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UNG JEUNE MOYNE ET UNG VIEL GENDARME

Recueil Trepperel

Recueil Trepperel

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UNG  JEUNE  MOYNE  ET  UNG  VIEL  GENDARME

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« Jehan d’Abundance, bazochien et notaire royal de la ville de Pont-Sainct-Esprit », mourut au milieu du XVIe siècle. Il est surtout connu pour ses farces : le Testament de Carmentrant, la Cornette. On lui attribue la sottie Pour porter les présens à la feste des Roys, et le Disciple de Pantagruel, une parodie de Rabelais.

La présente pièce appartient au genre bien fourni du débat. Les hommes du Moyen Âge, têtus et procéduriers, perdaient beaucoup de temps et d’argent à débattre ou à plaider sur les sujets les plus invraisemblables1. La formation théologique et juridique des écrivains donnait des armes à leur amour de la dispute.

Sources : Édition T : Recueil Trepperel 2, n° 29. Je corrige tacitement les fautes et les lacunes d’après l’édition R : Recueil de plusieurs farces (éd. Nicolas Rousset, 1612), pp. 121-144. Mon but est de produire une version complète et lisible.

Structure : Rimes abab/bcbc, rimes plates, avec 2 triolets.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

*

Le Procès d’ung jeune moyne et d’ung viel gendarme

qui plaident pour une fille devant Cupido, le dieu d’amours

*

À quatre personnages, c’est assavoir :

    CUPIDO

    LA  FILLE

    LE  MOYNE

    LE  GENDARME 3

*

 

                                      CUPIDO  commence                      SCÈNE  I

          À tous amans, mes serviteurs loyaux,

         Tenans de moy par justice royalle,

         Sçavoir je fais qu’à ma Court principalle4

         Comparoissent sans estre desloyaux,

5   Portant aux doys verges, sinetz5, aneaux,

         Rubis, saphirs, turquoyses, dyamans,

         Faisans sonner ménestriéz tous nouveaux6

         Pour se monstrer gens joyeux, esbatans !

         Viennent à moy Bourgui[g]nons et Flamans !

10  Viennent à moy toutes sex[t]es7 du monde !

         Viennent à moy Picars, Bretons, Normans,

         Et toute(s) gens qui en amour se fonde(nt) !

         Viennent à moy ceulx où honneur habonde !

         Viennent à moy sans faire demeur[é]e !

15  Viennent à moy, tous : je tiens table ronde

         Pour les servir de pois et de purée.

             LA  FILLE         SCÈNE  II

         Or suis-je seule demeurée,

          Maintenant : je n’ay point d’amy.

         Et si, n’ay bon jour ne demy.

20  Je pers mon temps et ma jeunesse,

         Ce qui me fait gémir sans cesse.8

         Soulas est de moy fort-bany.

         Mon [gent] corps qui est frais et plany9 ;

         Et quant viellesse orde et chagri(g)ne

25  Aura tout prins en sa saisine,

         N’en tiendra-l’en compte, nenny.

         Mieulx me vault faire tout honni10

         Et prendre en moy désespérance,

         Combien que j’aye encor fiance

30  À Cupido, dieu des amours11 :

         Il fait aux vrays amans aydance.

         J’auray de luy aucun12 secours ;

         Mon fait ira fort à rebours,

         S’aucun petit ne m’en départ13.

35  Sire Cupido, Dieu14 vous gart !         SCÈNE  III

             CUPIDO

         Et vous aus[s]i, gente pucelle !

         Que voulez-vous ?

             LA  FILLE

                                            Je vous appelle,

         À ma grant tribulation.

             CUPIDO

         Et demandez ?

             LA  FILLE

                                     Provision

40  D’amours, car il m’est nécessaire.

             CUPIDO

         Vous estes d’aage pour ce faire,

         Propre, gente, mixte et habille15 ;

         Et me semble, pour une fille,

         Que bien estes appropriée16.

45  Mais n’estes-vous point mariée ?

             LA  FILLE

         Nenny encor, dont ce me poise.

             CUPIDO

         Je vous mariray, ma bourgoise,

         Car vr[a]yement, vous estes en aage.

         Mais les amours de mariage

50  Ne sont pas des plus excellentes.

             LA  FILLE

         Si est-ce une de mes ententes

         Que d’avoir amy nouvelet.

             CUPIDO

         Se vous voulez quelque varlet

         Pour mary, l’aurez voulentiers.

55  Mais je vous diray les dangiers

         Où est une femme boutée :

         Du premier est une rousée

         Qui se passe17 quant vient le chault.

             LA  FILLE

         Comment cela ?

             CUPIDO

                                         Si tost qu’on fault18,

60  Toutes amours si sont faillies.

         Au surplus, quant vient la mesgnie19

         Et qu’il convient estre nourice,

         La plus belle et la plus propice

         Y devient hideuse à merveille.

         [……………………….. -eille]

65  Les draps salles tousjours au lit.

         Vélà comment on s’i conduit.

         Regardez s’il y a dangier.

         Le pire est qu’on ne peut changer,

         Depuis [lors] qu’on est accordé.

             LA  FILLE

70  Veu ce que m’avez recordé20,

         Telle amour ne vault ung formy21 !

             CUPIDO

         Belle, se vous prenez amy

         Par amour, au jour la journée

         Vous serez vestue, aournée22

75  Autant à l’endroit qu’à l’envers.

         Et s’il vous dit riens de travers,

         Adieu jusques au revenir !

         Il ne vous sçauroit retenir

         Contre vostre consentement.

80  Oultre plus, de l’apoinctement23

         Qui se fait à double24 et à quite,

         Vous en serez trèsbien conduite

         Tous les jours, face froit ou chault.

             LA  FILLE

         Cupido, c’est ce qu’il me fault :

85  Je ne requiers que telz plaisances.

             CUPIDO

         Vous yrez aux festes, aux dances,

         Saillir, saulter, bondir en l’air,

         Courir et vous faire valoir25,

         Sans que nulluy [ne] s’i oppose.

             LA  FILLE

90  Las ! je ne requiers autre chose.

             CUPIDO

         Se vous estes en mariage,

         Il fauldra garder le mesnage,

         Avoir des langes et des frettes26,

         Des berseaulx, et tant de souffrettes

95  Que c’est une grande pitié.

             LA  FILLE

         J’aymeroye donc mieulx la moitié

         Avoir amy d’aultre façon,

         Pour me fourrer mon peliçon27,

         Qu’un mary lasche et paresseux.28

             CUPIDO

100  Taisez-vous, m’amye, j’en sçay deulx :

         L’ung est moyne (augustin ou carme,

         Ou jacopin29) ; l’autre est gendarme.

         Ilz sont à pourveoir, ce me semble.

         Vous les verrez tous deulx ensemble,

105  Et puis après vous choysirez.

             LE  MOYNE  commence     SCÈNE  IV

         Povres moynes, gens emmurés,

         Hors du monde, mis en closture,

         Doyvent-ilz estre séparés

         De tous les délitz30 de Nature ?

110  Par Dieu ! je vois31, à l’adventure,

         À Cupido, dieu des amans.

         Et s’il y a quelque pasture32,

         Je v[u]eil estre de ses servans.

         Dieu Cupido, maistre des grans33,       SCÈNE  V

115  Vous soyez en bonne34 sepmaine !

             CUPIDO

         Et vous aussi, mon gentil moyne,

         Vous soyez le bien arrivé35 !

         Tenez, la belle : ay-je trouvé,

         À ceste heure, ung gentil fillault36.

             LE  GENDARME  commence      SCÈNE  VI

120  À l’assault, ribault[z], à l’assault37 !

         C’est commencement de bataille.

         Dieu gard, Cupido ! Bien vous aille !

             CUPIDO

         Gendarme, bien soyez venu !

         Je vous ay long temps attendu,

125  Car j’ay bien cela qu’il vous fault.

             LE  GENDARME

         Je suis prest de donner l’assault38,

         S’il y a quelque jeu de « bille39 » !

             CUPIDO

         Regardez ceste belle fille :

         Est-ce riens ?

             LE  GENDARME

                                 Ouÿ, par saint Jamme !

             CUPIDO

130  A ! par le corps bieu, elle est femme

         Pour recepvoir ung combatant40.

         Et pour ce, regardez contant41

         Qui frappera à la quintaine42.

             LE  GENDARME

         Que demande ce maistre moyne ?

             CUPIDO

135  Il demande en avoir sa part.

             LE  GENDARME

         Allez, vostre fi[è]vre quartaine !

         Vuidez d’icy, frère Frappart43 !

         Et ! voulez-vous estre paillart ?

         Vuidez tost, c’est trop demouré !

             LE  MOYNE

140  Ha ! dictes, par Dieu : j’en auray

         Aussi bien que vous [en] aurez !

             LE  GENDARME

         Se me croyez, vous vous tairez

         Et vuiderez légièrement44.

                                    CUPIDO

         Tout beau ! Faites appoinctement

145  Sans tencer, je le vous commande.

         Çà, ma fille, je vous demande :

         Lequel d’eux voulez-vous eslire ?

             LA  FILLE

         Sur ma foy, Cupido, beau sire,

         Je ne sçay pas trop bien entendre

150  Lequel je dois laisser ou prendre,

         Car chascun est noble personne.

             LE  GENDARME

         Vous serez à moy, ma mignonne,

         Pour estre plus honnestement45.

             CUPIDO

         À vous deulx le département46 ;

155  Il ne m’en chault comment il voise.

             LE  MOYNE

         [Or,] pour estre mieulx à son aise

         S’il luy failloit je ne sçay quoy47,

         Elle seroit mieulx avec moy ;

         Et en doys estre le seigneur48.

             LE  GENDARME

160  Et vous, maistre moine : esse honneur,

         En l’estat de religion,

         D’avoir femme en fruïtion49 ?

         Qu’est cecy que vous sermonnez ?

             LE  MOYNE

         Et ! se nous sommes couronnés50

165  Et moynes, voulez-vous conclure

         Que nous [en] soions séparés

         De tous les délis de Nature

         Comme se nous estions chastrés ?

             LE  GENDARME

         Pour néant cy vous51 débat[r]ez,

170  Car je la merré52 hors ce lieu.

             LE  MOYNE

         Non ferez, j’en fais veu à Dieu53 !

         À cela ne vous attendez54.

             LA  FILLE

         Pour Dieu, Cupido, regardez

         Ung peu à ma provision55.

175  Je requiers eppediction56,

         Il ne me fault point long procès.

             CUPIDO

         Il fault que vous vous avancez57 ;

         Ne la tenez plus en esmoy.

             LE  GENDARME

         Venez-vous-en avecques moy !

             LE  MOYNE

180  Non fera, dea, je m’y oppose !

             CUPIDO

         Se vous ne dictes autre chose,

         Vous empeschez la Court en vain.

             LA  FILLE

         Quant est de moy, vélà mon train :

         Je demande ung gentil gallois58.

             CUPIDO

185  Vous en voulez ung hault la main,

         Prest à vous présenter le « bois59 » ?

             LA  FILLE

         Enné60 ! vélà motz à fin chois61.

         Vous sçavez tout, et plus encor.

             LE  GENDARME

         Je vous bailleray mon trésor,

190  Mon or, mon argent, ma chevance,

         Et vous maineray à l’essor62

         Tous les jours, à vostre plaisance.

         Oultre, ce n’est que l’ordonnance63

         De nous, qui tenons les frontières,

195  Que nous ayons des chambèrières :

         Personne ne s’en scandalise.

             LE  MOINE

         Par Dieu ! quant elle y seroit mise,

         Elle seroit femme perdue :

         Estre tempestée, morfondue64,

200  Cheminer avec la brigade,

         Coucher vestue sur la paillade65

         Avecques ces palefreniers…

         Mais nous qui sommes cloistriers66,

         Nous vivons en paix et sans noise ;

205  Et pour vivre mieulx à son aise67,

         Au monde ne pourroit mieulx estre.

             LE  GENDARME

         Quoy donc ? Moy qui me faicts paroistre68

         Journellement devant les dames,

         Ne doy-je point avoir des femmes

210  Mieulx que vous ? Or respondez donc !

             LA  FILLE

         Vous faictes ung procès si long

         Que c’est raige. Il fault despescher.

         Si, vous supplie, sans plus prescher,

         Cupido, dictes quelque chose.

             LE  MOYNE

215  Je vous auray !

             LE  GENDARME

                                      Je m’y oppose !

         Car vous qui estes gens reclus,

         Vous estes privés et seclus69

         D’avoir femme[s] en posses[s]oire.

             LE  MOYNE

         Je soutiens70 le contradi[c]toire !

220  Et mettez le procès en forme.

             CUPIDO

         Premièrement71 que je m’informe

         Du procès en quelque façon,

         Il fault dire quelque chançon.

         Et puis après, qu’on y revienne.

             LA  FILLE

225  Si vous voulez que je so[u]stienne

         Le « bas », si baillez bon « dessus72 »

         Qui pousse (sans estre Lassuz73)

         Et gringote74 ut ré mi fa sol.

             LE  GENDARME

         Je ne chante75 que de bémol…

             LE  MOYNE

230  Et moy, je chante de bécare76,

         Gros et roide77 comme une barre,

         Quant j’ay ung « dessoubz » de nature.

             LE  GENDARME

         Je ne chante que de mesure,

         Tout bellement, sans me haster.

             LA  FILLE

235  Se vous ne sçavez gringoter

         Dessus mon « bas » de contrepoint78,

         Brief, je ne vous soustiendray point :

         Car je vueil, [moy,] c’on y gringote.

             LE  GENDARME

         Je bailleray note pour note79,

240  Sans d’avantage m’efforcer.

         Et si, ains que80 recommencer,

         Faudra que long temps me repose.81

             LA  FILLE

         Oncque chant où il y a pause

         Ne dénota bonne puissance.

245  Il n’est que chanter à plaisance

         En toutes joyeuses musiques.

             LE  MOYNE

         Quant est d’instrumens organiques82,

         Gros et ouvers pour ung plain champ83,

         J’en suis fourni comme ung marchant84 :

250  Par ma foy, il ne m’en85 fault rien !

             LA  FILLE

         Je vueil ung tel musicien

         Pour fournir une basse contre86 !

                                       LE  MOYNE

         Puis87 une foys que je rencontre

         Unicum88 en ma chanterie,

255  C’est une droicte mélodie

         Et plaisant que de m’escouter.

             LE  GENDARME

         Je ne doubte89 homme pour chanter

         Chant de mesure bien nombré.

             LE  MOYNE

         Ung des vielz chantres de Cambrai90

260  Et vous estes bien assortés :

         Car tout cela que vous chantez

         Est fait du temps du roy Clostaire91.

             LA  FILLE

         Nous dirons vous et moy, beau Père,

         Deux motz à la nouvelle guise92.

             LE  MOYNE

265  Chanson à deux par[s], à voys clère,

         [Nous] dirons vous et moy.

             CUPIDO

                                                          Beau Père,

         Pensez que c’est une commère

         Qui sçait bien « chanter ».

             LA  FILLE

                                                          Sans faintise,

         Nous dirons vous et moy, beau Père,

270  Deux motz à la nouvelle guise.

             Ilz chantent tous deux ensemble :

         « J’ay prins amours à ma devise… »93

             LE  GENDARME

         Vous chantez comme [font] deux ours

         Quant il sentent le vent de bise.

             CUPIDO

         Recommencez […… -ours] !

             Ilz chantent :

275  « J’ay prins amours à ma devise… »

             LE  GENDARME

         Maistre moyne, chantez tousjours,

         Et faictes bien à vostre guise :

         Car voz chants94 tourneront [en plours]95,

         Se je viens à mon entreprinse.

             LE  MOYNE

280  Se vous perdez à ceste assise,

         À l’autre vous [ferez recours]96.

         Allez aillieurs quérir secours,

         Car je vueil chanter sans reprinse97.

             Ilz chantent :

         « J’ay prins amour à ma devise… »

             CUPIDO

285  Or est-il temps qu[e l’]on s’avise,

         De ce procès, qu’il est de faire.

             LE  GENDARME

         Plaidons en procès ordinaire,

         Et mettons la cause à huyttaine98.

             LE  MOYNE

         Non ferez, par la Magdaleine !

290  Je requiers expédicion !

             LE  GENDARME

         Je demende dilation99 !

             LA  FILLE

         Dilation ? Quel capitaine100 !

         Ce n’est pas nostre mencion101

             LE  GENDARME

         Je demande dilation !

             LE  MOYNE

295  J’en auray la pocession ;

         Et puis revenez à quinzaine.

             LE  GENDARME

         Je demande dilation !

             LA  FILLE

         Dilation ? Quel capitaine !

        Et ! n’esse pas chose villaine

300  De se vouloir en procès mettre

         À ung homme, et se dire maistre

         Du fait où on102 ne peult venir ?

             LE  MOYNE

         Quant à moy, je vueil soustenir

         Qu’il a desjà son temps passé,

305  Et qu’il est rompu et cassé

         Pour suivir les amoureux trains.

         Et, qui pis est, le « jeu des rains »

         Ne luy est duisant ne propice.

             LE  GENDARME

         Allez-vous-en, maistre novice,

310  Chanter la messe en vostre église !

         Pourtant, se j’ay la barbe grise,

         Doy-je estre mis a remotis103 ?

         Vous n’estes qu’un jeune aprentis

         Qui ne congnoissez pas telz termes.104

             LA  FILLE

315  Quant ung homme n’a les rains fermes

         Pour jouster et courir la lance105,

         Ce n’est riens que de sa puissance

         À l’encontre d’ung bon escu106.

         Or, veu que vous avez vescu107,

320  Et à bien vous veoir vis-à-vis,

         Vous estes foible, à mon advis.

         Mon oppinion en est telle.

             LE  GENDARME

         Allez vous chier, puterelle !

         Vous sentez la religion108.

325  Mais, par la Saincte Passion,

         S’il advient que vous devez estre

         Avecques ce moyne en son cloistre,

         Il vous en mesprendra du corps.

         Et si, vous en tireray hors,

330  Soit par force, soit autrement.

             CUPIDO

         Procédez résonnablement,

         Sans user de force ou mainmise.109

             LE  GENDARME

         110 voulez-vous qu’elle soit mise,

         Avec ce moyne cloistrier ?

             CUPIDO

335  Je considère le « mestier111 »,

         Qui est pénible en ses ouvraiges.

         Je regarde vos personnaiges ;

         Premier, de ceste jouvencelle :

         Elle est si gracieuse et belle !

340  Oultre plus, le religieulx

         Est jeune, frois112 et gracieulx,

         Et au « mestier » bien disposé.

         En après, il a proposé

         (Ainsi qu’ay entendu de luy)

345  Que vous estes mort et failli,

         Que vous estes foible de reins.

             LE  MOINE

         Ce que j’ay dit, je le maintiens,

         Et le maintiendray par raison.

             LE  GENDARME

         Tout de mesme trotte grison,

350  Et aussi bien comme moreau.113

             LA  FILLE

         Vous ne dictes rien de nouveau :

         Nous ne parlons pas du pellaige,

         Mais de ce qu’estes vieil et d’aage.114

             LE  GENDARME

         Par Dieu ! pourtant, courtoise et saige,

355  Vieil escu vault tousjours son pois115.

             LA  FILLE

         Il n’est feu que de jeune bois.

             LE  GENDARME

         Il n’est aboy que de viel chien.

         Si me prenez à vostre chois,

         Ma mignon(g)ne, vous ferez bien.

             LA  FILLE

360  Par saint Jehan ! je n’en feray rien,

         Se Justice ne m’y condampne.

             LE  MOYNE

         Pensez-vous qu’el(le) soit si insane116

         Et si cocarde117 de vous prendre,

         Veu qu’elle est si gracieuse et tendre118,

365  Miste, gorière119 aux rians yeulx ?

         Et vous les avez chacieulx120

         Ny plus ne moins qu’un chat de may.121

             LE  GENDARME

         Ha ! dieu d’amours, secourez-moy !

         Que doy-je plus cy sermonner122 ?

             CUPIDO

         [Autre conseil ne puis donner,123]

370  Fors que vous voisez seullement

         Vers elle prier doulcement

         Que son amour vous abandonne.

             LE  GENDARME

         Hélas ! je vous prie, ma mignonne,

         Que je ne soye point esconduit :

375  Car sy ce moyne vous conduyt,

         Vous estes femme diffamée.

         Mais de moy vous serez aymée

         Plus que Pâris n’ayma Hélaine.

         Et se vous estes à ce moyne,

380  Tout vostre honneur est desconfit.

             LA  FILLE

         On dit souvent chose certaine :

         Moins d’onneur et plus de prouffit124.

         Car tel qu’il est, il me souffit ;

         Et vous n’estes homme qui fist

385  Ce qu’il fera.125

             LE  GENDARME

                                              À l’aventure,

         Pour aucun des fais de Nature,

         J’ay encore une verte vaine126.

             LA  FILLE

         Ung coup [fait] à la longue alaine127 ?

         Par ma foy, ce seroit grant peine !

390  Si n’esse pas ce qui128 me maine

         En ce lieu que de vous avoir :

         Car vostre puissance est trop vaine

         Pour bien faire vostre devoir.

             LE  GENDARME

         Çà, Cupido : il fault sçavoir,

395  De ce procès, qui gaignera.

             CUPIDO

         Je croy que le moyne l’aura,

         Car vous n’estes point son pareil.

             LE  GENDARME

         Je demande avoir du conseil129,

         Et metz ad octo probandum130.

             LA  FILLE

400  Mais une corde ou ung landon131

         Pour vous attache[r] hault et court !

             LE  GENDARME

         J’auray le terme de la Court,

         Mais qu’il vous plaise, à tout le moins.

         Je vueil produire mes « tesmoingz »132,

405  Et vueil monstrer par voye d’enqueste

         Qu’il est plus licite et honneste

         Qu’elle soit à moy qu’autrement.

             LA  FILLE

         Cupido, faictes jugement :

         Le long procès n’y vault pas maille.

             CUPIDO

410  J’en vois parler, vaille que vaille,

         De133 ce que j’ay veu et congneu ;

         Et puis cell[u]y qui sera gru134,

         Si en prenne une douléance.

         Quant à la première ordonnance,

415  La belle fille icy présente,

         Ce n’est que pour resjouyssance

         D’avoir amours, c’est son enttente.

         Or est-elle mignonne et gente,

         Et de riens el(le) ne se soucie,

420  Fors que d’avoir pour toute rente

         Ung mignon qui bien la manie.

         Ergo, considéré les termes

         Que m’avez ouÿ proposer,

         Ung homme qui n’a les rains fermes

425  Pour néant se doit disposer ;

         Parquoy je luy v[u]eil proposer135

         Ung mignon qui bien la manie136

         De nuyt, et de jour, sans reposer.

         Vélà ce que je sentenc[i]e.

             LA  FILLE

430  Cupido, je vous remercie.

             CUPIDO

         Après que j’ay considéré

         Le fait d’elle totallement,

         Comment je vous ay desclairé

         Cy, devant tous137, en jugement,

435  Je regarde semblablement

         Vous deulx, chascun en sa querelle.

         Celluy qui pourra plainement

         La mieulx servir au plaisir d’elle :

         Primo, ce maistre monachus138

440  Dit qu’il joura ung personnage

         Qui vauldra plus de cent escutz,

         Et se vante de faire raige ;

         Et oultre, dit en son langaige

         Que vostre puissance est faillie.

445  Parquoy il aura l’avantaige.

         Vélà ce que je sentencie.

             LE  GENDARME

         Et ! [de] par la Vierge Marie,

         Vous me faictes ung grant excès !

             CUPIDO

          Vous avez ouÿ mon procès ;

450  Et prenez en gré ma sentence !

             LE  GENDARME

         Je prens ce coup en pacience,

         Combien qu’il ne me plaise pas.

             LE  MOYNE

         Puisque bien avez fait mon cas,

         Cupido, vélà deux ducatz

455  Pour voz peines et vos babis139.

             CUPIDO

         Grates vobis140, grates vobis !

             LA  FILLE

         Quant en aucun débat serons,

         Cupido, nous vous manderons :

        Vous viendrez par-devers nobis.

             CUPIDO

460  Grates vobis, grates vobis !

             LE  GENDARME

         Pourtant, se j’ay esté vaincu,

         Vous aurez de moy cest escu

         Pour entretenir vos habitz.

             CUPIDO

         Grates vobis, grates vobis !

                 EXPLICIT

*

1 Dans la Farce de maistre Trubert et d’Antrongnart, d’Eustache Deschamps, un paysan veut plaider contre un homme qui lui a pris une amande dans son jardin !   2 Ce recueil comporte une pochade en vers de Jehan d’Abundance : les Quinze grans et merveilleuz signes nouvellement descendus du ciel au pays d’Angleterre (n° 26). Elle est suivie d’une très rabelaisienne Lettre d’escorniflerie, en prose.   3 L’homme d’armes, le soldat.   4 Princière. Le Prince des Sots n’aurait d’ailleurs pas renié ce « cri » modelé sur celui qui ouvre les sotties.   5 Verge = bague. Si[g]net = bague ornée d’un sceau.   6 Faisant jouer des musiciens à la mode.   7 Sectes, races, espèces.   8 Leçon de R. T : A leuer de ma forteresse   9 Doux, agréable.   10 R évoque clairement le suicide : Qu’aurois piéçà franchi le pas/ De la mort.  On songe aux Regrets de la belle Heaulmière de François Villon : « Ha ! vieillesse félonne et fière,/ Pourquoy m’as si tost abatue ?/ Qui me tient, qui, que ne me fière/ Et qu’à ce coup je ne me tue ? »   11 T : amans  (Vers 368.)   12 Quelque.   13 S’il ne m’accorde aucun petit secours.   14 Ce mélange de paganisme et de christianisme ne choquait pas : une église de Langon fut dédiée à sainte Vénus. C’est d’ailleurs au fils de Vénus, « à Cupido, dieu d’amourettes », que le franciscain frère Guillebert lègue son âme.   15 Miste [mignonne] et habile.   16 Propre aux choses de l’amour.   17 Qui s’évapore.   18 Qu’on commet une faute.   19 La vie de famille.   20 T : accorde  (Recorder = raconter.)   21 Une fourmi : ne vaut rien.   22 Ornée, parée.   23 Du coït. « Les ungz, par leur fin jobelin [leur persuasion],/ Fournissent à l’apointement. » Guillaume Coquillart, Monologue des Perrucques.   24 T : deux  (À quitte ou double. Cf. Maistre Mymin qui va à la guerre, vers 248.)  Soit on refait l’amour, soit on quitte la partie.   25 Vous mettre en valeur. T intervertit les vers 88 et 89.   26 Des couches.   27 Région poilue de l’anatomie féminine. « Fourby luy as son pelisson/ Maintes fois. » (Les Enfans de Borgneux, F 27.)  Cf. le Gaudisseur, vers 53.   28 Leçon de R. T : Je demande ung tel amoureulx   29 Jacobin. À propos de tous ces moines paillards, v. la Confession Margot, vers 14-15.   30 Plaisirs. (Idem au vers 167.) « Je la baiseray des foys trente/ En faisant l’amoureulx délict. » Le Poulier à VI personnages, LV 27.   31 Je vais. Idem vers 410.   32 De la chair fraîche : une jeune fille.   33 Cupidon imposait sa loi aux dieux les plus importants, comme Jupiter.   34 T : male  (« Dieu vous mecte en bonne sepmaine ! » Mince de quaire, F 22.)   35 Le bienvenu.   36 Garçon.   37 Cette injonction, qu’on trouvait dans le Jeu du Prince des Sotz sous la forme « À l’assault, prélatz, à l’assault ! » paraît issue d’un mystère du XVe siècle, les Actes des Apostres : « À l’assault, diables, à l’assault ! » Tel est l’ordre que Lucifer donne au « dyablotin Panthagruel », dont le patronyme aura la postérité que l’on sait.   38 Le vocabulaire érotique doit beaucoup au lexique guerrier. « Toujours ferme et dispos,/ Il fut vainqueur dans trois assauts. » (Commandant Collier.) Cf. les Premiers gardonnéz, vers 163.   39 De bâton [pénis]. Cf. les Sotz qui remetent en point Bon Temps, vers 92.   40 « Ceulx-là qui sont de plusieurs cons batans,/ Foulz arrogans, se monstrent combatans. » Gratien Du Pont.   41 Estimez content celui…   42 Mannequin contre lequel s’entraînent les cavaliers. « Vous jousterez à la quintaine,/ S’elle s’y vouloit consentir,/ Se vous voulez son con sentir. » Jehan Molinet, le Débat du viel Gendarme et du viel Amoureux. Ce débat offre des similitudes avec le nôtre.   43 Leçon de R. T : a vostre abaye maiste frappart  (Le clerc ne s’appelle pas ainsi, contrairement au cordelier de la Femme qui fut desrobée à son mari <F 23>. « Frère Frappart » est le nom générique des moines paillards : « Ce cordelier, qui estoit ung frère Frappart, embrasé de chaleur naturelle et du désir de luxure. » Pogge+Tardif.)   44 Vous viderez les lieux rapidement.   45 Ce sera plus honnête que d’aller avec un prêtre.   46 Débrouillez-vous pour le partage.   47 Un rapport sexuel. « Lorsque m’amie et moy,/ Tous nuds au lict, faisons je ne sçay quoy. » Ronsard.   48 Le propriétaire. La scène des deux hommes qui se disputent une belle fille évoque celle du Faulconnier de ville, à partir du vers 307.   49 Jouissance. (Leçon de R. T : prouision)   50 Tonsurés.   51 T : Pournent cy vous vous  — R : Pourneant icy  (Pour néant [pour rien] réapparaît à 425.)   52 Je la mènerai.   53 R propose un jurement plus savoureux de la part d’un moine : Je me donne à Dieu !   54 N’y comptez pas.   55 Ce qu’on alloue provisoirement à un plaideur en attendant le jugement.   56 Expédition de mon affaire. Dans les farces, les femmes, qui sont illettrées, déforment le jargon juridique : cf. Colin, filz de Thévot, vers 186-190.   57 T : auancies  (Que vous progressiez.)   58 Un bon amant. « Mon gentil gallois,/ Ailleurs quérir je n’yray mie/ Une “andouille” à faire bons pois. » Parnasse satyrique.   59 Son pénis. Cf. Raoullet Ployart, note 29.   60 Juron féminin.   61 Voilà des mots bien choisis.   62 En plein air, lors de mes déplacements. Voir le vers 199.   63 C’est dans l’ordre des choses.   64 Exposée aux tempêtes et enrhumée.   65 Sur la paille d’une écurie.   66 T : cloistriez  (Qui vivons dans des couvents.)   67 Le « gras chanoine » des Contrediz de Franc Gontier, de Villon, personnifie bien cet éloge du confort et de la luxure dans lesquels se prélassaient les moines conventuels : « Il n’est trésor que de vivre à son aise. »   68 Qui me fais mousser. Leçon de R. T : Et moy beau sire qui fois croistre/ tous les iours deuant les dames   69 Exclus, privés.   70 T : contiens  (Les prêtres de jadis acquittaient une redevance, le couillage, pour avoir le droit d’entretenir une concubine : « Mais oserois-je bien parler de l’infâme tribut qu’on  souloit faire payer aux prestres pour estre dispenséz d’en tenir [autorisés à entretenir des maîtresses], et le nommer par son nom, le couilliage ? » Henri Estienne, Apologie pour Hérodote, XXI.)   71 Avant.   72 Le vocabulaire musical se prêtait à des incartades érotiques. La Fille assure le « bas » (cf. les Femmes qui font renbourer leur bas), et l’homme improvise le « dessus ». On trouvera les mêmes détournements dans une chanson de Pierre Bergeron : « Je pris le dessus, non sans rire,/ Et ma maistresse le dessous./ Nous commençasmes par nature/ Nos sons et accords tout exprès ;/ Et, las de battre la mesure,/ Je finis en bémol [débandade] après. » Cabinet satyrique.   73 Je prends ce vers et le suivant dans R.  (T offre de ce distique une lecture moins claire avec une rime du même au même : Car aucuneffois sans dessus/ Mauuais chantre est par ung desol.)  L’éditeur de 1612 place là un clin d’œil à Roland de Lassus, qui composa plusieurs chansons grivoises, dont la célèbre Fleur de quinze ans, sur un poème de Marot.   74 R : grignote  (Gringoter = chanter. Mais aussi, coïter : « C’est ung plaisant esbatement/ De ce bas clicquant instrument,/ Qui si bien tamboure et gringote. » Molinet, Débat <v. note 42>.)   75 Copule. « Les gens mariéz, par despit, disent qu’ils chantent leur première messe sur “l’autel velu”. » (Béroalde de Verville.) « Bé mol » est la prononciation normande de « bois mol » : pénis mou. Voir la note 72.   76 Prononciation normande de « bois quarre » : pénis dur. J.-J. Rousseau a donné l’étymologie du bécarre : « On l’appella B dur ou B quarre, en Italien B quadro. »   77 Leçon de R. T : Hault et gros   78 En épousant ma ligne mélodique.   79 Coup de reins pour coup de reins.   80 Avant de.   81 Ces 3 vers proviennent de R. T : Tout bellement sans me haster <reprise de 234>/ Et pensere aucuneffois <sans rime>/ Sil est besoing en une clause   82 T : organistes  (Jeu de mots sur l’organe viril.)   83 Jeu de mots sur « plain-chant ». Le « champ » est la partie de la femme qu’il faut labourer : « La sibylle aussitôt dans sa chambre le mène,/ Et lui montre le champ de l’amoureux déduit. » Robbé de Beauveset.   84 J’en ai à revendre.   85 T : nem — R : s’en  (Il ne me manque rien.)   86 Une partie basse contre la mienne. « [Merlin] jouoyt le dessus et trouvoit la basse contre toute preste. » Chroniques gargantuines.   87 T-R : Depuis   88 Jeu de mots sur « uni  con » : vulve lisse. (R : Unisson)   89 Redoute.   90 Ces chanteurs, dépositaires de la tradition grégorienne, passaient alors pour de vieilles barbes. « C’estoyt chose mervelleuse de nous ouÿr accorder noz mélodieuses voix (…), non point sy armonieusement comme font les chantres de Cambray ou Paris, combien touttefoys quasi taliter qualiter [presque aussi bien qu’eux]. » Nicolas Loupvent.   91 Clotaire II, né à Cambrai en 584, symbolisait l’ancien temps. « Il a [des] esperons du temps au roy Cloutaire, dont l’un n’a point de molette. » Quinze Joyes de Mariage.   92 Selon la dernière mode.   93 Ce rondeau est publié dans le Jardin de Plaisance (folio 71 r°). On le chante notamment dans la farce des Amoureux qui ont les botines Gaultier (F 9), et dans le Débat de Molinet <v. note 42>.   94 T : champs   95 T : enpleurs   96 T : seres resours  (Vous déposerez un recours lors d’autres assises.)   97 Sans être repris, sans reproche.   98 Remettons la sentence à huit jours de là. Le Gendarme cherche à gagner du temps.   99 Un report. La Fille, peu faite au jargon juridique (note 56), traduit « dilatation » : érection.   100 Citation narquoise d’un autre débat, « prouffitable pour instruire jeunes filles à marier », l’Embusche Vaillant : « Et dit-on : “Dieu, quel capitaine/ Pour faire armes ou grant conqueste !” »   101 Ce qu’on nous a dit.   102 T : il  (De la dilatation à laquelle on ne peut parvenir.)   103 À l’écart. « Ailleurs, en quelque pays a remotis. » Pantagruel, 7.   104 R : Les vieux sçavent d’amour les termes.   105 Leçon de R. T : ung coup la lance  (Courir la lance = copuler : « Elle se coucha, et luy emprès d’elle. Il n’eurent guères esté couchéz, et plus couru d’une lance. » Cent Nouvelles nouvelles.)   106 L’écu, bouclier contre lequel frappe une lance, désignait le sexe de la femme. Cf. le Trocheur de maris, vers 191.   107 Que vous avez longtemps vécu, que vous êtes vieux.   108 Vous puez le moine.   109 Leçon de R. T ne rime pas : Car iustice vous sera tinse   110 T-R : Et  (Jeu de mots sur la main mise.)   111 Le bas métier, le coït.   112 Frais.   113 Un cheval à poils gris <v. le vers 311> court aussi vite qu’un cheval à poils bruns. J’adopte la lecture de R ; T réduit ces 2 vers à : Aussi bien trotte grison que moreau   114 Leçon de R. T remplace ce vers par : mais tant seullement pource que laage/ vous surmonte cest une fois   115 Un écu déprécié vaut malgré tout son poids en or. On assiste à une bataille de proverbes.   116 T : besiaune  (Insane = folle. Rime avec « condamne ».)   117 Coquard = sot.   118 T-R : gente   119 Mignonne (vers 42), élégante.   120 « Les yeulx chassieux, couilles flastries et victz geléz. » J. d’Abundance, Lettre d’escorniflerie, T 26.   121 Leçon de R. T : Comme ung poure chat de may  (Les chats nés au mois de mai n’avaient aucune valeur : « Et dois sçavoir, si tu es bon devin,/ Que chatz de May ne vallent une puce. » J. Molinet, Débat d’Avril et de May.)   122 Que dois-je dire de plus ?   123 Vers manquant. « Autre conseil ne vous puis donner, fors laisser joindre voz gens. » Thrésor des Amadis.   124 Cet « axiome de Normandie », comme l’appelle Béroalde de Verville, se lit notamment dans la farce des Chambèrières (F 51).   125 Leçon de R. T : & brief de vous ie ne vueil point/ Car vous nestes point quil me fit/ Ce quil me feroit   126 Une raide verge (lat. vena). « –Il a jà une verte vayne./ –Au moyns serez-vous bien joyeuse/ Quant ma queue verte sentirez. » Les Femmes qui se font passer maistresses, F 16.   127 En faisant durer le plaisir. « Pauline, qui n’estoit pas mal contente de ce long travail, s’estonnoit de la longue haleine de son piqueur. » (Bandello+Belleforest.)  Quoi qu’en disent des personnes mal informées, « coup » avait la même acception libre qu’aujourd’hui : « Ung jeune fils qui se fiança,/ À sa fiancée emprunta/ Ung coup sur le temps advenir. » (Sermon joyeux d’un Fiancé.) Cf. Frère Guillebert, vers 90.   128 T : quil   129 Un avocat.   130 Je remets « la cause à huitaine » (vers 288).   131 Une corde de charpentier.   132 Exhiber mes testicules. (Cf. Frère Guillebert, vers 354.)  Avec le même double sens érotico-juridique, les basochiens disaient aussi : « Mettre les pièces dessus le bureau. » Quant aux plaideurs, on les nommait « les parties ». Tout ces termes ambigus simplifiaient la vie aux avocats qui rédigeaient des causes grasses, plaidoiries carnavalesques d’une touchante obscénité. Le jugement de Cupidon (vers 414-446) est lui-même une cause grasse.   133 D’après.   134 Grup = condamné. « Son procès va donc à rebours,/ S’il est grup. » (Mistère de la Passion.) C’est un mot d’argot : « Car qui est grup, il est tout roupieulx [honteux]. » (Villon, Ball. en jargon, VII.)   135 T : disposer  (Rime précédente.)   136 T : maine  (Même vers que 421.)   137 T : toutes   138 Moine.   139 Babils, plaidoiries.   140 Merci à vous. On prononçait « grattez vos bis » : grattez vos sexes, masturbez-vous parce que vous n’aurez rien d’autre. « [Nous en sommes] quites pour un grates vos bis. » (Marchebeau et Galop, LV 68.)  Bis = vulve : « La belle fille entre les bras,/ Et river le bis à plaisance,/ Dix foys la nuyt. » Sottie de Folle Bobance.

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LE GENTIL HOMME ET SON PAGE

Manuscrit La Vallière

Manuscrit La Vallière

 

 

*

LE  GENTIL   HOMME  ET   SON  PAGE

*

 

Ce dialogue normand, composé après le mois d’octobre 15251, campe un nobliau famélique et mythomane, contredit par un valet insolent qui a malgré tout de l’affection pour lui, oscillant entre Sancho Pança et Figaro. On trouvait le même couple bancal dans Légier d’argent (F 25), et des emprunts à cette farce fourmillent dans le présent dialogue.

Source : Manuscrit La Vallière, nº 10.

Structure : Rimes plates, avec 1 triolet.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

 

*

 

Farce joyeuse à deulx personnages, 

 c’est asçavoir

ung Gentil homme

et son Page

lequel devient laquès

 

*

 

                                     LE  GENTIL  HOMME  commence

            Mon page !

             LE  PAGE

                                     Qui fut et n’est plus.

             LE  GENTIL  HOMME

           Pourquoy ?

             LE  PAGE

                                   Je veulx changer de maistre2.

             LE  GENTIL  HOMME

           La raison ?

             LE  PAGE

                                  Vous estes reclus3.

             LE  GENTIL  HOMME

           Mon page !

             LE  PAGE

                                   Qui fut et n’est plus.

           [………………………………. -us

           ……………………………….. -estre.

                                        LE  GENTIL  HOMME

5   Mon page !

             LE  PAGE

                                  Qui fut et n’est plus.]

             LE  GENTIL  HOMME

           Pour quoy cela ?

             LE  PAGE

                                          Je veulx changer de maistre.

             LE  GENTIL  HOMME

           Beaucoup de bons tours puys congnoistre,

           Que t’ay monstré le temps passé.

             LE  PAGE

           Vous chûtes par une fenestre,

10   À la montre4, et fustes cassé.

             LE  GENTIL  HOMME

           Pource que j’estoys espassé5

           Et hardy en une bataille,

           On m’a cassé6 ; car on me baille,

           Le temps avenir, plus grand charge.

             LE  PAGE

15   Vous avez beau mentir ; que per-ge7 ?

           Car je cuyde, pour abréger,

           Que vous estes hors de danger

           De rien prendre8 à l’argent du Roy.

             LE  GENTIL  HOMME

           Tient-on pas grand conte9 de moy,

20   Quant je suys parmy les seigneurs ?

             LE  PAGE

           Ouy dea. Mes ce sont les greigneurs10

           Avec qui je vous vis jamais

           Que le Fin-Vergus11 de Beauvais,

           Monsieur du Croq, Hape-Gibet,

25   Qui ont tant usé de débet12

           Et trouvé13 chose[s] non perdus :

           Yl ont esté tous troys pendus

           Par le prévost des mareschaulx.

                                         LE  GENTIL  HOMME

           Viençà, viençà !

           Nombrerès-tu bien les monceaulx

30   Des cors que j’ey mys à [la] fin14 ?

             LE  PAGE

           Ouy dea ! ouy dea ! Se j’avois un coffin15

           Des poulx qu’avez mys à [la] mort16,

           Yl en seroyt plain jusque au bort,

           Et fût-y grand comme un boysseau.

             LE  GENTIL  HOMME

35   M’a[s]-tu pas veu porter l’oyseau17,

           Et tenir train de gentillesse18 ?

             LE  PAGE

           [L’oyseau ?] Ouy dea, par hardiesse :

           Mais c’estouent poulès19 dérobés.

           LE  GENTIL  HOMME

           Touchant joueurs de cartes et de dés,

40   En vis-tu onc[ques] en ta vye

           Un mieulx prisé en seigneurye20,

           N(y) un plus beau joueur que je suys ?

           Car certainnement, je poursuys

           Tousjours le train des gentis hommes.

             LE  PAGE

45   Jamais vous n’y perdîtes grans sommes

           En un jour de vostre vivant :

           Car jamais je ne vous vis vailant

           Troys soublz que vous n’en dussiez sis21.

             LE  GENTIL  HOMME

           Je ne sçay plus comme je suys ;

50   Mon varlet se moque de moy.

             LE  PAGE

           Non fais, je vous promais ma foy.

           Mais je ne me puys convertir22

           À vous ouïr sy fort mentir

           Et vous gorgier23 en ce poinct.

             LE  GENTIL  HOMME

55   Or viençà ! Ne te souvient-y poinct

           Que j’entris sans plus d’atente

           Vailamment [de]dens une tente

           Où je conquestis une enseigne24 ?

           Et sy, je prins un capitaine

60    Et deulx pièces d’artillerye.

             LE  PAGE

           [Et] où fusse ?

             LE  GENTIL  HOMME

                                        Dens une tente.

             LE  PAGE

           Où ?

             LE  GENTIL  HOMME

                        Dens une tente.

             LE  PAGE

                                                       [Où bien vite

           Avez fuy ?

             LE  GENTIL  HOMME ]

                                 Une bonne fuyte

           Vault mieulx c’une mauvaise atente25.

             [LE  PAGE]

65   Quant de cela, je n’en sçay rien.

           Mais vrayment, y me souvient bien

           Qu’à la Journée des Esperons26,

           [………………………. -ons,]

           Vous fuÿtes dens ung fossé.

           Et puys quant tout fut [d]éblocé27,

70   Vous [ac]courûtes au pillage28.

           LE  GENTIL  HOMME

           Tant tu me fais de dommage,

           De desplaisir et destourbier29 !

           Et sy tu me vouloys un petit suplier

           Et me coloquer30 en tous lieux,

75   Tu t’en trouverès beaucoup mieux :

           Je te pourvoyerès devant tous.

             LE  PAGE

           Je vous emprie, prenez pour vous

           Des biens, sy en povez avoir31 ;

           Garde n’avez de m’en bailler,

80   Ce croi-ge, sy n’en avez d’aultres.

             LE  GENTIL  HOMME

           Y fauldra que je vous épiaultres32,

           Sy de bref vous ne vous changez !

             LE  PAGE

           Y fauldra bien que vous rengez33,

           Ou que vous vous servez vous-mesmes !

             LE  GENTIL  HOMME

85   Tu sçays bien que tu es à mesmes34

           De tout mon bien d’or et d’argent.

           Tu congnoys tout entièrement,

           Maistre et seigneur de mes mugos35

           –Et tu m’entens bien en deulx mos36.

             LE  PAGE

90   Le deable emport qui [ne] vous vit

           Jamais que des gros [sans crédit]

           Qui courent parmy ces maraus37 !

           Vous n’avez jumens, ne chevaus,

           Ny habis qui ne souent en gage38 ;

95   Vostre chemyse est de louage.

           Et sy39, vous fault ung serviteur !

             LE  GENTIL  HOMME

           Tu says bien que tu es menteur :

           J’ay troys ou quatre nobles fieulx40,

           Et de la terre en plusieurs lieux.

100   Parmy les dames, qui [m’en croyt41,

           Quant auprès d’elles on me voyt,]42

           Je ne say aux-quelles entendre.

             LE  PAGE

           Il est bien vray que je vous vis prétendre,

           En un soeir43, au cler de la lune,

105   De coucher avec[que] que[l]que une

           Qui d’une main estoyt manquete44 ;

           Et vous eng[ign]a d’une pouquete45

           La galande, et revîntes tout nu46.

            LE  GENTIL  HOMME

           Voylà pour toy bien mal congneu

110   Le bon plaisir que je t’ay faict.

           Je t’ay acoustré, en effaict,

           Depuys l’espasse de dix ans.

           Voylà le train des bons enfans,

           Maintenant : ne congnoyssent rien.

             LE  PAGE

115   Sy vous ay-ge faict plus de bien

           Que vous ne m’avez déservy47.

             LE  GENTIL  HOMME

           Ne soyons poinct icy messuy48.

           As-tu poinct veu mon estan ?

             LE  PAGE

           Ouy, ouy, [et] les neiges d’anten49 !

120   (Y n’a ny estan, ne clapier50 :

           C’est ung grand fossé de bourbier

           Où sont gregnouiles et mûrons51.)

             LE  GENTIL  HOMME

           Que dis-tu ?

             LE  PAGE

                                   Je dis Monssieur que : « Les hérons

           Vous [y] ont faict un grand dommage52. »

             LE  GENTIL  HOMME

125   Vers quel costé ?

             LE  PAGE

                                           Vers le rivage.

           Yl ont gasté le petit fieu.

             LE  GENTIL  HOMME

           Je t’en croy bien, page, par Dieu :

           Sy avoyt-y force pouesson53.

                                     LE  PAGE

           Il y en y a autant c’un ouéson

130   Porteroyt bien dedans son bec.

                                     LE  GENTIL  HOMME

           Mon grand muret […….. sec],

           Combien contient-y bien de tour ?

                                     LE  PAGE

           Autant qu’on feroit, de ce jour,

           À boyre chopine de vin.

135   (Y n’a terre, vigne, ne vin54 :

           Je dis vray, par saincte Marye !)

                                    LE  GENTIL  HOMME

           Que dis-tu ?

                                    LE  PAGE

                                 [Que] vostre prarye

           Contient envyron quatre lieux55.

                                    LE  GENTIL  HOMME

           A ! tu as dict vray, semydieux56 :

140   Yl y sont à la grand mesure.

           Quans herpens57 ay-ge de pasture ?

                                    LE  PAGE

           Envyron III ou IIII cens.

                                    LE  GENTIL  HOMME

           Qui ne te croyt, y n’a pas sens.

                                    LE  PAGE

           (Ouy, bien autant de sens, je dis,

145    Que sur la queue d’une souris.)

                                    LE  GENTIL  HOMME

           Tous mes grains, où seront-y mis ?

                                     LE  PAGE

           y seront ?

                                     LE  GENTIL  HOMME

                                   Ouy, ouy.

                                     LE  PAGE

                                                      Cheux vos amys58 !

           Et me semble qu’i seroyt bon

           De les mectre en un mulon59,

150   Près du grenier où est le foing.

           (Par ma foy ! y n’a pain ne grain

           Qu’i séroyt60 mectre en sa gorge.

           Je dis vray, par monsieur sainct George !)

                                     [ LE  GENTIL  HOMME

           Mon avoynne61 est-elle battue ?

                                     LE   PAGE

           Par] ma foy, je ne l’ay poinct veue.

155    (El est d’une estrange couleur !

           D’avoynne ? Vouélà grand douleur.

           Je ne say qui luy eust baillée :

           Y n’en a pas une escullée62,

           De cela je suys bien certain.)

                                    LE  GENTIL  HOMME

160   Et du reste de l’autre grain,

           Nous en avon à grand foyson ?

                                    LE  PAGE

           Ouy dea, assez et de raison,

           Ma foy, Monsieur, pour nostre année.

                                    LE  GENTIL  HOMME

           Viençà, page ! Ceste journée,

165   As-tu pas veu mes grans chevaux63 ?

                                    LE  PAGE

           Ouy, ma foy, Monssieur : y sont beaux.

           Y les faict bon vouèr à l’estable.

           (Des grans chevaulx ? Yl a le deable !

           Y n’a que de vielles jumens

170    Qui n’ont aux g[u]eulles nules dens :

           Vouélà tous les chevaux qu’il a.)

                                    LE  GENTIL  HOMME

           Page, viençà ! Qui me bailla

           Ce cheval qui est à ma femme ?

                                   LE  PAGE

           Ce fust le roy, Monssieur. (Mon âme !

175   Comme y baille de la bigorne !

           C’est un viel cheval qui est borgne,

           Et n’est c’une vielle carongne

           De jument à qui les os percent ;

           Le cul et les jambes luy herchent64

180   De malle fine povreté.)

                                 LE  GENTIL  HOMME

           Viençà, page ! Suy-ge monté,

           À ton advis, à l’avantage65 ?

                                 LE  PAGE

           Ouy Monssieur, [ainsy] comme [un] page

           Qui va à pié le plus66 du jour.

                                 LE  GENTIL  HOMME

185   Je ne doibtz pas avoir de pa[o]ur67,

           Quant je me trouve en quelque assault.

           Page !

                                LE  PAGE

                         Monssieur ?

                                LE  GENTIL  HOMME

                                               Pren mon courtault68 :

           Je te le donne pour ton étrène ;

           Le tien te faict par trop de peine,

190  Car y me semble par trop las.

                                LE  PAGE

           Grand mercy, Monssieur ! Et ! quel soulas !

           Je me doys bien réconforter.

          (S’il en avoyt pour le porter

           Luy-mesmes, le povre cocu,

195   De XX soublz69 ou d’un povre escu,

           Pensez-vous qu’i feroyt du maistre ?)

                               LE  GENTIL  HOMME

           Page !

                                LE  PAGE

                         Monssieur ?

                                LE  GENTIL  HOMME

                                                  Y te fault estre

           Dedens un moys en Angleterre.

                                LE  PAGE

           Et pour quoy faire ?

                                LE  GENTIL  HOMME

                                                Tu m’iras querre

200  Douze haquenés70 à Hantonne,

           Que le roy [des] Engloys me donne ;

           Y valent bien, chascun, cent frans.

           Tu luy mairas71 mes chiens courans

           Pour coupler avec ses lév(e)riers.

                                LE  PAGE

           Ouy, par ma foy !

205   (Y n’a que des chiens à bergers,

           Tous aussy velus c’une vache ;

           Et sy, ont l’oreille aussy flache

           Et aussy mole c’une trippe.)

                                LE  GENTIL  HOMME

           Que dis-tu ?

                                LE  PAGE

                                  Que c’est [de] la tippe72,

210   Monssieur ? Voulez-vous qu’on luy maine ?

                                LE  GENTIL  HOMME

           Laquelle esse ?

                                LE  PAGE

                                       C’est Marjollaine,

           [C’est] la plus belle du tropeau.

           (Par ma foy ! on luy voyt73 la peau,

           Tant est morfondue et rongneuse.)

                                LE  GENTIL  HOMME

215   Que dis-tu ?

                                LE  PAGE

                                 Elle est plaisante y amoureuse74,

           Ceste chienne, la plus du monde.

                                LE  GENTIL  HOMME

           Et ! c’est cela où je me fonde.

                                LE  PAGE

           Voulez-vous qu’el y soyt menée ?

                                LE  GENTIL  HOMME

           Ouy dea !

                                LE  PAGE

                              [Sy elle n’est]75 traînée,

220   Ceste chienne va sy à loysir

           Qu’à peine poura’le suyvir76

           Un cheval sy tost que le pas

           –Entendez-vous ? je ne mens pas–,

           Tant [elle] est vilaine, orde et salle.)

                                 LE  GENTIL  HOMME

225   Page !

                                 LE  PAGE

                           Monssieur ?

                                 LE  GENTIL  HOMME

                                                   Dedens ma salle77,

           Y faict-y pas maintenant beau ?

                                 LE  PAGE

           Ouy de[a], Monssieur, tout de nouveau78

           [Vous] l’avez faict paindre, pour seur.

           (Mais quelle salle ! c’est hideur :

230   Il n’en a poinct, que sa chemise79 ;

           C’est celle-là dont y devise

           Et de quoy il entent80 parler.)

                                 LE  GENTIL  HOMME

           Page !

                                 LE  PAGE

                         Monssieur ?

                                 LE  GENTIL  HOMME

                                                 Va-moy seller

           Mon courtault, qui est à l’estable !

                                 LE  PAGE

235   Vostre courtault81 ? (De par le deable !

           Je n’en sache poinct qui vous hète82,

           Que celuy de vostre brayète,

           Qui vous donne bien du tourment…)

                                  LE  GENTIL  HOMME

           Page !

                                  LE  PAGE

                         Monssieur ?

                                  LE  GENTIL  HOMME

            Aproche-toy légèrement !

240   Et ! tout le temps que me83 servy[s],

           –Je me croy bien à ton avis84,

           [Dis-moy le vray, par ton serment]–,

           T’ai-ge pas payé ton paiment

           Vaillamment, par chascun cartier85 ?

                                 LE  PAGE

           Y n’a poinct falu de papier

245    Pour en escripre la quictance !

           (J’en tiens86 encores sans doubtance

           Tout ce qu[e j’]en receus jamais.)

                                 LE  GENTIL  HOMME

           Gens qui ont serviteurs parfaictz

           Les doibvent bien entretenir.

                                 LE  PAGE

250    Mais leur laisser tout leur[s] aquestz

           Vailamment, sans rien retenir.

           Je vous suplye, alons-nous-ent87

           Bien tost ; parton légèrement,

           Et laissez ceste vanterye

255   Dont estes plain : c’est moquerye

           [Que] de vous et de vostre affaire.

           Adieu, ne vous veuile desplaire88 !

 

                                                     FINIS

*

 

1 André Tissier : Recueil de farces, tome 10, pp. 187-189. Droz, 1996.   2 D’après le titre, il veut devenir laquais [valet d’armée]. Un page ne restait jamais dix ans <vers 112> dans cette fonction peu lucrative, et surtout, réservée aux enfants : car un page devait être le modèle réduit de son maître, comme en témoigne l’eau-forte de Jacques Callot intitulée un Gentilhomme et son Page (1617).   3 Cloîtré : la misère lui interdit toute vie sociale.   4 En regardant défiler la troupe. Il faisait donc partie des badauds, et non des soldats qui paradaient.   5 Loin de mes camarades (qui étaient restés en arrière).   6 Cassé aux gages, révoqué sans solde. Il fait semblant de mal comprendre le « cassé » du vers 9, qui se rapportait à ses fractures.   7 Vous mentez pour rien ; qu’ai-je à perdre ?   8 LV : perdre  (Vous ne risquez pas d’être payé par l’État, contrairement aux militaires.)   9 Jeu de mots involontaire sur « tenir compte » et « tenir des contes » [se livrer à des racontars].   10 Les plus importants.   11 Fin-verjus est un savetier alcoolique et roublard (F 33, T 11). Le croc est le crochet des tireurs de bourses, et un outil pour crocheter les serrures : « Successeurs de Villon en l’art de la pinse et du croq. » (Marot.) Happe-gibet est synonyme de brigand, meurtrier et voleur (les Épithètes de M. de la Porte). Bref, le Gentilhomme ne fréquente que du gibier de potence.   12 Des reconnaissances de dettes. (Lat. debet = il doit.)   13 Euphémisme pour « volé ».   14 Parviendrais-tu à compter les ennemis que j’ai tués ? « Je ne cognois deux ne trois tant soyent puissans hommes que (il) ne les eust bien mys à la fin. » A. de La Sale.   15 Un couffin, une corbeille.   16 Forme attestée : « Furent jugés & mys à la mort. » Brut. Cf. Troys Gallans et Phlipot, vers 422.   17 Le faucon, que les nobles portaient sur leur poing quand ils chassaient. Cf. le Faulconnier de ville.   18 Le train de vie de la Noblesse (vers 43-44).   19 C’étaient des poulets.   20 Parmi les seigneurs, qui jouaient gros jeu.   21 Vous n’avez jamais eu trois sous vaillants sans en devoir six.   22 Résoudre.   23 Vous rengorger, vous vanter.   24 Un étendard dans une tente de l’ennemi.   25 « Le proverbe qui dict qu’une bonne fuitte vaut mieux qu’une mauvaise attente. » (Straparole.) Pour garder ce proverbe intact, notre auteur a dû introduire un quatrain abba.   26 LV : alemans   Le 20 mai 1525, la « guerre des Boures » (ou des Rustauds) donna lieu à la bataille de Scherwiller : les soldats lorrains (renforcés par quelques gentilshommes français) battirent l’armée des paysans luthériens allemands. Mais aucune « Journée des Allemands » n’est connue sous ce nom. La seule « journée » qui avait marqué les esprits, c’est la Journée des Éperons (bataille de Guinegatte, 16 août 1513), lors de laquelle les soldats français avaient pris la fuite, à l’instar de notre Gentilhomme : cf. l’Avantureulx, vers 408 et note 42. Remarquons d’ailleurs que ce vers 67 n’a pas de pendant : on ignore s’il rimait en -ans ou en -ons. Il est probable qu’un des premiers copistes a modifié ce vers en songeant au traité de Moore (30 août 1525), sur lequel la France comptait encore en octobre pour établir une paix durable avec la perfide Albion ; plutôt que de rappeler aux Normands, déjà furieux contre ce traité, qu’Henri VIII d’Angleterre était en plus le vainqueur de Guinegatte, il valait mieux détourner l’attention populaire sur des vaincus allemands.   27 Quand le blocus fut levé. « Les habitans commencèrent à débloquer et sortir. » Godefroy.   28 Comme un vulgaire troupier : « Plusieurs soldats accoururent de tous costéz, (…) chacun accourant au pillage. » (Le Mercure françois.)  Les combattants français de Guinegatte guerroyèrent surtout contre des poules : « Actes de batailles/ Font contre poulailles/ Noz gens. » (G. Cretin, Lascheté des gensd’armes de France à la Journée des Esperons.)   29 De contrariété.   30 Me mettre en bonne place. Il demande à son page de le valoriser devant les gens, comme le gentilhomme de Légier d’argent (v. notice) : « Jaquet, tu me fais plaisir/ Des biens que vas disant de moy. »   31 Rime normande avèr / baillèr.   32 Fracasse. « Courbatu, espaultré et froissé. » Rabelais, Quart Livre, 14.   33 Que vous vous corrigiez.   34 Gérant. « Je vous mettray à mesme mes biens, où vous pourrez puiser et prendre tant de richesse comme il vous plaira. » Amyot.   35 LV : tresors  (En Normandie, mugot = trésor <cf. Godefroy>. « Nous trouvasmes force trésors inutiles ; nous descouvrismes (…) le beau et ample mugot de Molan. » Satyre Ménippée.)   36 À demi-mot : je n’en dis pas plus pour ne pas révéler où ils sont cachés.   37 Des pièces dévaluées qui ont cours chez les vauriens que vous fréquentez. « De toutes receptes,/ Je ne sache c’un gros qui court. » Le Poulier à sis personnages (LV 27).   38 Qui ne soient hypothéqués.   39 Pourtant.   40 Fiefs. Idem à 126.   41 Si vous m’en croyez. Cf. le vers 143.   42 LV : plus est / ne me croyent pas la on y me vouent   43 Un soir.   44 Manchote.   45 Elle vous escroqua d’une bourse.   46 Sans argent. Galande = galante : cf. la Réformeresse, vers 89.   47 Payé de retour. « Jamais je ne pourroye/ Vous desservir les biens que me donnez. » Charles d’Orléans.   48 Maishui, indéfiniment. « Despeschez donques !/ Je ne veuil estre icy messuy. » (L’Oficial, LV 22.) Entre la rubrique et le vers 117, LV a intercalé des pattes de mouches sans rime ni rythme : Vienca nen parle iamais   49 De l’an passé. Clin d’œil à Villon : « Mais où sont les neiges d’antan ? »   50 Ni étang, ni monceau de pierres. Les vers 118-161 sont à rapprocher de ceux où Messieurs de Mallepaye et de Bâillevant font l’état des lieux de leurs domaines en ruines (vers 247-249). Beaucoup d’autres thèmes sont communs à ces deux dialogues.   51 Des grenouilles et des mûriers-ronces.   52 En exterminant les grenouilles dont vous vous nourrissez.   53 Beaucoup de poisson.   54 Rime dupliquée, qu’on pourrait remplacer par « grain » ou « foin ».   55 4 lieues normandes = 17,7 km.   56 Atténuation de « si m’ait Dieu » [si Dieu m’aide].   57 Combien d’arpents.   58 Chez les affamés avec qui vous frayez. La formule annonce le « cheulx mes amys » des Troys Gallans et Phlipot, v. 442.   59 D’en faire une meule : « Deux petiz mullons de blé. » (Godefroy.) Mais le page parle-t-il des grains, ou des amis de son maître ?   60 Qu’il saurait, qu’il pourrait.   61 À la place du fragment que j’ajoute entre crochets, le copiste a écrit puis biffé : davoynne   62 De quoi emplir une écuelle.   63 Ceux qu’on utilisait à l’armée. De là vient l’expression : « Monter sur ses grands chevaux. »   64 Se traînent.   65 Ai-je une bonne monture ? M. de Mallepaye (vers 176) s’en inquiétait déjà.   66 La plus grande partie. Cf. Légier d’argent (v. notice) : « Et par deffault d’une jument,/ Il va à pié le plus souvent. »   67 De peur, puisque j’ai un bon destrier.   68 Cheval de selle. Idem vers 234.   69 Pour 20 sous : lorsqu’il a un peu d’argent.   70 Montures réservées aux femmes : « Ils sont suivis des litières & des hacquenés de Sa Sainteté. » (Du Mont.) Hantonne = Southampton : « [Ils] singlèrent devers Angleterre ; puis arrivèrent et prirent terre à Hantonne. » (Froissart.)   71 Mèneras. Henri VIII n’aurait jamais abâtardi ses lévriers greyhounds ! On rapproche les vers 199-204 du Journal d’un bourgeois de Paris : « Au dict an 1525, environ le huictiesme octobre, passèrent parmy la ville de Paris vingt ou vingt-cinq hacquenées d’Angleterre que le roy d’Angleterre envoyoit à monsieur le Daulphin estant à Bloys ; et envoia aussi un grand nombre de chiens de chasse, comme cent ou plus, où y avoit grandz dogues d’Angleterre. » Si la référence aux chevaux paraît convaincante, la référence aux chiens l’est beaucoup moins, puisque c’est les chiens français que le page doit conduire en Angleterre, et non l’inverse.   72 « Que doit-on faire de la tippe ? » Mot inconnu ; c’est peut-être un de ces normandismes dont la pièce regorge.   73 LV : vord   74 Digne d’être aimée. « La plus belle dame du roiaulme d’Engleterre, et la plus amoureuse. » Froissart.   75 LV : quelle   76 Pourra-t-elle suivre.   77 La salle principale du château.   78 Tout récemment.   79 Jeu de mots : il n’a de « sale » que sa chemise.   80 Il veut.   81 Le Gentilhomme oublie qu’il vient de le donner au page (vers 187-188). Ce dernier se venge en dénigrant son autre courtaud, c’est-à-dire son pénis : cf. la Complainte d’ung Gentilhomme à sa dame, note 94.   82 Qui puisse vous faire plaisir.   83 LV : mas   84 LV : serment  (Je me fie à ton avis.)   85 Chaque trimestre.   86 Je retiens de mémoire.   87 Rime attestée : Maistre Mymin qui va à la guerre, vers 193.   88 Ce congé s’adresse-t-il au public, comme il se doit, ou au Gentilhomme ?

 

L’AVANTUREULX

Manuscrit La Vallière

Manuscrit La Vallière

*

L’AVANTUREULX

*

Cette farce normande écrite vers 1528-30 appartient au genre bien fourni du Miles gloriosus. C’est un chef-d’œuvre de satire psychologique qui épingle avec jubilation les peureux, les hâbleurs, les incapables et les pistonnés. Les monologues y abondent, ainsi que les autocorrections.

Source : Manuscrit La Vallière, folio 318 recto à 325 recto.

Structure : Rimes plates.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

*

Farce nouvelle

à quatre personnages

*

C’est asçavoir :

      L’AVANTUREULX

      et GUERMOUSET

      GUILLOT [LE MAIRE]

      et RIGNOT

*

           L’AVANTUREULX  commence        SCÈNE I

            Qu’esse d’homme qui s’avanture,

            Qui son bruict et honneur procure,

            Et qui est tousjours sur les rens

            Sans jamais dire « Je me rens » ?

5     Il est bon [à voir]1 se partye

    A la chair couarde ou2 hardye.

            Mais quant vient à bailler le cop,

            Y ne se fault pas haster trop,

            Mais se tenir un peu plus loing,

10   Voyre, quant il en est besoing.

            Pencez que je suys renommé ;

            Et sy, suys de chascun nommé

            « Le trèshardy Avantureux ».

            Quant on me voy[oy]t en mains lieux,

15   On crioyt : « Venez, y s’en fuyst ! »

            Di-ge3 : « Fuyez, y fera bruict ! »

            Ma foy ! quant j’avoys mon héaulme,

            Y n’y avoyt homme, au réaulme

    Des Francz4, qui m’osast dire mot.
20   Ne vainqui-ge pas Talebot5 ?

            Ouy, par bieu. Et son filz aussy.

            Et sy, par ma foy, me voicy.

            GUERMOUSET  entre            SCÈNE II

            Mon père !

                                     L’AVANTUREUX

                                   Et qu’as-tu, Guermouset ?

                                     GUERMOUSET

    Que j’ey ? Dea, vertu Trou-biset6 !

25   Que j’ey ? Je ne suys poinct content.

            Je deusse estre pourveu présent,

            Et par vos haultes avantures,

            Avoir bénéfices et cures.

            N’est-il pas temps qu’on me pourvoye ?

                                     L’AVANTUREULX

30   Atens encore, g’y pensoye.

            Tu seras pourveu, par sainct Jaque,

            Mais que je sache qu’il en vaque.

            J’ey faict plus grandes avantures !

            Par ma foy, tu auras deulx cures

35   Où il cherra7 maincte fortune.

            À tout le moins en auras une,

            Sy je puys, en quelque chapelle.

            Vertu ! sy quelqu(e) un se rebelle,

            Y ne fera pas pour le myeulx :

40   C’est grand faict d’un avantureulx.8

            Sang bieu ! j’entreprins une foys

            Une matière de grand poys,

            Car j’alay prendre une jument

            À troys lieux loing de toute gent ;

45   Et la conquestay de léger,

            N’eust esté [qu’]un vilain berger

            Vint sur moy à tout sa houlète

            En me disant : « Vilain, areste ! »

            Y vint sur moy, et de fuÿr.

50   J(e) ouÿ je ne sçay quoy brouyr :

            Je cuydois que ce fussent gens ;

            Par le sang bieu ! c’estoyent les vens.

            Je m’en repentis bien, après,

            Mais je cuydoie qu’i fussent près.

                                     GUERMOUSET

55   Et, mon père, vostre jument ?

                                     L’AVANTUREULX

            Je la lessay de peur du vent.

            Et sy, avoyt le corps plus grand

            Que celle de Guillot d’aultant.

            Voylà comment je fus déceu.

                                    GUERMOUSET

60   Mon père, que je soys pourveu :

            Je veulx avoir, en un bref mot,

            Le bénéfice de Rignot,

            Qui est filz de Guillot le maire.

                                    L’AVANTUREUX

            Comment se poura cela faire ?

65   N’en a-il pas joÿssion ?

                                    GUERMOUSET

            O ! quelque possidation

            Qu’il y ayt, il (n’) y a remyde.

                                    L’AVANTUREULX

            Et comment ?

                                    GUERMOUSET

                                       Il est omicyde :

            Il ocyt en une mellée

70   La poulle d’Inde et de Guynée.

    Ergo donc, selon l’Escripture9,

            Il ne doibt tenir nulle cure.

            Le philosophe le racompte.

                                    L’AVANTUREUX

            Guermouset, tu [me] dictz un compte !

75   S’il est vray, je faictz veu10 à Dieu

            Que je te mectray dens le lieu

            À puissance et à force d’armes.

            Mais pour entretenyr ces termes,

            Y fault, sans que plus on atende,

80   L’aler sommer qu’i me la rende.

                                   GUERMOUSET

            G’iray donc[ques], j’en suys joyeulx.

                                   L’AVANTUREULX

            Dis-luy : « Le grant Avantureulx,

            Renommé plus fort que Raulet

            Du temps que la grant guerre avet11 ;

85   Cil que congnoissez où qu’il aille,

            Courant12 ainsy sur la poulaille ;

            Qui frape sy tost, qui [qu’en haigne]13… »

                                   GUERMOUSET

            Mon père, donnez-moy enseigne14.

                                   L’AVANTUREUX

            Guermouset, tu diras ainsy :

90   « Vous, hommes qui estes icy,

            Le grand Avantureulx vous mande

            Et expressément vous commande,

            Sans aultre débat ne procès,

            Que le bénéfice laissez,

95   De Rignot, dessoublz ma puissance !

            Ou aultrement, à coup de lance

            A pencé de le conquérir. »

            Et pour aulx enseignes venir,

            Tu luy diras que c’est celuy

100  Qui se loga auprès de luy,

            À quatre lyeulx de la ryvée15 ;

            Et qui, tout en une journée,

            S’enfuÿct, nos deulx coste à coste.

            Il est bien sot s’il ne le note.

105  Combien qu’il fust le plus léger,

            Encor parti-ge le premyer.

            Ces enseignes seront congnus.

                                   GUERMOUSET

            Or g’y voys, ne m’en parlez plus :

            J’ey bien le message en mémoyre.

                                   L’AVANTUREULX

110  Guermouset, prens ton escriptoyre,

            S’y faloyt tabellyonner.

            Quant ce viendra à l’ajourner16,

            Mais-y bien ta sommation.

                                  GUERMOUSET

            C’est mon imagination :

115  Vélà cy. Laissez-moy aler.

                                 GUILLOT  entre                SCÈNE III

            Et ! me la debvoyt-on céler,

            La guerre ? A ! je n’y faulderay ;

            Seurement a je m’y combatray,

            Et là, montreray mon courage17.

120  Combien que je soys sur mon âge,

            Sy portai-ge assez bonne lance.

            Ceulx qui ont jousté à oultrance…

            Non pas oultrance proprement.

            Sy j(e) eusse esté sur ma jument

125  Que Rignot perdit à l’armée,

            Il y eust eu lance brisée,

            Ouy dea, ouy dea. Tout en un mot,

            Chascun sçayt bien qui est Guil[l]ot.

            Par Dieu ! le courage m’afolle.

130  Trèsbien je m’enfuys de Marolle18 ;

            Aussy, en estoyt-il besoing.

            Sy, ne m’en tenois-je pas loing,

            Mais me retiray à mon aise,

            Autant que d’icy à Pontoise.

135  Car un souldard qui est souldain

            À fraper se doibt bien tenir loing.

            Jamais je n’us intention

            De faire omycidation.

            Or çà ! les trêves sont faillyes,

140  Les espeautres19 jà assaillyes.

            J’ey un petit trop demeuré.

                                 RIGNOT                     SCÈNE IV

            Mon père, je suys ajourné :

            Je croy bien que perdray ma cure,

            Car l’Avantureulx me procure

145  Dire que suys insufisant.

            A ! vous le vérez maintenant :

            Son filz Guermouset est tout prest

            De vous sommer sans poinct d’arest

            Incontinent de vous combatre.

                                GUILLOT

150  Mon filz, s’y ne sont plus de quatre,

            Je les combatray une foys.

            Au moins s’y ne sont plus de troys,

            S’il en veulent à moy, j’en veulx !

            Sang bieu ! s’y ne sont plus de deulx,

155  J’en feray repentir aulcun,

            Rignot. Mais qu’i n’y en ayt c’un,

            Je luy présenteray mon gage,

            Ouy dea, ouy, et fût-il un page !

            Laissez-lay venir sûrement ;

160  Le bénéfice, et la jument

            Et le jaques, qui est perdu20,

            Fournyront bien au résidu ;

            Par Dieu ! le grand Avantureulx

            Se trouvera bien malureulx.

165  Je croy qu’il y poura faillyr.

                                GUERMOUSET                  SCÈNE V

            Guillot !

                                GUILLOT

                              Me viens-tu assaillir ?

                                GUERMOUSET

            A ! nénin, Guillot, par ma foy.

                                GUILLOT

            Ne t’aproche poinct près de moy,

            Car il ne t’en est pas besoing.

                               GUERMOUSET

170  Bien. Donq, je parleray de loing

            En vous proposant mon message.

                               GUILLOT

            Parle de loing, sy tu es sage !

            Garde que rien je ne te donne !

            (Rignot, ne pers pas ta couronne21.

175  Y fault escouster qu’i dira ;

            Et puys après, y s’en yra

            Tout aussy tost qu’il est venu.)

                             RIGNOT

            C’est bien faict, il sera receu.

                             GUILLOT

            Or je te pry, sans plus gloser,

180  Rignot, que je l’os proposer.

            Au moins ne puys-je que l’ouÿr.

                             GUERMOUSET

            Guillot, y vous fault enfuÿr ;

            Ou me lessez en un bref mot

            Le bénéfice de Rignot.

185  Je suys filz de l’Avantureulx ;

            Mon père dict que je vaulx myeulx

            Que Rignot, et que par puissance

            Y vous veult combatre à la lance,

            Sy le voulez rédargüer22.

                              GUILLOT

190  Et me viens-tu cy argüer ?

                              GUERMOUSET

            Y se veult combatre au plus fort.

                              GUILLOT

            Or çà, Rignot23, sy je suys mort,

            On dira : « Cy-gist par oultrance

            Le plus vaillant qui soyt en France. »

195  Rignot, regarde qu’il y a.

                             RIGNOT

            Sy n’estoyt mon Per omnya24,

            Je leur montrerois bien qui esse !

                            GUILLOT

            Ne te chaille jà de la messe,

            Mais [metz bien] tout parmy le tout.

                            RIGNOT

200  San bieu ! sy en viendrai-ge à boult,

            Quelque chose qu’en doybve faire !

                            GUILLOT

            Guermouset, va dire à ton père

            Qu’il n’a garde que je luy faille :

            S’y veult noyse, je veulx bataille !

205  Et qu’i se garde des horions,

            Car s’une foys nous aprochons,

            Il ne rencontra onc tel homme.

            Va luy dire, sy je l’assomme,

            Qu’i me pardonnera sa mort.

                            GUERMOUSET

210  Nostre Dame ! mon père est fort,

            Quant il entre en sa lunèson.

                            GUILLOT

            Mais qu’il ne frape en traïson,

            Je n’y aconte pas deulx poys.

            Va-t’en vistement !

                            GUERMOUSET

                                                 Je m’(y) envoys.

215  Mon père, je suys revenu.                   SCÈNE VI

                            L’AVANTUREULX

            Qui t’a sy longuement [tenu],

            Guermouset ? As-tu vu Guillot ?

                            GUERMOUSET

            Y m’a menacé ; et moy, mot.

            Et dict qu’i nous tura tous deulx.

                            L’AVANTUREULX

220  Est-il encor sy courageulx

            Comme il estoyt le temps passé ?

                            GUERMOUSET

            A ! y vous a bien menacé,

            Et dict bien qu’i ne vous crainct poinct.

                           L’AVANTUREULX25

            Çà, mon harnoys m’est-il à poinct ?

225  A ! je l’auray ou il m’éra,

            Et fraperay qui frapera !

            Je say de jouster la manyère.

            Mais arme-moy bien par-derière,

            Et que mon harnoys soyt bien clos.

                            GUERMOUSET

230  Quoy ! voulez-vous tourner le dos ?

                            L’AVANTUREULX

            Nénin pas ; mais quant nous fuyons,

            Y fault craindre les horions

            Autant devant comme derière.

            Çà, ma lance et puys ma banyère !

235  Et puys que j’aye mon espée d’armes ;

            Guillot aura les rains bien fermes,

            Sy je ne luy faictz bien sentir.

            Et ! veult-il contre moy tenir ?

            Par les plès bieu ! je le turay.

240  Guermouset, tu seras curay

            Avant qu’il soyt demain mydy.

            Sy, l’on me dict qu’il est hardy

            Et qu’il a fréquenté les armes ;

            Mais quoy ! je luy jouray telz termes

245  Que de fuyr luy sera besoing.

            Mais (os-tu ?) ne te tiens26 pas loing

            De moy, mais frapes dessus luy.

            S’une foys je l’ay assailly,

            Y convyendra bien qu’il endure.

250  Mais, Guermouset, une aultre cure

            Ne seroyt-el poinct aussy bonne

            Comme est celle que je te donne,

            Sans combatre ne dire mot ?

                            GUERMOUSET

            Je croy que vous craignez Guillot ?

255  Et ! quel avantureulx vous estes !

                            L’AVANTUREULX

            Je ne crains rien, s’y n’a deulx testes,

            Mais qu’il ne frape par la pance.

            Guermouset, baille-moy ma lance,

            Et que je la boulte à l’arest.

                            [GUERMOUSET]

260  Aujourd’uy, je voieray que c’est

            Que du gentil Avantureulx.

                            [L’AVANTUREULX]

            Je croy, moy, que ce fust le myeulx

            Qu’il y eust apoinctations :

            C’est grand faict que de horions,

265  À gens qui ne l’ont poinct amors27.

            Sy ai-ge vaincu les plus fors !

            Au moins, je les ay menacés…

            Je n’en parle plus, c’est acez ;

            Car deulx courages sy vaillans

270  Demeurent tousjours sur les champs.

            Guermouset, pour28 toy me combas :

            Sy on me tue, ne m’oublye pas.

            Je te recommende mon corps.

                            GUILLOT                SCÈNE VII

            Sang bieu ! il (y) en aura de mors.

275  Il y moura l’un de nos deulx.

            A ! domyné l’Avantureulx !

            Et ! me viendrez-vous faire guerre

            Et m’assaillyr dessus ma terre ?

            Corps bieu ! je ne vous fauldray poinct.

280  Rignot, mais29 mon jaques à poinct,

            Et puys me baille mon héaulme30.

            A ! je vous auray, sur mon âme,

            Maistre Avantureulx ; de plain bont,

            Voyre, sy ma lance ne ront ;

285  Mais je cuyde qu’el(le) sera ferme.

            A ! qu’esse-là ? Y crye à l’erme ?

            Rignot, haste-toy de venir !

            Je m’en pouray bien revenir

            Sy tost que je l’aray tué.

290  Car pour toy31 il m’a argüé,

            Et je ne luy dema[n]doye rien.

                             L’AVANTUREULX                SCÈNE VIII

            Et ! par Dieu, ainsy que je tien,

            Un apoinctement seroyt bon :

            Quant g’éray rompu mon bâton,

295  Je n’y conquesteray pas maille.

            Sy, fault-il bien que je l’assaille,

            Car les voylà, luy et son filz.

            Guermouset, dis [tes Profondictz]32,

            Tes Gauldès et ta grand Crédo.

                            GUILLOT

300  Jésus ! qu’esse-cy que j’o ?

            L’Avantureulx aproche fort.

                            L’AVANTUREULX

            À mort, vilain ! À mort, à mort !

                            GUILLOT

            Vilain, dictes-vous ? C’est oultrage,

            À un grand maire de vilage.

305  (A ! Rignot, il est courageulx,

            Pour un homme, et avantureulx,

            Et térible quant il se fume.)

            J’ey le cœur plus dur c’une enclume,

            De haste que j’ey de combatre !

310  Par le sang bieu ! j’en turay quatre.

            Vous ne vistes onc tel déduict.

            (Il aura grand pour33, s’y ne s’enfuyct ;

            Mais je ne couray pas après.)

                            L’AVANTUREULX

            Or çà, Guillot, nous sommes prês :

315  Jouston ! A ! qui esse qui tient34 ?

                            GUILLOT

            Dictes-vous à bon essient ?

            Vrayment, je ne vous fauldray pas.

                            L’AVANTUREULX

            A ! dea, dea ! Ne me frapez pas,

            Combien que riens je ne vous crains.

                            GUILLOT

320  Sang bieu ! se g’y boulte les mains…

            Je m’en raporte bien à toy :

            Ne t’aproche pas près de moy,

            Sy tu veulx que je me deffende.

                            L’AVANTUREULX

            Vault-y poinct myeulx que je me rende ?

325  Guermouset, que t’en semble bon ?

                            GUILLOT

            Y vault mieulx que nous apoincton,

            Rignot35, les coups sont dangereulx :

            C’est grand faict d’un avantureulx.

            Je crains qu’i ne soyt trop hardy.

                            L’AVANTUREULX

330  Je te deffy… di-ge : Je dy

            Que tu reculle un peu plus loing.

                            GUERMOUSET

            Voulez-vous faillir au besoing ?

            Frapez, et vous aurez du myeulx.

                            L’AVANTUREULX

            Sy je fusse armé par les yeulx,

335  Je seroys bien plus sûrement.

                            RIGNOT

            Assaillez-lay légèrement,

            Mon père.

                            GUILLOT

                                 G’y voys, par ma foy !

            Rignot, [tiens-toy]36 auprès de moy.

            Jésus ! doys-je dire « Qui vive » ?

                            GUERMOUSET

340  Sus ! voicy Guillot qui arive,

            Y ne fault plus dissimuler.

                            L’AVANTUREULX

            Laisse-moy un peu reculer,

            Et je prendray myeulx ma visée.

                            GUILLOT

            Que sa lance est longue amanchée !

345  Elle est plus longue que la myenne.

                            L’AVANTUREULX

            Çà ! qui vouldra venir, qu’i vienne…

            Di-ge : Voyse-s’en qui vouldra.

                            GUILLOT

            Mauldict soyt-il qui te fauldra !

            Par Dieu, je voys donner dedens.

                            L’AVANTUREULX

350  Mauldict soys-je se je me rens !

                            GUILLOT

            Sy feras, se tu faictz que sage.

                            L’AVANTUREULX

            Ne frape poinct par le visage,

            Ou, par Dieu, je te bauldray belle !

                            GUILLOT

            Par Dieu, Rignot37, y se rebelle :

355  Je cuyde qu’i me veult fraper.

                            L’AVANTUREULX

            Guermouset, sy peulx eschaper,

            Jamais joustes n’entreprendray.

                            GUILLOT

            Je cuyde que je me rendray ;

            Rignot, par ta foy, qu’en dis-tu ?

                            RIGNOT

360  Vous ne valez pas un festu !

            Et ! je vous ay veu sy hardy.

                            GUILLOT

            Et ! par Dieu, Rignot, je te dy :

            Y n’y a rien sceur, en procès.

                            L’AVANTUREULX

            A ! Guillot, vous me menacez ?

365  Souvyenne-vous bien de Marolles :

            Vous en fuŷtes, sans parolles ;

            Je vous y vis bien, par ma foy.

                            GUILLOT

            Sainct Jehan ! vous fuŷtes devant moy,

            Combien que je couroye myeulx.

370  Y ne s’en falust que deulx lieux

            Que nous ne fussions prins d’assault.

                            L’AVANTUREULX

            À mort, vilain !

                            GUILLOT

                                         À mort, ribault !

            Tu n’as garde de m’atraper.

                            L’AVANTUREULX

            Voulez-vous jouer à fraper ?

375  Nostre Dame ! je ne vous crains.

            Combatons-nous à coups de poins,

            Et boutons nos lances en bas.

                            GUILLOT

            Par sainct Jehan ! je n’y gouray38 pas :

            Homme qui combat à oultrance,

380  Y fault bien qu’il ayt unne lance,

            Sy bon jousteur on le renomme.

                            L’AVANTUREULX

            Onques je ne fus sy preudhomme

            En quelque guerre que39 j’alasse.

            (Y vaulsît myeulx que j’apoinctace.)40

                            GUILLOT

385  À mort, à mort !

                            L’AVANTUREULX

                                               À mort, à mort !

                            RIGNOT

            Chascun de vous est le plus fort ;

            Mon père, n’alez plus avant.

                            GUERMOUSET

            Vous l’avez gaigné tout contant,

            Mon père, mais n’aprochez pas.

                            GUILLOT

390  Qui ne me tînt, tu fusses bas !

            (Jamais je n’en eusse eu mercy.)

                            L’AVANTUREULX

            Par Dieu, tu fusses mort aussy :

            Et puys ce seroyt deulx gens mors.

                            GUILLOT

            Veulx-tu poinct liter corps à corps,

395  Et que tu n’ais poinct de bâton ?

                            L’AVANTUREULX

            Y vault myeulx que nous apointon :

            Le moindre bruict est le m[e]illeur.

                            GUILLOT

            Veulx-tu apoincter cœur à cœur ?

                            L’AVANTUREULX

            C’est le meilleur, comme y me semble.

                            GUERMOUSET

400  Y fault parler vos deulx ensemble,

            Et mectre bas chascun sa lance.

                            L’AVANTUREULX

            Bas, Guillot ?

                            GUILLOT

                                        Esse assurance ?

                            L’AVANTUREULX

            Ouy, vélà mon bâton à terre.

                            GUILLOT

            Hélas ! fault-y faire la guerre

405  Pour les biens où chascun a part ?

                            L’AVANTUREULX

            Hélas ! fault-il faire départ41 ?

            Te souvyent-y poinct de l’armée ?

            Des esperons de la journée42 ?

            Ô l’amityé, le grand soulas !

410  Fault-il faire la guerre ?

                            TOUS ENSEMBLE

                                                          Hélas !

                            GUILLOT

            Et quant tu fus quasy malade,

            Et que [tu bus dens ma]43 salade,

            Lors que de fuÿr estoys las ?

            Me haÿr à ceste heure !

                            TOUS ENSEMBLE

                                                        Hélas !

                            L’AVANTUREULX

415  Et quant je passay la rivyère,

            [Là] où tu demouras derière ?

            En ce lieu, tu me consolas.

            Je t’ayday bien aussy.

                            TOUS ENSEMBLE

                                                     Hélas !

                            GUILLOT

            Et quant nous fûmes à Hédin44 ?

420  Je prins d’assault un grand gardin :

            Je te vis eschaper des las ;

            Garde n’us d’y aller !

                            TOUS ENSEMBLE

                                                    Hélas !

                            RIGNOT

            Tant ce sont gens de grand renon !

                            GUERMOUSET

            Hélas ! mon amy, ce sont mon :

425  Ce sont gens en faictz magnifiques.

                           RIGNOT

            Escriptz seront dens les croniques

            Aussy bien que le roy Clovys.

                            GUERMOUSET

            Jamais de telz gens je ne vis

            En cas de fuÿr toult discord.

                            GUILLOT

430  Vien çà, compère ! Es-tu d’acord

            De guerre, ou paix ? Dis vérité.

                            L’AVANTUREULX

            Je croy que Dieu soyt yrité

            De nos fais, là où chascun [qu]erre

            Prendre bénéfice par guerre.

435  Je ne l’entens pas bonnement.

                            GUILLOT

            Sy est-il faict communément,

            Quoy que le faict [ne] soyt condigne.

                            RIGNOT

            Je dis que je suys le plus digne.

            Et sy, suys magister en Ars45.

                            GUERMOUSET

440  Voyre à tuer poules, canars.

            Comme l’argument le46 décide,

            Per fidem47, tu es homicide ;

            Ergo, tu ne seras curé.

                            GUILLOT

            Sy ce débat est procuré

445  Par vos deulx, vous l’apaiserez.

                            LES DEULX FILZ

            Et ! mon père, vous m’ayderez.

                            L’AVANTUREULX

            Mes48 amys, paix est acordée :

            Ne troublez pas la [ras]semblée,

            Car ce n’est pas petit de cas.

450  Plus tost baillerons dis ducas

            Que de fraper un horion.

                            GUERMOUSET

            Or bien, donc, nous disputeron

            Des grans argumens de Paris49.

            Or dis, Rignot, quis vocarys50.

                            L’AVANTUREULX

455  Or sus, [sus] à cest exament !

                            RIGNOT

            Quis vocaris ? Prénoment51?

                            GUERMOUSET

            Noment, quid est ?

                            RIGNOT

                                                Octo.

                            GUERMOUSET

                                                           Quare ?52

                            RIGNOT

            Quia, s’il est bien procuré,

            Casy plurali numery.

                            GUILLOT

460   Voylà Guermouset bien mary.

                            GUERMOUSET

            A ! per fidem53, tu mentiris !

            Dy quem artem profiteris.

                            RIGNOT

            « Il est simplicis figuré. »54

                            L’AVANTUREULX

            Voylà son honneur recouvré.

465  L’un contre l’autre tiennent serre.

            Ainsy que sommes gens de guerre,

            Ainsy chascun d’eulx est expert.

            Il est bon à voir55 : il y pert

            Qu’il ont trèsbien estudyé.

                            GUERMOUSET

470  Rignot sera répudyé !

                            L’AVANTUREULX

            Non sera ; voicy qu’on feron,

            Qui m’en croira : nous changeron

            Ceste cure, sans long apel,56

            À la chapelle de Gripel

475  Et à la vâtine d’Aufy57.

                            GUILLOT

            Je le veulx bien.

                            LES ENFANS

                                         Et nous aussy.

                            L’AVANTUREULX

            Je ne veulx pas que tu grumelles ;

            Car sy un jour tu te rebelles,

            Pas ne m’éras du premyer coup.

480  Qui me dict « sap ! », je luy dis « soup ! » ;

            Qui me dict « torche ! », je dis « serre ! ».

            Jamais je ne mourus en guerre ;

            Et sy, j’ey veu aulx avangardes

            Aucune-foys tirer bombardes :

485  Tip ! tap ! toup ! toup ! C’estoyt abismes.

                            GUILLOT

            Ce fust quant nous nous enfuŷmes.

                            L’AVANTUREULX

            Et [qu’eussions-nous]58 gaigné d’atendre ?

            Car on nous menassoyt à pendre.

            Or sus, sus ! changons de propos :

490  Quel cure veulx-tu, en deulx mos,

            Guermouset ? Choisis sans apel.

                            GUERMOUSET

            Je veulx la cure de Gripel.

                            RIGNOT

            Et moy ?

                            L’AVANTUREULX

                                Tu auras les vâtines.

            Or, alez chanter vos matines

495  En plain-chant ou en contrepoinct.

                            GUERMOUSET                   SCÈNE IX

            Conclusion, voyci le poinct :

            De sotes gens, sote(s) raison.

            De les hanter on ne doibt poinct,

            Mais fuÿr en toulte saison.

500  Prendre aussy de Dieu la maison,59

            Les biens et la divine ofice,

            L’usurfruict et le bénéfice,

            Par gens où vertu se périt

            Et gens d’armes en maléfice,

505  C’est un péché contre l’esprit.

            En prenant congé de ce lieu,

            Une chanson pour dire adieu !

                                                FINIS

*

1 LV : auoir   2 LV : et   3 « Je veux dire. » Cette formule d’autocorrection va revenir souvent.   4 LV : faictz   5 Le capitaine anglais John Talbot et son fils furent tués en 1453 à la bataille de Castillon, où le courage des francs-archers Français fut pourtant modéré : « La journée de Tallebot/ S’en fuyrent les plus légers. » (Sottie de maître Georges.)   6 Trou de bise = anus (Guiraud, Dictionnaire érotique). Le Dictionnaire des saints imaginaires et facétieux ne répertorie que saint Trou, saint Troufignon et saint Troubaise.   7 LV : querra  (« Cherra » est le futur de choir : « La bobinette cherra. »)   8 Même vers que 328.   9 Le droit canonique interdisait aux clercs de verser le sang.   10 LV : vay  (Veu = vœu.)   11 LV : avlet  (Avet = il y avait. Ces deux rimes sont douteuses ; Raulet désigne-t-il Roland ? Et si oui, quel rapport avec la « guerre au lait » de 1525 qu’évoque Emmanuel Philipot <Six farces normandes du recueil La Vallière> ?)   12 LV : Courans   13 LV : men hengne  (Qui qu’en haigne = Quel que soit celui qui grogne.)   14 Un signe pour me faire reconnaître.   15 Rivée = rive (FEW).   16 Réminiscence de Chrétien de Troyes <Chevalier de la charrette, v. 5763> : « Et quant ce vint à l’anjornée. »   17 LV : oultrage   18 Le duc de Vendôme occupa Maroilles en 1521.   19 LV : aultres  (Épeautres = blés. Les soldats dévastaient les champs.)   20 Contamination d’une autre farce, Colin filz de Thévot le maire, où le fils du maire a perdu sa jument et son jaque [vêtement militaire]. Voir la note 35.   21 Ta tonsure de clerc.   22 Contredire.   23 LV : guillot   24 Si cela ne m’était pas interdit par le droit canon.   25 LV : guillot  (écrit d’une autre main.)   26 LV : tient   27 Qui n’en ont pas l’habitude. (Du verbe amordre.)   28 LV : par  (Vers 290.)   29 Mets. (Vers 113.)   30 Rime en -âme, de même que « baume » s’écrivait « basme ».   31 LV : quoy  (Vers 271.)   32 LV : desprofondictz  (Voir le vers suivant. Les pères parlent aussi mal le latin que leurs fils.)   33 Peur.   34 Il fait croire qu’on le retient, comme Guillot à 390.   35 LV : colin  (Nouvelle confusion avec Colin filz de Thévot <note 20>, dont notre farce « est une réplique redoublée » <H. Lewicka>. Selon Philipot, ces deux pièces contemporaines sont du même auteur. Même confusion au vers 354.)   36 LV : tient toy   37 LV : colin  (Note 35.)   38 Jouerai.   39 LV : ou   40 LV ajoute dessous : combien que je suys le plus fort   41 Faut-il nous séparer ?   42 La défaite de Guinegatte (16 août 1513), dite « Journée des éperons », tant la fuite des cavaliers français fut rapide.   43 LV : je bus dens ta  (Salade = casque.)   44 En 1521, les Français prirent Hesdin. Et Guillot prit un jardin…   45 L’ignorance des maîtres ès Arts (docteurs ès Lettres) était proverbiale : « [Nous verrons] beaucoup d’ânes mestres aux Ars. » (Sottie de l’Astrologue.)   46 LV : se   47 Par ma foi ! (Avec un jeu de mots sur « perfide ».)   48 LV : Mais   49 La faculté des Arts de Paris cultivait la disputatio, aboutissement de la scolastique médiévale, qui consistait à parler pour ne rien dire en faisant un bel étalage de latin de cuisine.   50 Comment tu t’appelles.   51 LV : pronoment  (Le copiste a interverti les répliques de l’Avantureulx et de Rignot. Quand il s’en est aperçu, il a biffé l’actuel vers 456.)   52 R : Comment je m’appelle ? Par mon prénom ? G : Ton nom, quel est-il ? R : Huit. G : Pourquoi ? R : Parce que si on réfléchit bien, c’est quasiment [le nom] d’un nombre pluriel.   53 LV : quidem  (Cf. vers 442.)   54 G : Par ma foi, tu mens ! Dis-moi quelle règle tu utilises. R : Il est d’une forme simple. (Rignot s’empêtre dans la règle Propria nomina locorum simplicis figure. Mais ce vers peut se traduire autrement : « Mon nom est représenté par un simple d’esprit. » Donc, Rignot a perdu.)   55 LV : auoir  (Il y pert = il apparaît. Du verbe paroir.)   56 LV répète dessous : nostre cure sans long apel   57 LV reparle des « vâtines d’Aufy » dans la farce des Bâtars de Caulx. Il s’agit de la vâtine d’Auffay, en Normandie. (Vâtine = gâtine [terrain inculte].)   58 LV : queusons nous   59 Ces huit derniers vers, apocryphes, sont rayés dans le manuscrit.

LE GAUDISSEUR

Gaudisseur

Recueil Trepperel

*

LE  GAUDISSEUR

*

Le Gaudisseur (1480-90) est un dialogue particulièrement comique. Le Sot, comme celui du Povre Jouhan, n’est entendu que par le public. On admirera l’intelligence de la structure, aab aab, qui permet au Sot de répondre sur le même terrain que le Gaudisseur : chacune de ses répliques est un négatif de la précédente. Le système fut repris dans la farce de Légier d’argent (F 25).

Source : Recueil Trepperel, nº 28. Le recueil du British Museum (nº 41) en contient une édition sans intérêt.

Structure : Chanson, aabaab/ccdccd, rimes plates puis croisées. Eugénie Droz2 pense qu’il manque le premier tercet parlé du Gaudisseur, entre les vers 7 et 8.

Cette édition : Cliquer sur Préface. Au bas de cette préface, on trouvera une table des pièces publiées sur le présent site.

*

Nouvelle farce à deux personnages du

Gaudisseur

qui se vante de ses faitz,

& ung Sot luy respond au contraire

*

C’est assavoir :

     LE GAUDISSEUR

     LE SOT

*

            LE GAUDISSEUR,  en chantant

            Jeune, gente, plaisant et lye :

            Je suis vostre loyal servent,

            Et le seray toute ma vie.

            Quelque chose que l’on en dye,

5     Tousjours seray mignon et gay,

            Aussi gent comme ung papegay,

            Fringant à la mode qui court.

                                       LE SOT

            Voire pour remplir sa vécie,

            Puis après, tant crocquer la pie

10    Qu’il s’endormit en une court.

            LE GAUDISSEUR

     Pour faire gambade(s) à plaisance,

     Il n’y a homme en toute France

     Que moy, pour faire promptement.

            LE SOT

     Et ! il fait sa male meschance.

15    Il a le brodier et la pance

     Plus pesans3 que nostre jument.

            LE GAUDISSEUR

     Je suis ligier comme une plume,

     Et fait comme ung esmerillon.

            LE SOT

     Il est légier comme une enclume,

20    Et fait comme ung corbillon.

            LE GAUDISSEUR

     Quant sus ma teste ay ma salade

     Pour acoup faire une passade,

     Homme n’en crains dessus la terre.

           LE SOT

     Voire pour batre ung malade,

25    Quant il a sa grant halebarde,

     Et pour casser acoup ung voirre.

            LE GAUDISSEUR

     Quant je me treuve sur les rens,

     Chascun si me dit : « Je me rens,

     Monseigneur, à vostre mercy ! »

            LE SOT

30    Quant il se treuve avec gens

     Pour acoup menger six harens,

     Jamais n’en a nulz à mercy.

            LE GAUDISSEUR

     Quant je me treuve en la guerre,

     Je tue, je gette par terre,

35    Comme fait le boucher ung veau.

            LE SOT

     Voire à jouster contre ung verre,

     Puis se laisser chéoir par terre

     Et s’endormir comme ung porceau.

            LE GAUDISSEUR

     Pour dancer, chanter à plaisance,

40    Pour donner de grans coups de lance,

     Abille4 en suis, quoy que l’on die.

            LE SOT

     Pour menger oultre habondance

     Si fort que luy tire la pance,

     Il est maistre, je vous affie !

            LE GAUDISSEUR

45    Quant je me trouve à l’estroit

     À plaisance tirer ung traict,

     Homme n’en crains, quoy qu’on en grongne.

            LE SOT

     Voire pour boire tout d’ung traict

     Ung pot de vin quant il est traict,

50    Et s’endormir comme ung yvrongne.

            LE GAUDISSEUR

     Quant je me trouve en bataille,

     Je frappe d’estoc et de taille,

     Et secouë5 bien le p(e)lisson.

            LE SOT

     Tu dis vray : va, baille-luy, baille !

55    Ma foy ! il ne vault que de raille,

     Et se cacher contre ung buisson.

            LE GAUDISSEUR

     J’ay esté en Jhérusalem6,

     En la terre de Prestre Jehan,

     En Babiloyne, en Albanie.

            LE SOT

60    Et ! il a fait son sanglant mal an !

     Il ne fut oncques, par sainct Jehan,

     Plus loing d’une lieue et demye.

            LE GAUDISSEUR

     J’ay chevauché la grant Mer Rouge,

     Et allay au trou Sainct-Patris7.

            LE SOT

65    Il y engrossa une gouge

     Qui avoit nom dame Biétrix.

            LE GAUDISSEUR

     J’entray dedans le monastère,

     Où je rencontray ung beau père

     Qui oncques ne me sonna mot(z).

            LE SOT

70    Il entra par l’uys de derrière,

     Où il roba une chauldière8,

     Une escuelle, ung plat et ung pot.

            LE GAUDISSEUR

     Pensez que fus bien esbahy

     Quant ou pertuys9 fus descendu.

            LE SOT

75    C’estoit là où il fut banny

     Et fut appellé « prest10 rendu ».

            LE GAUDISSEUR

     Je descendis tout pas à pas

     Sans y veoir lune ne souleil.

            LE SOT

     Il avoit beu par tel compas

80    Qu’il avoit les larmes à l’ueil.

            LE GAUDISSEUR

     Je me trouvay en une plaine,

     Là où je souffri mainte peine

     Que me fist maistre Grimouart.

            LE SOT

     Ma foy ! ce fut à la sérayne,

85    Là où il serchoit de l’avoine

     Pour donner à son bidouart.

            LE GAUDISSEUR

     À moy, tantost, vint ung preudhomme

     Qui me11 dist et demanda comme

     Dedans ce lieu entré j’estoye.

            LE SOT

90    Par le vray sainct Pierre de Romme !

     C’estoit une femme en somme,

     Qui demandoit de la monnoye.

            LE GAUDISSEUR

     Je luy respondis fièrement,

     Et luy dis : « Arrière, villain ! »

            LE SOT

95    Par le vray bieu ! le ribault ment :

     El(le) luy donna deux coups de poing.

            LE GAUDISSEUR

     Je fis tant que je m’eschappé

     Et sortis hors du monastère.

            LE SOT

     Il avoit peur d’estre happé,

100   Car on l’eust batu à l’enchère.

            LE GAUDISSEUR

     Je m’en allay sans plus attendre

     (Tant que jambes peurent estandre)

     Mon chemin tout droit à Sainct-Jaques.

            LE SOT

     Pensez que se on l’eust peu prendre,

105   On luy eust fait [son] conte rendre

     Où il avoit robé ce12 saques.

            LE GAUDISSEUR

     Je cheminay par mer, par terre,

     Tant que j’alay en Angleterre,

     Et delà au pays d’Escosse.

            LE SOT

110   Je croy qu’il vouloit faire guerre

     Encontre ung pot ou contre ung verre

     Qui est trèstout couvert de mousse.

            LE GAUDISSEUR

     Je descendis par Picardie,

     Par Hénault faisant chère lye,

115   Et puis passay par Vermandoys.

            LE SOT13

     De quelque chose qu’il vous die,14

     [S’]il n’a pas bien crocqué la pie,

     Il souffle souvent en ses dois.

            LE GAUDISSEUR

     De là, je m’en allay en France,

120   En Lombardie et en Prouvence,

     À Romme, à Naples, à Venise.

            LE SOT

     Par saincte Marie ! quant g’y pense,

     Pour bien mentir à sa plaisance,

     N’a son pareil d’icy à Pise.

            LE GAUDISSEUR

125   Puis m’en allay en Allemaigne,

     En Ynde, en Turquie, en Bretaigne,

     À Paris, à Rouen, à Lyon.

            LE SOT

     À bien boutter il ne s’espargne ;

     Mais il a oublié Cocaigne,

130   Où il fut nommé coquillon.

            LE GAUDISSEUR

     Quant à Lyon fus retourné

     (C’estoit le lieu où je fus né),

     Chascun me présentoit des biens.

            LE SOT

     Oncques ne luy fut mot sonné,

135   Fors qu(e) au dyable soit-il donné,

     Et mengé des porceaux et chiens.

            LE GAUDISSEUR

     Je fus receu honnestement

     De gens de bien qui vistement

     Vindrent emprès15 moy par exprès.

            LE SOT

140   Dieu mette en mal an qui en ment !

     Oncques nul ne vint au-devant,

     Sinon deux malostrus16 racletz.

            LE GAUDISSEUR

     Viandes si furent apportées

     Et sur les tables [dé]posées,

145   Assez pour servir dix roys.

            LE SOT

     On luy bailla pour [sa] disnée17

     Une trèsgrosse fricassée

     De deux fèves et de deux pois.

            LE GAUDISSEUR

     On me fist assoir à la table

150   Comme ung roy ou ung connestable,

     Et servir à mode de Court.

            LE SOT

     Par ma foy, vécy bonne fable !

     On le fist mettre en une estable,

     Près les latrines de la court.

             LE GAUDISSEUR

155   Chappons, poulles, canars, poussins,

     Cochons, pigeons, lièvres, conins,

     Oyes grasses, perdrix, bécasses…

            LE SOT

     Corbeaulx18, chèvres, loups et mâtins,

     Chatz, chattes, souris, ratz, ratins

160   Y venoient de toutes places.

            LE GAUDISSEUR

     Tabourins, aussi ménestrie[r]s,

     Joueurs de lucz et d’eschiquiers

     Vindrent là pour me faire feste.

            LE SOT

     Porchiers, vachers, aussi boviers,

165   Coquins, maraulx, larrons, murtriers

     Y venoient sans faire arreste.

            LE GAUDISSEUR

     Venaison de sangliers et serfz,

     De biches qui sont ès désers,

     Chevreux, chevreaulx et aussi dain(s)…

            LE SOT

170   Loups, regnars se sont tenus près ;

     Louves, louveaulx si vont après,

     Et hérissons suyvans le train.

            LE GAUDISSEUR

     Vin blanc, vin clairet de Lyon

     (Des potz en eut ung million),

175   Vin d’Alican, de Rommanie,

     Vin bastard qui fait chière lye,

     Vin d’Arragon, vin de rosette,

     Vin qui croist près(t) d’Eguebellette,

     Vin d’Anjou, vin de Sainct-Porcin,

180   Vin de Beaulne et vin de coing,

     Malvoisie et muscadeau19,

     Vin d’Ausserre qui est tant beau,

     Et aussi bon vin d’ypocras…

            LE SOT

     Je n’en boy que le mardy gras.

            LE GAUDISSEUR

185   Tous ces vins si vindrent en place.

            LE SOT

     Sang bieu, ce n’estoit pas fallace !

            LE GAUDISSEUR

     Je fuz servy mignonnement.

            LE SOT

     Dieu mette en mal an qui en ment !

     Tant de vins sont trop frigaletz :

190   Ma foy ! il a eu pour tous metz

     De la servoise ou du bouillon,

     Dont il a remply son couillon.

     J’aperçoy bien, par mon serment,

     Que trèstout son fet ne vault neant,

195   Sinon à dire motz de gueulle.

            LE GAUDISSEUR

     À celle fin qu’i20 ne demeure

     Pastéz et aussi fricassées,

     Pain blanc, miches, tartes sucrées,

     Tout cela si fut apporté.

            LE SOT

200   A ! Jésus, Bénédicité !

            LE GAUDISSEUR

     [Et] l’eaue rose à laver les mains21.

     Après disner furent les baingz,

     Bien préparéz par beaulx conduitz22.

            LE SOT

     A ! Jésus, et Déprofundis !

            LE GAUDISSEUR

205   Le lit on fist tost préparer,

     Là où je m’alay reposer.

     Puis la fille on me bailla.

            LE SOT

     A ! Jésus, Avé Maria !

            LE GAUDISSEUR

     Quatre foys (sans point contredire)

210   Je luy feis, sans souffrir martire ;

     Voire plus, car ne23 l’ay conté.

            LE SOT

     A ! Jésus, Bénédicité !

            LE GAUDISSEUR

     Messeigneurs : pour vous faire fin,

     Je fus servy à ma24 plaisance.

215   Quant vint le lendemin matin,

     Je me rendy en l’observance.

     À Dieu vous dy, car je m’envoys

     Tourner le rost en la cuisine,

     Là où je mengeré des pois

220   Emprès une bonne géline.

            LE SOT

     Prenez en gré l’esbatement,

     Seigneurs et dames, je vous prie.

     Après luy, m’envoys vistement.

     À Dieu toute la compaignie !

                FINIS

*

2 Le Recueil Trepperel. Les Sotties. 1935.   3 T : pesant   4 Habile.   5 T : secoux  (Secouer le pelisson = Coïter : Guiraud, Dictionnaire érotique, p. 570.)   6 Ce mot rimait en -an. On situait le royaume chrétien du Prêtre Jean vers l’Éthiopie. Cf. Pour porter les présens à la feste des Roys, vers 271.   7 L’entrée du purgatoire. Mais ce « trou de sainct Patrice » désigne l’anus dans un passage scatologique de Gargantua, chap. II.   8 Il déroba un chaudron.  9 Dans le trou du monastère qui mène au purgatoire.   10 T : pres  (Cf. un prêté pour un rendu.)   11 T : ma  12 T : se  (Où il avait dérobé le contenu de ce sac.)   13 T : LE FOL   14 Les vers 108-116 trouveront un écho dans une sottie de maître Georges : « Parlons du roy d’Espaigne,/ Qui est passé par Angleterre :/ Il nous vouloit faire la guerre,/ Quelque chose que l’on en dye ;/ S’il descendoit en Picardye,/ Qu’en fera-on, mon amy sot ? »   15 T : apres  (Emprès [auprès de] semble confirmé par le « au-devant » du v. 141.)   16 T : malastruz  —  BM : malostrus  (Les malotrus raclets sont les pauvres pelés.)   17 T : dignee   18 T : Pourceaulx  (Cette liste ne devrait pas contenir d’animaux comestibles. Et il y a déjà des cochons au v. 156.)   19 T : muscedeau  —  BM : muscadeau   20 T : que  (À celle fin qu’i = Afin qu’il.)   21 On retrouvera cet usage dans le Capitaine Mal-en-point.   22 Les bains suivaient le banquet : « Il i a chanbres et estuves,/ Et l’eaue chaude par les cuves/ Qui vient par conduit desouz terre. » (Chrétien de Troye.) Cf. le Capitaine Mal-en-point, vers 457-9.   23 T : ie   24 T : la