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FRÈRE GUILLEBERT

Recueil du British Museum

Recueil du British Museum

*

FRÈRE  GUILLEBERT

*

 

Cette farce normande ou picarde, écrite peut-être en 15051, est inspirée notamment par deux fabliaux : les Braies au Cordelier, et les Braies le priestre. Elle offre un précieux répertoire du vocabulaire érotique ayant cours à son époque. On l’a couplée ultérieurement avec un sermon joyeux2 dans le même ton. Le « héros » du sermon s’appelle Guillebert3, comme en témoigne le vers 67 ; mais celui de la farce avait peut-être un nom plus court : les vers 124, 307, 330 et 503, qui nomment Guillebert, sont trop longs.

Source : Recueil du British Museum, nº 18.

Structure : Sermon joyeux (avec 7 strophes en ababbcC), 2 triolets, abab/bcbc, rimes plates, 5 strophes en ababbcC. La versification est très soignée, les rimes sont riches, ce qui permet de « décorriger » certaines corrections maladroites commises par l’imprimeur.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

*

Farce nouvelle de

Frère Guillebert

trèsbonne et fort joyeuse

*

 

À quatre personnages, c’est assavoir :

    FRÈRE GUILLEBERT

    L’HOMME VIEIL [MARIN]

    SA FEMME JEUNE

  LA COMMÈRE [AGNÈS]

*

                                            FRÈRE  GUILLEBERT  commence        SCÈNE  I

               Foullando in calibistris,

               Intravit per bouchan ventris

              Bidauldus, purgando renes.4

             Noble assistence, retenez

5     Ces motz pleins de dévotion.

           C’est touchant5 l’incarnation

           De l’ymage6 de la brayette

           Qui entre –corps, aureille7 et teste–

           Au précieulx ventre des dames.

10   Si demandez entre voz8, femmes :

           « Or çà, beau Père, quomodo9 ? »

           Le texte dict que foullando

           En foullant10 et faisant zic-zac,

           Le gallant se trouve au bissac11.

15   Entendez-vous bien, mes fillettes ?

           S’on s’encroue12 sur voz mamelettes

           Et qu’on vous chatouille le bas,

           N’en sonnez mot, ce sont esbatz ;

           Et n’en dictes rien à voz mères.

20   De quoy serviroient voz aumoyres13

          Si ne vouliez bouter dedens ?

           Se vous couchez tousjours à dens14,

           Jamais n’aurez les culz meurtris,

    Foullando in calibistris.

25   Gentilz gallans de rond bonnet15,

           Aymantz le [se]xe féminin,

           Gardez se l’atellier16 est net

           Devant que larder le connin17 :

           Car s’on prent en queue le venin18,

30   On est pirs qu’au trou Sainct-Patris19,

    Foullando in calibistris.

           Tétins voussus20, doulces fillettes

           Qui aimez bien faire cela21

           Et, en branlant voz mamelettes,

35   Jamais ne direz « [Hau !] Hollà22 ! »,

           Un point y est23 : guettez-vous là

           Que vous n’ayez fructus ventris24,

    Foullando in calibistris !

           Vous, jeunes dames mariées

40   Qui n’en avez pas à demy25

           [Et n’en estes rassasiées,]

           N’escondissez26 point un amy :

           Car restent27 –fust-il endormy–

           Au papa28 ceulx qui son[t] pestris

    Foullando in calibistris.

45   Je vous recommande, à mon prosne,

           Tous noz frères de robe grise29.

           Je vous promectz, c’est belle aumosne30

           Que faire bien à gens d’Église.

           Grans pardons a31, je vous advise,

50   À leur prester bouchan ventris,

    Foullando in calibistris.

           Plusieurs beaulx testins32 espiés

           Se font « batre » sans nul mercy ;

           Et puis qu’ilz ont des petis piedz

55   Au ventre33, ilz sont en soucy :

           « La[s] ! (se disent), d’où vient cecy ? »

          Et ! le veulx-tu sçavoir, Biétris34 ?

    Intravit per bouchan ventris.

           Un tas de vieilles esponnées35

60   Qui vous font tant de preudefemmes36,

           Il semble qu’ilz soient estonnées

           S’ilz oyent parler qu’on ayme dames ;

           Et ! vous croyez que les infâmes

           Ont tous les bas espoitronnéz37,

65   De servir purgando renes !

           Mes dames, je vous recommande

           Le povre frère Guillebert.

           Se l’une de vous me demande

           Pour fourbir un poy38 son haubert,

70   Approchez, car g’y suis expert.

           Plusieurs harnois39 ay estrénéz,

    Bidauldus purgando renes.

               LA  FEMME  commence 40            SCÈNE  II

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

           Et vous doint santé et soulas !

               LA  COMMÈRE

75   Ha ! ma commère, bien venez !

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès !

               LA  COMMÈRE

           Que maigre et palle devenez !

           Qu’avez-vous, ma commère, hélas ?

               LA  FEMME

           Dieu vous gard, ma commère Agnès,

80   Et vous doint santé et soulas !

           Que cent foys morte me souhaitte !

               LA  COMMÈRE

           Et pourquoy ?

               LA  FEMME

                                        D’estre mise ès lacz41

           D’un vieillart, et ainsi subjette42

           De jour, de nuict, je vous souhette !

85   Mais de poindre43, c’est peu ou point.

           Quel plaisir a une fillette

           À qui le gentil tétin point ?

               LA  COMMÈRE

           Sçait-il plus rien du bas pourpoint44 ?

               LA  FEMME

           Hélas, ma mye, il s’est cassé.

90   S’en un moys un coup est appoint45,

           Il [en] est ainsi tost lassé.

           Je l’ay beau tenir embrassé :

           Trouve46 autant de goust qu’en vieil lard.

           Mauldict soit-il, qui a brassé47

95   Me marier à tel vieillard !

           Quel plaisir d’ung tel papelard48,

           Pour avoir en amour pasture !

               LA  COMMÈRE

           Il vous fault un amy gaillard

           Pour supplier49 à l’escripture.

100  Dieu n’entend point, aussi Nature,

           Que jeunes dames ayent souffrette50.

           Mais cerchez une créature

           Qui ayt la langue un poy51 segrette.

               LA  FEMME

           Il est vray [que] quand on en quette,

105  On est regardé de travers ;

           Mais quoy qu’on jase ou [qu’on] barbette,

           Je jouray de bref à l’anvers52.

           Doibt mon beau cor[p]s pourrir en vers

           Sans voir53 ce que faisoit ma mère ?

110  Vienne, fust-il moyne ou convers54 :

           Je luy presteray mon aumoyre.

               LA  COMMÈRE

           Enda ! c’est bien dict, ma commère.

           J’en ay faict, à mon temps, ainsi.

           C’est une chose bien amère

115  De languir tousjours en soucy.

               LA  FEMME

           Adieu donc, je m’en voys d’icy

           En attendant quelque advantage.

               FRÈRE  GUILLEBERT             SCÈNE  III

           Ma dame, ayez de moy mercy55,

           Ou mourir me fault avant aage.

120  Mon las cœur vous baille en ostage :

           Plaise-vous le mettre à son aise.

           Je vous dis en poy de langaige

           Ce qui me tient en grant mésaise.

               LA  FEMME

           Frère Guil(le)bert56, ne vous desplaise,

125  Ce n’est pas ainsi qu’on amanche57.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Ma mye, je vous pry qu’il vous plaise

           Endurer trois coups de la « lance » :

           C’est belle osmosne, sans doubtance,

           Donner pour Dieu aux souffretteux58.

               LA  FEMME

130  S[i] on savoit nostre accointance,

           Mes gens me saqueroient59 les yeulx.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! nous ferons si bien noz jeux

           Qu’on ne sçaura rien du hutin60.

           S’une foys je suys sur mes œufz61,

135  Je baulmeray62 sur le tétin.

               LA  FEMME

           Venez donc demain, bien matin :

           J’envoyray Marin au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Plaisir sera au63 vieil mastin

           De trouver le pâtis herch(i)é64.

               LA  FEMME

140  Le vieillart a trop bon marché65.

                                           L’HOMME                 SCÈNE  IV

           Et dont vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Que me voulez[-vous donc] si tost ?

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune této[t] ?

145  Que vous [m’]engainez ung petiot66 !

               LA  FEMME

           Vostre « bas » est trop eslauché67

               L’HOMME

           Et d’où vient mon jeune tétot ?

           Je vous ay toute jour cherché.

               LA  FEMME

           Enda ! j’ay le cœur si fâché

150  Que vouldrois estre en Purgatoire !

               L’HOMME

           Vous fault-il ung suppositoire,

           Ou [ung] clistère barbarin68 ?

               LA  FEMME

           Vous m’avez abusée, Marin :

           Avec vous, je vis en langueur.

               L’HOMME

155  Je ne vous bas, ne fais rigueur.

           Demandez-moy s’il vous fault rien69.

               LA  FEMME

           Ce n’est point –vous n’entendez rien–

           Là où me tient la maladie70.

           Voulez-vous que je le vous die ?

160  Je suis par trop jeune pour vous.

               L’HOMME

           En ung moys, je fais mes cinq coups ;

           La sepmaine, ung coup justement71.

               LA  FEMME

           Cela, [ce] n’est qu’afemmement72 !

           J’aymerois tout aussi cher rien73.

               L’HOMME

165  Comment ! Vous vous passiez [très] bien

           De causquéson74, chez vostre mère.

               LA  FEMME

           La douleur est bien plus amère :

           Mourir de soif emprès le puis75 !

               L’HOMME

           Je fais tout le mieulx que je puis.

170  J’en suis, par Dieu, tout trèsbatu76,

           Combien que j’aye combatu77.

           Encor78, vous dictes estre enceinte.

               LA  FEMME

           [C’est d’avoir]79 prié une saincte

           Que pleine suis, de peu de chose…

175  Encor[e] dire ne vous ose

           Sçais bien quoy.

               L’HOMME

                                          Et dictes, bécire80 !

               LA  FEMME

           Marin, mon amy, je désire…

           Las ! je crains81 tant le povre fruict…

               L’HOMME

           Dictes-le-moy : soit cru ou cuit82,

180  Vous me verrez courir la rue.

               LA  FEMME

           Je désire de la morue

           Fresche, des moules, du pain mollet ;

           Et si, vouldrois bien d’ung collet

           D’ung gras mouton83, et d’ung vin doulx.

185  Et si, Marin (entendez-vous ?),

           De cela qui estoit si blanc

           Quand nous mariâmes.

               L’HOMME

                                                         Du flan ?

               LA  FEMME

           Et voyre, vous y estes tout droict84 !

           Je n’en puis durer, [or]endroit85.

               L’HOMME

190  J(e) iray donc demain, bien matin,

           Au marché.

               FRÈRE  GUILLEBERT                 SCÈNE  V

            Hé ! gentil tétin86 !

           Que tant tu me tiens en l’oreille87 !

 

               RONDEAU88

           Pour une qui [bien] s’appareille89

           Ung vray chef-d’œuvre de Nature,

195  Mon corps veulx mettre à l’avanture

           À les sangler pour la pareille90.

 

           Mon corps et membre(s) j’appareille91

           N’escondire pas créature,

           Pour une92.

 

200  Si ton mary dort ou si veille,

           Mais qu(e) accès j’aye à ta93 figure,

           Je veulx que l’on me défigure

           Se point un grain94 je m’esmerveille

           Pour une.

 

               L’HOMME                SCÈNE  VI

205  Il est [grand] temps que je m’esveille95.

           Adieu, je m’en vois au marché.

               LA  FAMME

           Adieu ! Et prenez bon marché96.

           Mais, je vous prie, n’oubliez rien.

               L’HOMME

           Nennin, non, il m’en souvient bien.97

               FRÈRE  GUILLEBERT                SCÈNE  VII

210  Holà, hay ! Je viens bien à point98.

               LA  FEMME

           Oy. Dévestez chausses et pourpoint,

           Et approchez : la place est chaulde.

               FRÈRE  GUILLEBERT  se  despouille 99

           Au moins, y a-il point de fraulde ?

           Je crains la touche100, sur mon âme !

                                          LA  FEMME

215  Pas n’estes digne d’avoir dame,

           Puis que vous estes si paoureux.

               L’HOMME              SCÈNE  VIII

           Et ! suis-je point bien malheureux

           D’avoir oublié mon bissac ?

           Je n’ay pennier, pouche101 ne sac

           [Où pourray mettre la vitaille.]102

220  Il fault bien tost que je m’en aille

           Requérir le mien…

                                                Hay ! holà !103

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! vertu sainct Gens104 ! Qu’esse-là ?

           Monsieur sainct Françoys105 ! que peult-ce estre ?

               LA  FEMME

           Par [mon enda]106 ! C’est nostre maistre.

225  Je croy qu’il se doubte du jeu.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Que c’est ? vostre homme ? Vertu bieu !

           Hélas ! je suys bien malheureux.

           Le dyable m’a faict amoureux,

           Je croy ; ce n’a pas esté Dieu.

               LA  FEMME

230  Muchez-vous107 tost en quelque lieu :

           S’il vous trouve, vous estes frit.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Et ! mon Dieu, je suis bien destruit !

           Vertu sainct Gens ! le cul me tremble108.

           Or çà, s’il nous trouvoit ensemble,

235  Me turoit-il, à vostre advis ?

               LA  FEMME

           Jamais pire homme je ne vis.

           Et si, crains bien vostre instrument109.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Le dyable ayt part au hochement110

           Et à toute la cauquéson !

240  Accoustré seray en oyson111 :

           Je n’auray plus au cul que plume112.

               LA  FEMME

           S’il est engaigné113, il escume ;

           Semble, à veoir, ung homme desvé114.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Hé ! Pater noster et Avé !

245  Vertu bieu ! je suis bien hoché115.

               LA  FEMME

           Las ! mon amy, c’est trop presché ;

           Venez çà, je vous mucheray.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Qui m’en croira, je m’en fuyray,

           Par Dieu, le cas bien entendu.

               LA  FEMME

250  Mais que soyez bien estendu,

           Point ne vous voirra soubz ce coffre116.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Or çà donc, puis que le cas s’offre,

           Me voicy bouté à l’acul117.

           Et ! couvrez-moy un poy le cul118 :

255  Je sens bien le vent119 qui me frappe.

           S’une foys du danger j(e) eschape,

           S’on m’y r’a, je seray sapeur120.

                                           LA  FEMME

           Taisez-vous, n’ayez point de peur ;

           Je vous serviray, si je puis.

               L’HOMME

260  Et puys, hay ! m’ouvrirez-vous l’huis ?

               LA  FEMME 121

           Las ! mon amy, qui vous ramaine ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il me fault cy estendre en raine122.

           Qu’au dyable soit-il ramené !)

               L’HOMME

           Hé ! suis-je point bien fortuné ?

265  J’avois oublié mon bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (À ce coup, je suis à bazac123 :

           Je suis, par Dieu, couché dessus !

           Et ! sainct Frémin et puis Jésus !

           C’est faict, hélas, du povre outil124 !

270  Vray Dieu ! il estoit si gentil,

           Et si gentement encresté125.)

               LA  FEMME

           Je vous l’avois, hier, apresté

           Sur ce coffre avant que coucher.

               L’HOMME

           Couchez-vous, je le voys cercher.

275  Et gardez-vous que n’ayez froid.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Il s’en vient, par Dieu, cy tout droict.

           Hé ! sainct Valéry126 ! Qu’esse-cy ?

           Ha ! s’il me prenoit en mercy127,

           Et qu’il print toute ma robille128

280  Mais hélas ! perdre la coquille129 ?

           Mon Dieu ! c’est pour fienter par tout130.)

               LA  FEMME

           Ne cerchez point là vers ce bout :

           Il n’y est point.

               L’HOMME

                                        Et où est-il don ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Mon Dieu, je demande pardon ;

285  Tout fin plat131, je te cry mercy !)

               L’HOMME

           On sent, par Dieu, cy le vessy132 :

           Vertu sainct Gens, quel puanteur !

               [LA  FEMME]

           Et ! on faict sa malle puteur133.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (S’il estoit aussi tourmenté,

290  Il eust, par Dieu, piéçà fienté.)

               LA  FEMME

           Et puis ? l’avez-vous, Marin ?

               L’HOMME

                                                                 Peaulx134 !

           Point n’est cy parmy les drapeaulx135 ;

           On l’a quelque part mis en mue136.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Je suys mort si je me remue.

295  J’ay desjà le cul descouvert.

           Et pource, frère Guillebert,

           Mourras-tu si piteusement ?

           Deux motz feray de testament137,

           Devant que laisser ma cuiller138

300  Et qu’on139 m’ait couppé le couiller.

           À Cupido, dieu d’amourettes,

           Je laisse mon âme à pourveoir

           Pour la mettre avec des fillettes,

           Car j’estois140 bien aise à les veoir.

305  La dame aura mon cœur, pour voir141,

           Pour qui me fault icy périr.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir142 ?

           Tétins143 poinctifz comme linotz144,

           Qui portent faces angélicques,

310  Pour fourbir leur custodinos145

           Auront l’ymage et mes brelicques146 :

           Ne les logez point parmy flicques147 ;

           Dedens jambons148 les fault nourrir.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

315  Jeunes dames, friantz tétotz,

           Vous aurez mes brayes149 pour tout gaige,

           Pour vous fourbir un poy le dos

           Quant vous avez faict le bagaige150.

           Frotez rains et ventre : g’y gaige,

320  Cela vous fera secourir151.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Aux muguetz, grateurs de pareilz152,

           Laisse ma dernière ordonnance ;

           On153 leur fera leurs appareilz

325  Sur l’orifice de la pance

           De leurs femmes. S’en est la chance154,

           Ilz en auront plus beau férir155.

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?

           Je prie à tous ces bons yvrongnes,

330  Se frère Guillebert est trespassé,

           Qu’ilz disent en [lavant leurs brongnes]156

           […………………………… -ssé :]

           « J’ay bien gardé, le temps passé,

           Mon gentil gosier de sorir157. »

           Frère Guillebert, te fault-il mourir ?)

               L’HOMME

335  Je ne sçay plus où le quérir.

           Il y a de la dyablerie.

               LA  FEMME

           Parlez de la Vierge Marie158 !

               L’HOMME

           Vertu bieu ! je suis trop fasché.

           Si fault-il qu’il soit cy caché.

               FRÈRE  GUILLEBERT

340  (In manus tuas, Domine159

           Nisi quia Domine ne…

           Tedet spiritus160 Et pelli…

           Confiteor, Deo celi…

           Ut queant quod chorus vatum…

345  Hé ! te perdray-je, beau baston161 ?

           C’est faict, ce coup. Povre couiller !

           Il vient, pardieu, tout droict fouiller

           Cy sur moy. Et ! vertu sainct Gens !

           Fault-il tuer ainsi les gens ?

350  Par Dieu ! je varie162 de crier.

           Gaignerois-je rien à prier,

           Et à luy monstrer ma couronne163 ?

           mon Dieu, comme tu me gravonne(s)164 !

           À Dieu, gentilz tesmoins165 pelus !)

               LA  FEMME

355  Mon amy, ne cherchez là plus :

           Qu’est cela pendu à ceste cheville166 ?

               L’HOMME

           Et, çà ! Au dyable, çà ! C’est ille167 !

           Venez, que vous vous faictes chercher.

               Nota qu’il doit prendre le hault-de-chaulses

               à frère Guillebert pour son bissac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           (Encor pourray-je bien hocher168.

360  Vertu sainct Gens, que je suis aise !)

               L’HOMME

           Adieu, ma mye ! Que je vous baise

           Ung poy à mon département169.

               LA  FEMME

           N’espargnez point l’esbatement170.

               L’HOMME

           Je feray le cas171 au retour.

               FRÈRE  GUILLEBERT

365  Par sainct Gens ! revoycy bon tour.

           Encor pourra paistre pelée172.

               LA  FEMME

           Hélas ! j’estois bien désolée :

           Je cuydois qu’il vous mist à sac.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Où, gibet, [print-il]173 ce bissac ?

370  J’estois, par Dieu, couché dessus.

               LA  FEMME

           Et qu’a-il donc emporté174, Jésus ?

           Il sera bien tost cy rapoint175.

               FRÈRE  GUILLEBERT 176

           Par Dieu ! si ne m’y lairez177 point

           Rouge178 cul ravoir, sainct Françoys !

375  Par Nostre Dame ! je m’en vois,

           Mais que j’aye reprins [mes despoilles]179

           Vertu Dieu ! où est mon sac à coilles ?

           Comment ! je ne le trouve point.

               LA  FEMME

           Où est[oit]-il180, frère Gnillebert ?

               FRÈRE  GUILLEBERT

                                              Emprès mon pourpoint,

380  Pendus cy en ceste cheville.

               LA  FEMME

           Hé ! Vierge Marie, ce sont ille

           Qu’il a prins en lieu de bissac.

           Las ! mon Dieu, je suis à bazac :

           Il me tuera, mais qu’il le voye.

               FRÈRE  GUILLEBERT

385  (Ma foy, je m’en voys mettre en voye ;

           Je croy qu’il ne m’y verra181 point.

           Je prandray mon vit à mon poing :

           Mes mains me serviront de brayette.)182

               LA  FEM[M]E

           Hélas ! et suis-je bien meffaicte ?

390  N’est-ce point bien icy malheur ?

           En amours, je n’euz jamais eur183.

           Las ! je ne sçay que deviendray ;

           M’en fuyray-je, ou s[i] l’atendray ?

           Se je l’atens, il me tuera.

395  Je m’en vois veoir que me dira

           Ma commère…184

                                              Hélas, Dieu vous gard !        SCÈNE  IX

               LA  COMMÈRE

           Que vous avez piteux regard !

           Vous n’avez pas esté bastue ?

               LA  FEMME

           Hélas ! ma mye, je suis perdue.

400  Je ne sçauray que devenir.

               LA  COMMÈRE

           Bo[n], il ne fault point tant gémir :

           À tous maulx on trouve remède.

               LA  FEMME

           Donnez-moy conseil et ayde,

           Aultrement, je suis mise à sac.

405  Las ! ma mye, en lieu de bissac,

           Nostre homme a prins, comme [il apert]185,

           Les brayes de frère Guillebert,  plorando 186

           Et s’en va à tout187 au march[i]é.

               LA  COMMÈRE

           Cela, mon Dieu, c’est bien chié188 !

410  N’est-ce aultre chose qui vous point ?

               LA  FEMME

           Ha ! vous ne le congnoissez point :

           Il dira que j’en fais beaucoup ;

           Et si, jamais qu’un povre coup

           N’en fis189, par le prix de mon âme !

               LA  COMMÈRE

415  N’est-ce aultre chose ? Nostre Dame !

           Allez-vous-en à la maison.

           Je luy prouveray par raison

           Que ce sont les brayes sainct Françoys.

           Tenez gestes190, je m’y en vois.

420  Qu’on me fesse se ne l’appaise.

               [LA  FEMME]

           Hé ! mon Dieu, que me faictes aise !

           Je m’en voys191 trotant bien menu.

               L’HOMME              SCÈNE  X

           Me voicy donc tantost venu.

           Mais je suis quasi estouffé

425  Tant le bissac sent l’eschauffé192

           Et ! vertu sainct Gens, qu’esse-cy ?

           Bissac ? A ! Bissac, pardieu, non est :

           C’est l’abit d’un cul guères net,

           Car y voycy l’estuy à couilles.

430  En voulez-vous menger, des « moules »193 ?

           Me le faict-on194 ? Belle froissure195,

           Se je vous tiens, je vous asseure !

           Le dyable vous cauquera196 bien !

           Le diable enport se j’en fais rien,

435  Que n’ayez le gosier couppé !

           [……………………… -pé.]

           Hon ! me voicy bien atourné.

           Le margout197, quand suis retourné,

           Estoit muché en quelque lieu ;

           Ne le198 sçavois-je, vertu Dieu !

440  Je vous eusses bien foutiné199,

           Par Dieu, et fust-ce ung domine200 !

           Vous faictes fourbir le buhot201,

           Et on m’apellera Hu(ih)ot202 ?

           Et ! pardieu, j’en seray vengé.

445  Le grant diable m’a bien engé203

           De vostre corps, belle bourgeoise !

               LA  COMMÈRE            SCÈNE  XI

           Mon compère, vous faictes grand noyse :

           [Et si,] on ne vous a faict rien ?

               L’HOMME

           Vertu bieu ! on m’en baille bien.

450  Est-ce ainsi qu’on envoye les gens

           (Hon ! hon204 !) cauquer ? Vertu sainct Gens !

           La cauquéson sera amère !

               LA  COMMÈRE

           Et ! pensez-vous que ma commère

           Voulsist205, hélas, se mesporter ?

               L’HOMME

455  Le diable la206 puist emporter !  Monstrat caligas. 207

           Voyez : voylà la prudhomie208.

               LA  COMMÈRE

           Las ! mon amy, ne pensez mye

           Qu’il y ait icy de sa faulte.

           Le cœur dedens mon ventre saute,

460  Quant manier je vous les vois :

           Las ! ce sont les bray[e]s sainct Françoys,

           Ung si précieux reliquère.

               L’HOMME

           Et ! vertu sainct Gens, à quoy faire

           Les eust-on mises à ma maison ?

               LA  COMMÈRE

465  Vrayement, il y a bien raison :

           Et ! pensez-vous bien (Dieux avant209 !)

           Que vous eussiez faict un enfant

           Sans l’aide du sainct reliquaire ?

               L’HOMME

           Et pourquoy n’en sçaurois-je faire ?

               LA  COMMÈRE 210

470  Hélas ! vous estes esponné211.

               L’HOMME

           Encor, pardieu, suis estonné

           Comment cecy y peult servir.

               LA  COMMÈRE

           Quant du joyau on peult chevir212,

           Il en fault froter rains et pance

475  Sept foys, et dire sa Créance213 ;

           Puis après, rendre le debvoir214.

           On[c] ne les cuidasmes onc avoir ;

           Encor, s’on ne nous eust congneues215,

           Jamais nous216 ne les eussions eues.

480  Et si, da, les fault renvoyer.

               L’HOMME

           Je les yray donc convoyer

           Moy-mesmes jusques au convent217.

               LA  COMMÈRE

           Frère Guillebert vient souvent :

           Il ne les luy fault que bailler.

               L’HOMME

485  Or bien, donc. Il s’en fault aller

           Pour veoir qu’en dira nostre femme.218

 

           Pardonnez-moy, par Nostre Dame,          SCÈNE  XII

           Ma mye : j’ay failly219 lourdement.

               LA  COMMÈRE

           Vous ne sçavez pas, voyrement,

490  Qu’il estimoit220 de vous, ma mye ?

           Le bon homme ne pensoit mye

           Que eussiez les brayes sainct Françoys,

           Et en faisoit tout plain d’effrois221.

           Il ne sçavoit comme il en estoit222.

               LA  FEMME

495  Le cœur bien me l’admonnestoit223,

           Quand [ne] les ay trouvées ceans.

           J’aymerois mieulx pourrir en fiens224

           Que de me daigner mesporter !

               LA  COMMÈRE

           Ma mye, il les fault reporter.

               LA  FEMME

500  Las ! voyre, il nous ont bien servys.

               L’HOMME

           Par Dieu, ma mye, jamais [n’en vis]225

           Qu’à ceste heure-cy, Dieu avant !

               LA  COMMÈRE 226

           C’est frère Guil(le)bert là-devant.

           Il vaul[droi]t mieulx les luy bailler.

               L’HOMME

505  C’est bien dict.227

                Venez cy parler

           Un petit, s’il vous plaist, beau Père !

               FRÈRE  GUILLEBERT         SCÈNE  XIII

           A-t-on céans de moy affaire ?

           Je croy que ouy, comme je voys.

               LA  FEMME

           Ce sont les chausses228 sainct Françoys,

510  Que remporterez, s’il vous plaist.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Je le feray sans plus de plaict229 ;

           Mais boutez-vous tous à genoulx,

           Affin que le sainct prie pour nous.

           Et si, vous fault baiser tous trois

515  Les brayes de monsieur sainct Françoys230 :

           Vous aurez la laine231 plus doulce.

               LA  FEMME

           Baillez-m’en une bonne touche232,

           Puis qu’en ay eu si grand doulceur…

               FRÈRE  GUILLEBERT

           C’est trèsbien faict, ma bonne seur ;

520  Car c’est un fort beau reliquère.

               L’HOMME

           Allons les reporter, beau Père ;

           Que chascun voyse à son degré233.

               FRÈRE  GUILLEBERT

           Adieu, messieurs : prenez en gré234.

 

FINIS

Du jeune clergie de Meulleurs. 235

M P U

*

1 Voir la note 235. Elle fut imprimée à Rouen par Jehan de Prest, entre 1542 et 1559.   2 Jelle Koopmans l’a inclus dans son Recueil de Sermons joyeux (pp. 585-589). Il a aussi publié, dans la Revue Romane, un article qui éclaire la scénographie : Frère Guillebert : taxinomies et visualisations d’une farce. La meilleure édition de la pièce est due à André Tissier : Recueil de farces, VI, Droz, 1990. Citons encore les trouvailles normandes d’Emmanuel Philipot : Notice sur la farce de Frère Guillebert. (Mélanges Mario Roques, II, 1953.)   3 Ce nom fait penser à couille vert [verge vigoureuse] : « Moynes ? Que le mal feu les arde,/ Tant portent-ilz la couille verd ! » (Les Rapporteurs.) En outre, le guille-là désignait le pénis : voir l’Épitaphe du membre viril de frère Pierre, de Jodelle.   4 En fouillant dans le calibistri, le bidaud entra par la bouche du ventre, purgeant les reins.  Fouiller = coïter : « Fouillez et ne soyez piteux !/ Or fouillez bien au fond du pot ! » (Joyeusetéz, XIII).  Calibistri = vulve : « [Elle] laissa aux Cordeliers d’icy/ Son si joly callibistry. » (Le Duchat.)  Bidaud = pénis : « Maujoinct [la vulve] se mouille,/ Le povre bidault là s’abaisse. » (Le pourpoint fermant à boutons.)  Bouche = vulve : « Mets icy ton gros “doigt”, et bouche/ Bien hardiment ma basse bouche ! » (Parnasse satyrique.)   5 Au sujet de.   6 Statuette, qui de loin, avait l’apparence d’un godemiché. (Voir la morphologie humaine du phallus au vers suivant.) On dit que les nonnes employaient toutes sortes d’objets sacrés à des fins profanes. Cf. aussi le vers 311.   7 Testicules. « Le membre de Colin, deffaict,/ Se retira, penchant l’oreille. » (Cabinet satyrique.) Voir aussi le vers 192.   8 Entre vous. « Entre vos, femmes, (…)/ Vous pouriez demander : “Beau Père,/ Où se prend ce doulx ongnement [sperme] ?” » Sermon joyeulx pour rire, LV 3.   9 De quelle manière ?   10 En copulant. « Et jà montoit dès son jeune aage/ Sur les filles de son village,/ Et les culoit et les fouloit. » (Jodelle.) « Faire zic-zac » [zigzag = va-et-vient] est répertorié par Rose M. Bidler (Dictionnaire érotique. Ancien français, Moyen français, Renaissance). « Eaue de vie [sperme] qui soustient vie [vit]/ Et ziques-zaques au verd-jus [sperme]. » (Une femme à qui son voisin baille ung clistoire, F 28.)   11 Vulve. « Y vous la couche sur le dos,/ Et après cinq ou sis bons mos,/ Feist entrer “Geufray” au bissaq. » L’Oficial, LV 22.   12 Si on se cramponne à.   13 Armoire = ventre (Takeshi Matsumura, Dictionnaire du français médiéval, p.238). Idem au vers 111.   14 À plat ventre.   15 Bacheliers. « Il est bien temps que vous soyez/ Graduées, et que vous ayez/ Sur la teste le bonnet ront. » Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.   16 Regardez si la vulve est saine. « Eussent-ils, sur le déclin de leur aage, bandé à l’attelier de Vénus ? » Jean Dagoneau.   17 Avant d’y pénétrer. « Moy (…) qui sçais proprement mettre l’andouille au pot/ Et larder le connin. » J. de Schelandre.   18 La syphilis.   19 L’entrée du Purgatoire, mais aussi l’anus. Cf. le Gaudisseur, vers 64 et note 7.   20 BM : moussus  (Voussu = bombé, arrondi.)   21 Faire l’amour. « C’est une femme qui a fait/ Cela cent foys sans son mary. » Farce d’un Amoureux, BM 13.   22 Assez ! « Je cuydoys qu’el me dist “ Hollà ! ”,/ Mais elle me disoit : “ Là, là !/ Houssez fort ! ” » Sermon joyeux d’un Ramonneur de cheminées.   23 Il y a un hic. Se guetter = se garder, se méfier.   24 Préservez-vous d’une grossesse. Allusion au « fruit du ventre » de la Vierge Marie. Il est encore question d’un tel fruit au vers 178.   25 Qui n’avez pas la moitié du plaisir que vous souhaiteriez avoir.   26 N’éconduisez pas votre amant.   27 BM : rest &  (Car les enfants conçus pendant que vous copulez avec votre ami seront attribués au père officiel, même s’il dormait.)   28 BM : papar  (Papa = cocu qui reconnaît l’enfant d’un autre. « Et qui qu’en soit le père,/ Tu seras le papa. » Régnault qui se marie, F 7.)   29 Les moines franciscains, très défavorablement connus sous le nom de cordeliers, portaient une robe grise. Frère Guillebert est vêtu de ladite robe pour prononcer le sermon initial, mais il se rend au rendez-vous galant <vers 191> en civil, avec un pourpoint et un haut-de-chausses ; il reparaîtra en robe au vers 507, quand il aura perdu son habit séculier. Rabelais révèle que les béats Pères ne portent point de chausses sous leur froc : voilà pourquoi « leur pauvre membre s’estend en liberté à bride avallée, et leur va ainsi triballant sur les genoulx ». (Pantagruel, 16.)   30 « Mes dames, je suis d’avis que vous mestiez vos jambons parmy nos andouilles : vous ferez belle aumosne. » (Marguerite de Navarre, Propos facétieux d’un Cordelier en ses sermons.) Même expression au vers 128.   31 On gagne beaucoup d’indulgences. La Confession Margot exploite ce thème.   32 Femmes. On trouve cette métonymie aux vers 32, 52, 191 et 308 ; et sous la forme « tétot » aux vers 141 et 315. Épié = pointu comme le sommet d’un clocher, qu’on nommait l’épi ; cf. le vers 87.   33 Depuis qu’elles sont enceintes.   34 « Il y engrossa une gouge/ Qui avoit nom dame Biétrix. » Le Gaudisseur.   35 Épuisées (par la luxure).   36 Qui font tant les bégueules.   37 Ont les fesses usées par les frottements du lit (vers 23). « Une vieille espoitronée. » Roman de Renart.   38 Un peu. « Fourbir le haubert à une femme » est répertorié dans le Dictionnaire érotique de Bidler.   39 Vulves. « Rembourreux d’enffumés cabas [culs] :/ Laisser vous fault vostre mestier/ Sans plus fourbir ces vielz harnas. » (Ballade.) Étrenner = dépuceler.   40 C’est effectivement le vrai début de la pièce. Une jeune femme mal mariée va chez sa voisine Agnès, une veuve quelque peu entremetteuse.   41 Lacets, liens du mariage.   42 Esclave.   43 D’avoir une érection. « Il point droictement sur le dart. » Le Povre Jouhan.   44 De la braguette ? L’expression exacte est : « Savoir –ou entendre– le contrepoint. » C’est-à-dire, être habile dans les choses de l’amour. Mais par métonymie, un pourpoint est aussi un amant : « Vous voulez trop souvent/ Estre couverte d’ung pourpoint ! » Les botines Gaultier, F 9.   45 Tiré.   46 BM : Tout  (J’y trouve.)   47 Celui qui a combiné de. Les parents mariaient souvent leurs filles à des vieux barbons, d’où le nombre de cocus.   48 Hypocrite.   49 Suppléer. Encore très lu à cette époque, le Roman de la Rose <Lettres gothiques, vv. 19633-19680> développe une longue métaphore sur l’écriture et le coït ; on y voit par exemple Orphée, l’inventeur de la pédérastie, « qui ne set arer [labourer] ne escrire/ Ne forgier en la droite [bonne] forge ». Quant à ses adeptes qui « pervertissent l’escripture », il faut que « les greffes [leur stylet] leur soient tollu [coupé],/ Quant escrire n’en ont vollu/ Dedenz les précieuses tables [vulves]/ Qui leur estoient convenables ».   50 Pénurie. « J’ey du jeu d’aymer grand soufreste. » Sermon joyeulx de la Fille esgarée, LV 44.   51 BM : pey  (Poy = peu.)  Avoir la langue un peu secrète : être discret.   52 « [Frère Colin] confessa tant l’une des plus jeunettes,/ Qu’à son plaisir la fit mettre à l’envers. » Germain Colin.   53 Sans connaître, sans faire.   54 Nouveau moine.   55 Pitié.   56 Trop long (voir ma notice). Faut-il lire Guilbert ? « Assemblées en la présence dudit nostre vénérable Frère Guilbert en nostre chapitre, au son de la cloche. » Histoire et antiquitéz du païs de Beauvaisis.   57 Le discours du frère, puisé aux meilleures sources de la poésie courtoise, manque de verdeur. La femme lui tend la perche (si j’ose dire) en jouant sur le double sens de emmancher : amorcer, et pénétrer. « N’est-il pas temps que vous emmenche ?/ Du temps perdu je suis marry,/ N’en desplaize à vostre mary. » Bonaventure Des Périers.   58 À ceux qui souffrent de la misère sexuelle.   59 Sacher = arracher.   60 Coït. « Ne furent culz de putain sans hutin. » Ballade.   61 Si je marche sur des œufs, si je suis sur mes gardes. Mais œufs = testicules : « Une prébende de moine, qui est une saucisse entre deux œufs. » Joyeusetéz.   62 J’éjaculerai sur vos seins pour ne pas vous inséminer. Baume = sperme : « Ce baume précieux qui donne la vie. » Nerciat.   63 BM : en  (Ce vieux chien aura le plaisir de trouver le pâturage de sa femme labouré.)   64 Hersé, labouré. Cf. Raoullet Ployart.   65 S’en tire à trop bon compte. Ici, elle rentre à la maison.   66 Je veux que vous me mettiez un peu mon bas de chausse. Jeu de mots involontaire : engainer = coïter. « Puis Martin jusche, et lourdement engaine. » (Clément Marot.)   67 Votre bas de chausse est trop disloqué. Mais bas = pénis.   68 À la manière des barbares turcs, qui passaient pour des sodomites indécrottables. « Qu’avecques moy elle s’en vienne,/ Et je luy bauldray ung clistoire/ Qu’on dit barbarin. » (Une femme à qui son voisin baille ung clistoire, F 28.) Voir note 70.   69 S’il vous manque quelque chose.   70 « La maladye de la trop-fille », comme on l’appelle dans Tout-ménage, tourmente aussi Perrete dans la farce de Frère Phillebert (LV 63) : pour la guérir, il faut que « Dieu luy doinct chose qui se dresse ». Et donc, frère Phillebert lui prescrit « un bon clistère barbarin ».   71 Dans la juste observance de la prescription de Celse : Semel in hebdomada [une seule fois par semaine].   72 Ce n’est bon que pour m’affamer. Le jeu de mots sur « femme » est réservé aux lecteurs.   73 J’aimerais tout autant n’avoir rien.   74 D’être côchée, saillie comme une poule par un coq. (Idem vers 239.) « Les cerfs rutent, les poissons frayent, les cocqs côchent. » Béroalde de Verville.   75 Référence à Charles d’Orléans, et surtout à Villon : « Je meurs de seuf auprès de la fontaine. »   76 BM : st rebatu  (Trébattu = transpercé <Godefroy>. « Une pluie tant grosse et sy espesse dont li uns et ly aultres furent tous moulliés et trèsbatus. » Froissart.)   77 Tellement j’ai battu votre con. Cf. Gratien Du Pont, vers 165.   78 D’ailleurs, au surplus.   79 BM : Ca este de  (Ce vers préfigure le dénouement.)   80 Exclamation. « Pourquoy cela ? Pourquoy, béchire !…./ Béchire ! celle fille-là/ Ne m’aime point. » (Les Enfans de Borgneux, F 27.) C’est peut-être une variante normanno-picarde de l’interjection « pécherre ! » [pécheur] : « Ha ! las, péchierres ! » (Godefroy.)   81 BM : crarins  (J’ai si peur pour l’apparence de mon bébé. On passait toutes ses « envies » à une femme enceinte, « affin que le fruit qu’elle porte n’en apporte enseigne [aucun stigmate] sur son corps ». Évangiles des Quenouilles.)   82 Que vous désiriez de la nourriture crue ou cuite. Elle la préfère crue : « [Ce Cordelier] demanda à toute l’assistence des femmes si elles ne sçavoient que c’estoit de manger de la chair crue de nuict. » Marguerite de Navarre.   83 BM : montom  (Elle veut du collier de mouton.)   84 Ce « tout droit » moqueur, précédé par un « entendez-vous » insistant, laisse penser que le produit blanc qu’elle a eu pendant sa nuit de noces n’était pas du flan…   85 Je ne peux plus y tenir, présentement.   86 Le moine soliloque dans la rue. Cette habile transition permet de faire passer la nuit et d’arriver au matin.   87 Tu me tiens par l’oreille… ou par les couilles (note 7).   88 BM met ce titre sous la rubrique. Or, ce rondeau simple de 12 vers commence au vers 193. Il était chanté.   89 Qui est pareille à, qui semble.   90 De les besogner toutes pour celle-là. « Voulez-vous bien que je vous sengle/ Par le ventre ? » Le Cousturier et son varlet, LV 20.   91 Je prépare à.   92 BM ajoute : & ce. [etc.]  Il n’est pas utile de résoudre la clausule à racine du refrain.   93 BM : la  (Pour peu que j’aie accès à ta personne.)   94 Si un peu je m’émerveille pour une autre.   95 Le couple est couché dans un lit.   96 Achetez à bon marché. Elle souhaite que son époux marchande longuement pour qu’il rentre plus tard.   97 Il sort, et le moine entre. La femme reste au lit.   98 J’arrive au bon moment. Mais à point = en érection. Cf. les Sotz fourréz de malice, vers 361.   99 Il accroche son pourpoint et son haut-de-chausses à un clou, ne conservant que sa chemise longue, puis il entre dans le lit.   100 L’épreuve. Mais aussi, un coup d’épée : « Avec l’espée rabatue, je donne simplement une touche. » Tabourot.   101 Ni panier, ni poche. Le bissac est un sac à deux poches : on le porte sur le col, et les poches pendent de part et d’autre sur le devant, comme les jambes d’un pantalon.   102 Vers manquant. Vitaille = victuailles (Capitaine Mal-en-point, vers 428 et 719), mais aussi provision de vits (Chambèrières, vers 31). Ce même sac à vits deviendra un « sac à couilles » au vers 377.   103 Il frappe à la porte de sa maison.   104 Saint Jean.   105 Le moine appartient à l’Ordre des franciscains, fondé par saint François d’Assise, qui est encore invoqué à 374.   106 BM : en da  (« Par mon enda ! » est un juron féminin. Voir Godefroy.)   107 Mussez-vous, cachez-vous.   108 « Mais de grand peur le cul me tremble. » Le Marchant de pommes, LV 71.   109 Aussi, j’ai très peur pour votre instrument. Ce vieil époux conciliant n’est pas bien dangereux (scène IV) ; mais sa femme joue d’une manière sadique avec la pleutrerie du moine.   110 Action de hocher une femme (vers 359).   111 Jeune jars qu’on a châtré pour qu’il n’importune pas les oies.   112 Que des poils : « Agneaulx de divers plumaiges. » (Godefroy.) Autrement dit, je n’aurai plus de couilles au cul. Même l’anatomiste Rabelais considère que les couilles sont pendues au cul : « Je te monstreray par évidence que tes couillons pendent au cul d’ung veau, coquart ! » (Quart Livre, 21.)   113 BM : en gaigne  (S’engaigner = s’irriter. « La femme à son mari s’engagne,/ Qui despend [dépense] son bien sans raison. » Godefroy.)   114 Fou furieux.   115 Secoué.   116 L’amant est bien sous le coffre, et pas dedans, sinon le public ne pourrait ni l’entendre, ni le voir. Beaucoup de coffres médiévaux étaient surélevés par des pieds, comme celui-ci (Musée de Cluny).   117 BM : la cul  (Bouté à l’accul = acculé.)   118 BM : col  (Le moine, accroupi en grenouille <vers 262>, a caché son buste sous le coffre, mais son postérieur dénudé reste visible. Sa maîtresse va poser du linge dessus.)   119 Il sent peut-être un avant-goût du pet qui va venir à 281.   120 BM imprime ainsi ce vers difficile : Son my ra ie seray asseure (Si on m’y reprend <vb « ravoir »>, je me ferai creuseur de tunnels.)  Ma conjecture permet d’obtenir une rime riche et un sens logique.   121 Elle ouvre, et son mari entre.   122 Dans la posture d’une rainette, genoux pliés et cuisses écartées. Pour plus de confort, il met sous ses genoux le bissac que la femme avait posé la veille sur le coffre (vers 272-273).   123 Je suis fichu. Idem vers 383.   124 Pénis. Cf. Raoullet Ployart, vers 29.   125 BM : en creste  (Le gland rouge est comparé à la crête d’un coq <note 129> : « Oncques creste de coq/ Ne fut plus rouge que le manche. » Le Faulconnier de ville.)   126 L’église de Meulers <note 235> est consacrée à saint Valéry.   127 En pitié, et qu’il prenne tout ce que j’ai en compensation.   128 « La robille, c’est à sçavoir tous ses vestemens, robes, chaperons, ceintures. » Guillaume Terrien.   129 Mon pénis. Dérivé de coq (anglais cock). « À qui vendez-vous voz coquilles,/ Entre vous, amans pèlerins ?/ Vous cuidez bien, par voz engins,/ À tous pertuis trouver chevilles. » (Charles d’Orléans.) Saint Coquilbault est un saint priapique invoqué contre la stérilité <note 149>.   130 Il ne peut se retenir de péter.   131 Humblement. Mais aussi : aplati sur le sol.   132 Une odeur de pet.   133 BM attribue ce vers au frère Guillebert ; or, il est dit par la femme, qui assume le pet afin de couvrir son amant. Male pu(an)teur = mauvaise odeur. Jeu de mots sur pute.   134 BM : Ouy et de beaulx  (Je n’en ai pas même la peau. Cf. l’actuel « Peau de balle ! ».)   135 Le linge.   136 Dans une cachette.   137 Ce testament paralyse l’action pendant 35 vers ; il a peut-être été mis là par l’auteur du sermon initial, où on trouvait déjà la forme rare du septain à refrain. Depuis François Villon, les testaments burlesques inspiraient les auteurs de farces. Voir par exemple le Testament Pathelin : « Et faire ung mot de testament. »   138 BM : maccueillir  (Cuillère = pénis. « –Mon mari l’a menu, mais il est long. –Bien, voilà qui est bon, quand la cueiller va jusqu’au fonds du pot. » Béroalde de Verville.)   139 BM : quant  (Le couiller désigne les bourses. Idem vers 346.)   140 BM : iay este   141 BM : veoir  (Pour vrai, en vérité. Il s’agit de la femme qui est dans le lit.)   142 Ce refrain est un décasyllabe à césure médiane, ce qui était fort rare. Sa musique en rappelle un autre, tout aussi interrogatif et suppliant, celui de l’Épistre de François Villon : « Le lesserez là, le povre Villon ? »   143 C’est toujours la métonymie symbolisant les femmes (note 32).   144 Pointus comme le bec des linottes.   145 Custodi nos ! Cet impératif a subi l’attraction du génitif custodis [du geôlier] : il désigne ici le sexe des femmes, qui garde prisonnier celui des hommes.   146 Mon pénis (vers 7) et mes breloques.   147 Tranches de lard salé : entre des cuisses maigres.   148 Entre des cuisses grasses. « Et couldre jambons et andouilles/ Tant que le lait en monte aux têtes. » Villon.   149 Les femmes qui ne parvenaient pas à procréer se frottaient avec les reliques de certains saints. À défaut d’un saint Guillebert, on pouvait par exemple invoquer son quasi homonyme saint Couillebaud. « Quant aux brayes [de S. François ou ses disciples], miraclifiquement elles faisoyent enfler le ventre aux femmes qui de nature estoyent stériles…. Combien de femmes brehaignes [stériles] sont devenues joyeuses mères de beaux enfans pour avoir baisé les brayes de S. François ? » (Henri Estienne.)   150 Le coït, l’action de baguer le pénis du mari : « –Et ! que je manye vostre chose…./ –Vous ne parlez que de bagaige. » (Farce de Jolyet, BM 5.) Passer la bague au doigt est connu comme un rite phallique : « Pour enfiler la bague et rembourer le bas/ De celle qu’il avoit choisi pour ses esbats. » (Th. de Viau.)   151 BM : recourir  (Cela vous sera d’un grand secours.)   152 Aux muguets [jeunes galants] qui grattent leur muguet [mycose syphilitique]. « Soupçonnant qu’un muguet ne luy fasse l’amour. » (Satyre Ménippée.) « La syphilis déguisée sous la forme d’un muguet très-intense. » (Archives générales de médecine.)   153 BM : Quon  (Appareils = pansements : « Vous nettoyerez la playe après en avoir ôté le premier apareil. »)  On mettra leur pansement sur le sexe de leur femme.   154 Si la chance en est, si elle est de la partie.   155 Ils frapperont mieux, au sens libre.   156 BM : launnt leurs brongues  (En rinçant leur gorge.)   157 BM : sotir  (Saurir = sécher comme un hareng saur. « Que nul ne puisse sorir, en la ville de Paris, harenc. » Godefroy.)   158 Et non pas du diable : cela portait malheur.   159 On reconnaît ici le début de l’extrême-onction. Mais la suite est un joyeux fatras où surnagent quelques bribes mal digérées. Quand ils ont peur, les hommes d’Église en perdent leur latin : cf. la Confession du Brigant. André Tissier <p.246> s’est évertué à traduire ce collage ; saluons son travail méritoire : « À moins que, Seigneur, / ton esprit ne soit fatigué d’être sollicité, / je confesse au Dieu du ciel, / pour que le chœur des prophètes puisse… »   160 Sedet spiritum eût été un peu moins aberrant, mais on n’en est plus là.   161 Pénis. Cf. le Faulconnier de ville, vers 54-78. Rime avec « vaton ».   162 Je diffère, je me retiens.   163 Les cheveux qui encerclent ma tonsure monacale, pour lui inspirer du respect.   164 Tourmentes.   165 BM : tesniers  (Au contraire de cet hapax, témoins [latin testis] est couramment employé dans le sens de testicules : « Et que j’ay, comme maint moines,/ Queue roide et tesmoings velus. » Eustache Deschamps.)  Pelus = poilus.   166 Qu’est-ce qui est pendu à ce clou ? Dans la pénombre matinale, Robin prendra les chausses du moine pour son bissac (note 99).   167 C’est lui (idem vers 381). En bon vieillard myope et gâteux, il parle ensuite au bissac, qu’il vouvoie.   168 Copuler. Cf. le Monde qu’on faict paistre, note 33.   169 Avant mon départ. « Baisez-moy, mon doulx plaisir,/ Au moins, à vo’ département. » Le Povre Jouhan.   170 Ne lésinez plus sur les ébats sexuels. « Sa femme,/ Qui de son clerc prenoit esbatement. » Joyeusetéz, XIII.   171 L’amour : « Quant venez pour faire le cas/ Avec moy. » (Le Badin qui se loue, BM 11.) Le mari s’en va, et Guillebert sort de sa cachette.   172 Pelée [décalottée] = verge. « [Elle] a porté verge pelée…./ Trop est vielle sa puterie. » Roman de Renart.   173 BM : a il prins  (« Gibet » renforce l’interrogation : cf. Maistre Mymin, vers 303.)   174 BM : apporte   175 De retour, quand il s’apercevra qu’il n’a pas son bissac.   176 BM : Guilleret   177 BM : rairez vous  (Lairrez = laisserez.)   178 BM : Ronge  (Vous ne m’y ferez plus avoir le cul rouge : le moine a eu les fesses rougies par le froid <vers 275>, mais il a surtout failli avoir le cul ensanglanté par la castration.)   179 BM : ma despoille  (Dès que j’aurai repris les vêtements dont je m’étais dépouillé.)   180 On scande « wé-té », comme on scande « wé » aux vers 183 et 377. Cf. ma préface.   181 BM : trouverra  (Il est si myope qu’il ne me verra pas dans la rue encore obscure.)   182 Il s’enfuit en pourpoint, et toujours en chemise longue.   183 Heur = chance.   184 Elle va chez sa voisine Agnès.   185 BM : bien expert  (Comme il appert = apparemment.)   186 En pleurant.   187 Avec elles.   188 C’est bien dit (avec une nuance ironique : la bouche qui expulse des mots est assimilée à un anus). Cf. le Faulconnier de ville, vers 297.   189 BM : fist  (Et pourtant, je n’ai tiré qu’un pauvre coup.)   190 Contrôlez-vous.   191 BM : doys  (Voys = vais. Elle rentre chez elle, tandis qu’Agnès guette le retour de Robin.)  Trotter menu = courir vite. Cf. Trote-menu et Mirre-loret.   192 Il examine le « bissac » malodorant qu’il portait sur son col.   193 Au vers 182, sa femme réclamait des moules au féminin, mais elle voulait des moules au masculin, c’est-à-dire des godemichés. « [Elle] en fut quitte pour faire élection des plus gros moules qu’elle pouvoit trouver…. Elle en fit tenter le gué [sonder son passage] par des plus menus et petits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands. » Brantôme.   194 Me fait-on cocu ?   195 BM : fresaye  (Je vous promets une bonne fracture ! « Ceulx recevans coulps de poings ou de baston, dont n’y auroit blessure ou froisseure. » Loix, chartres et coutumes.)   196 Vous baisera (note 74) : je vous expédierai en Enfer.   197 Marcou, gros chat reproducteur.   198 BM : te   199 Ces deux vers visent l’amant de sa femme. Foutiner = donner des coups de verges… ou de verge.   200 Un prêtre.   201 Il déblatère de nouveau contre sa femme.  BM : huihot  (Buhot = orifice anal <Matsumura, Dictionnaire, p.474>.)   202 Un huihot, ou wihot, est un mari trompé : « Huyho, qui est à dire en françois : coux [cocu]. » (Godefroy.) « Ce mot Huyau est un synonyme de Huet » (Ducatiana.) Huet est un prénom de cocu entériné par les nombreuses variantes de l’expression « appeler Huet » (voir leur liste complète dans l’article HUET ), qui devient ici « appeler Huot ». Dans le fabliau des Braies le priestre, le cocu se fait traiter de huihot.   203 Pourvu, fait un cadeau empoisonné.   204 Il pleure : cf. le Munyer, vers 115 et note 31. Envoyer côcher = envoyer se faire foutre.   205 Ait voulu. Se méporter = mal se comporter. Idem vers 498.   206 BM : le   207 Il montre les chausses.   208 La sagesse de ma femme.   209 Que Dieu m’assiste ! Idem vers 502.   210 BM : femme   211 BM : esprouue  (Esponné = épuisé. Rimait déjà avec « estonné » aux vers 59-61.)   212 Quand on arrive à se procurer ce trésor. Un des modèles de notre farce est une facétie de Pogge intitulée en français Des reliques des brayes sainct François : « Pour ravoir ses brayes publicquement comme ung très sainct joyau. »   213 Réciter le Credo.   214 Accomplir le devoir conjugal. « Si l’espousée estoit point, la nuyt, morte ;/ Et si l’espoux avoit faict son devoir. » Marot.   215 Si les religieux ne nous avaient pas connues charnellement.   216 BM : ie   217 Au couvent des franciscains. La farce a dû être écrite pour Rouen, comme une bonne partie du théâtre comique de cette époque.   218 Ils vont retrouver la femme à la maison.   219 Je me suis trompé. Agnès l’interrompt vite pour informer la femme de son subterfuge.   220 Ce qu’il s’imaginait.   221 De bruit.   222 Il devenait fou. Cf. le Gentil homme et son page : « Je ne sçay plus comme je suys. »   223 M’en avertissait : je m’en suis douté.   224 Dans de la fiente. Rime avec cians.   225 BM : ny pensis  (Je n’en avais jamais vu. « Et puis allèrent plusieurs aultres femmes au convent faire honneur aux brayes de sainct François, [elles] qui jamais ne les avoient veues. » Pogge.)   226 Elle voit passer frère Guillebert devant la porte restée ouverte. Il a eu le temps de retourner au couvent pour revêtir son froc.   227 Il appelle le moine.   228 BM : choses  (La confusion s’explique : choses = parties sexuelles.)   229 De plaid, de discussions.   230 « Prindrent les Religieux celles brayes, et les firent baiser au mary et à tous les assistans. » Pogge.   231 On attendrait « l’haleine ». Laine = poils du pubis.   232 De votre laine, ou de votre alêne [poinçon] : « –C’est trèsgrand peine/ Que de ramonner à journée./ –Voyre, pour gens à courte alaine. » (Le Ramonneur de cheminées, BM 36.) La femme réclame un bon coup du goupillon avec lequel Guillebert bénit les protagonistes ; on se croirait dans la farce des Chambèrières.   233 Se place dans la procession selon son rang.   234 Prenez en patience l’infidélité de votre épouse.   235 Cette signature garde son mystère. Il y avait peut-être des jeunes clercs à Meulers, près de Dieppe. Mais « jeune clergie » pourrait traduire « frère mineur » ; or, les franciscains se nommaient officiellement « Ordre des frères mineurs ». Et le fabliau des Braies au Cordelier stipule bien : « les braies d’un Frère Menor. » Ce que confirme Henri Estienne dans l’Apologie pour Hérodote : « Ce furent les brayes de S. François qui couvrirent le déshonneur du haut-de-chausse qui avoit esté laissé par le Frère Mineur. » Plusieurs médiévistes voient dans les lettres MPU la date MDV : 1505.

 

CONS SENSUELS

Gratien Du Pont

Gratien Du Pont

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CONS  SENSUELS

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Les Grands Rhétoriqueurs et leurs disciples ne reculaient jamais devant un jeu de mots, fût-il obscène. Voici quelques exercices de virtuosité dont les rimes sont constituées d’équivoques sur le mot « con », qui désignait le sexe de la femme.

Si tant d’hommes ne pouvaient « con sentir » (Molinet) et ne voulaient plus être « con tenant » (Lasphrise), c’est que le « con fort » (Collerye) n’était souvent qu’un « flac con » (Rabelais, Tabourot). Dès lors, ceux que le « con tente » (Parnasse satyrique) finissent toujours par le « con battre » (Triumphe de haulte et puissante Dame Vérolle, Franc-archier de Cherré, Sermon joyeux des barbes et des brayes, ou de Saint Velu, lequel est un « con fesseur » de « cons nus »). Étienne Tabourot soupirait : « Compromis, qu’est-ce autre chose qu’une fille qui est fiancée ? Controuvé, c’est de ces putains qui suyvent le hazard, et qui se présentent en un chemin. Consommé, c’est une bonne galoise, ou galeuse [syphilitique], qui est sommée de venir à certaine heure. » Ce grand maître de l’équivoque l’affirmait de source sûre : « Mes dames, on a faict vos maris coquus ; et qui ? Vos cons !0 » Alors, équivoquons… Voici les cons promis¹.

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Tabourot : Ainsi con se trouve

Tabourot : Ainsi con se trouve.

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Quatre  cens  quarante-deux  bourdons 2  par  équivoques

Gratien  Du  Pont,  seigneur  de  Drusac 

(†  avant  1545)

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        Sotz ébétéz mettans au con fiance :

        Las ! vous avez maulvaise confiance.

        À telle beste ne vous fault confier ;

        Ne vous veuillez jamais en con fier !

        Il est bien fol, celluy qui s’y confie.

        Ung homme saige ne se point en con fie.

        Que mauldict soit qui s’y confiera,

        Et qui son corps en nul con fiera !

        Maintz-ungs3, jadiz, se tant au con fièrent

10     Qu’ilz en mauldis[s]ent que tant s’y confièrent.

        Maintz de grandz gens se sont en con fiéz

        Qu’ilz en sont mortz pour s’y estre confiéz.

        Qui corps ou biens en nul con fieront,

        À rien que vaille ne se confieront.

        Seigneurs, qui tant noz corps en con fions :

        Dorénavant, ne nous y confions.

        C’est belle chose que de s’en contenir.

        Peu ne se charge qu(i) entreprend con tenir !

        Bien eureulx est celluy qui s’en contient,

20     Et malheureulx celluy-là qui con tient.

        Vous informer pouvez du contenu

        Avecques cil lequel4 a con tenu.

        De grandz dangiers telles choses contiennent,

        Tesmoings ceulx-là qui, nuict et jour, con tiennent :

        Grandz maulx contiennent et sans fin contiendront.

        Mal en prendra à ceulx qui con tiendront.

        Et pour ce, doncq, de ce nous contenons

        Sans que jamais (vous prie) con tenons.

        De ce, soyons trèstous vrays contenans5,

30     Et jamais plus ne soyons con tenans.

        Saige sera qui bien s’en contiendra,

        Et trèsgrand fol celluy qui con tiendra.

        Quelques moyens qu’on saiche controuver6,

        Ne désirez jamais plus con trouver.

        Par les abuz que pour luy l’on controuve,

        Malheureulx est celluy qui le con trouve !

        Tel dire n’est sans cause controuvé.

        J’en mauldiz l’heure que j’ay oncq con trouvé !

        Qui du contraire, sur ce, controuvera,

40     Est abusé : faulx7 tout con trouvera.

        Sur ce, beaucoup sy bien y controuvèrent

        Que mortz en sont pour ce que con trouvèrent :

        Onc bons remèdes n’y furent controuvéz.

        Maintz sont destruictz pour avoir con trouvéz.

        De meschans tours les femmes y controuvent.

        Mal fortunéz sont ceulx qui les cons trouvent.

        Chose louable point ne controuveront

        Ceulx qui party8, par le con, trouveront.

        Au corps n(e) à l’âme proffit ne controuva

50     Celluy qu(i) user9, premier, du con trouva.

        Pour les avoir, maintz tours y controuvons,

        Que fort nous nuyt, à nous qui con trouvons.

        Sy sommes saiges, plus n’y controuverons ;

        Seurs10 ne serons tant que con trouverons.

        Ce non obstant que bien nous cognoissons

        Qu’il est bien vray que tous, du con, naissons :

        Petitz et grans, telle chose cognoissent

        Que tous humains il fault que du con naissent.

        Tous l’ont cogneu, et tous les cognoistront :

60     Hommes et femmes, trèstous, du con naistront.

        Tel dire vray11 d’un chascun est cogneu :

        Trèstous naissons de ce villain con nud.

        Point autrement nully ne cognoistra,

        Car vrayement, chascun du con naistra.

        De ce, nous sommes trèstous bien cognoissans :

        Saiges et folz sommes du con naissans.

        Fallu nous a trèstous le con sentir ;

        Bon gré, maugré, il s’y fault consentir.

        Si possible est, estre plus consentant

70     Je ne vouldroys : trop est le con sentant12 !

        Tous qui naistront, ilz s’y consentiront ;

        Soient Roys ou Roynes, tous le con sentiront.

        Ceulx devant nous trèstous le con sentirent

        Sans résistance : à ce se consentirent.

        De m’accorder ung chascun soit consent13

        Qu’au faguenas14 vrayement tout con sent.

        Chascun m’en croyre il se consentira ;

        Au moins, celluy qui le con sentira.

        Et mesmement, trèstous nous consentons

80     Qu’aux grasses femmes, trop plus le con sentons.

        Plus n’y approcher ne m’y consentiray ;

        Parquoy, à peine, plus nul con sentiray.

        De les sentir, maintz s’y sont consentiz :

        Bonne senteur oncques du con sentis.

        Plus consentir à ce ne me consens.

        Je rendz ma gorge15 despuis que le con sens !

        Ilz sont bien folz, ceulx-là qui s’y consentent.

        Villaine chose, certes, tous les cons sentent.

        Leur sentement16 n’est pas fort condécent17

90     Au povre corps, quant il du con descend.

        Triste, souvent, suis du con descendu,

        Dont les haÿr me suis condescendu18.

        À telle chose chascun condescendra

        (S’il dit le vray) quant du con descendra.

        Jeunes et vieulx, ilz y condescendront

        (Si bien y pensent) quant du con descendront.

        Maintz oppiniastres y sont condescenduz

        Après qu’ilz furent dudit con descenduz.

        Facilement ilz y condescendirent

100   (Comme me dirent) quant du con descendirent.

        C’est par raison que tous y condescendent

        (Si bien y pensent) ceulx qui du con descendent.

        Il fault que tous nous y condescendons,

        Pour la senteur, quant du con descendons.

        Ne soyons plus de nul con descendans ;

        De les fouyr, soyons condescendans19.

        Maincte on endure, par le con, passion20,

        Qu’à bref parler, grande est compassion.

        Ung, de tel dire, s’en compassionna21 ;

110   Mais despuis, grande, par con, passion a.

        De quoy qui s’en compassionnera,

        Par icelluy con, passion aura.

        J’en suis esté fort compassionné,

        Par quoy maint-une, par con, passion ay.

        Tous ceulx qui s’en compassionneront,

        Par celle beste con, passion auront,

        Qui que s’en veuille rire ou desconforter.

        Bref ! il en sort par trop, des cons, fort air !

        Qui du plaisir, donc, des cons fort aura,

120   Avant long temps s’en desconfortera.

        Qui du confort grand, des cons, fort auront,

        En l’autre monde s’en desconforteront :

        À maintz tormentz celluy fait condamner,

        Et de grans gens le villain con damner !

        À grandes peines maintz en sont condamnéz

        À tout jamais, par ces faulx cons damnéz.

        Ung chascun jour, le grand Dieu en condamne ;

        Grant est le peuple que ce meschant con damne !

        Et qui n’y pense qu’il en condemnera22,

130   Maint-ung paillard, Dieu, par con, damnera.

        Telz desmérites maint-ung condemneront,

        De quoy maintz-ungz, par le con, damneront.

        Semblans péchéz, jadis, maintz condemnèrent

        (L’on lyst de maintz23), lesquelz par con damnèrent.

        Maintz, de parolle, tous les jours condemnons ;

        Mais j’ay grand paour que tous, par con, damnons.

        Au grand Déluge, Dieu beaucoup condemna ;

        Et de ce temps, maint-ung, par con, damna.

        Les saiges-femmes de cela se condamnent,

140   Lesquelles, tous24, par ce meschant con, damnent.

        Sathan en a gaignéz et convaincuz

        Maintz-ungz, lesquelz il a, par con, vaincuz.

        Et si, me doubte que plus en convaincra ;

        Bien fort sera celluy qui con vaincra !

        Plus tost cent hommes cinq cens en convaincront,

        Qu’en cestuy monde, les susdictz, cons vaincront.

        Point ne se trouve que nul ait con vaincu ;

        D’homme mortel ne fust onc convaincu.

        Bref, noz ancestres jamais n’en convainquirent ;

150   Tant gaillardz feussent, oncques nul con vainquirent.

        Et pource donc, qui plus que d’ung con bat,

        Il entreprend ung dangereux combat.

        Il ne sçait pas qu’est-ce que de combatre,

        Cil qu’entreprend de plusïeurs cons batre.

        Ceulx-là qui sont de plusieurs cons batans,

        Foulz arrogans, se monstrent combatans.

        En grand dangier je dis que combatront

        Tous et chascuns qui25 à maintz cons batront,

        Ainsi que maintz qui jadis combatirent,

160   Qui meurtriz26 feurent pource que cons batirent.

        Pour ce, tous ceulx qui par raison combatent,

        Tant seulement, fors sans plus, ung con batent ;

        Et pour ce donc, celluy qui con battra,

        S’il est bien saige, plus il n’en combatra.

        Il y a maintz qu’ont tant de cons batuz

        Qu’en la fin sont vaincuz et combatuz.

        Esvitons donc tous ces villains combas :

        C’est laide beste que ce villain con bas.

        Bref, telle chose bien convient compartir27 :

170   C’est très mal fait plus que d’un con partir28.

        Bien ses adviz il ne compartira,

        Qui plus que d’un (certes) con partira.

        Comme j’en sçay qui mal les compartirent,

        Car vrayement, ceulx, maintz-ungs cons partirent.

        Mal par raison leur cas compartiront

        Ceulx-là qui plus que d’un con partiront.

        Tel fait surdict29, donc, si bien compartons,

        Que point, jamais, plus que d’un con partons.

        De s’en garder nous est bien convenant,

180   Pour le mal qu’est souvent du con venant.

        Plusïeurs maulx avons, par cons, venans,

        À nostre honneur non guières convenans30

        Donc, les fouyr nous est bien convenable.

        Pour beau qu’il soit, ou duysant con venable31,

        À ce nous fault trèstous bien convenir

        Que de grans maulx voyons, par con, venir.

        Les esviter doncques tous nous convient.

        Trèsgros malheur et dangier du con vient.

        Plusïeurs hommes Justice a convenuz32

190   Pour les esclandres qu’estoient du con venuz.

        Tout nostre mal (j’ay paour) du con viendra ;

        Parquoy, chasser trèstous les conviendra.

        De ce, les saiges ne se desconviendront

        Que s(i) avons maulx, trèstous des cons viendront.

        De ceulx qu’avons, aussi bien se conviennent

        Que vrayement, certes, du dict con viennent.

        Femmes, de dict33 vous pourriez consoler ;

        Mais quant au faict, oncques leur con saouler !

        De quelques dons on les consolera ;

200   Du demourant, nul, onc, con saoullera.

        Quelque petit34 les en consoleront,

        Mais nulz vivans, jamais, cons saoulleront.

        On lyst d’aucuns que femmes consolèrent

        De maintz plaisirs, mays point leurs cons saoullèrent.

        Aucunesfois, d’argent en consolons ;

        Mais de pasture, jamays, leur con saoullons.

        Maintz, de parolle ilz sont fort consolans ;

        Mais quant au fait, ne sont onc cons saoullans.

        À plusieurs folz ce faulx villain con duyt35 ;

210   Mais quant aux saiges, le disent laid conduyt.

        En quelque sorte qu’on en soit conduysant,

        Au grand jamays ne trouviz con duysant.

        D’honnestes gens il n’est point conduysable36 ;

        À gens de bien ne fust onc con duysable.

        À celluy-là à qui le con duyra,

        Droit en Enfer celluy le conduyra !

        S(y) honneur mondain voulons bien compenser37,

        Ne vueillons plus, doncques, en con penser.

        C’est au rebours qu’honneur mondain compense

220   Cil qui par trop, nuyct et jour, au con pense.

        Ung chascun l’a meschamment compensé

        Depuis qu’on a au villain con pensé.

        Et si trèsmal ilz le compenseront

        Ceulx qui par trop, audict con, penseront.

        N’a pas long temps que maintz le compensèrent

        Villainement, car trop au con pensèrent.

        Dont, tous les jours, trèsmal le compensons,

        Quant si souvent, en ce faulx con, pensons.

        Trèsmal à point il le compensera,

230   Celluy qui donc, en ce con, pensera.

        Bref ! par mesure il ne compassera38,

        Celluy qui plus que d’un con passera.

        Il n’entend pas qu’est-ce de compasser,

        Celluy qui veult plus que d’un con passer.

        Selon bon art, icelluy ne compasse

        Qui, nuyt et jour, par plus que d’un con passe.

        Je croy que cil qui premier compassa,

        Tant seulement, sans plus, ung con passa.

        Jadis, plusieurs, par bon art compassèrent ;

240   Mais onc, sans plus fors q’ung seul con, passèrent.

        De bonne sorte ceulx ne compasseront,

        Qui plus que d’ung (je dis) con passeront.

        D’ors-en-avant, seigneurs qui compassons,

        Je vous supplie que plus nul con passons.

        Il y a maintz (dont je suis des compris39)

        Qui de grans maulx ilz ont, par le con, pris.

        Et tous les jours, si bien y comprenons,

        En maintes sortes de maulx du con prenons.

        Dont tous ceulx-là qui bien n’y comprendront,

250   De trèsgrans maulx, certes, du con prendront.

        Qu(i) à s’en garder ordre n’y comprendra,

        J’ay paour que pis que moy du con prendra.

        Grant est le mal (qui bien au vray comprend)

        Que le povre homme, de ce maudit con, prend.

        Ce faulx pertuys est plus mal compétent40

        Que le trou n’est, au-près du con, pettant.

        Ceulx qui les ayment sont pires que convers41 !

        Maint-ung y trouve bien souvent, au con, verms42 :

        Vous le sçavez, ceulx qu(i) avez cons verséz43,

260   Et qui plusieurs encor en conversez44.

        Ordure telle ne veulx onc converser,

        Ny (tant que vive) jamais plus, con verser.

        J’en sçay aucuns qui maintz en conversèrent,

        Mais se repentent que jamais con versèrent ;

        Si feront-ilz ceulx qu(i) en converseront.

        Mauldictz seront ceulx qui cons verseront.

        Aussi sont bien tous ceulx qui les conversent :

        Infâmes sont ceulx-là qui les cons versent.

        Ainsi sera qui les conversera.

270   Mauldict soit-il, qui plus con versera !

        Repentons-nous et plus n’en conversons.

        Damnéz serons, sy plus les cons versons.

        Qui soubstient con par bonne contenance,

        Damnéz seront tous, par le con tenans ce45.

        De ce, me croyre ung chascun se concorde46

        Que maint, souvent, a gaigné par con corde47.

        Je n’ay trouvé qui m’aye concordé

        Que l’on trouvast jamays le con cordé48.

        Qui sera saige, il se concordera

280   Que de noz femmes l’on, leur con, cordera.

        On lyst d’aulcuns qu(e) à ce se concordèrent,

        Et de leurs femmes, chascun, le con cordèrent49.

        Saiges seront qui s’y concorderont,

        Et de leurs femmes, tost, le con corderont.

        À ce nous fault trèstous bien concorder :

        Tost veuillons doncques, trèstous, leur con corder.

        Ceulx qu(i) à ce faire promptement se concordent,

        Ilz sont trèssaiges ; mays que bien le con cordent.

        Maulgré qu’en ayt Prince ny Connestable,

290   À maint-ung vit fera le con estable.

        Mon sens ne peut bonnement comporter50

        Que si gros faix puisse le con porter ;

        Grant est le faix que le villain con porte,

        Quant soy charger une foys il comporte51.

        Aucun en sçay qui cela comporta,

        Mais grandissime charge ce con porta !

        Plus que cheval trèstout con portera,

        Quant soy charger celluy comportera.

        J’en sçay plusieurs qui cela comportèrent ;

300   Et de grans faix, les mauldictz cons portèrent.

        Et quant encores ilz les comporteront,

        Plus que jamais, les faulx cons porteront.

        De grans malheurs, par ce faulx con, portons,

        Quant de noz femmes les plaisirs comportons.

        Cause nous sommes, pour bien le con tracter52,

        Que plusieurs viennent à elles contracter53 :

        À celluy-là qui mieulx ce faulx con tracte,

        Cocqu le faire, plus tost femme contracte.

        Point ne mérite d’estre fort con tractable.

310   Et qui ce fait, il le rend contractable54.

        Je le cognoys par ceulx qui mieulx cons tractent,

        Car voys leurs femmes qui, nuyt et jour, contractent.

        J’en sçay plusieurs qui bien leurs cons tractèrent ;

        Mais puis, leurs femmes autre part contractèrent.

        Elles contractent et si contracteront,

        Celles de qui myeulx leurs cons tracteront.

        Ceulx-là qui sont les meilleurs cons-tractans55,

        Ceulx-là les rendent autre part contractans.

        Je vous prometz : qui mieulx con tractera,

320   Il le rendra qu’ailleurs contractera.

        Il n’est si borgne, si boyteux ne contraict56

        Qu’il n’entrepreigne de tirer au con traict57.

        Bon épythète58 ne sçaura au con poser59

        Qui bien, au vray, le vouldra composer60.

        Le plus sçavant qui jamais composa,

        Nulle louange, oncques, du con posa ;

        Ny ne feront ceulx qui composeront

        (Si le vray disent), qui de con poseront

        Ainsi que ceulx qui jadis composèrent :

330   Lesquelz nul bien, jamais, du con posèrent.

        Non comme maintz, qui maintenant composent,

        Qui menteries fort grandes du con posent.

        Mais touchant nous61, ainsi ne composons :

        Sont choses vrayes, ce que du con posons,

        Ainsi qu’appert par ces vers composéz ;

        Car que dictz vrays62 n’avons du con poséz.

        De grans biens couste à qui le tient condroit63,

        Et si, fait perdre bien souvent le con droit ;

        Qu’or fussent tous (pleust à Dieu !) confonduz,

340   Car de grans biens maintz ont, par con, fondus.

        Qui leurs souhaitz sur ce villain con fondent,

        De corps, de biens et d’âme se confondent.

        Au puis d’Enfer telles gens confondront,

        Et comme plomb, par ce faulx con, fondront !

        Je cognoys bien que maint bien y confondz,

        Sans ce que trouve point, jamais, au con fons.

        Cil qui s’y fonde, tost son corps confondra,

        Et tous ses biens, par ce faulx con, fondra.

        Plusieurs, jadis, par ledict con fondirent,

350   Puys en Enfer pour jamais confondirent.

        Dieu ayde à cil qui se confermera64,

        Et qui de cueur, trèstout con fermera !

        Saiges seront qui se confermeront,

        Et qui trèstous lesdictz cons fermeront.

        À trèsbon droit, tous ceulx-là se conferment

        Qui, de pensée et de fait, tout con ferment.

        Jamais paillard tel dit ne conferma,

        Ny consentit qu’on (jamais) con ferma.

        Plusieurs, jadis, telz dictz ont conferméz

360   En désirant estre tous cons ferméz.

        Pour rien que soit, ne voulons con sommer65,

        Car corps et biens nous feroit consommer66.

        J’en sçay quelqu’ung lequel maint con somma ;

        Mais en bref temps, tout son bien consomma.

        Aussi feront ceulx qui cons sommeront :

        Bien tost après, ilz se consommeront.

        D’icelluy hanter l’on se doibt contrister67,

        Car il en sort trop, de ce con, triste air.

        Ceulx qui sont saiges, ilz s’en contristeront,

370   Car maint malheur, de ce con triste, auront.

        Qui de l(e) hanter ne se contristera,

        Mainte douleur, par ce con triste, aura.

        Mon cueur, naguières, tant fort s’en contrista,

        Que gros regret, despuis ce con triste, a.

        Pour si trèsbien qu’on saiche con parer,

        À rien que vaille ne le fault comparer.

        Par luy, en Justice maintz y sont comparuz,

        Et fort nuysable ont trouvé con par eulx.

        Tant qu’en ce monde aucun con parestra,

380   En jugement, maint-ung comparestra.

        Maintz y comparent68, maintz y comparestront.

        Et durera tant que cons parestront.

        Il s’est trouvé maint malheureulx compaing

        Qui va quérant, par ce villain con, pain69.

        Villaine chose est veoir du con panaige70,

        Mais plus villaine encor son companaige71 !

        Onc, en ma vie, aucun plaisant con viz,

        Quoy qu’on les veuille en banquetz et conviz.

        Maintz bons gallans ont perdu, par con, vitz ;

390   Et maintz sont mortz qui feussent, sans con, vifz.

        En quelque sorte que l’on ce mot « con » tourne,

        Honneste n’est, quoy que l’on le contourne72.

        Je sçay ung homme qui tant le contourna

        Que, d’homme saige, trèsfol par con tourna !

        J’ay paour que maintz tant le contourneront

        Qu’aussi bien folz, par le con, tourneront.

        Et pource, plus ne le veulx contourner,

        Que fol ne puisse je, par le con, tourner,

        Comme plusieurs qui tant le contournèrent

400   Que (comme est dit) trèsfolz, par con, tournèrent.

        Par fantasie, tant fort les contournons

        Que puis après, grans folz, par con, tournons.

        Qu(i) en sa jeunesse trop les contournera,

        En sa vieillesse, fol, par con, tournera.

        S’en abstenir il nous fault contenter,

        Sans que jamais veuillons plus con tempter73.

        Car celluy-là qui le con temptera,

        Après ses jours, mal s’en contentera,

        Ainsy que maintz qui jadis cons temptèrent,

410   Lesquelz trèsmal, en fin, s’en contentèrent.

        Si sommes saiges, nous en contenterons,

        Et jamais plus aucun con tempterons.

        Et pour ce donc, ung chascun se contente

        N’estre si fol que jamais plus con tempte.

        Heureux serons si plus nulz cons temptons.

        Les éviter : de ce nous contentons.

        De ce qu’est faict, ung chascun se confesse

        Avec propos que jamais plus con fesse74.

        De bon vouloir il s’en fault confesser,

420   Délibérant de plus, onc, con fesser.

        Jadis, maint-ung trèsbien s’en confessa

        Sans que jamais plus aucun con fessa.

        Pardon aura qui s’en confessera,

        Propos ayant qu(e) onc plus con fessera,

        Ainsi que maintz, lesquelz s’en confessèrent

        Et, d’or-en-là75, jamais plus con fessèrent.

        Les bien-heureux, ilz s’en confesseront,

        Et plus jamais aucuns cons fesseront.

        Saiges serons, si nous en confessons,

430   Sans ce que plus ce villain con fessons.

        Au monde sont de grans maulx par con faictz ;

        Pource, de ce, trèstous soyons confèz76.

        En grand dangier sont tous les con-fessans77 ;

        À saulveté, aussi, vrays confessans.

        Entièrement tous vous en confessez,

        Sans ce que plus ce meschant con fessez.

        Bons catholicques qui ces meschans cons fessent,

        De telle chose, de bon cueur, se confessent !

        Si m’en croyez, plus nulz cons fesserons,

440   Et du mal faict, nous en confesserons.

*

*

Complainte  d’ung  gentilhomme  à  sa  dame,

aggressé  de  la  maladie  de  Naples  ou  de  pocques 78.

Jehan  Molinet  (1435 – 1507)

*

        Ah ! la belle, pour79 qui plus de maulx je comporte

        Que pour femme aujourd’huy qui sus terre con porte :

        Oyez les grandz regretz que faire me convient

        Pour le mal que sur moy, pour vostre seul con, vient !

        Je fus bien malheureux, il fault que le confesse,

        Quand oncques vous touchay tétins, cuisses, con, fesses ;

        Et chier80 m’est le bancquet, la feste et le convys,

        Qui fust premier moyen par quoy vostre con vys.

        Car j’endure grands maulx sans espoir de confort81,

10     Seullement pour avoir aymé vostre con fort.

        Hellas ! mieux m’eust valut à tous maulx condescendre

        Que, dessus les motis82 de vostre con, descendre !

        Mais vos ryans regardz, vostre beau contenir83,

        Me firent grand tallent84 de vostre con tenir ;

        Et vostre amour tant faulse à mon amour conjoindre

        A faict aussy mon corps près de vostre con joindre.

        Dont puis, sans arbitrage ou aultre compromis,

        Moyennant cent escus, me fust vo85 con promis.

        [Quand l’argent fut conté, de si près vous connu]86

20     Seul à seul, en ung lit, que tins vostre con nud.

        Sy, tâchay87 promptement d’emplir vostre conduyt.

        Las ! pour fol affoller, femme a bien le con duyt88 !

        Mais avant, fus privé de mon argent comptant,

        Dont je fus par trop fol d’achetter ung con tant.

        C’est là ce qui trop plus ma follye conferme,

        Vut qu’on m’avoit tant dit d’entrer en ung con ferme.

        Nyentmains89, tout embrasé et en amour confit,

        Je fis autant d’explois qu’onque homme en ung con fit,

        Et hurtay tant de cops (se bien vous les comptez)

30     Qu’onque faire on ne vit assaulx à ung con tels.

        Jà tant d’Espaignos n’a Fernande90 consolé

        Que de foys a esté, par moy, vo con saullé91.

        Fort92 d’isope ou fenoul, de quoy on fait conserve,

        Que de fois ay-je faict ma char à vo con serve93 !

        Or cuidoy-je estre ung Roy ou ung grand Connestable,

        Quand mon courtault94 eust fait de vostre con estable ;

        Mais je trouvay tel plache95, à bon sens contourner,

        Que ung chariot se pœult96 en vostre con tourner !

        Et combien que sur vous toute horreur soit comprise,

40     Encor, devant plusseurs, souvent je vo con prise97 ;

        Et contre plusseurs gens bien fort je me combas,

        Qui dient qu’estes folle et portez le con bas.

        Quoy qu’il soit, nul n’y va que chier ne le compère98,

        Au goufre de Rapant99 (où fut vostre con père),

        Plus maigre qu(e) ung soret100, plus barbus qu(e) ung convers.

        Il est entre tous cons (cons rouges101 et cons vers)

        Un abisme cruel où nul ne doibt contendre,

        Veu que chascun, pour nyent102, pœult à ung tel con tendre.

        Tous les jours, avec vous, moisnes se conjoïssent ;

50     Carmes et cordelliers de vostre con joïssent :

        Ils y vont tour à tour, puis abbé, puis convent103.

        Certes femme peu vault, qui ainsy son con vent !

        On le me disoit bien ; mais (par ma conscience !)

        Par ung con perd-on sens, et par ung con, science.

        Tout homme devient fol, tant soit sage et constant,

        S’il met son estudie à aymer ces cons tant.

        Et trop est malheureux qui, pour soy consoler,

        Cuide à force de cops jamès ung con soler104.

        On debvroit ung tel homme assommer et confondre,

60     Qui sa force et vertus va dedens ung con fondre !

        Car trop est chose inepte et par trop peu congrue,

        Quand ung homme devient ainsy, par ung con, grue105.

        Combien de folz escripts106 en voit-on condamnés,

        Et combien de grands clercz sont par ung con damnés !

        Je suis à l’hospital, attaint et convaincut107,

        Par ung con mis au bas, et par ung con vaincut.

        Mon plaisir est perdu et mon ris consommé108.

        D’aller mon pain quérir109 suis par ung con sommé.

        Doresnavant vivray par rigle et pas compas110 ;

70     Au moins, je ne feray jamès, pour ung con, pas.

        Josnes gens, escoutez de quoy je me complains !

        Regardez le dangier de quoy est ung con plains :

        Les gouttes et bouttons sont en moy congellés111 ;

        Tous mes membres et sens sont par ung con gellés.

        [Je vous sers de miroir plein de compassion :

        Gardez-vous bien d’avoir pour un con passion !]112

        Aïez l’œul à mon cas113, et point ne consentez

        D’endurer que telz maux, par aucun con, sentez.114

        *

        [Gardez-vous désormays, je vous prie, de conbaptre ;

80     Car il n’est pas bien saige, celuy qui veult con baptre.

        Vous ferez saigement, si vous voulez conduyre115

        Durant vostre jeunesse sans avoir à con duyre116.

        Retenez bien ces motz (c’est pour vous consoler),

        Qu’i[l] est bien hors du sens qui veult ung con soûler.

        Bien souvent maulditz l’heure que j’en heuz cognoissance.

        Pleust à Dieu que jamais ne fust de con naissance !

        Mauldit soit le premier qui tant vouldra complaire

        De perdre honneurs et biens pour vouloir à con plaire !

        Las ! on doibt bien avoir de moy compassion,

90     Qui souffre grièfvement, pour ung con, passion.

        Faisant fin à mes dictz, gardez de convenir117,

        Car nul ne sçait le mal qui peult, par con, venir.]

*

*

Responce  de  la  Dame  au  vérolé 118

*

        Desloyal mesdisant, il est mal consonnant

        Que d’oÿr de ta bouche telz motz de con sonnant119.

        Je m’esbaÿs beaucoup que tu n’as cognoissance

        Que quant sur terre vins, tu prins de con naissance.

        Et que tous beaulx esp(e)ritz qui le monde cognoissent

        Dient que tous plaisirs de femme et de con naissent.

        Ne parle plus des dames ! Tu sçais assez combien

        Plusieurs hommes très pouvres ont heu, par ung con, bien120

        Si au pourchatz d’amours as quelque mal conquis,

10     Tu l’es allé chercher, pas ne t’a mon con quis121.

        Quant premier vins vers moy, tu sceuz bien controuver

        Nulles faulces cautelles122 pour le myen con trouver,

        Bien pensant à toy-mesmes que je t’eusse escond(u)ict

        Si tu m’eusses123 telz motz de « femme » et de « con » dit.

        [Mais tu me blandis124 tant, qu’à toy me consentis,

        Dont et joye et plaisir, lors, par mon con sentis.]

        Sy humainne te fuz, sans aller au contraire125,

        Et que à moy prins soulas126 telz qu’on peult de con traire127.

        [Et pour tousjours plus belle à tes yeux comparer128,]

20     Bien vouluz corps et teste, tectins et con parer.

        Mais toy, insaciable, non de mon corps content,

        Ton vouloir mis a[i]lleurs et en aultre con tant :

        Car lors tu t’abusas129 d’une jeune connecte130,

        Assez belle de corps maiz mal de son con necte131,

        [Laquelle consentit et souffrit132 sans commis133

        Que ton membre honteux fût dedans son con mis.]

        Lors, la grosse vérolle et la goute consceuz134,

        Parquoy tous maulx du monde tu as, par ung con, sceuz135.

        Hélas ! comme osas-tu136 telle faulte commectre,

30     Veu que toy seul estoys de mon corps et con maistre ?

        [Tu pensois que le texte accordast au comment137 ;

        Mais à la grand beauté, plusieurs fois le con ment.]

        S(i) à moy te138 fusses tins, jamais n’eusses cogneu

        Celle faulce139 vérolle que tu as par con heu,

        Laquelle te contrainct cecy commémorant140 :

        « Que (hélas !) je m’en voys141, par ung con me mourant. »

        Las ! que mes esp[er]itz furent de maulx confuz,

        Quant je sceuz qu(e) amoureux d’ung estrange142 con fuz.

        Car mon vouloir estoit de toy si confermé,

40     Qu(e) à tous aultres – fors toy – tenoys mon con fermé.

        [Mais en oubliant celle à qui pus commander,

        Il te pleut143, en ta chambre, un autre con mander,

        Qui le fin mal de Naple fit sur toy condescendre ;

        Donc, trop mieux t’eust vallu d’un autre con descendre.

        Je te jure et proteste par tous les saincts qu’on sçait

        Qu’à moy n’auras affaire, eussé-je des cons sept !]

        Si, te pourvoys ailleurs, et d’aultre te contente :

        Car ton vit ne fera jamais, de mon con, tente.

        Que mauldit soit le con qu(e) adont fuz conquestant,

50     Car il fauldra que soies ton pain, par con, questant144.

        Mais pourquoy alas-tu aultre amour contraicter145,

        Veu que [je] t’avoye sceu si bien, de con, tracter146 ?

        Tu ne sçauroys nyer, si vérité confère,

        Qu’il ne t’aye servy de ce que peult con faire ;

        Car quant d’amours vouloys faire tes doulx combas,

        Touste preste j’estoye de metre le con bas.

        Et si, ne sçauroys dire ne te venter qu’onc fraiz

        Ne [misas-tu au]147 faict pour avoir mon con fraiz.

        Hélas ! que j’euz de toy piteuse récompence,

60     D’aller habiter148 femme don[t] barbier le con pence149 !

        Ô vous, loyaulx amans et gracieulx compains150 :

        Gardez que de tel(le)s rongnes ne soyez [par con pains]151.

        Dont, pour appercevoir ce lieu de mal concierge152,

        Alumé porterez au-devant de con sierge.

        Fu[y]ez telles villaynnes qui font telle(s) composte153 !

        Mais s(i) ainsi est qu(e) ayez [en] ung joly con poste154,

        Ne soyez si meschans d’ailleurs vous commuer ;

        Car telles maladies viennent par cons muer155.

        Semblablement156, mes dames, s’aucun(e)s bons conquérans

70     Sont, par dons ou requestes, vos jolys con[s] quérans,

        Humblement je vous prie qu(e) avec eulx concordez :

        Car d’huÿ en vingt ans157, aurez les cons cordés158.

        Toutesfoys, pour conclurre, la vérité commect

        Qu(e) une femme se dampne qui159 à mal son con mect.

        Si, nous rendons au[x] bien[s] qui n’ont comparaison160,

        Que faire ne devons de noz cons, par raison.

        Bien heureuse est la dame qui chasteté conserve,

        Car l’on en a veue161 mainte(s) venir, par son con, serfve162.

        Faisons doncques du bien, car lors confinera163.

80     Putain, en grant tourment, par son con finera.

*

        [Retournant au propos du deuil qui vous contriste,

        Triste suis de te voir estre, par un con, triste.

        Je te vays dire adieu, disant, prenant congé,

        Qu’onc mal n’as eu de moi : car net corps et con j’ay.]164

*

*

La  Complaincte  sur  les  cons 165

Clément  Marot  (1496 – 1544)

*

        Dieu vous gard, la paignie166 ! Je n’ose dire « com »,

        Car je hetz toutes choses où on nomme le con.

        Je hetz en l’Escripture « Dominus vosbiscum167 »,

        Et l’Ave168 Maria pour « Dominus tecum ».

        Je hetz les Pseaulmes169 pour l’amour de « in lacum »,

        Cousturiers, savetiers pour l’amour du tacon170.

        Je hetz toutes ces poultres pour l’amour du bracon171,

        Maquereaulx, maquerelles pour l’amour de leur con.

        Je hetz arb[r]es et boys pour l’amour du fourcon172,

10     Et quennes173 et bouteilles pour l’amour du flacon.

        Je hetz toutes citéz pour l’amour de Mâcon,

        Et tous oyseaulx de proye pour l’amour du faulcon.

        Je hetz tous les convers, consors et compromis,

        Conseillers et contractz, controuvéz et commis.

        Je hetz contricion, contumas et contrains174,

        Compaignons, compaignie, compaignes et compains.

        Je hetz comprins, conffins175, conffès et contenuz,

        Et Contes et Contesses, contrictz et convenus.

        Je hetz les confro[n]téz, conjoingtz et confondus,

20     Congeléz, condampnéz, conrreurs176 et contendus177.

        Je hetz contredisans, conducteurs et conduictz,

        Composeurs178, consentans, conferméz et conduictz179.

        Je hetz tous combatus, combatans et combas,

        Compétans, composés, compasséz et compas.

        Je hetz complotz, congiés, compères et commères,

        Confrarie [et] confitte180, et conseurs et confrères.

        Je hetz confermement181, consuyvy182 et contraire,

        Car trop con converse[r]183 m’est confus et contraire.

        Jamais n’aymeray con, car il m’a trop cousté.

30     Au diable soit184 le con, car il m’a tout gasté185 !

*

*

La  Complaincte  sur  les  vitz

Clément  Marot  (1496 – 1544)

*

        Puis qu(e) en malheur je dure… Je n’ose dire « vis »,

        Car je hetz toutes choses où on parle de vitz :

        Je hetz tous charpentiers pour les monstées186 à vis,

        Et délays de praticque pour l’amour de l’advis.

        Je hetz toute assemblée à cause du devis187,

        Et les bonnes maisons pour l’amour du parvis.

        Je hetz toutes les festes pour l’amour du convys188,

        Et les nopces aussi à cause du revys189.

        Je hetz tous les oiseaulx pour l’amour des mauvys190,

10     Et tous les jeux de tables pour cause des envys191.

        Je hetz ceulx qui sont mors pour ceulx qui furent vifz,

        Et si, hetz mes deux yeulx pource que par eulx vidz.

        Je hetz vis192 et visaiges, vivres et vitailliers193,

        Vicieux, vitupère, vitailles194 et viviers.

        Je hetz Victry, Villiers, et villaiges et villes,

        Vipères, vilz et vieulx, villains, vireurs et viles195.

        Je hetz envye en vie, et si, hetz vie d’âmes196,

        Viconté197, Vicontesse, et civilz et vidames.

        Je hetz viste198, viseur, villoteux199 et navires,

20     Et visgneux200, vignerons, [et] viretons et vires201.

        Je hetz villipendés, villicain202 et Viconte,

        Et pour tout deviser203, je ne tieng de vy[t] conte :

        Si les cons m’ont faict mal, aussi ont fait les vitz204 ;

        Au diable soient-il205 doncq, puis qu’en malheur je viz !

*

0 Chapitre « Des équivoques françois », dans Les Bigarrures du Seigneur des Accords (édition de 1588).   1 André de La Vigne dit à propos des femmes : « –Jamays n’arez ce qu’ont promis./ –Est-il promys ? » Sotise à huit personnaiges.   2 Joutes, plaisanteries. En fait, il n’y a que 440 vers. Tabourot proposait fort justement de « les réduire en meilleur françois ». On trouve ce morceau de bravoure dans les Controverses des sexes masculin et féménin, du Toulousain Gratien Du Pont. (Édition de 1534, corrigée et simplifiée en 1536.)   3 Plus d’un.   4 Celui qui.   5 Abstinents.   6 Trouver, inventer.   7 Traître.   8 Une bonne situation.   9 Qui un usage. Allusion à Adam.   10 En sûreté.   11 Cette parole véridique.   12 Puant.   13 Consentant, d’accord.   14 Odeur de sueur. Cf. Trote-Menu et Mirre-Loret, v.174.   15 Je vomis.   16 Senteur.   17 Décent, convenable.   18 Prêté.   19 Daignons les fuir.   20 Souffrance.   21 En éprouva de la compassion.   22 Qu’il en sera damné.   23 On lit cela à propos de beaucoup d’hommes.   24 Tous les nouveaux-nés.   25 Éd. : que  (Plusieurs confusions entre « que » et « qui » laissent penser que les éditeurs ont mal résolu certains tildes du ms.)   26 Tués.   27 Soupeser.   28 Partager en deux, fendre.   29 Témoigne négativement.   30 Les maladies honteuses.   31 Ou plaisant con digne d’être capturé.   32 Assignés.   33 Le dit désigne les paroles. Le fait des vers 198 et 208 désigne l’acte sexuel. Gringore campa les personnages de Dire et Faire dans sa farce érotique Raoullet Ployart, où « les femmes, sans contredire,/ Ayment trop mieulx Faire que Dire ».   34 Quelque peu.   35 Duire = plaire.   36 Gouvernable.   37 Companser = soigner.   38 Compasser = observer une juste mesure.   39 Dont je fais partie.   40 Convenable. Le trou pétant auprès du con, c’est l’anus.   41 Moines. Adj. : inversés, invertis.   42 Des vers, de la vermine.   43 Verser = renverser, culbuter.   44 Converser = fréquenter.   45 Obtenant cela.   46 Se concorder = s’accorder.   47 A fini pendu.   48 Attaché avec des cordes.   49 Allusion aux ceintures de chasteté.   50 Admettre.   51 Comporter = supporter.   52 Traiter.   53 S’engager.   54 Maniable.   55 Les meilleurs amants.   56 Contrefait.   57 Une flèche (sens phallique).   58 Une épithète favorable.   59 Poser sur le papier.   60 Mettre par écrit.   61 En ce qui me concerne.   62 Uniquement des paroles vraies.   63 Entretenu.   64 Se confermer = s’affermir contre.   65 Payer.   66 Consumer.   67 Attrister.   68 Comparoir = comparaître.   69 Qui est réduit à la mendicité à cause d’un con.   70 Droit de faire paître les porcs.   71 Sa compagnie.   72 Contourner = tourner autour.   73 Tenter, essayer.   74 Fesser = battre (sens érotique).   75 Dorénavant.   76 Confessés.   77 Les frappeurs de cons.   78 Le mal de Naples et la poque désignent la syphilis. Le ms. 105 de la bibliothèque communale de Tournai, qui contenait ce poème, a été détruit en 1940. Par chance, Noël Dupire l’avait partiellement transcrit en 1937 dans les Faictz et Dictz de Molinet (SATF, II, p.729). Le ms. fr. 3939 de la BnF propose une copie de cette complainte beaucoup moins fiable : Épistre d’ung vérolé à sa dame.   79 À cause de.   80 Cher, coûteux.   81 Réconfort.   82 Proéminences de la motte (mont de Vénus).   83 Maintien.   84 Désir.   85 Votre. Molinet était picard.   86 Dupire : Et tant vous poursuÿs tout wé et tout cognut  (Les versions apocryphes de ce poème figurant dans les Bigarrures de Tabourot et dans les Délices satyriques donnent ici une leçon préférable que je conserve.)   87 Dupire : cachay   88 Instruit.   89 Néanmoins.   90 Dupire : Ferrande  (Fernande = Ferdinand le Catholique. Dans l’Épytaphe de dame Ysabeau, Molinet l’appelle « Damp Fernande ».)   91 Votre con soûlé, comblé.   92 Dupire : ne  (Aidé d’hysope ou de fenouil, plantes aphrodisiaques.)   93 Ai-je rendu ma chair esclave de votre con. Cha(i)r = pénis : « Il luy convient tous les jours char nouvelle/ Pour reffreschir le cul, qu’elle a sy chault. » Parnasse satyrique.   94 Canon ; et pénis : « J’avoye tousjours pitié des dames :/ Vu qu’ung courtault tresperce ung mur,/ Elz auroyent le ventre bien dur/ S’il ne passoit outre. » Franc archier de Baignollet.   95 Tant de place (prononciation picarde).   96 Pût.   97 Je vante votre con.   98 Sans le payer cher.   99 Dupire : rapail  (Ce con est aussi profond que le gouffre de Rappant, près d’Aubonne.)   100 Hareng saur.   101 Trop mûrs.   102 Pour rien, gratuitement.   103 Tout le couvent.   104 Soûler, combler.   105 Un pigeon. « Nous usons de ce mot de grue en ceste mesme signification de sot. » Henri Estienne.   106 Version Tabourot : hauts esprits   107 Vaincu.   108 Mon rire est consumé. Version Délices satyriques : « Mon vit est consommé. »   109 Mendier.   110 D’une façon réglée et mesurée.   111 Solidifiés.   112 Ce distique provient des versions Tabourot et Muse folastre.   113 Jeu de mots : cas = pénis. Cf. les Sotz fourréz de malice, v. 285, note 49.   114 La conclusion qui suit est tirée du ms. 3939.   115 Vous conduire.   116 Plaire.   117 De vous unir (à un con).   118 Cette réponse, que le XVIIe siècle attribuait à une improbable Joane de la Belle-Motte, fut écrite par un homme (Molinet lui-même, ou Jehan Lemaire de Belges). Elle suit la complainte dans le ms. fr. 3939 de la BnF, qui en est la source la plus ancienne et la plus correcte, bien qu’inédite jusqu’à cette transcription.   119 Parlant.   120 Se sont enrichis grâce aux femmes.   121 Quérir = rechercher, solliciter.   122 Trouver de sournoises ruses.   123 Ms : neusse   124 Caressas. Ce distique provient de l’édition tardive des Bigarrures de Tabourot par Jean Richer en 1614. Cf. l’édition de Francis Goyet (Droz, 1986, II, p.199).   125 Sans me refuser à toi.   126 Tu pris du plaisir.   127 Tirer, obtenir.   128 Comparaître. J’emprunte ce vers aux versions tardives. Ms : Et par tousjours devant toy belle comparer   129 Ms : tabuson   130 Jeune fille.   131 Nette, saine : non vérolée.   132 Je prends ces 2 vers dans la version Richer, qui donne ici : s’offrit  (Le copiste du ms. a écrit puis rayé un vers dont il manquait le pendant : Laquelle bien souffrit sans nul aultre convys)   133 Témoin.   134 Concevoir = développer un germe. La grosse vérole est la syphilis, par opposition à la petite vérole, ou variole.   135 Savoir = connaître.   136 Ms : ousatus   137 Au commentaire. Ces 2 vers viennent de la version Richer.   138 Ms : tu  (Si tu t’en étais tenu à moi.)   139 Cette perfide.   140 De te rappeler ceci.   141 Je m’en vais, je meurs.   142 Étranger, autre que le mien.   143 Plut. Ces 6 vers proviennent de la version Délices satyriques.   144 Que tu mendies ton pain à cause d’un con.   145 Contracter.   146 Traiter.   147 Ms : mises tu aus  (Que tu as dû payer. Cf. la version Richer : « Tu ne sçaurois encor te vanter qu’onques frais/ Aucuns tu ayes faict pour avoir mon con frais. »)   148 Que tu sois allé posséder.   149 Dont un chirurgien panse le con.   150 Compagnons.   151 Ms : pas compains  (Par con peints = tachés à cause d’un con. La rogne est une maladie de peau due au mal de Naples : « Que la maudicte roigne,/ Grayne de Naples, vous tiengne sans respit ! » La Vigne, Mystère de saint Martin.)   152 Qui est le gardien de la maladie.   153 Compote, tambouille.   154 Un emplacement.   155 Quand on change souvent de con.   156 Ms : Senblan[suivi d’un pâté d’où émerge bl]   157 D’ici à 20 ans.   158 Ridés comme une vieille lamproie.   159 Ms : quisat  (Quand elle met à mal son con.)   160 Adonnons-nous aux biens spirituels, qui ne se pratiquent pas avec le con…   161 Ms : vise   162 Devenir esclave de son con.   163 Un jour, nous mourrons.   164 Conclusion de la version Richer.   165 Ms. fr. 17527 de la BnF. Ce poème paraphrase une Complaincte sur les vitz qui occupe la page précédente, et qu’on trouvera ci-dessous, pour finir sur un sujet sérieux.   166 Ms : compaignie  (Mais le vers est trop long, et le narrateur n’ose pas prononcer le « com- » de compaignie.)   167 « Le Seigneur est avec vous. » Les finales latines en -um se prononçaient -on.   168 Ms : la vie  (Dans l’Ave Maria, « Dominus tecum » = le Seigneur est avec toi.)   169 Ms : sepseaulmes  (Dans sa traduction du Psaume 28, Marot traduit « in lacum » par : « au sépulcre ».)   170 Pièce cousue à un vêtement ou à une chaussure.   171 Support en bois.   172 Fourquon, fourchon : branche fourchue.   173 Cruches.   174 Ceux qui ne comparaissent pas à leur procès, et ceux qu’on y traîne de force.   175 Les enclos, les frontières.   176 Peut-être conréeurs (corroyeurs).   177 Contestataires.   178 Poètes.   179 Les endurcis et les assistés.   180 Confiture.   181 Confirmation.   182 Poursuivi.   183 Fréquenter.   184 Ms : voit   185 Contaminé.   186 Escaliers.   187 De la conversation.   188 Banquet.   189 Cadeau de noces.   190 Grives.   191 Enjeux, surenchères.   192 Figures.   193 Marchands de vivres.   194 Victuailles.   195 Ms : villetz  (qui est trop long et ne rime pas.)   196 La survie des âmes.   197 Juridiction d’un vicomte. Je garde le vicomte pour la rime au v. 21.   198 Vue, visée.   199 Débauchés.   200 Vignobles.   201 Flèches et traits d’arbalètes rotatifs.   202 Vilicque, receveur d’un seigneur.   203 Dire.   204 Ils m’ont fait cocu.   205 Ms : voirent il  (Cf. le dernier vers de la Complaincte sur les cons.)