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LES CHAMBÈRIÈRES ET DÉBAT

Castello della Manta

Castello della Manta

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LES  CHAMBÈRIÈRES

ET  DÉBAT

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Cette farce rouennaise antérieure à 1508 pioche allègrement dans un libelle en décasyllabes, le Caquet des bonnes Chambèrières1, qui a lui-même plagié les Chambèrières qui vont à la messe de cinq heures.

Tous les matins, les maîtresses de maison qui n’avaient pas de puits et qui ne voulaient pas louer un porteur d’eau, envoyaient un domestique à la fontaine du quartier, sorte d’agence de presse où l’on échangeait les derniers ragots. C’est là que se joue la farce du Mince de quaire (F 22) : « Je veulx aller à la fontaine,/ Au caquet d’entre nous, les filles. » Dans cette pièce comme dans la nôtre, deux chambrières au langage fleuri se jettent à la figure leurs turpitudes respectives, puis se réconcilient sur le dos d’un troisième larron. La fontaine qui est au cœur de notre farce pourrait être l’ancienne fontaine Notre-Dame, à Rouen. Elle fut détruite en 1508 ; la nouvelle fut achevée en 1522. Les comédiens qui jouaient sur l’aître Notre-Dame, devant la cathédrale, n’hésitaient pas à les utiliser ; voir Tout-ménage (vers 21, 41 et 246-250).

Source : Recueil de Florence, n° 51.

Structure : Rimes plates, avec 1 rondel double.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

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Farce  nouvelle  des

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Chambèrières

à  quattre  personnages

C’est assavoir :

       MARGUERITE  [la première Chambèrière]

       GUILLEMETTE  [la seconde Chambèrière]2

       DÉBAT3

       LE  CORDELIER  [frère Pierre4]

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MARGUERITE

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           MARGUERITE5  commence   SCÈNE  I

    Pardiques6 ! il me fault lever

    [Devant le]7 matin, pour trouver

    Le premier lieu8 à la fontaine ;

    Je n’y sçauroie d’heure9 ariver,

5   Fust en esté ou en yver,

    Que n’y trouve la place plaine.

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           GUILLEMETTE10        SCÈNE  II

    Il ne fut jour de la sepmaine

    Que du moins n’allasse ung voyage

    À la fontaine. C’est grant rage

10   Du dégast11 que nous en faison

    Tous les jours en nostre maison !

    Encore m’y fault-il aller,

    Et m’y devroi-ge [d]espauller12

    À porter ma courge13 et mes s(c)eaulx.

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           MARGUERITE          SCÈNE  III

15   Encore n’y a nulz vaisseaulx14.

    Dea ! je suis bonne chambrière,

    Puisque j(e) arrive la première.

    Vray(e)ment, je doy bien louer Dieu

    Pour ceste fois.

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           GUILLEMETTE15        SCÈNE  IV

               Qui donne lieu16 ?

           MARGUERITE

20   C’est moy, vien-t’en !

           GUILLEMETTE

                  Et ! Dieu mercy,

    Puisqu’il n’y a que toy icy,

    Et que je t’ay seulle trouvée.

    Je suis à bonne heure arrivée ;

    Car j’ay haste de retourner

25   Pour mettre cuy[r]e le disner.

    Je suis bien, puisqu’il n’y a presse.

           MARGUERITE

    Que te semble de ta maistresse17,

    Dy, Guillemette ?

           GUILLEMETTE

               De la dame ?

    Je la trouve assez bonne femme.

30   Mais nostre maistre ne vault rien :

    Il est plus rechiné18 qu’un chien.

    On ne peult rien à son gré faire.

           MARGUERITE

    Ma maistresse ne fait que braire ;

    Tous le[s] jours elle me19 despite.

           GUILLEMETTE

35   Je te demande, Marguerite,

    Pourquoy fusse que tu partis

    De chez Chose20 ?

           MARGUERITE

                Et ! j’en sortis

    Pour ung petit de fantaisye21.

           GUILLEMETTE

    Quoy ! y avoit-il jallousye ?

40   Estoit ta maistresse jallouse ?

    La fièvre quartaine m’espouse !

    Se la mienne l’estoit de moy,

    Je diroye je sçay bien quoy

    Qui luy viendroit bien mal à point…

           MARGUERITE

45   Elle [l’]estoit, et n’avoit22 point

    (Ce me semble) cause de l’estre,

    Synon [qu’]aucuneffois, mon maistre

    Me rioit et faisoit des tours

    Par joyeuseté.

           GUILLEMETTE

              Et d’amours,

50   Ne t’en requist-il [donc] jamais ?

           MARGUERITE

    Il m’en a bien requise, mais

    Il ne me l’a pas fait pour tant23.

    Posé le cas24 qu’en s’esbatant,

    Aucuneffois25 il me tastoit,

55   Quant la maistresse n’y estoit.

    Mais au seurplus, il n’y a rien.

           GUILLEMETTE

    Par saincte Marie ! le mien

    M’a voullu donner une cotte26,

    Et me faire beaucoup de bien ;

60   Mais je n’ay pas esté si sotte.

           MARGUERITE

    Sy disoit, devant-hier27, ung hoste

    D’auprès de nous28, qu’i t’aymoit fort.

           GUILLEMETTE

    Au regard du commun raport

    Des gens, je n’y conte une maille29.

           MARGUERITE

65   Et ! je t’entans bien : ne t’en chaille30,

    Mais que tu face ton proffit31

    Bien en la maison…

           GUILLEMETTE

                 Il suffit.

    Et, par Dieu, quant ainsi seroit

    Que ma maistresse tanseroit,

70   Je la sçauroys bien rapaiser.

           MARGUERITE

    Tu as donc veu aucun32 baiser

    Ta maistresse, le temps passé ?

           GUILLEMETTE

    Et ! je sçay bien ce que je sçay.

    Par ma foy, je ne suis pas beste.

           MARGUERITE

75   Je n’ay, en ce monde, tempeste33

    Qui me desplaise, en mon service,

    Que d’une orde vielle nourrice

    Qui nourit ung petit enfant

    De l’ostel34.

           GUILLEMETTE

             Ha ! je les hays tant !

80   Ces nourices tant flateresses

    Sont tousjours auprès des maistresses :

    C’est une chose qui me fâche.

           MARGUERITE

    Jamais, en maison que je sache

    Où soit enfant à nourriture35,

85   Ne serviray.

           GUILLEMETTE

             Ce n’est qu(e) ordure :

    Il y a ung tas de drappeaux36

    Plains de fyfy37 à gros morceaux.

    Cela me fait tant mal au cueur !

           MARGUERITE

    Cela me fait plus de douleur

90   Qu’i fault aller à la rivière38,

    Et en estre la chambèrière,

    De ceste nourrice breneuse39.

    Et si40, encore, est envieuse

    Des gens !

           GUILLEMETTE

            Or me dy, je te prie,

95   Icy, Marguerite m’amye41 :

    Vous avez ung gentil varlet ;

    Comme esse qu’il a non42 ? Raullet !

    Est-il point amoureux de toy ?

           MARGUERITE

    S’il est point amoureux de moy ?

100  Par bieu ! il y a mis grant peine43 ;

    Mais, par la doulce Magdalaine44,

    Jamais il n’y sceut advenir.

           GUILLEMETTE

    Sy luy vi-ge une fois tenir

    Ta main, en l’ouvrouèr45, en passant :

105  Estoit-il point en mal pensant ?

    Par ta foy, dis la vérité !

           MARGUERITE

    Pour ung baiser pris de costé

    Aucuneffois entre deux huys46,

    Quant il voit que seulle je suis,

110  Je ne luy sauroye eschapper.

    Aucuneffois, après soupper,

    Que la dame se va coucher,

    Le cocquin se vient aprocher ;

    Mais je le foys bien vistement

115  Tirer arrière.

           GUILLEMETTE

             Seurement ?

    En nostre hostel, je suis bien aise ;

    Synon qu(e) aucuneffois j’ay noyse47

    Quant elle treuve48 d’aventure

    Derrière l’huys la ballayeure

120  De l’ostel49.

           MARGUERITE

             J’en suis tout ainsi.

    Mais encore y a-il ung si50

    En ma maistresse qui me gaste :

    S’elle51 voit que je ne me haste

    À son gré, tousjours elle tence.

125  Mais au regard de la despence,

    Nous sommes assez bien penséz52 :

    Pain, [vïandes grasses]53 assez,

    Et tousjours du vin à plain[s] pos.

           GUILLEMETTE

    Or, vien çà, changons54 de propos.

130  Combien gaigne-tu tous les ans,

    De ton sallaire ?

           MARGUERITE

               Quatre francs.

           GUILLEMETTE

    Quatre frans, sans plus ? Quel déduyt55 !

    [Quant bien mesme j’en auroye huyt,]

    À paine je m’y donneroye.

           MARGUERITE

    Du remède ?

           GUILLEMETTE

             Je serviroye

135  Plustost ung homme à marier

    Que tu congnois, sans te lier

    À ces rechignardes56 maistresses :

    À tout le moins, j’auroye les gresses57,

    Les vielz soulliers (que je vendroye)58,

140  Et tout ce que je filleroye59.

    Quatre frans, qu’esse ? Ce n’est rien.

           MARGUERITE

    Je treuve qui m’en donnast60 bien

    Jucqu(es) à six, mais il [est ruffien]61 ;

    J’ay honneur62.

           GUILLEMETTE

              Par sainct Jullian !

145  Que m’en chauldroit-il qu’on me fist

    Mains63 d’honneur et plus de prouffit ?

    Ce n’est qu(e) aupinion de sotz.

           MARGUERITE

    Je n’ay faulte64 que de repos :

    Nous sommes tousjours à mynuit

150  À coucher ; cela me destruyt.

    Et puis me lever si matin :

    Ces enfans mainent tel hutin65

    Qu’i n’est qui puisse prendre somme66.

           GUILLEMETTE

    Ton maistre me semble bon homme.

           MARGUERITE

155  Guillemette67, aussi est-il.

    Mais il n’est point assez subtil

    Pour congnoistre aucuneffois

    Ce que je voy68

           GUILLEMETTE

                Je ne congnoys

    En ta69 maistresse que tout bien.

           MARGUERITE

160  Se tu n’en vouloys dire rien70,

    Je te diroye bien en l’oreille

    Je sçay bien quoy.

           GUILLEMETTE

               Vécy merveille !

    Pense[-tu] que sois bavaresse71 ?

           MARGUERITE

    Escoutes…  En l’oreille.

           GUILLEMETTE

            Par la sainte messe !

165  J’eusse bien osé deviner

    Quant72 l’autre jour, après disner

    Environ une heure, elle y alla,

    Elle et ung autre…

           MARGUERITE

                C’est cela !

    Mais garde-toy bien d’en parler.

170  [Jà ne]73 me sauroit rien celer :

    Rien ne fait qu’el ne me le dye.

           GUILLEMETTE

    Et ! la mienne ne me die mye

    Ce qu’el fait, il s’en fault beaucoup74.

    Aussi, il ne m’en chault pas trop :

175  Je n’entens qu’à faire ma main75.

           MARGUERITE

    Tu emporteras ton sac plain

    Et en fourniras ton mesnaige76.

           GUILLEMETTE

    Pour ung tas de menu bagaige77,

    Pense-tu qu’on s’en aperçoyve ?

180  Et puis cela si ne leur grefve78 :

    On ne les en sauroit destruyre79.

           MARGUERITE

    Voire ; mais si le fault-il dire

    Au confesseur, quant vient, à Pasques80.

           GUILLEMETTE

    Non fait, par monsïeur sainct Jacques !

185  Quant j(e) y suis, il ne m’en souvient.

           MARGUERITE

    Mes seaulx sont plains. Il me convient

    Retourner bien tost : l’heure est briefve81

    Que ma maistresse ne se liève.

    Il en est temps.

           GUILLEMETTE

              Or va, adieu !

190  Ung autreffois, je te donneray lieu

    Ainsi comme tu m’as donné.

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           DÉBAT82             SCÈNE  V

    Sang bieu ! si voirez-vous beau jeu.

    Tantost ont-ilz83 bien sermonné,

    Et de leur estat gergonné84,

195  Et des maistres et des maistresses,

    Raconté tout[e]s les finesses

    De la maison, et des manières

    Des nourrices, des cha[m]brières,

    Et comme se part85 le butin.

200  Se je ne leur livre hutin,

    Je vueil perdre cest œil icy !

    Je voys afronter86 ceste-cy.

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    Hay ! Marguerite, Dieu te gard !        SCÈNE  VI

    Quel heure est-il ?

           MARGUERITE

                Il est jà tard ;

205  Mais de l’heure, je n’en sçay rien.

           DÉBAT

    Et ! par bieu, je m’esbahis bien

    Comme tu oses arrester

    À babiller n(e) à quaqueter

    À ceste grosse Guillemette :

210  C’est la langue la plus infaicte

    Que je sache point, sur ma foy !

    Se tu sçavoys qu’el87 dit de toy,

    Tu en seroys toute esbahye.

           MARGUERITE

    Qui ? De moy ?

           DÉBAT

               Plus88 de mocquerie

215  Qu’on ne sçauroit dire de femme ;

    Et que tu es la plus infâme

    Qui soit à Paris89 chambrière.

           MARGUERITE

    Haa ! la puante brenassière90 !

    Dit-elle de moy tel langaige ?

220  Et maintenant91, c’estoit la raige

    Quant92 de son segret me disoit !

           DÉBAT

    Par sainct Jehan ! elle le faisoit

    Pour te tirer les vers du nez.

    El93 dit franchement que tu n’ez

225  Q’une friande94, menteresse,

    Grosse truande, larronnesse95.

    Bref, c’est une chose villaine.

           MARGUERITE

    Bien, bien. Demain, à la fontaine

    Je la trouveray, la prestresse96 !

230  Se ce n’estoit pour ma maistresse97,

    De ceste heure j’y98 recouroye :

    Mais si bien je la [ra]batroye,

    Qu’à tout jamais s’en sentiroit !

           DÉBAT

    En effect, on ne te sauroit

235  Dire tout le mal qu’elle en dit.

    Mais ne te chaille, c’est ung dit99.

    N’en parle point, ce seroit noyse.

           MARGUERITE

    Quoy, parler ! Plus que je m’en taise100 ?

    Le grant dyable d’Enfer m’enporte !

240  J’aymeroye mieulx estre morte !

    L’orde puante becquerelle101

    M’a dit qu’el estoit macquerelle

    De sa maistresse et d’un [gros] moyne102.

    Or vienne, vienne à la fontaine :

245  Je luy feray bien sa raison103 !

    Çà, çà, je voys104 à la maison.

    Mais demain, par saincte Babille105

    Il en y aura à la ville !

    Ha, ha ! me dresse-tu coquille106 ?

250  Et je me fioye107 tant à toi !

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           DÉBAT              SCÈNE  VII

    Esmeue est à la bonne foy108.

    Tantost y aura beau sabat

    Entr’elles ! Oncques tel débat

    Ne fut veu. Mais aller me fault

255  À l’autre livrer ung assault,

    Et luy eschauffer la cervelle.

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           GUILLEMETTE         SCÈNE  VIII

    J’ay veu Marguerite là-hault109,

    Et ung homme parler à elle :

    Il y aura quelque nouvelle.

260  Se la chose n’est bien secrette,

    Je le sçauray.110

.

           DÉBAT              SCÈNE  IX

               Hay ! Guillemette,

    Es-tu icy ?

           GUILLEMETTE

            Ouÿ, vraibicque111 !

    Qu’est-il de nous ?

           DÉBAT

                Tant de traficque

    Que ceste garse Marguerite

265  Dit de toy. Elle te despite,

    Que c’est une terrible chose !

    Je suis esbahy comme elle ose

    Dire ce qu’elle dit de toy,

    Et par grant[s] injures.

           GUILLEMETTE

                  De moy ?

           DÉBAT

270  Voire, par la foy de mon corps !

    Elle dit, quant tu vas dehors

    De la maison où tu demeures,

    Tu arrestes deux ou trois heures

    Avec[ques] le clerc d’un chanoyne ;

275  Puis dis que c’est à la fontaine

    Où tu ne povois avoir lieu112.

           GUILLEMETTE

    Qu’ elle l’a dit ? La feste bieu !

    Or regardez la becquerelle !

    Et ! par mon Créateur, c’est elle,

280  Sans autre113, [qui le]114 fait ainsi,

    Proprement !

           DÉBAT

              Elle dit aussi

    Que tu fais faire ta raison115

    Au maistre de vostre maison

    Et à chascun qui t’en demande.

           GUILLEMETTE

285  Or regardez l’orde truande116,

    Ladresse117 puante pourrie !

    Que je suis maintenant marrie,

    Quant à cest heure estoit icy,

    Que je ne savoye cecy :

290  Je luy eusse fourby118 la teste !

           DÉBAT

    Croy-moy, et pour le plus honneste,

    Jamais avec elle ne hante119 :

    Car c’est une garse meschante

    Qui ne vault [qu’à] mettre au papier120.

           GUILLEMETTE

295  Une garse de plain clappier121,

    Toute sa vie à la cellette122.

           DÉBAT

    Par bieu ! tu dis vray, Guillemette.

    Ses parolles point ne me plaisent.

    Mais ne te chault [s’]elle est infaicte123 :

300  Tousjours les plus saiges se taisent.

           GUILLEMETTE

    Taise ? Et que [ses] parolles voisent124

    Ainsi sur moy villainement ?

    Ha ! je vous jure mon serment

    Que je luy fourbiray la teste !

           DÉBAT

305  Or t’y gouverne saigement,

    Et monstre que tu n’es pas beste.

           GUILLEMETTE

    Çà ! que Dieu en (h)ait malle feste !

    Me tient-on ainsi sur les rens125 ?

    Par bieu ! se je ne te le rens,

310  Trist[r]esse126, je puisse mourir !

    Ou tu gaingneras au courir127,

    Car tantost aura une alarme.128

.

           DÉBAT              SCÈNE  X

    Il ne s’en fault plus enquérir :

    Tantost il y aura beau vicarme129,

315  S’i ne vient Cordelier ou Carme

    Qui les puisse mettre d’accord.

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           MARGUERITE130        SCÈNE  XI

    Le grant dyable [d’Enfer] m’emport !

    Se je te treuve, Guillemette,

    Orde puante garse infaicte,

320  Je te romperay131 le museau !

    Je n’yroys point demain à l’eau,

    Se n’estoit pour te rencontrer

    Et ta follie te montrer.

    D[i]s-tu de moy telz déshonneurs ?

 

                *

 

        LE  CORDELIER132         SCÈNE  XII

325  Faictes bien aux Frères mineurs,

    Mineurs, mineurs, mineurs, mineurs,

    Pour l’amour de Dieu, si vous plaist !

    De disner me voicy tout prest133 :

    Je ne sçay à dire que c’est.

330  Au moins, ung petit de pitance134 !

    Crier me fault à grant puissance

    Affin d’esveiller les seigneurs :

    « Faictes bien au[x] Frères mineurs,

    Mineurs, mineurs ! »  Qu’asme n’y touche135 !

335  Je te mettray cecy136 en ma poche,

    Ce sera bon commencement.

    J’ay fiance, s’i chet en coche137,

    D’avoir cy des biens largement.

.

           GUILLEMETTE138       SCÈNE  XIII

    À l’eau m’en vois légièrement139,

340  Où ceste garse trouveray,

    Et le museau luy congneray,

    Par ma foy, puisque je l’ay dit !

    El dédira ce [qu’a médit]140

    De moy, ou je l’asomeray !

.

           MARGUERITE141        SCÈNE  XIV

345  Je m’en voys. Je la trouveray,

    À ceste heure, se je ne faulx142.

    Si bien la battray de mes seaulx

    [Qu’onc personne n’a veu cela]143 !

    L’orde truande, la vélà !

350  Bien luy en feray souvenir !

.

           GUILLEMETTE         SCÈNE  XV

    Voicy ma ribaulde venir.

    Que le feu sainct Anthoine l’arde144 !

           MARGUERITE

    Vien çà, malheurée145 paillarde !

    Qui te fait tenir te[l]s procès

355  De moy, et dire telz excès ?

    Par ma foy, je te defferay146 !

           GUILLEMETTE

    Parle147 bien ! Dieu ! je te tueray,

    Orde garse, putain usée148 !

    M’as-tu maintenant accusée ?

360  Je te romperay le museau !

.

           DÉBAT149            SCÈNE  XVI

    Là, là, là !

           MARGUERITE

            Pour150 rompre mon seau,

    Sy en auras-tu ceste drame151,

    Garse puante !

           GUILLEMETTE

              Nostre Dame,

    Au meurdre, ayde-moy152 ! Je suys morte !

           MARGUERITE

365  Le grant dyable d’Enfer m’emporte,

    Trist[r]esse, se je ne t’asomme !

    As-tu esté dire à ung homme

    Que je suis une larronesse153 ?

           DÉBAT

    D’acort, d’acort.

           GUILLEMETTE

               Elle est prestresse

370  Puante : [el me l’a]154 confessé.

    Il y a plus d’ung moys passé

    Que le monde en est adverty.

           MARGUERITE

    Prestresse, moy ? Tu as menty :

    C’est toy qui hantes155 les prestres[ses] !

375  Vas sus les recommanderesses156,

    Pour veoir que c’est qu’on t’y dira.

           DÉBAT

    Et ! cessez-vous ? On vous orra157 :

    Ce sera honte.

           GUILLEMETTE

              Quoy ? Me taire

    Pour ceste ribaulde adultaire158,

380  Vieulx cabas159 qui ne peult nyer

    Qu’el ne desroba le psaultier160

    D’un prestre couché avec elle !

           MARGUERITE

    Va, truande !

           GUILLEMETTE

              Va, maquerelle !

           MARGUERITE

    Va, va [là] où tu dois aller161 :

385  Par bieu, je te feray bruller !

           GUILLEMETTE

    Bruller ?

           MARGUERITE

           Voire !

           GUILLEMETTE

                 Hé, bon gré ma vie !

    D’injures et de villanye162

    Me diras-tu si largement ?

    Cecy auras pour ton payement163 !

390  Oys-tu ?

           MARGUERITE

           Ha ! bon gré mon serment !

    Tu n’es pas encore eschapp[é]e :

    Puisqu(e) en ce point tu m’as frappée,

    La parucque te pigneray164 !

           GUILLEMETTE

    Au meurtre !

           MARGUERITE

              Je t’étrangleray,

395  Orde puante garse infâme165 !

.

           LE  CORDELIER166      SCÈNE  XVII

    Et ! cessez-vous ? Bon gré mon âme !

    Fault-il s’entrebatre en ce point ?

           MARGUERITE

    Brief je la tueray !

           GUILLEMETTE

                Nostre Dame !167

           LE  CORDELIER

    Sang bieu ! ne cesserez-vous point ?

400  Je requiers Dieu qu’i me pardoint

    [Se] sur tous deux ne frapperay !

    Cessez-vous ?

           MARGUERITE

              Je l’estrangleray !

    En effect, remède n’y a168.

           LE  CORDELIER

    Bénédicité Maria !

405  Voicy femmes abhominables169 !

    Et ! cessez vous, de par tous les dyables !

    Il ne fault point mener de guerre

    Maintenant.

           GUILLEMETTE

             Ha, a ! frère Pierre170 :

    L’orde puante m’a destruicte.

410  De Dieu puist-elle estre mauldicte !

    Injure n’est, ne villanye,

    Que sur ma maistresse ne die171.

           MARGUERITE

    Mais [toy],172 putain !

           LE  CORDELIER

                   Vous estes folles !

    Laissez-moy toutes ces parolles,

415  Et parlons de joyeuseté173.

           GUILLEMETTE

    Ha, par la saincte Crestienté !

    Se Justice me veult entendre,

    Trist[r]esse, je te feray pendre

    Pour ung enfant que tu tuas174 !

           LE  CORDELIER

420  Débat : plus viste que le pas,

    Vuidez175, ne soyez plus entre elles !

           DÉBAT

    Frère Pierre entend bien le cas :

    (Il appaisera les querelles.)

           LE  CORDELIER

    Sans que plus en soit de nouvelles,

425  Vuidez ! En ce point176 le conclus.

    De [cecy, qu’on]177 n’en parle plus :

    C’est ung débat qu’il fault rabatre.

    Mais qui vous a fait entrebatre ?

    Dictes-le-moy.

           MARGUERITE

              Ce fut cest homme,

430  Qui m’a dit et racompté comme

    Ceste ribaulde m’injurie178.

           GUILLEMETTE

    S’a-il fait179 (par saincte Marie),

    Qui m’a dit que tu me blasmoys,

    Et que tant d’injures disoys

435  De moy, que c’estoit grant ordure.

           LE  CORDELIER

    Or, qu’on ne parle plus d’injure :

    Laissons Débat, il ne vault rien.

    Chassons-lay, et le baton bien180,

    Car il est de faulce nature181.

           MARGUERITE

440  Frappons sur luy à desmesure,

    Et qu’i soit baptu comme un chien !

           LE  CORDELIER

    Or, qu’on [ne parle plus d’injure :]182

    Laissons [Débat, il ne vault rien.]

           GUILLEMETTE

    Je cuidoyes, je vous asseure,

445  Que ce fust ung homme de bien.

    Çà183 ! il avoit trouvé moyen

    De nous mettre en grande laidure.

           LE  CORDELIER

    Or, qu’on [ne parle plus d’injure :]

    Laissons [Débat, il ne vault rien.]

450  Chassons[-lay, et le baton bien,]

    Car il est [de faulce nature.]

           MARGUERITE

    Chantons d’acord184 !

           GUILLEMETTE

                  Tenons mesure.

    Et puis que disner on s’en voise185.

    De Débat ne fault avoir cure,

455  En bonne compaignie françoyse186.

 

               EXPLICIT

.

*

1 A. de Montaiglon, Recueil de poésies françoises, t. V, pp. 71-83. <Ci-dessous : Caquet.> Voir Halina Lewicka : Études sur l’ancienne farce française. Klincksieck, 1974, pp. 111-116.   2 Je remets dans l’ordre les noms des deux chambrières, que l’index personæ intervertit. La pièce est d’ailleurs sous-titrée « Marguerite », puisque c’est elle qui entre d’abord. Voir l’édition de Jelle Koopmans : Le Recueil de Florence, Paradigme, 2011, pp. 721-733.   3 Dispute, bagarre. Ce personnage allégorique est donc un semeur de zizanie.   4 Dans Serre-porte, le moine libidineux s’appelle ainsi. Mais ce nom émaille quantité d’autres œuvres érotiques, comme l’Épitaphe du membre viril de frère Pierre, de Jodelle. Il y eut même une chanson à la gloire de frère Pierre (voir Rabelais, V, 32 bis).   5 Les rubriques nomment les chambrières LA PREMIERE et LA SECONDE ; pour plus de clarté, je leur restitue leur nom. Marguerite descend du podium, et se dirige vers la fontaine du quartier avec ses deux seaux. Les scènes devant la fontaine se jouent au pied des tréteaux ; les autres, sur les tréteaux.   6 Atténuation normande de par Dieu. « Pardicques ! depuis que ceulx-là/ Ont heurté à “l’huys” de Perrette !/ Enda, m’amye Guillemette. » Le Caquet des bonnes chambèrières.   7 F : Demain au  (Avant qu’il fasse jour. « Ele s’endormi, ne ne s’esveilla devant le matin. » Lancelot du Lac.)   8 La première place, au début de la file d’attente.   9 D’assez bonne heure, assez tôt.   10 Elle descend du podium et se dirige vers la fontaine.   11 Du gaspillage d’eau.   12 Me démettre l’épaule. « Despauler, c’est hoster l’espaule. » ATILF.   13 Ma gourde.   14 Vases. Il n’y a personne.   15 Elle arrive à la fontaine.   16 Qui attribue les places dans la file d’attente. (Voir les vers 3, 190 et 276.) On disait aussi le « run ».   17 F : mastreisse  (On arrive au sujet de conversation favori de toutes les chambrières : les médisances et les indiscrétions touchant leurs maîtres. Voir les 120 premiers vers des Chambèrières qui vont à la messe.)   18 Renfrogné. « La mienne est trop meilleure femme,/ Mais nostre maistre ne vault rien :/ Il est plus rechigné q’ung chien./ On ne peult rien à son gré faire :/ Il ne faict que crier et braire. » Caquet.   19 F : est  (Elle me traite avec dédain. Voir le vers 265.)   20 Untel. Cf. la Résurrection Jénin à Paulme (vers 96), et Mallepaye et Bâillevant (vers 194). Les Vers 36-64 s’inspirent du Caquet.   21 À cause d’un peu de lubies (qu’avait ma maîtresse).   22 F : ny auoit   23 Pour autant.   24 Si ce n’est.   25 Quelquefois.   26 F : coste  (Une cotte : une tunique à manches.)  Double sens érotique : « Donner la cotte-verte, c’est baiser quelque fille ou femme sur l’herbe. » (Dictionaire comique, satyrique.) Dans le Cousturier et son Varlet, la Chambrière dit : « Je veulx qu’en la fasson d’Espaigne/ Me fasses une verte cote. »   27 F : dauant hier  (Avant-hier.)   28 Un de nos voisins.   29 Je n’en donne pas un sou.   30 Tu ne t’en soucies pas.   31 Les chambrières étaient un peu voleuses. Voir les vers 175-181.   32 Vu quelqu’un. Baiser = coïter : voir la note 57 de Serre-porte.   33 Aucun trouble.   34 De la maison. « Avez-vous point une nourrisse/ Pour garder le petit enfant/ De vostre hostel ? Je la hay tant !/ Elle est tant orde et flateresse ! » (Caquet.) L’inimitié des servantes vis-à-vis des nourrices est indiscutable : cf. les Chambèrières qui vont à la messe, ou le Débat de la Nourrisse et de la Chambèrière (BM 49).   35 En nourrice. Les vers 83-94 s’inspirent du Caquet.   36 De chiffons, de couches.   37 De crotte. Cf. le Munyer, vers 435.   38 À Rouen, des lavoirs étaient disposés le long du Robec. « Et va laver tes vestements/ Dans Robec, ste belle rivière. » La Muse normande.   39 Souillée par la merde du nourrisson. « Bren pour toy, breneuse nourrisse ! » Débat de la Nourrisse et de la Chambèrière, BM 49.   40 Et en plus.   41 Réminiscence d’une chanson normande, Voilà comment mon amour se manie : « On me void la blonde aimer,/ Et la blanche, et la brune ;/ Barbe me plaist, Marguerite m’amye…./ J’ayme à Caen, j’ayme à Bayeux,/ À Fallaize et à Vire. » (Jean Palerne en fera beaucoup plus tard une version forézienne.)   42 Quel est son nom ? Raulet et le diminutif normand de Raoul : cf. l’Avantureulx, vers 83.   43 Pour coucher avec moi.   44 Sainte Marie Madeleine, patronne des prostituées.   45 L’ouvroir, l’atelier de couture. Dans le Caquet originel, Raoulet ne tient pas la main de la chambrière, mais son sexe : « Elle a servy à leur valet,/ Celluy qui s’appelloit Raoullet (…),/ Car je luy veis ung jour tenir/ Son “cas” en l’ouvroir, en passant ;/ Et croy qu’estoyt en mal pensant. »   46 Une fois, entre deux portes.   47 On peut localiser en Normandie les rimes aise / naise, apercève / grève (179-180), naise / taise (237-8), maine / fontaine (243-4), ou taisent / vaisent (300-1). Voir H. Lewicka.   48 Quand ma patronne trouve.   49 Quand j’ai repoussé les balayures sur le seuil de la maison au lieu de les jeter dans la rue.   50 Une restriction.   51 F : Sel me   52 Pansés, nourris. Voir la note 86 du Capitaine Mal-en-point.   53 F : viande assez   54 Changeons (normandisme). Cf. l’Avantureulx, vers 489.   55 Quel plaisir. Le vers suivant est perdu.   56 Râleuses. « J’en congnois ung à marier,/ Qui me requiert, sans me lyer/ À ces rechignardes maistresses,/ Qui me donra, pour moins, les gresses/ Et quatre ou cinq frans. N’esse rien ? » Caquet.   57 Les chambrières vendaient les graisses de cuisson. « La chair estant demy cuitte,/ Soigneuse suis de l’escumer/ Et la graisse très bien tirer,/ Dont je fais de belles potées [que je mets en pots]/ Qui sont puis après transportées/ Et bien vendues à mon profit./ Quant est du beurre, cuit ou frit,/ Morceaux de lard (…),/ Cela est confisqué par moy. » Chambrière à louer à tout faire (Montaiglon, I).   58 Le célibataire, qui n’a pas d’enfants, donnera ses vieilles hardes à la chambrière. Les savetiers rachetaient les chaussures usagées pour les recoudre et les vendre. Cf. les Sotz ecclésiasticques, vers 174-176.   59 Les fileuses pouvaient vendre leur ouvrage.   60 F : donne  (Je connais quelqu’un qui me donnerait bien jusqu’à 6 francs.)   61 F : me suffit  (Ne rime pas en -ian.)  Il est débauché. « Soyez bavards, ruffiens, menteurs. » Seconde Moralité.   62 J’aime mieux garder mon honneur.   63 Moins. Ce vers proverbial, que Béroalde de Verville appelle un « axiome de Normandie », se lit notamment dans Ung jeune moyne et ung viel gendarme. F intervertit les vers 145 et 146.   64 Besoin.   65 Font un tel tapage. Idem vers 200.   66 Qu’il n’est personne qui puisse sommeiller.   67 F met ce mot sous le vers 154.   68 L’infidélité de son épouse.   69 F : ma   70 Si tu voulais garder le secret.   71 Une bavarde. « Mes trèsplaisantes bavarresses,/ Délaissez voz amoureux trais. » Guillaume Coquillart.   72 F : Que   73 F : Jamais  (Jamais ma patronne ne saurait rien me cacher.)   74 On en est loin.   75 Je ne m’occupe que de faire main-basse, de chaparder. Cf. les Sotz escornéz, vers 125 et note.   76 Grâce à tout ce que tu auras volé à tes patrons.   77 F : bacaige   78 Ne leur fait pas de tort.   79 Ruiner.   80 On devait se confesser au moins avant Pâques. Cf. la Confession du brigant, vers 13-16, et Saincte-Caquette, vers 171-173.   81 Proche.   82 Sur la scène, il parle au public pendant que Marguerite monte vers lui avec ses seaux.   83 Les chambrières étaient jouées par des hommes.   84 Ils ont jargonné, parlé de leur profession. « Ils racontent milles nouvelles…./ Y jergonnent de tout le monde. » La Muse normande.   85 Comment elles se partagent.   86 F : frontes  (Je vais affronter.)   87 Ce qu’elle.   88 Elle dit plus.   89 L’éditeur parisien a « parisianisé » ce vers, comme c’était de règle avec les pièces normandes ; mais il l’a fait si maladroitement, que même si on remplaçait Paris par Rouen, le vers ne serait pas naturel.   90 Merdeuse.   91 Il y a un instant.   92 F : Tant  (Quand elle me parlait du secret concernant les coucheries de sa maîtresse, aux vers 160-169.)   93 F : Et  (L’auteur emploie le pronom féminin « el » aux vers 171, 173, 381, etc.)   94 Une goinfre.   95 Une grosse mendiante, une voleuse. « Elle dict (…)/ Que tu n’es qu’une larronnesse,/ Une villaine menteresse. » Caquet.   96 Concubine d’un prêtre.   97 Qui m’attend.   98 F : je te  (J’y retournerais.)   99 Ne t’en fais pas, ce ne sont que des paroles.   100 Que je m’en taise plus longtemps ?   101 « BÉQUERELLE : bavarde acariâtre et querelleuse. » (Louis Du Bois, Glossaire du patois normand.) Idem vers 278.   102 « Orde puante becquerelle,/ Et dit que tu es macquerelle/ De ta maistresse et d’ung gros moyne. » Caquet.   103 Je lui réglerai son compte. Cf. les Maraux enchesnéz, vers 293.   104 Je vais.   105 Saint Basile était un homme. Sainte Babille est la patronne des femmes bavardes : voir le vers 208.   106 Me fais-tu une malice ? « Nous sommes aussi fins que vous (…)/ Pour entendre telles coquilles :/ Allez ailleurs pour les dresser ! » Godefroy.   107 Je me fiais. Marguerite rentre chez sa patronne.   108 Elle est émue de bonne foi.   109 Sur les tréteaux. Guillemette est restée en bas, près de la fontaine.   110 Elle monte sur le podium, avec ses seaux.   111 Les Normandes pudiques employaient cet euphémisme de « vraibis » [vraiment], sous prétexte que le vrai bis [le fendu] désignait le sexe de la femme : « Son vraibis en prit la toux./ Il luy faut faire un potage/ Batu à quatre genoux. » (Il estoit une fillette.) Voir la note 28 du Vendeur de livres.   112 Ton tour (note 8).   113 Et personne d’autre. « C’est il, sans aultre, vrayement ! » Farce de Pathelin.   114 F : quelle   115 Que tu te donnes. « (Elle) dict que la nuict, tu la meine/ Au cloistre faire sa raison…./ Mesmes que (tu) couche avec le maistre. » Caquet.   116 La sale gueuse.   117 La lépreuse.   118 Frotté, frappé. Idem vers 304.   119 Ne la fréquente plus.   120 Qu’à être proscrite. « Luy et M. de Tavannes l’avoient mis au papier rouge des proscrits. » Brantôme.   121 De bordel. « Toutes femmes de joye séans ès bordeaulx et clapiers de Paris. » Godefroy.   122 Dans la cellule d’un moine. « Un jour (il) estoit en sa cellète/ Et prioit Dieu. » ATILF.   123 F : infame  (On prononçait « infète ».)   124 Aillent.   125 Me propose-t-on le combat (terme de tournois).   126 Traîtresse. « Elle est plus tristresse que Ganes [Ganelon]. » (Le Pont aux asgnes, BM 25.) Cette graphie fantaisiste, reprise à 366 et à 418, est peut-être redevable à l’expression « traistre Tristesse », dont usa René d’Anjou dans le Cuer d’Amours espris, que tous les poètes avaient lu.   127 Tu gagneras si tu cours plus vite que moi.   128 On sonnera l’assaut. Guillemette rentre chez sa patronne.   129 Vacarme. « Tout le jour, ne fais que “jouer”/ Aux cordeliers, prescheurs et carmes :/ Tu vas là faire tes vicarmes. » Débat de la Nourrisse et de la Chambèrière, BM 49.   130 Avec un balai, elle repousse des balayures sur le seuil de la maison.   131 Ce « e » svarabhaktique plaide pour une origine normande de la pièce. Même vers que 360 ; on le trouve aussi dans une autre farce normande, Jéninot qui fist un roy de son chat (BM 17).   132 Acte II. Nous sommes au lendemain matin. Sur la scène, un Cordelier (qu’on appelle aussi un Frère mineur) quête de la nourriture : les ordres mendiants sillonnaient le parvis de la cathédrale Notre-Dame.   133 C’est bientôt l’heure du repas. Les moines mangeaient la « soupe de prime » à 6 h du matin.   134 (Donnez-moi) un peu de nourriture !   135 Un acolyte jette par terre un quignon de pain. Le moine se précipite en criant : « Que personne n’y touche ! » Les frères mendiants récoltaient surtout des victuailles, qu’ils fourraient dans leur bissac (la poche du vers suivant).   136 F : se cy   137 F : couche  (Si tout s’emboîte bien, comme une flèche qui choit dans l’encoche de l’arbalète. « J’auray de luy, s’il chet en coche,/ Ung escu ou deux. » Pathelin.)   138 Elle sort de la maison avec des seaux vides, et elle descend vers la fontaine.   139 Je m’en vais rapidement à la corvée d’eau, à la fontaine.   140 F : quelle a dit  (Rime du même au même.)   141 Elle sort de la maison avec des seaux vides, et elle descend vers la fontaine.   142 Si je ne m’abuse.   143 F : Que oncques personne navalla  (Correction proposée sous toutes réserves.)   144 Que le mal des ardents [l’ergotisme] la brûle.   145 F : malhreure MALHEURÉ : malheureux. » Du Bois, Glossaire du patois normand.)  On scande mal-heu-ré-e en 4 syllabes.   146 Je vais te tuer.   147 F : Par le  (Cesse de m’injurier.)   148 F : rusee  (« Orde vieille putain usée ! » Mistère de la Passion.)   149 Il fait semblant de s’interposer entre les deux belligérantes.   150 Même si je dois.   151 La dragme est une unité de poids : Maistre Doribus, vers 7. Marguerite frappe son adversaire à coups de seau.   152 Elle invoque les reliques de la Vierge Marie qui reposaient dans la cathédrale Notre-Dame.   153 Une voleuse.   154 F : elle ma   155 Qui te mêles avec.   156 Va chez les entremetteuses. « J’ay récité/ À son maistre la grant finesse/ Que (elle) feist chez la recommandresse. » Caquet.   157 On va vous entendre.   158 Qui couche avec des hommes mariés.   159 Vieille prostituée dont le cabas [vagin] est distendu. « Vostre peau est flestrye,/ Vous estes ung vieulx cabas. » Nicolas Martin.   160 On connaît des psautiers précieux, avec une reliure incrustée de verroteries, et un fermail en argent.   161 Au bûcher où on brûle les avorteuses.   162 De vilenies. F intervertit les vers 387 et 388.   163 Elle donne un coup de seau à Marguerite.   164 Ce crêpage de chignons est à prendre au sens propre : les deux comédiens portent une perruque.   165 F : infaicte   166 Il descend de l’estrade et s’interpose entre les deux furies.   167 Nouvelle invocation à la Vierge de la cathédrale.   168 Il n’y a pas d’autre solution. Les deux « femmes » s’arrachent mutuellement la perruque.   169 Pour un homme d’Église, cette épithète renvoie au « péché abominable », la sodomie. Ces femmes abominables désignent donc les travestis des vers 193 et 401.   170 Les deux femmes, qui se traitent mutuellement de prêtresses, connaissent le moine.   171 Il n’y a pas d’injures ni de vilenies qu’elle ne dise sur ma maîtresse.   172 C’est plutôt toi.   173 De plaisir.   174 Parce que tu te fis avorter.   175 Videz les lieux, partez !   176 F : poinz ie  (Je le décide ainsi.)   177 F : se cy   178 F : mainiuroye   179 Aussi a-t-il fait.   180 Chassons-le et battons-le bien. « Lay » est un pronom normand : le Vendeur de livres, vers 19 et 195.   181 D’un naturel trompeur. Tout le monde frappe sur Débat.   182 Pour finir plus vite, l’imprimeur n’a pas complété les refrains du rondel double.   183 F : Car   184 Ensemble.   185 Qu’on aille dîner (dans une taverne).   186 Galante, amoureuse : voir la note 57 du Trocheur de maris. « Au mieulx que je puis je m’apreste,/ Désirant compaignie franchoise. » (La Chambèrière desproveue du mal d’amours.) Connaissant la paillardise des Cordeliers, on suppose que le nôtre, en sortant de la taverne, voudra être récompensé de ses bons offices par les chambrières. Béroalde de Verville raconte que deux Cordeliers ont couché avec une dame et sa chambrière, et que l’occupant de la chambre contiguë « ne sçavoit rien de la compagnie françoise ». Le Moyen de parvenir, 61.

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LES RAPPORTEURS

Recueil Trepperel

 

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LES  RAPPORTEURS

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La première mouture de cette sottie parisienne fut écrite en 1487, probablement par Henri Baude1. Les basochiens, qui en étaient les commanditaires et donc les propriétaires, lui ont adjoint des vers nouveaux jusqu’aux alentours de 1502. Elle est très proche de la sottie des Sotz escornéz, à peu près contemporaine et imprimée elle aussi par Trepperel. On y trouve une vignette identique : Pierre Gringore travesti en Mère Sotte2. On y trouve des personnages similaires : un Prince tyrannique, son éminence grise Gautier, et ses trois Sots en rupture d’obéissance. On y trouve aussi un poème en pentasyllabes, et une ballade mythologique en décasyllabes où l’on croise les mêmes dieux. On y trouve enfin d’innombrables concordances de style. En revanche, notre sottie des Rapporteurs n’a aucun lien avec la farce du Raporteur (LV 30). Les Rapporteurs sont des « reporters ». (Étymologiquement, c’est le même mot français.) Ils vont aux nouvelles et présentent leur rapport ; les actualités qu’ils passent en revue sont truffées d’allusions politiques.

La pièce dénonce3 la répression dont le théâtre des basochiens fut victime en 1486 : Charles VIII fit emprisonner quatre clercs de la Basoche et leur auteur Henri Baude4, coupables d’avoir brocardé sur scène des notables corrompus qui « n’en ont pas esté bien contens5 ». Pendant les jours gras6, les Sots partageaient les prérogatives des vrais fous et des bouffons royaux : ils pouvaient alors caricaturer les abus et les ridicules de leurs contemporains, à condition que ces derniers ne s’en formalisent pas trop. L’auteur de la sottie des Sobres Sotz (LV 64) ne l’oubliera pas :

    –Je le diroys bien, mais je n’ose,

    Car le parler m’est deffendu.

          (…) –Sy je n’avoys peur

    Qu’on me serrast trop fort les doys,

    En peu de mos je vous diroys

    Des choses qui vous feroyent rire.

    –À ces jours-cy, y fault tout dyre

    Ce qu’on sayt : on le prent à bien.

    –Par sainct Jehan ! je n’en diray rien :

    Y m’en pouroyt venir encombre.

Symbole de la lutte contre la censure (et d’un bras-de-fer entre le Parlement de Paris et les courtisans7), la sottie des Rapporteurs tint lieu de défouloir aux contestataires du Palais pendant quinze ans : sur la trame originale qui comptait 250 vers, on placarda au gré de l’actualité8 une centaine de vers anarchiques où éclate une violence jamais atteinte auparavant. Mais cette fois, nul n’a tenu à se reconnaître dans ce jeu de massacre. D’ailleurs, la version que nous connaissons a-t-elle pu être représentée ?

Que reste-t-il du théâtre de « maistre Henry Baulde » ?

* La Pragmatique entre gens de Court et la salle du Palais.  Quoi qu’on ait pu dire, ce dialogue de 1485 n’est pas dramatique.

* La brièvfe Moralité de 1486.  Elle a été détruite par les censeurs, et même son nom est inconnu.

* La sottie des Sotz escornéz.  Rien n’empêche qu’elle soit de Baude : lors du scandale de 1486, on a examiné les « Sotye et Moralité jouéz par lesdictz clercs ledit jour ». La sottie9 en question, dont on ignore tout, ne fut pas censurée ; elle existe peut-être encore.

* La sottie des Rapporteurs.  Baude contesta son emprisonnement dans deux épîtres en octosyllabes adressées au duc de Bourbon. Avec un tel désir d’en découdre, pourquoi aurait-il abandonné à un autre dramaturge le soin (et la jubilation) d’une vengeance publique ?

* Aulcun, Cognoissance et Malice.  Joël Blanchard10 attribue à Baude cette moralité qu’il date de 1484.

Source : Recueil Trepperel, nº 6.

Structure : Ballade, abab/bcbc, rimes plates, 3 triolets, 9 tercets pentasyllabiques. La métrique est très confuse à cause des rimes proliférantes qui furent ajoutées au fil des années. Le squelette de la forme première est parfaitement reconnaissable, mais je n’ai pas cru bon de « censurer » l’œuvre collective qui nous est parvenue.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

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Sotie nouvelle à quatre parsonnaiges des

Rapporteurs

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C’est assavoir :

    PROPTER  QUOS 11,  le Prince

    LE  PREMIER  SOT

    LE  SECOND  SOT

    LE  TIERS  SOT

                                  Les  Rapporteurs

*

 

                             PROPTER QUOS, le Prince, commence    SCÈNE I

         Saturne, filz du trosne impérial

         Et de Vesta12 (du plus hault élément13

         Dame et maistresse), au ceptre tribunal14

         [Dut renoncer ………….. -ment.]

5    Divisay fut le siècle15 vivement.

         Mais Jupiter, pour sa porcion [l]égalle16,

         Dessus Phébus a le gouvernement.

         Cuidant soy haulcer17, mainteffois on ravalle.

         Puis Neptunus18 (qui, ès19 lieux fluctueux

10   Et inundans, à Saturne succède),

         Cure receust20 des lieux pérécliteux ;

         Quant Boréas a déchassé si roide21,

         Je22 cuide, moy, qui n’y eust mis remède23,

         Englouty l’eust de ténébreure malle ;

15   Mais Neptunus luy24 monstra face laide.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravalle.

         Touchant Pluto, lieux trèsparfonds et ysmes

         A désiray pour sa porcion avoir,

         Moyen duquel luy ont les [noirs] abismes25

20   Esté donnéz, et là fait son mou[v]oir.

         Proserpine le dev(e)roit bien sçavoir,

         Car des Enfers26 a visité la salle ;

         Mais Sérès sceut27 moyen de la [re]voir.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravale.

25   Prince, pensez qu(e) avant [de] desjuner,

         Voz biberons ont forment face palle28.

         Mais puis après, on se doit pourmener29.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravale.

         Mes Sotz sont-ilz point en la salle ?

30   [Çà, Gaultier,]30 va-les-moy hucher !

         Je croy, moy, qu(e) ilz se vont coucher.

         Touteffois, ilz m(e) avoient promis

         Que pour l’honneur de leurs amis

         Desquelz ilz ont aide et support31,

35   Aujourd’uy feroient leur rapport

         Comme [ilz] ont de bonne coustume.

.

           LE  PREMIER  SOT 32    SCÈNE  II

         Jésus, auquel point est la lune !

           LE  SECOND  [SOT]

         Benoist Dieu, que le temps est rouge33 !

           LE  TIERS  SOT

         Qui vouldra menger d’une prune,

40    Je vous requier qu’on ne se bouge.

           LE  PREMIER

         Feste bieu, que de gens nouveaulx34 !

           LE  SECOND

         Que de Dames et de Damoiselles !

           LE  PREMIER

         Mais qu’il y35 fauldra de chappeaux !

           LE  TIERS

         Feste bieu, que de gens nouveaux !

           [LE  SECOND

         …………………………….. -eaux !]

           LE  PREMIER

45    Ha ! je n’en vids jamais de telles.

                               LE  SECOND

         Feste bieu, que de gens nouveaux !

                               LE  TIERS

         Que de Dames et Damoiselles !

                               LE  PREMIER

         Que de sotz !

                               LE  SECOND

                                  Que d(e) oppiniastres !

                               LE  TIERS

         Que de folz36 !

                               LE  PREMIER

                                     [Et] que de follastres !

                               LE  SECOND

50   Que de gens qui cuident sçavoir !

                               LE  TIERS

         Qu(e) il en est qui ne sçavent riens !

                               LE  PREMIER

         Que de gens qui ont trop devoir37 !

                               LE  SECOND

         Que de gens qui ont trop de biens !

                               LE  TIERS

         Que de macquerelles à Paris !

                               LE  PREMIER

55   Que de « maisons » en la rue Saint-Denis38 !

                               LE  SECOND

         [Qu’il est]39 de paiges macquereaulx !

                               LE  TIERS

         Qu’il est de pouvres fringuereaulx40 !

                               LE  PREMIER

         Que je voy porter41 brodequins

         À ces povres frans musequins42,

60    Par-dessus leurs chausses persées !

                               LE  SECOND

         Mais que j’ay veu, depuis six ans,

         Paistre de grues43 parmy les champs,

         Qui toutesfois s’en sont vollées !

                              LE  TIERS

         On a prins, à Sainct-Innocent44,

65   De l’eau, des plains potz plus de cent ;

         Puis n’a-on pas tout emporté.

.

                              PROPTER  QUOS       SCÈNE  III

         Après qu(e) auray bien escouté,

         Mes Sotz45, viendrez-vous, s’il vous plaist ?

         Vrayement, ilz ont bien tempesté !

70    [Après qu’auray bien escouté,

         ………………………….. -té.]

         Je croy qu’ilz ont le cueur dehait46.

         Après qu(e) auray bien escouté,

         Mes Sotz, viendrez-vous, s’il vous plaist ?

                               LE  PREMIER

         Nous n’avons pas encore fait47.

                               LE  SECOND

75   Nous ne sçavons par où descendre.

                               LE  TIERS

         On nous a mis à faire guet.

                               LE  PREMIER

         Taisez-vous, laissez-nous apprendre48.

                               PROPTER  QUOS

         Or brief, je ne puis plus attendre.

         Ne cuidez pas que ce soit fable.

80    Se je voys49 là vers ceste table,

         Par tous les sains de Paradis,

         À chascun, des coups plus de dix

         Je vous donray sur vostre teste !

           LE  PREMIER

         Je n’ay cure de telle feste.

           LE  SECOND

85   Je n’ay cure, moy, qu’on me bate.

           LE  TIERS

         Se n’avoyes50 la main à la paste,

         Si m’en fuiray-je du débat.

                           LE  PREMIER

         Allons là, ce n’est q’ung esbat51 ;

         Si, verrons qu’il nous vouldra dire.

           LE  SECOND

90   Pour me trouver en ung combat,

         Je suis plus vaillant que La Hire52.

           LE  TIERS

         Pour m’enfuïr s’on me menace

         Et pour tantost vider la place,

         Jà n’en crains archier de la Garde53.

           LE  SECOND

95   Allons là, je croy qu’il luy tarde ;

         Car nostre maistre Propter Quos

         Ayme fort ouÿr noz rappors.

           [LE  PREMIER]

         Et ! le vélà qui nous regarde.

           LE  SECOND

         J’iray54 quérir ma hallebarde,

100  Car j’ay grant peur qu’il nous oultraige.

           LE  TIERS

         Il te part d’ung maulvais couraige55,

         De t’armer contre ton seigneur.

           LE  SECOND

         Si à bien plus grant personnage !

           [PROPTER  QUOS]56

         (Or s’ilz l’ont fait, c’est leur dommaige,

105  Et auront leur part de la peur.)

           LE  PREMIER

         Propter Quos, le vray chief d’onneur,

         Jésus vous doint joye et sancté !

           PROPTER  QUOS

         Et à vous, bonne prospérité57 !

         Et vous doint autant de ducatz

110  Comme en ont tous les Lombars

         Par delà le pays de Savoye !

         Mes Sotz, et puis ? Comme58 est la voye ?

         De quel chose estes-vous records59 ?

         Est-il point possible qu’on oye

115   Quelque chose de voz rappors ?

           LE  PREMIER

         Voullez-vous qu’on vous die des mors

         Et de ceulx qui sont trespasséz60 ?

           PROPTER  QUOS

         Laissez-moy ceulx-là, c’est assez ;

         Ne m’en faictes plus mencion !

           LE  SECOND

120  Plusieurs sont aux gaiges casséz61,

         Qui ont receu leur pension.

           LE  TIERS

         C’est une grant confusion

         Des choses qu’avons apperceues.

           LE  PREMIER

         Nous n’au[r]ons pas la moitié dit

125  Jusques au temps de l’Antécrist,

         Des choses que nous avons veues.

           PROPTER  QUOS

         Mes Sotz, de bon cueur je vous prie :

         Resjouyssez la compagnie

         De quelques rappors tous nouveaulx.

           LE  PREMIER

130  Premier62, nous avons veu chevreaulx

         Qui voulloient mener paistre chièvres63.

           LE  SECOND

         Nous avons veu chiens à monceaulx

         Qui s’enfuyoient devant les lièvres.

           LE  TIERS

         Sergens ne sont plus larronceaux :

135  Ilz sont doulx comme jouvenceaulx

         Et ne boyvent plus mais que bière(s)64.

           PROPTER  QUOS

         Ilz ne font leur sanglante fièvre,

         Les paillars pouacres65 infâmes !

         Ilz donroient aux dyables leurs âmes

140  Premier qu’ilz ne fussent larrons66 !

         Ces rappors-là ne sont pas bons,

         Car c’est toute[s] pures mensonges67.

         Dia68 ! la grandeur d’ung vieil tonneau

         Ne boit point la moitié tant d’eau

145  Que feroi[e]nt de vin ces yvrongnes !

           LE  PREMIER

         Tant plus on les regarde ès trongnes,

         Tant plus les treuve enluminéz.

           LE  SECOND

         J’avoue Dieu ! ilz ont sur le nez

         Une69 aulne de rouge esquarlate.

           LE  TIERS

150  Que migraine70 de laine plate

         Ne reluise de telle manière !

           PROPTER  QUOS

         Ce n’est donc pas de bonne bière,

         Comme ce fol me rapportoit71.

           LE  PREMIER

         C’est, pardieu, de faire grant chère ;

155  Et si, ne sçay, moy, qui le poist72.

           PROPTER  QUOS

         Sus, sus, mes suppostz ! Qu’on vous voist

         Procédans en ceste matière !

           LE  SECOND

         Carmes n’ont plus de chambèrière73 ;

         Aussi n’ont pas les cordeliers.

160  Et, dit-on, sont74 les usuriers

         Sont marris qu’il n’est assez [o]vins75

           PROPTER  QUOS

         Ilz ont menty, les chiens mâtins !

         Tousjours carmes auront freppières,

         Et usuriers seront marris

165  Se les laines ne sont fort chières.

         Que de Dieu [ilz] soient tous mauldictz !

           LE  TIERS

         Jacobins ont à Dieu promis,

         Mectans tous ès Enffers leurs âmes,

         Que jamais ne permétront femmes

170  En leur maison (tant qu’il se76 sçaiche).

           PROPTER  QUOS

         Et ! par sainct Jaques ! Une vache

         Yroit premier querre77 une preune

         Sept piedz au-dessus de la lune

         Ains78 que ces maistres jacobins,

175  Cordeliers, carmes, célestins

         Ne jouent de nature la basse.

         Onc chien puant, de « passe-passe »

         Ne fut si leste79, par mon âmes !

           LE  PREMIER

         Moynes ne parlent plus aux dames.

180  Et dit-on qu’il n’en est pas trop80.

           [LESECOND

         Laissons cela, ilz sont infâmes :

         Ilz torchent leur cul de leur froc.

           LE  TIERS

         Il n’est, par les saincts, rien plus sot

         Que moyne, avec son cappilla[i]re81.

           PROPTER  QUOS

185  S’ung82 en avoyes qui fust mon frère

         Et j’eusse femme ung peu mignonne,

         Je lairoye toute la besongne

         Premier que ne m’en [donne garde]83.

         Moynes ? Que le mal feu les arde,

190  Tant portent-ilz la c[o]uille verd84 !

         Ce sont les gens [que plus nazarde]85.

         Je sçay bien de quoy moyne sert.

           LE  PREMIER

         Ilz frappent86 à cul descouvert.

         S’en donne garde qui vouldra !

195  Carmes, cordeliers et chanoynes,

         Jacobins, augustins et moynes :

         Mauldit soit qui les espergnera !

           LE  SECOND

         Je pry Dieu pour en voir87 le bout :

         Que le grant dyable emporte tout !

           LE  TIERS

200  Si m’ont dit les dyables d’Enfer

         Qu’ilz les y feront bien chauffer

         À quelque pris que soit le boys.

           LE  PREMIER

         Regnars ne mengeront plus d’oyes88

         Ne poulles : le pac en est fait89.

           LE  SECOND

205  On ne verra plus chappellains

         Tromper90 femmes à leur[s] parroissains :

         Chacun sera du tout91 parfait.

           LE  TIERS

         Les advocatz de maintenant

         Ne veullent plus prendre d’argent :

210  Ilz font tout pour l’amour de Dieu92.

           LE  PREMIER

         Les sermonneurs93 de ceste ville

         Ne prennent plus ne croix, ne pille,

         Et ne partent point d’ung [bas] lieu94.

          LE  SECOND

         Gens d’armes95, si, ont fait serment

215  Désormais [de] payer vrayement

         Leurs hostes parmy ces villaiges.

           LE  TIERS

         Les ratz96 ont fait à Dieu promesse

         Que jamais, sans ouÿr la messe,

         Ilz ne mengeront nulz fromages.

           PROPTER  QUOS

220  Vécy de bons petis langaiges,

         S’ilz sont vrays ; mais j’en fais grant doute.

           LE  PREMIER

         En effait, de tous les oultraiges

         Qu’ilz ont fait, il n’en est plus goutte97

           LE  SECOND

         Seigneurs ne seront plus gouteux98.

           LE  TIERS

225  Maraulx ne seront plus pouilleux.

           LE  PREMIER

         Changeurs ne sont99 plus usuriers.

           LE  SECOND

         Il n’est plus de larrons cousturiés100.

           LE  TIERS

         Maris ne seront plus cocus.

           LE  PREMIER

         Grimaulx101 ne seront plus batus.

           LE  SECOND

230  Il ne cherra102 jamais d’esglise.

           LE  TIERS

         Les blédz n’auront plus de festus.

           LE  PREMIER

         On ne verra plus truye qui pisse103.

           LE  SECOND

         Marchans tiendront tous loyaulté104.

           LE  TIERS

         On fera à chascun raison105.

           LE  PREMIER

235  Toutes gelées seront l’esté.

           LE  SECOND

         Brebis n’auront plus de toyson106.

           LE  TIERS

         En Court ne règne plus envie.

           LE  PREMIER

         En Romme n’est plus simonye.

           LE  SECOND

         Rommains ayment [tous le]107 Sainct-Père.

           LE  TIERS

240  En Ytallye n’a plus ducatz108.

           LE  PREMIER

         Yvrongnes ne boyront109 que bière.

           LE  SECOND

         Ce sont bonnes gens que Lombards110.

           LE  PREMIER

         Normans ayment bien les Bretons111.

           LE  SECOND

         Françoys ayment bien ceux de Flandres112.

           LE  TIERS

245  L’eau qui passe soubz les moulins,

         Premier qu’i soit quatre matins113,

         Se convertira toute en cendres114.

           LE  PREMIER

         Femmes n’auront plus malle115 teste.

           LE  SECOND

         Le monde vivra tout en paix.

           LE  TIERS

250  Ung mouton ne sera plus beste.

           LE  PREMIER

         Quant on se trouvera en presse116,

         Personne ne fera plus vesse,

         Mais on ne fera [plus] que petz117.

           LE  SECOND

         Mais que ces Pardons118 soient passéz,

255  Chacun fera des biens assez,

         Sans jamais penser à nul mal.

           LE  TIERS

         Tous piétons119 iront à cheval.

           LE  PREMIER

         Cloches ne feront plus tintins120.

           LE  SECOND

         En oultre plus, les médecins

260  Désire[ro]nt que tous soient sains

         Et qu’il n’en soit plus de malades.

           LE  TIERS

         Ménest[r]iers se sont complains,

         Et si, ont juray tous les Saincs

         Que plus ne souffleront aubades121.

           LE  PREMIER

265  Tous rimeurs122 sont délibéréz

         Que s’ilz ne sont premier payéz,

         De ne123 faire nulles Balades.

           LE  SECOND

         On donne pommes de grenades124

         Aux pourceaulx monsieur125 saint Anthoine.

           LE  TIERS

270  On dit que dans126 une sepmainne,

          Bourges sera tout rebasty127.

           LE  PREMIER

         Flamans couscheront sur le feurre128,

         Ne buront, ne mengeront beurre

         Jusques Sainct-Omer sera prins129.

           PROPTER  QUOS

275  Et ! ont-ilz cela entreprins,

         Les Flamans ? Pleust au roy des Cieulx

         Qu’ilz se deussent grater les yeulx130

         Jusques ad ce que sera fait !

           LE  SECOND

         Ha ! par saint Jaques, il n’est pas prest131 !

280  Ilz ont beau mouver la moustarde132 !

         Auffort, ilz sont saoulz ; on les133 garde

         Jusques ad ce qu’il sera nuyt.

           LE  PREMIER

         Il fault rapporter sans nul bruit

         Quelques choses de [noz] merveilles.

285  J’ay veu « voller » sans avoir elles134.

           LE  SECOND

         J’ay veu lire sans estre clerc.

           LE  TIERS

         J’ay veu bailler jaune pour verd135.

           LE  PREMIER

         J’ay veu cordenn[i]ers faire toilles.

           LE  SECOND

         J’ay veu quarrelleurs136 advocatz.

           LE  TIERS

290  Et moy, d’escus faire ducatz137.

           LE  PREMIER

         On m’a dit que pour lors, en Court,

         Il n’est mémoire de raport138 :

         Tous sont ensemble bons amys.

           LE  SECOND

         Lévriers n’ont cure de connils139.

           LE  TIERS

295  Le plus habille140 est le plus lourd.

           LE  PREMIER

         Qui mieulx entent est le plus sourd.

           LE  SECOND

         Qui a beau nez il boit bien ès bouteilles141.

           LE  TIERS

         Qui entent mieulx qui a grans oreilles.

           PROPTER  QUOS

         Voz rapors me di[s]ent merveilles ;

300  Et si, ne les puis bien entendre.142

         Je ne puis bien ces motz comprendre.

           LE  PREMIER

         Après qu’on aura bien raillié,

         Propter Quos, on n’a plus taillié143 :

         Je croy qu’on ne [nous peult]144 reprendre.

           LE  SECOND

305  Cousturiés145 seront bien requis,

         Avant que tout soit bien repris,

         Qu’on a taillié depuis naguère(s).

           LE  TIERS

         Encore ne se peut-on taire.

           LE  PREMIER

         On frappe d’estoc et de taille,

310  Mais la cousture sera lourde146.

           LE  SECOND

         Je doubte qu’i ait jeu sans bourde147.

           LE  TIERS

         Se le chat entre dans la bourde148,

         Souris haÿront la chandelle.

         De cela, bien je me vante.

           LE  PREMIER

315  Il n’est sepmaine qu’il ne vente,

         Au moins se l’air n’est bien rebelle149.

           LE  SECOND

         En mousche qui picque,

         En chat qui repplique,

         Ne donne asseurance.

           LE  TIERS

320  En fleuve qui dort,

         En serpent qui mord,

         N’a point d’asseurance.

           PROPTER  QUOS

         Balade(s) sans rime

         Ne [que son de]150 lyme

325  N’a151 point d’accordance.

           LE  PREMIER

         De folle entreprise152,

         De femme requise,

         Ne vient que meschief153.

           LE  SECOND

         Tous membres ont labeur154,

330  Quant il vient douleur

         Qui grièfve le chief155.

           LE  TIERS

         Entreprise folle,

         Mainte gens affolle :

         Vélà le salaire.

           PROPTER  QUOS

335  Il vauldroit bien mieulx

         Soy grater les yeulx

         Que soy les hors traire.

           LE  PREMIER

         Quant la chose est feicte,

         Fol est qui barbette156 :

340  Le conseil est prins.

           LE  SECOND

         Pour ne dire mot

         De tout ce qu’on ot157,

         On n’est point reprins.

           LE  TIERS

         [À] qui jamais n’eust rapportay158,

           LE  PREMIER

345  Saint Jaques, il n’eust pas tant cousté !

           LE  SECOND

         Ce n’est159 mon, le dyable y ait part !

         Allons-nous-en, faisons départ.

           LE  PREMIER

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         Noz rappors160 avons mis en train.

           LE  SECOND

350  Deppartons, car c’est trop songé.

           LE  TIERS

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         [……………………………… -gé.]

         Nous reviendrons quelque demain.

           [LE  PREMIER

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         Noz rappors avons mis en train.]

                 EXPLICIT

*

1 Mort après 1496. Fonctionnaire des impôts, il compose des poèmes parfois érotiques, et du théâtre souvent polémique.   2 Cela ne signifie pas que Gringore en est l’auteur : le même bois gravé orne les quatre premières sotties du recueil Trepperel.   3 Cf. les vers 33-34, 222-223, 302-311, et 341-346.   4 « Baude, après brisement de portes,/ En effect à mynuict fut pris/ Et au Petit Chastellet mys. » Lectre de Baude audict seigneur de Bourbon. Je cite Henri Baude d’après l’édition de ses Œuvres complètes que prépare mon ami Brian McKay, de l’université d’Auckland.   5 Id. Le roi est plus explicite : « Aucuns, soubz umbre de jouer ou faire jouer certaines moralitéz et farces, ont publiquement dit ou fait dire plusieurs parolles séditieuses sonnans commotion [appelant à l’émeute], principalement touchans à Nous et à nostre Estat. »   6 Mais la Moralité litigieuse de Baude fut donnée le lundi des Rogations (1er mai 1486), ce qui n’était pas très adroit.   7 Au grand dam de la Cour, le Parlement avait autorisé ses clercs à représenter la Moralité de 1486. Il aggrava son cas en les faisant sortir de prison dès que possible.   8 Ces greffons rattachés au jour le jour à un tronc principal sont typiques de la création populaire. Prenons l’exemple du Père Dupanloup : cette chanson paillarde plaquée sur l’air de Cadet Rousselle (1792) naquit vers 1845. Des plaisantins lui greffèrent un couplet sur l’Institut en 1854, sur l’Assemblée générale en 1871, sur les ballons dirigeables en 1901, sur Superbagnères en 1912, sur Citroën et la Tour Eiffel en 1924, etc.   9 Les deux ou trois pièces qui constituaient une représentation étaient parfois du même auteur : le Jeu du Prince des Sotz + l’Homme obstiné + Raoullet Ployart sont de Pierre Gringore ; le Mystère de saint Martin + le Munyer + l’Aveugle et le Boiteux sont d’André de la Vigne.   10 Moralité à six personnages. Droz, 2008.   11 « À cause desquels. » Ce nom pourrait venir des « histriones propter quos dissidebatur » <Suétone, III, 37>, qualifiant des comédiens punis après une rixe mortelle entre spectateurs. Je ne crois pas que notre dramaturge ait pu connaître le « propter quos Principis humanitas dedit » de Cassiodore, d’autant que l’humanité du Prince Propter Quos reste à démontrer.   12 T : veste  (Saturne est le fils d’Uranus [le ciel] et de Vesta [la terre].)   13 T : clement  (Vesta est aussi la déesse du feu.)   14 Au sceptre de juge suprême. Saturne fut détrôné par son fils Jupiter, et son empire fut partagé : Jupiter prit la terre et le ciel, Phébus le soleil, Neptune la mer, Borée le vent, Pluton l’enfer.   15 Le monde profane.   16 La portion légale est la part minimale qu’un testateur est tenu de laisser à chacun de ses héritiers.   17 Dans les 4 occurrences de ce refrain, il faut lire s’hausser. « Lecteur, tu vois ainsy que s’hausse le subjait. » (Traduction anonyme de Dante.)   18 T : neptimus  (Je corrige la même coquille au vers 15.)   19 T : les  (Les lieux fluctueux et inondants sont les océans.)   20 T : liura  (Reçut le soin des lieux propices aux naufrages. « Il receust la cure et le gouvernement de tout l’empire. » Godefroy.)   21 Quand Neptune a houspillé Borée si rudement. Au 1er chant de l’Énéide, Neptune menace les Vents, qui ont soufflé sur la mer sans son ordre : « Vous me paierez votre faute par une peine sans pareille ! Fuyez vite, et dites ceci à votre roi [Éole] : ce n’est pas à lui qu’échut l’empire marin, mais à moi ! »   22 T : Et   23 Que si on ne l’avait pas calmé. Virgile n’indique nulle part que quelqu’un a calmé Neptune. Quant au Roman d’Énéas, qui était encore très lu, il ne mentionne même pas l’intervention de Neptune dans cet épisode.   24 T : leur  (Se contenta de lui montrer une mine renfrognée.)   25 Les Enfers. « Démon sorti des noirs abismes. » Quinault.   26 T : anfans  (Elle fut enlevée par Pluton et devint déesse des Enfers.)   27 T : trouuar  (Cérès, déesse des moissons, est la mère de Proserpine. Elle obtint de Jupiter que sa fille passe la moitié de l’année sur terre avec elle.)   28 Vos Sots alcooliques ont fortement la face pâle. « Yvroignes et biberons, esveilliez-vous ! » Godefroy.   29 Faire une promenade digestive.   30 T : Sagultier  (Présent dans les Sotz escornéz, ce conseiller du Prince reste muet dans notre pièce, à moins qu’on ne lui attribue les vers 25-26.)  Hucher = appeler.   31 Plusieurs magistrats du Palais s’étaient porté caution pour faire libérer leurs camarades. Ils assistaient sans aucun doute à cette représentation donnée sur leur territoire.   32 Les trois Sots sont perchés sur des fenêtres (note 49) dont ils descendront après le vers 88. Ils regardent dehors pour avoir des nouvelles à rapporter, avec une prédilection pour les détails indiscrets, comme l’annonce le vers suivant : « Qui vous mettroit le cul à l’esparé [à l’air]/ Pour bien sçavoir en quel point est la lune,/ L’on sçauroit bien, sans faire long narré,/ Si soubz les draps vous estes blanche ou brune. » Parnasse satyrique.   33 Menaçant, d’un point de vue pécuniaire. « –Le temps est rouge./ –Dictes sy feroyt-il beau temps/ Sy vous avyez d’or pleine bouge ? » Mestier et Marchandise, LV 73.   34 À la mode. Cf. la sottie des Gens nouveaulx. Jusqu’au vers 60, le public est pris pour cible.   35 T : il   36 T : sotz  (qui est déjà au vers précédent. Les variations sur un même radical –par exemple fol/folâtre– sont caractéristiques des sotties.)   37 Éternelle opposition entre les pauvres qui ont trop de travail, et les riches qui ne font rien.   38 Il y avait déjà des maisons de passe « rue Sainct-Denys,/ Où sont plus d’oyseaulx que de nidz » (sottie Pour le cry de la Bazoche). « La rue Sainct-Denis,/ Je y alloye pour moy resjouyr. » (Beaucop-veoir et Joyeulx-soudain, T 24.) L’auteur insère lesdites maisons entre les maquerelles et les maquereaux.   39 T : Qui les  (Sur les pages entremetteurs, voir les naquets de Trote-menu et Mirre-loret, note 61.)   40 Jeunes élégants.   41 T : portes   42 Jeunes galants. Ils dissimulent dans des bottines les trous de leurs bas : « Ces fringans mondains/ Qui portent ces beaux brodequins/ Dessuz la chausse dessirée. » Ung Fol changant divers propos.   43 On donnait déjà des noms d’oiseaux aux percepteurs. À partir de 1498, Louis XII diminua l’impôt de la taille. (Cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 351.) Il protégea aussi les paysans contre les exactions des soldats et des fonctionnaires royaux.   44 Le cimetière des Saints-Innocents, qui jouxtait la rue Saint-Denis, fut submergé par une crue de la Seine en janvier 1496.   45 T : solz  (L’imprimeur hésite entre « sotz » et « folz ». Idem à 73.)   46 Joyeux.   47 Fini.   48 Apprendre des nouvelles pour faire nos rapports.   49 Si je vais. Les basochiens jouaient du théâtre comique sur la table de marbre du Palais de la Cité <voir la notice du Capitaine Mal-en-point>. La salle du vers 29 est la Grand-Salle où se trouvait la table, et les rapporteurs font le guet (vers 76) sur ses fenêtres sises en hauteur.   50 T : iauoyes  (Si je n’étais pas en train de faire quelque chose.)  Au sens propre, la « pâte » est peut-être un quignon de pain que grignote le Tiers Sot : déjà au vers 39, il mangeait des prunes.   51 Ce n’est qu’un jeu, qu’une comédie.   52 Ce héros du siège d’Orléans était mort en 1443, mais les joueurs de cartes le célébraient encore : « N’ouÿstes-vous oncques/ Parler des beaux faitz de La Hire,/ Qui fut si vaillant homme en guerre ? » Farce des Coquins (F 53).   53 Dont la poltronnerie était proverbiale. « Je suis tant las,/ Que quatorze archiers de la Garde/ Me battroyent à la halebarde. » Clément Marot.   54 T : Iray ie   55 Cœur.   56 T : le tiers   57 « Honneur, bonne prospérité,/ Santé ! » Lectres de Baude envoyées à Mgr de Bourbon.   58 T : et  (La voie est-elle libre ? Peut-on parler sans crainte ?)   59 Souvenants.   60 Le roi Charles VIII, persécuteur des basochiens, mourut le 7 avril 1498. Propter Quos n’a pas l’air de le regretter.   61 Cassés de gages, renvoyés. Dès qu’il accéda au trône, en 1498, Louis XII fit annuler son mariage avec Jeanne de France, qui fut reléguée à Bourges avec 12 000 écus de pension.   62 Premièrement. Baude employa cet adverbe : « Premier, je vy ung tas de bestes. »   63 La « chèvre », Anne de Beaujeu, exerça la régence de 1483 à 1491, en attendant la majorité du « chevreau » Charles VIII, qui l’aurait bien envoyée « paître ». Dans la Sotye des Croniqueurs, Gringore dira du jeune roi : « C’estoit l’aigneau mené en lesse. »  Cf. les Sotz qui remetent en point Bon Temps, note 2.   64 La bière est moins alcoolisée que le vin : cf. les vers 152 et 241.   65 Galeux.   66 Plutôt que de cesser de voler. Sur la corruption des sergents, voir le Testament Pathelin, vers 469-472. Nos basochiens n’ont pas digéré que des sergents aient cassé leur porte en pleine nuit (note 4).   67 Ce mot était parfois féminin : « C’est une pure mensonge sans fondement ny apparence. » Catherine de Médicis.   68 T : De  (Le volume d’un vieux tonneau n’absorberait pas autant d’eau, ni même la moitié, que ces ivrognes absorbent de vin.)   69 T : Ung  (L’écarlate est une étoffe rouge : « Demie aulne d’escarlate sanguine. »)   70 Étoffe de laine teinte en rouge vif.   71 Au vers 136.   72 Qui paye leurs agapes.   73 Certaines chambrières arrondissaient leurs fins de mois (et parfois leur ventre) en couchant avec leur maître. Cf. la farce des Chambèrières qui vont à la messe. Les fripières du vers 163 ont le même gagne-pain, et Rabelais les voue « à Vénus, comme putains, macquerelles, (…) chambèrières d’hostèlerie ». (Pantagruéline Prognostication.)   74 T : que  (Un mastic a fait tomber « sont » au début du vers suivant.)   75 S’il n’y a pas assez d’ovins, on manquera de laine (ce qui permettra aux usuriers de spéculer). Ces deux vers ont une réponse en écho à 164-165.   76 T : le  (Pour autant qu’on le sache.)   77 T : querir   78 T : Ha  (Ains que = plutôt que.)   79 T : listre  (Passe-passe = va-et-vient.)   80 Entre autres choses, on reprochait au clergé d’être pléthorique.   81 Scapulaire, froc sans manches.   82 T : Sang  (Si j’en avais un.)   83 T : puisse garder  (Plutôt que de ne pas m’en protéger. « Nous ne vous laisserons en paix, premier que ne nous en ayez dit quelque chose », Amadis de Gaule.)  Cf. le vers 194.   84 Une verge vigoureuse.   85 T : qui plus hazarde  (Nasarder = bafouer : « Battu, nazardé et desrobbé », Rabelais, Tiers Livre.)   86 Ils coïtent. D’où leur surnom de « frères frapparts ». Baude a beaucoup donné dans l’anticléricalisme ; son poème le plus connu, les Lamentacions Bourrien, campe « ung chanoine bien gras » qui joue « en ung mol lict, près d’ung grant feu » avec son fils de deux ans ; il regrette le départ de sa concubine, et se console avec « le bon vin cléret » et « le pot-au-feu ». Le chanoine termine ainsi : « Mon Dieu (dit-il), donne-moy pacience !/ Qu’on a de maulx pour servir Saincte Église ! »   87 T : auoir  (Pour en voir la fin. Mais « bout » ayant un sens phallique, on leur souhaite d’être châtrés par le diable. Un mouvement de marotte pouvait souligner ce vœu pieux.)   88 Une rime masculine serait préférable. Les oies adultes n’ont rien à craindre d’un renard, contrairement à leur progéniture : « Regnarts mengeront maint oison. » Baude.   89 Le pacte est conclu. « Ceste fois, est fait nostre pac. » Les Sotz escornéz.   90 Abuser, suborner.   91 Totalement.   92 Cf. les Gens nouveaulx, vers 45-46.   93 T : sergens  (qui occupent déjà les vers 134 et suivants.)  Les prédicateurs itinérants s’enrichissaient en prêchant la pauvreté. Les Sermons joyeux en font des ivrognes lubriques.   94 Ne sortent pas d’un bordel. « Il alloit de nuyt par ville et en maulvaix et bas lieux. » (Granvelle.) En outre, « chevaulcher ès bas lieux » = coïter (Jehan Molinet).   95 T : darges  (Les soldats se faisaient nourrir et loger gratis par la population.)   96 T : chatz  (qui ne mangent pas de fromage.)  Les ras [rasés] sont les clercs tonsurés. Dans l’argot des coquillards, un « ras » est un homme d’église. On devine un jeu de mots sur rapporteurs et ras porteurs, comme aux vers 115-116 du Roy des Sotz. On attribue à Baude un poème intitulé : Ung homme qui porte sur son doz une hotte plaine de ratz et s’appelle le Rapporteur.   97 Le Parlement de Paris avait élargi les quatre clercs malgré « tous les outrages » dont le roi les accusait. Il s’agissait bien de clercs tonsurés, puisque l’évêque de Paris somma le lieutenant-criminel « de luy rendre lesditz prisonniers comme clercs ».   98 Louis XII allait régulièrement au Palais de justice. Lors de ses crises de goutte, il arrivait à la Grand-Salle sur un petit mulet qui avait gravi l’escalier en trottinant sur des planches inclinées. Pour les basochiens, ce spectacle devait être aussi drôle qu’une sottie.   99 T : seront  (Le présent a valeur de futur, comme au vers 134 et au vers suivant.)  Les changeurs de monnaies trafiquaient sur le Pont-au-Change.   100 Certains couturiers détournaient une part du tissu que les clients leur remettaient. Voir la note 184 du Munyer. Si Cousturié est bien le nom d’un fonctionnaire corrompu (note 145), le public entendit cette ponctuation : « Il n’est plus larron, Cousturié. »   101 Les écoliers.   102 T : sera  (Cherra : futur du verbe choir.)  Plusieurs églises se sont effondrées dans ces années-là, par exemple en Auvergne lors du « tremble-terre » de mars 1490.   103 Attaque indirecte contre les antonins (note 124). Ces moines laissaient divaguer leurs porcs en ville, ce qui gênait les piétons : Baude a consacré un distique aux Porceaulx qui ont répandu ung plain panier de fleurs. La rue qui menait au couvent des antonins était parfois rebaptisée « rue de la Truye-qui-pisse », ou « rue Pisse-truye ».   104 Ne tricheront plus sur les poids et mesures.   105 On rendra justice à chacun.   106 On ne sera plus obligé de les tondre. Les brebis symbolisaient fréquemment les contribuables.   107 T : tousles  (Le pape espagnol Alexandre VI Borgia imposa son despotisme sanguinaire de 1492 à 1503 ; il fut « extrêmement haï du Peuple Romain », dira Agrippa d’Aubigné.)   108 La France comptait sur cette éventuelle pénurie pour voir finir la première guerre d’Italie (1494-1497). Ducats rime avec Lomba(r)ds, comme à 109-110.   109 T : bouront  (Voir la note 64.)   110 À ceci près qu’on les tenait pour des usuriers (vers 110), des empoisonneurs (Jeu du Prince des Sotz, note 33), et des sodomites (tels les « bougres lombars » du Grant Jubillé de Millan). Baude les a souvent critiqués : « Et les nobles emprunteront/ À belle usure des Lombars. »   111 La rime est fausse. Doit-on lire Picards ? Manque-t-il un vers en -ons ?   112 C’est plutôt les Flamands qui auraient pu se plaindre des humiliations infligées par la France. En 1493, le traité de Senlis aplanit les malentendus, mais une certaine animosité réciproque perdura.   113 Un de ces quatre matins.   114 Des meuniers peu scrupuleux alourdissaient leur farine avec de la cendre.   115 Mauvaise.   116 En société, en public.   117 T : ptez  (Au contraire de la vesse, le pet est bruyant : on reconnaît donc le péteur.)  « Ung pet équipolle à deux vesses. » Les Sotz escornéz.   118 Si notre sottie marque le deuxième anniversaire de la moralité censurée en 1486, on évoque ici les trois jours des Rogations, du 12 au 14 mai 1488. (Voir note 6).   119 Fantassins.   120 T : de bruit  (Tintin = tintement. « Le tintin de la cloche », Estienne Pasquier.)   121 Qu’ils ne donneront plus de concerts à l’aube sous les fenêtres d’une belle.   122 T : francois  (Rimeur = poète. Un de ces rimeurs à gages est décrit dans la Réformeresse, vers 238-257.)   123 T : me   124 La grenade était notoirement l’emblème de Maximilien d’Autriche, qui protégea les Hospitaliers de Saint-Antoine (les antonins), et leur permit en 1502 d’arborer sur leur écusson les armes de l’Empire. Ces moines vivaient avec des porcs et se conduisaient comme des cochons : « Chacun a sa femme ou sa mie./ Tout en va par gueule et par ventre,/ L’avoir qui à Saint-Antoine entre./ Ils marient moult bien leurs filles./ Ils ne prisent mie deux billes/ Saint Antoine ni son pouvoir./ Trop conquièrent, trop ont d’avoir,/ Trop souvent déçoivent [ils trompent] les gens. » Guiot de Provins (je modernise sa graphie). Voir la note 103.   125 T : mon seigneur  (Il est d’usage d’appeler les saints monsieur : « Le groing/ Du pourceau monsieur sainct Anthoine. » Le Pardonneur, BM 26.)  Les « pourceaux » étaient les antonins eux-mêmes, à cause de leur goinfrerie : « Les religieux du lieu s’appellent pourceaux de St. Antoine par humilité ; ils sont obligés de faire huit repas ! » Pierre de L’Estoile.   126 T : dedans   127 T : rabesty  (Après l’incendie du 22 juillet 1487, il fallut en réalité plusieurs décennies pour rebâtir complètement la ville de Bourges : ses échevins avaient accaparé 23 000 livres tournois destinées à la reconstruction.)   128 Sur de la paille.   129 Soit repris à la France, qui avait conquis le 27 mai 1487 cette ville flamande unie à la Maison de Bourgogne. Saint-Omer et « les Flammans en servaige » seront libérés par les Bourguignons le 11 février 1489. Nous avons donc le terminus a quo et le terminus ad quem des vers 272-282, qui sont originels d’après le schéma des rimes.   130 Scruter l’avenir en vain. Idem vers 336.   131 On n’en est pas près.   132 Remuer la merde. « Narguer le con et, célébrant le cul,/ Près du coccis travailler la moutarde. » Sénac de Meilhan.   133 T : leur  (On attend qu’il fasse nuit.)  Saint-Omer fut investi par surprise en pleine nuit, à l’insu du « guet qui lors estoit fort négligent » : cette litote du Flamand Molinet dans sa Chronique laisse entendre que les sentinelles étaient soûles.   134 « Si la guerre n’estoit un moyen de voler/ Sans ailes et sans plume, on n’y voudroit aller. » Jacques Du Lorens.   135 Faire un marché de dupes, les sceaux de cire jaune ayant moins de valeur que les sceaux de cire verte.   136 Jeu de mots sur carreleurs [savetiers] et querelleurs.   137 J’ai vu de l’argent français devenir italien. En 1495, Charles VIII remboursa des prêts ruineux à la ville de Florence. Gringore en parle dans la Sotye des Croniqueurs : « Noz escus, muéz en ducas/ Furent. »  138 On a oublié les cafardages. « Je metz les seigneurs en soucy,/ Pour rapporter en Court secrettement. » Baude.   139 T : congnins  (« Connil » désigne le lapin, et le sexe de la femme ; or, chacun savait que les lévriers de Charles VIII dormaient sur son lit, et que le blason de son épouse Anne de Bretagne comportait deux lévriers.)  Conni(l)s rime avec amis.   140 Habile.   141 Avoir un grand nez (comme Charles VIII) empêche de boire dans un gobelet. « Qui a beau nez, il boyt à la bouteille. » John Palsgrave.   142 T ajoute une concaténation des vers 296 et 301 : qui mieulx entent ces motz comprendre   143 On n’a plus mis en pièces personne.   144 T : pourra  (Qu’on ne peut rien trouver à nous reprocher.)   145 Dans cette métaphore couturière, tailler retrouve son sens propre, et reprendre signifie « faire des reprises, retoucher ». Mais les répliques 302-311 et le vers 227 semblent viser un personnage réel : le patronyme « Cousturié » (ou « Le Cousturié ») était fort commun. Les basochiens furent-ils dénoncés au roi par un Cousturié traité de larron dans la pièce de 1486 ?   146 La facture sera salée.   147 De jeu théâtral sans plaisanteries.   148 La chaumière. « Et ne demoura quasi bourde ne maison », Godefroy. Ce mot a donné bordel.   149 T : sery   150 T : en son ce  (Pas plus que le son d’une lime n’a d’harmonie.)   151 T : ma   152 Les Folles entreprises de Pierre Gringore datent de 1505.   153 Méchef, inconvénient.   154 Peine.   155 Qui lèse la tête. Mais dans les allégories, le « chef » désigne le roi.   156 Murmure.   157 Oit, entend.   158 À celui qui n’aurait jamais fait de rapports satiriques.   159 T : neust  (Ce n’est mon = ce n’est pas mon avis.)   160 T : rapporteurs