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LE ROY DES SOTZ

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

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LE  ROY  DES  SOTZ

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Triboulet, le bouffon de René d’Anjou, composa cette sottie vers 1456. Il y tient son propre rôle, comme il le fera dans les Vigilles Triboullet.

Le 6 janvier, on saluait la fête des Rois1 par des représentations de sotties : « [Triboulet] estoit celluy/ Qui au palais royal est sailly [a joué]/ Quant la feste des Rois estoit. » (Vigilles Triboullet.) Le Roi des Sots exhibé sur la scène est un double du « bon roi René », qui faisait jouer chez lui beaucoup de théâtre, et qui voyait d’un œil magnanime les insolences de son bouffon.

Source : Recueil du British Museum, n° 38. La brochure fut imprimée à Lyon vers 1545, en la maison de feu Barnabé Chaussard2.

Structure : Rimes plates, avec 3 triolets et une sorte de virelai.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

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Sottie  nouvelle

à  six  personnaiges

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C’est assavoir :

       LE  ROY  DES  SOTZ

       SOTTINET

       TRIBOULET

       COQUIBUS3

       MITOUFFLET4

       GUIPPELLIN5

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           LE ROY DES SOTZ  commence    SCÈNE  I

    Je suis des Sotz seigneur et roy ;

    Pour tant6, je vueil par bon arroy7

    Maintenant cy ma Court tenir,

    Et tous mes Sotz faire venir

5   Pour me faire la révérence ;

    Et aussi que c’est grand plaisance

    Quant frères8 habitent ensemble,

    Comme on [le] chante, ce me semble.

           En chantant :

    Ecce quam bonum et quam jocundum

10   Habitare fratres in unum ! 9

    Pour quoy, sur peine de l’amende,

    [Que tous mes Sotz, je le commande,]

    Soyent-ilz10 présent[z] ou absens,

    Maintenant viennent [icy], sans

    Délay ne [r]estat11 demander,

15   Ne procureur pour eulx mander12 ;

    Car ainsi me plaist estre faict.

    Ou aultrement, de leur forfaict

    Les fairé grièfvement pugnir.

    Pensez doncques tous de venir

20   Devant que [d’]encourir mon ire.

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    Sottinet !                         SCÈNE  II

           SOTTINET13

          Hau !

           LE  ROY

               Quel « hau » ? Mais « Sire »14.

    Vien çà, [ou] que Dieu te mauldie !

    Que fais-tu ?

           SOTTINET

             Je dors.

           LE  ROY

                   C’est pour rire ?

    Sottinet !

           SOTTINET

           Hau !

           LE  ROY

               Quel « hau » ? Mais « Sire ».

           SOTTINET

25   Qu’i a-il ?

           LE  ROY

            Ung mot à te dire.

           SOTTINET

    Avancez-vous donc, qu’on le dye.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Sottinet !

           SOTTINET

          Hau !

           LE  ROY  DES  SOTZ

               Quel « hau » ? Mais « Sire ».

    Vien çà, [ou] que Dieu te mauldie !

           SOTTINET

    C’est une droicte mélodie15,

30   De vous ouÿr ainsi crier.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Je te vouldroyes ainsi prier

    Que tu t’en allasses partout

    Cercher noz Sotz de bout en bout16,

    Et les faire venir icy

35   À moy (car il me plaist ainsi),

    Pour veoir lesquelz mon honneur gardent.

           SOTTINET

    Veez-en cy17 tant, qui nous regardent ;

    Que n’y viennent-ilz vistement ?

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Ilz sont saiges.

           SOTTINET

              Non sont, vrayement,

40   Pas tous.

           LE  ROY  DES  SOTZ

           Si le cuydent-ilz estre18.

           SOTTINET

    Par cela les peult-on congnoistre,

    Car fol est qui cuyde estre saige.

    Je congnoistray bien au visaige

    Ceulx qui sont en vostre service :

45   D’une seulle visée j’en visse19,

    Se ne fust ce grand sot hideulx

    Qui est debout20 au-devant d’eulx.

    Voire : une couple [d’yeulx] de beuf21 !

           LE  ROY  DES  SOTZ

    J’e[n] voy là six, ou sept, ou neuf

50   Qui oncq ne me firent hommaige.

    Hé ! mes beaulx frères, quel dommaige

    Vous sera-ce, ne déshonneur,

    Se vous me venez faire honneur ?

    Je ne demande point d’argent.

55   Je t’institue mon sergent

    Pour les adjourner de main mise22.

           SOTTINET

    Puisque la chose m’est commise,

    Vous en admèn(e)ré pied ou elle23.

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    Que ne viens-tu, quant on t’appelle           SCÈNE  III

60   Tant de foys, meschant estourdy ?

           TRIBOULET

    À qui dis-tu ?

           SOTTINET

              À qui je dy ?

    C’est à vous-mesmes, mon seigneur.

           TRIBOULET

    Se je ne craignoyes mon honneur…

           SOTTINET

    [Maistre Mousche]24, tenez moy cest homme !

           TRIBOULET

65   Allez, follastre !

           SOTTINET

               Tout tel comme

    Vous povez estre, Triboulet25.

           TRIBOULET

    Vien-le-moy dire tout seullet

    Cy-devant !

           SOTTINET

            Hé ! Sot ! Villain punès26 !

           TRIBOULET

    Je suis plus gentil27 que tu n’es.

70   Se n’estoyent ces gens de bien…

           SOTTINET

    Ne m’en chault, je ne te crains rien.

           TRIBOULET

    Te viens-tu, dis, farcer28 de moy ?

           SOTTINET

    Si viendrez-vous parler au Roy.

           TRIBOULET

    Par le sang bieu, je te tueray !

           SOTTINET

75   Vous estes ung peu trop fourray29 ;

    Ne maschez pas trop fort le sens30.

           TRIBOULET

    J’en ay tué plus de cinq cens.

           SOTTINET

    Des poulx31 ? Brief vous viendrez, j’en jure !

           TRIBOULET

    Comment souffrez-vous tel injure,

80   Mes seigneurs, en vostre présence ?

           SOTTINET

    Vous viendrez, par ma conscience,

    Ou je vous port(e)ray en mon col32 !

           TRIBOULET

    Je vous pry, ostez-moy ce fol !

           SOTTINET33

    Venez avant, bon gré mon âme !

           TRIBOULET

85   Alarme, alarme, alarme, [alarme] !

    À la mort ! À l’ayde ! À la mort !

    Ha, hay ! ha, hay ! hay ! Il me mord !

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    Mon seigneur, hélas, je me clame34            SCÈNE  IV

    De ce traistre larron infâme

90   Qui se mocque de gens de bien.

           SOTTINET

    Dea ! Toutesfoys je sçavoyes bien,

    Puisque mys l’avoyes en ma teste,

    Que vous viendriez à la Feste35

    Bien tost. [Sire, c’est ung follet.]36

           LE  ROY

95   Comment a-il nom ?

           TRIBOULET

                  Triboulet.

           LE  ROY

    Or te despouille du37 pourpoint !

           TRIBOULET

    Certes, je ne le fairé point.

           LE  ROY

    Et pourquoy dea ?

           TRIBOULET

                Je n’oseroye,

    Car je me déshonnoreroye

100  Devant ces gens icy d’honneur.

           LE  ROY38

    Despouille[-le] tost !

           SOTTINET

                  Quel « seigneur » !

    Il est tout fin fol, par-dessoubz.

           LE  ROY

    Il en est beaucoup, de telz foulz ;

    Tout le monde en est bien déceu.

105  J’ay [jà] plusieurs pareilz folz veu.

    Chascun, de moy, ainsi se joue.

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           COQUIBUS39               SCÈNE  V

    Qui veult à moy faire la moue40 ?

    Pour une grue assez rottie41,

    Bien prise et bien caillebottie42,

110  Je la fais bien compectamment43.

           SOTTINET

    Vélà ung aultre Sot, vrayement ;

    Voyez qu’il faict layde grimasse.

    Ce [me] semble ung sergent à masse,

    À luy veoir porter sa marotte.

           LE  ROY

115  Qu’esse qu’il porte en ceste hotte ?

           COQUIBUS

    Ce sont ratz44.

           SOTTINET

              C’est ung rapporteur45

    Qui vous vient servir.

           LE  ROY

                  C’est [grand] eur

    Ou grand maleur, à qui qu’il soit46.

           TRIBOULET

    Tousjours vous et voz Sotz diroit47,

120  Sire ; deffendez-luy la Court !

           LE  ROY

    Il fault qu’il vienne brief et court48,

    Car je veulx gens de toute sorte.

           SOTTINET

    Vécy Coquibus, qui ratz porte.

           COQUIBUS

    Dieu vous doint bon jour !

           LE  ROY

                    Des nouvelles ?

           COQUIBUS

125  Tout chargié mon col49 en apporte.

           SOTTINET

    Vécy Coquibus, qui ratz porte.

           [LE  ROY

    …………………………. -porte

    …………………………. -elles.

           SOTTINET

    Vécy Coquibus, qui ratz porte.]

           COQUIBUS

    Dieu vous doint bon jour !

           LE  ROY

                    Des nouvelles ?

           COQUIBUS

    De gros boudins, larges rouelles50.

           LE  ROY

130  Que dit-on, de là où tu viens ?

           COQUIBUS

    On dit maintenant que les chiens

    Si ont eu trèsgrand froid aux dens51,

    Et que les pouvres indigens

    Sont mors de fain sur ung fient.

           SOTTINET

135  Voire52 ? Ou celluy qui parle ment 53 ?

    Car ilz ont bien plusieurs loppins54.

           COQUIBUS

    J’ay rencontray deux Jacopins55

    Qui portoient leur cul au pape56,

    Trèstout foireux [des]soubz leur chappe,

140  Pour l’enchâsser57 après leur mort.

           LE  ROY

    À luy58, à luy ! Rapporte fort ;

    Ne change jamais la manière.

           COQUIBUS

    Je ne rapporte que derrière59,

    Car ilz me mordent droit devant.

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           SOTTINET60               SCÈNE  VI

145  Vécy ung Sot qui donne vent61 ;

    Il nous servira de soufflet.

           LE  ROY

    [Le] sang bieu, qu’il souffle62 souvent !

           SOTTINET

    Vécy ung Sot qui donne vent.

           TRIBOULET

    Tenez, sire, venez avant63.

           LE  ROY  DES  SOTZ

150  Comment as-tu nom ?

           MITTOUFFLET

                  Mittoufflet.

           SOTTINET

    Vécy ung Sot qui donne vent ;

    Il nous servira de soufflet.

           MITTOUFFLET

    Pour bien bailler ung chault moufflet64,

    J’en suis maistre par-dessus tous.

155  Je souffle dessus et dessoubz,

    Hault et bas, devant et derrière.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    De quoy te sert ceste bavière65 ?

    Je cuyde que tu es baveur.

           MITTOUFFLET

    À bien baver je prens saveur,

160  Tant que souvent pers mon disner66.

    Je bave et vente sans finer67,

    Pour mieulx à gens de bien complaire.

    Se vous avez de moy affaire,

    Je vous serviray de bon cueur.

           SOTTINET

165  Regardez, regardez, mon seigneur68 :

    Je voy ung Fol par ce pertuys.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Où ? Où ?

           SOTTINET

            Au-dessus de cest huys.

    Je n’en sçauroys veoir que la teste.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Et ! vien çà, [vien çà]69, sotte beste !

170  Que fais-tu là ? Tire avant70, tire !

    Sang bieu ! ce Sot-là me faict rire.

    Il ne hobe71 pour rien qu’on die.

           SOTTINET

    Et, venez ! Que Dieu vous mauldie !

    Vous vous faictes trop requérir.

           LE  ROY  DES  SOTZ

175  Il fault que l’on l’aille quérir ;

    Aultrement ne viendra-il point.

           SOTTINET

    De fièbvre quarte72 soit-il oingt !

    (Aussi bien, j’ay73 perdu ma boyste.)

           COQUIBUS

    Il doubte que le temps ne soit moyste74 :

180  Il a peur de mouiller sa patte.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Allez-le quérir ! Qu’on se haste :

    Il nous feroit [muser, mèshuy]75.

    À luy, à luy, à luy, à luy !

    Le dyable emporte le dernier !

           TRIBOULET

185  Mais76, par sainct Jacques, le premier !

           LE  ROY  DES  SOT[Z]

    Admenez-le-moy, le paillard !

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           SOTTINET77               SCÈNE  VII

    Quel avalleur78 !

           LE  ROY

                Quel papelart79 !

           COQUIBUS

    Quel ouvrier80 !

           LE  ROY

               Quel souffle-tostée81 !

           TRIBOULET

    Quel « seigneur » !

           LE  ROY

                 Quel teste pelée82 !

           MITTOUFFLET

190  Quel sot !

           LE  ROY

            Mais quel coup de fouet83 !

           TRIBOULET

    Monsïeur, il faict du muet ;

    Il n’a voulu dire nul mot.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Pourquoy ?

           SOTTINET

             Pource qu’il est trop sot.

           LE  ROY

    Qui est-il ?

           COQUIBUS

             C’est ung guippelin84 ;

195  Et le mal de sainct Mathelin85

    Le tient au sommet de la teste.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Non faict, mais ce n’est q’une beste.

    Ou il est, en ce point, honteux.

           TRIBOULET

    Il cloche86 devant les boyteux,

200  Et faict le sot devant les Sotz.

    Guippelin, respons-moy deux motz :

    Dy-moy, pourquoy ne parles-tu ?

           SOTTINET

    Il craint, ainsi87, d’estre battu.

           COQUIBUS

    Non faict, mais il a le lempas88.

           LE  ROY  DES  SOTZ

205  Non a, vrayement, il ne l’a pas :

    Tu scès bien qu’il n’est pas cheval.

           SOTTINET

    Il a donc[ques] quelque aultre mal.

    A-il point le panthagruel89 ?

           LE  ROY  DES  SOTZ

    On ne l’a jamais si cruel

210  Qu’il garde90 de parler aux gens.

           TRIBOULET

    Il pourroit bien avoir les dens

    Ou la gorge toute verrie91.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Tu le dis affin que je rie.

           SOTTINET

    Quoy doncques ? A-il l’équinance92 ?

           MITTOUFFLET

215  Par Nostre Dame ! je le pense,

    Car il beut hyer mon ypocras93.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Mais, il a le gousier tout gras

    Encor(e) de Caresme-prenant94.

           SOTTINET

    S’on veult qu’il parle, maintenant

220  Il le vous fault boutter en caige95.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Nenny, nenny, tu n’es pas saige ;

    Mais luy donner de bonne pie96.

           COQUIBUS

    Par ma foy ! il a la pépye97

    Qui luy détient ainsi la langue.

           LE  ROY  DES  SOTZ

225  On te puist getter en la fang[u]e98 !

    Tu as beaucoup mis à le dire.

           SOTTINET

    Il luy fault remédier, sire,

    Et la luy oster de la bouche.

           TRIBOULET

    Il faict signe qu’on ne luy touche.

230  [On devroit oster]99 le fillet.

           SOTTINET

    Je luy osteray bien ; mais qu’il ayt

    Ung bâillon100, de peur qu’il ne morde.

           Adonc il luy met ung bâillon.

    Il est aussi gros q’une corde,

    Et le tiens101 desjà par le bout.

235  Voyez qu’il est gros.

           LE  ROY  DES  SOTZ

                 Esse tout ?

           SOTTINET

    Je cuyde qu’il n’y a plus rien.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Escoutez s’il parlera bien.

    Dy, Guippellin, es-tu guéry ?

           GUIPPELLIN

    Ouÿ, monseigneur, Dieu mercy,

240  Et vous, et tous mes bons amys !

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Et qui t’avoit le fillet mys ?

           GUIPPELLIN

    Long temps y a que je l’avoye.

    Remède trouver ne sçavoye,

    Car il estoit trop long et gros,

245  Lequel se nomme à tous propos

    « Fillet » : c’est ung gros fil retors

    De troys cordelons gros et fors,

    Desquelz l’ung a nom Mal vestu ;

    Le second est fier et testu,

250  Et s’appelle Faulte d’argent ;

    Le tiers, si, n’est ne beau ne gent,

    Qui se dit Crainte juvénale102,

    Laquelle m’a esté tant malle103

    Que je n’eusse osay dire mot.

           LE  ROY  DES  SOTZ

255  Vrayement ? Tu estoyes donc bien sot :

    Il ne fault jamais craindre honte.

           GUIPPELLIN

    Non, certes, car on ne tient compte

    Des honteux. Pour ce, vous prometz

    Que je ne le seray jamais ;

260  Mais je parleray à tous cas

    Avec[ques] les grans advocatz,

    Ou que l’on m’appelle Huet104 !

           SOTTINET

    Tu ne seras donc(ques) plus muet ?

           GUIPPELLIN

    Non, non, je l’ay assez esté.

265  Je feray bruyt, en cest esté,

    De bien parler et de bien dire.

    Ung tas de pierres feray rire105.

    À force de bien flageoller106,

    De bien chanter, saillir, voller,

270  Je seray bon maistre tenu107.

           LE  ROY

    Tu soyes doncques le bien venu !

           GUIPPELLIN

    Je feray bruyt de bien dancer,

    Mieulx que vous ne sçauriez penser ;

    Vous verrez bien que ce sera.

           SOTINET

275  Par Nostre Dame, non fera !

           GUIPPELLIN

    Je suis homme, quant est à moy,

    Pour gouverner tout seul ung roy108

    Et son peuple gros et menu.

           LE  ROY

    Tu soyes doncques le bien venu !

           GUIPPELLIN

280  Je feray bruyt, je feray raige ;

    Je feray, d’ung pot, une caige

    D’argent109, quant bon me semblera.

           SOTTINET

    Par Nostre Dame, non fera !

           GUIPPELLIN

    Je suis si grant et saige Sot

285  Que j’entens bien tout à ung mot,

    D’ung sermon110, tout le contenu.

           LE  ROY

    Tu soyes doncques le bien venu !

           GUIPPELLIN

    Je farderay bien une femme

    D’ung fard qui n’est ort111 ne infâme,

290  Et jamais ne se deffera112.

           SOTTINET

    Par Nostre Dame, non fera !

           GUIPPELLIN

    Je cours aussi tost comme vent ;

    Nul ne sçauroit partir devant

    Que je ne soye revenu.

           LE  ROY

295  Tu soyes doncques le bien venu !

    Je te retiens113 mon gouverneur.

           SOTTINET

    Nenny, mais vostre gros ven[e]ur 114 ;

    Je cuyde qu’il le doibt bien estre.

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Je te faictz seigneur et grand maistre

300  Sus les Sotz de ma Court notable.

    Et si, te faictz mon connestable,

    Pour le baston de la frairie115

    Porter devant moy, Sotterie 116,

    Et régir mes gens que voicy.

           GUIPPELLIN

305  Grand mercy, sire, grand mercy !

    Je me gouverneray saigement.

    Mais sçavoir vueil planièrement117

    Les noms et l’estat118 de voz gens.

           SOTTINET

    Je suis ung des loyaulx sergens

310  Du Roy, qui ay nom Sottinet,

    Qui suis si mignon et si nect

    Qu’il m’a retenu pour son cueur119.

    Vous le povez veoir, mon seigneur,

    Car à tout faire suis habile.

           TRIBOULET

315  Et je suis le sens120 de la ville :

    Je conseille tout ce qu’on faict.

    Triboulet est mon nom parfaict,

    Qui ne se mesle point d’abus.

           COQUIBUS

    Chascun m’appelle Coquibus,

320  Qui [mon col chargé de ratz porte]121.

           GUIPPELLIN

    Telz gens doibvent vuyder la porte122 :

    Car nulz biens n’y a où ilz sont,

    Pour les maulvais raportz qu’ilz font.

    Toy, scès-tu lire ne chanter ?

           MITTOUFFLET

325  Je ne sers, moy, que de vanter,

    Et me nomme[-l’on] Mittoufflet.

           GUIPPELLIN

    Je n’ay que faire de soufflet123,

    Car en Court, le feu n’estaint point.

    Il vous fault jouer d’aultre point

330  Que j’ay sur vostre cas songié :

    Empoignez vous deux ce congié,

    Et demandez ibo mictum 124.

           COQUIBUS

    Quel congié ? Ce n’est qu’ung baston

    De seur125, qui est ainsi tortu.

           SOTTINET

335  Par bieu ! c’est ung congié, voys-tu,

    Qu’on porte quant on va chier.

           COQUIBUS

    [Vous aurez beau nous conchier :]

    Pour vous, ne nous en irons pas.

           LE  ROY

    Si ferez, plus tost que le pas !

    C’est raison d’obéir aux maistres.

           SOTTINET

340  Coulées sont, voys-tu, tes guestres126 ;

    Tires-les127 : si, cherront à terre.

           LE  ROY

   Allez, allez, tirez grand erre128 !

    Nous n’avons cure de telz foulx.

           TRIBOULET

    Ha ! les folastres !

           SOTTINET

                Sont-ilz doulx129,

345  Les varletz !

           GUIPPELLIN

             Ilz sont plus pesneux130

    Que s’on leur donnoit à tous deux,

    Par les joues, d’une vessye131.

           LE  ROY

    Guippellin, je vous remercye

    Dont132 si bien gouvernez ma Court.

           GUIPPELLIN

350  Il fault penser au temps qui court,

    Qui bien veult133 son Estat conduyre,

    Et getter ceulx dont peult produyre

    Et sourdre débat et envie,

    Comme j’ay faict134. Dont vous supplie :

355  Puisque les maulvais sont hors mys,

    Et nous (qui sommes bons amys

    Et frères) tous Sotz, ce me semble,

    Maintenons[-nous] tousjours ensemble

    [En] nostre Grand Fraternité

360  De Sottie, et en unité.

    Or135 buvons trèstous d’ung accord,

    Chantant à haulte voix et fort :

    Ecce quam bonum et quam jocundum

    Habitare fratres in unum !

           LE  ROY

365  Versez de ce bonum vinum 136

    Et m’en baillez, j’en tasteray.

           TOUS  ENSEMBLE  chantent :

    Ecce quam bonum et quam jocundum !

           LE  ROY  DES  SOTZ

    Quant j’auray beu, je chanteray.

           En chantant :

    Ecce quam bonum et quam jocundum !

           TRIBOULET137

370  Il est bon ?

           SOTTINET

            Par ma foy, c’est mon138 !

           GUIPPELLIN

    Chantez tousjours, et je bevray.

           Adonc, ilz chantent tous ensemble :

    Ecce quam bonum et quam jocundum

    Habitare fratres in unum !

           SOTTINET

    Or, je vous requier de cueur fin139 :

375  Attemprez-vous140 au tabourin ;

    Pour l’amour de la compaignie,

    Qu’ilz nous pardonnent no141 folie,

    [Qu’il] vous plaise dire une notte142.

    À Dieu vous dy, trèstous et toute143 !

.

.     CY  FINE  LA  SOTTIE  DU  ROY  DES  SOTZ

          ET  AUSSI  DE  SES  SUPPÔTZ

.

*

.

.

UNG  HOMME  QUI  PORTE  SUR  SON  DOZ  UNE  HOTTE  PLAINE  DE  RATZ,  ET  S’APPELLE

LE  RAPPORTEUR 144

.

    Le temps qui court m’a à Court fait venir,

    La hotte au doz (telle en est la manière),

    À celle fin de m’y entretenir145

    En raz portant coyement146 par-derrière.

5   Car ne congnois marchandise si chière,

    Où tant gaigne, qu’à rapporter ainsi.

    Et si je metz les seigneurs en soucy

    Par rapporter en Court secrettement,

    Que m’en chault-il, puisque j’ay leur argent,

10   Et que je voy et congnois qu’ilz supportent

    Telz gens que moy qui à hottes147 rapportent

    En ratz portant. Estant fin rapporteur,

    De Court en Court, de seigneur à seigneur,

    Je m’y esbaz tousjours en ratz portant,

15   Pour les proufitz que j’en suis rapportant

    De ratz porter, où que les puis trouver.

    Sans dire vray, tost les sçay controuver148

    Bien proprement, et aux seigneurs complaire,

    Pour, à la fin, de son bien débouter

20   Tel qu[i], en Court, est le149 plus nécessaire.

.

*

1 Sur le théâtre de l’Épiphanie, voir la notice de Pour porter les présens à la feste des Roys.   2 J’emprunte quelques corrections à Thierry Martin : TRIBOULET : La Farce de Pathelin et autres pièces homosexuelles. <Bibliothèque GayKitschCamp, 2011, pp. 17-57.> D’autres corrections viennent d’Émile Picot : Recueil général des sotties. <Tome III, 1912, pp. 205-231.> Le texte établi par Picot a été reproduit, avec toutes ses fautes de lectures, dans : Recueil des sotties françaises. <Tome I, Classiques Garnier, 2014, pp. 53-89.> Ses trois éditeurs n’ont visiblement pas consulté l’édition princeps, et n’ont pas regardé non plus le relevé des variantes de Picot, puisqu’ils adoptent toutes ses modifications sans même s’en rendre compte.   3 Sot. « Si tu n’es fol et quoquibus,/ Retien-le bien, faulx ypocrite ! » (Éloy d’Amerval.) Cf. les Sotz qui remetent en point Bon Temps, vers 137.   4 Mitoufle = hypocrite emmitouflé. « Vois-tu point ce maistre mitoufle/ Qui tient ce livret en son poing ?/ C’est celluy dont le grant bruit [la réputation] souffle. » ATILF.   5 Cet hapax pourrait être une forme de « guibelin » [homme farouche], que le Dictionnaire étymologique de l’ancien français rattache à l’italien ghibellino.   6 Pour cette raison.   7 En bon ordre.   8 Le roi a fondé une confrérie de Sots, la « Grand Fraternité de Sottie », qui parodie l’Ordre des Chevaliers du Croissant, fondé par le roi René en 1448.   9 Voyez combien il est bon et agréable, pour des frères, d’habiter ensemble. (Psaume 132.)   10 BM : Soyent en  (« Soi-ent » compte pour 2 syllabes.)   11 Synonyme de délai. « Sanz plus de restat,/ (Il) te convient en Bourgongne aler. » ATILF.   12 Pour les contraindre juridiquement à venir.   13 Il est couché par terre, dans un coin.   14 Il ne faut pas répondre « ho », mais « Sire ». Les Princes des Sots déplorent toujours le manque de respect de leurs sujets.   15 C’est un vrai plaisir. Même vers dans Ung jeune Moyne et ung viel Gendarme. Sottinet se lève et rejoint le Roi.   16 D’un bout à l’autre.   17 Voyez-en ici. Les acteurs de sotties font toujours mine de croire que leur public est composé de fous. Cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 232-233.   18 Ils pensent pourtant l’être. Ce cliché de la philosophie médiévale est abondamment développé dans les sotties.   19 BM : aduise  (J’en verrais d’un seul coup d’œil.)   20 Les spectateurs de théâtre restaient debout. Thierry Martin ajoute en note : « Le grand sot hideux qui empêche Sottinet de voir les autres sots placés derrière est sûrement le roi René, qui accorda toutes les libertés à Triboulet : cf. le vers 316. Les autres spectateurs sont toujours appelés “mes seigneurs”, comme il se doit pour des courtisans. »   21 Tenez : (en voilà un qui a) une paire d’yeux de bœuf. Les Sots peuvent avoir un aspect bovin : « Et venez tost comme un bœuf de pasture. » (Première Moralité.) Voir aussi la sottie des Veaux (LV 34), qui fut jouée devant le roi Henri II.   22 Pour les convoquer de force.   23 Un pied ou une aile : peu ou prou. Sottinet interpelle Triboulet, qui est dans le public.   24 BM : Troys mousches  (Maître Mouche, farceur et chef de troupe dont Triboulet fut le disciple. Voir la note 61 des Vigilles Triboullet. Lui aussi est dans le public.)   25 Vous qui êtes un fou en titre d’office, un fou de Cour.   26 BM : pugnes  (Punais = puant.)   27 Noble, en réponse au « vilain » [roturier] du vers précédent.   28 Moquer. Mais aussi : me jouer une Farce.   29 BM : ruzay  (La rime est anormalement pauvre.)  Fourré = rusé, sage. « Vous estes grant homme,/ Pour estre fourray ! » Les Sotz fourréz de malice.   30 Ne cogitez pas trop. Voir la note 30 des Sotz triumphans.   31 Cf. le Gentil homme et son Page, vers 29-34.   32 Sur mon col. C’est ainsi qu’on portait les veaux : « Car chacun qui voyoit les veaulx/ Pendant autour de vostre col,/ Qui sont tant gracieulx et beaulx,/ Il s’en délesche [délecte]. » Bataille de sainct Pensard à l’encontre de Caresme.   33 Il descend du plateau, empoigne Triboulet, puis le traîne devant le Roi.   34 Je fais une réclamation, je me plains. Triboulet se jette aux pieds du Roi.   35 La fête des Rois. (Voir ma notice.) « Par Dieu, vous viendrez à la Feste ! » Les Sotz triumphans : cette sottie contient un épisode similaire au nôtre, où on déshabille un Sot récalcitrant pour découvrir sous son costume de sage une livrée de fou.   36 Je comble une lacune. « –J’ayme mieulx faire un petit sault,/ Comme fait maistre Triboulet./ –Tu ne scez que c’est qu’il te fault :/ Par ma foy, tu ne es que ung follet ! » N. de La Chesnaye.   37 BM : en   38 À Sottinet.   39 BM : Triboulet  (Coquibus entre avec une hotte sur le dos.)   40 Qui veut me chuchoter un ragot (en avançant ses lèvres près de mon oreille) ?   41 BM : sottie  (En échange d’une grue en gelée.)  « Chichibie, nouvel coquibuz en cuisine, appresta la grue et la mist rostir au feu. » <Laurent de Premierfait.> Quand la grue est rôtie, on peut accommoder le blanc sous forme d’aspic, en gelée.   42 Dont la gelée est bien prise et bien coagulée. « (Le lait) se prent et caillebote. » Godefroy.   43 Je fais la « moue » [je chuchote des calomnies] avec beaucoup de compétence.   44 Les rats symbolisent les rumeurs, les ragots que des maîtres chanteurs monnayent.   45 Un mouchard, un maître chanteur. Cf. la sottie des Rapporteurs. On peut voir ce personnage, avec sa hotte pleine de rats, sur le plafond peint du château du Plessis-Bourré (XVe siècle), qui illustre un quatrain : « En raportant de Court en Court/ Et en estant fin raporteur,/ Bien venu suys, au temps qui court ;/ Aussi sont baveur et flateur. » Je publie en appendice le poème qui inspira ce quatrain. « Baveur et flateur » qualifient le personnage de Mitoufflet.   46 Suivant à qui il appartient, pour qui il travaille. On pouvait être la victime des maîtres chanteurs, mais on pouvait aussi les employer pour ternir la réputation d’un concurrent.   47 BM : disoit  (Il médirait.)   48 Immédiatement.   49 Plein ma hotte. Des crieurs de mort aux rats portaient sur l’épaule une perche où des rats morts étaient pendus.   50 Les gros boudins donnent de larges tranches. Coquibus manie en virtuose le galimatias fatrasique des Sots. Il est probable que son verbiage recèle des allusions à des personnages réels ; mais elles sont bien déguisées.   51 Ont eu très faim. « Tel porte belle robe et belle çainture d’or, qui a froit aux dens en sa maison. » ATILF.   52 Vraiment ?   53 Allusion à un quelconque arrêt du Parlement. « En Parlement,/ On y oyt, qui le scet entendre,/ Bien souvent tel qui parle, ment. » Jehan Régnier.   54 Morceaux de viande.   55 BM : iacobins  (Jacopin/lopin fait partie des rimes indissociables : cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 19-20, et Villon : « Grant bien leur fissent mains loppins (…)/ Qui se perdent aux Jacoppins. »)   56 Alfonso Borgia devint le pape Calixte III en avril 1455. Il était notoirement débauché, mais moins que son fils adoptif –ou naturel–, Rodrigue Borgia, le futur pape Alexandre VI.   57 Pour qu’il le pénètre. « Elle a beau corps, bouche vermeille (…) :/ C’est une très digne relicque,/ Qui ne veult souffrir l’enchâsser. » Jehan Molinet.   58 À l’attaque ! « Or sus, enfans ! À luy, à luy !…./ Frappons dessus ! » (Testament de Carmentrant.) Le Roi se livre aux mêmes injonctions au vers 183.   59 Derrière le dos de mes victimes, sinon elles me mordent.   60 Il voit entrer Mitoufflet, qui porte un bavoir autour du cou, et qui actionne un soufflet de cheminée.   61 Qui vente. Autrement dit, qui vante (vers 161 et 325) : c’est un flatteur.   62 Il souffle sur les braises, il attise les querelles.   63 Approchez-vous.   64 Pour souffler de la fumée au nez d’un dormeur. Voir la note 127 d’Ung Fol changant divers propos.   65 Ce bavoir que tu portes autour du cou. Nouveau registre de calembours : Baveur = bavard, médisant. (Cf. le Dorellot, vers 75 et 271.) Baver = bavarder inconsidérément. (Cf. le Ramonneur, vers 157 et 249.)   66 Je n’ai pas le temps de dîner.   67 Je médis et je flatte sans cesser.   68 On prononçait « mon sieur ». Sottinet montre au Roi la tête d’un Sot qui apparaît dans un œil-de-bœuf au-dessus de la porte. Les Sots aiment voir sans être vus, et grimpent souvent sur des fenêtres. Cf. la note 29 des Vigilles Triboullet.   69 BM : vient   70 Approche.   71 Il ne bouge. Cf. le Prince et les deux Sotz, vers 36.   72 BM : quartaine  (« Les fièvres cartes et gravelles. » La Fille bastelierre.)   73 BM : ay ie  (Cependant, j’ai perdu la boîte qui contenait l’onguent pour l’oindre. « D’oingnement fin plain une boiste. » Testament Pathelin.)   74 Il redoute que le temps ne soit pluvieux. On compare le Sot perché en hauteur à un chat : « Nous resemblons le chat, qui veut bien manger le poisson, mais ne veut pas mouiller sa patte. » Pierre Dyvolle.   75 BM : meshuyt muser / Or sus il vous fault deliurer  (Il nous ferait perdre notre temps, aujourd’hui.)   76 Plutôt. Triboulet n’a pas eu le temps de bouger : tous ses congénères ont déjà couru vers le Sot.   77 Il tire le Sot, et Coquibus le pousse. Le nouveau venu porte des habits rapiécés.   78 Pique-assiette. Cf. les Sotz escornéz, vers 15.   79 Mangeur de lard en Carême : faux dévot. Cf. Frère Guillebert, vers 96.   80 Intrigant.   81 Voleur de pain rôti. (Comme la tranche est brûlante, il souffle dessus.) « Souffletostées (…), yvrongnes et gourmans. » J. Molinet.   82 On appliquait aux fous une tonsure particulière. Voir les notes 31 et 86 des Sotz triumphans.   83 Comme vous le fustigez !   84 Un sauvage, un ours (note 5). Les Sots vont le baptiser ainsi, faute de connaître son vrai nom.   85 La folie. Cf. Tout-ménage, vers 227.   86 Il boite : il adopte les défauts de ses interlocuteurs pour mieux les flatter.   87 S’il parle.   88 Maladie de la bouche des chevaux. Cf. Saincte-Caquette, vers 253.   89 Une altération de la gorge. « Le penthagruel le grate/ Si trèsfort, dehors et dedens,/ Que parler ne peult. » (Le Vergier d’Honneur, début XVIe siècle.) Rabelais fera de ce vieux mot le patronyme d’un bon buveur, fils de Gargantua.   90 Qu’il empêche.   91 Véreuses, pourries.   92 Une angine.   93 Vin médicinal, inventé par Hippocrate, et censé guérir toutes sortes de maux.   94 Depuis le dernier Mardi gras. Cf. Trote-menu, vers 59.   95 On mettait des pies en cage pour leur apprendre à parler. Maistre Mimin estudiant (BM 44) fit les frais de cette méthode pédagogique : « Pour luy raprendre son langage,/ Nous le mettrons en une cage :/ On y aprend bien les oyseaulx/ À parler ! » (Pour la petite histoire, on dressait les oiseaux à insulter les visiteurs, et notamment à les traiter de maquereaux. « –Quand on met une pie en cage,/ Que luy aprent-on de nouveau/ À dire ? Parle ! –Macquereau. » La Résurrection de Jénin Landore, BM 24.)   96 Du bon vin. Cf. le Gaudisseur, vers 9. Jeu de mots sur la pie qu’on met en cage.   97 Maladie de la langue des oiseaux.   98 Qu’on te jette dans la fange ! La forme « fangue » est surtout provençale ; or, René d’Anjou était comte de Provence, et il allait souvent dans cette région, accompagné de toute sa Cour. Bruno Roy estime que Triboulet avait des origines provençales <Pathelin : l’hypothèse Triboulet. Paradigme, 2009, pp. 50-52>.   99 BM : Ce deueroit estre  (L’opération du filet consiste à couper le frein qui empêche la langue de se mouvoir. C’est le sujet de deux farces, aujourd’hui perdues : Celluy qui avoit espousé une femme mute, et les Femmes qui ont le fillet. Voir la note 95 du Vendeur de livres.)   100 Un ouvre-bouche.   101 BM : tient  (Sottinet sort une grosse corde de la bouche de Guipelin –ou plutôt, de sa propre manche.)   102 Timidité juvénile. René d’Anjou, qui avait un faible pour les allégories, dut apprécier cette corde tressée de symboles.   103 Cruelle.   104 Niais. « Je veulx qu’on m’appelle Huet/ Se de moy il a jà tournoys [un sou] ! » Le Chaulderonnier, le Savetier et le Tavernier, BM 31.   105 « Il feroit rire un tas de pierres : se dit de celui qui est fort plaisant. » Dictionaire des proverbes françois.   106 De jouer du pipeau.   107 Guipelin veut déjà remplacer maître Mouche (vers 64).   108 BM ajoute un vers à ce tercet : Sans y auoir aulcun desroy   109 Contrairement au pot, la cage laissera fuir le vin.   110 Probablement d’un Sermon joyeux, comme le Sermon joÿeux à tous les Foulx (BM 37).   111 Qui n’est pas ordurier comme celui des prostituées.   112 Grâce à moi, les femmes n’auront plus besoin de se remaquiller.   113 Je te nomme.   114 Un chef de meute pour vos chiens de chasse.   115 De la confrérie. Voir la note 8.   116 Tel est le nom de la marotte qui sert d’emblème à cette confrérie. Le mot est synonyme de sottie : « On ne parloit que des farceurs, des conardz de Rouan, des joueurs de la Basoche, et autres sortes de badins et joueurs de badinages, farces, mommeries et sotteries. » Brantôme.   117 En détail.   118 La fonction.   119 Thierry Martin ne fut pas le premier à relever l’ambiguïté de ce passage ; en 1918, le docteur Boutarel l’avait ainsi commenté : « Son confrère en folie, Sottinet, nous donne un aperçu de la licence de la cour, où l’homosexualité régnait, comme le prouvent ces quelques lignes. » (La Médecine dans notre théâtre comique.) Et encore, le savant médecin ne précise pas que le psaume Ecce quam bonum a servi d’argument pour accuser les Templiers de sodomie.   120 Le bon sens. Triboulet démontre que « fol est qui cuyde estre saige » (vers 42).   121 BM : charge mon col de raporte  (Voir les vers 123-125.)   122 Coquibus et Triboulet doivent prendre la porte, vider les lieux. Sottinet, qui a guéri Guipelin, n’est pas concerné par cette purge.   123 BM : mittoufflet  (Voir le vers 146.)  Le soufflet sert à ranimer le feu dans la cheminée.   124 Voici la note de T. Martin : « En jargon estudiantin, demander ibo mictum [j’irai pisser] = demander la permission d’aller aux toilettes. Le CONGÉ désigna d’abord lesdites toilettes, par euphémisme, puis le bâton muni d’une éponge avec lequel on se torchait et qu’on immortalisa sous le nom de « bâton merdeux » (sans euphémisme). » Micton rime avec bâton.   125 De sureau.   126 Tes jambières sont descendues.   127 BM : Tirez les  (Remonte-les, sinon elles tomberont à terre.)  Double sens : tirer ses guêtres = déguerpir. « Mais si j’empoigne un baston rond,/ Bien te feray tirer tes guestres ! » Le Cousturier et Ésopet, BM 34.   128 Partez vite.   129 Comme ils filent doux.   130 Peinés.   131 Que si on les giflait avec une vessie de porc. Sur cet attribut des Fols, voir la note 68 du Jeu du Prince des Sotz.   132 De la manière dont.   133 Si on veut correctement.   134 La morale politique de la pièce nous invite donc à remplacer les flatteurs, les parasites et les délateurs par des arrivistes sans scrupules.   135 BM : Nous   136 Bonum vinum lætificat cor hominis : Le bon vin réjouit le cœur de l’homme. (Citation biblique.)   137 Un peu à l’écart avec ses deux camarades d’infortune, Triboulet envie les buveurs. Dans les Vigilles Triboullet, il se dépeint comme un ivrogne.   138 C’est mon avis.   139 « Je t’en supplie de cuer fin. » René d’Anjou, le Cuer d’Amours espris.   140 BM : Attendez vous  (Accordez-vous au tambourin. « Une femme qui attemproit une harpe et commença à jouer le Lay. » ATILF.)   141 Notre.   142 Veuillez chanter. On écrit note, mais on prononce noute : « De maints pinssons et de choutes/ Je sçay tous les points et les no[u]tes. » La Pippée.   143 BM : tonte  (Le singulier « toute » peut désigner Jeanne de Laval, la nouvelle et pudique épouse du roi. Sa présence expliquerait pourquoi notre sottie ne comporte aucune obscénité flagrante.)   144 Ce poème est inclus dans les Dictz moraulx pour faire tapisserie (BnF, ms. fr. 1716), d’Henri Baude. Je surligne les points communs entre la sottie et le poème, qui lui est légèrement postérieur.   145 De m’y enrichir en exerçant du chantage.   146 Coitement, discrètement. Les rats symbolisent les rumeurs, les fausses nouvelles monnayées par des maîtres chanteurs.   147 Par hottes entières. Le ms. fr. 24461 donne : hoctees [hottées]. Cette page du manuscrit est illustrée par un porteur de rats.   148 Je sais les inventer (les calomnies).   149 Ms : de moy  (Nul n’avait oublié le rôle des médisants dans la disgrâce de Jacques Cœur.)

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LES RAPPORTEURS

Recueil Trepperel

 

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LES  RAPPORTEURS

*

La première mouture de cette sottie parisienne fut écrite en 1487, probablement par Henri Baude1. Les basochiens, qui en étaient les commanditaires et donc les propriétaires, lui ont adjoint des vers nouveaux jusqu’aux alentours de 1502. Elle est très proche de la sottie des Sotz escornéz, à peu près contemporaine et imprimée elle aussi par Trepperel. On y trouve une vignette identique : Pierre Gringore travesti en Mère Sotte2. On y trouve des personnages similaires : un Prince tyrannique, son éminence grise Gautier, et ses trois Sots en rupture d’obéissance. On y trouve aussi un poème en pentasyllabes, et une ballade mythologique en décasyllabes où l’on croise les mêmes dieux. On y trouve enfin d’innombrables concordances de style. En revanche, notre sottie des Rapporteurs n’a aucun lien avec la farce du Raporteur (LV 30). Les Rapporteurs sont des « reporters ». (Étymologiquement, c’est le même mot français.) Ils vont aux nouvelles et présentent leur rapport ; les actualités qu’ils passent en revue sont truffées d’allusions politiques.

La pièce dénonce3 la répression dont le théâtre des basochiens fut victime en 1486 : Charles VIII fit emprisonner quatre clercs de la Basoche et leur auteur Henri Baude4, coupables d’avoir brocardé sur scène des notables corrompus qui « n’en ont pas esté bien contens5 ». Pendant les jours gras6, les Sots partageaient les prérogatives des vrais fous et des bouffons royaux : ils pouvaient alors caricaturer les abus et les ridicules de leurs contemporains, à condition que ces derniers ne s’en formalisent pas trop. L’auteur de la sottie des Sobres Sotz (LV 64) ne l’oubliera pas :

    –Je le diroys bien, mais je n’ose,

    Car le parler m’est deffendu.

          (…) –Sy je n’avoys peur

    Qu’on me serrast trop fort les doys,

    En peu de mos je vous diroys

    Des choses qui vous feroyent rire.

    –À ces jours-cy, y fault tout dyre

    Ce qu’on sayt : on le prent à bien.

    –Par sainct Jehan ! je n’en diray rien :

    Y m’en pouroyt venir encombre.

Symbole de la lutte contre la censure (et d’un bras-de-fer entre le Parlement de Paris et les courtisans7), la sottie des Rapporteurs tint lieu de défouloir aux contestataires du Palais pendant quinze ans : sur la trame originale qui comptait 250 vers, on placarda au gré de l’actualité8 une centaine de vers anarchiques où éclate une violence jamais atteinte auparavant. Mais cette fois, nul n’a tenu à se reconnaître dans ce jeu de massacre. D’ailleurs, la version que nous connaissons a-t-elle pu être représentée ?

Que reste-t-il du théâtre de « maistre Henry Baulde » ?

* La Pragmatique entre gens de Court et la salle du Palais.  Quoi qu’on ait pu dire, ce dialogue de 1485 n’est pas dramatique.

* La brièvfe Moralité de 1486.  Elle a été détruite par les censeurs, et même son nom est inconnu.

* La sottie des Sotz escornéz.  Rien n’empêche qu’elle soit de Baude : lors du scandale de 1486, on a examiné les « Sotye et Moralité jouéz par lesdictz clercs ledit jour ». La sottie9 en question, dont on ignore tout, ne fut pas censurée ; elle existe peut-être encore.

* La sottie des Rapporteurs.  Baude contesta son emprisonnement dans deux épîtres en octosyllabes adressées au duc de Bourbon. Avec un tel désir d’en découdre, pourquoi aurait-il abandonné à un autre dramaturge le soin (et la jubilation) d’une vengeance publique ?

* Aulcun, Cognoissance et Malice.  Joël Blanchard10 attribue à Baude cette moralité qu’il date de 1484.

Source : Recueil Trepperel, nº 6.

Structure : Ballade, abab/bcbc, rimes plates, 3 triolets, 9 tercets pentasyllabiques. La métrique est très confuse à cause des rimes proliférantes qui furent ajoutées au fil des années. Le squelette de la forme première est parfaitement reconnaissable, mais je n’ai pas cru bon de « censurer » l’œuvre collective qui nous est parvenue.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

*

Sotie nouvelle à quatre parsonnaiges des

Rapporteurs

*

C’est assavoir :

    PROPTER  QUOS 11,  le Prince

    LE  PREMIER  SOT

    LE  SECOND  SOT

    LE  TIERS  SOT

                                  Les  Rapporteurs

*

 

                             PROPTER QUOS, le Prince, commence    SCÈNE I

         Saturne, filz du trosne impérial

         Et de Vesta12 (du plus hault élément13

         Dame et maistresse), au ceptre tribunal14

         [Dut renoncer ………….. -ment.]

5    Divisay fut le siècle15 vivement.

         Mais Jupiter, pour sa porcion [l]égalle16,

         Dessus Phébus a le gouvernement.

         Cuidant soy haulcer17, mainteffois on ravalle.

         Puis Neptunus18 (qui, ès19 lieux fluctueux

10   Et inundans, à Saturne succède),

         Cure receust20 des lieux pérécliteux ;

         Quant Boréas a déchassé si roide21,

         Je22 cuide, moy, qui n’y eust mis remède23,

         Englouty l’eust de ténébreure malle ;

15   Mais Neptunus luy24 monstra face laide.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravalle.

         Touchant Pluto, lieux trèsparfonds et ysmes

         A désiray pour sa porcion avoir,

         Moyen duquel luy ont les [noirs] abismes25

20   Esté donnéz, et là fait son mou[v]oir.

         Proserpine le dev(e)roit bien sçavoir,

         Car des Enfers26 a visité la salle ;

         Mais Sérès sceut27 moyen de la [re]voir.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravale.

25   Prince, pensez qu(e) avant [de] desjuner,

         Voz biberons ont forment face palle28.

         Mais puis après, on se doit pourmener29.

         Cuidant soy haulser, mainteffois on ravale.

         Mes Sotz sont-ilz point en la salle ?

30   [Çà, Gaultier,]30 va-les-moy hucher !

         Je croy, moy, qu(e) ilz se vont coucher.

         Touteffois, ilz m(e) avoient promis

         Que pour l’honneur de leurs amis

         Desquelz ilz ont aide et support31,

35   Aujourd’uy feroient leur rapport

         Comme [ilz] ont de bonne coustume.

.

           LE  PREMIER  SOT 32    SCÈNE  II

         Jésus, auquel point est la lune !

           LE  SECOND  [SOT]

         Benoist Dieu, que le temps est rouge33 !

           LE  TIERS  SOT

         Qui vouldra menger d’une prune,

40    Je vous requier qu’on ne se bouge.

           LE  PREMIER

         Feste bieu, que de gens nouveaulx34 !

           LE  SECOND

         Que de Dames et de Damoiselles !

           LE  PREMIER

         Mais qu’il y35 fauldra de chappeaux !

           LE  TIERS

         Feste bieu, que de gens nouveaux !

           [LE  SECOND

         …………………………….. -eaux !]

           LE  PREMIER

45    Ha ! je n’en vids jamais de telles.

                               LE  SECOND

         Feste bieu, que de gens nouveaux !

                               LE  TIERS

         Que de Dames et Damoiselles !

                               LE  PREMIER

         Que de sotz !

                               LE  SECOND

                                  Que d(e) oppiniastres !

                               LE  TIERS

         Que de folz36 !

                               LE  PREMIER

                                     [Et] que de follastres !

                               LE  SECOND

50   Que de gens qui cuident sçavoir !

                               LE  TIERS

         Qu(e) il en est qui ne sçavent riens !

                               LE  PREMIER

         Que de gens qui ont trop devoir37 !

                               LE  SECOND

         Que de gens qui ont trop de biens !

                               LE  TIERS

         Que de macquerelles à Paris !

                               LE  PREMIER

55   Que de « maisons » en la rue Saint-Denis38 !

                               LE  SECOND

         [Qu’il est]39 de paiges macquereaulx !

                               LE  TIERS

         Qu’il est de pouvres fringuereaulx40 !

                               LE  PREMIER

         Que je voy porter41 brodequins

         À ces povres frans musequins42,

60    Par-dessus leurs chausses persées !

                               LE  SECOND

         Mais que j’ay veu, depuis six ans,

         Paistre de grues43 parmy les champs,

         Qui toutesfois s’en sont vollées !

                              LE  TIERS

         On a prins, à Sainct-Innocent44,

65   De l’eau, des plains potz plus de cent ;

         Puis n’a-on pas tout emporté.

.

                              PROPTER  QUOS       SCÈNE  III

         Après qu(e) auray bien escouté,

         Mes Sotz45, viendrez-vous, s’il vous plaist ?

         Vrayement, ilz ont bien tempesté !

70    [Après qu’auray bien escouté,

         ………………………….. -té.]

         Je croy qu’ilz ont le cueur dehait46.

         Après qu(e) auray bien escouté,

         Mes Sotz, viendrez-vous, s’il vous plaist ?

                               LE  PREMIER

         Nous n’avons pas encore fait47.

                               LE  SECOND

75   Nous ne sçavons par où descendre.

                               LE  TIERS

         On nous a mis à faire guet.

                               LE  PREMIER

         Taisez-vous, laissez-nous apprendre48.

                               PROPTER  QUOS

         Or brief, je ne puis plus attendre.

         Ne cuidez pas que ce soit fable.

80    Se je voys49 là vers ceste table,

         Par tous les sains de Paradis,

         À chascun, des coups plus de dix

         Je vous donray sur vostre teste !

           LE  PREMIER

         Je n’ay cure de telle feste.

           LE  SECOND

85   Je n’ay cure, moy, qu’on me bate.

           LE  TIERS

         Se n’avoyes50 la main à la paste,

         Si m’en fuiray-je du débat.

                           LE  PREMIER

         Allons là, ce n’est q’ung esbat51 ;

         Si, verrons qu’il nous vouldra dire.

           LE  SECOND

90   Pour me trouver en ung combat,

         Je suis plus vaillant que La Hire52.

           LE  TIERS

         Pour m’enfuïr s’on me menace

         Et pour tantost vider la place,

         Jà n’en crains archier de la Garde53.

           LE  SECOND

95   Allons là, je croy qu’il luy tarde ;

         Car nostre maistre Propter Quos

         Ayme fort ouÿr noz rappors.

           [LE  PREMIER]

         Et ! le vélà qui nous regarde.

           LE  SECOND

         J’iray54 quérir ma hallebarde,

100  Car j’ay grant peur qu’il nous oultraige.

           LE  TIERS

         Il te part d’ung maulvais couraige55,

         De t’armer contre ton seigneur.

           LE  SECOND

         Si à bien plus grant personnage !

           [PROPTER  QUOS]56

         (Or s’ilz l’ont fait, c’est leur dommaige,

105  Et auront leur part de la peur.)

           LE  PREMIER

         Propter Quos, le vray chief d’onneur,

         Jésus vous doint joye et sancté !

           PROPTER  QUOS

         Et à vous, bonne prospérité57 !

         Et vous doint autant de ducatz

110  Comme en ont tous les Lombars

         Par delà le pays de Savoye !

         Mes Sotz, et puis ? Comme58 est la voye ?

         De quel chose estes-vous records59 ?

         Est-il point possible qu’on oye

115   Quelque chose de voz rappors ?

           LE  PREMIER

         Voullez-vous qu’on vous die des mors

         Et de ceulx qui sont trespasséz60 ?

           PROPTER  QUOS

         Laissez-moy ceulx-là, c’est assez ;

         Ne m’en faictes plus mencion !

           LE  SECOND

120  Plusieurs sont aux gaiges casséz61,

         Qui ont receu leur pension.

           LE  TIERS

         C’est une grant confusion

         Des choses qu’avons apperceues.

           LE  PREMIER

         Nous n’au[r]ons pas la moitié dit

125  Jusques au temps de l’Antécrist,

         Des choses que nous avons veues.

           PROPTER  QUOS

         Mes Sotz, de bon cueur je vous prie :

         Resjouyssez la compagnie

         De quelques rappors tous nouveaulx.

           LE  PREMIER

130  Premier62, nous avons veu chevreaulx

         Qui voulloient mener paistre chièvres63.

           LE  SECOND

         Nous avons veu chiens à monceaulx

         Qui s’enfuyoient devant les lièvres.

           LE  TIERS

         Sergens ne sont plus larronceaux :

135  Ilz sont doulx comme jouvenceaulx

         Et ne boyvent plus mais que bière(s)64.

           PROPTER  QUOS

         Ilz ne font leur sanglante fièvre,

         Les paillars pouacres65 infâmes !

         Ilz donroient aux dyables leurs âmes

140  Premier qu’ilz ne fussent larrons66 !

         Ces rappors-là ne sont pas bons,

         Car c’est toute[s] pures mensonges67.

         Dia68 ! la grandeur d’ung vieil tonneau

         Ne boit point la moitié tant d’eau

145  Que feroi[e]nt de vin ces yvrongnes !

           LE  PREMIER

         Tant plus on les regarde ès trongnes,

         Tant plus les treuve enluminéz.

           LE  SECOND

         J’avoue Dieu ! ilz ont sur le nez

         Une69 aulne de rouge esquarlate.

           LE  TIERS

150  Que migraine70 de laine plate

         Ne reluise de telle manière !

           PROPTER  QUOS

         Ce n’est donc pas de bonne bière,

         Comme ce fol me rapportoit71.

           LE  PREMIER

         C’est, pardieu, de faire grant chère ;

155  Et si, ne sçay, moy, qui le poist72.

           PROPTER  QUOS

         Sus, sus, mes suppostz ! Qu’on vous voist

         Procédans en ceste matière !

           LE  SECOND

         Carmes n’ont plus de chambèrière73 ;

         Aussi n’ont pas les cordeliers.

160  Et, dit-on, sont74 les usuriers

         Sont marris qu’il n’est assez [o]vins75

           PROPTER  QUOS

         Ilz ont menty, les chiens mâtins !

         Tousjours carmes auront freppières,

         Et usuriers seront marris

165  Se les laines ne sont fort chières.

         Que de Dieu [ilz] soient tous mauldictz !

           LE  TIERS

         Jacobins ont à Dieu promis,

         Mectans tous ès Enffers leurs âmes,

         Que jamais ne permétront femmes

170  En leur maison (tant qu’il se76 sçaiche).

           PROPTER  QUOS

         Et ! par sainct Jaques ! Une vache

         Yroit premier querre77 une preune

         Sept piedz au-dessus de la lune

         Ains78 que ces maistres jacobins,

175  Cordeliers, carmes, célestins

         Ne jouent de nature la basse.

         Onc chien puant, de « passe-passe »

         Ne fut si leste79, par mon âmes !

           LE  PREMIER

         Moynes ne parlent plus aux dames.

180  Et dit-on qu’il n’en est pas trop80.

           [LESECOND

         Laissons cela, ilz sont infâmes :

         Ilz torchent leur cul de leur froc.

           LE  TIERS

         Il n’est, par les saincts, rien plus sot

         Que moyne, avec son cappilla[i]re81.

           PROPTER  QUOS

185  S’ung82 en avoyes qui fust mon frère

         Et j’eusse femme ung peu mignonne,

         Je lairoye toute la besongne

         Premier que ne m’en [donne garde]83.

         Moynes ? Que le mal feu les arde,

190  Tant portent-ilz la c[o]uille verd84 !

         Ce sont les gens [que plus nazarde]85.

         Je sçay bien de quoy moyne sert.

           LE  PREMIER

         Ilz frappent86 à cul descouvert.

         S’en donne garde qui vouldra !

195  Carmes, cordeliers et chanoynes,

         Jacobins, augustins et moynes :

         Mauldit soit qui les espergnera !

           LE  SECOND

         Je pry Dieu pour en voir87 le bout :

         Que le grant dyable emporte tout !

           LE  TIERS

200  Si m’ont dit les dyables d’Enfer

         Qu’ilz les y feront bien chauffer

         À quelque pris que soit le boys.

           LE  PREMIER

         Regnars ne mengeront plus d’oyes88

         Ne poulles : le pac en est fait89.

           LE  SECOND

205  On ne verra plus chappellains

         Tromper90 femmes à leur[s] parroissains :

         Chacun sera du tout91 parfait.

           LE  TIERS

         Les advocatz de maintenant

         Ne veullent plus prendre d’argent :

210  Ilz font tout pour l’amour de Dieu92.

           LE  PREMIER

         Les sermonneurs93 de ceste ville

         Ne prennent plus ne croix, ne pille,

         Et ne partent point d’ung [bas] lieu94.

          LE  SECOND

         Gens d’armes95, si, ont fait serment

215  Désormais [de] payer vrayement

         Leurs hostes parmy ces villaiges.

           LE  TIERS

         Les ratz96 ont fait à Dieu promesse

         Que jamais, sans ouÿr la messe,

         Ilz ne mengeront nulz fromages.

           PROPTER  QUOS

220  Vécy de bons petis langaiges,

         S’ilz sont vrays ; mais j’en fais grant doute.

           LE  PREMIER

         En effait, de tous les oultraiges

         Qu’ilz ont fait, il n’en est plus goutte97

           LE  SECOND

         Seigneurs ne seront plus gouteux98.

           LE  TIERS

225  Maraulx ne seront plus pouilleux.

           LE  PREMIER

         Changeurs ne sont99 plus usuriers.

           LE  SECOND

         Il n’est plus de larrons cousturiés100.

           LE  TIERS

         Maris ne seront plus cocus.

           LE  PREMIER

         Grimaulx101 ne seront plus batus.

           LE  SECOND

230  Il ne cherra102 jamais d’esglise.

           LE  TIERS

         Les blédz n’auront plus de festus.

           LE  PREMIER

         On ne verra plus truye qui pisse103.

           LE  SECOND

         Marchans tiendront tous loyaulté104.

           LE  TIERS

         On fera à chascun raison105.

           LE  PREMIER

235  Toutes gelées seront l’esté.

           LE  SECOND

         Brebis n’auront plus de toyson106.

           LE  TIERS

         En Court ne règne plus envie.

           LE  PREMIER

         En Romme n’est plus simonye.

           LE  SECOND

         Rommains ayment [tous le]107 Sainct-Père.

           LE  TIERS

240  En Ytallye n’a plus ducatz108.

           LE  PREMIER

         Yvrongnes ne boyront109 que bière.

           LE  SECOND

         Ce sont bonnes gens que Lombards110.

           LE  PREMIER

         Normans ayment bien les Bretons111.

           LE  SECOND

         Françoys ayment bien ceux de Flandres112.

           LE  TIERS

245  L’eau qui passe soubz les moulins,

         Premier qu’i soit quatre matins113,

         Se convertira toute en cendres114.

           LE  PREMIER

         Femmes n’auront plus malle115 teste.

           LE  SECOND

         Le monde vivra tout en paix.

           LE  TIERS

250  Ung mouton ne sera plus beste.

           LE  PREMIER

         Quant on se trouvera en presse116,

         Personne ne fera plus vesse,

         Mais on ne fera [plus] que petz117.

           LE  SECOND

         Mais que ces Pardons118 soient passéz,

255  Chacun fera des biens assez,

         Sans jamais penser à nul mal.

           LE  TIERS

         Tous piétons119 iront à cheval.

           LE  PREMIER

         Cloches ne feront plus tintins120.

           LE  SECOND

         En oultre plus, les médecins

260  Désire[ro]nt que tous soient sains

         Et qu’il n’en soit plus de malades.

           LE  TIERS

         Ménest[r]iers se sont complains,

         Et si, ont juray tous les Saincs

         Que plus ne souffleront aubades121.

           LE  PREMIER

265  Tous rimeurs122 sont délibéréz

         Que s’ilz ne sont premier payéz,

         De ne123 faire nulles Balades.

           LE  SECOND

         On donne pommes de grenades124

         Aux pourceaulx monsieur125 saint Anthoine.

           LE  TIERS

270  On dit que dans126 une sepmainne,

          Bourges sera tout rebasty127.

           LE  PREMIER

         Flamans couscheront sur le feurre128,

         Ne buront, ne mengeront beurre

         Jusques Sainct-Omer sera prins129.

           PROPTER  QUOS

275  Et ! ont-ilz cela entreprins,

         Les Flamans ? Pleust au roy des Cieulx

         Qu’ilz se deussent grater les yeulx130

         Jusques ad ce que sera fait !

           LE  SECOND

         Ha ! par saint Jaques, il n’est pas prest131 !

280  Ilz ont beau mouver la moustarde132 !

         Auffort, ilz sont saoulz ; on les133 garde

         Jusques ad ce qu’il sera nuyt.

           LE  PREMIER

         Il fault rapporter sans nul bruit

         Quelques choses de [noz] merveilles.

285  J’ay veu « voller » sans avoir elles134.

           LE  SECOND

         J’ay veu lire sans estre clerc.

           LE  TIERS

         J’ay veu bailler jaune pour verd135.

           LE  PREMIER

         J’ay veu cordenn[i]ers faire toilles.

           LE  SECOND

         J’ay veu quarrelleurs136 advocatz.

           LE  TIERS

290  Et moy, d’escus faire ducatz137.

           LE  PREMIER

         On m’a dit que pour lors, en Court,

         Il n’est mémoire de raport138 :

         Tous sont ensemble bons amys.

           LE  SECOND

         Lévriers n’ont cure de connils139.

           LE  TIERS

295  Le plus habille140 est le plus lourd.

           LE  PREMIER

         Qui mieulx entent est le plus sourd.

           LE  SECOND

         Qui a beau nez il boit bien ès bouteilles141.

           LE  TIERS

         Qui entent mieulx qui a grans oreilles.

           PROPTER  QUOS

         Voz rapors me di[s]ent merveilles ;

300  Et si, ne les puis bien entendre.142

         Je ne puis bien ces motz comprendre.

           LE  PREMIER

         Après qu’on aura bien raillié,

         Propter Quos, on n’a plus taillié143 :

         Je croy qu’on ne [nous peult]144 reprendre.

           LE  SECOND

305  Cousturiés145 seront bien requis,

         Avant que tout soit bien repris,

         Qu’on a taillié depuis naguère(s).

           LE  TIERS

         Encore ne se peut-on taire.

           LE  PREMIER

         On frappe d’estoc et de taille,

310  Mais la cousture sera lourde146.

           LE  SECOND

         Je doubte qu’i ait jeu sans bourde147.

           LE  TIERS

         Se le chat entre dans la bourde148,

         Souris haÿront la chandelle.

         De cela, bien je me vante.

           LE  PREMIER

315  Il n’est sepmaine qu’il ne vente,

         Au moins se l’air n’est bien rebelle149.

           LE  SECOND

         En mousche qui picque,

         En chat qui repplique,

         Ne donne asseurance.

           LE  TIERS

320  En fleuve qui dort,

         En serpent qui mord,

         N’a point d’asseurance.

           PROPTER  QUOS

         Balade(s) sans rime

         Ne [que son de]150 lyme

325  N’a151 point d’accordance.

           LE  PREMIER

         De folle entreprise152,

         De femme requise,

         Ne vient que meschief153.

           LE  SECOND

         Tous membres ont labeur154,

330  Quant il vient douleur

         Qui grièfve le chief155.

           LE  TIERS

         Entreprise folle,

         Mainte gens affolle :

         Vélà le salaire.

           PROPTER  QUOS

335  Il vauldroit bien mieulx

         Soy grater les yeulx

         Que soy les hors traire.

           LE  PREMIER

         Quant la chose est feicte,

         Fol est qui barbette156 :

340  Le conseil est prins.

           LE  SECOND

         Pour ne dire mot

         De tout ce qu’on ot157,

         On n’est point reprins.

           LE  TIERS

         [À] qui jamais n’eust rapportay158,

           LE  PREMIER

345  Saint Jaques, il n’eust pas tant cousté !

           LE  SECOND

         Ce n’est159 mon, le dyable y ait part !

         Allons-nous-en, faisons départ.

           LE  PREMIER

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         Noz rappors160 avons mis en train.

           LE  SECOND

350  Deppartons, car c’est trop songé.

           LE  TIERS

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         [……………………………… -gé.]

         Nous reviendrons quelque demain.

           [LE  PREMIER

         À Dieu, hau ! Nous prenons congié.

         Noz rappors avons mis en train.]

                 EXPLICIT

*

1 Mort après 1496. Fonctionnaire des impôts, il compose des poèmes parfois érotiques, et du théâtre souvent polémique.   2 Cela ne signifie pas que Gringore en est l’auteur : le même bois gravé orne les quatre premières sotties du recueil Trepperel.   3 Cf. les vers 33-34, 222-223, 302-311, et 341-346.   4 « Baude, après brisement de portes,/ En effect à mynuict fut pris/ Et au Petit Chastellet mys. » Lectre de Baude audict seigneur de Bourbon. Je cite Henri Baude d’après l’édition de ses Œuvres complètes que prépare mon ami Brian McKay, de l’université d’Auckland.   5 Id. Le roi est plus explicite : « Aucuns, soubz umbre de jouer ou faire jouer certaines moralitéz et farces, ont publiquement dit ou fait dire plusieurs parolles séditieuses sonnans commotion [appelant à l’émeute], principalement touchans à Nous et à nostre Estat. »   6 Mais la Moralité litigieuse de Baude fut donnée le lundi des Rogations (1er mai 1486), ce qui n’était pas très adroit.   7 Au grand dam de la Cour, le Parlement avait autorisé ses clercs à représenter la Moralité de 1486. Il aggrava son cas en les faisant sortir de prison dès que possible.   8 Ces greffons rattachés au jour le jour à un tronc principal sont typiques de la création populaire. Prenons l’exemple du Père Dupanloup : cette chanson paillarde plaquée sur l’air de Cadet Rousselle (1792) naquit vers 1845. Des plaisantins lui greffèrent un couplet sur l’Institut en 1854, sur l’Assemblée générale en 1871, sur les ballons dirigeables en 1901, sur Superbagnères en 1912, sur Citroën et la Tour Eiffel en 1924, etc.   9 Les deux ou trois pièces qui constituaient une représentation étaient parfois du même auteur : le Jeu du Prince des Sotz + l’Homme obstiné + Raoullet Ployart sont de Pierre Gringore ; le Mystère de saint Martin + le Munyer + l’Aveugle et le Boiteux sont d’André de la Vigne.   10 Moralité à six personnages. Droz, 2008.   11 « À cause desquels. » Ce nom pourrait venir des « histriones propter quos dissidebatur » <Suétone, III, 37>, qualifiant des comédiens punis après une rixe mortelle entre spectateurs. Je ne crois pas que notre dramaturge ait pu connaître le « propter quos Principis humanitas dedit » de Cassiodore, d’autant que l’humanité du Prince Propter Quos reste à démontrer.   12 T : veste  (Saturne est le fils d’Uranus [le ciel] et de Vesta [la terre].)   13 T : clement  (Vesta est aussi la déesse du feu.)   14 Au sceptre de juge suprême. Saturne fut détrôné par son fils Jupiter, et son empire fut partagé : Jupiter prit la terre et le ciel, Phébus le soleil, Neptune la mer, Borée le vent, Pluton l’enfer.   15 Le monde profane.   16 La portion légale est la part minimale qu’un testateur est tenu de laisser à chacun de ses héritiers.   17 Dans les 4 occurrences de ce refrain, il faut lire s’hausser. « Lecteur, tu vois ainsy que s’hausse le subjait. » (Traduction anonyme de Dante.)   18 T : neptimus  (Je corrige la même coquille au vers 15.)   19 T : les  (Les lieux fluctueux et inondants sont les océans.)   20 T : liura  (Reçut le soin des lieux propices aux naufrages. « Il receust la cure et le gouvernement de tout l’empire. » Godefroy.)   21 Quand Neptune a houspillé Borée si rudement. Au 1er chant de l’Énéide, Neptune menace les Vents, qui ont soufflé sur la mer sans son ordre : « Vous me paierez votre faute par une peine sans pareille ! Fuyez vite, et dites ceci à votre roi [Éole] : ce n’est pas à lui qu’échut l’empire marin, mais à moi ! »   22 T : Et   23 Que si on ne l’avait pas calmé. Virgile n’indique nulle part que quelqu’un a calmé Neptune. Quant au Roman d’Énéas, qui était encore très lu, il ne mentionne même pas l’intervention de Neptune dans cet épisode.   24 T : leur  (Se contenta de lui montrer une mine renfrognée.)   25 Les Enfers. « Démon sorti des noirs abismes. » Quinault.   26 T : anfans  (Elle fut enlevée par Pluton et devint déesse des Enfers.)   27 T : trouuar  (Cérès, déesse des moissons, est la mère de Proserpine. Elle obtint de Jupiter que sa fille passe la moitié de l’année sur terre avec elle.)   28 Vos Sots alcooliques ont fortement la face pâle. « Yvroignes et biberons, esveilliez-vous ! » Godefroy.   29 Faire une promenade digestive.   30 T : Sagultier  (Présent dans les Sotz escornéz, ce conseiller du Prince reste muet dans notre pièce, à moins qu’on ne lui attribue les vers 25-26.)  Hucher = appeler.   31 Plusieurs magistrats du Palais s’étaient porté caution pour faire libérer leurs camarades. Ils assistaient sans aucun doute à cette représentation donnée sur leur territoire.   32 Les trois Sots sont perchés sur des fenêtres (note 49) dont ils descendront après le vers 88. Ils regardent dehors pour avoir des nouvelles à rapporter, avec une prédilection pour les détails indiscrets, comme l’annonce le vers suivant : « Qui vous mettroit le cul à l’esparé [à l’air]/ Pour bien sçavoir en quel point est la lune,/ L’on sçauroit bien, sans faire long narré,/ Si soubz les draps vous estes blanche ou brune. » Parnasse satyrique.   33 Menaçant, d’un point de vue pécuniaire. « –Le temps est rouge./ –Dictes sy feroyt-il beau temps/ Sy vous avyez d’or pleine bouge ? » Mestier et Marchandise, LV 73.   34 À la mode. Cf. la sottie des Gens nouveaulx. Jusqu’au vers 60, le public est pris pour cible.   35 T : il   36 T : sotz  (qui est déjà au vers précédent. Les variations sur un même radical –par exemple fol/folâtre– sont caractéristiques des sotties.)   37 Éternelle opposition entre les pauvres qui ont trop de travail, et les riches qui ne font rien.   38 Il y avait déjà des maisons de passe « rue Sainct-Denys,/ Où sont plus d’oyseaulx que de nidz » (sottie Pour le cry de la Bazoche). « La rue Sainct-Denis,/ Je y alloye pour moy resjouyr. » (Beaucop-veoir et Joyeulx-soudain, T 24.) L’auteur insère lesdites maisons entre les maquerelles et les maquereaux.   39 T : Qui les  (Sur les pages entremetteurs, voir les naquets de Trote-menu et Mirre-loret, note 61.)   40 Jeunes élégants.   41 T : portes   42 Jeunes galants. Ils dissimulent dans des bottines les trous de leurs bas : « Ces fringans mondains/ Qui portent ces beaux brodequins/ Dessuz la chausse dessirée. » Ung Fol changant divers propos.   43 On donnait déjà des noms d’oiseaux aux percepteurs. À partir de 1498, Louis XII diminua l’impôt de la taille. (Cf. le Jeu du Prince des Sotz, vers 351.) Il protégea aussi les paysans contre les exactions des soldats et des fonctionnaires royaux.   44 Le cimetière des Saints-Innocents, qui jouxtait la rue Saint-Denis, fut submergé par une crue de la Seine en janvier 1496.   45 T : solz  (L’imprimeur hésite entre « sotz » et « folz ». Idem à 73.)   46 Joyeux.   47 Fini.   48 Apprendre des nouvelles pour faire nos rapports.   49 Si je vais. Les basochiens jouaient du théâtre comique sur la table de marbre du Palais de la Cité <voir la notice du Capitaine Mal-en-point>. La salle du vers 29 est la Grand-Salle où se trouvait la table, et les rapporteurs font le guet (vers 76) sur ses fenêtres sises en hauteur.   50 T : iauoyes  (Si je n’étais pas en train de faire quelque chose.)  Au sens propre, la « pâte » est peut-être un quignon de pain que grignote le Tiers Sot : déjà au vers 39, il mangeait des prunes.   51 Ce n’est qu’un jeu, qu’une comédie.   52 Ce héros du siège d’Orléans était mort en 1443, mais les joueurs de cartes le célébraient encore : « N’ouÿstes-vous oncques/ Parler des beaux faitz de La Hire,/ Qui fut si vaillant homme en guerre ? » Farce des Coquins (F 53).   53 Dont la poltronnerie était proverbiale. « Je suis tant las,/ Que quatorze archiers de la Garde/ Me battroyent à la halebarde. » Clément Marot.   54 T : Iray ie   55 Cœur.   56 T : le tiers   57 « Honneur, bonne prospérité,/ Santé ! » Lectres de Baude envoyées à Mgr de Bourbon.   58 T : et  (La voie est-elle libre ? Peut-on parler sans crainte ?)   59 Souvenants.   60 Le roi Charles VIII, persécuteur des basochiens, mourut le 7 avril 1498. Propter Quos n’a pas l’air de le regretter.   61 Cassés de gages, renvoyés. Dès qu’il accéda au trône, en 1498, Louis XII fit annuler son mariage avec Jeanne de France, qui fut reléguée à Bourges avec 12 000 écus de pension.   62 Premièrement. Baude employa cet adverbe : « Premier, je vy ung tas de bestes. »   63 La « chèvre », Anne de Beaujeu, exerça la régence de 1483 à 1491, en attendant la majorité du « chevreau » Charles VIII, qui l’aurait bien envoyée « paître ». Dans la Sotye des Croniqueurs, Gringore dira du jeune roi : « C’estoit l’aigneau mené en lesse. »  Cf. les Sotz qui remetent en point Bon Temps, note 2.   64 La bière est moins alcoolisée que le vin : cf. les vers 152 et 241.   65 Galeux.   66 Plutôt que de cesser de voler. Sur la corruption des sergents, voir le Testament Pathelin, vers 469-472. Nos basochiens n’ont pas digéré que des sergents aient cassé leur porte en pleine nuit (note 4).   67 Ce mot était parfois féminin : « C’est une pure mensonge sans fondement ny apparence. » Catherine de Médicis.   68 T : De  (Le volume d’un vieux tonneau n’absorberait pas autant d’eau, ni même la moitié, que ces ivrognes absorbent de vin.)   69 T : Ung  (L’écarlate est une étoffe rouge : « Demie aulne d’escarlate sanguine. »)   70 Étoffe de laine teinte en rouge vif.   71 Au vers 136.   72 Qui paye leurs agapes.   73 Certaines chambrières arrondissaient leurs fins de mois (et parfois leur ventre) en couchant avec leur maître. Cf. la farce des Chambèrières qui vont à la messe. Les fripières du vers 163 ont le même gagne-pain, et Rabelais les voue « à Vénus, comme putains, macquerelles, (…) chambèrières d’hostèlerie ». (Pantagruéline Prognostication.)   74 T : que  (Un mastic a fait tomber « sont » au début du vers suivant.)   75 S’il n’y a pas assez d’ovins, on manquera de laine (ce qui permettra aux usuriers de spéculer). Ces deux vers ont une réponse en écho à 164-165.   76 T : le  (Pour autant qu’on le sache.)   77 T : querir   78 T : Ha  (Ains que = plutôt que.)   79 T : listre  (Passe-passe = va-et-vient.)   80 Entre autres choses, on reprochait au clergé d’être pléthorique.   81 Scapulaire, froc sans manches.   82 T : Sang  (Si j’en avais un.)   83 T : puisse garder  (Plutôt que de ne pas m’en protéger. « Nous ne vous laisserons en paix, premier que ne nous en ayez dit quelque chose », Amadis de Gaule.)  Cf. le vers 194.   84 Une verge vigoureuse.   85 T : qui plus hazarde  (Nasarder = bafouer : « Battu, nazardé et desrobbé », Rabelais, Tiers Livre.)   86 Ils coïtent. D’où leur surnom de « frères frapparts ». Baude a beaucoup donné dans l’anticléricalisme ; son poème le plus connu, les Lamentacions Bourrien, campe « ung chanoine bien gras » qui joue « en ung mol lict, près d’ung grant feu » avec son fils de deux ans ; il regrette le départ de sa concubine, et se console avec « le bon vin cléret » et « le pot-au-feu ». Le chanoine termine ainsi : « Mon Dieu (dit-il), donne-moy pacience !/ Qu’on a de maulx pour servir Saincte Église ! »   87 T : auoir  (Pour en voir la fin. Mais « bout » ayant un sens phallique, on leur souhaite d’être châtrés par le diable. Un mouvement de marotte pouvait souligner ce vœu pieux.)   88 Une rime masculine serait préférable. Les oies adultes n’ont rien à craindre d’un renard, contrairement à leur progéniture : « Regnarts mengeront maint oison. » Baude.   89 Le pacte est conclu. « Ceste fois, est fait nostre pac. » Les Sotz escornéz.   90 Abuser, suborner.   91 Totalement.   92 Cf. les Gens nouveaulx, vers 45-46.   93 T : sergens  (qui occupent déjà les vers 134 et suivants.)  Les prédicateurs itinérants s’enrichissaient en prêchant la pauvreté. Les Sermons joyeux en font des ivrognes lubriques.   94 Ne sortent pas d’un bordel. « Il alloit de nuyt par ville et en maulvaix et bas lieux. » (Granvelle.) En outre, « chevaulcher ès bas lieux » = coïter (Jehan Molinet).   95 T : darges  (Les soldats se faisaient nourrir et loger gratis par la population.)   96 T : chatz  (qui ne mangent pas de fromage.)  Les ras [rasés] sont les clercs tonsurés. Dans l’argot des coquillards, un « ras » est un homme d’église. On devine un jeu de mots sur rapporteurs et ras porteurs, comme aux vers 115-116 du Roy des Sotz. On attribue à Baude un poème intitulé : Ung homme qui porte sur son doz une hotte plaine de ratz et s’appelle le Rapporteur.   97 Le Parlement de Paris avait élargi les quatre clercs malgré « tous les outrages » dont le roi les accusait. Il s’agissait bien de clercs tonsurés, puisque l’évêque de Paris somma le lieutenant-criminel « de luy rendre lesditz prisonniers comme clercs ».   98 Louis XII allait régulièrement au Palais de justice. Lors de ses crises de goutte, il arrivait à la Grand-Salle sur un petit mulet qui avait gravi l’escalier en trottinant sur des planches inclinées. Pour les basochiens, ce spectacle devait être aussi drôle qu’une sottie.   99 T : seront  (Le présent a valeur de futur, comme au vers 134 et au vers suivant.)  Les changeurs de monnaies trafiquaient sur le Pont-au-Change.   100 Certains couturiers détournaient une part du tissu que les clients leur remettaient. Voir la note 184 du Munyer. Si Cousturié est bien le nom d’un fonctionnaire corrompu (note 145), le public entendit cette ponctuation : « Il n’est plus larron, Cousturié. »   101 Les écoliers.   102 T : sera  (Cherra : futur du verbe choir.)  Plusieurs églises se sont effondrées dans ces années-là, par exemple en Auvergne lors du « tremble-terre » de mars 1490.   103 Attaque indirecte contre les antonins (note 124). Ces moines laissaient divaguer leurs porcs en ville, ce qui gênait les piétons : Baude a consacré un distique aux Porceaulx qui ont répandu ung plain panier de fleurs. La rue qui menait au couvent des antonins était parfois rebaptisée « rue de la Truye-qui-pisse », ou « rue Pisse-truye ».   104 Ne tricheront plus sur les poids et mesures.   105 On rendra justice à chacun.   106 On ne sera plus obligé de les tondre. Les brebis symbolisaient fréquemment les contribuables.   107 T : tousles  (Le pape espagnol Alexandre VI Borgia imposa son despotisme sanguinaire de 1492 à 1503 ; il fut « extrêmement haï du Peuple Romain », dira Agrippa d’Aubigné.)   108 La France comptait sur cette éventuelle pénurie pour voir finir la première guerre d’Italie (1494-1497). Ducats rime avec Lomba(r)ds, comme à 109-110.   109 T : bouront  (Voir la note 64.)   110 À ceci près qu’on les tenait pour des usuriers (vers 110), des empoisonneurs (Jeu du Prince des Sotz, note 33), et des sodomites (tels les « bougres lombars » du Grant Jubillé de Millan). Baude les a souvent critiqués : « Et les nobles emprunteront/ À belle usure des Lombars. »   111 La rime est fausse. Doit-on lire Picards ? Manque-t-il un vers en -ons ?   112 C’est plutôt les Flamands qui auraient pu se plaindre des humiliations infligées par la France. En 1493, le traité de Senlis aplanit les malentendus, mais une certaine animosité réciproque perdura.   113 Un de ces quatre matins.   114 Des meuniers peu scrupuleux alourdissaient leur farine avec de la cendre.   115 Mauvaise.   116 En société, en public.   117 T : ptez  (Au contraire de la vesse, le pet est bruyant : on reconnaît donc le péteur.)  « Ung pet équipolle à deux vesses. » Les Sotz escornéz.   118 Si notre sottie marque le deuxième anniversaire de la moralité censurée en 1486, on évoque ici les trois jours des Rogations, du 12 au 14 mai 1488. (Voir note 6).   119 Fantassins.   120 T : de bruit  (Tintin = tintement. « Le tintin de la cloche », Estienne Pasquier.)   121 Qu’ils ne donneront plus de concerts à l’aube sous les fenêtres d’une belle.   122 T : francois  (Rimeur = poète. Un de ces rimeurs à gages est décrit dans la Réformeresse, vers 238-257.)   123 T : me   124 La grenade était notoirement l’emblème de Maximilien d’Autriche, qui protégea les Hospitaliers de Saint-Antoine (les antonins), et leur permit en 1502 d’arborer sur leur écusson les armes de l’Empire. Ces moines vivaient avec des porcs et se conduisaient comme des cochons : « Chacun a sa femme ou sa mie./ Tout en va par gueule et par ventre,/ L’avoir qui à Saint-Antoine entre./ Ils marient moult bien leurs filles./ Ils ne prisent mie deux billes/ Saint Antoine ni son pouvoir./ Trop conquièrent, trop ont d’avoir,/ Trop souvent déçoivent [ils trompent] les gens. » Guiot de Provins (je modernise sa graphie). Voir la note 103.   125 T : mon seigneur  (Il est d’usage d’appeler les saints monsieur : « Le groing/ Du pourceau monsieur sainct Anthoine. » Le Pardonneur, BM 26.)  Les « pourceaux » étaient les antonins eux-mêmes, à cause de leur goinfrerie : « Les religieux du lieu s’appellent pourceaux de St. Antoine par humilité ; ils sont obligés de faire huit repas ! » Pierre de L’Estoile.   126 T : dedans   127 T : rabesty  (Après l’incendie du 22 juillet 1487, il fallut en réalité plusieurs décennies pour rebâtir complètement la ville de Bourges : ses échevins avaient accaparé 23 000 livres tournois destinées à la reconstruction.)   128 Sur de la paille.   129 Soit repris à la France, qui avait conquis le 27 mai 1487 cette ville flamande unie à la Maison de Bourgogne. Saint-Omer et « les Flammans en servaige » seront libérés par les Bourguignons le 11 février 1489. Nous avons donc le terminus a quo et le terminus ad quem des vers 272-282, qui sont originels d’après le schéma des rimes.   130 Scruter l’avenir en vain. Idem vers 336.   131 On n’en est pas près.   132 Remuer la merde. « Narguer le con et, célébrant le cul,/ Près du coccis travailler la moutarde. » Sénac de Meilhan.   133 T : leur  (On attend qu’il fasse nuit.)  Saint-Omer fut investi par surprise en pleine nuit, à l’insu du « guet qui lors estoit fort négligent » : cette litote du Flamand Molinet dans sa Chronique laisse entendre que les sentinelles étaient soûles.   134 « Si la guerre n’estoit un moyen de voler/ Sans ailes et sans plume, on n’y voudroit aller. » Jacques Du Lorens.   135 Faire un marché de dupes, les sceaux de cire jaune ayant moins de valeur que les sceaux de cire verte.   136 Jeu de mots sur carreleurs [savetiers] et querelleurs.   137 J’ai vu de l’argent français devenir italien. En 1495, Charles VIII remboursa des prêts ruineux à la ville de Florence. Gringore en parle dans la Sotye des Croniqueurs : « Noz escus, muéz en ducas/ Furent. »  138 On a oublié les cafardages. « Je metz les seigneurs en soucy,/ Pour rapporter en Court secrettement. » Baude.   139 T : congnins  (« Connil » désigne le lapin, et le sexe de la femme ; or, chacun savait que les lévriers de Charles VIII dormaient sur son lit, et que le blason de son épouse Anne de Bretagne comportait deux lévriers.)  Conni(l)s rime avec amis.   140 Habile.   141 Avoir un grand nez (comme Charles VIII) empêche de boire dans un gobelet. « Qui a beau nez, il boyt à la bouteille. » John Palsgrave.   142 T ajoute une concaténation des vers 296 et 301 : qui mieulx entent ces motz comprendre   143 On n’a plus mis en pièces personne.   144 T : pourra  (Qu’on ne peut rien trouver à nous reprocher.)   145 Dans cette métaphore couturière, tailler retrouve son sens propre, et reprendre signifie « faire des reprises, retoucher ». Mais les répliques 302-311 et le vers 227 semblent viser un personnage réel : le patronyme « Cousturié » (ou « Le Cousturié ») était fort commun. Les basochiens furent-ils dénoncés au roi par un Cousturié traité de larron dans la pièce de 1486 ?   146 La facture sera salée.   147 De jeu théâtral sans plaisanteries.   148 La chaumière. « Et ne demoura quasi bourde ne maison », Godefroy. Ce mot a donné bordel.   149 T : sery   150 T : en son ce  (Pas plus que le son d’une lime n’a d’harmonie.)   151 T : ma   152 Les Folles entreprises de Pierre Gringore datent de 1505.   153 Méchef, inconvénient.   154 Peine.   155 Qui lèse la tête. Mais dans les allégories, le « chef » désigne le roi.   156 Murmure.   157 Oit, entend.   158 À celui qui n’aurait jamais fait de rapports satiriques.   159 T : neust  (Ce n’est mon = ce n’est pas mon avis.)   160 T : rapporteurs