on imprimait au fer rouge une fleur de lis sur la fesse des prostituées : « Ce sont damoiselles de Dannemarc, marquées à la fesse, qui ne gaignent plus rien…. Les dites damoiselles leur ont donné la vérolle. » (Les Grands jours tenus à Paris.) Mais je ne connais aucun exemple d’une telle flétrissure appliquée à des fesses masculines. On peut voir un anus fleuri dans le rébus de Picardie « Habe mortem præ oculis » : Abbé mort en pré, au cul lys.   61 T : naruet  (Naquet = jeune messager qui transmet des rendez-vous galants : « Tantost les maquereaux, et tantost les naquets,/ Leurs vallets effrontéz. » Jean Vatel.)  Trotte-menu s’adresse de nouveau à Mire-loret.   62 Que je boirai. Mire-loret espère obtenir cet argent pour acheter du vin (vers 132 et 204).   63 Que je n’y faillirai pas.   64 T : tand moy   65 Du baume de Chypre, de l’ail ou du musc.   66 Mauvaise odeur corporelle. Cf. Maistre Pierre Doribus, vers 155.   67 Il vitupère le public, qui se moque de lui.   68 Je ne le fais pas.   69 Jeu de mots sur la vesse (pet silencieux), et la vesce (esparcette à feuilles de vesce, ou sainfoin), une plante mellifère dont les abeilles du Gâtinais faisaient alors un miel réputé.   70 Cette cérémonie. Mais Eugénie Droz pense que notre sottie précédait le Mystère de saint Eustache. S’il s’agit de celui qu’on a joué près de Briançon en 1504, c’est exclu : il est écrit en provençal.   71 « Mire l’oret » veut dire « guette le vent ». Le vent de bise est un pet.   72 Sujet de conversation.   73 Un bonnet. Il a touché le bas de la robe que Trotte-Menu a retroussée au-dessus de son postérieur.   74 On évaluait la santé des gens à la couleur de leur urine, et réciproquement.   75 T : coquin   76 Il ôte son bandeau.   77 Le feu de saint Antoine est le mal des ardents, l’ergotisme.   78 Le mal de saint Front, c’est la lèpre, qui « farde » le visage de ses victimes.   79 T : iehan si  (Le mal de saint Jean, l’épilepsie, ne saurait « allumer » [enflammer] un cul. Le mal de saint Fiacre englobe les hémorroïdes et toutes les inflammations de l’anus : « Les fentes & crevasses du fondement, qu’on appelle mal saint Fiacre. » A. du Pinet.)   80 Embrasser ce postérieur. « Forgés du marteau naturel sur l’enclume de la nature. » Bruscambille.   81 Au lieu du.   82 Jeu de mots banal sur « grègues » : culottes.   83 Pour le pet considéré comme une boisson, voir la Résurrection Jénin à Paulme, vers 233.   84 T : nenil   85 Étendard d’une église ou d’un saint qu’on porte aux processions.   86 Je te baillerai une grande attaque. « Et leur commanda qu’ils allassent vistement attacher l’ennemi. » Godefroy.   87 Les harengères et les tripières étaient les commerçantes les plus mal embouchées ; on voit que des hommes pouvaient leur faire concurrence en matière de grossièreté.   88 Puant. Le Trou Punais était un cloaque proche du Pont-au-Change, dans le quartier Saint-Germain-l’Auxerrois. Cf. Pour porter les présens à la feste des Roys, vers 42.   89 L’arche de Bourbon, dans le quartier Saint-Germain-l’Auxerrois, près du Louvre, était un pont sous lequel s’accumulaient toute sorte d’immondices.   90 Il donne une première gifle à Trotte-menu.   91 La marque. Mais aussi : l’étendard (note 85).   92 J’ai une pièce d’or dans ma bourse.   93 Je vous recommande à Dieu. Mire-loret s’en va.   94 T ajoute un vers : Et vous aussi paraillement   95 T : en  (Petit à petit. « Le capitaine Charry, qui montoit degré à degré. » Blaise de Montluc.)   96 T : vois  (Cf. le vers 239.)  Quand le Sot parisien, d’un naturel peu bucolique, va « aux Champs », il va ordinairement lutiner les demoiselles du Champ-Gaillard. Cf. la Résurrection Jénin à Paulme, note 133.   97 La fourrure de renard qu’exhibent ces dames.   98 T : Cest